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Programme des Épouses Interstellaires Coffret
Tomes 9-12
Grace Goodwin


Table des matières

Bulletin française

Le test des mariées

L’Enfant Secret de son Partenaire

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

La Fièvre d’Accouplement

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Épilogue

Ses partenaires Viken

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Combattre pour leur partenaire

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Épilogue

Contenu supplémentaire

Le test des mariées

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Le test des mariées
Programme des Épouses Interstellaires

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L’Enfant Secret de son Partenaire

Copyright © 2018 by Grace Goodwin

Tous Droits Réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite ou transmise sous quelque forme ou par quelque moyen que ce soit, électronique ou mécanique, y compris photocopie, enregistrement, tout autre système de stockage et de récupération de données sans permission écrite expresse de l’auteur.

Publié par Grace Goodwin as KSA Publishing Consultants, Inc.

Goodwin, Grace

L’Enfant Secret de son Partenaire

Dessin de couverture 2020 par KSA Publishing Consultants, Inc.

Images/Photo Credit: Deposit Photos: frenta, amoklv

Note de l’éditeur :

Ce livre s’adresse à un public adulte. Les fessées et toutes autres activités sexuelles citées dans cet ouvrage relèvent de la fiction et sont destinées à un public adulte. Elles ne sont ni cautionnées ni encouragées par l’auteur ou l’éditeur.

1


Natalie Montgomery, Centre de Recrutement des Epouses, Amérique du Nord

« Garde cette stimsphère dans ton vagin, gara. »

La voix est grave et impérieuse, j’ignore ce qu’est une stimsphère, ou ce que le terme gara signifie. Je sais que si je cesse de contracter mon vagin, cet objet lourd tombera à mes pieds sur le tapis. L’objet rond est en moi, ça m’excite, j’ai envie … de la grosse bite de mon chéri.

Je ferme les yeux, j’essaie de conserver cet objet lisse en moi. Mais je mouille trop. Je suis trop excitée. J’ai trop envie qu’il me saute. Je sais que la boule de geisha va tomber, que je serai à nouveau punie.

Je pousse un gémissement de plaisir, une grosse main descend de ma nuque jusqu’à mes fesses nues rebondies. Une chaleur cuisante me consume là où il m’a frappée, j’ai encore fait tomber la sphère. Ça me dilate, ça me pénètre, ça me comble, cette excitation sensuelle me donne envie de jouir, j’ai hâte de me contracter sur son sexe. La sueur coule de mon front, je sens la sphère glisser, ma vulve va l’éjecter. Elle va tomber. Oh non !

J’ondule des hanches, j’essaie de freiner l’inévitable chute tandis que la voix rauque située juste derrière se moque de moi.

« Vilaine femme, j’aperçois la stimsphère. Garde-la dans ta chatte humide sinon t’auras droit à une autre fessée.

— Je … j’y arrive pas. » Je suis allongée à plat ventre sur une petite table capitonnée. Je tire sur mes bras et m’aperçois que mes chevilles et mes poignets sont attachés. J’ai un coussin sous le ventre, la position — certes confortable — est parfaite pour qu’il fasse de moi ce qu’il veut. J’ai le cul en l’air, ma chatte épilée bien en vue. Impossible de me cacher.

Mon partenaire pose ses grosses mains sur mes fesses et les écarte. Je ne me suis jamais sentie aussi exposée. Aussi vulnérable.

Je m’attends à éprouver de la honte ou de la gêne. Mais le corps de cette femme se révèle suite à son inspection, il sait ce qui l’attend.

« T’es toute luisante de désir. Je comprends ton trouble, gara. » Sa voix grave est rauque de désir. J’ignore comment je le sais, comment je sais que mon partenaire ne va pas tenir bien longtemps et va me combler. Je le sais. Il est à deux doigts de jouir. Il me suffit de le pousser à bout. De l’exciter.

Frémissante de désir, je sens un métal froid effleurer l’intérieur de mes cuisses, une lourde chaîne pendouille, attachée à la stimsphère, elle la tire doucement et inexorablement vers le bas.

Je suis trop trempée, trop excitée pour la garder en moi. Mes muscles frémissent sous l’effort, mon clitoris palpite de douleur et de désir. Je ne veux pas de cette stimsphère, c’est lui que je veux. Je veux qu’il me pénètre. Qu’il me dilate. Qu’il me fasse jouir. Ma vulve s’écarte, je perds la sphère qui tombe à terre.

Je pousse un cri, je me sens vide. « S’il te plaît, encore ... »

J’ai du mal à reconnaître ma voix. Elle est rauque et éraillée, comme si j’avais hurlé de plaisir. Je suis en manque mais je n’ai pas joui, j’ai dû juste pousser des hurlements de désespoir.

Cet homme, mon partenaire, quel qu’il soit, sait jusqu’où me pousser. Et j’adore ça.

Il s’impatiente, il caresse mes fesses nues.

« Doucement, gara. Tu peux te faire sauter par le premier mec venu mais je suis ton partenaire, je connais tes besoins. T’as besoin d’obéir à mes ordres, de te soumettre. Tu jouiras uniquement à cette condition. »

Sa main s’abat violemment sur mes fesses nues et je pousse un hurlement. Je sais que ce n’est pas vrai, j’ai jamais reçu de fessée mais pourtant je ressens la douleur, cette douleur qui se mue rapidement en un plaisir intense, se mêle à un désir torride et exacerbé.

« Tu vas me supplier, gara. Tu vas te lâcher. Tu vas tout oublier, sauf moi. » Son souffle chaud m’arrive dans le cou, il m’embrasse derrière l’oreille. « Après seulement je te baiserai.

 Mais …

 C’est ça que tu veux ? » souffle-t-il, son doigt glisse à l’entrée de ma vulve.

Oh oui, c’est exactement ça. Son doigt qui m’effleure me fait voir les étoiles. Mon clitoris palpite. « Encore, je t’en supplie. »

Il se colle contre moi, je sens son corps musclé contre mon dos.

« Comme ça ? » Il enfonce son doigt en moi. Le retire. « Tu mouilles.

— Je t’en supplie. » Je ferme les yeux, tous les muscles de mon corps se contractent, je suis prête à jouir comme jamais.

J’ai juste besoin de … d’autre chose. J’ai besoin de lui, qu’il soit violent, qu’il me tire les cheveux et me pilonne comme s’il ne devait jamais s’arrêter. Je me découvre un côté sauvage. Je pousse un cri étouffé de désespoir, un grognement bestial jamais entendu auparavant.

« Qu’est-ce que tu veux, gara ? » Il me branle avec deux doigts, je me mords la lèvre pour m’empêcher de lui demander de me défoncer la chatte. Plus vite. A fond. Si j’essaie de lui faire accélérer l’allure, il va me laisser sur ma faim jusqu’à ce que je le supplie. Que je pleure. Que je me livre à lui.

« Toi. Je t’en supplie. »

Il retire sa main, ma chatte se retrouve à nouveau béante. Le vent s’engouffre sous la toile de tente, ça sent l’air sec et le cuir, l’huile d’amande douce et le sable. Et mon homme. Une odeur animale et musquée, son goût unique sur ma langue, comme si j’avais sucé son membre raidi.

Mon dieu, je suis excitée comme pas deux. J’ai envie de lui. Totalement. Partout.

Je sanglote, mes cheveux retombent en une cascade soyeuse devant mes yeux. J’en ai besoin. Aucun mot ne pourrait mieux décrire ce que mon corps ressent. J’en ai besoin.

Dans mon for intérieur, je sais que ça fait un moment que ça dure. Il m’excite, c’est une vraie torture. J’ai atteint le point de non-retour, je vais craquer, supplier, implorer, pleurer … tout, pourvu qu’il m’accorde ce que je désire …

« C’est ça que tu veux ? » Je suis excitée, il place son gland dilaté à l’entrée de ma vulve.

« Oui. Le mot résonne en moi.

— Tu acceptes que je te possède, gara ? Tu acceptes ma protection et mon dévouement ? »

Putain, que suis-je censée répondre à ça ? Un seul mot tourne en boucle dans ma tête et mon corps, tel un mantra, je n’ai que trop envie de hurler.

« Oui ! »

Des pas. J’entends des pas sur ma droite. Je tourne la tête et aperçois une deuxième paire de bottes. Ce n’est pas mon partenaire. C’est quelqu’un d’autre …

« Afin de compléter votre dossier, pouvez-vous indiquer si vous avez déjà été mariée, fiancée ou compatible avec un autre homme ? »

Sa question ralentit le rythme de mes pensées, calme légèrement mes ardeurs. Il se passe quoi, là, exactement ? « Non.

— Vous avez des enfants ? »

Des enfants … ? « Non. »

Je me contracte, je fais en sorte que l’étranger botté qui s’approche ne me touche pas. Il a entendu mes supplications, mon plaisir. De là où il est, la vue est imprenable sur mon sexe béant.

Je plaque mon front sur la table et pousse un grognement. Bon sang, pourquoi ça me perturbe autant ? Je suis devenue dingue ? Perverse ?

Une main se pose délicatement sur ma nuque et tourne doucement ma tête avant que j’aie le temps de réfléchir. Je me cambre, mes fesses pointent vers son membre raidi.

« Parfait. Je te prends pour femme. »

Il me pilonne, me donne un long coup de boutoir.

L’étranger derrière moi parle d’une voix rauque et grave, facilement reconnaissable par rapport à celle de mon partenaire. « Je le note dans le dossier officiel et préviens le Conseil.

— Laissez-nous, ordonne mon partenaire, toujours profondément enfoui en moi.

— Mais vous n’avez pas éjaculé. D’après le protocole, je dois être témoin—

— Sors d’ici avant que je te coupe la bite et que je te la fasse bouffer. »

L’ordre de mon partenaire me donne le frisson. Les bottes s’éloignent et je ne peux réprimer un sourire. Mon partenaire a des couilles. Il est cruel. Il est respecté. Il ne me partagera avec personne d’autre.

Putain, ça m’excite vachement.

J’ai un autre orgasme, j’ondule des hanches, je suis soulagée lorsqu’il se retire pour se renfoncer encore plus profondément. Violemment. Il tire sur mes cheveux de manière à ce que mon corps se plaque contre sa grosse bite épaisse. Va-et-vient. C’est violent. Rapide. Brutal. Tout comme j’aime. Les bruits de baise et l’odeur de foutre remplissent la tente.

Mon partenaire me lâche les cheveux et dépose un baiser sur mon épaule. Sa voix est rauque, son souffle court.

« Et maintenant partenaire, tu vas comprendre ce que m’appartenir veut dire. »

Il bouge sa main, il porte une bague à l’auriculaire. Ma chatte se contracte à l’idée. Je me pose la question une fraction de seconde, il appuie sur l’insigne gravée sur la bague.

Des vibrations envahissent mes tétons et mon clitoris, je ressens un léger choc, comme une petite décharge électrique.

Je pousse un hurlement tout en m’arcboutant sur la table, mon partenaire m’attire vers lui en empoignant mes hanches, il me pilonne profondément sans relâche, je n’entends plus rien hormis le bruit de son corps qui se frotte contre le mien.

Putain de merde, on dirait une espèce de télécommande pour … quoi faire ? Un vibromasseur spatial. Qui agit à la fois sur mes tétons et mon clitoris ?

Inlassablement. Mes tétons communiquent avec mon vagin. C’est si puissant, je jouis si violemment que j’ai peur d’y rester. Mon sexe palpite, se contracte sur sa queue, je perds le contrôle de mon corps, je me cambre et me contorsionne comme un animal sauvage, ses grosses mains empoignent mes hanches, il me force à endurer ce supplice. Mon orgasme va crescendo, j’en ai presque la tête qui tourne, je sais plus qui je suis.

J’ai la bouche sèche à force de crier.

Soudain, tout devient noir. La sensation s’amenuise, comme si je me réveillais d’un rêve, un rêve que j’aimerais vraiment recommencer.

C’est la meilleure partie de jambes en l’air de toute ma vie, j’ai envie de recommencer.

D’après mon expérience, le réveil est toujours difficile.

« Mademoiselle Montgomery ? » Une femme à la voix sévère m’appelle.

Je secoue la tête, j’ai pas envie de répondre. Je veux mon partenaire, je veux sa bite, je veux cet incroyable orgasme. Putain de merde.

« Natalie ! » Elle hausse le ton, l’air inquiète. J’ai peut-être pas appris grand-chose durant mes années au collège mais il m’est tout à fait impossible d’être impolie. J’ai les bonnes manières chevillées au corps, des années d’enseignement prodigué par des professeurs stricts et parfois sans pitié.

« Excusez-moi. Oui ? » J’ai la voix rauque, comme si j’avais pas parlé depuis longtemps.

« Ouvrez les yeux, ma chère. Revenez avec moi, sur Terre. »

J’ouvre les yeux à contrecœur, j’ai l’impression d’avoir du sable sous les paupières. Ça me revient. Les murs blancs d’une froideur clinique. Le fauteuil étrange sur lequel je suis ligotée, comme une malade mentale. L’étrange blouse d’hôpital frappée de l’insigne bordeaux franchement moche du Recrutement des Epouses Interstellaires. Jusqu’à l’expression sérieuse et solennelle de la jolie petite brune chargée du test. Elle n’a pas l’air bien plus âgée que moi, son regard sombre en dit long sur son passé.

Je veux vivre. J’en ai marre qu’on me traite comme de la porcelaine précieuse. J’ai joué le jeu pendant vingt-quatre ans, voilà où ça m’a menée. J’ai été élevée dans une prestigieuse école privée, mes parents me voyaient deux fois par an grand maximum et mon fiancé accro au sexe préfère se payer des putes plutôt que de coucher avec moi.

Ok, il ne m’a jamais excitée comme dans ce rêve mais il n’a rien fait pour tenter sa chance.

Je devais toujours attendre une plombe avant qu’il se décide à m’amener dîner au resto. Il était du genre à me sauter à la va-vite et à se barrer après. J’ai pris mon mal en patience pendant dix-huit mois pour essayer de faire plaisir à mes parents. Non, mais franchement ? C’est quoi mon problème ?

Et pour couronner le tout, ma meilleure partie de jambes en l’air s’avère être un simple rêve. A moins que j’accepte le deal, le rêve deviendrait dans ce cas réalité.

« Mademoiselle Montgomery, vous m’entendez ?

—Oh, pardon. » Je cligne des yeux à plusieurs reprises et m’ôte Curtis Howard Hornsby III de l’esprit. Milliardaire, enfant gâté, aucune envergure, couilles molles, méprisant. « Oui. Je vous écoute, Gardienne. Excusez-moi.

— Je comprends. Prenez le temps de vous remettre. Le protocole de recrutement peut s’avérer intense. »

Je rougis. « J’ai pas crié trop fort ? »

Elle sourit et détourne le regard. « Non, pas trop fort, » je ne la crois pas. J’ai joui si fort dans mon rêve que tout le centre de recrutement m’a forcément entendue.

« Ouais. Désolée mais c’était … mon dieu. » Les mots me manquent.

« Oui, je comprends. » La gardienne se prénomme Egara. Je m’en souviens. C’est son prénom ? Son nom de famille ? C’est bizarre ce prénom pour une femme, l’autre jour, les autres recrues du centre racontaient que la Gardienne Egara était mariée non pas à un mais deux guerriers d’une planète nommée Prillon Prime. Ils sont morts tous les deux. Elle est veuve à double titre.

C’est triste. Trop triste.

La Gardienne Egara regarde la tablette dont elle ne se sépare jamais et hoche vivement la tête. « Excellent. Vous êtes compatibles à quatre-vingt-dix-neuf pour cent.

— Pour de vrai ? » Oui, cette voix pathétique est bien la mienne. Ma mère me reprocherait cet étalage superflu de sentiments. Qu’ils aillent tous se faire foutre, elle, mon banquier de père le milliardaire et leur décision d’avoir un enfant pour coller au sacro-saint modèle parental. J’ai été élevée par des gouvernantes et des nounous dans un internat. J’ai appris à rester de marbre et à garder mon flegme dès l’âge de trois ans, sans être pour autant un sujet britannique.

L’avis de ma mère n’a plus aucune importance. Je dois m’en souvenir. Je fous le camp de cette stupide planète. Je vais vivre ma vie avec un homme, un extraterrestre, mon partenaire, peu importe, compatible à quatre-vingt-dix-neuf pour cent. Je me fiche de son nom tant qu’il est prévenant. Pour la première fois de ma vie, j’ai envie qu’on pense à moi.

Cette donnée pourtant simple n’est pas l’apanage de mon ex fiancé ou de mes parents. Merde alors, ils se désintéressent tous tellement de leur fille unique qu’ils ne s’apercevront certainement de ma disparition qu’à Noël, soit dans quatre mois.

« Oui, Natalie. Vous partez sur Trion. » La gardienne me regarde avec bonté, je me détends quelque peu sur le fauteuil d’examen. Je me croirais presque chez le dentiste. Je suis pas là pour un plombage mais pour trouver un mec. Un partenaire. Une vie.

« Ok. » Je connais pas cette planète et d’ailleurs, je m’en fiche. Ce sera toujours mieux que de rester sur Terre ; quand mes parents et Curtis se préoccupent de moi, c’est dans le seul but de me surveiller et de me dicter ma conduite, ce que je porte, qui je fréquente.

J’ai souvent voulu faire la maline et la jouer rebelle mais ça n’a jamais marché. On me changeait alors d’internat ou on me forçait à rentrer au bercail. L’année dernière, j’ai fait une croisière en Alaska, un larbin agissant pour le compte de Montgomery est venu me récupérer à Juneau. La croisière était d’enfer, mais j’ai pas eu le droit d’en profiter.

Le seul moyen de m’en sortir est de ficher le camp de cette planète, d’aller là où ils ne viendront pas me chercher. Une bague de fiançailles avec un diamant gros comme le Ritz scintille à mon annulaire gauche. Je lève les yeux, la Gardienne Egara était en train de me contempler. « Vous arrivez à l’enlever ? »

Impossible avec les poignets attachés. Je vais pas partir dans l’espace à la rencontre de mon partenaire extraterrestre sur Trion avec la bague de fiançailles de Curtis. Elle est énorme, splendide mais j’en veux pas. Je veux mon astronaute. « Vous pourriez m’aider ? J’y arrive pas. »

Elle hoche la tête, se place à côté de moi, pose la tablette près de mon genou et retire doucement la bague. Ça y est, j’éprouve un sentiment de liberté infinie. Je vais vraiment sauter le pas, quitter tout et tout le monde ?

Je me dégourdis les doigts et soupire ... « Merci. »

Elle me tend la bague et arque un sourcil. « Que voulez-vous que j’en fasse ?

— Je m’en fiche. Vendez-la. Gardez l’argent. Donnez-la. Jetez-la. Faites-en ce que vous voulez.

— D’accord. » Elle glisse la bague dans sa poche. Je crains qu’elle ne la jette pour de vrai. « Elle coûte au moins trente mille dollars. Pas un sou de moins. »

Elle hoche la tête et reprend sa tablette. Elle n’a pas l’air impressionnée par la bague, je l’apprécie d‘autant plus. Comme moi, elle est plus attirée par l’amour que par le matériel. Cette bague n’a aucune signification puisque je ne compte pas aux yeux de Curtis. Je me réinstalle dans le fauteuil.

« À des fins statistiques, Mademoiselle Montgomery, êtes-vous où avez-vous déjà été mariée ?

— Non. » On m’a déjà posé ces questions, mais cette fois, c’est la dernière fois. Maintenant, j’ai un partenaire. Mon alter ego. Un mec censé être compatible avec mon profil psychologique. Ce questionnaire revêt encore plus d’importance, sachant que mon mec m’attend.

« Vous avez des enfants ?

— Mon dieu, non. » Jusqu’à aujourd’hui, j’en voulais pas. J’ai pas eu envie d’avoir des enfants avec Curtis, mon enfance ne m’a pas donné envie d’en avoir. Si je veux un bébé, il faudra que je prenne des cours pour être une bonne mère. Il faudra que je fasse tout ce que ma mère n’a jamais fait, comme apprendre les comptines et savoir jouer à plein de jeux. Les bases. Le b-a.ba.

Ils ont un alphabet sur Trion ? J’ai trop hâte d’y être. Je suis sûre qu’ils ont des chansons spéciales pour les enfants. Je vais les apprendre, je les chanterai à mon bébé. Avant même sa naissance. Ils peuvent entendre, non ? Je leur chanterai les deux versions, en anglais et en Trion.

Ouh la. Je veux un bébé. C’est une première. Ils m’ont administré un truc pour booster mes ovaires pendant le test ou quoi ?

« Natalie ? »

Je cligne des yeux et regarde la gardienne Egara. « Oui.

— Je sais que c’est difficile mais essayez de vous concentrer. C’est bientôt terminé. Vous acceptez les résultats du protocole de recrutement ?

— Oui. » Oh, putain oui, gara les accepte. Je rigole. C’est plus fort que moi. Je suis euphorique, j’ai chaud, je bouillonne. Je suis … heureuse. Enfin, un truc qui m’excite, que j’ai fait toute seule comme une grande. « Désolée, je suis toute excitée. »

La gardienne me tapote l’épaule et s’éloigne à l’autre bout de la pièce, son tailleur gris anthracite ajusté me fait penser au personnage extraterrestre sexy Seven of Nine dans Star Trek. Curtis adorait cette stupide actrice blonde sexy dans sa combinaison argentée moulante. Elle joue le rôle d’une cyborg à la télé. Comment un robot peut-il être sexy ? J’arrive pas à comprendre mais Curtis ne tenait pas en place dès qu’elle apparaissait à l’écran, même lorsque j’étais assise à côté de lui sur le canapé.

Rira bien qui rira le dernier. Curtis va moisir sur Terre, se payer ses putes et trimer à la banque quatre-vingts heures par semaine comme un robot. À moi les aventures spatiales torrides.

Mon dieu, j’espère que mon partenaire Trion est canon. Bandant. Je mouille, comme dans mon rêve.

Le mur sur ma gauche s’éclaire d’une vive lumière bleue, le fauteuil pivote.

La gardienne Egara me sourit, je suis perplexe. « Essayez de vous détendre. Les planètes ont toutes des caractéristiques différentes. Les modifications effectuées en vue de votre arrivée sur Trion font partie du recrutement. Vous vous réveillerez sur Trion. Vous ne serez plus Terrienne. Votre nouveau partenaire sera là pour vous accueillir. »

Je m’allonge, prête à n’importe quelle folie. Pour le moment, je me borne à essayer de ne pas vomir.

Je quitte ma planète. Pour toujours. J’ai lu leur manuel. Je sais pertinemment dans quoi je me fourre, je sais qu’il n’y a aucun retour en arrière possible. Mais il y a une sacrée marge entre le dire et le faire.

J’essaie de me dérober en voyant l’aiguille géante approcher. L’aiguille s’enfonce juste derrière mon oreille, je fais abstraction de la douleur, la gardienne m’explique qu’ils m’implantent des neuro-processeurs qui me permettront de comprendre la langue parlée sur Trion.

Cool.

Le fauteuil s’enfonce dans une baignoire remplie d’eau chaude bleutée, une sensation de calme m’envahit. Ils m’ont probablement droguée, je m’en fiche. L’essentiel étant que je gerbe pas sur cette tenue d’hôpital hyper sexy.

« Le processus débutera dans trois … deux … un. » La gardienne Egara me salue, le mur coulisse derrière moi.

Et puis … plus rien.

2


Conseiller Roark, Avant-poste Numéro Deux, Continent Sud, Planète Trion

« Conseiller ! »

Je me retourne et regarde entre les deux tentes pour voir qui m’appelle. Les deux soleils augurent une chaude journée radieuse mais je n’ai rien à faire de spécial à l’extérieur. Le jeune homme qui se précipite vers moi, dans le sable, a été récemment affecté à ma garde personnelle. C’est le fils de mon cousin, il est volontaire et fidèle malgré ses vingt printemps. « Oui, Byran ? »

Il est jeune, un mélange d’enthousiasme et d’excitation émane de toute sa personne : « Elle est arrivée ! »

Je le regarde d’un air interrogateur, il poursuit, « Votre femme. L’extraterrestre de la planète Terre. »

Je me redresse, j’ai l’impression d’avoir reçu un coup de poing dans le ventre. « Ma partenaire est ici ? Elle devait arriver au lever du premier soleil. » Je scrute le ciel une fraction de seconde. « Je l’attendais pas avant une demi-journée. »

Il me considère avec l’attention due à mon rang et hausse les épaules. « Je n’ai pas tous les détails, Conseiller, mais elle est là. Je l’ai vue. » Je perçois son regard quelque peu envieux.

« Elle est belle ? » Je ne devrais pas lui poser la question. Que peut-il bien me répondre ? Non monsieur, elle est moche comme un pou ? Bien sûr que non. Même si c’était la stricte vérité. « Belle à se damner, Conseiller. J’ai jamais vu de femme pareille. »

Je me dirige d’un pas pressé vers le terminal de transport provisoire et rustique situé à l’avant-poste. Je suis de passage pour quelques jours, le temps de rencontrer les chefs de tribus, j’ai été sous le choc lorsque le Programme des Epouses Interstellaires m’a informé de son arrivée imminente. Même mes parents ont quitté leur somptueuse demeure à Xalia, la capitale, pour venir à sa rencontre, faire la connaissance de ma promise, de la femme qui portera mes enfants.

J’écarte un pan de la tente, me baisse pour entrer et avise un petit groupe d’hommes. Disposés en demi-cercle, ils contemplent quelque chose au sol, visiblement ma partenaire.

Je me suis inscrit au Programme de Recrutement des Epouses Interstellaires il y a un mois environ. Je ne me rappelle pas vraiment du test en lui-même. Je me suis endormi et me suis réveillé le cœur battant, en érection, visiblement comblé. Je n’ai pas la moindre idée du style de femme qu’ils m’ont envoyé et d’ailleurs, je m’en fiche complètement. J’ai juste envie qu’elle soit là. Un chef fait toujours cavalier seul, et malgré toute l’admiration et le respect que je porte à mes parents, ils ne sont pas d’un grand réconfort quand je me retrouve seul, le soir dans mon lit. Tout seul.

Oui, une ribambelle de femmes de Trion rêverait de chevaucher ma bite mais elles exigent quelque chose en échange. La richesse. Le statut social. Le pouvoir.

La femme qui vient d’arriver n’aspire à rien d’autre que ma main sur elle et ma bite profondément enfoncé dans son vagin …

Je me racle la gorge, les hommes se retournent et s’inclinent. Les terminaux de transport sont forcément mobiles sur Trion, leur emplacement est gardé secret. La faction rebelle de Drovers présente sur le Continent Sud fait preuve d’agressivité et d’une grande détermination. Les Drovers souhaiteraient que Trion renonce à faire partie de la Coalition Interstellaire et n’envoie plus de soldats ni d’épouses. Les Drovers sont persuadés que notre technologie et la tenacité de notre tribu suffisent à nous protéger du fléau qu’incarne la Ruche. Ils sont forts. J’ai vu comment ça se passe dans l’espace. Je suis allé sur le front, à la guerre. J’ai servi pendant quatre ans, comme tous les volontaires Trion. Je sais sans l’ombre d’un doute que la faction Drover se trompe sur toute la ligne.

Sans la protection de la Flotte Interstellaire, la Ruche prendrait le contrôle de Trion en l’espace de quelques semaines.

Certains refusent de l’admettre. C’est la raison pour laquelle les terminaux de transport des avant-postes changent sans cesse d’emplacement, et restent secrets aux yeux du plus grand nombre. D’où ma présence en plein désert à l’Avant-poste numéro Deux, le terminal de transport le plus éloigné du Continent Sud. J’étais bien à la capitale, entouré de mes gardes fidèles et de mes conseillers, loin des complications et des embrouilles qu’engendre le moindre déplacement aux avant-postes. Chez moi, je suis avec mon peuple, je les dirige efficacement. Ici, je suis constamment sur mes gardes, la moindre de mes paroles risque de dégénérer entre tribus rivales, pour des ressources, de l’eau ou des femmes. Il suffirait de lâcher du lest pour que toute la région soit déstabilisée.

Mais je ne suis pas un faible.

Tous les Conseillers de Trion se réunissent ici-même, ces réunions durent des jours et des jours, c’est tout un rituel, lèche-cul et négociation sont légion.

Ma présence à l’Avant-poste Deux est requise pour ce type de réunion, quand j’ai su que ma partenaire était arrivée, j’ai fait mon possible pour faire profil bas et attendre. J’ai attendu, imaginant à quoi elle pouvait ressembler. En pensant à sa chatte toute chaude sur ma bite. J’entends presque ses petits gémissements de plaisir tandis que je la prends sans relâche en levrette sur le banc d’accouplement.

Trois jours d’attente.

C’est fini d’attendre. Elle est là, je vais pouvoir la posséder et rentrer chez moi. Enfin.

Je ne dis rien, je me rapproche, les hommes s’écartent, me permettant de la voir.

J’écarquille les yeux en la voyant endormie. Nue. Elle est tout en courbes, voluptueuse, de gros seins, une taille fine. Elle a la peau claire, pas brûlée par le soleil du désert. Ses cheveux resplendissent sous la lumière de la demi-douzaine de lampes surplombant la plateforme de transport. Personne n’a osé la toucher mais j’examine sa peau douce, elle repose à même le sol du terminal, je m’inquiète qu’elle ait pu se blesser durant le voyage. Pourquoi ne se réveille-t-elle pas ?

Je m’approche, m’accroupis devant elle et contemple ses traits délicats. Ses lèvres roses sont charnues. J’ai envie d’embrasser son visage en forme de cœur. Ses cheveux blonds méchés semblent tout droit sortis des mines d’or pur de Trion.

Elle est belle à couper le souffle, je suis troublé, mon corps réagit face à tant de beauté. Je comprends le désir ressenti par Byran.

Par tous autant qu’ils sont. Les hommes qui m’entourent. Je m’aperçois soudain de leur présence.

Putain !

Je regarde autour de moi, attrape la longue robe que l’un des hommes porte à son bras et couvre ma partenaire, m’assurant que son corps attirant soit entièrement caché. Seuls sa tête et son cou dépassent. Je me tourne et regarde les hommes, nerveux et confus.

« Vous reluquez ma partenaire, dis-je d’une voix glaciale. Vous l’avez vue à poil, je présume que vous savez tous qu’elle a un maître ? »

Tous baissent les yeux au sol.

« Aucun d’entre vous n’a songé à la couvrir ? Personne n’a songé à sa pudeur, au fait qu’elle m’appartienne ? Qu’elle est là pour mon seul et unique plaisir, et non pas pour le vôtre ? »

J’élève la voix au fur et à mesure que je parle. À la fin, je gueule carrément. Tout le campement a dû m’entendre.

Je me redresse et croise les bras sur ma poitrine.

« Byran ! »

Le jeune homme s’approche, épaules rejetées en arrière, tête haute. « Oui, Conseiller ?

—Trouve-moi le docteur et ramène-le ici. Immédiatement.

— Et vos parents ? »

Putain. Je les avais totalement oubliés dans tout ça. Ils ont fait le voyage jusqu’à l’avant-poste pour rencontrer ma partenaire. Très pressés que je me marie pour perpétuer la lignée et fournir une prochaine génération de dirigeants Trion, pure stratégie politique. Comme je suis un fils bien élevé, je leur ai permis de me présenter des femmes, et ce durant des mois. Ma position en tant que Conseiller m’aurait permis de choisir une femme de la capitale, mais je n’avais pas envie de subir leurs regards calculateurs ou leur feinte humilité. Ce sont des femmes nées pour pouponner, protéger des familles en vue. Arrogantes et imbues de leur personne. Lorsque ma mère a insisté pour je fasse mon choix, j’ai refusé. Mon père — pour une fois — a pris ma défense. Il comprend que je puisse avoir envie de choisir ma femme moi-même. Il veut que je puisse bénéficier du traitement dont il a lui-même bénéficié, avoir une vraie partenaire, parfaitement compatible, comme ma mère l’est pour lui. Je veux bien faire plaisir à mes parents en me mariant mais c’est moi qui choisis. Je veux une femme qui me convienne. La femme idéale.

Je regarde Byran qui attend patiemment, les mains croisées devant lui.

« Oui, informe-les de son arrivée. » J’aimerais vraiment faire la connaissance de ma femme en privé mais ce sera malheureusement impossible. Pas ici, à l’Avant-poste Deux. On est cernés par une nuée d’yeux curieux, ma mère la première.

Byran ne se doute pas du bouleversement qui m’envahit. Je reste de marbre tandis qu’il me salue et détale.

« Quant à vous …. dehors ! » dis-je en hurlant.

Le reste des curieux se presse de franchir les pans de la tente, je les entends murmurer tout en s’éparpillant, je ne les écoute pas, seule ma partenaire m’intéresse.

Elle dort. Elle est vivante, sa robe se soulève et s’affaisse. Je ne vais pas la laisser sur le sol de la plateforme de transport, je la prends dans mes bras et la dépose sur un fauteuil. Je la soulève sans effort : apparemment, les Terriennes sont petites. Je me souviens d’Eva, la femme du Haut Conseiller, toute frêle comparée à Tark, son maître. Je m’assois et l’installe sur mes genoux, je pousse un long soupir, ma colère et ma frustration m’abandonnent maintenant qu’elle est dans mes bras.

