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Laure Bernard
Théâtre de marionnettes
Ouvrage pour la jeunesse

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066314972
Table des matières
POURQUOI J’AI FAIT UN THÉÂTRE DE MARIONNETTES.
DAVID ET GOLIATH.
ACTE PREMIER.
SCÈNE PREMIÈRE.
SCÈNE DEUXIÈME.
ACTE DEUXIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
SCÈNE DEUXIÈME.
SCÈNE DEUXIÈME.
SCÈNE TROISIÈME.
ACTE TROISIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
SCÈNE DEUXIÈME.
SCÈNE TROISIÈME.
ACTE QUATRIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
SCÈNE DEUXIÈME.
SCÈNE TROISIÈME.
ACTE CINQUIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
ACTE SIXIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
ACTE SEPTIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
LE JAM-E-JAM NUMAI ou MIROIR MAGIQUE.
ACTE PREMIER.
SCÈNE PREMIÈRE.
SCÈNE DEUXIÈME.
SCÈNE TROISIÈME.
SCÈNE QUATRIÈME.
SCÈNE CINQUIÈME.
SCÈNE SIXIÈME.
SCÈNE SEPTIÈME.
SCÈNE HUITIÈME.
SCÈNE NEUVIÈME.
SCÈNE DIXIÈME.
LE ROI LEAR.
ACTE PREMIER.
SCÈNE PREMIÈRE.
SCÈNE DEUXIÈME.
SCÈNE TROISIÈME.
SCÈNE QUATRIÈME.
SCÈNE CINQUIÈME.
ACTE DEUXIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
SCÈNE DEUXIÈME.
SCÈNE TROISIÈME.
SCÈNE QUATRIÈME.
ACTE TROISIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
SCÈNE DEUXIÈME.
SCÈNE TROISIÈME.
SCÈNE QUATRIÈME.
SCÈNE CINQUIÈME.
SCÈNE SIXIÈME.
SCÈNE SIXIÈME.
SCÈNE HUITIÈME.
SCÈNE NEUVIÈME.
ACTE QUATRIÈME.
SCÈNE DEUXIÈME.
SCÈNE TROISIÈME.
SCÈNE QUATRIÈME.
SCÈNE CINQUIÈME.
SCÈNE SIXIÈME.
SCÈNE SEPTIÈME.
SCÈNE HUITIÈME.
SCÈNE NEUVIÈME.
ACTE CINQUIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
SCÈNE DEUXIÈME.
LE DORMEUR ÉVEILLÉ.
ACTE PREMIER.
SCÈNE PREMIÈRE.
SCÈNE DEUXIÈME.
SCÈNE TROISIÈME.
SCÈNE QUATRIÈME.
ACTE DEUXIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
SCÈNE DEUXIÈME.
SCÈNE TROISIÈME.
SCÈNE QUATRIÈME.
SCÈNE CINQUIÈME.
ACTE TROISIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
SCÈNE DEUXIÈME.
SCÈNE TROISIÈME.
SCÈNE QUATRIÈME.
SCÈNE CINQUIÈME.
ACTE QUATRIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
SCÈNE DEUXIÈME.
UNE MÉPRISE.
SCÈNE PREMIÈRE.
SCÈNE DEUXIÈME.
SCÈNE TROISIÈME.
SCÈNE QUATRIÈME.
SCÈNE CINQUIÈME.
SCÈNE SIXIÈME.
SCÈNE SEPTIÈME.
SCÈNE HUITIÈME.
SCÈNE NEUVIÈME.
SCÈNE DIXIÈME.
SCÈNE ONZIÈME.
SCÈNE DOUZIÈME.

A Monsieur Alfred
ET
A Mademoiselle Louisa
De Chatanbillar,
POURQUOI J’AI FAIT UN THÉÂTRE DE MARIONNETTES.
Table des matières
Un souvenir tout maternel m’y engageait. J’ai dirigé un de ces théâtres pendant tout un hiver, il y a près de douze ans, et mon auditoire était bien reconnaissant de mes soins. Ce n’est donc pas sans quelque expérience des difficultés matérielles de l’exécution des pièces que j’ai disposé les scènes de ce théâtre.
Une maladie de langueur s’était emparée de ma fille aînée, alors bien jeune; il fallait multiplier les distractions autour d’elle, pour l’arracher à ses livres qu’elle aimait avec ardeur et qui lui fatiguaient la tête. Les poupées n’étaient pas très en faveur. D’ailleurs, une certaine petite sœur, de trois ans et demi plus jeune, voulait toujours s’emparer de la grande poupée, aussitôt qu’il en paraissait une, et la malade la lui cédait avec une résignation qui lui laissait de longues tristesses. Il me vint un jour l’heureuse inspiration d’avoir un théâtre de marionnettes; mais je le voulais d’une si belle dimension que je n’en pus pas trouver dans toute la ville du Havre, qui répondît à mes vues ambitieuses. Des amis vinrent à mon secours. On assembla des feuilles de carton, on peignit des intérieurs, des forêts, des parcs, des villages; nous avions même une tour dont la porte s’ouvrait, et qui avait une fenêtre grillée en fil de fer. En peu de jours il n’y eut plus qu’à s’occuper du mobilier et du personnel du théâtre. Ma chère petite malade s’intéressait déjà vivement au résultat de tant d’apprêts. Nous ne sortions plus, son père et moi, sans revenir les mains pleines d’acteurs au fil d’archal, de boîtes de ménageries, bergeries, de petits meubles de bois, de canapés et de fauteuils dorés; nous découvrions partout avec une sagacité merveilleuse, ce qui pouvait servir à orner le précieux théâtre. Un public de six ou sept amies de ma fille, attendait avec une vive impatience la première représentation. Je n’étais pas moins pressée de mon côté, d’entrer dans mes fonctions de directrice de marionnettes. Le premier jour où tout fut prêt, j’établis mon théâtre sur une table entre les rideaux de soie d’une alcove; une rampe de petites bougies placées dans des flambeaux d’étaim, excita tout d’abord la joie et l’admiration des enfans. Placée dans un fauteuil, entourée d’oreillers, vêtue d’une longue robe de moleton blanc, ma chère enfant me souriait avec une reconnaissance qui me pénétrait d’espoir. Je sentais que j’avais trouvé un moyen inépuisable pour la distraire: l’arracher à sa mélancolie, c’était la sauver; ces marionnettes me rendaient bien heureuse.
Ce que nous avons joué ce soir-là, je ne me le rappelle pas bien, la splendeur qu’atteignit dans la suite mon théâtre, a tellement obscurci ses débuts, que je n’ai plus de souvenirs bien distincts que pour les représentations les plus saillantes de ces soirées. Il me souvient seulement d’un incident très-fâcheux. Mes marionnettes étaient prises au sérieux, on s’était fait à voir en elles des personnages, lorsque la bonne de ma seconde fille s’avisa de ramener dans ma chambre la petite importune qu’il était l’heure de coucher. A peine a-t-elle vu briller mes princes et mes princesses, qu’elle se débat pour quitter les bras de sa bonne, arrive droit au théâtre, et, passant sur la scène sa petite main, qui parut gigantesque aux assistans, elle emporta princes et princesses, et ne demandait plus qu’à se sauver avec eux. Le public était outré ; moi, je riais de la malice d’une entant qui avait à peine deux ans, et je ne me sentais guère le courage de changer son triomphe en larmes. Elle serrait étroitement mes héros contre sa poitrine, et, favorisée par sa bonne, elle voulait les emporter; je lui montrai un polichinelle et un arlequin, gens rejetés de notre personnel, et j’obtins mes prisonniers par échange. L’enfant congédiée, la paix se rétablit, l’illusion brisée se renoua peu à peu, et la pièce s’acheva au contentement général. Avant de se séparer, il fut convenu que chaque soir on retrouverait chez moi le même plaisir. J’ai tenu parole.
