Читать книгу: «Saint-Pierre & Miquelon»
Comte de Premio-Real
Saint-Pierre & Miquelon

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066075736
Table des matières
La première de couverture
Page de titre
LES ILES SAINT-PIERRE ET MIQUELON
THE ISLANDS OF SAINT-PIERRE AND MIQUELON.
LE CANADIEN.
QUEBEC.
LES ILES
SAINT-PIERRE ET MIQUELON
Table des matières
(Notes de la conférence donnée à l'Institut Canadien, devant la Société Géographique de Québec, le 29 avril 1880, par Son Excellence le comte de Premio-Real, consul-général d'Espagne.)
Traduit en anglais par Crawford Lindsay, premier traducteur anglais à l'Assemblée Législative du Québec.
Combien d'hommes est-il en Europe, voire en Amérique, parmi ceux mêmes qui ont des prétentions à un certain savoir, combien, dis-je, en est-il, qui ignorent jusqu'au nom de ces trois petites îles perdues sur les côtes de Terre-Neuve, ce colosse dont elles sont les humbles satellites.
Combien de français même à qui leur nom est inconnu, ou dans l'esprit desquels elles n'éveillent qu'une idée vague, presque insaisissable, pareille au lointain murmure des eaux de l'Océan, arrivant presque imperceptible aux oreilles du paysan qui habite l'intérieur.
Et cependant ces trois îlots sont les épaves d'un empire immense, qui s'étendait jadis des terres polaires aux bouches du Mississipi, le puissant père des eaux. Elles formaient autrefois une partie infime de ce vaste domaine que les fils de Saint Louis ont fécondé de leurs sueurs et de leur sang, mais qu'ils se sont laissé enlever, après l'avoir ouvert à la civilisation, par un adversaire vigilant et pratique.
Sur ces humbles rocs où flotte le drapeau tricolore, habite tout un petit monde de pêcheurs endurcis par l'âpre haleine des bises glaciales du pôle. Ce petit coin de terre qui semble au premier abord ne pouvoir être habité, voit fourmiller autour de lui une richesse naturelle intarissable, je veux dire ces bancs de morues et de harengs plus précieux que l'argent et l'or, et qui ont donné à un petit pays, la Hollande, l'existence d'abord, l'opulence ensuite, la puissance enfin à un certain moment de son histoire.
Qu'on ne soit donc point surpris du ton lyrique de ce début. Les îles Saint-Pierre et Miquelon ont vu passer tous les navigateurs célèbres qui ont découvert ou exploré le Canada. C'est de leurs eaux que la France tire une partie importante de son alimentation. C'est vers leurs ports que l'Espagne envoie tous les ans des quantités énormes de sel pour conserver les dons précieux de la mer. C'est là que, dans la belle saison, des centaines de navires et de bateaux, et des milliers de pêcheurs français vont récolter pour leur patrie une moisson toujours abondante, et se former au rude métier de matelot.
Qu'importe, après cela, que la moitié de l'année, ces rivages soient ensevelis sous la neige ou enveloppés dans d'épais brouillards; qu'importe qu'ils soient battus par les puissantes vagues de ce terrible Océan du Nord qui viennent, en mugissant, les inonder de leurs eaux verdâtres chargées d'algues et de débris de toute espèce, et semblent vouloir, dans leurs terribles convulsions, les effacer de la carte du monde.
La vie est assurée là non seulement pour ceux qui y habitent, mais encore pour des milliers et des milliers de créatures vivant par delà l'Atlantique. La mer, cette rude nourricière, ouvre là ses flancs profonds à tous ceux qui ne craignent pas le balancement de ses ondes toujours mobiles.
Il n'y a point là de ces misères affreuses, ni de ces existences consumées par la faim, comme il s'en trouve dans les grands centres populeux, an milieu de toutes les ressources de la civilisation.