Ma femme est toute chaude et douce, ses magnifiques cheveux dorés et soyeux caressent mon visage. Je respire son odeur et ferme les yeux. C’est ma femme ! La femme la plus parfaite de tout l’univers. J’ai confiance en elle, même si elle n’a pas encore ouvert les yeux. Elle m’appartient. Je suis entièrement dévoué à mes parents et à ma sœur, mais avoir une femme qui va m’appeler maître n’a absolument rien à voir. Un sentiment de possessivité coule dans mes veines.

Une femme d’une vingtaine d’années, j’en ai trente, entre et me salue. Elle porte l’uniforme d’un médecin Trion et une mallette contenant tout le nécessaire pour diagnostiquer, soigner et guérir la majorité des maladies, blessures et égratignures. « Conseiller, j’ai appris que votre femme était arrivée. Félicitations. Souhaitez-vous que je l’examine avant l’accouplement ?

— Non. Faites-moi juste part de son état général, Docteur. Je me détourne et caresse ses cheveux. Je veux la sentir sous ma main. Je me chargerai personnellement des tests d’accouplement. Je suis quelque peu … protecteur envers ma femme.

— Oui, j’ai appris que vous étiez mécontent. Je sens à sa voix qu’elle n’est pas très contente. Vous préférez que cet examen ne s’effectue qu’en ma seule présence, pour nos archives officielles ?

— Putain, non. Ma réponse est immédiate et presque violente. Presque tout l’avant-poste l’a vue nue.

— Le protocole standard exige que vous la possédiez en présence d’un témoin officiel, afin d’être répertorié dans le système informatique du programme des épouses. »

Je serre ma femme plus étroitement contre moi. L’idée que ces trous du cul de voyeurs nous matent pendant que je tringle ma petite partenaire ne m’attire pas des masses. Personne ne doit entendre ses cris de plaisir, excepté moi.

« Je connais la tradition. Je choisis tout simplement de ne pas m’y conformer. Je vous assure, Docteur, que je vais la baiser plus d’une fois. Le système informatique du Programme des Epouses aura tout le temps d’enregistrer nos ébats. »

Elle esquisse un demi-sourire mais ne fait plus aucun commentaire sur le sujet. Je suis le Conseiller de ce putain de Continent Sud. Ils sont tous préoccupés par le déroulement de l’accouplement, ils comprendront quand ils verront sa tête demain. Elle sera comblée, comme une femme bien baisée. C’est tout ce que ces bâtards récolteront à l’avant-poste. Ces païens dépravés n’ont pas besoin de satisfaire leur curiosité ou leur penchant pour la chair en matant ma femme.

« Puis-je la voir ?

— Oui, Docteur, » je réponds en relâchant mon étreinte. Une doctoresse, ça ne court pas les rues, je suis content qu’elle soit ici sur cet avant-poste, je n’aurais pas pu tolérer qu’un autre homme pose les yeux sur elle, même à des fins médicales.

« Vous préférez la garder dans les bras ou l’allonger sur la table pendant que je la scanne? »

J’apprécie le respect dont elle fait preuve, je ferai en sorte qu’elle soit promue parmi l’élite de nos médecins une fois rentrée. Elle comprend mes besoins et mes attentes vis-à-vis de ma partenaire. Je dois la soutenir. « Là, comme ça. »

Elle hoche la tête et s’agenouille. Elle croise brièvement mon regard et écarte la robe. J’ai à peine aperçu ma partenaire avant de la couvrir. Elle est sur le côté, jambes repliées, je vois la courbe de ses hanches, ses gros seins, sa peau claire, la fine chaînette en or qui pend entre ses mamelons, grâce aux piercings dans ses tétons roses. Le centre de recrutement sur Terre a fait un excellent travail avec toutes les modifications nécessaires en vigueur sur Trion. Je prends le temps de l’observer. Ses seins tiennent bien en main, ses tétons sont rose clair. Les pointes de ses seins rebiquent avec les anneaux d’or. Je reconnais mon sceau gravé sur les médaillons en or fixés sur la chaînette. Cette vision me remplit d’aise, mon besoin primaire d’annoncer à la planète entière à qui appartient cette femme est désormais comblé. Personne ne remettra en doute son identité ou mon appartenance. Son ventre est légèrement bombé, son sexe entièrement épilé mais je ne vois pas grand-chose avec ses jambes repliées. Je bande en rêvant à ce qui m’attend entre ses cuisses souples et accueillantes.

La doctoresse prend une baguette ReGen dans sa mallette et la passe lentement de ses pieds à sa tête, puis elle descend à nouveau. Elle ne quitte pas les capteurs ni les couleurs des yeux.

« Roark, on a appris qu’elle était arrivée. » La voix de mon père résonne dans l’espace confiné de la tente, mes parents entrent à l’intérieur sans me demander la permission. Jusqu’à présent, leur arrogance ne m’a jamais dérangée. Mais une rage sourde m’envahit devant leur intrusion.

« Oui, Père. »

La doctoresse a remarqué la contracture de ma mâchoire, elle se précipite et couvre ma partenaire avec la robe.

Il s’avance, je secoue la tête, ma mère l’arrête et pose sa petite main sur son bras. « Félicitations, mon fils.

— Merci, Mère. » On m’a toujours dit que je ressemblais à mon père. Grand, large d’épaules, avec des yeux et des cheveux noirs. Les siens ont quelques mèches grises. Je porte une barbe rase, lui est rasé de près. Mais je lui ressemble. Pour mes décisions politiques, je tiens mon côté rusé, mon sang-froid et ma logique implacable, de ma mère. Elle est sa fidèle conseillère avisée, son épouse depuis des dizaines d’années. Il a servi en tant que Conseiller du Continent Sud pendant vingt ans avant de me céder la place. Comme c’est le cas depuis des générations, j’ai immédiatement été élu pour le remplacer.

Je n’ai pas refusé d’endosser la fonction, la mission et les lourdes responsabilités inhérentes à ce poste. J’ai grandi pour servir mon peuple. Je respecte mon rôle et l’honneur de ma famille. La tradition. Mon beau-frère est le bras droit du Haut Conseiller sur Trion. Notre famille se fait un devoir d’être au service de son peuple. Je n’ai jamais agi de façon égoïste. Je ne me le suis jamais permis.

La femme que je tiens dans les bras est à moi, et pour la première fois de ma vie, je ressens une intrusion dans ma vie de la part de mes parents, à un moment que je considère privé et sacré. Ma femme. Elle ne connaît rien des enjeux politiques sur Trion, de ma famille appartenant à l’élite de cette planète, de notre richesse, de notre puissance militaire colossale. Le processus de recrutement du Programme des Epouses Interstellaires a estimé que nous étions compatibles en tant qu’homme et femme.

Je vais enfin coucher avec une femme qui n’est pas attirée par moi pour des motifs purement politiques ou inhérents à mon statut social. Elle m’appartient. J’ai une érection, mon cœur se serre. La douleur me prend à la gorge tandis que je contemple son joli visage. Elle dort. Ses longs cils clairs sont fermés sur ses pommettes parfaites. Elle a un joli nez droit, des sourcils délicatement arqués et des yeux que j’ai hâte de voir.

Dorés ? Marrons ? Ou clairs et étranges, comme sa peau et ses cheveux dorés ? Ma mère entre la première et se penche pour l’observer. « Elle est petite. Pourquoi est-elle couverte ? »

3


Roark

Je ne voudrais pas manquer de respect à ma mère mais je dois suivre les plans que je me suis fixé et faire comme je l’entends. « Elle est couverte, Mère, parce que tel est mon bon plaisir.

— Mais j’aimerais la voir, voir la femme qui me va donner des petits-enfants. »

Ma mère porte la tenue toute simple du Continent Sud, le tissu de sa robe est très fin.

« Vous aurez tout le temps de la voir, Mère. Mais pas nue. »

La doctoresse me jette un coup d’œil et baisse les yeux, notre conversation ne la concerne pas.

« Où sont les autres ? Elle regarde autour d’elle, comme si les hommes étaient cachés je ne sais où. L’accouplement doit se dérouler en présence de témoins. »

Je me fige. « Je vous assure, Mère, que vous n’y assisterez pas. Si vous voulez bien laisser la doctoresse poursuivre son examen. »

Mon père pose sa main sur son épaule, elle lui jette un regard noir, comme à son habitude.

« Ta possessivité est légitime mais je ne voudrais pas que quiconque puisse remettre ton union en doute. Tu connais les peuples des autres régions. Ils sont très attachés aux traditions. »

Il est hors de question que mes parents me voient en train de tringler ma partenaire.

« Elle n’est pas originaire de Trion et ne connaît pas nos coutumes. Mère, ça vous plairait d’arriver nue sur Terre et de vous unir à un inconnu en présence de témoins ? »

Elle fait la moue mais garde le silence.

« Je crois que tu aurais du mal. »

Le trait d’humour de mon père me donne envie de rire, je n’aurai aucun problème à baiser ma femme. Mes parents ont totalement oublié qu’il ne s’agit pas d’un accouplement à la mode Trion, même si c’était leur idée à la base. L’accouplement est lié au Programme des Epouses. Le pourcentage de compatibilité, tous nos points communs, ne sont aucunement comparables aux longues années de mariage de mes parents.

« Mais—

— Mère. Il s’agit du Conseiller du Continent Sud, pas de votre fils. Je vous demande de partir ainsi que Père, et de me laisser avec ma femme. Une fois que j’aurais terminé ce que j’ai à faire, je passerai la nuit à l’oasis de Mirana. Je ne compte pas m’unir à elle, ici. Je regarde ma mère. Inutile d’attendre. Vous l’avez vue, inutile de vous éterniser. Rentrez sur Xalia. Nous vous y rejoindrons demain, dès que l’union sera effective. Nous passerons la semaine ensemble. J’ai hâte d’y être. »

Mes parents acquiescent à contrecœur et quittent la tente. Ils ne saluent pas comme l’exige la coutume, je viens pourtant de leur répéter que je suis leur chef, mais ils me voient toujours comme leur fils.

« Poursuivez, Docteur. » Je suis soulagé de voir que mes parents sont satisfaits de l’arrivée de mon épouse et plus encore, qu’ils soient partis. Je n’ai plus besoin d’eux, ma femme est avec moi.

Elle acquiesce et écarte les pans de la robe pour achever son examen. Une fois terminé, elle range la baguette et me regarde droit dans les yeux.

« Elle est en bonne santé. La femme du Haut Conseiller est une Terrienne elle aussi, les capteurs ont été calibrés pour que les humains supportent le stress généré par un voyage

longue distance. Ils indiquent que pour une humaine, son rythme cardiaque, sa tension artérielle, ses fonctions neurologiques et motrices fonctionnent parfaitement. Le scanner ne détecte aucune insuffisance ou maladie. »

Je pousse un soupir de soulagement. Elle n’est même pas réveillée et je suis déjà hyper-protecteur.

« Pourquoi elle se réveille pas ?

— C’est la première fois que je rencontre un individu ayant effectué un si long trajet. En général, j’examine les citoyens de notre planète. D’après les résultats de ses tests, je présume que le voyage a été éprouvant. La Terre est située à des milliers d’années-lumière. »

Elle marque un point. Ma partenaire est plutôt petite, le voyage a dû être éprouvant. J’ai hâte qu’elle se réveille pour m’assurer qu’elle est vraiment en pleine forme après ce qu’elle a enduré. Et puis, j’ai envie de découvrir la couleur de ses yeux.

« Vous effectuerez le restant des tests d’accouplement vous-même, notamment l’examen de neurostimulation, » ajoute la doctoresse.

Ma bite se raidit contre ma partenaire quand j’y songe.

La doctoresse se lève et prend sa mallette, en sort le neuro-stimulateur, me montre comment ça marche et le pose sur la table voisine. « Vous vous assurerez qu’elle soit fertile et qu’elle réponde aux stimulations sexuelles.

— C’est ma femme. Je suis persuadée qu’elle y répondra favorablement, j’ai très envie d’elle. Je dévisage la doctoresse un bref instant. Vous avez déjà été mariée, Docteur ? »

Je parle au passé, je crois comprendre que ce n’est plus le cas. Elle travaille pour moi, je lis en elle comme dans un livre ouvert. Ça fait partie de mon boulot. J’ai l’habitude d’être seul, j’ai appris très tôt.

La doctoresse croise mon regard. « Oui. On s’entendait à merveille, il a été tué par la Ruche. Je comprends votre côté possessif et j’apprécie votre … sollicitude à mon égard. Je me souviens qu’au début j’avais un peu peur de le rencontrer, et pourtant, il était originaire du Continent Nord. Pour votre partenaire— elle incline la tête vers mon épouse, —comme vous l’avez dit vous-même à vos parents, c’est deux fois plus dur. »

Je souris à la doctoresse. « Voilà pourquoi je suis deux fois plus obsédé, deux fois plus possessif.

— Oui mais je ne suis pas sûre qu’elle adhère à nos coutumes. Elle peut faire montre d’une certaine résistance.

— Elle apprendra. » Je suis un Conseiller implacable, ça m’a échappé. La doctoresse se contente de glousser.

« On verra. Elle va bientôt se réveiller. D’ici là, faites preuve de patience.

— Merci, Docteur. »

Elle me salue et sort.

Je me retrouve seul avec ma partenaire et l’appareil qui va lui procurer un immense plaisir. J’écarte sa robe, contemple ma moitié, la déplace pour caresser sa peau chaude et douce. Ça n’a rien de sexuel, elle n’est pas entièrement nue mais ma bite se dresse à son contact, j’ai hâte de la caresser, de la toucher, de découvrir son corps. Je suis en admiration. Elle est à moi. Elle est parfaite en tous points. Parfaite pour moi.

Je sais bien que mes parents m’aiment mais ils sont trop attentionnés. J’ai grandi avec un père Conseiller. Diriger et être responsable de ses concitoyens a toujours coulé de source, je suis né dedans. Je n’ai jamais envisagé de jouer un autre rôle lorsque mon père a pris sa retraite. Obstiné et jouissant du soutien sans faille de mes parents, j’ai gravi les échelons du gouvernement. Mon parcours est singulier, je suis devenu le plus jeune Conseiller de la planète. Inutile de préciser que mes parents étaient tout excités et ont tout fait pour que la direction de la région de la planète dans laquelle nous vivons se retrouve sous la supervision de notre famille. Être Conseiller c’est aussi … être solitaire. Je devais à tout prix trouver une épouse pour Trion et mes parents ont commencé à s’inquiéter. D’où la présence de cette Terrienne. Tous mes a priori volent en éclats quand je la sens toute chaude contre moi.

Elle s’étire, gémit, cligne des yeux. Ses yeux bleus—bleus !—croisent mon regard sans me voir. Elle se contracte et s’assoit si brusquement qu’elle manque de heurter mon menton avec son front.

« Tout va bien, gara.

— Qui … qui êtes-vous ? » Sa voix est douce et séduisante. Raffinée.

— Roark, ton mari.

— Roark. » Elle écarquille les yeux et je la regarde fixement. Je n’ai jamais vu une couleur pareille. Bleu glacier, clair comme un ciel pur. Les habitants de Trion ont la peau mate, les yeux noirs et les cheveux bruns. Sa beauté exotique, ses yeux bleu clair et ses cheveux blonds vont susciter la convoitise. Elle essaie de se détendre mais je sens sa nervosité.

« Ça a marché, remarque-t-elle.

— Hein ?

— Le transport. Elle hoche la tête et se frotte imperceptiblement contre ma poitrine. Je suis bien sur Trion ?

—Oui. Nous sommes sur l’Avant-poste Deux au Continent Sud. Comment tu t’appelles ?

— Natalie. Natalie Montgomery. »

Natalie.

« Tu te sens bien, Natalie Montgomery ? »

Elle marque une pause comme si elle vérifiait la moindre parcelle de son corps. « Oui.

— Parfait. Je peux effectuer la suite des tests médicaux.

 La suite ? s’étonne-t-elle.

— Oui, tu dormais, le docteur a fait un scanner pour s’assurer que tu allais bien, on doit en faire d’autres maintenant que te voici réveillée. »

Elle a du mal à s’asseoir, je l’aide en la gardant tout contre moi. Sa robe glisse de son épaule, dévoilant un sein, elle pousse un cri.

Elle fait mine de se couvrir mais je l’arrête. « Ne te cache pas.

— Je suis toute nue ! » dit-elle en constatant l’évidence. Elle fait la moue. Elle écarte sa robe, se regarde, me regarde. « J’ai … des piercings aux tétons ! »

Je ne peux m’empêcher de sourire en voyant la perplexité qui se lit sur son visage. « Les époux n’offrent pas de bijoux à leurs femmes sur Terre ?

— Si, certains. »

J’émets une sorte d’approbation. « Les épouses Trion portent des bagues aux tétons. En tant qu’épouse, tu portes une chaîne en or qui indique que tu m’appartiens.

— Une chaîne ? »

Je déplace sa main sur la robe, le tissu tombe au niveau de sa taille. Elle baisse les yeux et pousse un cri. Je prends entre mes doigts la délicate chaîne en or qui pend et balance entre ses seins et la lui montre afin qu’elle voie les petits disques entrelacés entre les maillons. Chaque petit disque doré est frappé des armoiries de ma famille. « Ce symbole est la marque de ta nouvelle famille, Natalie. Tu m’appartiens, ce bijou permet à tous ceux qui te verront de t’identifier comme étant mienne.

— J’ai pas envie qu’on me promène comme un chien errant, comme si j’étais ta propriété. »

A mon tour de froncer les sourcils. « C’est quoi un chien errant ? T’es pas perdue, Natalie. Tu es la femme légitime d’un Conseiller. Tu seras traitée avec respect et déférence. Personne n’osera t’insulter ou te rabaisser. Tu es à moi, tu es placée sous ma protection.

— Waouh. Je ne rêve pas ? » Elle me regarde, l’intensité de ses yeux bleu clair me laisse sans voix.

— Tu ne rêves pas. Je vais te couvrir de bijoux, te protéger. Tu n’as plus rien à craindre. Je prendrai soin de toi, Natalie. Tu es désormais ce qui compte le plus pour moi sur cette planète. J’en fais le serment. » Je lève la main vers sa joue, incapable de la quitter des yeux. J’ai envie qu’elle me regarde. Je caresse sa joue le plus doucement possible, je me demande à quoi ressembleront ses yeux remplis de désir. De confiance. D’amour.

Elle détourne le regard la première. « C’est juste que … je sais pas. J’ai pas l’habitude de porter une chaîne qui pend entre mes tétons.

— Tu ne veux pas que tout le monde sache que tu m’appartiens, ici sur Trion, que tout le monde sache qui est ton maître ?

— Mon … maître ? » Ma bite s’agite désagréablement dans mon pantalon en l’entendant prononcer ce mot. Je veux l’entendre scander ce mot, si possible pendant que je pilonne sa chatte toute chaude. Nuance, je veux l’entendre hurler.

« Je t’appartiens, Natalie. Pour toujours. Et tu m’appartiens. Vous ne portez rien qui prouve que vous êtes mariés sur Terre ?

— Une alliance. Elle marque une pause et poursuit. Là, à l’annulaire. Elle montre sa main gauche et sa poitrine. Pas ici. »

Je n’ai pas envie de poursuivre cette conversation. Il est hors de question que j’enlève les bagues de tétons ou la chaîne. Jamais.

Je me lève, la garde dans mes bras et me dirige vers la table. Il ne s’agit pas d’une table d’examen mais elle est pile à la bonne hauteur. Je l’assois au bord et descends doucement la robe de ses épaules jusqu’à ce qu’elle lui tombe au niveau des hanches. J’ai hâte de savoir quel effet ça va me faire de me retrouver dans ses bras, j’écarte ses jambes et me place entre ses genoux.

Natalie me regarde avec un mélange de choc et d’incertitude, d’autres choses également. De la curiosité ? Du désir ? De l’espoir ?

L’espoir me semble incongru en un pareil moment, mais je n’entre pas dans ces considérations et appuie mon front contre le sien. « Je dois terminer l’examen que la doctoresse a commencé.

— J’arrive pas à croire que j’ai dormi pendant l’examen. Son souffle chatouille ma lèvre inférieure, je pousse presque un grognement.

— Oui. Le Docteur Karran est venue mais je lui ai demandé de nous laisser seuls.

— Pourquoi ? T’as dit que j’étais pas malade. J’ai un problème ? » La robe lui arrive à la taille, ses hanches et son sexe sont cachés. Sinon, elle est nue. Sa gêne, si tant est qu’elle en éprouve, s’est envolée, mes paroles lui ont fait peur. « Non, femme. Non. Je ne permets pas à qui que ce soit de terminer les tests.

— Pourquoi ? »

Je la touche, je ne peux plus résister à la tentation. Je pose mes mains sur sa taille et l’embrasse sur la joue. Une fois. Deux fois. Encore. Elle me rend accro. « Parce que j’ai pas envie qu’on te voit, qu’on soit témoin de ton plaisir.

— Mon plaisir ? De quoi tu parles ? Natalie a l’air gênée, ma patience est à bout.

— Allonge-toi sur la table, femme. Plus vite l’examen médical sera terminé, plus vite on partira. J’ai une surprise pour toi. »

4


Natalie

Putain de bordel de merde. Roark est à moi ? C’est de l’humour cosmique ? Il reste planté là à me lorgner, hyper-protecteur, dominateur, exigeant, je reste là à le dévisager, je me demande quelle drogue ils ont bien pu m’administrer.

C’est pas vrai. C’est trop beau pour être vrai.

Ses vêtements ne font pas du tout extraterrestres. Il porte un pantalon et des bottes noirs, très simples. Sa chemise gris anthracite fait ressortir son torse et ses épaules musclés. On dirait un humain, en plus grand. A côté, Curtis, avec ses cheveux blond filasse, son torse rachitique et ses mocassins, ressemble à un p’tit jeune de vingt ans. Roark incarne la virilité à l’état pur. Ses cheveux sont si foncés qu’ils paraissent noirs, son regard est perçant intense, couleur café. Sa voix ? Elle me donne le frisson. Si grave. Si impérieuse. Bon sang j’ai envie de l’entendre me dire des mots crus. Baise-moi, Natalie.

T’aime ça, vilaine fille ?

Oh, bon sang. J’ai un problème ?

J’ai traversé la moitié de la galaxie et je me réveille avec une envie de baiser ?

Oui. Apparemment, c’est exactement ce qui s’est passé. Ça vient de moi, ou de lui ?

C’est chaud bouillant.

« Allonge-toi sur la table, femme. Plus vite l’examen médical sera terminé, plus vite on partira. J’ai une surprise pour toi. » Les lèvres de Roark effleurent ma joue, j’obéis sur le champ et m’allonge sur la table. Il tire sur la robe roulée en boule au niveau de mes hanches et je soulève les fesses de la table afin qu’il puisse la retirer, il la jette par terre.

J’humecte mes lèvres et essaie de rester immobile mais c’est pas évident. Je suis nue, j’essaie de ne pas bouger ou de ne pas me comporter bizarrement. Non. Y’a rien d’étrange. Je suis allongée nue sur une table, chez les extraterrestres, devant un Apollon, et j’attends qu’il achève un examen médical pour le moins étrange. C’est trois fois rien. Ouais, tout va bien.

« Parfait, Natalie. » Roark hoche la tête, j’ai l’impression d’être une gamine qui a reçu un bon point parce qu’elle est arrivée première. Il s’éloigne et récupère un objet bizarre posé non loin. Il se place sur ma droite. Sa main gauche repose sur ma cuisse droite. Sa main droite tient en l’air l’étrange instrument médical, il me regarde. « Tu es prête, femme ? »

Je sens mon front se plisser, je me détends rapidement, je me souviens que ma mère dit toujours que ça donne des rides.

« Qu’est-ce que tu vas faire ? Non pas que j’ai le choix, mais je veux savoir.

— Je vais tester tes réactions corporelles aux stimuli, m’assurer que tu sois fertile, compatible avec mon sperme pour tomber enceinte.

— Pardon ? » Je fais mine de me lever mais sa main se pose sur ma poitrine, au-dessus de mes seins, et me force à me rallonger. La chaîne balance et effleure mon ventre.

« Ce test est obligatoire. »

J’écarquille les yeux en voyant de plus près l’objet dans sa main. On dirait un gros gode avec tout un tas d’accessoires de folie. Je n’approuve pas la direction que prend mon imagination. « Et tu vas faire quoi avec ça, exactement ? »

Il m’empêche de bouger mais dans son sourire se lit une satisfaction purement masculine. « Je vais te baiser avec et te faire jouir afin que la doctoresse sache que ton corps fonctionne correctement, comme il se doit pour une épouse digne de ce nom.

— T’as perdu la tête. Ça n’a rien de médical, » je réplique face à son plan scabreux.

Il me regarde d’un air perplexe, comme si je l’avais insulté. C’est sérieux ? Il est sérieux ?

« Tu ne veux pas coopérer pour cet examen ?

— On ne passe pas d’examens comme ça sur Terre. C’est complètement dingue et parfaitement inutile.

— T’es sur Trion. Les lois et règles en vigueur sur cette planète exigent que tu te soumettes à ces examens. Si tu ne le fais pas de manière satisfaisante, je me verrai dans l’obligation de choisir une autre femme. »

Je m’arrête net. Cet homme est à moi. Il m’a épousée. L’union a été célébrée, je ne m’en irai pas. C’est pas un gode à la con qui m’en empêchera.

Il doit ressembler à mon propre gode. Dieu sait combien de fois je m’en suis servie quand Curtis était trop occupé ou trop fatigué pour baiser. « D’accord. Parfait, » je dis d’une voix plaintive. Je suis toute nue. J’ai des piercings aux tétons. Il est là, entre mes cuisses ouvertes. Il pourra peut-être me faire jouir. Curtis n’y arrivait pas. Je soupire. « Allez, finissons-en. »

Je me détends, il me décoche un sourire, ses yeux pétillent. « C’est la dernière fois que tu me parles comme ça pendant que j’introduis un objet dans ta chatte. »

Oh mon dieu.

« Ne te lève surtout pas avant la fin de l’examen. N’oppose aucune résistance. »

J’ai une énorme envie de lever les yeux au ciel mais je me retiens. De justesse. « Je vais essayer. »

Ouais, je pensais que ça allait être facile. Je me trompais sur toute la ligne.

Roark ôte sa main de ma poitrine et la pose sur ma cuisse. Sa main calleuse est douce et chaude. « Ecarte les jambes. Montre-moi ce qui m’appartient. »

Cette demande impérieuse proférée à voix basse ne devrait pas me troubler, et pourtant si. Je ne suis plus la Natalie originaire de Terre. Il ne connaît rien de moi, de ma vie sur Terre. Ici, sur Trion, je suis celle qu’il veut que je sois. Je repars à zéro. J’ai besoin d’un homme, un vrai. J'écarte grand les jambes pour Roark, avec son air de commandement, son air exigeant. Je ne peux m’empêcher de le taquiner. La cochonne que j’ai toujours rêvé d’être se révèle enfin au grand jour. En sa présence du moins.

Je guette sa réaction, j’avoue que je ne suis pas déçue. Ses narines se dilatent comme s’il flairait mon excitation. Il raffermit sa prise sur ma cuisse et se déplace sur la droite pour jouir d’une meilleure vue. Je regarde mon corps, pas vraiment surprise de constater que ma chatte est totalement glabre. Les bagues de tétons tirent doucement sur mes seins, ça fait bizarre, je remarque d’autant plus leur présence. La gardienne Egara ne plaisantait pas lorsqu’elle disait qu’ils allaient me préparer en vue du voyage.

Roark installe la sonde médicale entre mes jambes. Je m’attendais à ce qu’il l’enfonce mais il la pose sur la table entre mes jambes, je ne la vois pas, il introduit son doigt dans ma vulve.

« Tu mouilles pas assez pour que je l’insère, Natalie. T’es pas prête. »

Il introduit son doigt et commence son exploration. C’est top, mais il n’a aucune chance de me faire jouir. Il est à des années-lumière de me faire jouir.

« Désolée. » Je lui sors la sempiternelle excuse, je suis frigide. Curtis me disait que c’était compliqué avec moi, que j’étais plus froide qu’un frigo. Il n’avait peut-être pas tort.

Roark secoue la tête et glisse un deuxième doigt dans ma chatte. « Allez, femme. Fais-moi voir. » Il se penche et suce mon téton tout en me doigtant. Mon mamelon est hyper sensible, c’est peut-être dû à l’anneau, je m’arcboute sur la table en sentant sa langue sur mon téton durci. Je ne comprends pas pourquoi mais le piercing n’est pas du tout douloureux. Evidemment, le voyage galactique a de quoi vous laisser pantois, on va pas chipoter pour deux piercings aux tétons.

« Roark. » J’enfouis mes doigts dans ses cheveux et l’attire contre moi, je hurle pour me sentir exister, pour me rappeler ce qui se produit. Roark est à moi. C’est mon mari, mon amant, il suce mon téton. J’ai enfin trouvé un homme qui éprouve du désir pour moi. Qui apprécie ma compagnie. Qui va me consacrer du temps et me faire passer en premier. Mon partenaire.

Je suis tellement obnubilée par la bouche de Roark que je ne me concentre pas sur ses doigts, jusqu’à ce qu’il les retire. Il place l’embout rond et froid de la sonde devant ma vulve.

Il lâche mon téton, ça produit un petit « pop », je me décale sur la table afin qu’il voie ce qu’il est en train de me faire. Sa bouche sur ma poitrine m’excite. Je me fiche qu’il s’agisse d’un examen médical. J’ai juste envie que ça se termine pour sortir de là, avoir mon mec rien qu’à moi et pour baiser en paix. Waouh, j’ai hâte de passer à l’étape « baise » avec Roark, vu ce que j’ai enduré en couchant avec Curtis.

Ma féminité est exacerbée, j’écarte grand les jambes et tiens mes genoux afin de lui faciliter la tâche. « Et maintenant, je suis prête ? »

Roark enfonce lentement la sonde en guise de réponse, elle me pénètre un peu plus à chaque fois. Elle est un peu plus grosse que mon gode, c’est trop bon. Je ferme les yeux et pousse un gémissement lorsque le gode est profondément enfoncé, le drôle d’accessoire tout au bout frotte contre mon clitoris.

« T’aimes ça, Natalie ? »

J’ignore s’il me pose la question d’un point de vue médical ou s’il me parle crûment, je vais lui dire la vérité. C’est la première fois que je vois une sonde médicale aussi étrange mais je vais pas m’en plaindre. Si ça se passait comme ça chez le docteur sur Terre, les gens iraient plus souvent. « Oui. »

Il glousse, un ronronnement étrange s’empare de mon corps. Il baisse la tête sur mon téton, sa main posée sur ma cuisse est chaude comme de la lave en fusion. Je suis tellement excitée que je ne sais plus quoi faire, que penser.

Mon mari. Roark est mon mari. L’homme idéal. Apparemment, mon corps en a pleinement conscience.

L’étrange sonde se réchauffe dans mon vagin, la chaleur se répand dans mon ventre et mon anus. Je brûle littéralement, je suis trop excitée, je dois absolument bouger. J’ai besoin de sentir sa bouche sur mon clitoris, ou sa main, ou sa bite. J’en ai besoin.

« Bong sang, Roark ! » Je m’arcboute tandis qu’une secousse parcourt mon corps, de mon vagin jusqu’à mon clitoris. Comme un éclair intérieur.

« Putain c’est quoi ce truc de ouf ?, je crie.

— Jouis pour moi. Lâche-toi. Je veux te voir jouir.

— Oh ! » J’ondule des hanches, Roark pose sa grosse main sur mon pubis, non pas pour branler mon clitoris, mais pour m’immobiliser. Je me tortille, j’en peux plus.

La sonde bipe, je regarde Roark. Le désir brille dans ses yeux tandis que le ronronnement se fait plus puissant. Une secousse plus intense parcourt mon clitoris, je m’arcboute sur la table, Roark me maintient fermement. Je ne peux ni bouger, ni m’en aller. Je ne peux me soustraire à sa force, à son regard, au plaisir qui va crescendo et me fait perdre mon sang-froid.

Un autre bip plus rapide et plus aigu se fait entendre, je hurle en sentant la puissante secousse électrique déferler dans mon utérus et mon anus. Les parois de mon vagin se contractent de plus en plus. Cette déferlante se poursuit, telle un bolide lancé à toute allure sur une autoroute, en direction de mon clitoris.

Je me cambre, secousse après secousse. Roark me contemple, je me lâche et explose en mille morceaux, je viens de vivre l’orgasme le plus intense de toute ma vie.

Mon corps est parcouru de spasmes incontrôlables, Roark se penche et m’embrasse. Je lui plais, ça me remplit de joie.

Dix minutes passées sur une planète extraterrestre et j’ai déjà perdu la raison. J’ai perdu le contrôle de mon corps, de mes orgasmes. Dix minutes avec mon nouveau mec. Je ferme les yeux, je le laisse me cocooner tandis que l’étrange appareil inséré dans ma chatte ralentit, je n’entends plus qu’un ronronnement imperceptible.

« T’es magnifique quand tu jouis », murmure Roark contre ma bouche, je ne me sens pas prête à l’embrasser. Pas encore. Pas en étant allongée ici pour cette expérience sexuelle scientifique démentielle. Il effleure ma bouche mais je me détourne légèrement, son baiser atterrit à la commissure de mes lèvres, et non en plein milieu. C’est l’expérience la plus torride que j’ai jamais vécue, mais après tout, c’est purement artificiel, et pas du fait de Roark.