De nouvelles inventions, des surprises multipliées maintenaient à propos l’intérêt des représentations. On s’était si bien persuadé que c’était là un véritable spectacle, des personnages de chair et d’os que je pouvais réaliser toutes les scènes imaginables. On pleurait à fendre le cœur, lorsque les pièces étaient lamentables, les esprits s’ouvraient aussi facilement à la gaîté ; mais j’ai été une fois moi-même effrayée de la profonde horreur que causa le mystérieux cabinet de la Barbe-Bleue. Isaure venait de succomber à sa curiosité, elle ouvre la porte, j’enlève la décoration qui cachait ce réduit: sept marionnettes, ayant au cou un cordon blanc qui servait à les attacher avec une épingle à la muraille, figuraient les sept victimes du redoutable mari. A cette vue, on jette des cris d’effroi, les spectatrices tombent les unes sur les autres en se bouchant les yeux, il fallut interrompre la représentation pour calmer les mortelles frayeurs d’un auditoire qui se refusait du reste à perdre son illusion théâtrale. Toutefois, je devins prudente dans le choix de mes pièees.
On nous envoyait souvent de Paris des renforts pour la troupe. Cela ne suffisait pas à nos inventions dramatiques; les oripeaux ce convenaient pas toujours à nos pièces, alors j’habillais moi-même mes acteurs: des morceaux de velours, de soie, de laine, se façonnaient en robes du matin, en costumes de paysannes. Ces surprises étaient toujours accueillies avec une grande faveur, et à la fin de la pièce on demandait ordinairement l’acteur ou l’actrice pour se la passer de main en main.
Nous abordions tous les sujets, parce que nous savions les reproduire sous des formes propres à l’esprit de notre auditoire. Chaque pièce nouvelle jouée sur le théâtre de la ville était aussitôt copiée, ou, pour mieux dire, arrangée pour nos marionnettes; l’Opéra de la Neige a été imité d’une manière tout-à-fait supérieure. Un petit tilbury, autrefois jouet à ressort, perdit son cheval et son conducteur; privé de ses roues, il figura un traîneau, et la princesse s’en servit pour sauver son frère proscrit par Charlemagne. Elle traîna elle-même le char à travers une pluie de papier blanc qui couvrait déjà le parc royal.
Une autre fois, pour rendre la laideur de la fée Urgèle sensible, au milieu de la laideur commune à toutes les marionnettes, on appliqua un masque de linge sur la figure de l’actrice qui représentait cette fée. Ma fille en fut si vivement frappée qu’il fallut interrompre la pièce pour lui faire toucher la redoutable fée, bien grande en tout comme le doigt.
On donna le Chaperon Rouge au Havre. J’assistai à l’une des premières représentations. Durant tout le spectacle je n’eus qu’une seule pensée, celle d’en reproduire, avec le plus d’effet possible, les scènes féeriques sur mon théâtre. Dès le lendemain, j’habillai moi-même deux chaperons, deux ermites, un Alain et un prince, les autres préparatifs demandèrent plusieurs jours, et de nombreuses additions à nos décorations. On voyait bien que j’étais gravement préoccupée; le mystère respecté par mon public promettait néanmoins quelque fête inattendue. Le matin de la représentation, j’envoyai le programme du spectacle chez les amies de ma fille, et je lui annonçai à elle-même qu’elle allait voir le Chaperon-Rouge, fidèlement imité sur celui du théâtre du Havre.
Le Songe, en effet, était une merveille! Le Chaperon endormi était là sur le devant de la scène. Tout-à-coup, la décoration du fond se soulève et remonte, et à mesure qu’elle disparaît on découvre, à travers une gaze verte, une salle de palais resplendissante de fleurs, de vases d’argent; des guirlandes faites avec les fleurs les plus délicates, lient entre elles des colonnes de marbre. Un autel d’albatre, débris d’un vase cassé, est surmonté de flambeaux. L’ermite est là, il marie l’un à l’autre le plus beau des princes et le petit Chaperon-Rouge. Le jeune couple est agenouillé sur des coussins de velours. Une cour brillante est rangée derrière eux. Que c’est beau! s’écrie mon auditoire. Quel palais magnifique! Tout cela sera au Petit-Chaperon, dit ma fille, comme elle va être riche!
Au dernier acte, lorsque le faux ermite voulait faire dire au Chaperon un secret qu’elle avait promis de garder, le coup de théâtre fut également heureux, l’escabeau de bois, la table, la chaise, disparurent attirés par des fils noirs qui dépassaient de mon côté, et le palais remplaça assez à propos l’intérieur de la cellule.
Un changement de résidence interrompit ce plaisir, qui a laissé des traces profondes dans la mémoire de mes jeunes amies.
Moi, dont l’enfance n’a pas été choyée pour ses plaisirs, je me rappelle combien nous nous estimions heureuses, ma sœur aînée et moi, pendant un séjour d’une année à Rennes, de monter les soirs d’hiver, chez des demoiselles qui avaient établi des ombres chinoises dans un grenier, jonché de pommes et de marrons. Un devant de cheminée, percé carrément au milieu pour y coller un papier huilé, était tout le théâtre; des cartes découpées formaient les arbres et les maisons; pour les personnages, trop heureuses si nous avions des images à deux sous la feuille pour les prendre là ; à défaut de cette ressource, on coloriait des figures informes, produit du talent des plus habiles, et si je les critique de souvenir, je sais bien qu’à ces soirées je ne les voyais que sous l’aspect convenu d’avance.
Dans ce même tems-là, nous voyions aussi quelquefois, sur la place publique de Rennes, des théâtres ambulans aux personnages de cire, féeries émanées du ciel; pour moi, qui sortais d’un couvent où j’étais entrée avant d’avoir quatre ans, et qui n’en comptais pas plus de huit alors, avec quels élans de tendresse je considérais le jeune Sauveur exposé tout nu à sa naissance sur la paille de la crèche. Que la Vierge, assise en présence des mages entre un bœuf et un âne, me semblait touchante; c’était le Nouveau Testament, le livre où j’appris à lire, réalisé pour moi. Et les douze apôtres, hauts d’une coudée, et remplissant exactement le théâtre, qu’ils étaient imposans dans leurs simples tuniques! tandis que le Christ, la tête environnée d’une auréole, vêtu d’une robe blanche recouverte d’un manteau bleu de ciel, aux étoiles d’or, les instruisait.
Que de fois, par la suite, lorsque j’étais en pension à Paris, je rêvais à mes ombres chinoises, et à ces figures de cire; j’y pensais d’autant plus que je n’osais pas en parler; les souvenirs de famille de mes compagnes, n’ayant aucun rapport avec les modestes aventures de la vie que la Providence m’avait faite.
Depuis que j’écris pour les enfans, j’ai toujours eu un vif désir de faire paraître un théâtre de marionnettes; mais les censeurs des livres adressés à la jeunesse crient déjà si haut contre les contes, que c’est une grande témérité à moi de m’exposer à faire tomber entre leurs mains un livre du genre de celui-ci.
J’en demande pardon à leur grave expérience; mais il me semble qu’il est du devoir de l’enseignement de développer tontes les facultés inhérentes à l’organisation humaine; en abandonner une partie, ce n’est pas la détruire, mais bien la livrer à son propre essor. Si la Providence a voulu que la fiction charmât l’enfance, si elle l’a douée d’une imagination mobile et crédule, c’est pour ouvrir une large voie à l’instruction morale et religieuse. Cultiver les sensations du cœur, les diriger par des exemples vers la piété, le respect filial, le désintéressement, la charité fraternelle, faire valoir le bien à ses yeux, lui inspirer l’horreur du mal, tout cela entre dans la fiction; mille développemens d’intelligence en ressortent, ne peuvent même arriver que par là ; ce point de vue me semble rehausser le genre que l’on veut proscrire; aussi, tant que les livres amusans auront des lecteurs, j’espère qu’il se trouvera de bons esprits assez amis de l’enfance pour se consacrer à en écrire.
