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Léonie Meunier

Philippe de Champaigne


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066306762

Table des matières

PRÉFACE

I

II

III

IV

BIBLIOGRAPHIE


Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays.

Copyright by Editions Nilsson 1924.

PRÉFACE

Table des matières

EPOUSE d’un savant renommé, une des lumières de la géologie portant ses rayons dans les masses obscures de la terre et de la pierre, Mme L. Stanislas-Meunier est une femme savante. Mais elle ne l’est pas à la façon de ces insupportables Philaminte et Armande, que Molière a justement fustigées dans sa vive comédie. Elle ne montre ni ne cache son savoir, il est naturellement incorporé à sa pensée, et c’est le plus simplement du monde qu’elle dispense à tous, sans pédantisme, ce qu’elle a appris sans peine. Le titre d’un livre qu’elle a composé et écrit en collaboration avec son mari me semble significatif de sa tranquille manière d’être: Au hasard du chemin. C’est ainsi, en effet, qu’elle ramasse des cailloux et qu’elle cueille des fleurs, qu’elle admire les verdures et les nuages, les aurores et les crépuscules. Elle n’a pas haussé le ton, mais elle s’est trouvée à l’unisson de ce grand sujet lorsqu’elle a exploré le passé d’avant l’histoire avec Misère et grandeur de l’humanité primitive. De même elle a continué la conversation avec ses lecteurs lorsqu’elle leur a raconté ses impressions de voyage: De Saint-Pétersbourg à l’Ararat.

Une telle femme de lettres devait écrire des romans. Elle n’a pas failli à cette destinée. Elle a publié des romans historiques, le Roman du Mont-Saint-Michel, au magnifique décor jailli du rocher; Fra Gennaro, qui met en scène la dureté calviniste; Pour le bonheur, où le dénouement est farouchement éclairé par les feux de la Commune. Elle a publié des romans de sentiment et d’aventure: La Princesse ennuyée, Plaisir d’amour, Aimer ou vivre, Le Trésor des Ponthierry. Elle a publié des études psychologiques, L’Eau qui dort, et La Comédie secrète, sous le titre général de Confessions d’honnêtes femmes, deux livres qui auraient suffi à faire la renommée de quelque audacieux et subtil écrivain. Enfin, elle a publié un roman: La Conquête du Diamant, qui est un conte philosophique où tourbillonnent les folies et les fantaisies humaines.

Et comme il lui était demandé d’écrire, pour cette collection des «Maîtres anciens et modernes», une monographie d’artiste, elle a hardiment choisi la grave et sereine histoire de Philippe de Champaigne, le portraitiste de Richelieu, des Messieurs, des Mères et des Sœurs de Port-Royal. Le sujet peut paraître rébarbatif, il ne l’est pas avec Mme Stanislas-Meunier, parce qu’elle a le don d’animer les documents aussi poussiéreux qu’ils soient, d’en extraire la vie du passé, de la faire aussi présente que la vie d’aujourdhui. Autour de son peintre, homme de tranquille et sévère métier, portraitiste ponctuel dont le talent atteint souvent au style, elle a rassemblé ses modèles. Elle a peu de goût pour la morosité de Port-Royal, et pour un peu elle se laisserait aller à prendre parti pour les Jésuites contre les Jansénistes. Elle dit peut-être vrai lorsqu’elle relève le caractère fantastique d’accusations contre la compagnie de Jésus, mais elle devrait avouer qu’ils les ont attirées au moins par leur système de morale, d’où découle leur enseignement. Pascal, ici, est terriblement gênant pour ceux qui sont tentés de défendre les Pères contre les Messieurs: il a cherché et trouvé ses arguments de moralité chez les Jésuites eux-mêmes, et on ne peut l’accuser d’avoir dissimulé les documents et falsifié les citations. Sa démonstration a la rigueur des théorèmes, elle est claire et éloquente comme son style.