Il m’embrasse, retire tout doucement la sonde et la regarde. « Les résultats indiquent que tu es fertile et réceptive à mon sperme. »

Réceptive ? Je serai d’autant plus réceptive quand ce sera la bite de Roark que j’aurai entre les cuisses, et pas une vulgaire sonde.

« Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » Je contemple l’étrange paroi en retenant mon souffle. On est sous une sorte de tente. C’est bizarre que je ne m’en sois pas aperçu avant. Une odeur d’amandes, ou d’huile d’amande douce emplit l’air, il fait chaud. Pas trop chaud, mais ça n’a rien à voir avec le temps qu’il fait à Boston en plein janvier.

« Je vais te conduire dans un endroit secret, je vais te défoncer la chatte jusqu’à ce que tu hurles, que tu n’aies plus aucun doute, que tu saches qui est ton maître. »

5


Roark

L’Avant-poste Deux a été créé en plein désert, à cause de l’oasis. Les voyageurs s’y rendent en raison de sa beauté dans ce désert aride. Mais également pour les vertus réparatrices de son eau et l’ombre procurée par ses deux soleils dans ce désert infini. C’est une chance que ces avant-postes soient situés non loin de l’oasis, c’est l’endroit idéal pour rester seul avec Natalie. Ma tente, bien que privative, a des parois minces, on entend tout ce qui se passe à l’intérieur. Natalie a hurlé quand elle a joui sur la sonde, je sais que tout le monde l’a entendu. C’était inévitable, il fallait achever l’examen médical. C’est la seule fois où je permettrai qu’on l’entende prendre son plaisir.

Depuis son arrivée, je me suis découvert un côté possessif insoupçonné. Je veux que ses secrets, son corps, son plaisir, m’appartiennent, à moi et à moi seul.

Les habitants de l’avant-poste ont dû croire que la doctoresse avait terminé son examen, que les cris sans retenue de Natalie étaient liés à l’accouplement, au fait que je la baise sauvagement pour la première fois. Ses hurlements de plaisir ont dû combler ceux qui doutaient de notre union. Personne n’osera dire que je n’ai pas achevé l’accouplement selon les protocoles ou les normes en vigueur. Même mes parents n’oseront pas protester.

Je veux baiser ma partenaire en secret. J’ai pas envie que tout l’avant-poste entende, de me montrer, ni que les ambassadeurs ou que les chefs de tribu regardent. Personne n’a le droit de voir ma magnifique épouse, sa vulve rose, sa peau marbrée de rouge lorsqu’elle jouit sur ma bite. Ce doit être un moment spécial. Je veux être le seul à entendre ses hurlements de plaisir lorsqu’elle jouit sur ma bite, sur mes doigts, sur ma bouche. Pour moi et pour moi seul.

Je traverse l’avant-poste en compagnie de Natalie, des gardes nous suivent, ils vont rester à l’extérieur de l’oasis pour veiller sur notre sécurité. Je suis reconnaissant envers mes parents de m’avoir laissé seul avec elle, et d’être retournés sur Xalia comme je le leur ai demandé. Je sais qu’ils voudront la rencontrer dès notre arrivée en ville, afin qu’elle apprenne son rôle de femme de Conseiller. Mais avant qu’elle fasse la connaissance de Trion, je veux apprendre à connaître Natalie, sans artifices, ni aucune duplicité.

« Où est-on ? » demande Natalie en regardant tout autour d’elle, les yeux écarquillés, tandis que je lui tiens la main et la guide sur l’étroit chemin.

J’essaie d’admirer l’épais feuillage avec ses yeux. De grandes feuilles nous entourent dans un feu d’artifice de couleurs, des plantes rouge foncé, violettes et marron qui ne poussent qu’ici surplombent nos têtes, la canopée est si dense qu’elle empêche les deux soleils de Trion d’y pénétrer. Au centre, une profonde réserve d’eau alimente la forêt humide, fait rarissime sur Trion. Sous nos pieds, le sable a cédé place à un terreau fertile et moussu. Ça fait du bien d’entendre le bruit de l’eau et des animaux après le bruit du vent qui tourbillonnait entre les tentes.

« A Mirana, une oasis. Elle a été découverte il y a des milliers d’années, les gens s’y sont toujours réfugiés en traversant le désert. Il n’y a aucun terminal de transport, les nomades marchent et trouvent refuge ici-même. Et il y a de l’eau. De quoi se nourrir.

— Ça existe aussi chez nous, explique-t-elle en touchant une grande feuille.

— Je ne suis pas très calé en botanique, il n’y a pas beaucoup d’arbres ici, mais je sais que cette feuille n’est pas toxique. » Je ne sais pas si elle voudrait en cueillir une et la manger. Elle vient de la Terre, je ne connais pas leurs habitudes en matière de botanique. Je dois la surveiller de près, voire la distraire avec des tentations plus charnelles. « La zone est protégée pour éviter d’être utilisée à mauvais escient, nous avons de profonds puits dans le sol, capables d’acheminer de la nourriture et du matériel. » Je m’arrête devant l’immense réserve d’eau et lâche sa main. « Mais aujourd’hui, nous sommes seuls.

— Seuls ? » demande-t-elle en regardant alentour.

Sa curiosité est belle à voir. Elle n’a pas peur de Trion, ni de moi, je lui en sais gré.

« Rien que toi et moi. Personne n’entrera dans Mirana jusqu’à demain, au lever des soleils.

— Les soleils ? Il n’y en a qu’un sur Terre. Elle lève la tête et regarde le ciel. Je ne les vois pas.

— Ça te ferait mal aux yeux. C’est pour ça qu’il fait si chaud, Mirana est un vrai havre de paix, il y fait plus frais. Nous avons également deux lunes. Tu les verras ce soir, il y a plein d’étoiles. Je lui tends la main. Viens, on va se baigner. »

J’étais patient et décontracté après l’examen médical. Ce n’est plus le cas. Elle est au bord de l’eau, on va pouvoir se baigner et nager ensemble, une activité en extérieur rarissime sur Trion. Tout seuls. Elle va être toute nue, rien que pour moi.

Elle s’approche de l’eau et prend ma main. La sienne est fine et petite, je crains que mon désir ne soit trop puissant pour elle. J’ai vu comme elle a joui sur le gode, j’ai comme l’impression qu’elle est plus forte que ce que j’avais imaginé et je lui en sais gré. D’ici l’aube, je l’aurai possédé à plusieurs reprises. Cette nuit, je peux pas me retenir. Je ne vais pas essayer de la dompter ; je veux qu’elle se lâche totalement. J’espère qu’elle se montrera forte physiquement et moralement. Epouser un Conseiller n’est pas chose facile, nous allons être très sollicités. De tels moments de solitude à deux sont rares.

Pas maintenant. Pas aujourd’hui. Aujourd’hui elle est à moi et à moi seul. Personne ne nous entendra. Personne ne nous verra.

La robe glisse sur ses épaules, sur son corps et tombe sur le sol verdoyant. J’ai le souffle coupé en la voyant, sa peau resplendit sous la lumière. Je bande en voyant les maillons de sa chaîne. Mon érection devient gênante, je retire mon pantalon.

Elle écarquille les yeux en me voyant nu. Je ne sais pas à quoi ressemblent les hommes sur Terre mais les Trions sont grands, je fais une tête de plus que Natalie. Elle est claire de peau et de cheveux, j’ai la peau mate, tannée par le soleil. Mes cheveux et ma barbe sont bruns, des poils bruns recouvrent mon torse, descendent jusqu’à mon nombril, jusqu’à la toison à la base de ma verge en érection.

Je ne suis ni câlin ni très séduisant, mon corps est musclé. Mon sexe ressemble à une massue et l’espace d’un instant, je crains que Natalie ne me trouve pas à son goût. Elle rougit, ses seins pointent à vue d’œil, je relâche enfin la pression. Depuis quand l’avis des autres m’intéresse ?

Depuis que je suis en couple.

« Les hommes sont tous comme toi sur Trion ? demande-t-elle en contemplant ma verge qui palpite involontairement.

— Comme moi ?

— Grands. Hum … énormes. »

Je me regarde d’un air étonné. Je ressemble au guerrier Trion type.

« Les hommes ressemblent à quoi sur Terre ? Je demande en agitant la main en l’air.

— Laisse tomber. J’ai pas envie de savoir combien de bites t’as vues … ou— »

Je vois rouge quand j’y pense. Personne n’a le droit de toucher Natalie, excepté moi.

Elle me sourit, s’approche, pose sa main sur mon torse. « Je suis pas vierge. »

Je pousse un grognement. C’est plus fort que moi.

« Je ne peux pas changer mon passé. Mais, il faut que tu saches, » ajoute-t-elle, sa main descend le long de mon ventre, plus bas, elle m’agrippe. J’ondule des hanches. « Il ne te ressemblait absolument pas. Il avait une bite riquiqui comparé à toi, il savait même pas s’en servir. »

Elle lève la tête et me dévisage de ses yeux clairs.

A cet instant précis, je suis à sa merci. Complètement, totalement. Je pourrais partir au combat sa main sur ma queue. Si j’avais une once de jugeote, je lui aurais demandé ce qu’elle entendait par « bite riquiqui ».

« Tu sais t’en servir, n’est-ce pas ? » murmure-t-elle, en essuyant de la main la goutte de sperme qui s’écoule de mon gland.

Effectivement, on va pas s’ennuyer.

« Terrienne, tu es la tentation personnifiée. Je vais te laver, te préparer en vue de la baise sauvage que je vais t’infliger, tu ne connais pas encore les us et coutumes en vigueur sur Trion, je vais y remédier. »


Natalie

Il y a une minute à peine, j’étais devant Roark, je touchais effrontément sa verge, me voici allongée, à contempler la végétation luxuriante de l’oasis. Ses mains effleurent mes épaules, mes seins, il les prend en coupe et joue avec, effleure mes tétons et leurs petits anneaux.

J’ignore s’ils sont sensibles à cause des caresses de Roark ou des anneaux. Je m’en fiche, je me cambre sous la caresse, j’ai envie de lui. Ses mains descendent, il caresse mes flancs, mon ventre, mes hanches, l’intérieur de mes cuisses. Il ne touche pas mon sexe. Non, Roark semble prendre un malin plaisir à me torturer. Il écarte mes cuisses et s’installe au milieu, il se baisse afin que sa tête se trouve pile au niveau de mon sexe. Je prends appui sur mes coudes pour le regarder. Cheveux bruns, air sérieux, mains où il faut.

« T’es excitée, je le sens. C’est doux et acidulé à la fois. Tu dégoulines. Il est grand temps de te goûter. »

Je pousse un hurlement et agrippe ses cheveux lorsqu’il baisse la tête et glisse sa langue dans ma fente.

« Oh mon dieu. »

Je rejette la tête en arrière et ferme les yeux, je m’abandonne à sa bouche gourmande. Il titille, il tournoie, il glisse, il suce. Me lave. M’embrasse. Curtis a essayé une fois mais a vite laissé tomber, il attendait son tour, ce sale petit égoïste. Je lui ai plus jamais demandé de cuni après ça, c’était pas son truc. Mais putain, Roark me bouffe la chatte, il sait s’y prendre. Il manie sa langue et sa bouche comme un expert, pour la première fois de ma vie, je m’envole direct au septième ciel. Est-ce parce que je suis totalement épilée, à cause de sa barbe, ou les deux ? Il me doigte, tombe pile sur ma zone érogène, je jouis sur le champ.

Mon corps est parcouru de soubresauts, j’emprisonne sa tête entre mes cuisses, le forçant à y rester.

« C’est … oh putain, t’as trouvé mon point G. » Je pars en tilt lorsqu’il prolonge le plaisir en atteignant une zone éclipsant toutes les autres. Pour le moment.

Je suis en nage. Tous mes sens sont en éveil. Je sens la robe dans mon dos, ses épaules musclées contre mes cuisses, ses mains qui me bloquent, le poids de la chaîne sur mon ventre, les petits anneaux entre mes tétons.

Roark est accroupi sur ses talons, il s’essuie la bouche d’un revers de la main, sa barbe est toute luisante. Oh mon dieu, c’est à cause de moi. C’est la première fois de ma vie que je mouille autant. Son membre en saillie se dresse vers moi, je me lèche les lèvres. J’ai envie de lui. J’ai envie de le goûter, de le sentir sur ma langue.

Je me ressaisis, replie mes jambes et baisse la tête. Les mains sur les cuisses, ses poils doux et frisés sous mes mains, je m’agenouille et lèche son gros gland, il a une queue énorme. Une goutte de sperme s’écoule et dégouline le long de l’étroit orifice. Je la lèche goulument, je le goûte pour la première fois.

Il pousse un profond soupir et ondule des hanches. Je le regarde les yeux mi-clos, sa mâchoire se contracte, ses yeux brillent de désir, il serre les poings, il contracte ses abdos. Son corps est tendu, comme s’il attendait à ce que je le lèche. Il respire ou quoi ?

A cet instant précis, je me sens toute puissante. Je l’ai dompté d’un seul coup de langue … comment ça se fait ? Il grogne lorsque je titille son gland du bout de la langue. Je le sens à ses mains sur mes cuisses. Je n’attends pas, je le prends dans ma bouche, j’écarte grand les lèvres pour l’accueillir entièrement.

Waouh, il est énorme. Il ne rentrera pas en entier dans ma bouche. Seule une star du X arriverait à l’avaler, et pour une gorge profonde ? Impossible. Il a un goût salé et musqué, une odeur très masculine. Je ne résiste pas à l’envie de toucher ses couilles, leur pesanteur est la preuve de sa virilité. C’est tout pour moi, ça ? Heureusement que j’ai réussi les examens haut la main. Je pense pas pouvoir le prendre en entier.

J’y réfléchis tout en suçant sa bite, il fourre sa main dans mes cheveux, les attrape fermement et me fait reculer.

« C’est moi qui décide, femme, » dit Roark. Ses yeux sont noirs, sa mâchoire, contractée. Il me tire les cheveux, ça fait mal mais j’aime cette démonstration de force, de domination.

Il tire doucement mes cheveux et je m’allonge sur le dos. Il me regarde tout en m’écartant les jambes en grand, il se poste devant mon vagin et me pénètre d’un coup.

Je pousse un cri et me cambre sous la sensation de complétude. Il me tient d’une main et me force à le regarder, parfaitement concentré. Il me lâche, effleure mon corps, mes seins, touche les anneaux.

Il me pilonne, j’oublie qu’il tripote mes tétons. Il est énorme et je suis toute étroite. L’accès n’est pas aisé mais il m’a préparée. Ma vulve est douce et béante, mouillée de désir, il sait que je vais pouvoir l’accueillir, qu’il peut y aller franco.

Je m’agrippe à lui, je me retiens tandis qu’il se retire pour me pénétrer plus profondément, encore plus. Mes seins oscillent, la lourde chaîne tire dessus.

Il ouvre les yeux et me regarde pendant qu’il me baise.

« Ça va être du rapide, Natalie. Ta bouche chaude sur ma bite m’a fait perdre mon sang-froid. Merde. » Il est mécontent.

J’aime le voir poussé dans ses retranchements, il me donne des coups de boutoir incessants. Il transpire, le souffle court.

Il m’a déjà fait jouir, mais j’ai encore envie. Cette zone qu’il a titillée du doigt tout à l’heure aime la sensation de frottement procurée par sa bite. Je ne peux m’empêcher de me contracter sur sa bite, j’aimerais le garder en moi.

Il pousse un sifflement en sentant que je le pressure, il s’enfonce et je recommence. Encore, jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus.

« Je vais … Je vais jouir. Roark, j’ai jamais … c’est—

— Jouis. Vas-y, je vais pas tarder. »

J’obtempère, je jouis, je m’arcboute, je serre les genoux et les hanches. Je le pressure, les parois de mon vagin se contractent sur son sexe, je l’enduis de mon fluide, comme si ça devait jamais s’arrêter.

Il passe sa main derrière mon genou, le lève et se met en position, il me pénètre et se contracte. La douleur se lit sur son visage, il rougit, les muscles de son cou se contractent. Il laisse échapper un grognement guttural tandis que sa verge palpite, il m’inonde de sperme chaud. Il laisse son empreinte.

Il se retire et se redresse, son sexe est encore en érection, rouge foncé, tout luisant de mon fluide et de son foutre.

« Tu es—

— J’ai pas fini, » réplique-t-il, la passion se lit dans son regard, il me regarde droit dans les yeux comme si j’étais une proie sur laquelle il va bondir. Il agrippe ma hanche, me retourne à plat ventre et m’attire contre lui afin que je me retrouve à genoux.

Sa main s’abat violemment sur mes fesses, j’ai même pas le temps de dire ouf.

« Roark ! » Je pousse un cri de surprise, et non de colère.

Il sourit d’un air mauvais. « Ça, c’est parce que t’es une chaudasse. T’es trop sexy. Trop parfaite pour ma bite. Regarde-toi. »

Il pose sa main sur ma hanche afin de m’empêcher de bouger, j’avais pas l’intention de m’en aller de toute façon.

« J’aime voir ma chaîne pendre entre tes seins, la marque de ma main sur tes fesses, ta chatte gonflée et béante, mon sperme qui dégouline. »

Il me donne une autre fessée. « Je t’ai dit que c’est moi qui commande. »

Il se tourne, se met contre moi et me pénètre. Cette fois-ci, le passage est facilité par sa grosse quantité de sperme.

« Encore », dit-il d’une voix grave. Donne-toi à moi sans retenue.

Je ferme les yeux, je m’abandonne sous la caresse, je suis dilatée, comblée. « Encore, » je répète, j’ondule des hanches et m’empale sur son sexe.

Ça me vaut une autre fessée mais cette fois je me contracte et savoure la sensation de la brûlure qui se mue en chaleur.

J’en peux plus. Il est trop canon. Je glisse ma main entre mes cuisses et me branle le clito. J’en ai besoin, j’ai aucun doute sur le fait que Roark va me faire jouir, je suis avide. Il l’a dit lui-même.

« J’ai trop envie de te voir jouir. T’en peux plus, hein ? »

Il continue de me baiser, son désir ne faiblit pas et pourtant, il vient de jouir. Ses coups de boutoir se font de plus en plus vigoureux. Je suis son rythme, le troisième orgasme approche.

Maintenant.

Je branle mon clitoris, je jouis, sentir sa bite me fait jouir. Il me fait jouir.

Peut-être parce que je l’ai pressuré à fond tout à l’heure, ou parce que j’ai le cul rouge à cause de sa fessée. Toujours est-il qu’il est super excité et jouit après moi.

Il relâche ma hanche, je m’écroule sur la robe, je suis cuite. Ereintée. Je le regarde reluquer ma chatte, il insère ses doigts, recueille son sperme qui s’écoule et le remet à l’intérieur.

« A moi, répète-t-il, il tire doucement sur la chaîne. C’est agréablement douloureux. Tu portes ma chaîne. Nos odeurs ne font qu’une. Tu es enduite de mon sperme. Personne ne pourra te prendre. Tu es ma femme, Natalie. Tu es toute ma vie. Tu m’appartiens. »

Il continue de tirer dessus comme s’il attendait à quelque chose. Je hoche la tête et murmure : « Oui. » Alors seulement, il relâche la chaîne toute chaude qui retombe sur mon ventre trempé.

Il s’allonge et me prend dans ses bras. Je m’y abandonne avec joie, je n’ai jamais été aussi heureuse de toute ma vie. J’aime tout chez cet homme, ses manières brutales, ses mots crus, ses caresses. Mais j’aime par-dessus tout savoir que je compte à ses yeux. Après des années à subir des parents froids qui ne s’intéressaient pas à moi, une relation en demi-teinte avec mon fiancé, me sentir adorée, aimée, désirée … c’est le paradis.

Il m’enlace et caresse mon dos. Je me sens cajolée, rassurée, je voue, à cet instant précis, une reconnaissance éternelle au Programme des Epouses Interstellaires. Ils avaient promis de me trouver le mec idéal. Blottie entre ses bras, je dois avouer que leur recrutement est une réussite. Roark m’appartient. Envolée, ma vie vide et insipide !

Je suis ici chez moi, avec Roark, avec sa baise sauvage et sa tendresse remarquable. Il est mon refuge. J’attendrai bientôt notre premier enfant. J’ai un homme qui m’aime, qui m’adore, qui baise comme un dieu, je vais avoir un bébé. Un bébé à câliner, à embrasser, à bercer.

J’ai le cœur gros, trop d’émotions, d’amour, de rêves, d’espoir.

Je souris et me love dans ses bras. « Tu es à moi, Roark. »

Il me serre fort contre lui, ses mains effleurent mes fesses et mon épaule. Je doute que les épouses Trion avouent leurs sentiments à leurs maîtres, mais c’est pourtant ce que je ressens, nous sommes liés l’un à l’autre. Je lui en ai fait part, en dépit de ses façons de faire quelque peu péremptoires. On est mariés, l’examen est terminé. Il tire sur la chaîne qui pend entre mes mamelons, il sait que j’aime ça, inutile de me le demander. Il sait que j’aime qu’il me frappe.

Il répond au bout d’un moment : « Oui, femme. Je suis à toi.

— Rien qu’à moi. »

J’ai pas traversé l’univers pour chercher le réconfort près d’un autre homme. Je serais restée sur Terre si je m’étais bien entendue avec Curtis.

« Tu es ma femme et je n’aime que toi, Natalie. Tu es à moi. »

Exactement.

Je m’endors en souriant, heureuse et comblée, ses caresses apaisent mon âme en peine. C’est le paradis. J’ai traversé toute la galaxie en quête de paradis … et voilà que je tombe amoureuse.

6


Roark

« Réveille-toi, gara. T’es crevée à ce point ? » Allongé près de Natalie, je m’accoude et la regarde. Elle est belle quand elle dort, surtout que je connais la raison de son épuisement. C’est grâce à moi. Je l’ai épuisée à force d’orgasmes. On a trop baisé.

J’ai jamais éjaculé deux fois de suite comme ça mais la première fois que j’ai joui, ma bite en demandait encore. Je débandais pas, rien de rien, même après l’avoir inondé de sperme. Mon sexe en redemandait, alors j’ai remis ça.

J’enfouis mon nez dans son long cou, je respire son odeur et celle plus musquée de la baise. Elle murmure et se tourne vers moi alors que je continue, sans toutefois se réveiller.

« Comment tu fais ? » Je murmure à voix haute, je m’adresse à Natalie, à l’univers au sens large. Les médailles de famille suspendues à la chaîne reposent sur son ventre souple. Les voir me procure un sentiment de puissance très intense. Je n’aurais jamais imaginé être aussi possessif, aussi protecteur envers cette femme extraterrestre Terrienne que je viens tout juste de rencontrer.

Notre lien est incroyable. Notre union est si profonde que les besoins de mon corps en sont décuplés. J’ai besoin d’elle. J’ai besoin de ce qu’elle est la seule à pouvoir me donner, et baiser ? J’ai besoin d’être en elle. D’être une composante de son corps.

« Tu es à moi, Natalie Montgomery de la Terre. Je ne voulais pas me marier au début mais— »

Elle ouvre les yeux. Pile à ce moment-là.

« Ah bon ? » demande-t-elle en clignant des yeux, l’air inquiète.

Je lui caresse la joue. « Laisse-moi finir. Je ne voulais pas me marier. Ma mère m’y a poussé afin d’avoir une descendance. »

Elle fait la moue. « Ta mère ? Tu me parles de ta mère alors qu’on est à poil ? »

Je ne peux réprimer un sourire. « Laisse-moi terminer et après on n’en parlera plus. J’ai accepté de me marier car le temps passe, à condition que le Programme des Epouses me trouve la femme idéale, et ça a … marché. »

Elle rit et lève les yeux au ciel. « Et ça a marché ? »

Je prends ses cheveux dans ma main, je referme les doigts, tire dessus et l’attire vers moi. Elle ouvre grand les yeux devant ce geste dominateur.

« Arrête de lever les yeux au ciel, femme. La prochaine fois, t’auras droit à la fessée. » Je marque une pause afin qu’elle y réfléchisse à deux fois. Pour répondre à ta question, oui, ça a marché. J’avais besoin d’une femme qui puisse tomber enceinte et on m’en a livrée une. Toi. Mais je m’attendais pas à tomber sur la femme idéale pour ma bite, mon cœur. Mon âme. »

Son regard exprime la surprise et la joie.

« Toi … aussi ? Je craignais de te faire part de mes sentiments. Je craignais que ce soit prématuré, » murmure-t-elle.

Je lâche ses cheveux et me colle contre elle, je sens la moindre parcelle de son corps. Ses tétons durcis se pressent contre ma poitrine. Je sens les anneaux, la chaîne, les médaillons.

« Je le sens. Ce plaisir intense en toi. Ce besoin d’être ensemble. J’aimerais me fondre en toi et ne plus jamais en sortir. »

Elle rit, j’adore voir son visage s’éclairer et s’adoucir. « Tu y arriveras pas. » Elle caresse ma joue barbue. « Mais ta queue, oui.

— Et mon sperme. »

Elle rougit. « T’es pressé que ton sperme prenne vie. »

Je hoche gravement la tête. « Oui. Ça prouvera que tu es à moi, que tu m’appartiens. Qu’on se plaît mutuellement. Tu porteras bientôt mon enfant. Pour le moment, tout ce qui compte c’est que je sois profondément en toi, à ma place. »

Je m’assois, prends le collier que je porte autour du cou afin qu’elle le voie mieux.

« Ce disque porte mon symbole. » J’attrape le médaillon qui pend à la chaîne. Il n’est pas lourd mais il est massif. Les deux épées entrecroisées gravées dans le métal précieux sont mes armoiries. « Ceux de ta chaîne indiquent que tu m’appartiens, que tu es de ma famille. Personne ne remettra en doute notre union. Mais ça— » je fais glisser le médaillon de la chaîne, le jette en l’air, il retombe dans ma main, je le lui tends. Elle l’examine et je poursuis. « —c’est mon propre médaillon, je vais le passer à ta chaîne, on verra que tu m’appartiens parce que j’ai décidé de te l’offrir. Tu n’es pas originaire de Trion, tu ne peux pas comprendre sa signification. C’est bien plus qu’un simple médaillon, c’est toute ma vie. »

C’est la clé de la salle des coffres, une salle souterraine du Continent Sud. Le peuple Trion a choisi de vivre simplement, ce n’est pas une race primitive pour autant. Notre technologie et nos armes sont semblables à celles des autres races de la Coalition. La salle des coffres contient des richesses et des armes, la connaissance et les archives des anciennes lignées. Cette clé est le bien le plus précieux que je puisse offrir à Natalie. Elle est devenue un membre de ma famille, un membre influent, seuls mon père, ma sœur et moi avons accès aux coffres. La clé ne fonctionne qu’avec mon ADN, je veux que Natalie la possède. Je bande, mon cœur se serre en la voyant arborer le symbole de mon dévouement.

Mon pouvoir implique des responsabilités mais comprend également une part de danger. Ceux qui entendent renverser le gouvernement—moi—aimeraient connaître les secrets qu’elle renferme. Le fait de les partager avec Natalie signifie que j’ai trouvé mon alter ego, et pas uniquement une partenaire sexuelle. Elle ne peut pas encore le comprendre, mes explications ne serviraient à rien. Avec le temps, elle comprendra qu’elle incarne l’espoir et la confiance de tout le Continent Sud entre ses seins, à la place la plus intime de son corps.

« Assieds-toi s’il te plaît. Je lui tends la main et l’encourage à s’asseoir, la chaîne qui pend entre ses beaux seins se balance. T’es belle, » je murmure.

Je lui prends le médaillon des mains. « J’aurais dû attendre trente jours, Natalie. Pour te laisser le temps de décider comme le prévoit le Programme des Epouses. Mais j’ai pas envie d’attendre. Je sais que tu es la femme idéale. Je t’aime pour la vie, Natalie. Je t’attendrai si tel est ton souhait, mais je veux que tu le saches. Je sais que tu es la femme de ma vie. Dis-moi oui. »

Elle passe sa langue sur ses lèvres, m’observe, regarde les transformations qu’elle a subies pour passer de Terrienne à épouse Trion. Ma femme. La chaîne, les médaillons, la chatte rasée, mon sperme qui s’écoule de son vagin. C’est bien le signe extérieur qu’elle m’appartient. Mais au fond, elle doit encore faire son choix. Je la force, je sais mais je n’y peux rien. Je ne peux pas attendre. C’est tout à fait impossible.

« Tu veux être à moi et à moi seul ? Je peux te posséder ? »

Les larmes lui montent aux yeux et roulent sur ses joues.

« Bon sang, je pousse un juron et essuie sa joue. Non, c’est pas grave. Prends ton temps pour …

—Non. Enfin oui. Ce sont des larmes de joie. Oui, tu peux me posséder. J’ai pas besoin du délai de trente jours pour prendre ma décision. »

Elle m’adresse un sourire radieux qui me remplit de joie, je lui souris en retour. L’amour. Ça doit être ça. Elle rayonne, c’est magnifique, ça m’est adressé. Un cadeau précieux. Je lui donne mon médaillon en échange. Je prends la chaîne, y suspends mon propre médaillon, le fermoir se referme de lui-même grâce à mon ADN. Personne ne peut enlever le disque ou l’activer. Seule ma famille, porteur du même ADN, en est capable.

Je lâche le petit médaillon en or, la chaîne oscille, elle porte trois disques en pendentif. « Les marques sur les médaillons me symbolisent moi, ma famille et mon rang en tant que Conseiller. En gros, ils indiquent que tu es à moi, je serais prêt à tuer pour te protéger. »

Le médaillon supplémentaire, pas plus gros que l’ongle de mon auriculaire, pend au niveau de son ventre, son ventre qui portera mon enfant, l’or est synonyme d’avenir, il incarne la puissance et la richesse accumulées par ma famille depuis des générations.

Elle relève la tête et me regarde. « Mes mamelons sont hyper sensibles. Ils me … chatouillent constamment. Ça m’excite. »

Ma bite raidie se dresse vers elle. « Oui, je comprends ce que tu veux dire. »

Je m’approche d’elle, je la force à s’allonger. Elle s’appuie sur mes avant-bras, je la fais basculer sur le sol, je pèse sur elle de tout mon poids. Je sens la chaîne, les médaillons entre nos ventres. Je sais qu’elle gardera mes secrets, qu’elle sera en sécurité avec moi. Il ne lui arrivera rien. Je donnerais ma vie pour elle.

Je me penche et l’embrasse. Ses lèvres douces effleurent les miennes, je me demande comment j’ai pu me passer d’un contact aussi charnel. Pourquoi ne l’ai-je pas embrassée ? J’ai embrassé sa chatte mais là, c’est plus intime. Elle entrouvre les lèvres et ma langue découvre la sienne. Elle halète devant une telle évidence, ma bite palpite.

J’aimerais l’embrasser jusqu’au lever des deux lunes mais ma bite a d’autres plans. Elle est d’accord pour qu’on s’accouple, je ne pense qu’à ça.

Je relève la tête, nos souffles se mêlent, je regarde ses yeux clairs. J’ondule des hanches et me cale contre les siennes, ma verge se niche à l’entrée de sa vulve glissante. Elle est chaude et humide, elle m’invite à entrer. « M’acceptes-tu, Natalie Montgomery de la Terre, en tant qu’époux ? Tu acceptes que je m’unisse à toi, que je devienne ton maître ?

— Oui. Elle se cambre, fait en sorte que ses hanches se collent contre les miennes afin que mon sexe la pénètre. Oui, prends-moi. J’en ai envie. J’ai envie de toi. Maître. »

Je ferme les yeux, la sensation de cette femme qui m’appelle maître me submerge. C’est entêtant, ce mot est lourd de sens. Je suis responsable de Natalie, sur tous les plans. Sa joie, son bien-être, sa santé, sa sécurité. Tout.

Je la pénètre lentement, je l’accepte.

« Tu es à moi, » je grogne tout en la dévisageant. Elle est torride, trempée, je la pénètre sans effort. Elle garde les yeux ouverts, ne détourne pas le regard tandis que je la pénètre le plus doucement possible, je fais en sorte qu’elle sente mon membre dans son intégralité. La fièvre de la passion ne nous dévore pas, nous nous étourdissons de tendresse.

« Tu es à moi, » murmure-t-elle, elle ondule des hanches pour m’accueillir plus profondément, et s’immobilise.

Nous ne faisons qu’un. Elle jouit par saccades, les parois de son vagin se contractent, je jouis à mon tour.

« Natalie, » je pousse un grognement, je m’abandonne.

Nous restons longuement dans l’oasis, nous apprenons à nous connaître. Je la lave dans le petit étang et la nourrit de fruits frais venus du Nord, je goûte le jus des baies sur ses lèvres.

Je la pénètre à nouveau, je me délecte de son accueil enthousiaste, de ses petits gémissements et ses cris de plaisir. Une fois entièrement inondée par mon sperme, mes médaillons marquent son appartenance, son visage rayonnant est la preuve flagrante du bonheur qu’elle ressent à l’idée d’être ma femme, nous retournons à la civilisation, j’ai hâte de lui montrer sa demeure à Xalia, la capitale.