Ce qui est important, à mon sens, c’est de ne pas méconnaître la portée des jeunes intelligences, de se confier assez en leur perspicacité quand on les intéresse par le cœur, pour ne pas fausser les idées que l’on veut mettre à leur portée. On doit, au contraire, chercher à faire progresser l’esprit tout en l’amusant.
N’ayant rien écrit que dans ce but, j’espérais bien que des pièces de marionnettes, affranchies de la trivialité habituelle à ce genre, serait un ouvrage accueilli avec quelque confiance par les lecteurs de mes autres livres. Et, cependant, j’hésitais à le publier, lorsqu’un livre de Goëthe m’est tombé entre les mains. Puisque Goëthe, lui aussi, a pris plaisir à des jeux de marionnettes; puisque dans la maturité de sa vie, il parle, avec une rare vivacité, de souvenirs qui s’y rattachent, je ne crains plus d’offrir à la génération moderne un délassement qui a charmé l’enfance d’un grand poète.
On m’a souvent demandé d’écrire un théâtre pour les jeunes personnes, j’ai refusé toutes les propositions qui m’ont été faites à ce sujet, parce qu’il n’est pas dans mes principes d’éducation de faire jouer la comédie à des enfans. Mettre en scène des jeunes filles, c’est s’exposer à développer étrangement leur assurance et leur vanité, c’est faire naître en elles des sentimens de rivalité qui, à coup sûr, ne tournent pas au profit de leur raison. Et puis encore, que leur faire représenter qui soit à la fois en rapport avec leur âge, convenable et attachant?
Le théâtre des marionnettes n’a aucun de ces inconvéniens, et il est, au contraire, une mine inépuisable: histoire, féerie, comédie, mélodrame, tragédie même, tout peut y être joué et mis à la portée d’un jeune auditoire. Depuis huit jusqu’à quatorze ans, on ne croit pas déroger en ayant un théâtre parmi ses jouets, et si l’on en a fait peu de cas, c’est souvent faute de savoir lui donner une direction intelligente; je serai heureuse de venir en aide à cette détresse; mais si j’apprenais que mes marionnettes ont pu encore une fois réveiller la langueur d’une jeune malade, bien chère à sa mère, je serais trop payée de mes soins.
DAVID ET GOLIATH.
Table des matières
PIÈCE BIBLIQUE.
NOMS DES PERSONNAGES.
SAÜL, Roi d’Israël.

ABNER, général des armées de Saül.
SAMUËL, Grand Pontife, démis de sa charge.
ISAÏ, Ancien de Bethléem.

GOLIATH (le géant), Philistin.
AHINOHAM (la reine), femme de Saül.

Les Anciens de Bethléem.
Des Officiers de Saül.
Un Médecin.
Un homme d’armes à la suite de Jonathan.
Un Héraut d’armes.
Un Courrier.
Des Soldats.
Chœur de jeunes filles Israélites.
Danseurs et Danseuses.
La veille du jour de l’an.
LE 31 décembre, de jeunes enfans, congédiés depuis quelques heures du salon de leur mère, se pressaient en frémissant de joie contre les deux battans d’une porte qui tardait à s’ouvrir au gré de leur impatience. Là, dans l’ombre, parlant à voix basse, ils laissaient échapper des phrases brèves, trahissant une vive agitation intérieure. Puis, on se taisait long-tems, afin de ne pas perdre le son du premier appel maternel. Cependant, madame Goëthe ne se hâtait pas d’abréger cette souffrance; sachant même que le souvenir en serait compté comme un plaisir de plus, elle trouvait toujours quelque nouvelle disposition à faire pour prolonger l’attente de sa jeune famille. C’étaient des lumières à ajouter à celles qui environnaient déjà la table, afin de faire mieux resplendir les boîtes dorées, les robes de gaze et de dentelles argentées qui habillaient des poupées. Il fallait encore relever avec art l’étalage plus modeste des livres, des gravures et autres étrennes destinées aux jeunes garçons. Aux mouvemens redoublés que le groupe impatient imprimait aux battans de la porte, madame Goëthe comprit que le moment était arrivé de remplir un espoir assez long-tems excité ; elle ouvrit sans bruit les ferrures qui faisaient résistance, et au premier contact les enfans se trouvèrent tout-à-coup introduits dans le salon.
Des acclamations joyeuses se firent entendre, et cependant la petite troupe, éblouie par les lumières et l’éclat des jouets qui couvraient une grande table, n’avait point encore pu apprécier quelle part serait faite à chacun, ni de quelle nature étaient les présens maternels. Madame Goëthe semblait néanmoins avoir pressenti ce que tous souhaitaient. Ses filles et ses fils s’émerveillaient, en recevant leurs présens, d’avoir été si bien devinés dans ce qu’ils désiraient intérieurement. Un seul, parmi ces enfans, soutenait, avec indifférence, le poids des étrennes qu’il venait de recevoir, et donnait uniquement son attention à un grand rideau rouge, qui remplaçait une porte ôtée depuis quelques instans sans doute, car le matin elle était encore là.
Le père de Wilhelm étudiait cette préoccupation. Eh bien, dit-il à son fils, qu’est-ce donc qui vous intéresse tant de ce côté ?
— Ce qui est derrière, répondit le petit garçon, et la curiosité la plus marquée se peignait sur son visage.
A ces mots, les frères et sœurs de Wilhelm partagèrent sa curiosité.
— Il faut vous placer sur la banquette que j’ai mise en face, dit la mère, et nous verrons si ce rideau mérite en effet l’anxiété qu’il vous cause.
— Oh! tout de suite, tout de suite, reprit Wilhelm, et, le premier, il s’assit à la place désignée, plein du désir d’éclairer ses doutes. Que pouvait-on avoir disposé dans la chambre habituellement déserte, et que signifiait le vaste portail élevé comme par enchantement et mystérieusement fermé par un rideau? Le premier moment de surprise passé, et l’attente se prolongeant, les enfans eurent l’idée de se lever pour aller regarder de près ce que cachait le voile importun. On pria la petite famille de rester à sa place. La curiosité générale ne devait être satisfaite que lorsque le silence serait parfaitement établi. Cette promesse calma subitement l’agitation extérieure des enfans; ils s’assirent, muets et immobiles, puisque c’était le seul moyen d’arriver au terme de leur impatience. Un coup de sifflet donne le signal. Le rideau se lève et se replie sur lui-même. Un théâtre de marionnettes était offert aux enfans, et la décoration laissait voir en perspective le temple de Jérusalem. Avant que les spectateurs eussent eu le tems de demander s’ils allaient assister à une représentation ou s’emparer de ce magnifique théâtre, le grand-prêtre Samuël et Jonathan parurent sur la scène et tinrent le dialogue suivant:
ACTE PREMIER.
Table des matières
SCÈNE PREMIÈRE.
Table des matières
JONATHAN, SAMUEL.
JONATHAN.
Souverain pontife Samuël, le roi, mon père, m’envoie vers vous pour savoir quelle est la volonté de l’Éternel, et pourquoi il a retiré sa faveur de dessus son peuple.
SAMUEL.
Allez, Jonathan, retournez vers Saül, auquel vous donnez à tort le nom de Roi. L’Eternel l’avait élu, pour lui obéir et gouverner son peuple avec sagesse, Saül a méconnu les ordres du Seigneur, et le Seigneur l’a rejeté.
JONATHAN.
Nous offrirons par vos mains des sacrifices pour apaiser la colère céleste.
SAMUEL.