Les vigoureux pêcheurs, bistrés par le vent de la mer, n'y ont jamais la famine à craindre. Une manne incessamment renouvelée monte vers eux des profondeurs de l'abîme. On dirait que Dieu a voulu faire éclater sa puissance et montrer à l'homme la vanité des richesses de convention, en faisant pulluler la vie et les trésors naturels dans ces parages qui, au premier aspect, ne semblent pouvoir abriter que la misère et la mort....
Malgré les considérations contenues dans ce qui précède, le choix de mon sujet a pu vous surprendre. C'est à vous, que, naguère, le savant professeur Bell faisait part de ses explorations personnelles, sur un champ aussi grandiose que la baie d'Hudson et ses environs. N'était-ce pas abuser de votre complaisance de venir vous parler de trois petites îles qui, physiquement, n'offrent rien d'extraordinaire? Mais j'éprouve pour elles un sentiment d'affection tout particulier. Cela ne proviendrait-il pas précisément de leur petitesse? Le Canada avec ses champs sans limites m'inspire un sentiment d'admiration. Mais il est plus facile de concentrer son affection sur un objet d'étendue restreinte que l'esprit peut, pour ainsi dire, embrasser sans effort. Le célèbre Burke dans son ouvrage sur le sublime et sur le beau: "On the sublime and beautiful" fait remarquer que, généralement, l'admiration se porte sur des objets grands ou terribles, l'amour sur des objets relativement petits et agréables.
Comme je l'ai dit, les îles Saint-Pierre et Miquelon sont tout ce qui reste à la France d'un empire qui comprenait les possessions britanniques actuelles de l'Amérique du Nord et la vallée du Mississipi, c'est à-dire la moitié du continent Nord Américain. Les fleurs de lys durent successivement se retirer de Terre-Neuve en 1713, du Cap-Breton et de l'île du Prince-Edouard en 1745, du Canada et de la Nouvelle-Ecosse en 1763 ainsi que du territoire à l'Ouest du Mississipi, et le léopard britannique ne laissa à la vieille monarchie française que le droit de pêche sur les côtes de Terre-Neuve et les îles Saint-Pierre et Miquelon.
Elles sont situées à l'entrée de Fortune Bay, golfe qui s'enfonce profondément dans la côte sud de Newfoundland, à proximité du banc de Saint-Pierre fréquenté par les morues, et non loin du grand banc de Terre-Neuve. Une distance de 135 milles les sépare du cap Ray et du cap Race qui forment respectivement les extrémités Sud-Ouest et Sud-est de la terre des Bacalaos, comme on l'appelle en Espagnol.
Elles se trouvent à 6470 kilomètres de Brest, le point le plus rapproché de la mère patrie. Suivant le géographe français Onésyme Reclus, les îles Saint-Pierre et Miquelon ont une superficie de 21,000 hectares et une population sédentaire de 3000 habitants. Il y a de cela 2 ou 3 lustres. Mais actuellement, suivant mon intelligent subordonné aux dites îles, elle s'élève à 5000 âmes. Le petit archipel se compose, au Nord, de la grande-Miquelon, sise par 47° 4' de latitude Nord et 56° 20' de longitude Ouest, au Sud, de la petite Miquelon ou Langlade et au Sud-Est de cette dernière, de Saint-Pierre, beaucoup plus petite, mais trois fois plus peuplée que les précédentes.
Il est presque superflu de mentionner quelques îlots insignifiants, simples rochers de granit sans végétation et sans habitants. La grande Miquelon et la petite sont, depuis 1783, réunies par une langue de sable.
Saint-Pierre renferme le chef-lieu du même nom, résidence du gouverneur de tout l'archipel. Cette modeste capitale a pour horizon des collines basses portant un bois de résineux lilliputiens dont la cime arrive à peine à l'épaule d'un enfant. Dans la saison commerciale la population flottante de pêcheurs et de marins venus de France et d'autres pays y surpasse de beaucoup le nombre des résidents. Le mouvement des navires, la pêche, la salaison, donnent alors une prodigieuse animation à ces pauvres îles au sol indigent, au climat dur, mais très sain.