Je prends une longue robe couleur ivoire, des affaires que j’ai laissées ici et arrange le tissu doux sur son corps nu. Les piercings de tétons sont bien visibles sous le tissu, je suis fier comme un paon en la regardant. Ses cheveux blonds et souples lui arrivent aux épaules. La peau claire de son décolleté resplendit, elle me contemple avec une confiance et une dévotion totales. Je me prends à penser qu’elle m’aime.

Nous sortons de l’oasis. Un contingent de ma garde personnelle, dont Byran, émerge de l’oasis, ils assurent notre intimité et notre sécurité.

« Conseiller. Byran me salue, les sourcils froncés. Je ne voulais pas vous déranger, on nous signale la présence de Drovers à la frontière du territoire. On suppose qu’ils se préparent à attaquer. »

Natalie se raidit et se rapproche, elle se colle contre moi, elle me fait instinctivement confiance pour la protéger. Sa confiance me fait chaud au cœur, même si la menace que constitue les Drovers me fait bouillir de rage. Les Drovers n’ont pas attaqué d’avant-postes depuis des années, ils s’en prennent aux caravanes ou à des personnes isolées, en bons pillards et pirates. De la vraie pourriture.

« Rassemble les hommes. On doit éliminer cette menace avant de rentrer. On ne peut pas laisser l’avant-poste sans protection.

— Oui monsieur. » Byran fait signe à six hommes de rejoindre les autres, des guerriers postés de façon stratégique autour de l’avant-poste. Je suis à l’Avant-poste Deux, tout comme trois chefs de tribus de mon territoire. Nous sommes cent guerriers en tout et pour tout. Pourvu que ce soit suffisant.

Je regarde ma femme, sept valeureux guerriers nous entourent. « Ne t’inquiète pas. Les Drovers ne peuvent rien contre nous.

— C’est qui les Drovers ? » Son regard se voile de peur, j’aimerais revoir dans ses yeux l’expression de tout à l’heure. L’envie. La confiance. L’amour. Ce sont les seules émotions que je veux lire dans ses yeux clairs.

Un garde me tend mon épée et mon pistolet laser. Je me force à éloigner ma partenaire afin de fixer les armes à ma taille, sa chaleur me manque instantanément. « Viens, femme. Je t’expliquerai en temps voulu. Je vais te conduire dans le terminal de transport. Tu y seras en sécurité avec la doctoresse, je m’occupe des envahisseurs. »

On n’a pas fait deux pas que deux explosions ébranlent le campement, résonnant comme une tempête du désert. Il ne s‘agit pas de sable … mais de feu.

7


Natalie

Je suis Roark à l’extérieur de l’oasis, sa grosse main est douce et chaude. Je suis en vrac, des torrents d’émotions me submergent. Notre lien est instantané, si puissant que je ne peux le regarder sans que mon cœur s’emballe. Il est dominateur et exigeant, il m’a sautée comme un homme des cavernes, il m’a même tiré les cheveux. Il s’avère être un gentil géant, mon cœur fond devant tant de gentillesse.

Coucher avec lui est comme dans mes rêves. Je suis persuadée qu’il me conviendra en tous points.

Nous sortons de l’oasis, je sais, en sentant la chaleur me monter aux joues, que je rougis devant ses soldats qui saluent. Ils me dévisagent ouvertement, je fais de mon mieux pour les ignorer. Je ne veux pas avoir un comportement qui puisse s’avérer déshonorant pour mon époux, je tiens ma tête droite, je rejette mes épaules en arrière, la chaîne et les médaillons, le symbole de la famille de Roark, sont bien visibles à travers ma robe transparente. Le poids tire constamment sur mes tétons, ça m’excite, me donne une sensation d’excitation perpétuelle.

Ça n’a pas d’importance. J’ai l’impression qu’un seul regard suffirait pour que je me retrouve à quatre pattes et que mon fougueux amant me prenne par derrière sur simple demande. Des douzaines de tentes surgissent au milieu du paysage désertique, comme sorties de nulle part. Elles se groupent autour d’une tente principale, la plus grande—Roark me la montre—qui abrite le terminal de transport. Au-delà de l’Avant-poste, je ne vois rien à des kilomètres à la ronde, hormis une butte ça et là que je devine être un arbuste ou un rocher. Sur ma droite, au-delà du campement, une formation rocheuse s’élève au beau milieu du désert telle une sentinelle veillant sur l’Avant-poste. Une petite brise m’empêche de crever de chaleur, on aperçoit nettement un chemin dans le sable là où le vent pousse les petits grains de sable contre les rochers.

Un coupe-vent ? Le vent souffle toujours de cette direction ? De quelle direction ? Je n’en ai pas la moindre idée.

Cet univers extraterrestre est étrange mais étonnamment beau. J’ai l’impression d’avoir débarqué au beau milieu d’un conte de fées. Les mille et une nuits. Je contemple le ciel, leur immense soleil est au zénith, sa lumière chaude et jaune est agréable sur mes bras nus. Mais à l’horizon, un soleil rouge vient de se lever, je me demande comment il s’appelle. Je n’ai jamais vu de soleil rouge, je me demande si je ne vais pas avoir chaud lorsqu’il sera levé. Roark m’a dit qu’il y avait deux lunes, j’étais trop occupée pour m’en soucier.

« Conseiller. » L’un de ses hommes le salue. Il est grand, mat, l’air soucieux. Il doit avoir dix ans de moins que Roark. « Je ne voulais pas vous déranger mais on nous informe de la présence, de Drovers à la frontière du territoire. Nous pensons qu’ils s’y sont regroupés afin d’attaquer. »

Je m’approche de Roark. Ça me rend nerveuse de les entendre parler d’attaque, mais la carrure impressionnante de Roark me rassure. Tout comme la présence de douzaine d’hommes bien armés et baraqués. Ils mesurent tous deux mètres, portent une épée impressionnante sur la hanche et une sorte d’arme spatiale argentée de l’autre. J’ignore ce qu’est un Drover et je ne veux pas le savoir. Pour le moment du moins. J’ai peur que Roark soit blessé au combat.

Mon partenaire me regarde tandis que ces hommes l’entourent, formant un cocon protecteur. « Ne t’inquiète pas, femme. Les Drovers ne te feront rien. » Il a l’air calme et totalement sûr de lui. Je lui fais confiance, la tension que j’éprouve retombe à un niveau supportable. C’est son univers, pas le mien. Je dois lui faire confiance. Ça ne signifie pas pour autant que j’ignore la menace qui pèse.

« Qui sont les Drovers ?

—Viens, femme. Il me tire par la main. Je t’expliquerai en temps voulu. Je t’amène au terminal de transport. Tu y seras en sûreté avec la doctoresse pendant que je règle leur compte à ces envahisseurs. »

L’ordre de Roark me pousse à avancer. Les sandales qu’il m’a données s’enfoncent dans le sable blanc à chacun de mes pas. C’est chaud mais pas brûlant. J’ai à peine fait deux pas qu’une bombe éclate.

Je me retrouve par terre sans comprendre ce qui m’arrive, Roark me protège de son corps massif.

Un déluge de feu s’abat au-dessus de nos têtes mais s’arrête net. J’entends hurler, des hommes crient à l‘autre bout du campement, près des énormes rochers.

J’ai du mal à respirer, je fais mine de protester lorsque Roark se relève.

« Tu es blessée ? » Il roule sur le côté, il fait dos aux cris, son corps fait écran, il me scrute de la tête aux pieds. D’un air cruel, intense, inquiet. Envolé l’amant attentionné.

« Je suis ok.

— Ça veut dire quoi O-K ? C’est des lettres ? Tu me parles avec des lettres ? Son regard se fait plus intense, il relève le menton sans me quitter des yeux. Docteur ! »

Il me casse les tympans, je pose ma main sur sa joue pour le calmer. Evidemment, le traducteur implanté derrière nos oreilles ne traduit pas l’argot américain. « Je vais bien, Roark. Je ne suis pas blessée. Juste légèrement secouée. »

Il me fait un petit baiser, la doctoresse qu’il a appelée est là, ses sandales sont à quelques centimètres de ma tête. « Conseiller ? »

Roark se lève et m’attire contre lui. La chaîne balance sous ma robe ample. « Emmenez ma femme au terminal de transport et veillez sur elle au péril de votre vie.

— Roark, non … » J’ai pas envie que cette femme se fasse tuer pour moi. Ça nous concerne tous les deux. Roark et moi contre le monde, contre les Drovers. « Donne-moi une arme. Je vais me battre. »

Ses guerriers s’approchent de nous, épée dans une main, arme de l’autre. Il secoue la tête. « Non, femme. Tu suis le docteur.

 Quoi ? Pourquoi ? Où tu vas ? »

Il se tourne, son regard est cruel et effrayant. J’aimerais pas être à la place de ces Drovers. « Je veux m’assurer que mes parents sont bien rentrés sur Xalia. Si ce n’est pas le cas, je dois assurer leur protection. Je tuerai les Drovers lorsque je les saurais en sûreté. »

Ses parents. Les Drovers. Et moi. Ok. Parfait. Je vais m’en sortir. Je hoche la tête. « Reviens-moi.

— Je te donne ma parole, Natalie. Je te rejoins une fois la bataille terminée. Mais je dois m’assurer que mes parents sont bien partis hier comme prévu. » Roark me donne un petit poignard, je referme la main sur la poignée. Il est petit, à peine plus long que mes doigts, la lame est en or, brillante. « Prends-le. Ne t’en sépare jamais. »

Je hoche la tête, la doctoresse m’entraîne et j’avance dans sa direction. J’ai un mauvais pressentiment. Roark se tourne et ordonne à deux de ses hommes de nous escorter jusqu’au terminal de transport. Les deux guerriers nous tiennent par le bras et se mettent à courir, une seconde explosion retentit.

Je me tourne, mon partenaire aboie des ordres dans un vacarme sans nom. Il est gigantesque parmi ses hommes, cruel, fort, totalement occupé à trouver ses parents et protéger le campement. Il scrute le site du regard, tel un prédateur. Il passe sur moi sans me voir, comme s’il m’avait déjà oubliée.

« Ne fais pas l’enfant, » je me gronde en m’échappant avec la doctoresse. Elle fait une demi-tête de plus que moi, elle est plus costaud. Je cours mais elle m’entraîne à sa suite, je trébuche tous les trois pas, j’arrive pas à la suivre à cause du sable. Elle a peut-être l’habitude de courir sur la plage, moi pas. Le terminal de transport n’est pas loin mais je suis à bout de souffle et effrayée lorsqu’on se réfugie toutes les deux sous la tente. Les deux guerriers qui nous accompagnent se postent près de l’entrée, armes dégainées, prêts à tirer. Les bruits à l’extérieur ne ressemblent à rien de ce que j’ai entendu lors de mon arrivée. Le calme retombe. Je sais que quelque chose cloche, même sans le voir. J’entends la peur, la panique, la mort derrière les fines parois.

La doctoresse ferme le rabat et m’enlace brièvement, entre nanas, ça fait du bien. « Dites-moi que tout va bien se passer, même si c’est un mensonge. »

Elle recule et sourit. « Tout va bien se passer. Ce n’est pas un mensonge. Sinon le Conseiller Roark ne vous aurait pas envoyée ici. » Elle me lâche et m’indique la plateforme de téléportation. « Mais je préfère jouer la prudence.

— Comment ça ? »

Elle l’indique du doigt. « Montez. Je vais activer les codes de téléportation au cas où.

—Au cas où ? » Je vois très bien où elle veut en venir mais je refuse de l’admettre. Je ne veux pas partir sans Roark.

« Votre mari m’a demandé de vous protéger, je m’y emploie. » Elle est docteur, elle garde son sang-froid malgré la tension mais je vois bien qu’elle a l’air préoccupée, elle agit vite. « C’est le seul moyen de s’enfuir si les Drovers nous encerclent.

— Pour m’envoyer où ?

— Il lui faut quelques minutes pour se mettre en marche, il faut ensuite entrer les nouvelles coordonnées. Il est toujours programmé avec celles de la Terre. » Elle m’adresse un signe de la main, sans quitter des yeux les commandes du terminal de transport. J’ai l’impression d’être dans un épisode de Star Trek, « Téléporte-moi, Scotty. »

Je me lève et époussète le sable sur ma peau. J’en suis couverte, les grains fins me collent aux bras et à la poitrine et brillent tels des paillettes sur le tissu doux de ma robe. Y’en a partout dans la cabine de téléportation.

« Allez. Vite. » La doctoresse marmonne, je frotte le sable sur mes cuisses. Le bruit du métal qui s’entrechoque, les épées, résonnent à l’entrée de la tente. La doctoresse pousse un juron dans sa langue maternelle et je bondis, je pousse un hurlement en voyant l’un de nos gardes tomber à la renverse à l’entrée de la tente, un poignard planté dans l’œil gauche.

« Allez ! Maintenant ! » Le garde restant aboie un ordre tout en reculant dans l’entrée. Il se bat apparemment contre trois hommes. Ces Drovers sont plus petits que moi, mais rapides et malveillants. Ils portent une longue robe marron qui les couvre des pieds à la tête et des écharpes qui me font penser aux nomades vivants dans les déserts qu’on voit dans National Geographic. Leurs courtes épées fendent l’air à une telle vitesse que j’ai du mal à suivre l’échauffourée des yeux.

« Non ! Je hurle. Roark ? Où est Roark ? »

La doctoresse secoue la tête, elle crie tout en tapotant sur le panneau de commandes. « Il est mort. Je suis désolée. S’ils sont arrivés jusqu’à nous, c’est qu’il est mort. Je dois vous faire partir d’ici.

— Mort ? Non ! »

Non. Il n’est pas mort.

Non. Non. Non.

La doctoresse me crie quelque chose mais je ne l’entends pas. Le plancher vibre sous mes pieds. Une vive lumière bleue provenant de lignes que je n’avais jamais vues m’éblouit. Ça fait mal aux yeux, ça forme un étrange quadrillage. J’essaie de bouger mais je suis retenue prisonnière par l’énergie qui monte, s’empare de moi, m’entoure, j’arrive plus à respirer. Le garde que je viens tout juste de rencontrer tombe à genoux, un Drover lui tranche la gorge, un autre le poignarde. J’essaie de m’enfuir, de hurler mais je n’arrive à rien. Je ne peux que regarder, totalement impuissante.

Le troisième Drover s’élance vers la doctoresse et la poignarde dans le dos. Elle hurle, elle tombe à genoux, bouche ouverte, je n’entends plus rien, hormis le ronronnement de la cabine. Un Drover poignarde sans relâche un garde au niveau de la poitrine, je suis pétrifiée. Avec une horreur qui va crescendo, je regarde l’autre assaillant se ruer vers moi.

Il se faufile entre les rais de lumière bleue, ses mains calleuses et noueuses essaient de s’emparer de moi.

Il empoigne ma robe, m’attire vers lui impitoyablement, j’avance inexorablement. Je bondis et le poignarde. La lame dorée touche son bras. Son sang gicle sur ma robe mais il ne me lâche pas pour autant. Terrifiée, je m’écarte de lui de toutes mes forces. L’ourlet de ma robe se défait, ma robe se déchire en deux. Le Drover tombe à la renverse en hurlant lorsque le tissu lui reste entre les mains, la couture dans le dos se déchire avec un bruit assourdissant, j’en claque des dents.

Je suis nue, à l’exception de mes sandales et des chaînes qui pendent à mes seins, je hurle contre lui, enragée qu’il ait tuée la doctoresse, il l’a poignardée dans le dos. De sang-froid. Ils m’ont arraché mon époux. Tel est mon destin sur cette stupide planète. L’homme que je commençais à aimer, qui s’est uni à moi, est mort ?

Le ronronnement environnant se mue en un grondement sourd, j’ai l’impression que mon crâne va exploser. Je ne peux même pas hurler, tout devient noir.

8


Roark

Les chaînes ont entaillé mes poignets jusqu’à l’os, j’ai de la fièvre. Je suis attaché à un épais poteau de bois qui traverse la tente des Drovers dans toute sa longueur. J’ai été battu, privé de nourriture, torturé pendant quatre longues journées, les Drovers n’ont toujours pas révélé les motifs de leur attaque, ni ce qu’ils attendent de moi.

Je suis surpris d’être encore en vie. Les Drovers n’ont pas pour habitude de faire des prisonniers. Ni de les torturer. Ils préfèrent frapper et s’enfuir. Tuer sans distinction aucune, ne laisser aucun survivant. Une demande de rançon peut-être ? Je n’ai pas vu d’autres prisonniers. Je suis le seul captif. Pourquoi ? Pourquoi suis-je encore en vie ?

Quelque chose a changé, quelque chose de fondamental pour l’avenir de mon peuple. Les Drovers emploient de nouvelles méthodes, je dois savoir pourquoi. Je ne peux pas rester suspendu dans cette tente comme un vulgaire morceau de barbaque. Je me souviens d’être parti à la recherche de mes parents, j’ai appris qu’ils avaient bien été téléportés comme prévu. Ils sont sains et sauf sur Xalia.

J’essaie d’ôter le sable qui me dessèche les yeux, je cligne lentement des yeux, mon cœur n’est que douleur.

Je ne pense qu’à Natalie. Ma Natalie. Ma femme.

Elle leur a échappé. J’en ai la certitude. S’ils la détenaient, ils s’en seraient servi pour faire pression contre moi, ils l’auraient amenée ici et l’auraient torturée devant moi. Ils s’en seraient servie pour me faire abdiquer. Et dieu sait qu’ils y seraient parvenus. J’ai goûté le paradis entre ses bras. Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour la protéger.

Je dois partir à sa recherche. Elle est seule sur Trion. Elle ne connaît personne. Putain, elle est arrivée sur cette planète il y a quelques jours à peine. La distance qui nous sépare est plus douloureuse que le châtiment corporel infligé par les Drovers. Je survis en pensant à elle. Elle est ma motivation, mon moteur pour rester vivant. Je lui ai promis de pas la laisser seule, de la protéger, chaque minute qui passe, le moindre battement de mon cœur est un échec.

Je ne peux pas rester enchaîné. Je dois m’échapper. Je fulmine, nos soleils se couchent, la nuit tombe. Il n’y a pas de lumière sous la tente, la faible lueur du crépuscule pénètre difficilement à travers l’épaisse toile de tente. Mes yeux s’habituent à l’obscurité, un pan de la tente s’ouvre, laissant passer un Drover. Ils sont venus en groupe le premier jour, probablement inquiets que je me batte. Ils sont désormais sûrs d’eux, tout fiers de m’avoir maté, de briser peu à peu mon corps.

Ils se trompent. Leur lenteur me permet de reprendre des forces. Mes muscles affaiblis se gorgent d’adrénaline. Je serre les poings, prêt à bondir.

Le Drover ne me regarde jamais en face, il tient son pistolet laser d’une main et de l’autre, utilise une clé pour défaire la chaîne qui entrave mes poignets. Sa puanteur âcre et amère me remplit les narines. La sueur et des huiles amères me brûlent le nez. Ces bâtards sont pires que des animaux, ils sont prêts à tuer pour le moindre kopeck. Je vais me battre contre lui mais pas ici, pas sous la tente. Il faut que je sache combien ils sont. Je sais en gros combien ils sont, je les ai comptés lorsqu’ils m’ont traîné dans une autre tente pour me battre. Les Drovers qui m’ont amené là-bas ne font pas partie d’un groupe très étendu, ils vivent sous les tentes d’un campement nomade.

On me décoche un coup entre les épaules, je tombe à l’extérieur, il fait frais. Dehors, je ne vois que de faibles lanternes accrochées à des pieux en bois. Tout est calme, hormis la respiration des nox, les grands animaux dont ils se servent comme moyen de transport. Les bêtes gigantesques sont enfermées dans un enclos non loin de là. Ce calme ne me dit rien qui vaille. Les Drovers ne parlent pas pour rien, ils ne sont pas sociables pour deux sous, aucun bruit ne provient des tentes, d’autres ennemis sont embusqués, hormis celui qui me pousse devant lui.

Le sable est chaud sous mes pieds nus. J’avance précautionneusement, je reste sur mes gardes et surveille les alentours. Je pourrais facilement me débarrasser de ce Drover si j’agis sans bruit.

Je pivote avant d’arriver à la tente, mon coude heurte son poignet et dévie la trajectoire du pistolet laser pointé sur moi. Son bras se retrouve contre ma hanche, le pistolet bloqué. S’il tire, tout le campement l’entendra. Je dois faire vite. Vif comme l’éclair, je lève les bras au-dessus de ma tête et passe mes mains liées autour de son cou. Il est petit, comme tous les Drovers, je le dépasse largement. Je passe mes mains autour de son cou et serre. Je le soulève vers le ciel sombre, pète sa trachée, étouffant son appel au secours. La douleur qui vrille mon épaule gauche me fait grimacer mais je continue. Je ne relâche pas ma prise, l’étrangle, tourne brusquement sa tête et brise sa nuque.

Je dénoue mes bras et le laisse s’affaler dans le sable. Mort. Je me penche pour ramasser son pistolet laser et scrute le périmètre. Mon genou droit me fait un mal de chien. Je respire par à-coups, j’essaie de faire le moins de bruit possible en dépit de la douleur lancinante. Personne.

Je le fouille et trouve les clés de mes menottes. Je libère mes poignets le plus rapidement possible et jette au loin les courroies en cuir, le sable mouvant du désert les recouvrira bientôt. Je me tiens à l’écart de la lumière des lanternes, je me fie au bruit des nox, ils constituent ma seule chance de m’échapper. J’ouvre facilement l’enclos de fortune, me dirige vers l’animal le plus à l’écart et trouve un seau rempli d’eau. Je me fiche que le nox ait bu dedans. J’ai quasiment pas bu depuis le début de ma captivité. Je me laisse tomber sur mon genou valide, je prends l’eau dans mes mains et bois. Ma soif étanchée, je me lève et tire l’animal par sa longe. Je défais la corde qui ferme l’enclos et attire le nox à l’extérieur. Je m’éloigne suffisamment du campement afin qu’aucun grognement ou signe de protestation de l’animal n’alerte mes ennemis, et me hisse sur son dos.

La douleur me coupe le souffle et attise mes blessures. J’ai le genou en vrac, une entorse probablement. Un doigt cassé. Des commotions. Plusieurs côtes cassées. Ils ont lacéré mes cuisses au couteau, mon dos porte les marques du fouet. Je suis brûlant de fièvre, sûrement un poison Drover ou une infection, je n’en sais rien. Des couleurs bougent devant mes yeux et se détachent sur la noirceur de la nuit du désert, l’animal avance en ondulant sous mes jambes. Je plante les talons dans les flancs poilus de l’animal et lutte pour rester conscient, le gentil géant progresse à pas lents en plein désert.

Je meurs de faim et je suis déshydraté. Je dois rejoindre l’Avant-poste Deux et le terminal de téléportation avant de succomber, tomber dans le sable et me faire piétiner par le nox. C’est le seul chemin pour rentrer, pour demander de l’aide. Pour retrouver Natalie.


Natalie, planète Terre, Novembre

Je m’assois par terre dans la salle de bain et m’agrippe aux toilettes. La nausée m’a tirée d’un sommeil agité il y une heure environ. J’ai l’estomac vide, mon malheur n’est pas terminé pour autant. Je me sens vraiment mal. Bon sang je déteste avoir la nausée. La porcelaine froide soulage ma peau moite. En temps normal, j’aurais été plus que gênée d’éprouver une quelconque amitié pour une cuvette de chiottes.

Je suis revenue sur Terre depuis deux semaines. Deux semaines que la Gardienne Egara m’a trouvée inconsciente sur la plateforme de téléportation. Elle est restée bête en me voyant là. Je croyais n’être restée que deux jours sur Trion. Mais d’après un espace temporel des plus farfelus qui m’échappe totalement, j’ai quitté la Terre depuis onze semaines. Ça fait onze semaines qu’elle m’a téléportée sur ma nouvelle planète, chez Roark, mon nouveau partenaire. Elle me supposait définitivement installée. L’union idéale.

Heureuse.

Je l’ai été, durant quelques heures. Ces deux semaines m’ont paru une éternité. Ça fait deux semaines que j’attends que Roark vienne me chercher. Oui, la doctoresse dit qu’il a été tué lorsque les Drovers ont attaqué les gardes, je ne la crois pas. Roark a dit qu’il viendrait me chercher, qu’il ne lui arriverait rien. Il me l’a promis.

Le temps passe et je me sens seule. Le centre de Recrutement des Epouses ne m’a rien dit, Trion n’a envoyé aucun message me concernant. La gardienne Egara m’a juré qu’elle me contacterait dès qu’elle aurait des nouvelles de Roark.

Je l’ai appelée tous les jours … rien. Pas de nouvelles. La gardienne a même envoyé une demande d’information au gouvernement de leur planète. Ils lui ont seulement dit qu’un massacre avait eu lieu sur l’Avant-poste Deux et qu’il n’y avait aucun survivant.

Aucun survivant, sauf moi.

Mon humeur balance entre folie et tristesse. Folle qu’il m’ait laissée en plan, qu’il ait choisi ses parents plutôt que moi. Je suis passée en deuxième, il a préféré protéger ses parents et les gens du campement, il m’a écartée, il avait des choses plus importantes à faire. Il s’est comporté exactement comme les gens dans ma vie. Comme mes parents. J’étais leur enfant, ils m’ont jetée dans des internats pour que je ne gêne pas leur petite vie. Comme Curtis, mon stupide fiancé, qui couchait avec d’autres nanas parce qu’il avait pas le temps d’apprendre à me connaître ou qu’il n’en avait pas envie, il se fichait de savoir s’il me rendait heureuse.

Ma colère a raison de mon énergie, je sombre dans le désespoir. Je déteste Roark, sa mort me met en colère. J’espérais qu’il viendrait me chercher, j’aurais pu l’engueuler, lui dire que j’avais failli mourir de chagrin, et l’embrasser éperdument.

Au bout de quatorze jours, j’ai arrêté de me raconter des histoires. Il ne viendra pas. Il est mort.

J’ai appelé mes parents—ils sont dans une villa en Sardaigne—pour leur annoncer mon retour sur Terre. Ils sont restés stupéfaits, ils se sont toujours demandés pourquoi j’étais partie. Apparemment, ils n’ont jamais trouvé mon mot, ils ignoraient que j’étais partie à des années-lumière de la Terre avec un extraterrestre canon. Ils s’en fichent, ils n’ont jamais demandé à personne si je reviendrais un jour.

Ils ne comprennent pas le mot échec. Ils n’en ont pas besoin. Tout le monde sait sur la planète que les épouses ne reviennent jamais. Sauf moi.

Je les ai toujours déçus. Ils ne savent évidemment pas que la gardienne Egara fut elle aussi une épouse et qu’elle est veuve. Je n’ai pas pris le temps de les en informer. Ça ne sert strictement à rien. Ils ne se sont jamais vraiment intéressés à moi. Et ça continue.

Ils ne viendront pas me voir à Boston, ils poursuivent leur périple de trois mois en Méditerranée, cet hiver. Ils m’ont dit qu’ils seraient de retour en Mars. Ils ont hâte de me voir, paraît-il. Je suis la bienvenue dans l’une de leurs demeures.

Je suis un animal de compagnie, pas leur fille.

Je suis seule, en colère, j’ai mal. Et le pire c’est que je sais à coup sûr que je suis enceinte. J’attends un bébé extraterrestre.

Bon sang, ma mère adorerait ça. Je vais donner la vie à un petit être. Ils vont paniquer s’ils apprennent que l’enfant que je porte n’est pas humain. Sans compter qu’il n’aura pas ses entrées au country club.

Oui, je suis enceinte. C’est pas une gastro, je me sens mieux au bout d’une petite heure, après avoir grignoté quelques biscuits salés. Au déjeuner, j’ai une faim de loup, c’est la troisième fois que je vomis aujourd’hui. J’ai un retard de règles. De quelques jours. Je n’ai jamais de retard. Mes seins me font mal, ils sont douloureux au toucher. Et très sensibles. Les piercings de téton me procurent une excitation constante—sauf quand j’ai la gerbe—la chaîne rend la sensation encore plus intense. Je ne compte plus les fois où je me suis masturbée en pensant à la grosse bite de Roark.

J’arrête pas de penser à Roark. Je porte ses anneaux, sa chaîne qui pend. J’ai le petit couteau qu’il m’a donné, la lame en or qui m’a sauvé la vie. Il ne me reste que des souvenirs. Je sais ce qu’être aimée veut dire, être possédée, caressée, adorée, je deviens folle.

C’est bien plus que ce à quoi les filles ont droit en général, j’essaie de ne pas le détester pour avoir fait en sorte que je tombe amoureuse de lui, et qu’il meurt.

Une nuit de sexe endiablé. Une seule nuit a suffi pour que je tombe enceinte grâce à son sperme Trion. Il m’a engrossée. C’est le terme qu’il a employé. Il voulait épouser une poule pondeuse. Et bien, c’est fait. J’ai son bijou en or, mes souvenirs et un bébé. Son bébé, qui grandit en moi.

Mes larmes coulent sur le rebord de la cuvette blanche et froide. Je me suis fait une queue de cheval afin que mes cheveux ne tombent pas dans l’eau. S’il était là, il me retiendrait par les cheveux pendant que je vomis. Il m’apporterait de l’eau et des biscuits salés. Il me prendrait dans ses bras et me dirait « ça va aller ».

Mais il n’est pas là. Je ne le reverrai plus jamais.

La gardienne m’a proposé de me réinscrire au recrutement du Programme des Epouses. Je pourrais épouser un autre guerrier puisque Roark est présumé mort. J’ai décidé que non, ma peine est trop récente. L’expérience vécue avec Roark m’a provoqué un choc bien trop douloureux. J’ai besoin de temps pour le digérer.

Et en plus, ça.

Je pose mes mains sur mon ventre, je me demande à quoi il va ressembler. Une petite fille qui aura mes yeux et la peau mate de Roark ? Un garçon brun aux yeux noirs ? J’imagine la tête de Roark en miniature, mes larmes coulent en un flot intarissable.

J’attrape un mouchoir et essuie mes larmes. Mon dieu, mes hormones me jouent un sale tour. J’ai passé une seule nuit avec l’homme idéal. Une seule nuit durant laquelle on s’est jurés fidélité.

Il avait promis. Promis ! Mais il est parti. Il m’a laissée toute seule. Comme mes parents et ce connard de Curtis. Oh, on vit sur la même planète mais une chose est sûre, il a vraiment une bite riquiqui.

La gardienne Egara a été sympa quand je lui ai dit que je préférais attendre près du Centre de Téléportation de Miami. Elle est venue tous les jours prendre de mes nouvelles, j’ai senti qu’on se comprenait. Elle a perdu ses deux maris, elle sait ô combien ce que je ressens. Elle a eu la chance de connaître ses époux plus d’une journée. Ses maris étaient deux guerriers Prillon. Elle m’a raconté sa triste histoire en essayant de me consoler. Elle a enduré une double perte. Je suis dans tous mes états après une seule journée passée auprès de Roark, je suis incapable d’imaginer comment elle peut aller de l’avant. Comment elle arrive à respirer. Comment elle peut vivre.

Elle m’a dit que j’étais la seule Terrienne, elle mis à part, à avoir fait l’aller-retour. Une autre femme affectée sur Trion a dû rentrer pour témoigner lors d’un procès, mais elle est repartie aussitôt. La gardienne Egara m’a dit que c’était la femme du Haut Conseiller et qu’ils connaissent probablement—non, connaissaient—Roark. Le monde est petit.

La nausée me reprend et je me penche sur la cuvette des toilettes, le souffle court. Le spasme passé, je m’effondre et me recroqueville sur le tapis de sol. Je ne peux plus rester dans cet hôtel. Je dois affronter la réalité, Roark ne reviendra pas, il est mort, la vie continue. Je ne peux pas me permettre le luxe de m’apitoyer sur moi-même. Mon fils ou ma fille compte sur moi, je dois me ressaisir.

Un bébé ! Je pose la main sur mon ventre plat, les larmes montent à nouveau. C’est pas ça être mère. Seule dans une chambre d’hôtel. Sans mari. Ni sur cette planète, ni dans cette galaxie. Je ne supporte pas l’idée de postuler à nouveau au Programme des Epouses Interstellaires. Même pas en rêve. A supposer que je tombe sur un partenaire qui accepte l’enfant d’un autre, je n’en veux pas d’autre. Mon homme idéal est mort. Roark est mort.

Je suis seule. Ma seule et unique tentative pour enfin trouver le bonheur, me prendre en charge, a échoué. Lamentablement. Je me sens encore plus seule, le cœur brisé. Avant, ma solitude était une notion abstraite, un sentiment de vide. Ce vide a désormais cédé la place à la peine. Désormais, je sais pertinemment d’où provient le manque.

Je m’assois, prends mon sein et joue avec le piercing. Je veux l’enlever. Je veux me débarrasser de ce qui aurait pu advenir, si seulement. Mais il n’y a pas de fermoir, je n’ai aucun moyen de l’enlever. Je pousse un cri de frustration, je m’écroule et pleure. Mon téton me démange, je ressens le besoin de me toucher, d’apaiser la sensation. J’écarte les jambes, malgré mes pleurs, je mouille, ma vulve est toute gonflée, mon clitoris est dressé. Je m’allonge, écarte les jambes, glisse deux doigts dans ma chatte et branle mon clito. Je pense à Roark, à sa voix grave et sa grosse queue qui me pénètre, me dilate, me fait crier. Je jouis rapidement, mon corps en avait trop besoin.