Obéir, vaut mieux que sacrifier. Les holocaustes ne rachètent pas les vices auxquels on n’a pas renoncé. J’ai long-tems pleuré et prié pour que Saül eût le cœur touché en faveur du peuple, et qu’il rentrât en grâce devant le Seigneur. Le tems de la clémence est passé ; je n’ai plus à transmettre que l’annonce de la vengeance divine.
( Le Grand-Prêtre rentre dans le temple. )
JONATHAN seul.
▫Comment aller porter ces tristes paroles à mon père? Déjà le malin esprit s’est emparé de lui. Il souffre de grandes douleurs dans son corps, et semble parfois ne plus être en possession de sa raison.
( Jonathan s’en va. )
SCÈNE DEUXIÈME.
Table des matières
Un changement de décoration à vue représente le village de Bethléem. Plusieurs habitans, d’un aspect vénérable, parcourent la place publique et se parlent d’un air effrayé.
HABITANS, SAMUEL, ISAI, ELIAB,
ABINADAB, DAVID.
UN ANCIEN.
Avez-vous entendu annoncer la grande nouvelle?
UN AUTRE VIEILLARD.
Sans doute, le pontife arrive à Bethléem; mais nul ne sait s’il vient pour notre bien ou pour notre malheur.
UN ANCIEN.
Où est le tems où Samuël, plein de force et de sagesse, gouvernait à lui seul le peuple d’Israël; depuis que nous avons un Roi, tous les malheurs fondent sur nous.
SECOND VIEILLARD.
Samuël nous l’avait prédit en cédant à nos vœux. La royauté devait nous perdre.
UN ANCIEN.
Les jeunes gens méprisent l’expérience des vieillards. Ils souhaitaient un chef pour les conduire à la guerre, comme en ont les autres peuples. Tous les avertissemens du pontife ont été inutiles pour changer leur volonté.
SECOND VIEILLARD.
Il faut avouer que les fils de Samuël avaient soulevé de grands mécontentemens par leurs injustices.
UN ANCIEN.
Saül vaut-il mieux que Joël ou Abéja?
SECOND VIEILLARD.
Hélas non! Mais combien est grande la détresse d’Israël!
(Une foule de juifs arrivent sur le théâtre.)
PLUSIEURS VOIX.
Voici le pontife! que le Seigneur nous bénisse par son organe!
SAMUEL.
Peuple de Bethléem, bannissez toute crainte, la mission dont je suis chargé tournera à votre gloire. — C’est parmi vous que je dois choisir un nouveau roi.— Nous allons prier en commun et faire un sacrifice, car vos offrandes seront agréables à Dieu, et avant que le soleil se couche, je saurai quel est celui que le Seigneur a nommé pour occuper la place dont Saül s’est rendu indigne. ( Samuël s’adressant à un des anciens. ) Soyez attentif à rassembler tous les hommes de la tribu, car le sort peut tomber sur le plus faible aussi bien que sur le plus puissant, si telle en est la volonte divine.
(Le pontife s’en va pour accomplir le sacrifice; le
peuple le suit dans un respectueux silence. )
Entr’acte de quelques instans,
( Isaï, un des principaux habitans de Bethléem,
reparaît sur la scène entouré de six de ses fils.)
ISAÏ.
Mes fils, Samuël a déclaré que la royauté appartiendrait à l’un de vous; je vous ai donc appelés pour vous présenter au Pontife et le prier de désigner celui qui est destiné au dangereux honneur de remplacer Saül.
ÉLIAB.
Je ne vois point mon jeune frère David.
ISAÏ.
Eliab, sa présence est inutile pour ce qui va se passer. David est le plus faible d’entre vous et le dernier né. Il ne saurait être compté pour quelque chose. Je l’ai donc envoyé, comme à l’ordinaire, paître les brebis. Qu’en pensez-vous Abinadab?
ABINADAB.
David est habile à jouer de la harpe, il a la parole douce, mais son âge l’a jusqu’ici exempté de faire ses preuves de courage et de force: mon père a bien raison de ne pas l’appeler aujourd’hui.
SAMUEL. (Il revient sur la place publique et s’assied
sur un banc de pierre. )
Maintenant, dit-il, que le Seigneur a daigné mettre son esprit en moi, je vais reconnaître celui que je dois sacrer roi. Isaï et ses fils sont ils ici?
ISAÏ.
Nous nous sommes rendus à votre commandement.
(Ils s’avancent et passent l’un après l’autre
devant Samuël. )
SAMUEL.
La parole du Seigneur ne trompe pas, et cependant aucun de ceux-ci n’est désigné pour la royauté. Isaï, est-ce là toute votre famille?
ISAÏ.
J’ai encore un fils; mais il est bien jeune: sa taille est petite; néanmoins, si vous souhaitez de le voir, je puis le faire venir, car il est près d’ici à garder nos troupeaux.
(On entend les sons d’une harpe; tout le monde
écoute dans un respectueux silence. )
SAMUEL. (d’un ton inspire.)
Celui que le Seigneur a choisi arrive en ce lieu, il n’est pas besoin de l’aller chercher, il se rend de son propre mouvement à la volonté de l’Eternel.
( David entre en tenant sa harpe. A la vue du peuple assemblé il reste frappé d’étonnement; puis, reconnaissant le Pontife, il s’approche vers lui et se prosterne à ses pieds. )
SAMUEL. ( Il impose les mains sur la tête du berger. )
Peuple d’Israël, voilà votre roi, le Seigneur a retiré son esprit de Saül: David a hérité de la parole divine.
DAVID.
Quel changement s’opère subitement en moi! Tout à l’heure j’étais faible et paisible, et me voilà rempli d’une force surnaturelle pour combattre les ennemis du peuple de Dieu, et soutenir la gloire des enfans d’Israël.
Ici le rideau redescendit peu à peu sur la scène, et les enfans purent faire éclater leur joie et questionner à loisir sur ce théâtre si beau, si complet dans ses décorations et sa troupe; quelle main dirigeait les marionnettes? quelle voix, changeant à chaque instant ses modulations, parlait si à propos à leur place? Toute la famille était rassemblée, il fallait donc qu’un étranger se fût chargé de ce soin. — Wilhelm, le plus curieux d’entre les jeunes Goëthe, profitant de l’obscurité qu’on avait faite dans la salle, afin que la pompe du théâtre resplendît sans rivalité, se glissa tout doucement de sa place contre le rideau et appliqua un œil indiscret contre un trou pratiqué dans la toile, mais en cachant la lumière par ce mouvement, il dénonça son action, et M. Goëthe rappela vivement à sa place l’impatient Wilhelm.
— Ne peux-tu pas attendre qu’on soit prêt? lui dit-il.
— J’avais peur qu’on ne nous donnât pas la fin de l’histoire, répondit Wilhelm.
— Qu’as-tu vu? demandèrent à l’enfant ses frères et sœurs.
— Le palais du roi. Saül est sur son trône, entouré d’officiers et de gardes. La salle est en marbre et de riches tapisseries la décorent. La reine et les princesses, ainsi que les autres personnages, ont des costumes éblouissans.
M. Goëthe, qui avait écouté cette description, ne put retenir un éclat de rire.
— Et toutes ces magnificences, dit-il, tiennent entre les deux portes.
— Oh! papa! s’écria Wilhelm, pourquoi nous rappeler que ce sont des marionnettes?
ACTE DEUXIÈME.
Table des matières
SCÈNE PREMIÈRE.
Table des matières
Intérieur du palais de Saül.
LA REINE, SAUL, MÉRAB, MICAL, un Médecin, un Courrier.
(Le Roi paraît absorbé daus une profonde tristesse. Il
est sur son trône; la Reine s’approche de lui.)
LA REINE.
Quel nouveau malheur est donc venu obscurcir la sérénité du maître d’Israël?
SAUL.