A part cette querelle immortelle, le débat théologique apporté par les gens de Port-Royal peut nous laisser indifférents, malgré les sept volumes de Sainte-Beuve, si bien criblés de flèches par Balzac, et Mme Stanislas-Meunier a beau jeu, tout en respectant les personnages respectables, à exercer à leurs dépens la malice naturelle qui est en elle, qui court comme une légère brise entre les lignes de la plupart de ses pages. J’avoue, toutes opinions laissées de côté, aimer cette liberté d’appréciation, qui n’a d’ailleurs aucune morgue, aucune pesanteur. Elle donne son avis sans trop prendre la peine de le motiver, mais sans insister davantage pour le faire accepter, et son lecteur se trouve aussi libre qu’elle. Ce sont des modèles de résumés que ses portraits, plus ou moins appuyés, de Richelieu, de Louis XIII, des Arnauld, de Saint-Cyran, de Jansénius, de Singlin, d’Antoine le Maître, de Le Maître de Saci, du duc de Roannès, de la mère Angélique, du cardinal de Retz, de M. de Péréfixe, et tous ceux qu’elle rencontre dans les ateliers de son peintre. Pascal n’y vient pas, et elle esquive cette figure qu’elle avait peut-être le désir d’aborder.

Au milieu de ce monde si intéressant, Philippe de Champaigne est parfait de vérité, de conscience, de talent sérieux. On l’estime encore davantage après avoir lu le livre de Mme Stanislas-Meunier, qui dit sur lui tout ce qu’on en peut savoir et deviner.

GUSTAVE GEFFROY.


I

Table des matières

Les premières années. — Le Luxembourg. — Les Carmélites. — Le Vœu de Louis XIII. — Remise de l’Ordre du Saint-Esprit. — Le Palais Cardinal. — Richelieu. — Louis XIII et la Rochelle. — Le Val de Grâce et le Repas chez Simon le Pharisien. — Tapisseries d’après des tableaux.

PHILIPPE DE CHAMPAIGNE est né à Bruxelles, le 26 mai 1602. Comme l’indique son nom, que plusieurs de ses contemporains écrivent Champagne, ce qui en marque la prononciation, sa famille était d’origine française, de Reims probablement. Félibien nous dit qu’on y était gens de bien et de fortune médiocre. Dès son plus jeune âge, Philippe manifesta pour la peinture un goût presque exclusif. Son père, excellent homme, ne contraria pas cette vocation, tout en regrettant de ne pas lui en voir une autre. Il le fit étudier chez de bons maîtres, Jean Bouillon, Michel Bourdeaux, Jean Fouquières. Il songea même à l’envoyer à Anvers, près de Rubens. Mais les leçons auraient coûté cher: Philippe, qui avait alors dix-neuf ans, ne voulut pas imposer aux siens ce sacrifice pécuniaire. D’ailleurs, il désirait voir l’Italie, et Paris, en passant.

Il alla se loger au collège de Laon, dans le bas de la Montagne Sainte-Geneviève, où il rencontra Nicolas Poussin. Ils étaient bien faits pour s’entendre, ils devinrent amis. Poussin demanda un tableau à Champaigne, qui lui donna un paysage.

Poussin travaillait au Luxembourg. Il y introduisit Champaigne. Duchesne, peintre de Marie de Médicis, dirigeait la décoration de ce beau palais italien. Claude Maugis, abbé de Saint-Ambroise, remarqua les tableaux que le jeune Flamand avait exécutés dans la chambre de la reine. Félibien dit que Duchesne se montra jaloux et que Champaigne, qui avait le caractère pacifique, quitta la place et retourna à Bruxelles, pour revoir sa famille, avec l’intention de se rendre en Italie après cette visite. Mais, à peine arrivé, il reçut une lettre de l’abbé de Saint-Ambroise qui l’avertissait de la mort de Duchesne et de la possibilité de lui succéder. Plus tard, Philippe reconnaissant fera le portrait de ce protecteur. Il revint en hâte à Paris (1628) et y resta. Il n’avait pas été à Anvers, il n’alla pas en Italie. Il ne reçut aucune influence ni des maîtres flamands, ni des maîtres de la Renaissance. Il ne s’inspira que de son génie, de la nature française, des visages français. Non qu’il eût l’orgueil de se croire supérieur. Tout simplement, son travail le dirigeait, l’emportait. Pour le réaliser en conscience, il étudiait tout ce qu’il fallait: la nature et la perspective, comme le remarque Félibien; la nature, avec l’anatomie poussée très loin; et certainement, l’histoire — l’histoire sainte et la mythologie, celle-ci pour les allégories, où, d’ailleurs, il ne mit jamais que des déesses aussi pudiquement vêtues que celles d’Homère.