Je me cambre et hurle son prénom tandis que le plaisir me submerge. Une fois apaisée, allongée à même le sol de l’hôtel, en nage, nue, seule, je sais qu’il est temps que je me prenne en main. L’heure est venue de rentrer.

9


Roark

J’ouvre et cligne des yeux. On m’appelle.

« Roark !

— Conseiller. »

Je pousse un gémissement en me retournant. J’ai mal partout, j’arrive pas à m’ôter la puanteur du pelage de ce maudit nox du nez. Du sang. De la chair brûlée. De la douleur. Je sens la douleur.

« Soulevez-le doucement. Il doit passer au moins une journée dans le caisson de RéGénération. »

Au début, je ne vois que du blanc puis les couleurs apparaissent, tout reprend sa place. J’aperçois des visages penchés sur moi.

« Il se réveille. » Seton, mon second, pousse un soupir de soulagement et me sourit. Seton a deux ans de plus que moi, c’est un ami fidèle. La lignée de sa famille remonte presque aussi loin que la mienne. En tant que dernier-né, j’ai été élu Conseiller. Mais nous savons pertinemment tous les deux que si je n’ai pas d’héritier, si on me tue, le peuple élira mon neveu. Ce n’est plus un bébé. Un enfant ne peut régner. Seton remplirait le rôle de Conseiller jusqu’à ce que mon neveu soit assez grand pour être élu. Je lui en sais gré. Je n’avais jamais envisagé cette possibilité auparavant. Il est vrai que je n’avais jamais été capturé et torturé auparavant. Il ne fait aucun doute qu’ils m’auraient tué si je ne m’étais pas échappé. Sûr et certain.

J’essaie de m’asseoir mais Seton m’en empêche en posant fermement sa grosse main sur ma poitrine, afin que je me rallonge sur le lit. « Qu’est-ce qui s’est passé, Roark ? On a perdu tout contact avec l’Avant-poste Deux depuis des jours. Le sas de téléportation était verrouillé, du moins jusqu’à ce que tu t’en serves. » Seton me scrute de la tête aux pieds, je lis la colère et la certitude dans ses yeux.

« Drovers. » Je ne lâche qu’un seul mot, la douleur est cuisante. Mon annonce provoque une certaine agitation. Je tourne la tête et regarde derrière la grande silhouette de Seton. J’aperçois une bonne douzaine d’hommes portant un uniforme de médecin et des gardes.

Seton s’approche et murmure. « Des Drovers ? Qui attaquent un avant-poste ? T’es sûr ? »

Je hoche la tête d’un air sombre. « Ils ont attaqué. Ils ont tout fait exploser. J’ai dit à Natalie de partir avec la doctoresse, de se mettre à l’abri. J’ai emmené mes hommes traquer les assaillants dans le désert. Mais c’était un piège, Seton. » Je soupire, je constate que Natalie et mes parents seraient morts s’ils étaient restés avec moi, comme ils le souhaitaient. « Les Drovers n’ont pas fui—ils ont envahi le campement à pied.

— Les Drovers n’abandonnent jamais leurs montures, insiste Seton. C’est un suicide.

— Ils étaient lourdement armés, ce sont des guerriers entraînés au combat. J’essayais de rejoindre Natalie lorsque je suis tombé dans une embuscade et qu’ils m’ont capturé ». Je me racle la gorge, les souvenirs me reviennent en mémoire. Ils ont égorgé Byran et l’ont laissé sur le sable, exsangue.

« Je suis désolé, Roark. Il est au nombre des victimes.

— Et Natalie ? Mes parents ? Ils ont réussi à s’échapper ?

— Tes parents sont repartis sur Xalia il y a neuf jours. On n’a reçu aucune nouvelle de l’Avant-poste, on ignorait ce qui s’était passé avant ton retour. J’ai envoyé une patrouille sur l’Avant-poste à la recherche de survivants. Ils nous envoient un rapport tous les quarts d’heure.

— On est quel jour ? »

Il me l’annonce et je réfléchis.

Neuf jours. Les Drovers m’ont gardé prisonnier pendant huit jours et j’ai chevauché un jour de plus sur un nox pour retourner à l’Avant-poste. Putain. Où est Natalie ? Qu’est-ce qu’elle a bien pu faire depuis ?

« Natalie ! Je crie son nom.

— Roark, calme-toi. Qui est Natalie ? » demande-t-il. Il est grand et mat comme moi, comme la majorité des hommes Trion mais ses yeux sont clairs. Il ne passe pas inaperçu auprès des femmes. Il n’est pas marié, il profite probablement de la multitude de femmes désireuses de partager sa couche.

« Ma femme. » Ces mots m’échappent tandis que je suis allongé sur le brancard, leurs mains sur mon dos et mes côtes me font l’effet de lames de rasoir, on remet en place mon genou blessé. « Doucement ! hurle Seton.

— Il faut que je la retrouve. Où est-elle ? » Je lève un bras et agrippe Seton. Les baguettes ReGen virevoltent devant moi tandis qu’on m’amène vers la salle de téléportation. Je ne me souviens pas d’être arrivé au terminal de téléportation du Secteur Deux. L’odeur nauséabonde du nox, le sable, la chaleur. La douleur. Tout devient trouble. Douloureusement flou. Je me souviens d’avoir déboulé sous la tente. Du sable gorgé de sang. Le pupitre de commandes …

Il arque les sourcils. « Tu t’es marié ?

— Avec une Terrienne. Elle est à moi. Elle est où ? »

Seton poursuit, voyant mon anxiété. « Tout ce que je sais c’est que tes parents sont rentrés sur Xalia il y a neuf jours. Personne d’autre n’est revenu de l’Avant-poste Deux jusqu’à ce que tu fasses ton apparition il y a quelques minutes de ça, à moitié mort. T’as été téléporté sur l’Avant-poste Neuf.

Je rejette la tête en arrière et ferme les yeux. Dieu soit loué. Je me trouve sur le Continent Nord, sur le territoire du Haut Conseiller Tark.

Seton est présent bien entendu. Je l’ai envoyé chez Tark il y a deux mois pour étudier les itinéraires empruntés par les Drovers avec les caravanes de l’Ouest, Tark et moi y oeuvrons conjointement.

« Putain, je me demande bien comment tu t’en es sorti avec de telles blessures. » Seton me regarde de la tête aux pieds et observe le docteur qui essaie de m’examiner. J’arrête de bouger mais j’y vois rien avec tous ces gens qui m’entourent. Je ne sais pas exactement où je me trouve. Je présume qu’ils m’ont amené au dispensaire.

« Faites venir le chef de la garde, dis-je en aboyant mon ordre. Immédiatement ! »

Le chef de la garde, un commandant, se fraye un chemin parmi les gardes et me salue. Son uniforme et son insigne indiquent qu’il est haut gradé. « Commandant Loris. Ravi de vous savoir en vie, Conseiller. » Il est vraiment heureux de me voir, un peu moins en constatant l’étendue de mes blessures. « Tout indique que vous avez été torturé.

—Mmm, » je murmure, en repensant à ce que les Drovers m’ont fait. C’est rien comparé à ce que je ressens à l’instant présent. Un manque total de contrôle. De la frustration. La douleur régresse grâce à l’intervention des docteurs, mais n’apaise en rien mon envie de remuer la planète toute entière pour rechercher Natalie. « Ils n’ont pas attaqué comme à l’accoutumée.

— Parce qu’ils vous ont laissé la vie sauve ? demande le Commandant Loris.

— Exact. Ce n’est pas dans leurs habitudes. Pourquoi ne pas m’avoir tué comme les autres ? »

Seton se racle la gorge. « On a eu des cas similaires dans le Nord, Conseiller, ils ont capturé des officiers haut placés et des chefs de tribus et ont demandé des rançons.

— J’ai fait l’objet d’une demande de rançon ?

— Non. Il est clair qu’ils ne savaient pas à qui ils avaient à faire lorsqu’ils vous ont capturé. »

Je rejette la tête en arrière et ferme les yeux. « Ils n’auraient jamais relâché un Conseiller.

— Exact. Seton me serre doucement l’épaule. Tu es un ennemi bien trop dangereux. »

Si jamais ils ont touché à Natalie, s’ils lui ont fait du mal, ils n’ont même pas idée de la dangerosité de l’ennemi qu’ils auront à affronter.

« Seton, où est ma femme ?

— J’ai envoyé un groupe de gardes à l’Avant-poste Deux à ta sortie du sas de téléportation. Il détourne le regard un instant. Ça fait une heure, ils font état d’un carnage total. Ils n’ont pas trouvé de survivants pour le moment.

— Ma femme était là-bas. »

Il perd de sa superbe, et écarquille les yeux. Sa mâchoire se contracte. « A quoi ressemble-t-elle ?

— Elle est belle. » Je ferme les yeux et me la remémore, comme durant ma captivité. « Blonde aux yeux clairs, comme les tiens, mais bleus. » Des yeux d’un bleu superbe, un sourire adorable, des courbes voluptueuses, des seins lourds ornés de piercings, une chatte toute rose.

« Je la retrouverai. » Seton me tape sur l’épaule tandis que le docteur avance, j’ouvre grand les yeux pour le regarder, juger de la véracité de ses dires. Il est sincère, je hoche la tête. C’est un homme bien. Un vrai ami.

« Désolé de vous interrompre mais on doit vous mettre dans le caisson de RéGénération. Vous faites une hémorragie interne monsieur. »

Putain.

« Vous ne serez d’aucune utilité à votre femme ou à votre peuple si vous mourrez, » insiste le docteur.

Maudits soient les médecins pour clamer l’évidence et en être convaincus.

« Je suis désolé, Conseiller. » Le commandant s’éclaircit la gorge, il porte la main à son oreille, comme s’il écoutait attentivement un message. Il commence à parler, bafouille, comme si les mots restaient bloqués dans sa gorge. « Je … ils ont trouvé une femme morte dans le terminal de téléportation. » Il s’éclaircit à nouveau la gorge mais n’en dit pas plus.

« Comment savoir si c’est bien elle ? »

Le Commandant Loris s’éloigne dans et marmonne quelque chose que je ne peux pas entendre. Je fais signe au docteur qui s’approche de dégager, il comprend immédiatement, vu l’intensité de mon regard que je n’ai pas l’intention d’aller dans le caisson de régénération pour le moment.

Le commandant revient vers nous, son expression est encore plus sombre qu’auparavant. « Conseiller. » Il déglutit péniblement, le mouvement de sa gorge au ralenti et le fait qu’il refuse de me regarder en face m’alarme au plus haut point. « Ils ont trouvé une robe ivoire maculée de sang. »

Mon cœur s’arrête et s’emballe. Natalie. Natalie portait cette robe quand on a quitté Mirana, elle était belle, comblée, en pleine santé, elle rayonnait de bonheur. Non. Mon dieu non.

« Comment est-elle morte ? » Ma voix se brise, mes yeux étincellent de colère. Je vais tous les tuer. Tous les putains de Drovers du Continent Sud. Le commandant me regarde d’un air de pitié, ce qui a le don de m’énerver encore plus. « Comment. Est. Elle. Morte ? »

Il regarde Seton, qui hoche la tête de façon imperceptible.

« Poignardée dans le dos, monsieur. »

Ma vision se trouble, le docteur hurle son inquiétude. « Vite, dans le caisson ! Immédiatement ! Sinon c’est la mort assurée. »

Seton escorte l’équipe médicale tandis qu’on me fait passer de la civière au caisson ReGen. Le commandant nous suit, marque une pause, écoute la voix dans son oreillette. « Les recherches sont terminées sur l’Avant-poste Deux.

— Et ? » Seton se tourne vers lui. Tout le monde stoppe net tandis que le commandant prend une profonde inspiration. Je survole l’équipe médicale du regard, Seton, le docteur et le commandant essaient de trouver les mots pour exprimer le sentiment commun.

« On n’a retrouvé que des cadavres, monsieur. Je suis désolé. Le sable et les mouches empêchent toute identification des victimes sans analyses ADN. Les équipes de recherche disent que ça ne servirait à rien, Conseiller. Je suis désolé. Si votre épouse se trouvait à l’Avant-poste Deux, elle est morte. »

Morte. Ma Natalie. Ma superbe épouse. Son corps rongé par les charognards du désert, ces gros insectes orange capables de nettoyer les os d’un nox en quelques jours à peine.

« Non ! » Je hurle, j’essaie de m’asseoir mais la douleur est trop cuisante. Les alarmes retentissent, le docteur s’emporte.

« Calmez-vous monsieur. Vous saignez abondamment. Votre cœur risque de ne pas tenir le coup. »

Un type de l’équipe médicale, en vert, s’avance. « On est en train de le perdre, Docteur. Son cœur va lâcher.

— Putain, Roark ! Arrête de bouger ! » hurle Seton, je finis par me calmer, mon organisme est bien trop faible pour supporter ma fureur. Seton saute sur l’occasion et s’adresse au médecin. « Activez le caisson sur le champ. » Il me regarde de ses yeux clairs, j’y décèle des émotions que je n’imaginais pas lire, et encore moins nommer. « Ils vont le payer, Roark. Je te le jure. Mais tu ne pourras pas traquer ceux qui ont tué ton épouse si tu meurs toi aussi.

— D’accord. » J’arrête de lutter, une rage sourde s’empare de moi, je ne quitte pas le médecin des yeux. Douze heures.

— Mais, monsieur. Je vous prie de m’excuser. Je préconise que vous restiez dans le caisson un cycle complet. Vous êtes grièvement blessé. Le docteur se tord les mains, c’est non.

— Non. Douze heures. Pas une de plus. » Douze heures et je retourne à l’Avant-poste Deux avec mille hommes, un déluge de feu va s’abattre sur les Drovers, jusqu’à ce que la douleur qui me ronge le cœur s’apaise, ou jusqu’à ma mort.

Plusieurs paires de mains me transfèrent dans le cocon souple afin d’y être soigné. Le cocon se referme sur moi, je suis calfeutré dans le caisson ReGen. Je vois le docteur derrière l’étrange vitre bleutée, il est visiblement inquiet. Il actionne les commandes sur le côté du caisson, amorçant le cycle de guérison.

« Natalie. » Je prononce doucement son prénom, comme un mantra. Tous lisent l’angoisse dans mes yeux.

Seton se penche afin que je puisse le voir à travers la vitre. « Je vais me téléporter sur l’Avant-poste Deux et partir à sa recherche pendant que tu reprends des forces. Je te jure que nous mettrons tout en œuvre pour savoir ce qui s’est réellement passé.

— Laissez-le. Il faut qu’il guérisse, il a déjà assez de mal à supporter le fait d’être dans le caisson. » Le docteur pousse Seton qui disparaît de ma vue, je reste là, à regarder droit devant moi. Je suis encerclé par des lumières jaune clair, je vais perdre connaissance dans quelques secondes, le temps de me soigner.

Je regarde le Commandant Loris, mes pensées et mes ordres tournent en boucle dans mon esprit. Où chercher. Qui emmener. Quelles armes choisir. Comment se déployer. J’ouvre la bouche pour donner mes ordres mais le seul mot qui franchit mes lèvres avant que le caisson ne s’empare du peu d’énergie qui me reste est son prénom.


Natalie

Le ronronnement du baby-phone posé sur le plan de travail de la cuisine est réconfortant et distrayant à la fois, je nettoie les traces laissées par la soupe aux tomates et fromage que la cuisinière a préparé pour le déjeuner. Je suis assise à la petite table dans la cuisine, les domestiques entrent et sortent, grignotent un morceau au passage et papotent. Je mangeais à cette table quand j’étais petite, je me sentais alors orpheline, étrangère dans la famille Montgomery, on m’envoyait à la campagne quand je rentrais de l’école, pour ne pas gêner les fêtes et les agendas très chargés.

Mes parents venaient me chercher à Noël, m’habillaient comme une princesse et m’exhibaient dans des fêtes organisées pour des enfants, avec des Pères Noël bedonnants aux joues roses, avec d’autres gosses de riches.

Je regardais les autres enfants et me demandais s’ils menaient la même vie que moi. Si leurs parents les aimaient ou si, tout comme moi, ils n’étaient que de simples objets qu’on exhibait à certaines périodes de l’année.

« Arrête ça tout de suite. » Je me parle à moi-même en regardant l’écran. Mon bébé dort, ces deux heures de sieste sont le seul moment que j’ai pour penser à moi. Je refuse que le personnel s’en occupe, lui donne à manger ou le baigne. Il est à moi et je l’aime.

Il ressentira mon affection tout au long de sa vie. Je serai toujours là pour lui. Il ne se demandera jamais si ses parents l’aimaient ou non. Il n’a que moi mais j’ai assez d’amour pour deux.

Je me lève et dépose mon assiette et le bol vides dans le grand évier en porcelaine blanche, en soupirant. Susan, la cuisinière, me remercie d’un signe de tête et remue la soupe de ce soir, ça sent délicieusement bon, un potage de nouilles et poulet.

Je la remercie pour le repas, prends le baby phone et vais dans ma chambre. Un panier plein de vêtements de Noah m’attend sur mon lit, attendant d’être pliés. Miranda, la domestique, m’a dit qu’elle le ferait mais j’ai refusé.

J’aime enfouir mon nez dans ses petits vêtements, sentir sa bonne odeur de bébé. J’adore son odeur. Ça sent l’amour.

Je sors de la cuisine et passe devant l’autre salle sans même regarder à l’intérieur. Je n’ai pas envie de voir la salle à manger austère dans laquelle j’ai pris tant de repas toute seule. La grande table en acajou polie est assez grande pour accueillir vingt convives. Un chandelier très travaillé est placé au centre. Les chaises ont de hauts dossiers rigides, à l’image de mes parents.

Je me demande comment ils ont fait pour avoir un enfant. C’est inconcevable. Je suis peut-être un bébé éprouvette. Je ne peux pas imaginer ma mère dans le cabinet aseptisé d’un médecin, ni en train de s’abandonner aux affres de la passion, offrant son corps à son amant.

Et comme d’habitude, mes pensées s’enflamment. Roark. Mes pensées s’envolent vers mon homme, je suis excitée, en manque, la douleur entre mes cuisses est bien réelle. Mais ce n’est rien comparé à la douleur qui m’envahit.

Il est mort. Forcément. Je l’ai attendu longtemps, j’ai espéré. L‘espoir m’a aidé à tenir durant la grossesse. J’espérais qu’il me reviendrait, comme il l’avait promis. J’espérais qu’il survivrait à cette brutale attaque de Drovers, même si la Gardienne Egara m’a avertie du contraire.

Les jours sont devenus des semaines. Les semaines des mois, un an. Notre fils est venu au monde, il a crié. Mais mon mari est mort.

L’enquête menée par la Gardienne Egara n’a rien donné. L’Avant-poste deux est bel et bien perdu. Il n’y a aucun survivant.

Roark est mort. La Gardienne Egara doit se rendre à la Coalition Interstellaire sur la planète Prillon afin de rencontrer le Prime, le mec chargé de la Coalition, et demander une dérogation pour Noah et moi. Demander un autre Trion.

Je ne veux pas d‘un autre partenaire. J’ai le cœur brisé. Roark était l’homme idéal, il était à moi. Mon seul amour. J’ai immédiatement ressenti ce lien qui nous unissait, je me suis donnée à lui corps et âme. Je n’ai plus rien à offrir à un autre. Noah est le seul être qui compte. Je n’ai plus d’amour pour un autre. Rien de rien.

Je n’ai heureusement pas besoin d’un homme pour vivre. Lorsque mes parents ont appris pour le bébé, ils m’ont cédé cette propriété en quarante-huit heures à peine. J’ai un accès illimité à leurs nombreux comptes bancaires, remplis à ras bord de plus d’argent que je ne pourrais jamais utiliser dans toute ma vie. C’est pour toi, m’ont-ils dit. Afin que je sois à l’abri du besoin, ont-ils insisté.

Mais nous savons tous le fin mot de l’histoire.

La demeure n’est pas située au centre de Boston, où vivent mes parents. La maison de campagne est située à cinquante kilomètres à l’extérieur de la ville, en plein campagne, avec des chevaux, à l’écart des amis, collègues, connaissances du country club ou associés de mes parents. Un petit-fils illégitime—ils considèrent mon mariage comme illégal—c’est une chose.

Un bébé extraterrestre en est une autre.

Mieux vaut que Noah et moi— ils n’ont pas encore rencontré leur petit-fils —vivions cachés aux yeux de tous. J’ai tout l’argent dont j’ai besoin, un toit sur la tête, c’est une façon comme une autre de ne pas tout envoyer balader. Je vais pas m’en plaindre. Je resterai invisible, comme je l’ai toujours été.

Je me rue dans les escaliers pieds nus et les cheveux détachés, je me sens libre, comme du temps où j’étais avec Roark. Ma mère n’approuverait pas, elle insiste pour porter des chaussures en toutes occasions, sauf pour dormir. Mais je me contrefiche de ce que pense ma mère, de ce qu’elle fait et où elle est. Seul mon fils compte.

A ma demande, le couloir du haut, décoré de vases et d’œuvres d’art hors de prix, a été entièrement dépouillé. J’ai passé ma vie à ne toucher à rien, à faire attention de ne rien casser, à marcher dans ma maison sur la pointe des pieds, comme si j’étais un intrus.

J’ai pas envie que Noah vive cette vie. Il n’a pas encore quatre mois mais bientôt, il marchera à quatre pattes, cette maison sera son terrain de jeux. Tout est adapté pour un bébé, il partira à l’aventure en toute sécurité.

Il se sentira en sécurité et à l’aise. Il aura l’enfance que je n’ai jamais eue.

Ma chambre est magnifique, la moquette est ivoire et or, de la soie couleur chocolat sur le lit. Un grand baldaquin blanc et marron crée un cocon protecteur durant mon sommeil.

Je m’assois au bord du lit près du panier à linge que j’ai laissé en plan il y a quelques heures. L’odeur d’adoucissant et de bébé m’enivre, je souris. A quelques pas de là, la porte menant à la chambre de Noah est entrebâillée. A peine, juste assez pour entendre mon bébé bouger alors qu’il se réveille de sa sieste.

Je vais le voir, incapable de résister. Sa chambre n’est pas comme les autres, pleine de peluches et de nounours géants. Noah est spécial, je veux qu’il sache d’où il vient.

Trois murs sont couverts d’étoiles et constellations. Sur le quatrième, juste au-dessus de sa tête, j’ai payé un artiste qui a reproduit les symboles de Roark, les épées croisées représentent son père, les deux boucliers assortis sont les armoiries de sa famille. Les domestiques n’ont rien demandé et je ne leur ai donné aucune explication. J’ai pris des photos des médaillons suspendus à la chaîne entre mes seins avec mon portable et les ai remises à l’artiste peintre lors de sa venue.

La femme a simplement hoché la tête et a transformé le mur au-dessus du berceau de Noah en une fresque aux teintes riches, vivement colorée. Un mobile suspendu au-dessus de sa tête joue « Brille Brille Petite Etoile », quand j’appuie sur le bouton. J’ai rangé dans le tiroir de ma table de chevet tout ce que j’ai récupéré de la planète Trion. C’est pas grand-chose, la Gardienne Egara m’a aidé, quelques photos de sa planète, de gens qui lui ressemblent, peau mate, cheveux noirs, regard intense. Noah va ressembler à son père quand il sera plus grand. Il pesait presque quatre kilos cinq à la naissance, il est tellement grand qu’il est mince malgré son poids. Il doit bien manger pour bien grandir, je m’empare du biberon afin de combler son appétit insatiable.

Noah ressemble à son père absent. Mon fils a les cheveux épais, la peau mate. Mais il a mes yeux. Ils étaient bleu foncé quand il est né, je pensais qu’ils allaient foncer mais ils ont éclairci de jour en jour, pour devenir aussi clairs que les miens. Le contraste est frappant, je sais que lorsqu’il sera grand, il faudra que j’éloigne les filles intriguées par son côté « exotique ».

Mais pour le moment, il est à moi. « Coucou mon grand. »

Il ouvre les yeux et m’aperçoit. Il me sourit, il a de bonnes joues dodues, son regard pétille de joie.

Une bouffée d’amour m’envahit, si forte qu’elle me bouleverse. Je le prends dans son berceau. Je le pose sur la table à langer et change sa couche. Il donne des coups de pieds et s’agite, il a hâte que je termine tandis que je chatouille son joli petit ventre.

Je repense à mes moments heureux sur Trion.

Ça me manque énormément lorsque je me retrouve le soir, seule dans mon lit. Mon mari. Roark. Noah remplace un peu Roark.

Bien déterminée à ne pas gâcher la journée, je me penche et dépose un baiser sur le ventre de Noah, je souffle sur sa peau douce comme un pétale. Il donne des coups de pieds et pousse des cris perçants, ses petits doigts potelés effleurent mon ventre, il se fraye un passage sous mon T-shirt en coton. Mon jean confortable est usé, je fais une taille de plus qu’avant. Ça va encore.

Je me penche et m’amuse à grogner, Noah crie et tape des pieds. Mais la partie de plaisir s’arrête net. Noah agrippe la chaîne en or suspendu à mes tétons et tire dessus. Fort. « Aïe ! » Je glousse, soulève mon T-shirt, sa petite main potelée agrippe le médaillon du milieu, celui que son père m’a donné. « Lâche-ça. C’est pas à toi, bébé. C’est à Maman. »

Je retire ses petits doigts du médaillon, un par un, il s’y agrippe fermement, essaie de porter le médaillon scintillant à sa bouche.

« Noah ! » Il me regarde d’un air innocent tout en glissant le médaillon dans sa bouche, bave à qui mieux mieux. Ce qui m’aide à défaire ses doigts sans me faire mal plus que de rigueur.

J’ai essayé d’enlever la chaîne et les anneaux quand je suis revenue sur Terre. J’ai essayé avec des tenailles et des pinces coupantes. J’ai tout essayé, rien n’a fonctionné. Il faudrait en passer par une intervention chirurgicale mais j’ai pas envie d’en arriver là. Je m’y suis habituée au bout d’un mois ou deux. A la naissance de Noah, ça m’a permis de me souvenir de mon court séjour auprès de Roark. Noah a remplacé la chaîne et ses médaillons, tel un cadeau en guise de ce que nous avons partagé, le fruit de notre amour.

La chaîne est mon tourment et mon plaisir, mon seul lien avec l’homme que j’aimais et qui est mort.

Avec une infinie patience, j’ai pas du tout envie qu’il tire sur mes seins de cette façon, j’arrive enfin à ôter le médaillon de ses doigts potelés et baveux.

« Tu vas avoir des ennuis, toi. » Je glisse l’or sous mon t-shirt et le remets en place afin que ses petites mains baladeuses ne le trouvent pas.

« Viens mon amour. On va manger. »

Je le prends dans mes bras et descends les escaliers, mon fils lové contre moi.

10


Roark, Avant-poste Neuf, Continent Nord

Après douze heures passées dans le caisson ReGen, je suis, d’après les scanners, remis à quatre-vingt-douze pour cent. J’ai des ecchymoses, des blessures encore rouges à peine cicatrisées. Je ne suis pas remis à cent pour cent comme si j’étais resté dans le caisson le temps nécessaire. Mais j’ai pas le temps de me remettre à cent pour cent. Je dois savoir ce qui est arrivé à Natalie. Si elle est morte, je dois en avoir le cœur net. Je ne trouverai pas le repos tant que je ne connaîtrais pas la vérité. Comment puis-je trouver le repos si je la sais en train d’errer quelque part, blessée, seule sur Trion. Elle peut être aux mains des Drovers, torturée. Violentée. Blessée.

Je dois la trouver. Si je tombe sur un cadavre, j’attendrai que les tests ADN confirment qu’il s’agit bien de ma femme.

Je lui ai donné ma parole, je lui ai promis de venir la chercher, de la protéger, je tiendrai promesse jusqu’à mon dernier souffle.

« Laisse tomber. Abandonne, » lance ma mère en entrant sous ma tente. Assis à mon bureau, j’examine les rapports de recherche et les comptes rendus de l’attaque de l’Avant-poste Deux. L’Avant-poste Neuf est plus grand que le petit Avant-poste Deux situé en plein désert, où gît le corps de ma compagne. Ici, aucun risque d’attaque. Les tentes qui entourent l’Avant-poste Neuf sont une vraie ville en plein désert. C’est ici que la femme du Haut Conseiller Tark est arrivée.

Je n’aurais jamais imaginé que Natalie court un tel danger en se téléportant sur un avant-poste plus petit et moins sécurisé. Ça fait des années qu’on n’avait pas eu d’attaques de Drovers. J’aurais dû connaître les dangers encourus et leurs conséquences. C’est ma femme, sa sécurité aurait dû passer en premier. Pas selon mes convenances.

Je n’aurais jamais dû lui faire courir ce risque. J’aurais dû attendre mon retour sur Xalia, un millier d’hommes aurait veillé sur elle nuit et jour, au palais. J’étais impatient et pressé. J’ai tout perdu par manque d’autodiscipline.

Ma mère est plantée là, le visage tiré, avec une liste de candidates potentielles, elle insiste pour que j’en choisisse une originaire de la capitale. Ma mère me croit prêt à passer à autre chose. Que j’aurais oublié la seule femme que j’aimais de tout mon cœur en une dizaine de jours.

Je ne me retourne pas, craignant qu’elle voie ma colère. C’est ma mère, je dois la respecter. Mais je ne suis plus un gamin qu’elle peut mener à sa guise. Je suis un Conseiller. Personne ne me forcera à faire quoi que ce soit. Ma mère refuse d’écouter, je lui sors la seule excuse qui la fera changer d’avis. « Tu aurais tiré un trait sur Père aussi facilement ? L’homme de ta vie ?

— C’est différent, mon fils.

— Non. C’est pareil. Tu es sa femme, Mère. Unis via le même système que Natalie et moi. C’était ma femme. La femme idéale. Je me suis uni à elle. La première nuit.

— C’était une histoire d’un soir, Roark. Si tu avais passé une nuit avec—

— Non. Abandonner Natalie ? Jamais. Rien ne prouve qu’elle soit morte.

— Ils ont retrouvé sa robe.

— Ça ne prouve rien. Je ne vais pas abandonner aussi facilement. Je me lève et me plante devant elle. Je lui ai donné mon cœur, Mère. Laisse-moi le temps de guérir. »

Ma mère garde longuement le silence, je finis par penser qu’elle ne me répondra pas. « Non. Je n’aurais pas pu oublier ton père. Excuse-moi. Je n’avais pas réalisé à quel point tu l’aimais. Je ne l’ai vue que brièvement et elle dormait. Nier son existence serait bien trop facile, je vois à quel point tu y étais attaché.

— J’avoue avoir été sceptique mais c’était la femme … idéale. Je veux— »

Mon père fait irruption sous la tente, les yeux écarquillés, son visage … possède une expression indéfinissable.

« Le Commandant Loris est là. Ton médaillon a tinté. Il est activé. » Il a le souffle court, comme s’il avait couru. Mais je sais qu’il n’en est rien, il est tout excité.

Je me fige, une énergie nouvelle pulse dans mes veines, je ne m’étais pas rendu compte à quel point j’étais plombé par la frustration, l’attente et le désespoir. « Quoi ? »

Je traverse la pièce et rejoins mon père, mille questions m’assaillent. L’espoir.

Il indique l’extérieur de la tente. « Viens fiston. Il est au poste de commandement.

— Ça a tinté ? Je croyais que tu portais le médaillon autour du cou ? » demande ma mère.

J’aurais dû les laisser passer devant par politesse mais je ne peux pas attendre. Je pousse presque mon père hors de mon passage et me rue hors de la tente. Le sable roule sous mes pieds, les deux soleils me font cligner des yeux. Le commandant est au milieu du poste de commandement, dans la tente que j’ai identifiée comme telle l’autre jour.

« Vous avez du nouveau. » Ce n’est pas une question.

Le Commandant Loris hoche brièvement la tête. « Le poste de commandement central de Xalia a envoyé un message urgent. Votre médaillon est activé. Je suis venu sur le champ assurer votre sécurité. En vous voyant, je les informerai que vous êtes visiblement vivant et en bonne santé. »

Mon cœur s’accélère, mes doigts se referment sur du vide. Rien. « Le médaillon n’est plus en ma possession. Je l’ai offert à Natalie.

— A Natalie ? Votre femme ? Vous le lui avez remis ? Le commandant reste bouche bée. Pourquoi avoir fait un truc pareil ? Vous connaissez la valeur que revêt ce médaillon sur cette planète ? »

Je sais pertinemment qu’il n’est pas en train de me manquer de respect mais je m’adresse à lui d’un ton sec. « Oui je sais, merci. Vous avez une idée de la valeur que Natalie revêt à mes yeux ? Il s’agit de la femme d’un Conseiller, commandant. Surveillez votre langage quand vous vous adressez à moi. »

Il pivote sur ses talons et s’éloigne à distance respectueuse, regarde d’un air concentré derrière mon épaule. « Je vous présente mes excuses, Conseiller.

— Acceptées, Commandant. » Je le dépasse et avance vers le poste de commandement de l’Avant-poste Neuf.