Mon fils Jonathan n’a pu fléchir Samuël, et le mal qui m’accable a redoublé d’intensité.
LA REINE.
Il ne convient pas à un roi de se laisser abattre par la parole d’un vieillard. Cherchez à vous distraire; de braves guerriers sont en campagne pour vous défendre vous et votre famille.
SAUL.
Reine Ahinoham, vous parlez comme une femme; mais, moi, je ne saurais me consoler d’avoir perdu la force de guider mes soldats. Abner, mon oncle, le chef de mes armées, a déjà essuyé plusieurs défaites, et tous les jours d’insolens messages annoncent l’approche des Philistins vers nous.
(Un courrier, arrivant de l’armée, est introduit. )
LA REINE. (Elle lui parle à demi-voix.)
Au nom du Ciel, si tu as quelque nouveau malheur à nous apprendre, envoyé d’Abner, ménage bien tes paroles devant le roi, car sa vie est en danger en ce moment.
LE COURRIER.
Il me siérait mal de mettre de la prudence à l’instant où l’armée ennemie s’avance sur mes pas.
SAUL.
Quel motif vous porte, Ahinoham, à retenir cet homme à l’écart? J’entends qu’il s’exprime librement devant moi, et s’il ment d’un seul mot à ce qu’on lui a chargé de m’annoncer, je le fais pendre au sortir de l’audience.
LE COURRIER.
Le général Abner m’envoie dire au roi que les ennemis sont campés à Secco, où ils ont recruté de nouvelles forces, et qu’il est à propos que vous leviez des troupes fraîches afin de tenir tête aux Philistins.
SAUL.
Abner sait bien que toutes les ressources sont épuisées; et s’il parle ainsi, c’est pour augmenter le découragement de l’armée. Rapportez-lui que, plein de colère contre lui, je vais aller moi-même prendre le commandement des Israélites.
LA REINE.
Mes filles, nous suivrons votre père.
(Les princesses Mérab et Mical font un signe de consentement. )
(L’envoyé se retire. )
SAUL à la Reine.
Princesse, faites retirer au plus tôt toute la cour, car je sens que le malin esprit va revenir en moi.
LA REINE à haute voix.
Le roi désire être seul. (Elle prend un officier à part.) Faites venir le médecin.
(Les princesses restent auprès de leur mère. Saül tombe évanoui. Le médecin arrive et lui donne des secours infructueux. )
MÉRAB.
Hélas! Mical, bientôt nous n’aurons plus de père.
MICAL.
Je ne saurais, Mérab, prévoir un si grand malheur; et je donnerais ma vie pour rendre la santé au roi.
LA REINE.
Mes filles, savez-vous où sont vos frères?
MICAL.
Jiscui et Malkiscuah ne sont pas revenus du camp depuis hier. Jonathan est parti pour échapper à la colère du roi.
LA REINE.
Qui sait si son oncle voudra appuyer ses droits à la couronne?
MICAL.
La royauté a amené bien des périls et des soucis dans notre famille.
LA REINE au médecin.
Reprend-il ses sens?
LE MÉDECIN.
Le roi éprouve en ce moment d’effrayantes convulsions.
LA REINE.
O ciel!
MÉRAB.
N’avez-vous aucun moyen de le guérir?
LE MÉDECIN.
Peut-être qu’une douce harmonie calmerait ses transports; envoyez chercher quelque habile musicien, nous essaierons de cette influence.
MICAL.
Je deviendrais volontiers la femme de ce lui qui sauverait mon père: fût-il le dernier des Israélites.
MÉRAB.
Comme votre aînée, je réclamerais, ma sœur, l’honneur de récompenser un pareil succès, mais seulement si le musicien était digne de moi.
MICAL.
Je vais faire prendre des informations dans le palais, et donner des ordres pour qu’on cherche dans tout le royaume le plus habile des musiciens.
( Elle sert. )
SCÈNE DEUXIÈME.
Table des matières
(Changement de décoration.)
Le camp israélite. Des tentes ouvertes sur le premier plan. Des soldats dans le lointain. — Abner, l’oncle de Saül, et général de l’armée, est dans une de ces tentes; les fils de Saül, Jiscui et Malkiscuah, sont dans l’autre. Un officier est auprès d’Abner. L’armée ennemie occupe les hauteurs.
ABNER, JISCUI, MALKISCUAH, JONATHAN.
ABNER.
Saül répond à mes avis par des menaces. Le pontife prophétise la ruine de notre famille. Avec mon armée démembrée, je ne puis rien entreprendre, mon courage est épuisé. Je remettrai sans regret mon commandement entre les mains du Roi.
(Jiscui et Malkiscuah causent ensemble à leur tour. )
JISCUI.
Jonathan nous avait promis de venir nous rejoindre. Il aime mieux demeurer dans le palais du roi que de risquer sa vie ici.
MALKISCUAH.
Mon frère, souffrirons-nous, après cet abandon, qu’il devienne un jour notre maître et succède au roi mon père?
JISCUI.
J’ai déjà suffisamment indisposé les soldats contre lui; et, quand il viendra, l’accueil qu’on lui prépare dans le camp abaissera un peu son orgueil.
(Jonathan arrive suivi d’un jeune homme qui porte ses armes, il pénètre d’abord dans la tente d’Abner.
ABNER.
Ah! je vous vois enfin, mon neveu, quelles nouvelles apportez-vous de la cour?
JONATHAN.
Tout y est tristesse et malheur comme dans ce camp; mais si le Seigneur daigne protéger mon dessein, je viens vous offrir les moyens de sauver Israël.
ABNER.
Parlez, mon neveu; j’ai autant de confiance en votre prudence qu’en votre courage.
JONATHAN.
En approchant de ce lieu, j’ai vu sur la hauteur briller les feux des ennemis. Si l’armée descend vers nous, nous sommes perdus. Je viens donc vous demander de me confier quelques troupes pour les débusquer de cette position; un heureux coup de main rendrait la confiance à l’armée.
ABNER.
Ce que vous demandez est impossible, Jonathan; mon pouvoir est trop ébranlé pour que je puisse trouver ainsi des hommes prêts à courir vers un péril certain. Adressez-vous à la bonne volonté des soldats; ce que vous ferez, je l’approuverai.
JONATHAN. (Il entre dans la tente de ses frères et
les embrasse tour à tour.)
Princes, je compte sur vous pour me seconder en un grand dessein; commandez vos serviteurs les plus vaillans, et venez avec moi vers les hauteurs de Mic-Mas pour déloger l’ennemi. — Répondrez-vous à mes vœux, Jiscui?
JISCUI.
Jonathan, si vous êtes las de vivre, il n’en est pas encore ainsi de moi, et je compte attendre le retour de mon père dans le camp avant de rien entreprendre. Ce que Saül ordonnera, alors je le ferai.
JONATHAN.
Et vous, Malkiscuah, ne serez-vous pas tenté de vous introduire dans le camp Philistin pour y jeter le désordre? Comptant sur notre faiblesse, l’ennemi se livre en paix à des réjouissances. Quelques braves auraient bientôt anéanti ces hommes ivres.
MALKISCUAH.
Il convient aux têtes folles d’entreprendre des folies. Allez donc vous couvrir de gloire, si tel est votre plaisir; mais, ainsi que le prince Jiscui, le repos est de mon goût en cet instant.
JONATHAN.
Fils de Saül, vous ne savez pas que le Seigneur lui-même menace le roi voire père.
MALKISCUAH.
Alors, que pouvons-nous contre ses arrêts?
JONATHAN.
Notre dévouement fléchirait peut-être sa colère.
JISCUI.
C’est dans votre intérêt que vous parlez; la couronne doit vous revenir: défendez-la donc de votre mieux.
(Le jeune homme qui porte les armes de Jonathan le
suit hors de la tente; il s’approche du prince. )
LE JEUNE HOMME.