LE VŒU DE LOUIS XIII

(Musée de Caen).


Le voici donc de nouveau au Luxembourg, où Marie de Médicis lui donna bientôt la place et le logement de Duchesne, avec 1.200 livres d’appointements. A la fin de l’année, il épousa la fille aînée de son prédécesseur, ce qui était une manière charmante de consoler une famille éprouvée et de lui venir en aide.

Philippe de Champaigne aurait été parfaitement heureux, sans la mort. Elle lui enleva sa femme au bout de dix ans d’une union parfaite. Plus tard, elle le frappera dans ses enfants. Il en avait trois, dont sans doute prirent soin sa belle-mère et ses belles-sœurs.

En même temps qu’au Luxembourg, la reine l’employait aux Carmélites de la rue Saint-Jacques (n° 60). De ce couvent, où La Vallière expia si longuement son amour, il ne reste que les murs de son oratoire dans lesquels on a mis une chambre d’appartement bourgeois. Philippe peignit en trompe-l’œil la voûte de l’église, au centre de laquelle une croix semblait plantée verticalement. Il se fit aider dans cette décoration, mais plusieurs tableaux: La Nativité de Jésus, L’Adoration des Mages, La Purification de la Vierge, furent entièrement de sa main, paraît-il. Et qu’importe, puisque tout a disparu. Il faudra faire cette constatation pour l’ensemble de tous ses grands travaux dans les édifices, sauf pour l’église de la Sorbonne.

La reine mère voulut aussi qu’il embellît de ses œuvres l’église des Filles-du-Calvaire, située rue de Vaugirard, sur l’emplacement du musée actuel de peinture contemporaine.

Rubens et Fouquières travaillèrent au Luxembourg avec Philippe de Champaigne. Les toiles de Rubens furent transportées au Louvre, mais les peintures murales disparurent lorsque fut changée la disposition intérieure des appartements.

En 1630, au cours d’une grave maladie, Louis XIII fit le vœu de consacrer son royaume à la Vierge, s’il recouvrait la santé ; et, en 1634, Philippe de Champaigne recevait la commande d’un tableau commémorant l’accomplissement de la promesse. Mis d’abord à Notre-Dame, il est maintenant au musée de Caen, riche aussi d’une tête de Christ, de L’Annonciation, de Jésus el la Samaritaine, cette dernière toile une des plus remarquables de notre peintre, à cause de la beauté de la femme, de la douce autorité de Jésus et du piquant que donnent à la scène les commentaires évidents de la troupe de disciples en marche vers les interlocuteurs.

JÉSUS ET LA SAMARITAINE

(Musée de Caen).


Dans Le Vœu, on est au sommet du Calvaire, au pied de la croix. Jésus gît, la tête et le torse appuyés au bois du supplice et aux genoux de sa mère. Le superbe corps est celui d’un jeune homme endormi. Seules, les marques des clous et de la lance, la couronne d’épines et les tenailles sur le rocher, rappellent la Passion. Marie, très belle, très calme, regarde le roi qui, agenouillé, lui présente sa couronne et son sceptre. Il a le grand manteau d’hermine et de velours bleu fleurdelysé d’or. Dans le ciel, une demi-douzaine de petits anges, jolis et délurés comme des Amours, s’intéressent au spectacle que, nous autres, nous ne pouvons nous empêcher de rapprocher du tableau d’Ingres. C’est le même manteau, le même geste du roi, que Champaigne nous présente aux trois quarts, de face, tandis qu’Ingres le présente aux trois quarts, de dos, donnant ainsi une importance magnifique et excessive au manteau. Ingres a voulu que ce fût une glorieuse Vierge à l’Enfant qui reçût le royal présent et sa pensée est plus compréhensible que celle de Champaigne dont le Christ mort, vigoureusement charpenté, fait avec le roi en hermine, en velours et en or, un assez singulier contraste.