Trois gardes se trouvent dans la grande tente. Ils se lèvent et me saluent. Au vu de leurs uniformes, le commandant est le plus haut gradé.

Si le médaillon a tinté, ça veut dire—

« Elle est vivante, » dis-je in petto, j’ai hâte de sortir de la tente pour la retrouver, où qu’elle soit. Tout le monde m’observe faire les cent pas dans la tente.

« Seul votre ADN peut activer le médaillon, Conseiller, pas le sien. Le commandant marque une pause.

— Elle a le médaillon.

— Ça ne prouve pas qu’elle soit en vie, réplique le commandant. Ça prouve seulement qu’un membre de votre famille détient le médaillon. »

Mon père avance. « Toi, moi, ta sœur ou ses enfants, sommes les seuls membres de la famille capables de déverrouiller le médaillon. » Je ne l’ai pas vu entrer sous la tente mais il dit vrai. « Ta sœur est avec son mari et le Haut Conseiller Tark. Il n’y a aucune chance que Natalie ait atterri chez eux. Tark nous l’aurait dit.

— Comment aurait-elle pu atterrir chez eux ? Savoir qui est Sari ? » ajoute ma mère, elle parle de Sari, ma sœur. C’est vrai. Je n’ai jamais parlé du Haut Conseiller Tark ni de ma sœur à Natalie. Tous sont perplexes. Les trois gardes tenant les émetteurs-récepteurs gardent le silence. Ce ne sont que des messagers, ils ne peuvent rien ajouter.

« Vos spéculations sont déplacées. Le tintement ne provient pas de Trion, » ajoute le commandant.

Je pivote sur mes talons et le regarde bien en face. « Personne ne sortira de cette tente tant que je n’aurais pas la réponse. Commandant, où voulez-vous en venir ? »

Il inspire profondément. « Les émetteurs ont reçu un message de réactivation de votre médaillon il y a peu. Mais le signal ne provient pas de Trion, monsieur. Mais de la planète Terre. »

Je suis pétrifié. « De la Terre ? » Natalie.

Je regarde mes parents, ils semblent dubitatifs. Ma mère est renfrognée. Mon père reste impassible. « C’est impossible.

— Je n’ai pas d’explication, monsieur, poursuit le commandant. C’est de ma faute, je l’ai interrompu. L’écran de contrôle sur Xalia l’a notifié une fois les codes de transmission validés. Il ne fait état d’aucun dysfonctionnement. Cela confirme que le médaillon se trouve bien sur Terre.

— Natalie doit être vivante. » Ma mère plaque sa main sur sa bouche, elle est sous le choc, ses doigts tremblent légèrement.

« Mais comment aurait-elle pu activer le médaillon ? » Mon père pose une question évidente. Je n’ai pas la réponse. Je me tourne vers le Commandant Loris, j’exige un complément d’informations. « Ma femme a échappé à l’embuscade tendue par les Drovers en se téléportant sur Terre ? Pourquoi n’a-t-on trouvé aucune trace du transport quand on a fouillé l’Avant-poste Deux ? »

Le Commandant Loris inspire profondément. « Le terminal de téléportation était fermé, Conseiller. Les données ont été effacées. Les seuls codes de téléportation en circulation sont les vôtres. L’unique raison pour laquelle nous détenons les codes de téléportation sur Terre est parce que la femme du Haut Conseiller Tark provient de cette planète, vos épouses proviennent du même centre de recrutement. »

Natalie. Vivante. « Pourquoi ne pas être revenue ? Pourquoi le terminal de téléportation sur Terre ne m’a pas contacté ? Putain qu’est-ce qui se passe ? »

Je sais que je déballe tout un tas de questions qui demeurent sans réponse. Personne ne pourra y répondre hormis Natalie. Elle est à moi, c’est une citoyenne Trion à part entière. C’est une femme mariée. Elle m’appartient. Si elle est vivante, je ne m’arrêterais pas tant que je ne l’aurais pas serrée dans mes bras, tant qu’elle ne sera pas à sa place, dans mon lit.

Je me dirige d’un pas raide vers la porte et hurle au garde le plus proche de contacter Seton. Je le charge de veiller sur le Continent Sud durant mon périple. Il se portera certainement volontaire pour m’accompagner. Je préfère le savoir ici, vu la menace Drover qui plane. Il faudra qu’il rentre dare-dare dans le sud. Le Haut Conseiller Tark et les patrouilles de Drovers attendront que je ramène ma femme chez moi.

Confiant quant à l’exécution de mes ordres, je retourne dans la salle de transport et me place sur le sas de téléportation. « Contactez le terminal de téléportation sur Terre. Je pars chercher ma femme. »


Natalie, Banlieue de Boston, MA, planète Terre

On sonne à la porte, je vais ouvrir en portant Noah sur la hanche. Je viens juste de changer sa couche et je ne lui ai pas remis son pantalon. Il porte un body, j’aime voir les bourrelets de ses petites cuisses potelées. Il tient des clés en plastique dans sa main serrée, les secoue et les porte à sa bouche.

J’ouvre la porte en grand et soupire. Je ne suis pas d’humeur à voir Curtis. Je me demande ce qui a pu me passer par la tête en voyant cet homme émacié. Mais qu’est-ce que j’ai bien pu lui trouver ? Ses quelques cheveux bruns vraisemblablement mouillés se raréfient. Il est pâle, les joues légèrement bouffies, comme remplies d’eau. Il a pris un médicament ? Son caviar était trop salé ? Il porte un polo de golf blanc avec de minuscules homards roses brodés sur les manches. Son pantalon pendouille comme un sac vide. Il porte des mocassins un peu sales et au poignet gauche, une montre griffée gauche qui coûte plus cher que le salaire mensuel moyen. Y’a rien, strictement rien d’attirant chez cet homme. Pas étonnant que je n’aie jamais pris mon pied avec lui. Il aurait fallu un miracle. Sans compter que son eau de toilette me donne la migraine et la nausée.

Ma tolérance aux odeurs ne s’est pas améliorée depuis la naissance de Noah. C’est mon nouveau super pouvoir. Dès que je suis tombée enceinte, je jure que j’aurais pu sentir l’odeur de la viande à vingt pas. Je croyais que mon hyper-sensibilité aux odeurs aurait cessé à la naissance du bébé mais j’ai pas eu cette chance. J’essaie de ne pas vomir en sentant l’odeur du cèdre et du musc et j’ouvre la porte en grand, non pas pour laisser entrer mon visiteur mais pour aérer.

« Curtis, » dis-je en soupirant. J’espérais que ce serait le plombier, un des robinets de la cuisine a lâché et il y a de l’eau partout. Quand la cuisinière a voulu se servir de l’évier, on aurait dit le Old Faithful. « Quelle surprise. »

Curtis s’est pointé sans prévenir et contre mon gré à plusieurs reprises, au cours de l’année passée. Je ne l’intéressais guère avant d’adhérer au Programme des Epouses. Lorsqu’il a eu vent de mon retour—non, lorsqu’il a su que mes parents m’avaient offert leur immense baraque— il s’est soudainement montré très intéressé.

« Comment va Mandy ? » Je lui demande des nouvelles de sa sœur, le seul sujet de conversation que je puisse aborder. Je n’ai pas envie de connaître la raison de sa présence ici. Sa vie, sa journée, son moral ne m’intéressent pas.

Ce n’est pas moi qu’il regarde, mais Noah. En général, les gens regardent mon bébé d’un air doux et souriant, mon fils est vraiment hyper mignon. Qui n’aimerait pas un bébé ? Personne, hormis Curtis. Non, pas parce que Noah est un bébé. Ni parce que Noah est un bébé extraterrestre. Du moins c’est ainsi que Curtis et mes parents voient Roark. Un extraterrestre. Non, pas comme étant le chef respecté de presque toute la planète de la Coalition Interstellaire. Non, pas comme mon conjoint. Comme un extraterrestre.

« Je voulais savoir si tu aimerais m’accompagner au Bal d’Hiver du country club. »

Il n’attend pas que je le fasse entrer, il me dépasse et pénètre dans le vestibule. Il a deux étages et un escalier en colimaçon qui lui plaît énormément. Je le laisse faire et referme la porte derrière lui, non pas qu’il soit le bienvenu chez moi, mais Noah a ses petites cuisses nues et il fait froid dehors.

« Non merci, Curtis. » Je fais passer Noah sur mon autre hanche. C’est un gros bébé, il pèse aux bras. Il sera grand comme son père. « Si t’as fini, je vais coucher Noah pour sa sieste. » Je lui fais savoir que sa présence ici n’est plus désirée. Crier risquerait d’effrayer Noah et pour le moment, mon fils est tout content avec ses clés.

« J’aimerais que tu mettes la robe rose que tu portais pour nos fiançailles. »

Je lève les yeux au ciel. Ce truc horrible plein de dentelle, tulle et sequins ? Non. Hors de question. Même pas dans un million d’années. J’ai toujours détesté ce machin acheté par ma mère. « Je viens de te le dire et je te le répète, ça m’intéresse pas. Demande à Ashley ou à Bambi. Peu importe les prénoms de tes dernières conquêtes. »

Il lève les yeux en direction du chandelier fixé au plafond, Noah ne pourra pas l’attraper et se faire mal avec—et me regarde. « Elles ne comptaient pas quand on était ensemble. Et c’est toujours le cas.

— Oh ? Ce connard a toujours de quoi se mettre les couilles au chaud. Je croyais que les femmes avec lesquelles tu baises comptent un tant soit peu. »

La conversation commence à s’enliser.

« C’est quoi cette mère qui parle comme ça devant son fils ?

— Depuis quand Noah te concerne ? » Je lui demande, sarcastique. Je remonte Noah contre moi, le love contre ma hanche et embrasse sa petite tête. « Il n’a que quatre mois. Je pense qu’il a quelques mois devant lui avant de savoir dire des gros mots. Je me dirige vers la porte, pose ma main sur la poignée. Va-t’en, Curtis.

— Accompagne-moi au bal. Laisse le bébé à une baby-sitter, à une bonne, peu importe. T’es obsédée par ce bébé, va faire la fête. Tu peux pas rester cloîtrée dans cette maison à vie.

— Je suis pas cloîtrée, espèce de con. Ça m’intéresse pas. Je tourne la poignée et ouvre la porte. Va-t’en. Inutile de revenir. »

Les pleurnicheries de Curtis me tapent sur les nerfs. Comment ai-je pu perdre autant de temps avec ce type ?

Il s’approche lentement et regarde Noah d’un air malveillant. « Sans ce sale gosse d’extraterrestre, tu te comporterais pas comme une salope, Natalie. »

Pour le coup je commence à m’énerver. « Dégage de chez moi. Immédiatement.

— Certainement pas. Tout se passait bien avant que tu tombes enceinte. Débarrasse-toi de lui et on reprendra notre vie comme avant. »

Que je me débarrasse de lui ? « Tu deviens fou ? Tu veux tuer un pauvre enfant innocent.

— Un extraterrestre. » Curtis s’approche plus près, j’ouvre très grand la porte, je sors à l’extérieur, les pieds dans le froid, dans l’angle de la caméra de surveillance placée sur le perron. Je fourre les jambes de Noah sous mes bras pour essayer de le prémunir du froid.

« On est filmés, Curtis. Sors de chez moi. Si tu te pointes encore une fois ici, j’appelle les flics. »

Curtis aimerait rétorquer mais il regarde derrière moi, l’air paniqué.

« Dégage de chez ma femme avant que je te tue. »

Je connais cette voix. Je l’entends dans mes rêves. Je pousse un cri, tous mes poils se hérissent. Je me retourne très lentement.

Roark. Je ne peux plus parler, même pas murmurer. J’en crois pas mes yeux. Il est là.

Il est là.

Il est vivant !

« Qui êtes-vous ? » demande Curtis, les mains sur les hanches, comme s’il était chez lui.

Roark se place devant moi, bloquant la voie à Curtis. « Conseiller Roark de Trion, le mari de Natalie. Si tu dégages pas de chez elle vite fait, je te tue.

— Vous n’avez pas le droit. Vous irez en prison. Je suis l’ami de Natalie. Elle m’a invité.

— Tu mens, Curtis. Va-t’en, » je lui crie dessus. Ce n’est pas lui que je regarde, mais Roark.

Roark se tourne et me pousse vers la porte d’entrée afin que je me mette au chaud et à l’abri à l’intérieur. « Je crois que ma femme t’a ordonné de dégager et de plus jamais remettre les pieds ici. »

Le terme « ordonné » est lourd de sens, j’imagine que Curtis doit être tout rouge et avoir les yeux exorbités. Je ne peux pas le voir, vu la masse de muscles qui bloque ma vue. Roark est si grand, si séduisant, si … tout. J’avais oublié qu’il était aussi grand. Mon cœur bat la chamade, je me mets à trembler. Mes pieds sont transis de froid mais je m’en fiche. Noah s’agite, il a froid. Roark ici, je n’ai plus besoin de rester dehors. Je n’ai plus besoin de m’inquiéter des intentions mesquines de Curtis.

« Rentre, gara. Je m’occupe de cet abruti. »

J’acquiesce et me précipite dans la maison, me réfugie dans le bureau. Une cheminée électrique dispense une chaleur agréable, le parc et les jouets de Noah sont disposés par terre. Deux petits canapés que j’adore en suédine bleu foncé toute douce en forme de L font face au parc. Le cuir froid de mon enfance a cédé la place à une chaleur douce et moelleuse. La pièce est chaleureuse, elle est à moi.

A Noah et moi.

Je dépose mon fils dans son parc et reste à le regarder, mes mains tremblent. Je fais abstraction de la dispute qui se déroule dehors. J’ignore le hurlement de douleur de Curtis, ses élucubrations et ses malédictions tandis qu’il se précipite vers sa voiture et démarre en trombe. J’ai l’impression de vivre un rêve, un drôle de rêve. Mon époux se tient dans l’embrasure de la porte, il me regarde comme s’il venait de trouver un trésor, le rêve perd de sa consistance, il est bien trop réel.

« Roark, je murmure. J’arrive pas à élever la voix, je suis incapable de bouger.

— Je dois m’inquiéter au sujet de ce Terrien ? »

Roark parle d’une voix grave et possessive, je rigole. « Curtis ? Non. Aucun problème. »

Il n’existe pas. Il n’a jamais existé. Roark est ici, c’est qui Curtis déjà ?

Roark croise mon regard. Le soutient. Oui, ce regard qui me manquait tant. Le désespoir. L’envie. Le manque. L’amour.

Il fait trois pas et s’approche de moi, je dois lever la tête pour le regarder.

« T’es pas mort ? » Quelle question stupide, la seule qui me vienne à l’esprit, je le dévore des yeux, j’ose pas le toucher, j’ai trop peur qu’il disparaisse comme un fantôme. « La doctoresse m’a annoncé ta mort. »

Roark secoue la tête et m’attire contre lui. Son odeur, mon dieu, il sent trop bon. Ça me rappelle nos trop brefs moments de bonheur. Sa voix gronde dans sa poitrine et m’ébranle. « J’ai été capturé. Ils m’ont retenu prisonnier pendant neuf jours avant que j’arrive à m’échapper. Il y avait plus personne à l’Avant-poste Deux. J’ai été transporté sur un autre avant-poste, on m’a appris qu’il n’y avait aucun survivant. Ils m’ont dit que tu étais morte. » Il me serre étroitement. J’ai l’impression que mes côtes vont se briser, la douleur est la bienvenue. C’est vrai. Il est bien réel.

« Tu me croyais morte ? Ma voix est haut perchée.

— Oui, gara. Il inspire profondément. Oui, que les dieux m’en soient témoins. »

Je le repousse, je lutte contre la colère qui me noue le ventre, monte dans ma gorge, dans ma tête, baigne mes yeux de larmes. Je voulais pas pleurer mais les larmes tombent malgré moi. « Neuf jours ? »

Il pousse un grognement « Dix depuis aujourd’hui, mon amour.

— Dix jours ? Je hurle presque. Dix putains de jours ? C’est censé être drôle ? »

Roark effleure mon visage et repousse une mèche de cheveux derrière mon oreille. Comment peut-il garder son calme alors qu’il m’a menti ?

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

Je le repousse et m’écarte, le parc de Noah faisant office de barrière. « Tu m’as cru morte ?

— Oui.

— Qu’est-ce que tu fais là, alors ? Ça remonte à des années-lumière, on fait quoi maintenant ? » Comment m’a t’il retrouvée ? Que fait-il ici ? Dix jours. Mon cul. Je suis seule comme une misérable depuis treize putains de mois. J’ai vécu ma grossesse seule, dans la peur. J’ai pleuré tous les soirs pendant des mois. Je porte son deuil depuis plus d’un an.

Dix jours ? Non. Impossible.

« Tu as activé le signal d’urgence du médaillon, femme. Je sais pas comment t’as fait mais j’ai jamais été aussi soulagé que lorsque j’ai entendu le tintement qui est parvenu jusqu’au terminal de transport sur Trion. J’ai accouru sur le champ. »

C’est. Quoi. Ce. Bordel ? « Quel tintement ? »

Il s’arrête près du parc où Noah a roulé sur le côté, très occupé à mordiller un nounours doré. Roark est bête ou simplement perplexe ? Il ne voit pas que Noah est son fils ? Il n’a même pas eu un regard pour lui, le portrait miniature de l’homme qui se tient devant moi. Je veux qu’il le regarde. Je veux qu’il le voie.

« Le médaillon que je t’ai donné, gara. Celui que j’ai mis à ta chaîne ce soir-là. Lorsque je me suis uni à toi pour toujours. On ne peut l’activer qu’en— » Sa voix s’éteint, pour la première fois, il se concentre entièrement sur Noah. Je veux que Roark reconnaisse son fils, qu’il sache qu’il est le sien. Qu’il saisisse l’air de ressemblance de son mignon petit visage. Roark est pleinement concentré sur le bébé, je me sens subitement nerveuse.

Je me suis languie de ce moment, j’en ai rêvé. Mais maintenant, je crains que Roark ne veuille pas de Noah, de moi. De nous.

Roark le regarde d’un air interrogateur, admiratif, les émotions déferlent sur son visage à la vitesse de l’orage. « Gara ?

— Ça fait plus de dix jours, Roark, je murmure en pleurant. Bien plus. »

Il secoue doucement la tête. L’évidence est devant lui mais il ne semble pas vouloir comprendre. « Comment … est-ce possible ? » Il bouge ses doigts, Roark a envie de le toucher, de le prendre aux bras, mais il a peur. Je me tourne et prends Noah pour le donner à Roark.

Les yeux écarquillés, Roark tend ses grosses mains, prend son fils contre sa poitrine, le blottit contre lui. Il pousse un gémissement de joie, de peine, le bébé pousse un cri de bonheur, il tape son jouet contre la poitrine de son père.

« Gara. » Les yeux de Roark s’embuent de larmes, il lève son regard vers le mien, mon cœur se brise. Toute ma colère s’évanouit instantanément. Je ne sais pas comment et pourquoi Roark est ici, ni pourquoi il a mis tant de temps à nous retrouver. Mais il a tenu promesse. Il a traversé la galaxie pour me retrouver, pour nous retrouver. Mon cœur se serre violemment, je l’aime.

« Il s’appelle Noah. C’est ton fils. »

11


Roark

Natalie est blottie contre moi. Un feu brûle dans l’étrange cheminée devant nous. Il n’y a pas de combustible, de bûches ou de branches pour alimenter le feu. Mais ça chauffe la pièce, le petit s’est endormi sur ma poitrine.

Mon fils.

Rien que d’y penser, ça me fait monter les larmes aux yeux, mon cœur se serre. Mon fils. Ça m’a tellement manqué. Le ventre rond de ma femme, ses seins lourds. Je n’ai pas assisté à sa naissance, pas vu son premier sourire.

Mon fils ne connaît pas mon visage, mes caresses, ma voix.

Mais sa mère, oui. Ma femme se blottit contre moi, douce, accueillante, encore plus belle que dans mes souvenirs qui ne remontent qu’à dix jours. Son visage est légèrement plus plein, ses courbes encore plus voluptueuses. J’ai hâte de la déshabiller, de la posséder, de lui rappeler qui est son maître. Ce petit être dort en confiance, vulnérable, contre ma poitrine, il y fait sa place, et moi je suis là, entre eux, sans défense.

« Pourquoi avoir mis si longtemps, Roark ? Ma femme passe son bras en travers de mon corps, juste sous notre fils.

— Ils m’ont fait prisonnier, gara. » Ces jours douloureux sont désormais loin derrière moi, aussi éloignés que la Terre l’est de Trion, ma nouvelle vie est si bouleversante et vivante que le temps passé enchaîné sous cette tente perd de sa consistance. « Je suis venu te chercher, femme. »

Elle lève la tête et me regarde. « Ça fait treize mois, Roark. Plus d’un an. »

Un an ? Je secoue la tête. « Je sais pas comment ça peut être possible, Natalie. Mais on découvrira la réponse. Pour moi, dix jours se sont écoulés. Huit jours de torture. Mon évasion. Une demi-journée dans le Caisson de RéGénération. Et puis, y’a eu le médaillon. Et toi. »

Elle laisse échapper un gémissement sourd, je me tourne vers la perfection endormie de notre fils au visage rond comme le sien. « Le caisson de RéGénération ? Ils t’ont torturé ?

— Pardonne-moi. Je ne voulais pas t’inquiéter. C’est terminé. C’est sans conséquence.

— Sans conséquence ? Elle agrippe mon tee-shirt. Ça a de l’importance. »

J’aurais mieux fait de me taire, je suis à dix mille années-lumière de tout danger provenant de Trion. Les Drovers ne peuvent plus rien nous faire. Ni à Noah. J’aurais préféré que mes paroles ne fassent pas virer les joues de ma chérie aux rouges. Elle se lève, s’écarte, me prend mon fils des bras et se dirige vers la porte. Elle appelle une femme, lui demande de coucher Noah dans son berceau et de le surveiller l’espace de quelques heures. Elle a l’âge de Natalie, ce doit être une bonne ou une gouvernante.

Je me lève, prêt à dire non à Natalie, j’ai pas envie qu’elle confie mon fils à une autre. Je viens juste de l’avoir, il est à moi. Je veux plus le lâcher.

La femme est avenante, Noah se blottit dans ses bras sans se réveiller. Natalie a l’air de lui faire confiance, je dois faire de même. Ça ne facilite pas la chose pour autant.

La femme emporte Noah en haut des escaliers et franchit une porte. Je ne vois plus Noah et pousse un petit grognement.

Natalie referme la porte et se tourne vers moi. « Ne t’inquiète, elle l’emmène dans sa chambre faire sa sieste. Elle reste avec lui. »

Je hoche la tête, je sais qu’elle a raison, je desserre mes poings, je ne m’en étais même pas rendu compte. Noah va faire une bonne sieste.

Elle croise les bras sur son opulente poitrine et me reluque. « Et maintenant, déshabille-toi. Tout de suite. »

Je hausse les sourcils. J’ai pas l’habitude qu’elle me donne des ordres, en général c’est moi qui commande. J’aime ça. Ma bite aussi.

J’ai pas envie d’ergoter. C’est son univers, elle le connaît mieux que moi. Elle sait que notre fils est en sûreté, je lui fais confiance sur ce point. Elle sait également que nous devons éclaircir quelques points de divergence. Dissiper une année de doute. Si elle veut me voir à poil, libre à elle, je suis pas contre.

La pièce est agréable et douillette, le tapis devant la cheminée est doux et épais, c’est l’endroit idéal pour l’allonger les cuisses grandes ouvertes et la pénétrer. Mais je vais la laisser décider. Pour le moment du moins.

Je me déshabille rapidement, ne me souciant pas de savoir si elle veut que je me déshabille entièrement ou pas. J’ai ma récompense, son souffle s’accélère, son regard brille de désir tandis qu’elle observe mon corps. Elle se souvient.

Elle me tourne lentement autour, ses doigts effleurent les cicatrices encore roses dans mon dos, les blessures pas encore complètement refermées sur ma poitrine et mes cuisses. Mes muscles se contractent, j’arrive presque pas à respirer tandis qu’elle m’effleure tout doucement. Avec respect. « Pourquoi n’es-tu pas guéri ? Je croyais que votre technologie pouvait presque tout guérir. Mon dieu, t’as vraiment été grièvement blessé ? »

Un frisson parcourt ma colonne, je bande, ma bite grossit à vue d’œil. Elle se plante devant moi, la voit et manque toucher mon nombril. J’ai les couilles pleines, douloureuses, j’ai hâte d’éjaculer. On a baisé une seule nuit et Noah est né, on va pouvoir recommencer.

« Tu me fais penser aux docteurs, femme. Ma voix est grave et rauque de désir.

— Réponds à ma question.

— J’avais pas le temps.

— Pas le temps ? Natalie s’approche de moi, je regarde son visage bouleversé, le désir brûle dans ses yeux azur. Je comprends pas.

— Une guérison complète aurait pris des heures. Je lève la main et effleure son ravissant visage du bout des doigts. Sa peau est aussi douce que dans mes souvenirs. Mais j’ai refusé.

— C’est n’importe quoi, Roark. Pourquoi ? Pourquoi ne pas leur avoir permis de te soigner ?

— Ça fait dix jours, femme. Dix jours, ils ont dit que t’étais morte. J’étais dans tous mes états. Je devais à tout prix te retrouver, en avoir le cœur net. T’étais pas là, je devais te retrouver. C’est ce que j’ai fait. »

Natalie me saute au cou, je cale mes mains sous ses fesses tandis qu’elle passe ses jambes autour de mes hanches. Ses doigts fourragent dans mes cheveux, elle me les tire pour que je baisse la tête et l’embrasse. Sa bouche est douce, son baiser torride, elle a du répondant. Elle s’ouvre à moi et je la goûte, ma langue joue avec la sienne.

Elle recule, le souffle court. « Bon sang, ça fait plus d’un an. »

La passion et le désir se lisent dans ses yeux clairs. La vérité. « Je comprends pas. Ça fait dix jours et pourtant, on dirait que c’est beaucoup plus long. Comment est-ce que ça peut faire un an ? Notre fils en est la preuve mais c’est insensé.

— La gardienne Egara dit que l’espace-temps n’est pas le même. Je n’ai passé qu’une seule nuit avec toi mais lorsque j’ai été téléportée, ça faisait déjà onze semaines que j’avais quitté la Terre. Onze ! »

La réalité m’écrase, tel un nox assis sur ma poitrine. « Je suis désolé, femme. Putain. »

La pauvre, va savoir ce qu’elle a dû ressentir une fois rentrée sur Terre, seule, me croyant mort.

« Je suis tellement contente que tu sois là, même si je suis en colère. »

Je repousse ses cheveux en bataille. « En colère ? »

Elle recule et contemple les flammes magiques.

« Tu m’as quittée pour t’occuper de tes parents. Sa voix se brise. Tu les préfères à moi. »

Je m’approche et fais en sorte qu’elle me regarde en face. « Je t’ai quittée ? J’ai pensé à ta sécurité. » Elle ne comprend pas qu’elle compte plus que tout ? Apparemment pas, vu la peine et la colère qui se lisent dans ses yeux.

Elle secoue la tête. « Non. Tu m’as renvoyée avec la doctoresse. Tu préfères tes parents. T’étais inquiet pour leur sécurité à eux. »

Je ferme les yeux et pousse un profond soupir. « Putain. Gara, je voulais pas que tu restes à mes côtés durant l’embuscade, j’aurais pas pu assurer ta sécurité. Je savais que tu serais en sécurité et protégée avec la doctoresse. »

Elle secoue une nouvelle fois la tête, l’air angoissée. « J’étais pas en sécurité. Ils sont morts, Roark. Les gardes, la doctoresse. Mon dieu, ils sont morts devant moi. Elle m’a fait entrer dans le sas de téléportation au cas où et les Drovers sont arrivés. Elle m’a sauvé la vie. »

Elle frissonne et je l’attire contre moi, je l’enlace étroitement, plaque ses joues contre ma poitrine. J’ai failli la perdre. Elle est en vie grâce à la présence d’esprit de la doctoresse et des gardes qui ont assuré sa protection.

Je pose ma main sur sa tête et la tiens serrée contre moi afin qu’elle entende les mots résonner dans ma poitrine. « J’ai juré de te protéger, Natalie. Je t’ai envoyée dans l’endroit le plus sûr de tout l’Avant-poste. Là où je te croyais en sûreté. »

Elle secoue la tête, ses larmes chaudes roulent sur mon torse nu. Je prends son visage entre mes mains et la force à lever la tête pour me regarder droit dans les yeux. « Tu es ma femme, Natalie. Je sais que tu ne peux pas encore comprendre l’importance que tu revêts à mes yeux mais sache que tu passeras toujours en premier. Je te protègerai toujours. Je serai toujours là pour toi. »

Natalie se mord la lèvre, une ombre de doute voile son regard. « Et tes parents ? »

Je baisse la tête et presse mon front contre le sien. « C’est ma famille, gara, ils comptent. Mais je t’aime de tout mon cœur.

— Et Noah ? Et lui ? » Elle renifle, pleine d’espoir, soucieuse, très protectrice envers notre fils. Une bonne maman. J’aime sa chaleur, l’intensité de son dévouement envers Noah. C’est une mère courageuse et attentionnée, je l’aime encore plus. J’ai hâte d’éjaculer en elle, qu’elle tombe enceinte de notre deuxième enfant. J’aimerais que ce soit une fille, qui aurait ses yeux. « Ça te fait quoi d’avoir un fils ?

— C’est le plus beau cadeau qu’on m’ait jamais fait, femme. Je le chérirai, le protègerai au péril de ma vie, tout comme toi. Pour toujours. »

Ma femme me contemple et je soutiens son regard, nu et vulnérable face à elle. J’ai été torturé pendant huit jours, mais ma souffrance n’est rien comparée à la sienne. Je l’ai cru morte une seule journée. Ça fait un an qu’elle me croit mort, elle a vécu sa grossesse toute seule, sans personne pour la protéger. Elle a élevé notre fils toute seule. A dû écarter des présences masculines indésirables …

J’espère qu’elle n’a pas couché avec lui. Vu sa beauté, ses formes voluptueuses, j’imagine que l’abruti pleurnichard qui était là quand je suis arrivé n’est pas le premier à lui avoir fait du gringue.

« Je veux rentrer, Natalie.

— Sur Trion ?

— Oui. Je veux que tu viennes vivre avec moi. J’ai tant de choses à te montrer, ainsi qu’à Noah. Xalia, la capitale, est une ville splendide, très animée, avec des jardins et des marchés. Le médaillon que je t’ai donné est la clé donnant accès à la salle des coffres située sous la ville.

— Hein ? Elle me regarde avec de grands yeux. Et tu me l’as donné ? »

Je hoche la tête. « Tu es ma femme. C’est normal qu’il te revienne. C’est grâce à lui que je t’ai trouvé. Le médaillon. Il ne s’ouvre qu’avec mon ADN. Noah l’a touché ? »

Elle réfléchit un moment et hoche la tête.

« Tu détiens la clé du Continent Sud au bout de ta chaîne, Noah a le pouvoir de l’ouvrir. Il m’a aidé à te retrouver. »

Son souffle chaud s’échappe de ses lèvres entrouvertes. « Que contient-il ?

— La connaissance. La richesse. Le pouvoir. La planète est entre tes mains, femme. Je t’ai tout donné, mon amour. J’effleure sa lèvre inférieure, j’ai hâte de la goûter. Mais pas sans son consentement. Viens avec moi. »


Natalie

Tous les mois d’angoisse, de deuil, de colère fondent comme neige au soleil. Le temps n’a pas joué en notre faveur. On a passé qu’un jour ensemble, avant d’être séparés. Depuis mon retour sur Terre, je sais que le temps s’écoule différemment sur Trion, je n’avais pas songé que c’était la raison pour laquelle Roark ne venait pas, qu’il mettait tant de temps. La doctoresse m’a dit qu’il était mort. Je gardais espoir mais je le croyais mort, je pensais ne plus jamais le revoir. Le temps ne compte plus à l’heure de la mort.

Roark est venu dès qu’il a su. Mon dieu, il a été capturé, torturé et blessé au point d’avoir besoin de ce drôle de caisson. J’ai envie de pleurer en songeant à ce qu’il a enduré, mais il est là, pleurer est secondaire. Il a fait ce qu’il avait promis et il m’a retrouvée. Pour lui, il ne s’est écoulé que dix jours. Dix ! Il a traversé la galaxie pour tomber sur un mec miteux portant un polo avec des homards devant chez moi, et un bébé calé sur ma hanche. J’ai eu tout le temps de m’habituer à l’idée d’avoir un fils, il n’est marié que depuis onze jours. Père depuis une heure.

En très peu de temps, il a gagné une femme et un bébé. Je suis persuadée qu’aucun homme Trion ne peut avoir de bébé en si peu de temps.

Il est important que Roark fasse connaissance avec son enfant, qu’il crée le lien, avec tous ces mois passés loin de lui mais Noah dort. Le temps est venu de penser à nous. Le voir, l’enlacer, le respirer ne suffit pas.

J’ai besoin de cette connexion qu’on a partagée dans l’oasis sur Trion. J’ai besoin de m’unir à lui, que nous ne fassions qu’un. J’ai besoin de le sentir en moi. Profondément.