Si vous avez besoin d’un bras résolu, d’un cœur dévoué, prince, vous pouvez disposer de moi.
JONATHAN.
Que le Seigneur te bénisse, serviteur fidèle. Viens, ne tentons plus ces cœurs lâches, et exécutons à nous deux ce qu’une armée refuse d’entreprendre.
(Ils s’éloignent.)
( Des fanfares annoncent l’arrivée de Saül. )
SCÈNE DEUXIÈME.
Table des matières
LES PRÉCÉDENS, LA REINE, MICAL, DAVID.
(Abner, les princes Jiscui et Malkiscuah sortent de leur tente. )
ABNER.
Le roi arrive enfin parmi nous.
JISCUI.
Allons à sa rencontre.
LA REINE entre.
Général, faites cesser ce bruit. Le roi vient de s’endormir dans sa litière. Il est malade. Souffrez qu’au lieu de recevoir les honneurs dus à son rang, il prenne d’abord quelque repos dans votre tente.
(On apporte Saül endormi; les princesses et la reine
entrent avec lui sous la tente d’Abner.)
JISCUI à son frère.
Si le roi demande Jonathan, nous aurons soin de l’instruire de sa conduite téméraire.
MICAL revient.
Mes frères, pourriez-vous m’apprendre ce qu’est devenu Jonathan? Le roi s’est fâché contre lui hier; il nous a quittés immédiatement, et nous sommes, ma mère et moi, dans une mortelle inquiétude à son sujet.
MALKISCUAH.
Vous dites que Saül lui en veut déjà. En ce cas, l’action que va faire Jonathan n’est pas de nature à apaiser la juste colère de votre père.
MICAL.
De grâce, si vous savez quelque chose qui puisse nuire à Jonathan, n’allez pas le dire au roi. Tenez, mes frères, au lieu de vous déclarer les ennemis d’un prince aussi loyal, aidez-moi plutôt dans mes recherches pour trouver un habile musicien, afin de distraire Saül de ses douleurs. Croyez bien que cette découverte vous servira plus auprès de votre père que ne pourraient le faire vos accusations contre Jonathan.
(On entend les sons d’une harpe; Mical et les princes
écoutent quelques instans.)
MICAL.
Quels accords délicieux! Jiscui, empressez-vous de m’amener cet envoyé céleste; il vient rendre la vie à Saül.
(Jiscui s’en va.)
MALKISCUAH.
Je n’ai jamais rien ouï de pareil. Je veux attacher cet homme à mon service.
MICAL.
Comment pouvez-vous en concevoir la pensée, lorsque je vous dis que le roi a besoin du secours de son art? Ah, je ne le vois que trop, malgré mes prières et les sacrifices que je fais sans cesse offrir, le pontife a dit vrai: le Seigneur s’est retiré de la famille de Saül.
MALKISCUAH.
Orgueilleuse, vous savez bien que vous et Jonathan avez été exceptés par Samuël des malheurs qu’il prédit faussement à notre race. Le grand prêtre ne prétend-il pas que vous serez reine d’Israël?
MICAL.
Un tel honneur ne saurait m’être réservé ; d’ailleurs, je préfère de beaucoup la gloire de mon père à la mienne.
JISCUI rentre avec David.
Voilà, ma sœur, le chétif musicien que vous désirez voir. Vous aurez soin de dire au roi que c’est moi qui l’ai amené.
DAVID. (Il est vêtu en berger.)
Prince, je suis venu ici de ma propre volonté, ou plutôt par obéissance envers le pontife Samuël qui m’a envoyé vers le roi malade.
MICAL.
Quel est votre nom?
DAVID.
Je suis le septième fils d’Isaï de Bethléem, et je m’appelle David.
MICAL.
Eh bien, David, venez avec moi sous la tente du roi, et si vous parvenez à guérir son mal en jouant de la harpe, vous pourrez demander telle faveur qu’il vous plaira, on ne vous refusera rien.
DAVID.
Le seul plaisir de vous obéir me paiera au delà de tous mes souhaits.
( Ils entrent tous dans la tente. )
Entr’acte pendant lequel la harpe se fait
entendre.
SCÈNE TROISIÈME.
Table des matières
SAUL, DAVID, MICAL, MÉRAB.
( Saul sort de la tente d’Abner, il est encore abattu; mais il se sent déjà soulagé d’une partie de son mal; la reine, les princesses et les princes entourent le roi. David marche respectueusement à sa suite.)
SAUL montrant David.
Cet homme est plus habile que tous les médecins du royaume; je ne veux plus qu’il me quitte, et n’ai nulle crainte de souffrir désormais. Les sons qu’il tire de sa harpe me rendent un calme bienfaisant: David, vous prendrez, dès cet instant, le premier rang dans ma cour.
DAVID.
Je n’ai point mérité tant de faveur, et je demande au roi d’attendre que le sort m’ait offert quelque occasion de me distinguer avant de se montrer aussi magnifique envers moi.
LA PRINCESSE MICAL à sa sœur.
Voyez combien il est modeste!
MÉRAB.
Vous vous enthousiasmez un peu vite pour un berger, ma sœur. Pour moi, je lui reconnais du talent; mais son extérieur annonce un homme né pour les arts et fort incapable à la guerre.
SAUL.
Je sens mes forces revenir, et dès demain je me mettrai à la tête de l’armée pour attaquer les Philistins. Mais avant cela, et afin de nous rendre le Seigneur propice, j’ordonne à toute l’armée, sans exception de rang, d’âge, ni de grade, de rester, d’un soleil à l’autre, sans prendre de nourriture. Qu’on fasse savoir cette volonté dans le camp, en annonçant que celui qui l’enfreindra sera mis à mort, fût-il mon fils.
(Les princes s’inclinent et sortent pour obéir aux or-
dres de leur père. )
La toile se baisse encore une fois.
Et le pauvre Jonathan qui n’est point averti, s’écria Wilhelm.
— Si vous reteniez votre histoire sainte, mon fils, dit M. Goëthe, vous sauriez déjà prévoir ce que tout cela deviendra.
— Pourrons-nous jouer avec les acteurs? demanda une petite fille. Pour moi, je ferais de la princesse qui est si bonne, ma poupée favorite; et si j’avais aussi les princes Jiscui et Matisna......
— Malkiscuah, reprit Wilhelm.
— Comme tu voudras: enfin, si j’avais ces princes ainsi que la belle Mérab, je les mettrais joliment en pénitence.
— De tels personnages feraient un bel effet dans des jeux de petite fille, reprit Wilhelm d’un air dédaigneux.
— Mais vraiment, continua la petite fille, ces marionnettes ne sont pas si grandes que mes poupées.
— Dans leur théâtre elles le paraissent beaucoup plus. Que je voudrais pouvoir les tenir et les faire parler!
— Silence, Wilhelm, dit madame Goëthe, on va lever le rideau.
ACTE TROISIÈME.
Table des matières
SCÈNE PREMIÈRE.
Table des matières
La scène représente une forêt.
JONATHAN, un Jeune Homme, un Soldat.
(Jonathan et bon serviteur arrivent. )
JONATHAN.
Quelles heureuses nouvelles nous allons porter au Roi. Les Philistins sont en déroute et tournent leur fureur contre eux-mêmes, ne sachant où trouver l’ennemi. Combien ils seront surpris, quand ils apprendront que deux hommes seuls ont fait tout ce ravage!
LE JEUNE HOMME.
Laissez-moi vous devancer au camp pour engager le Roi à faire marcher aussitôt ses troupes.
JONATHAN.
Tu n’auras pas besoin d’aller bien loin, car j’aperçois d’ici de grands nuages de poussière; je vois briller les hoyaux et les fourches des enfans d’Israël. Va donc vers mon père et apprends-lui ce qui est arrivé, afin que je rentre en grâce auprès de lui.