Les cultures de Saint-Pierre et Miquelon ont peu d'étendue; quelques pommes de terre, des choux, un peu de foin, voilà tout ce que le regard de l'agronome pourrait y découvrir. La végétation y est généralement chétive. Las hauteurs atteignent 500 pieds en certains endroits. Les parties basses abondent en étangs et en marais. En somme la pêche est l'occupation principale, sinon exclusive, des habitants. Vu la rareté du bois, on y brûle surtout du charbon qui vient principalement de la Nouvelle Ecosse et du Cap Breton. Le climat ressemble beaucoup à celui des ports du golfe Saint-Laurent. Les côtes sont souvent couvertes d'épais brouillards qui s'élèvent soudain et persistent durant plusieurs jours. St. Pierre, au Nord-Est de l'île du même nom, possède un excellent port qui peut contenir un grand nombre de navires, et leur assurer un très bon mouillage. On y voit jusqu'à 60 bâtiments pêcheurs à la fois. Les autres anses de l'archipel n'offrent ni les mêmes avantages ni la même sécurité. Lorsque certains vents soufflent, les navires qui y ont jeté l'ancre, sont souvent obligés de prendre la haute-mer, pour éviter d'être brisés contre le roc par les poussées formidables de la tempête.
Comme conclusion à ces quelques données sur les îles Saint-Pierre et Miquelon, je dirai que la nature semble les avoir spécialement destinées à être d'excellentes stations de pêche.
Les flots qui environnent les îles Saint-Pierre et Miquelon recèlent un grand nombre de poissons d'espèces différentes. Le hareng s'y montre quelquefois en colonnes profondes, mais comme les pêcheurs français qui exploitent ces parages s'attachent presque exclusivement à la morue, je ne m'occuperai en détail que de cette dernière.
Les naturalistes l'appellent gadus morrhua; ses principaux caractères sont trois nageoires dorsales, deux anales et un barbillon, bouquet de filaments attaché à la mâchoire inférieure. C'est un poisson malacoptérygien, c'est-à-dire à nageoires molles. On en distingue plusieurs espèces. La plus commune est la morue franche, qu'on appelle aussi cabillaud ou cabéliau quand elle est fraîche. Sa longueur varie de soixante-dix centimètres à un mètre. Une tête grosse et comprimée, une bouche énorme, des yeux très gros à fleur de tête et voilés par une membrane transparente, une cuirasse d'écailles grises sur le dos et blanches sous le ventre avec des taches dorées, des nageoires jaunes et grises, tels sont les principaux caractères extérieurs de cet habitant des mers. Joignez-y des dents simplement implantées dans les chairs et susceptibles de se mouvoir à la volonté de l'animal, un estomac très volumineux et très vorace et une prodigieuse fécondité, et vous pourrez vous faire une idée des hécatombes de petits poissons que la morue engloutit avant d'être elle-même la proie de ce terrible destructeur, de cet omnivore qu'on appelle l'homme.
La morue atteint quelquefois un poids de cent livres; mais petite ou grande, pesante ou légère, elle est toujours pour les humains une ressource précieuse, une nourriture des plus saines. J'ai parlé tout à l'heure de sa fécondité. Jugez plutôt: les femelles portent de 4 à 8 millions d'oeufs dans leurs flancs; quel rêve de romancier peut se comparer à cette réalité vivante. Un de ces savants qui ne respectent rien et qui forcent la nature à leur dévoiler ses arcanes les plus mystérieux, évalue à 150,000,000 le nombre des animacules contenus dans la laite d'une seule morue mâle. Cette espèce est répandue dans toutes les mers septentrionales de l'Europe et de l'Amérique, à l'entrée de la Manche, en Irlande. Sur les côtes de l'Irlande, de la Suède, de la Norwége, de l'Ecosse, elle donne lieu à une exploitation importante, mais c'est sur les bancs de Terre-Neuve ou aux environs que cette pêche se fait tout-à-fait en grand.
Бесплатный фрагмент закончился.