En 1633, Philippe de Champaigne avait déjà reçu une commande du roi: La Remise de l’Ordre du Saint-Esprit à M. de Longueville. Ce tableau eut deux répliques de la main du maître, l’une pour M. de Bouillon, l’autre pour M. de Bouthillier, qui faisaient également partie de l’Ordre. Il y a au musée de Versailles un beau portrait de M. de Bouthillier, avec la plaque du Saint-Esprit sur son manteau. Ces tableaux furent admirés, car Louis XIV tint à avoir le même sujet avec Monsieur (son frère) pour héros. L’original est probablement dans un musée de province, mais il y en a une bonne copie au musée de Versailles, qui nous fait assister à cette cérémonie dont on peut voir à Cluny les pompeux accessoires, manteaux et différentes autres pièces du costume. La chambre est tendue de bleu semé de lys d’or, le panneau du milieu portant au centre un Saint-Esprit entouré de rayons. Six personnages: le roi, le récipiendaire à genoux, quatre chevaliers. Le roi et ses acolytes sont couverts d’un grand manteau bleu laissant voir la doublure d’un beau jaune orange. Le roi est coiffé d’une toque noire ornée d’une plume blanche et d’une chaîne d’or; il a un rabat de dentelle. Les chevaliers, tête nue, ont le cou guindé dans de grosses fraises tuyautées. Monsieur, en manteau bleu court, qui laisse voir ses jambes aux bas de soie blanche, pose les mains sur le livre des Évangiles que lui présente Louis XIV.

Peintre du roi, peintre de la reine mère, Philippe de Champaigne le fut aussi de M. le Cardinal. Richelieu avait le goût du bâtiment, et Champaigne eut fort à faire pour lui dans ses nombreuses résidences: au Petit-Luxembourg, aux châteaux de Rueil et de Richelieu, et surtout au Palais Cardinal.

PORTRAIT DE RICHELIEU

(Musée du Louvre).


«Tout Flamand qu’il fût, nous dit Sauvai , le cardinal l’avait toujours préféré à nos autres peintres français... Ce naturel si posé, sa discrétion, sa retenue le charmaient bien autant que la facilité de son pinceau... En un mot, c’était l’Apelle de cet Alexandre.»

Philippe de Champaigne travailla aux deux grandes galeries qui aboutissaient à la chambre du ministre, celle des Objets d’Art et celle des Hommes Illustres. On admirait dans la première une scène allégorique, naïve à force d’orgueil, que le graveur Morin nous a conservée. Richelieu, en petit costume, surplis, camail et bonnet carré, est assis sur un trône élevé, à droite duquel sont Minerve, avec l’égide, et la Justice qui, de la main droite, tient le glaive, de l’autre s’appuie sur un écusson aux armes du cardinal; à gauche, une femme, avec une couronne sur le chignon et un manteau d’hermine, la France sans doute, offre des armes, une couronne d’or, une couronne de laurier. Dans les airs, un génie ailé apporte des couronnes. Philippe de Champaigne est incapable d’une malice; autrement, on le soupçonnerait d’avoir donné exprès l’air quelque peu effaré à son héros, surpris, dirait-on, de se trouver parmi tant de déesses, à la vérité fort chastes.

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Возрастное ограничение:
0+
Дата выхода на Литрес:
16 января 2025
Объем:
77 стр. 30 иллюстраций
ISBN:
4064066306762
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Bookwire
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