( Le jeune homme sort.)
La fatigue commence à saisir mes membres. Je me sens bien altéré, et j’éprouve un grand besoin de manger; il est impossible de trouver quelque nourriture ici; mais voyons si la forêt ne cache pas une source.
(Il cherche de divers côtés et s’arrête devant un arbre
mutilé.)
Oh! bonheur; voici du miel, je vais en prendre un peu.
(Il y goûte à plusieurs reprises; pendant ce tems des
soldats de l’armée israélite arrivent sur le théâtre. )
UN SOLDAT.
Quel est celui qui ose désobéir à Saül? arrêtons-le, et qu’il soit conduit au Roi.
JONATHAN.
Soldats, n’approchez pas de moi; je suis le prince Jonathan.
LE SOLDAT.
Alors, malheur sur vous et sur nous tous, votre perte sera la ruine d’Israël
JONATHAN.
Je ne vous comprends pas; mais au lieu de me plaindre réjouissez-vous plutôt avec moi. Les Philistins sont en déroute. Hier vous me refusiez tous de venir les attaquer; mon serviteur et moi, nous avons seuls accompli mon projet avec un plein succès.
LE SOLDAT.
Si cela est, il ne doit pas tomber un seul cheveu de ta tête.
JONATHAN.
Le Roi, mon père, a-t-il résolu ma mort?
LE SOLDAT.
Non; mais hier un jeûne absolu a été prescrit à toute l’armée, sous peine de mort.
JONATHAN.
Je n’étais pas au camp lorsque l’ordre en est parvenu. Mon père m’excusera auprès de mon oncle.
LE SOLDAT.
C’est le Roi lui-même qui s’est engagé par serment à punir de mort le coupable, fût-il son propre fils.
JONATHAN.
Que le Seigneur daigne me prendre sous sa sauve-garde!
LE SOLDAT.
On va camper dans cette forêt, et Saül dirige aujourd’hui les troupes.
SCÈNE DEUXIÈME.
Table des matières
LES MÊMES, JISCUI, MALKISCUAH.
JISCUI.
Ah! vous voilà, Jonathan, à votre air contristé il est facile de voir que votre courage s’est démenti en route.
JONATHAN.
Non, mon frère, et ma tentative a pleinement réussi.
MALKISCUAH.
Quoi! les Philistins auraient reculé devant vous!
JONATHAN.
Oui.
MALKISCUAH.
Pour ma part, grâce au jeûne prescrit parle Roi, je ne serais guère capable, en ce moment, de tenir tête à l’ennemi; et vous, mon frère, je suppose qu’après vos exploits vous devez aussi être cruellement tourmenté par la faim.
JONATHAN,
Dans l’ignorance où j’étais de la volonté du Roi, j’ai goûté à un rayon de miel.
JISCUI.
Ah! mon frère, qu’avez-vous fait?
JONATHAN.
Je suis résigné à subir mon sort.
MALKISCUAH,
Pauvre Jonathan!
SCÈNE TROISIÈME.
Table des matières
LES PRÉCÉDENS, SAUL, DAVID, LA REINE, LES PRINCESSES, des Officiers.
SAUL.
Mon fils Jonathan, je viens d’apprendre ce que nous vous devons tous, et mon cœur se réjouit d’avoir un fils tel que vous.
JONATHAN.
C’est déjà trop pour moi, mon père, que vous oubliyez votre colère d’hier.
SAUL.
Mon cœur est plein de tendresse pour vous, et voici votre mère et vos sœurs qui ne se lassent point de répéter vos louanges. Il a plû au Seigneur de m’accabler de dons en ce jour, malgré les prophéties de Samuël; et je dois vous présenter, mon fils, ce nouveau serviteur (il désigne David), dont le talent sur la harpe endort mes douleurs, et rend toujours à propos le calme à mes esprits.
JONATHAN.
Souvent le Seigneur frappe ses plus rudes coups alors que l’homme se réjouit.
SAUL.
Prince, ce langage me blesse; ne recommencez pas à vous faire l’interprète de Samuel.
JONATHAN.
Mon père, un grand malheur vous attend.
JISCUI bas à Malkiscuah.
Il a résolu de se perdre lui-même.
SAUL.
Parlez donc, malheureux; rappelez le glaive dans mon sein. Venez troubler de nouveau ma raison qui commençait à se raffermir. Je sens déjà mes membres qui frémissent. Je vais retomber sous l’obcession du malin esprit.
LA REINE.
Mon fils, quel est donc votre dessein?
JONATHAN.
Ah! puissé-je exciter vos ressentimens jusqu’à vous rendre moins cruelle coup qu’il me reste à frapper!
SAUL.
Mon fils, je vous ordonne de parler sans détour.
JONATHAN.
Grand roi, un Israélite a rompu le jeûne.
SAUL.
Sa vie me répondra de sa désobéissance. Cet homme, quel est-il?
JONATHAN.
Moi!
LA REINE ET LES PRINCESSES. (Elles viennent
se jeter aux pieds de Saül.)
Grâce! grâce, pour votre fils..., pour notre frère!
SAUL.
Les sermens faits au Seigneur sont irrévocables. Jonathan doit mourir.
LA REINE se tournant vers les officiers.
Braves Israélites, vous ne souffrirez pas que cet acte barbare s’accomplisse; je remets la vie du prince sous votre sauve-garde, et si le sang humain doit plaire au Seigneur, je m’offre pour victime à la place de mon fils.
JONATHAN.
Ma mère, n’apprenez pas à vos sujets à méconnaître l’autorité du roi.
LA REINE.
Eh! que m’importe ce sceptre et sa puissance mensongère. Ne sommes-nous pas chaque jour en péril de voir le peuple se révolter contre nous? Et Saül serait maître absolu, seulement alors qu’il s’agirait de frapper de mort un de ses fils. Soldats, voici l’instant d’opposer la force aux volontés d’un père insensé ; répondez à ma voix; parlez, laisserez-vous mon fils périr?
( Les officiers s’avancent, entourent Jonathan, et l’un
d’eux porte la parole. )
L’OFFICIER.
Jonathan a sauvé Israël, nous ne laisserons pas tomber un cheveu de dessus sa tête.
LA REINE.
Saül, vous l’entendez; voulez-vous maintenant lutter contre l’opposition de l’armée?
SAUL.
Vous sauvez Jonathan; mais vous nous perdez tous.
JONATHAN.
Mon père, qu’il soit fait selon votre jugement.
SAUL.
Malheureux prince, pourquoi m’avez-vous désobéi!
JONATHAN.
J’étais loin du camp, lorsque vous avez annoncé le jeûne. Aucun avis ne m’en est parvenu, tandis qu’avec mon seul homme d’armes, je mettais les Philistins en déroute. Accablé de fatigue, et saisi par une soif brûlante, je revenais vers vous avec l’espoir d’avoir mérité votre suffrage. En passant dans la forêt, j’ai découvert un rayon de miel dans le creux d’un arbre; à peine en avais-je goûté, que des soldats sont survenus, et m’ont appris mon crime involontaire.
LES OFFICIERS.
Il n’est pas coupable; le prince ne mourra pas.
MICAL.
Mon père, dites comme eux?
SAUL.
Je renonce, à le punir.
LA REINE.
Que le Seigneur vous comble de bénédictions!
ACTE QUATRIÈME.
Table des matières
David est dans un champ au milieu de ses
brebis. Sa harpe est près de lui.
SCÈNE PREMIÈRE.
Table des matières
DAVID seul.
DAVID.
Maintenant que le roi n’a plus besoin de moi, je reprends avec joie mon service de pasteur. Les honneurs de la cour me tentent peu, et hors l’affection du prince Jonathan et celle de la princesse Mical, je ne regrette pas ma faveur passagère dans la famille de Saül. En me prédisant une haute fortune, le pontife Samuël s’était étrangement trompé. Les desseins de Dieu sur moi se bornaient à m’envoyer au secours du père de Jonathan.