« Oui, » je souffle, en partie pour lui répondre mais aussi pour faire écho à cette envie de le sentir en moi. Peu importe. J’ai envie des deux. Je m’agenouille, j’effleure son torse, ses abdos, ses cuisses musclés. Sa bite palpite devant moi. Je passe ma langue sur mes lèvres, j’ai trop hâte de le goûter. Son gland dilaté est rouge foncé. Du sperme s’écoule de son gland, je salive. Il est super gros, je vais pas pouvoir le prendre en entier. Une veine saille le long de son membre qui palpite, j’ai hâte de le prendre, de le sentir, de le goûter avec ma langue, il serre les poings, il en a autant envie que moi. De relâcher toute cette tension accumulée, ce désespoir.

Je vais pas le faire attendre plus longtemps, je lèche le liquide qui s’échappe de son gland, ouvre grand la bouche et le prend en entier. Il est chaud, dur, épais et salé sous ma langue. Je sens ses muscles se contracter sous mes mains, il pousse un gémissement sourd et agrippe mes cheveux.

Je suis pas très douée pour les fellations, j’ai jamais trop aimé ça. Et maintenant ? Maintenant j’ai envie de manger Roark en entier, d’avaler la moindre goutte de sperme pendant qu’il éjacule.

« Gara. » Ses doigts se crispent, il m’attire contre lui, me fait reculer.

Je contemple son corps, son regard luit d’un éclat bestial.

« T’es trop habillée, » murmure-t-il.

Je m’empêtre avec mon T-shirt, il se baisse et immobilise mes mains. « Laisse-moi faire. »

Il s’agenouille devant moi, attrape l’encolure de mon T-shirt, le soulève doucement, m’effleure. Je me retrouve en soutien-gorge, il fronce les sourcils. « C’est quoi ce truc ? »

Je me regarde, mes seins post-grossesse forment deux hémisphères ronds dans ce gros soutien-gorge. Il est assez simple, en dentelle blanche. Je pensais pas finir à poil devant mon mari quand je me suis habillée ce matin. Le soutien-gorge contient ma poitrine à grand-peine, la chaîne déborde de mon décolleté entre mes seins.

« Un soutien-gorge. »

Roark effleure mes seins, tire doucement sur la chaîne à travers le coton.

« J’en porte un parce que… j’ai grossi après la naissance de Noah. » Je parle non seulement de mes seins mais aussi de mes hanches, partout. Il me regarde d’un air interrogateur.

« Ça s’enlève comment ? »

Je passe mes mains dans mon dos, le défais, le fais glisser sur mes épaules et le long de mes bras. Mes tétons durcissent instantanément, la chaîne tire dessus, les rendant extrêmement sensibles.

Il prend mes seins dans ses grosses mains. Oui, ils sont bien plus gros qu’avant. J’ai envie de fermer les yeux mais je veux le voir, je veux voir sa mâchoire se contracter, ses doigts effleurer mes mamelons.

« Ils sont pleins de lait, ajoute-t-il. Effectivement, il voit la différence.

— Oui, je réponds en succombant à ses caresses. Ton fils est un vrai glouton, j’ai pas assez de lait. Il boit aussi des biberons. »

Je sens sa bouche chaude et humide sur mon téton durci, je le regarde, stupéfaite. Il me suce doucement, sans me quitter des yeux. « Mmm, c’est bon. Je suis très jaloux de mon fils, il les a tout pour lui. J’aime sentir l’anneau dans ma bouche, j’aime que tu le portes, que tu n’oublies jamais qui est ton maître. »

Je plonge à mon tour mes doigts dans ses cheveux. « Je … je ne suis pas arrivée à les enlever. Les anneaux et la chaîne sont comme collés.

— C’est normal. T’es à moi. Ils sont à moi. Il serre doucement mes seins.

— Je suis sûre que Noah veut bien partager. Je m’agite. Roark, oh mon Dieu, ils sont tellement sensibles.

— Je me demande si je peux te faire jouir rien qu’en jouant avec.

— Là ? Je hausse les épaules. Maintenant ? Je me mords la lèvre, il passe à mon autre sein. — Absolument.

— Y’a plein de trucs qu’on n’a pas fait ensemble. J’ai hâte de les faire avec toi. A toi. Mais pour le moment, j’ai envie de te goûter. Je veux que tu jouisses sur ma langue. »

Il allait doucement, me laissait tout mon temps, mais maintenant, il accélère le rythme et retire mon jean—il peste contre ce tissu étrange—et mon slip. Je me retrouve entièrement nue devant lui, à sa merci, il pose sa bouche sur moi avant que j’aie le temps de dire ouf.

Cet homme est doué avec sa langue. Peut-être parce que ça fait trop longtemps, ou parce qu’il est sacrément doué, je jouis rapidement. Je ne m’en plains pas, je suis sûre que Roark est un vrai étalon, je hurle et mouille, j’inonde son visage en un temps record.

Je suis haletante, en sueur, comblée, il parsème mon corps de baisers.

« Mon dieu, ta langue m’a manqué. »

Il se penche et sourit. Sa bouche et sa barbe sont trempées. Je songe à sa barbe sexy. « Y’a que ma langue qui t’a manqué ? »

Je m’empare de sa bite, l’enserre entre mes doigts. Elle est si épaisse que mes doigts n’en font pas le tour. Je me rappelle avoir été surprise par sa taille, c’est toujours le cas.

« Ça fait trop longtemps, » je murmure.

Il retire sa main et s’installe entre mes cuisses. Sa bite reconnaît instantanément le chemin et se fraie un passage dans ma fente glissante. « Je vais y aller doucement. Il s’enfonce, m’écartant jusqu’à ce qu’il m’ait pénétrée à fond. Au début. »

Je ferme les yeux, mon corps passe à la vitesse supérieure, sa verge explore et titille des zones érogènes. C’est le seul homme à avoir trouvé mon point G, il sait parfaitement comment s’y prendre avec sa grosse queue.

Je replie mes genoux, lève les jambes le plus haut possible afin de l’accueillir encore plus profondément.

Il me pilonne, doucement au début mais lorsque je jouis pour la deuxième fois—comment pourrais-je me retenir alors que je me sens tellement bien et qu’il sait exactement quoi faire de sa queue—il se lâche. Les parois de mon vagin se contractent sur sa verge.

« Tu es à moi », il grogne et murmure à mon oreille. Sa poitrine se presse contre la mienne, il se frotte contre mes tétons sensibles, j’ai envie de l’attirer contre moi.

« Oui, je réponds. Jouis. Je t’en supplie, Roark, j’ai besoin de te sentir jouir. Pénètre-moi. Je t’en supplie. »

Je ne vais pas le supplier plus longtemps. J’ai besoin de savoir que je peux lui procurer du plaisir. Ça rime à rien puisque je sais que je l’excite, mais son orgasme est la preuve ultime du plaisir que je lui procure. C’est grâce à moi.

Je le sens grossir et palpiter en moi, ses coups de boutoir se font plus violents. Il attrape mon genou et écarte grand mes cuisses. Les bruits de baise emplissent la pièce. Des claquements peau contre peau, des gémissements, des respirations saccadées. Cette odeur nous colle à la peau, se mélange, se fond en nous.

« Natalie, » grogne-t-il en me pénétrant à fond. Il me fait à nouveau sienne.

Je pleure, je l’attire contre moi et l’enlace. Il est là où j’ai envie qu’il soit depuis le début. Sur moi, il pèse sur moi de tout son poids. Il est énorme en moi. Il m’inonde de sperme. Son cœur bat aussi vite que le mien.

Il essaie de m’apaiser, repousse les cheveux de mon visage, m’embrasse tendrement mais je continue de pleurer. Il se met de côté et m’installe sur lui, on change de position, il me retient tandis que les larmes continuent de couler, sa bite toujours profondément ancrée en moi. Je donne libre court à mes larmes, nous sommes enfin réunis, Roark et moi. Et Noah, notre fils est le fruit de notre amour.

12


Natalie

Je me réveille dans le lit où m’a déposée Roark lorsque mes larmes se sont taries. Je regarde le réveil sur la table de chevet, il est environ quatre heures du matin. Il fait encore nuit, je suis trop bien pour esquisser le moindre geste. Je me blottis sous les grosses couvertures, je suis aux anges. Roark est là, avec moi. Avec nous.

Je tends la main mais ne rencontre que des draps froids.

La panique m’envahit et je me redresse à la hâte, je scrute la chambre dans la lumière chiche, je cherche mon mari, j’ai peur qu’il ait changé d’avis, qu’il soit reparti sur Trion sans moi. Il est vraiment là ? Je n’ai pas rêvé ? Je suis éreintée, mes muscles sont endoloris, ma chatte me fait mal. Je sens son sperme, j’ai pas rêvé.

Je sais que c’est complètement stupide. Vu sa façon de me faire l’amour, la façon dont il m’a consolée quand j’ai pleuré, je n’ai aucune raison de douter de son dévouement envers moi ou notre fils.

Mais les mauvaises habitudes ont la vie dure, je me suis réveillée tellement souvent en pleurant la nuit cette année, revivant l’agression dans mes cauchemars. Je l’imaginais mort, ainsi que les gardes qui m’ont sauvé la vie dans le sas de téléportation. Comme la doctoresse.

Le cœur battant, je m’efforce de tendre l’oreille. D’entendre Noah. Ou cette saleté d’horloge de grand-mère au premier étage. Le silence froid est ma seule réponse.

Le silence est mon seul compagnon dans ce lieu inoccupé. La porte de Noah est suffisamment entrebâillée pour l’entendre pleurer, juste assez pour entendre son adorable petit corps respirer et s’agiter.

Pendant les deux à trois semaines après sa naissance, j’allais le voir toutes les trente minutes, j’avais peur qu’il cesse de respirer. Mais là, j’ai dormi d’un sommeil de plomb, sans me réveiller. Quatre heures du mat’. C’est un gros dormeur mais en général, à cette heure-ci, Noah se réveille pour manger, grognon et trempé.

Où est Roark ?

Je me glisse hors du lit, nue, puisque j’ai fait l’amour avec Roark. Il m’a posée là et m’a prise sans relâche, par derrière, son sexe me dilatait tandis qu’il me caressait, ses mains jouaient avec mes bagues de tétons et mon clitoris, il m’a fait jouir, je me suis contorsionnée comme une possédée. Quand il a terminé, je me suis endormie dans ses bras protecteurs, mon dos contre sa poitrine, sa bite profondément enfoncée en moi.

Je veux m’endormir comme ça tous les soirs de ma vie.

J’enfile une nuisette en soie m’arrivant aux genoux et me dirige sur la pointe des pieds vers la chambre de Noah. J’ouvre la porte le plus doucement possible, je fixe le berceau du regard.

Vide.

J’ouvre la porte en grand et fais irruption dans la chambre, prête à appeler Miranda. Elle m’aide avec Noah pendant la journée, quand je suis trop fatiguée pour m’occuper de lui. Mais la nuit, cet adorable bébé m’appartient.

Je me rue vers le berceau, le cœur au bord des lèvres.

« Qu’est-ce que tu fais, femme ? » Je m’arrête net en entendant la voix grave de Roark.

Je pivote sur mes talons et le trouve assis dans le rocking-chair près de la fenêtre, notre fils confortablement installé dans ses bras, en train de boire son biberon. « Roark ? Qu’est-ce que tu fais ?

— Je donne le biberon à mon fils. » Il est détendu, serein. Je n’ai jamais vu pareille expression sur son visage. Il me regarde, un doux sourire aux lèvres. « Tu ferais mieux de dormir, femme. Tu as besoin de repos, je t’en ai trop demandé. Va te coucher. Noah est content, moi aussi. On fait connaissance. »

Je regarde, médusée, Noah lever ses petites mains vers le menton de son père. Roark baisse la tête afin que Noah puisse attraper son nez, sa bouche, sa barbe. Noah ouvre de grands yeux curieux en buvant son biberon. Un deuxième biberon se trouve dans le chauffe-biberon près du berceau, c’est un bébé glouton.

« Il boit deux biberons en général.

—T’es un glouton, toi ? » Roark ne quitte pas son fils des yeux. Ils se regardent avec un tel amour que mon cœur se serre, je pose ma main sur ma poitrine. Les larmes me montent aux yeux malgré moi, elles coulent silencieusement sur mes joues, dans le noir.

Je m’essuie sur ma manche, ce qui a pour effet d’attirer l’attention de Roark. « Tu te sens pas bien Natalie ?

— Non. Je vais très bien. » Je renifle, les larmes se tarissent, j’ai le nez qui coule.

Roark sourit. « Viens ici. »

Je vais vers mes hommes, quand Roark installe Noah en travers et me fait de la place sur ses genoux, j’ai l’impression d’être une gamine le jour de Noël. Je me blottis contre lui, pose ma tête contre sa poitrine et écoute battre son cœur.

Roark installe Noah entre lui et moi, on est bien au chaud, en sécurité dans ses bras vigoureux.

« Je t’aime Roark. » Les mots sortent sans prévenir. C’est le meilleur moment de toute ma vie. Grâce à l’homme qui me tient dans ses bras, mon homme idéal. Il faudra que je remercie la gardienne Egara à l’occasion.

« Je t’aime de tout mon cœur, Natalie. Toi et notre fils. Il y a quelques jours encore, j’étais un homme perdu, torturé. Tu es un vrai miracle. Grâce à toi je revis. »

Noah termine son biberon en un temps record, il rote comme un champion du monde, se love contre nous et se rendort. En général, il boit deux biberons, s’amuse un peu, et repart pour deux ou trois heures de sommeil.

Roark fredonne une étrange mélodie lancinante que je ne connais pas. Ça parle de poussière d’étoile et de lune, d’oiseaux qui pépient et de sommeil. Je présume qu’il s’agit d’une berceuse Trion, il faudra que je l’apprenne.

« On rentre quand ? »

Roark se fige et retient son souffle. « Tu te sens prête à rentrer sur Trion ? »

Je touche en souriant la joue toute douce de Noah, qui dort. « Bien sûr. Tu vas pas rester là. T’es bien le chef de tout un continent ? Ton peuple a besoin de toi.

— Ta maison est magnifique, Natalie. Je pensais pas que … »

A mon tour de me figer. « Tu pensais pas quoi ? Tu veux pas de nous ?

— Là n’est pas la question. »

Je ne réponds pas, Roark continue.

« Regarde-moi. »

La lueur de l’aube s’infiltre dans la chambre. La nuit est encore grise mais je vois assez bien pour savoir que son regard s’emplit d’une émotion inconnue.

« Je ne quitterai pas la Terre sans toi. Tu es ma femme. Tu comprends ?

— Oui. Je sais que je suis à lui. Mon corps, j’ai mal partout, le sait aussi.

— Mais on peut prendre notre temps si tu veux. J’ai calculé la différence temporelle pendant que tu dormais. On peut rester ici quelques semaines si ça peut te faire plaisir, ça équivaudrait à un jour ou deux sur Trion. Seton s’occupe de tout. Il est honnête et capable. Inutile de nous précipiter, ma chérie. Je veux que tu te sentes prête et que tu aies envie d’y aller.

— Je me sens prête. » Je regarde la chambre, je dis vrai. Cette maison ne m’intéresse pas. Ma maison, c’est les bras de Roark. Je caresse sa joue et le regarde amoureusement. « J’irai où tu iras, Roark. Ma maison, c’est toi. »

Il pousse un petit grognement, se penche et m’embrasse, notre fils, légèrement bousculé, s’agite et pousse un cri. On l’ignore, la chaleur du baiser est bien trop entêtante, trop enivrante, pour qu’on ait envie d’arrêter.

La porte grince et je recule, m’attendant à voir Miranda entrer dans la chambre pour surveiller Noah.

L’homme qui se tient sur le pas de la porte est tout de noir vêtu, il pointe son arme vers le berceau, là où devrait se trouver notre adorable Noah s’il n’était pas blotti contre Roark.

Avant que je n’aie le temps de réaliser, Roark se lève du fauteuil tel un monstre surgi des ténèbres. Il tourne le dos à l’intrus, pousse Noah et moi à l’écart de la porte. Je trébuche et lui prends instinctivement Noah des bras.

J’entends le bruit d’une arme munie d’un silencieux, j’en ai entendu des centaines de fois dans des films d’action, c’est plus bruyant que ce à quoi je m’attendais, Roark se tord de douleur, on lui a tiré dans le dos.

Je blottis Noah contre moi et fais dos à la porte tandis que Roark nous relâche en poussant un rugissement de colère. Il pivote sur ses talons et se rue vers la porte.

Deux coups. Roark doit être touché, je l’entends grogner de douleur. L’autre coup finit sa course dans le mur sur ma droite, il éclate en morceaux sous l’impact, juste au-dessus du berceau de Noah.

Je tombe à genoux et rampe en direction de la porte ouverte de ma chambre. J’ai un revolver dans le tiroir de ma table de chevet, près de la dague que Roark m’a donnée, cette dague en or qui m’a sauvée la vie. Depuis l’attaque sur Trion, j’ai réussi à dormir seule la nuit me sachant armée.

Noah se réveille et se met à pleurer. Roark pousse un rugissement de colère, j’entends son corps massif foncer sur l’attaquant. Le bruit des coups de poings et des bruits étouffés m’envahissent.

Le berceau de Noah tombe en se fracassant lourdement.

Je me relève et cours me mettre à couvert. Arrivée de l’autre côté du lit, je pose mon fils en pleurs sur le sol et j’ouvre le tiroir. Le revolver est là, ainsi que la dague. Je m’empare des deux et me rue vers la porte juste au moment où Roark repousse l’intrus dans le couloir.

Je lève mon arme, les mains tremblantes mais j’arrive pas à viser correctement, Roark est en plein dans ma ligne de mire.

Roark a deux trous rouges dans le dos, il saigne abondamment, mais il reste campé sur ses deux pieds, tel un géant parmi les hommes.

L’agresseur a dû paniquer, il s’échappe dans le couloir, j’entends ses pas lourds marteler l’escalier en bois en colimaçon.

Je m’attendais à ce que Roark le poursuive mais il reste là, haletant, je reste plantée là dans la chambre. Je ne peux pas laisser Noah tout seul.

« Roark ? »

La porte du bas claque contre le mur, l’agresseur s’est échappé. Dans le couloir, Miranda ouvre sa porte et pousse un hurlement en voyant Roark.

Il titube, s’appuie contre le mur.

Miranda se précipite vers moi, voit le berceau détruit et pousse un cri. « Où est Noah ? Où est le bébé ? »

J’entends ses cris de colère, « Par terre, dans ma chambre.

—Je vais le chercher. » Miranda se précipite et je pousse un soupir de soulagement en voyant que les cris de Noah se calment immédiatement en entendant ses paroles rassurantes. Elle me rejoint près de la porte, Noah aux bras.

« Natalie. »

Je me rue vers lui et le soutient, je l’aide à se tenir droit. Il est lourd et je me mords la lèvre, il pèse sur moi de tout son poids. Punaise, il est énorme.

« Miranda, appelle le 112. Roark a besoin d’une ambulance.

— Non, femme. Hors de question de me laisser charcuter par vos toubibs. Vos balles terriennes, heureusement, n’ont fait que me traverser, inutile de les extraire. Prends la baguette ReGen dans mon sac. Elle me soulagera suffisamment le temps de rentrer sur Trion et de séjourner dans le caisson. » Je file dans l’autre pièce, m’empare de la petite sacoche qu’il a apportée et en extirpe une petite baguette métallique. Elle ressemble à celle dont il s’est servi lors de l’examen médical. La sonde. Ça s’apparentait plus à un orgasme avec un gode magique qu’à un examen. Je m’empresse de la donner à Roark, qui appuie sur un bouton. Une lumière bleue s’allume.

« Passe-la sur mon dos. »

J’obéis, son dos cicatrise, heureusement qu’il n’a pas atteint ses parties intimes. Roark sue à grosses gouttes, le souffle court, finalement ses épaules se détendent. La douleur faiblit. Miranda et moi-même le regardons pendant de longues minutes, les blessures cicatrisent presque entièrement, le sang s’arrête de couler.

« C’est bon. Ça suffit, dit-il en reprenant la baguette. Si ça empire, on s’en servira de nouveau pour endiguer l’hémorragie. On doit filer au centre de Recrutement des Epouses. On nous en veut sur Terre. »

Je secoue la tête. « Mais c’est à Miami !

— L’avion de vos parents se trouve à l’aéroport, me rappelle Miranda. Je vais les appeler, ils nous emmèneront sur Miami. »

J’avais pas pensé au jet privé de mes parents. Ils sont à l’étranger et leur jet ne peut pas aller si loin, ils voyagent en première sur des longs courriers. Leur jet n’attend plus que nous.

« Merci, dis-je à Miranda. Dis-leur qu’on arrive dans vingt minutes. »

13


Roark

Il est l’heure de foutre le camp de cette putain de planète primitive. La baguette ReGen est la seule chose qui me permette de protéger ma famille, ainsi que le centre de téléportation. L’argent est le nerf de la guerre sur Terre, comme sur Trion. Natalie ne m’avait pas dit qu’elle était issue d’un milieu aisé. On n’a passé qu’une nuit ensemble, on n’a pas vraiment eu le temps de discuter.

La superficie de sa demeure, le fait qu’elle ait des domestiques pour l’aider, les meubles extravagants et les œuvres d’art qui trônent chez elle, tout me porte à croire qu’elle est fortunée. Mais le jet, là, c’est autre chose.

Le jet de Natalie est tout petit, lent, rien à voir avec les vaisseaux de la Flotte de la Coalition, mais y’a rien de mieux sur Terre. Je suppose que leurs soldats ont des vaisseaux plus rapides mais je n’ai aucun moyen de le savoir. Et je m’en tape. Ma priorité est de mettre ma femme et mon fils en lieu sûr sur Xalia, des gardes les protègeront, ils seront en sécurité, ils monteront la garde devant leur chambre toute la nuit. Le jet est lent mais je suis content qu’il existe, —c’est le moyen le plus rapide pour rejoindre le terminal de téléportation du Programme des Epouses.

Miranda s’est efficacement occupée d’organiser le transport en deux temps trois mouvements. Elle se met au volant d’une grosse cylindrée tandis que Natalie et moi prenons place à l’arrière, Noah est sanglé dans sa coque, on dirait un guerrier en armure. Natalie me dit que ça s’appelle un siège-auto, on est assis sur des sièges, je ne comprends pas ce qu’elle veut dire. Miranda effectue le court trajet nous conduisant à la piste d’aéroport tandis que Natalie passe la baguette ReGen sur mes blessures, qui se referment les unes après les autres. Elle passe de l’une à l’autre dès que ça s’arrête de saigner. Les blessures se s’ouvrent à nouveau au moindre de mes mouvements, le sang coule.

Un passage dans le caisson ReGen s’avèrera nécessaire. Je doute que la gardienne Egara dispose de la technologie nécessaire au centre de recrutement. Il est hors de question que ces docteurs humains primitifs posent leurs mains sur moi. Ils se servent toujours d’agrafes métalliques vieilles comme Hérode pour effectuer leurs sutures, ils viennent à peine d’intégrer la Coalition et n’ont pas encore accès aux instruments plus avancés d’un point de vue technologique. J’ai pas besoin d’être charcuté plus. J’ai pas non plus besoin d’une transfusion de sang humain, comme l’a suggéré Natalie. Je sais que mon organisme réduirait immédiatement à néant les tentatives des médecins humains.

Non. Je dois emmener ma famille loin de cette planète. Et vite. Sans caisson ReGen, je risque de mourir d’ici quelques heures.

J’ai dormi pendant presque toute la durée du vol sur Miami. A mon réveil, la gardienne Egara est devant moi. Deux brutes de militaires humains l’accompagnent, prêts à me porter hors de l’avion.

Ils m’aident à me tenir debout, pestent parce que je pèse une tonne mais me soutiennent et me portent jusqu’à un véhicule. La gardienne Egara a pris place au volant. La voiture est plus grande que celle de Natalie, on s’entasse tous dans le long véhicule noir. Elle comporte quatre rangées de sièges supplémentaires. Natalie s’assoit et l’un des hommes m’allonge sur elle, ma tête repose sur ses genoux. Elle passe ses mains dans mes cheveux, les hommes effectuent des points de compression sur mes blessures.

« Vous êtes du SAMU ? » demande Natalie à l’homme a la peau mate, il est penché sur sa poitrine. Il est plus brun que moi, ses cheveux sont d’un noir plus profond que l’espace. Sa peau est marron foncé, ses yeux sont comme un puit insondable. Il appuie sur mon épaule et ma poitrine, la douleur me fait l’effet d’un coup de poignard.

« Urgentiste, » répond-il en indiquant son ami penché sur le siège arrière. Le deuxième homme fait un point de compression sur les blessures dans mon dos. « Médecin militaire. »

Natalie hoche la tête. « Vous êtes des Marines ? »

L’homme situé derrière moi a la peau claire, comme du papier mâché, des cheveux auburn flamboyant. Ce sont des humains totalement différents, je suis stupéfait de voir leurs couleurs de peaux si différentes. Natalie a la peau claire et les cheveux blonds, la gardienne a les cheveux bruns et la peau mate. Quant à ces deux hommes, leurs couleurs de peau et de cheveux sont aux antipodes. Jadis, le peuple de Trion comptait des ethnies et des couleurs de peau différentes. Mais à travers les âges, nous sommes devenus une race unique. Notre race unique est le fruit de nos métissages avec des extraterrestres, comme Natalie. Des peuples provenant d’autres planètes.

L’homme à la peau claire secoue la tête et effectue un mouvement de torsion avec sa main. « Non. Armée de Terre. Avant. Il grogne. Désolé mec mais tu saignes comme un goret. »

J’ignore ce qu’il veut dire par là mais ça sent mauvais.

« Comment ça avant ? » demande Natalie.

L’homme à la peau claire hoche la tête. « Ouais. Avant. On fait désormais partie de la Coalition Interstellaire. »

L’homme à la peau mate sourit. « Si on veut. Normalement, on est affectés au transport de biens et de personnes entre la Terre et la Colonie. Ça change un peu aujourd’hui.

— Quelle colonie ? » demande Miranda à l’arrière, Noah fait des bulles et des bruits avec sa bouche. J’imagine ses petites mains potelées posées sur sa bouche, en train de baver.

« Les contaminés, » je réponds. Dans la Flotte de la Coalition, tout le monde connaît cette planète colonisée par Prillon Prime. Ils envoient leurs guerriers finir leurs jours là-bas, s’ils sont capturés ou contaminés par la technologie de la Ruche durant la bataille. Les installations étaient à l’origine destinées aux guerriers Prillon, mais de plus en plus de guerriers ont du mal à réintégrer la vie civile à cause de leurs nouveaux implants cyborgs, la population de la colonie a dû accepter d’autres races.

« Doucement, mec. » L’homme aux yeux sombres me fixe du regard, j’ouvre les yeux et remarque son iris cerclé d’argent si caractéristique. Il a été humain jadis, il se comporte comme tel à l’heure actuelle.

« Je voulais pas t’offenser.

— T’as combattu ces bâtards ?

— Oui. Quatre ans dans le Secteur 843. J’abhorre la Ruche. » Je me suis engagé volontairement pour servir la Flotte de la Coalition à l’aube de mon vingtième anniversaire. Quatre ans sur un vaisseau de guerre à combattre le fléau de l’univers m’ont suffi. J’ai fait mon temps, j’ai trouvé mon épouse. »

Il me fixe, me jauge, jusqu’à ce que son alter ego brise la tension ambiante. « On obéit aux ordres de la Gardienne Egara. »

Natalie est perplexe mais j’ai pas la force de lui expliquer. Je répondrai à ses questions en temps utile.

« Ce sont mes hommes. Vous pouvez leur faire confiance » lance la Gardienne Egara par-dessus son épaule. Je les ignore tous, je me concentre sur Natalie qui passe ses doigts dans mes cheveux. Miranda s’extasie sur mon fils dans le siège auto, j’essaie d’oublier l’espace, la guerre et la Ruche. Si je n’avais pas fait la guerre, je n’aurais pas eu le droit de me marier. Les caresses de Natalie m’apaisent, je ne regrette rien de cet enfer.

La Gardienne conduit calmement et efficacement, elle pénètre sur le parking fermé du centre de recrutement des Epouses, je me demande quel est son passé. Elle est très calme si on considère le remue-ménage ambiant. Natalie lui fait confiance, elle regarde Noah avec amour. Ça signifie donc que je peux lui faire confiance.

Les hommes de la gardienne m’aident à sortir de la voiture et me portent jusqu’à l’ascenseur. Une fois à l’intérieur, la gardienne appuie sur le bouton de fermeture des portes. Elle s’adresse à moi pour la première fois.

« Contente de vous revoir, Conseiller Roark, on dirait que vous avez eu des soucis sur Terre.

 Il y avait un assassin. »

Elle hausse un sourcil sans répondre, les portes s’ouvrent, elle nous conduit dans la salle de téléportation. Les hommes m’installent dans un fauteuil tandis que la gardienne se dirige vers le pupitre de commandes. « J’ai besoin des codes de transport. Ça ne prendra que quelques minutes. »

Je m’assois, m’affale sur ma droite, dans la position que je trouve la plus confortable. Natalie avance vers moi et agite de nouveau la baguette sur mon dos, la douleur s’apaise légèrement. Miranda berce Noah, il regarde autour de lui d’un air curieux. Il a mangé et fait des histoires dans l’avion, puis, il s’est endormi pendant toute la durée du vol. J’avais espéré qu’il dormirait durant le trajet. La lumière vive et les nouvelles sensations l’ont peut-être effrayé.

La gardienne Egara parle à l’homme roux qui l’a rejoint aux commandes. « Trion. Centre de téléportation de Xalia. Entrez les coordonnées.

—Bien m’dame. Ils viennent de nous envoyer les codes. Cinq minutes.

— Dites-leur de préparer le caisson. Il devra y séjourner dès son arrivée, ordonne Natalie.

—Un caisson de RéGénération ? La gardienne me regarde pour avoir confirmation de l’étendue de mes blessures. Je hoche la tête.

—Dites au Docteur Brax de tout installer pour mon arrivée, comme initialement prévu. »

Elle me regarde bizarrement mais transmet mot pour mot ce que je viens de dire. Ceci étant fait, elle me regarde et croise les bras sur sa poitrine, la femme calme et efficace cède la place à la femme en colère. « Parlez-moi de l’assassin.

—On m’a suivi chez Natalie. On savait que j’allais venir, que Natalie était sur Terre, ainsi que la raison de ma visite. »

Elle pivote sur ses talons et fait les cent pas. « Suivi ? D’ici ?

— Comment expliquez-vous qu’on ait attaqué ma famille ?

— Qui pourrait vouloir vous attaquer sur Terre ? »

Les mêmes que ceux qui m’ont capturé et torturé sur Trion.

« Vous pensez que c’est lié à l’embuscade dans laquelle vous êtes tombé sur Trion ? » La gardienne grimace, une ride se forme entre ses sourcils joliment arqués. Elle est vraiment belle. « C’est impossible. Ça voudrait dire qu’un espion Trion se cache ici-même. »

Je hausse les épaules et grimace, la douleur irradie dans ma poitrine au moindre mouvement. Y-a-t’il un autre terminal de transport dans le coin ?

— Non. Le plus proche est situé en Europe Centrale. »

Natalie pousse un cri. « Il a pas pu te traquer depuis l’Europe. Il lui aurait fallu des jours pour te retrouver.

— Ils viennent de Miami, Gardienne. C’est la seule explication plausible. Ça fait un an que Natalie est revenue sur Terre, mais dix jours à peine pour moi. On m’en veut, ou on veut obtenir quelque chose de moi. Pourquoi suis-je le seul à être en vie alors que tout l’Avant-poste Deux a été décimé ? On m’a suivi. »

La gardienne Egara effectue les vérifications nécessaires tandis que l’homme s’occupe de la téléportation. Ses mains volent littéralement sur l’écran. « Laissez-moi consulter les livres de bord. »

Elle plisse les yeux. « Je retrouve la trace de votre téléportation et les communications d’hier, une épouse a été téléporté sur Atlan aujourd’hui. Y’a rien … attendez. »

Sa main s’immobilise, elle écarquille les yeux. Ses doigts s’agitent nerveusement. « Un message crypté a été envoyé une heure avant votre transport. Le centre était fermé lorsqu’il est arrivé. La communication a dû basculer sur le centre de recrutement de Paris. Ils étaient de garde hier soir. »

Elle nous contemple, moi et Natalie, elle agite toujours la baguette dans mon dos.

« Il y a un message. Attendez un moment que je le déchiffre. »

Sa dextérité m’impressionne. Elle tient plus du combattant de la Coalition que d’une Terrienne, mon cerveau embrumé se remémore la teneur de notre conversation avant-hier. Elle était mariée à deux guerriers Prillon qui sont morts. Son corps se fige tandis qu’elle scrute l’écran. « Le message émane du terminal de téléportation de Xalia : Le médaillon du Conseiller Roark a tinté sur Terre. Roark est sur Terre. Trouvez les coordonnées de la Terre et de cette épouse humaine, Natalie Montgomery. Boston. Eliminez-les tous les deux. Rapportez-moi le médaillon. »

La main de Natalie se fige. La douleur cesse comme par magie, la baguette se focalise sur une zone bien spécifique.

« Quelqu’un veut le médaillon ? » demande-t-elle.