SCÈNE DEUXIÈME.
Table des matières
DAVID, JONATHAN.
JONATHAN.
Je vous cherchais partout, fils d’Isaï, car votre départ m’a plongé dans le chagrin. Hélas! moi aussi, je dois quitter mon père. Saül ne sait plus reconnaître entre les siens quels sont les serviteurs fidèles; il vient de me nommer à un gouvernement éloigné, comme si les Philistins étaient à jamais vaincus.
DAVID.
Est-il bien vrai que le Roi se sépare volontairement de son plus brave défenseur?
JONATHAN.
Mes frères m’ont desservi dans l’esprit de mon père. Ce qui m’afflige le plus en lui, c’est de penser qu’un péril inattendu peut surprendre le Roi, et que je ne serai pas là pour l’en garantir.
DAVID.
Prince, vous pouvez du moins compter sur mon zèle.
JONATHAN.
Votre bonne volonté est sans bornes, et si mon père retombait malade, je sais que vous iriez encore charmer son mal en jouant de la harpe auprès de lui. Mais ce n’est pas seulement l’esprit malin que je redoute pour Saül. Les Philistins peuvent fondre à l’improviste sur l’armée, et alors où serait l’homme capable de conduire nos soldats à la victoire?
DAVID.
je ne craindrais pas de me mesurer contre dix Philistins.
JONATHAN.
La jeunesse trahirait en vous la bonne volonté.
DAVID.
Prince, ne me méprisez pas pour la petitesse de ma taille; car, sous ces frêles dehors, le Seigneur m’a doué d’une grande vigueur, depuis le jour où Samuël a versé l’huile sainte sur mon front.
JONATHAN.
Samuël aurait désigné en vous le successeur de mon père?
DAVID.
Que cet aveu ce vous porte point à la colère contre moi, prince, jusqu’à ce qu’il plaise au Seigneur d’opérer, par sa seule volonté, un si grand miracle, vous et les vôtres n’aurez pas de plus fidèle serviteur que moi.
JONATHAN.
Ah! je reconnaist rop que vous dites vrai, David, et si un jour vous portez la couronne, je réclame l’honneur de marcher immédiatement après vous.
DAVID.
Jurons-nous une éternelle alliance devant le Seigneur.
JONATHAN.
Je m’engage solennellement, en sa présence, à vous aimer en frère jusqu’au jour où je vous servirai avec le respect du à un maître. Avant de partir je ferai remettre chez vous mon manteau, men épée, un arc, ce baudrier, que je vous prie de garder en mémoire de moi.
DAVID.
Mes présens, à moi, seront les dépouilles de deux ennemis que je peux vous montrer étendus morts à quelques pas d’ici.
(Ils s’avancent vers un fosse. )
JONATHAN.
Un lion! et un ours! quelle main les a terrassés?
DAVID.
La mienne. Je paissais tranquillement les troupeaux de mon père. Ces deux animaux arrivèrent et voulurent emporter une brebis; je courus après eux, j’arrachai la brebis de leur gueule, et les prenant tous deux par la mâchoire je les frappai si rudement l’un contre l’autre que je les tuai.
JONATHAN.
Si vous prenez les armes contre les Philistins, la victoire ne sera plus douteuse. Adieu, mon frère, je vous recommande la personne de Saül.
DAVID.
Je le défendrai comme si c’était vous-même.
(Jonathan s’en va.)
SCÈNE TROISIÈME.
Table des matières
MICAL, suivie d’une de ses femmes, DAVID, Un Héraut d’armes.
MICAL à sa suivante.
C’est à peine si j’ose marcher en sécurité par ici; j’ai toujours peur des ennemis, ou des bêtes féroces, et personne ne se présenterait pour nous protéger.
(Elle passe.)
DAVID à part.
La princesse ne se souvient déjà plus de moi. Je vais lui faire entendre ma harpe, afin qu’elle sache que son fidèle serviteur n’est pas loin.
( Il joue un air mélancolique.)
MICAL revenant
David est ici! Quoi! ce serait lui qui garde les moutons: La faveur de mon père est-elle de si courte durée?
(Elle s’approche du berger. )
Fils d’Isaï, pourquoi avez-vous quitté la cour de Saut?
DAVID.
Mes frères commençaient à murmurer contre mon élévation subite, et pour rendre la paix au vieil Isaï, je suis revenu prendre l’emploi pour lequel j’ai été élevé.
MICAL.
Jonathan n’a-t-il pas cherché à vous retenir?
DAVID.
Ce prince aussi a quitté la cour, et j’ai, tout à l’heure, reçu ses adieux ici. Ainsi que les miens, les frères du prince Jonathan sont toujours prêts à le persécuter.
MICAL.
Tems déplorables! Je suis partie seulement depuis deux jours pour venir consulter Samuël à Bethléem, et déjà tous ces changemens sont accomplis.
(Un Héraut d’armes traverse la plaine. )
Oh! sans doute, je vois encore un messager de malheur dans cet homme; David, veuillez l’appeler vers moi.
(David va au devant du Héraut.)
Êtes-vous en course pour ordonner une nouvelle levée d’armes dans les tribus?
LE HÉRAUT.
La désolation est répandue partout.
MICAL.
Qu’est-il arrivé ?
LE HÉRAUT.
Un géant appelé Goliath, est venu du camp des Philistins; il ravage les terres des Israélites, enlève les hommes, les femmes et les enfans, sans qu’il soit possible d’arrêter son bras... Saül tremble sur son trône; il a promis d’immenses récompenses et la main de sa fille aînée, la princesse Mérab, à celui qui lui rapportera la tête du géant.
DAVID.
Si j’étais prince, au lieu d’être un simple berger, je me battrais avec joie contre le géant; mais il faudrait que le Roi me laissât le choix de l’une de ses filles.
MICAL.
Ma sœur est recherchée en mariage par Hadriel, prince méholathite.
LE HÉRAUT.
Quand le roi a dit que le vainqueur du géant appelé Goliath épouserait sa fille, il n’a excepté aucun rang de la concurrence.
DAVID.
Eh bien! je marcherai au combat avec désintéressement et pour le seul honneur du peuple d’Israël; car ma présomption est loin de s’élever aussi haut que sur la fille d’un roi.
MICAL.
Si le Seigneur est propice à mes vœux, vous triompherez; et le roi trouvera bien une de ses filles disposée à répondre pour sa promesse.
DAVID.
Héraut, dis-moi où je dois trouver Goliath pour le combattre.
LE HÉRAUT.
Il est dans le camp de Mic-Mas.
MICAL.
Je retourne auprès de Saül pour lui annoncer que j’ai trouvé un généreux défenseur.
La toile se baisse.
— Mical ferait mieux de laisser David parler lui-même, car je suppose bien qu’on va fort se moquer des prétentions du berger à la cour, et cependant......
Cette réflexion était de Wilhelm, sa mère lui posa sa main sur la bouche: —Paix! enfant bavard, lui dit-elle, laissez le plaisir de la surprise à ceux qui sont moins savais que vous.
— Samuël a prédit que David serait roi, interrompit une petite fille; à qui donnera-t-il ses moulons quand il ira demeurer dans le palais?
— Voilà une belle question, reprit Wilhelm; comme s’il manquait de pauvres gens dans le village de Bethléem. Son père et ses frères habiteront son palais, et il pourra donner ses troupeaux à Samuël.
— Oh non, dit vivement la petite fille, le grand prêtre les sacrifierait et j’en aurais trop de chagrin.
— Tu aimerais mieux les manger toi-même que de les offrir à Dieu.
— Je ne pensais plus qu’on tuait des moutons à présent, et je trouvais les Israélites un peu méchans.
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