Je me tourne pour la regarder. Ses joues sont pâles, ses yeux écarquillés. Je préfère voir son visage rouge de passion et de désir que ce visage hagard, inquiet, stupéfait. Dès que je serai de retour sur Trion, une fois guéri, et après avoir tué celui qui essaie de me voler le médaillon, je la baiserai pendant une semaine non-stop.

« Pourquoi voudraient-ils le médaillon ? demande la gardienne Egara.

— C’est la clé de la salle des coffres souterrains du Continent Sud de Trion. Chaque Conseiller détient la clé de la salle des coffres de son territoire.

— Que contient cette salle des coffres ? Tu m’en as parlé mais sans détailler, ajoute Natalie.

— Des armes. De la technologie. Des richesses. Nous menons une vie simple, mais ça ne veut pas dire pour autant qu’on ne se prépare pas à une attaque de la Ruche. »

La Gardienne Egara s’offusque. « Apparemment, quelqu’un veut s’emparer des armes pour envahir Trion.

— C’est mon problème. L’espion qui se terre au sein de votre programme, c’est le vôtre, Gardienne.

— Une taupe, » ajoute Natalie, un terme terrien que je n’avais jamais entendu.

La gardienne me regarde d’un air sombre. « Vous gérez votre problème, Conseiller, et je gèrerai le mien. Ses jours sont comptés. Surtout depuis que je sais que je dois le traquer.

— Le transport est prêt, Gardienne. Le soldat à la peau mate interrompt notre conversation. Conseiller, ils nous disent de vous dire que le Docteur Brax vous attend avec Seton et une équipe médiale.

 Excellent. » Il est temps de rentrer. Je fais mine de me lever mais Natalie m’aide.

Miranda lui tend le bébé, les larmes aux yeux. On va traverser la galaxie, on ne reviendra plus jamais.

« Viens avec nous, dit Natalie à Miranda, en prenant sa main. Elle regarde la Gardienne Egara. Elle nous accompagne.

— Hein ? sort Miranda les yeux écarquillés, en secouant la tête. « Je peux pas. Je ne suis pas mariée. Je ne peux pas aller sur Trion ! C’est pas un simple voyage en Floride.

— On ne reviendra pas. Je t’en prie, viens avec nous. J’agis par pur égoïsme, j’ai besoin de toi.

— Elle n’est pas mariée, dit la gardienne Egara. Mais en tant que Conseiller Trion, Roark pourrait accorder sa permission. Mais vous— elle me montre du doigt, —ne pouvez pas rester plus longtemps sans passer dans le caisson. »

Les effets de la baguette ReGen s’amenuisent. Je dois à tout prix séjourner dans le caisson.

« Roark, je t’en prie.

— La décision ne m’appartient pas. Je ferai tout pour te rendre heureuse, gara, mais Miranda doit prendre sa décision elle-même.

— Viens avec nous, supplie Natalie. C’est magnifique là-bas. On te trouvera un mari. T’as personne ici. Pas de famille. Saisis ta chance. C’est ce que j’ai fait, regarde le résultat. »

Miranda est terrorisée.

La gardienne Egara s’adresse à elle. « On n’a pas le temps. Vous devez vous décider. Je ne peux pas tolérer qu’un Conseiller Trion meure dans mon sas de téléportation. »

Miranda acquiesce avec ferveur. « D’accord. Je viens. »

Natalie lui prend la main et la guide vers le sas de téléportation. Je m’assure qu’on soit tous bien ensemble, le bébé est dans les bras de ma femme. Je remercie la gardienne, les dents serrées.

Elle hoche la tête. « Bonne chance. Puissiez-vous trouver le bonheur dans l’univers. Votre voyage débutera dans trois … deux … un. »


Natalie

Le transport génère une lumière bleue, comme la dernière fois, mais cette fois-ci, je n’ai pas un taré d’assassin aux trousses. Cette fois-ci, je ne pleure pas la mort de mon mari. Je ne hurle pas parce que la doctoresse et les gardes qui me protégeaient sont morts. Mon mari et mon fils sont avec moi. J’ai Miranda. La petite dague que Roark m’a donnée quand on était dans l’oasis est fourrée dans ma botte. Hors de question que j’approche d’un terminal de transport désarmée. Roark n’a pas besoin de connaître mes angoisses vu qu’il a été blessé, mais je me sens mieux sachant que je peux veiller sur nous si nécessaire.

On rentre sur Trion, on va retrouver les docteurs, les gardes et le peuple de Roark. Mais nous ne sommes pas encore en sûreté.

Mon esprit divague entre conscience et inconscience pendant plusieurs heures, je serre étroitement Noah dans mes bras. J’ignore combien de temps s’écoule avant que les lumières ne s’atténuent. Je me réveille allongée par terre, Noah toujours contre ma poitrine. Miranda dort non loin, la plateforme est imbibée du sang de Roark.

J’ouvre la bouche pour appeler à l’aide mais l’équipe médicale encercle Roark sur le champ. Je les regarde tous, une taupe se cache parmi eux. Ce n’est pas lui qu’ils veulent. Non, pas maintenant qu’ils me savent en possession du médaillon. C’est moi qu’ils veulent.

« Conseiller. » Un homme de l’âge de Roark s’approche de lui. Il est grand, brun et séduisant. Il porte un pantalon et une chemise noirs, avec une sorte d’insigne coloré sur la poitrine, les hommes qui l’entourent obéissent à ses ordres. « Roark, mon ami, faut toujours que tu te pointes en sang et à moitié mort. Ça commence à devenir lassant.

— Arrête tes jérémiades Seton, et occupe-toi de ma femme. Un traître est parmi nous. »

Noah choisit ce moment pour s’agiter et pousse un cri à vriller les tympans.

Tout le monde se fige et me regarde. Ainsi que Noah.

Roark est installé sur une civière Trion, trois personnes agitent des baguettes ReGen. « Natalie et moi avons appris que le temps s’écoulait différemment sur Terre. Je suis parti combien de temps, Seton ?

—Trente-cinq minutes, répond Seton. On a averti tes parents, ils sont ici et attendent votre retour. »

Trente-cinq minutes ? Je comprends maintenant la surprise de Roark avec le bébé, alors qu’on s’était quittés il y avait quelques jours à peine.

« Prends soin de ma femme, Seton. Et de mon fils. Occupe-toi d’eux.

— Ton fils ? demande Seton, Quel traître ? Roark, mais putain qu’est-ce qui t’arrive ?

— Il est hors de question que je quitte ma famille en dépit de mon état. Je veux deux gardes qui veillent sur eux jour et nuit. Que mes parents restent avec Natalie et Noah. Je ne fais confiance à personne. »

Seton guide Roark vers un étrange caisson ovale qui luit dans le noir. Roark me regarde tandis qu’ils l’installent à l’intérieur. « Protège Noah, femme. Tu peux faire confiance à Seton et à mes parents. A personne d’autre. »

Il soutient mon regard, je hoche la tête. Noah me tire les cheveux et j’attrape son petit poignet d’un air absent, je l’empêche de m’arracher les cheveux. « Tout ira bien, Roark. Guéris vite. On sera là à ton réveil. »

Roark hoche la tête et détourne le regard vers l’homme âgé appuyé contre le rebord du caisson, il règle les commandes. « Combien de temps cette fois-ci, Docteur Brax ? »

L’homme âgé soupire d’un air gêné, j’imagine que cette conversation entre le docteur et Roark n’est pas la première. « Vingt-quatre heures seraient souhaitables, Conseiller. Vous n’étiez pas totalement guéri la dernière fois. »

Roark sourit. « C’est trop long. Je peux pas laisser ma femme sans protection si longtemps. »

J’ouvre la bouche pour protester mais Seton me prend de court. « Je la protègerai au péril de ma vie, Roark. Je resterai à ses côtés. Tu as ma parole. »

Roark regarde son ami, je vois que sa décision est prise. « Elle est toute ma vie, Seton.

— Je sais. »

Roark hoche la tête et se tourne vers le docteur. « Vingt-quatre heures, pas une minute de plus.

—Excellent. Vous prenez la bonne décision, monsieur. » Les mains du docteur s’affairent deux fois plus vite qu’auparavant autour de Roark, avant que ma tête de mule de mari ne change d’avis. J’ai pas vraiment hâte de le voir s’endormir si longtemps mais ça en vaut la peine si c’est pour se rétablir complètement.

« Gara. »

Un couvercle transparent coulisse au niveau du visage de Roark, suivi d’une vive lumière. Il me regarde, ses paupières se ferment, le processus de guérison est amorcé.

Une fois Roark entièrement endormi, tout le monde se tourne vers moi. Et Noah.

Bon sang. J’ai l’impression de passer sous un microscope. Je porte un jean et un T-shirt enfilé avant de partir à l’aéroport, tout maculé du sang de Roark lorsque j’ai utilisé la baguette ReGen. Miranda se racle la gorge et je recule vers elle. J’avais complètement oublié sa présence. Elle dévisage Seton, bouche bée, il rompt la tension ambiante et se dirige vers nous. Je n’ai passé que deux jours sur Trion, pas très longtemps mais plus que Miranda, bien sûr. Pourtant, je n’ai pas peur. Je suis contente d’être là.

« Vous devez être Natalie. » Sa voix grave est agréable, comme s’il avait peur de nous. Miranda nous dévisage tour à tour. Je hoche la tête pour lui faire comprendre que tout va bien et m’adresse à Seton. « Oui, je suis Natalie. Voici Miranda. »

Il s’incline et met un genou à terre devant moi. Miranda pose sa main sur mon épaule et Noah se fige dans mes bras, il dévisage cet homme avec curiosité. « Je suis Seton, ma Dame. Je jure de vous honorer et de vous protéger, vous et votre fils, au péril de ma vie. »

Je reste sans voix, ne sachant que répondre. Il s’agit d’un rituel officiel, je ne sais que dire.

« La coutume veut, ma fille, que tu acceptes sa proposition et que tu l’autorises à se relever. » Une voix féminine et rassurante me parvient de derrière. Je me retourne et aperçois une femme d’un certain âge vêtue de crème et or, un homme qui ressemble à Roark en plus vieux se tient derrière elle, il est aussi sauvage et imposant que son fils.

J’humecte mes lèvres, me retourne vers Seton, qui reste genou à terre, tête baissée. « Merci, Seton. J’accepte, euh, tu peux te relever. »

Seton se lève et se poste devant moi, il est plus grand que Miranda et moi, tout comme Roark. Mais il ne m’intéresse pas. Je le connais. C‘est un ami de Roark, le seul homme auquel je peux me fier sur cette planète. Le savoir à mes côtés me donne la confiance nécessaire pour affronter le couple âgé—mes beaux-parents—désireux, ou pas, d’avoir une belle-fille extraterrestre.

« Et mon fils ? » dit-elle à Seton en voyant Roark dans le caisson.

Elle n’a pas besoin d’en dire plus, Seton lui explique l’étendue de ses blessures et la durée de son séjour dans le caisson.

« On a appris ce qui s’était passé, vous nous donnerez de plus amples détails. Ultérieurement. »

Je ne peux qu’acquiescer, contente qu’elle se préoccupe de l’état de santé de son fils et s’intéresse à la nature de ses blessures.

Je me retourne avec Noah dans les bras, le père de Roark m’adresse un large sourire. Il est derrière sa femme, tout à fait à son aise. Il jette un œil au caisson dans lequel son fils entame son processus de guérison et me regarde avec tendresse. La mère de Roark me dévisage de la tête aux pieds, les bras croisés sur sa poitrine, en train de décider si je réussis oui ou non l’examen de passage.

Oui, c’est ma belle-mère. Il ne manque qu’une musique de film d’horreur.

Elle avance sans me quitter des yeux. Je garde la tête droite sans baisser les yeux. Je ne vais pas me laisser intimider par une extraterrestre de cinquante balais, toute belle-mère soit-elle. Non. Justement parce que c’est ma belle-mère. Si je fais preuve de faiblesse, elle m’en fera voir des vertes et des pas mûres toute ma vie. J’ai lu et vu tous les films d’horreur. Je sais très bien comment ça se termine.

« Vous devez être la mère de Roark.

— Je suis Tracen. Roark est mon fils. Elle regarde brièvement Noah. Vous devez être Natalie, la femme de Roark.

— Oui. » J’ignore où elle veut en venir. Roark m’a dit que sa mère l’avait poussé à s’inscrire au Programme des Epouses car il devait se marier, avoir une descendance. D’après ce qu’il m’a dit, il avait accepté et trouvé la femme idéale. Moi. Rien ne dit que les parents de Roark acceptent que leur fils ait épousé une Terrienne. Je ne sais pas s’ils voudront d’un petit-fils à moitié extraterrestre. Ma propre mère n’a pas voulu entendre parler de Noah, j’ignore ce qui va se passer.

La mère de Roark avance et me prend dans ses bras. Elle sanglote, me serre si étroitement avec Noah que mon fils commence à s’agiter.

« Soit la bienvenue, ma fille. C’est un jour béni, nous gagnons une fille et un petit-fils. Tu nous as ramené Roark, Natalie de la Terre. Je ne te pourrais jamais assez te remercier pour ce miracle. Bienvenue. Bienvenue dans notre famille. » Sa voix se brise, elle colle sa joue baignée de larmes contre la mienne.

Je reste figée avec Noah tandis qu’elle nous enlace en pleurant. C’est gênant, je jette un œil à Roark endormi dans le caisson, j’aurais bien aimé qu’il se réveille et vole à mon secours.

L’immense père de Roark s’avance et enlace son épouse, moi et Noah, je me sens immédiatement en sécurité et protégée. « Bienvenue ma fille. » Sa voix grave et rauque ressemble tant à celle de Roark que même Noah se fige.

« Je— Merci. » Je ne sais pas quoi dire, comment réagir. Je ne m’attendais pas à ça. D’abord, Seton qui s’agenouille devant moi comme si j’étais une princesse et maintenant, ça.

J’aimerais bien qu’ils me lâchent. Mais ils n’en prennent pas le chemin. Ils me gardent aux bras de longues minutes, comme s’ils voulaient s’imprégner de leur nouvelle fille et de leur précieux petit-fils. Leur amour est palpable. Ça doit être ça, l’amour. Je n’ai jamais ressenti d’émotion aussi intense de la part de mes propres parents. Jamais. Ni quand je rentrais à la maison pour les vacances d’été, ni pour l’obtention de mes diplômes au collège et lycée, ni pour la naissance de Noah. Jamais.

Ça m’a manqué.

Je craque, les larmes roulent sur mes joues tandis qu’ils me prennent dans leurs bras protecteurs. « Roark a de la chance d’avoir des parents tels que vous. »

Tracen émet un petit rire et finit par reculer. « Quand il ne râle pas. » Elle sourit d’un air taquin. Sous le choc, je reste immobile tandis qu’elle regarde Noah, son sourire chaleureux resplendit d’amour. « C’est tout son père. Son regard passe de moi à Noah. Mais il a tes yeux. »

Tenir Noah dans mes bras est très réconfortant, je le sais en sécurité. « Oui. Il s’appelle Noah. »

Noah s’agite, les parents de Roark reculent, ce sont les grands-parents dont j’avais rêvé pour lui.

« Je peux le prendre ? » demande Tracen.

Je souris. Mon dieu, c’est d’une simplicité enfantine. Un câlin et tout roule. Je suis disposée à lui passer mon fils. « Bien sûr, il va bientôt avoir faim. »

Tracen tend les bras et je lui passe Noah avant de me tourner vers Miranda. « On a ses affaires ?

— Bien sûr. Mais ça ne va pas durer éternellement. » Miranda regarde Tracen, puis moi, avec appréhension. « Je … je comprends rien à ce que vous dites. »

Je regarde Miranda sans comprendre.

« Pourquoi n’a-t-elle pas de neuro-processeur ? » demande le père de Roark.

Oh, merde. J’ai oublié cette aiguille à la con et le neuro-processeur que la Gardienne Egara m’a implanté pour comprendre leur langue. « On est partis en vitesse à cause des blessures de Roark. On n’a pas eu le temps de le lui implanter.

— On va y remédier séance tenante. La pauvre, elle doit se sentir complètement perdue. » Le père de Roark s’adresse au docteur. « Docteur Brax, cette femme a besoin d’un neuro-processeur sur le champ. »

J’avais oublié ce truc de traduction. On m’a implanté le mien à l’issue de ce rêve torride. Miranda a été catapultée dans un univers extraterrestre situé à des dizaines d’années-lumière, et ne comprend un traître mot de ce qui se dit. « Désolée, Miranda. Ils vont t’implanter un traducteur afin que tu puisses les comprendre.

— Si Miranda veut bien s’asseoir dans un fauteuil d’examen, on le lui implantera sans tarder. Dites-lui bien que ça ne fait pas mal … bref, vous en avez fait l’expérience.

— Merci … euh, j’ignore votre prénom, » dis-je au père de Roark en guidant Miranda vers le fauteuil indiqué par le Docteur Brax.

« Aran. »

Je hoche la tête et explique tout à Miranda. Je me lève et lui prends la main tandis qu’on implante le neuro-processeur dans sa tempe, juste derrière l’oreille.

Noah commence à s’agiter dans les bras de Tracen. « Il doit avoir faim.

— Oui, répond Tracen. Je suis surprise qu’il ne dorme pas. Et vous aussi d’ailleurs. Lors de votre premier voyage, vous dormiez quand on vous a rencontrée.

— Ah bon ? Je n’étais même pas au courant de leur visite.

— Oui, notre fils est très possessif. Je comprends pourquoi.

— C’est mieux comme ça ? » Je pose la question à Miranda, elle nous regarde tour à tour les yeux ronds, elle comprend tout ce qui se dit dans le dispensaire.

Elle sourit, vraisemblablement plus à son aise. « Waouh. C’est génial. Merci. » Le bébé se plaint à nouveau, « Vous avez du lait maternisé ici ? Natalie le nourrit au sein mais c’est un vrai glouton, elle n’a pas assez de lait. »

Tracen roucoule et fait des chatouilles à son petit-fils, elle ne prend même pas la peine de lever la tête pour répondre. « J’ignore ce qu’est du lait maternisé mais j’ai élevé deux enfants. On va faire en sorte que vous ne manquiez de rien. »

Je me détends. C’est si facile que ça ? J’arrive pas à y croire. D’ici demain Roark sera complètement rétabli, j’ai enfin trouvé la famille de mes rêves.

Le père de Roark se tourne vers Miranda. « Je suis surprise que vous accompagniez Natalie durant un si long périple. »

J’ignore quel est le protocole mais je veux la protéger, je l’interromps avant que Miranda ne puisse répondre. « C’est mon amie, Noah l’adore. Je ne pouvais pas la laisser en plan.

— Bien sûr que non. » Tracen sourit, elle enlace Miranda et Noah. Noah pousse un cri, sa faim momentanément oubliée, il scrute le visage de Miranda. Il l’adore, elle m’a aidée à prendre soin de lui depuis ma sortie de la clinique.

« Bienvenue dans la famille, Miranda. Vous êtes des nôtres, on vous protègera au même titre que Natalie et Noah. »

Miranda cligne doucement des yeux, elle réalise peu à peu, surtout maintenant qu’elle comprend tout. Je lui souris comme jamais, on s’entend comme des sœurs, elle me sourit en retour. « Merci. »

Tracen la relâche mais Noah hurle et agite ses petits bras potelés pour trouver refuge dans les bras familiers de Miranda.

Tracen le lui passe à contre cœur.

« Il ne vous connaît pas encore très bien, je m’empresse de la rassurer.

— Oh, je sais ma chère. Ne t’inquiète pas. Ça ne durera pas. »

Derrière, le père de Roark rit, attire son épouse contre lui et l’enlace. « Il t’aimera, gara, au même titre que ton fils et moi. »

Elle regarde son mari avec tant d’amour que mon cœur s’arrête l’espace d’un instant. Tant d’amour après toutes ces années. Mes parents ne se sont jamais regardés comme ces deux extraterrestres. Jamais.

Seton se racle la gorge derrière moi, je l’avais complètement oublié. « Excusez-moi, ma Dame, mais nous devons vous conduire en lieu sûr pour la nuit. Tous. »

Je me tourne vers lui mais me distrais en voyant la silhouette endormie de Roark dans le caisson. « Je veux rester à ses côtés. » Je ne peux pas le quitter. Plus jamais. Surtout depuis que les méchants—comment les appeler autrement ?—veulent s’emparer du médaillon que je détiens. Je sais que Noah sera en sécurité et protégé avec Miranda et les parents de Roark. Roark, en revanche, est seul. Je n’ai pas envie qu’il soit seul. Je veux que ce soit moi qu’il voit à son réveil.

Je me tourne vers Miranda, prête à plaider ma cause mais elle secoue la tête. « Aucun problème, Natalie. Je m’occuperai de Noah pour la nuit. Reste auprès de Roark. Il a besoin de toi. »

Seton avance sur ma gauche. « Il est inconscient, ma Dame. Il ne sait même pas que vous êtes là. Vous devriez vous reposer. »

Je fais mine de protester mais je croise le regard de Tracen avant de formuler ma pensée.

« Laisse-la, Seton. Il sentira sa présence. Crois-moi. Il saura. Les gardes l’escorteront à n’importe quelle heure si elle souhaite voir Noah. »

Seton croise les bras, lève un sourcil et regarde le père de Roark hausser les épaules. « Inutile de me regarder, Seton. Ils sont mariés. Et nos femmes sont têtues. Tergiverser ne te mènera à rien. » Il regarde son fils dans le caisson d’un air sombre. « A moins que tu doutes de sa sécurité ici-même. Tu peux la protéger ? Roark nous coupera la tête à tous les deux s’il arrive quoi que ce soit à sa femme. »

Seton décroise ses bras. « Oui. J’ai assez de gardes pour protéger deux endroits différents. Mais Miranda et Noah doivent rester avec vous. Je n’ai pas assez de gardes pour veiller sur trois endroits différents.

— Elle vient avec nous bien évidemment. » Tracen se détache de son époux, se poste auprès de Miranda et pose ses mains sur le bras de la jeune femme. « Viens avec nous ma chérie. Notre chambre d’ami possède un lit confortable et moelleux, on va donner à manger à Noah et le coucher. Tu vas te reposer. Je me demande comment tu tiens encore debout après un tel voyage. »

Je m’avance pour embrasser la petite tête toute douce de Noah et dis au revoir à Miranda et à mes nouveaux beaux-parents. Seton reste à mes côtés et adresse un signe de tête à un groupe de gardes, ils le saluent en retour et emboîtent le pas à ma nouvelle famille qui s’éloigne dans le couloir conduisant hors du dispensaire. J’ignore l’heure qu’il est mais comme l’a dit Tracen, je suis épuisée. Roark m’a fait l’amour toute la nuit, je me suis réveillée à l’aube, on s’est fait agresser, toute cette panique, devoir filer sur Miami. Et on a traversés la moitié de la galaxie.

J’ai le droit d’être fatiguée non ?

Ils n’ont pas un caisson spécial « mamans h.s. » ?

« Je pourrais m’asseoir ? Je demande à Seton.

— Bien sûr. » Il se rue à l’autre bout de la pièce et m’apporte une chaise, je m’assois auprès de la silhouette endormie de Roark. On n’est pas sous une tente pleine de sable, plutôt dans le service de chirurgie d’un grand hôpital. L’édifice est en béton, les murs en pierre. Tout est aseptisé, solide. « Où sommes-nous ?

— A Xalia, répond Seton. La capitale du Continent Sud, la résidence permanente du Conseiller Roark. »

Peu importe. Nous ne sommes pas en plein désert, c’est déjà un bon début. Je présume que Xalia est une grande ville, peut-être entourée de remparts.

« Merci. » Je m’assois dans cette chaise étrange. On dirait une chaise pliante, facile à transporter, rembourrée et confortable. Je replie mes jambes sous moi, rassurée par la dague fourrée dans ma botte, je pose ma tête sur mes bras et le contemple, j’aimerais tant qu’il sente ma présence.

« Je suis là, Roark. Je reste là. »

Seton fait les cent pas derrière moi. Le docteur active des commandes sur un pupitre de contrôle. Je suppose qu’il vérifie le processus de guérison de Roark, je ne sais pas vraiment ce qu’il fabrique à vrai dire. Deux gardes sont postés devant l’entrée. Les autres sont partis.

Je me tourne vers Seton. « Deux gardes ? Y’en a d’autres à l’extérieur ?

— Oui. Ne vous inquiétez pas, ma Dame. Une douzaine de gardes encercle le terminal de téléportation, une autre douzaine veille sur votre fils. Le Commandant Loris est chargé de protéger le terminal, c’est un homme de confiance et un officier aguerri. »

Je me fiche de savoir qui c’est. Douze hommes c’est pas grand-chose, surtout quand je pense à ce qui m’est arrivé la dernière fois que j’étais sur cette planète. Pour lui, ça fait dix jours, pour moi, c’est une éternité. « Y’a des Drovers aux alentours ?

— Non. Nous ne sommes pas à l’Avant-poste Deux. Vous êtes au Nord, ma Dame, dans une grande ville. Le territoire Drover le plus proche se trouve à des centaines de kilomètres. Vous êtes en lieu sûr. »

Des centaines de kilomètres ça peut aller, j’aurais préféré des milliers de kilomètres. Des millions. J’ai été en danger malgré dix années-lumière.

« Ok. Je me tourne vers Roark.

— Vous avez faim ? » demande Seton.

A ma grande surprise, mon ventre gargouille. Je meurs de faim. « Oui. Merci. »

Seton me salue et ordonne à un garde de m’apporter de quoi manger. J’avale à la hâte un ragoût léger mais nourrissant. Les légumes sont bizarres mais savoureux, j’engloutis deux assiettes et un morceau de pain en un temps record. Le ventre plein, Roark à l’abri, mes paupières se ferment, je baisse la tête et sombre dans le sommeil.

« Ma Dame. La voix douce de Seton ne me dérange pas. Il va me dire d’aller me reposer.

— Non. Je reste. »

Seton soupire, je pose mes bras sur le caisson de Roark, appuie ma tête dessus et m’endors dans ma chaise.

14


Natalie

Avec ce voyage interplanétaire, la notion de décalage horaire prend tout son sens. J’ai la tête lourde et dans le gaz alors que j’essaie de me tirer de mon sommeil. Ma chaise est contre le caisson de Roark, je relève rapidement la tête pour m’assurer qu’il va bien, qu’il guérit. Mais la vitre transparente doit comporter une autre épaisseur parce que je ne vois rien. La fenêtre transparente du caisson a cédé la place à un écran noir. Je ne sais même pas s’il est toujours à l’intérieur. La machine ronronne sous mes bras.

Je me penche et regarde les commandes que le docteur a actionné tout à l’heure. Tout semble conforme, mais j’ignore ce qu’elles signifient. C’est comme sur la Terre, un écran surveille le cœur et la pression sanguine, ça bipe en cas de changement. Cette avancée technologique me dépasse. Les symboles sont étranges, je ne comprends rien. Je me rends compte que je ne connais rien à la physiologie des habitants de Trion. Ce qui est normal chez un humain peut être anormal chez eux.

Heureusement, Noah est un bébé en pleine santé, il n’a pas besoin de voir un docteur, hormis pour un simple bilan. Personne ne m’a posé de questions sur le fait qu’il soit à moitié Trion. C’est un bébé mi-extraterrestre mi-terrien. Les docteurs ne m’ont pas posé de questions, je ne leur ai pas donné d’explications.

J’ai rien à faire, je me tourne et me rallonge, je pose les coudes sur les accoudoirs. Je prends mon menton dans ma main et inspire profondément. Je me demande si Noah va bien, s’il est réveillé et grognon. S’il a faim.

Il règne une sorte de torpeur ambiante, j’apprécie la tranquillité. Je me suis levée tant de fois en pleine nuit pour m’occuper de mon fils pendant que tout le monde dormait. Une certaine solitude paisible emplit l’air. Seton m’a dit qu’on était en ville, mais je me sens seule en pleine nuit.

J’entends un léger ronflement sur ma gauche, Seton s’est endormi par terre. Il dort, enroulé dans une simple couverture. Je me tourne vers la porte close, un sentiment de terreur m’envahit, comme si une goutte d’eau glacée me coulait dessus. Il n’y a personne d’autre dans la pièce. Pas de docteur ni de techniciens. La porte est fermée mais non gardée.

Où sont les gardes ?

Je m’extirpe de ma chaise, me lève au moment où la porte coulisse silencieusement sur ses gonds. Je reconnais le Commandant Loris et pousse un soupir de soulagement.

« Commandant. Merci. Je m’inquiétais de ne pas voir de gardes, » je parle à voix basse.

Il referme doucement la porte derrière lui et regarde Seton endormi. « Pardon de vous avoir fait peur madame. Seton fait les frais d’une longue journée.

— Oui. Je souris. Il est très fidèle envers Roark.

— Oui, effectivement. Il s’approche du caisson. Comment va le Conseiller ? »

Je m’éloigne en haussant les épaules. « Je n’en sais rien. Je ne sais pas lire les écrans de contrôle et le docteur n’est pas là. »

Le commandant croise ses bras derrière son dos et se dirige à l’autre bout de la pièce, il se penche pour regarder derrière la cloison, le docteur et l’équipe médicale y ont fait de fréquents aller-retour. « Ah, oui. Le Docteur Brax est là, il dort.

— On est en pleine nuit. »

C’est tout de même bizarre. Sur Terre, il y a toujours une infirmière de garde, même en pleine nuit.

« Oui. Il vient vers moi. Que faites-vous debout madame ? Vous n’avez pas mangé le ragoût ?

— Oui, j’en ai pris deux fois— » je ne termine pas ma phrase, j’essaie de comprendre où il veut en venir. Qu’est-ce que ça peut lui faire que j’en ai mangé ou pas ? Comment il sait que c’était du ragoût ?

« Ah, la physiologie des Terriens est étrange. Je n’y avais pas pensé. » Le commandant se dirige vers le pupitre de commandes du caisson de Roark et appuie sur des boutons.

« Qu’est-ce que vous faites ?

— Rien, ne vous inquiétez pas. »

Je ne le crois pas, un certain malaise m’envahit. « Arrêtez ça immédiatement. »

Il m’ignore, le caisson baisse en puissance, les lumières faiblissent, le ronronnement s’arrête. Je m’attends à ce que le couvercle coulisse mais il n’en est rien. On dirait que le caisson est mort, comme s’il avait arraché la prise. « Qu’est-ce que vous faites ? »

Le Commandant Loris pointe une sorte de revolver vers moi. « Donnez-moi le médaillon. »

J’écarquille les yeux et recule instinctivement. « Je ne vois pas de quoi vous parlez. Rallumez le caisson. »

Il se rue sur moi, sort mon T-shirt de mon jean, sa grosse main farfouille dessous pour accéder à la chaîne en or qui devrait pendre sur mon ventre, si je ne l’avais pas fourrée dans mon soutien-gorge.

Il me regarde d’un air féroce et furieux, il ne la trouve pas. « Où est-il ? »

Je recule, ses doigts boudinés me dégoûtent. Je lui suis reconnaissante de ne pas être au fait des dessous qu’on porte sur Terre. Apparemment, il n’a jamais vu de femmes en soutien-gorge. « Bas les pattes.

— Donnez-moi le médaillon. » C’est lui qui le voulait ? C’est lui qui a envoyé le message crypté sur Terre ? C’est lui qui a essayé de me tuer ? De tuer Noah et Roark ?

« Rallumez le caisson ! » Je hurle. Roark peut mourir ? Il est piégé ? Il étouffe ? Le Commandant Loris me tire cruellement par les cheveux. La douleur aigüe me donne les larmes aux yeux, il pointe son arme sous mon menton. Ça me fait mal. On ne dirait pas une arme terrienne, mais une arme reste une arme quand elle est pointée sur votre tempe. « Donne-le moi sinon je te tue et je l’arracherai sur ton cadavre.

—Vous êtes malade. Vous ne pourrez pas vous en servir.

— Oh, je sais. Mais tu as résolu le problème. Son haleine chaude m’arrive en pleine figure et je crie.

— Quoi ?

— Ton fils, Natalie. Mes amis sont prêts à s’emparer de lui. Il se penche et tente de me voler un baiser. Ne t’inquiète pas. Je ferai un bon père. Il ne se souviendra même plus de toi. »

Quoi ? Il veut s’approcher de Noah ? Jamais. Essayer de me tuer est une chose, jouer avec l’instinct maternel en est une autre. Qu’il aille se faire foutre. J’ai enfin la famille dont je rêvais. Un mari qui est venu me chercher à des années-lumière, au fin fond de l’univers. Un fils, le fruit de notre amour. Des beaux-parents affectueux et adorables. Et ce connard veut tout détruire ? Même pas en rêve.

Je lève ma jambe et atteins ma chaussette, je m’empare de la petite dague de la main droite. Je la pointe vers sa gorge.

J’arrive à entailler son menton, sa mâchoire jusqu’à l’os, le sang coule dans son cou. Je l’ai blessé mais pas mortellement.

Il me traîne par les cheveux vers le caisson. Il cogne ma main tenant le couteau sur le côté du caisson jusqu’à ce que je le lâche. Je hurle de douleur devant la rudesse de ses actes. Mon poignet et mes doigts sont cassés. Je les ai sentis—et entendus—se rompre comme des brindilles, la dague en or tombe à mes pieds.

« Lâche-la, Loris. C’est terminé. » Je me fige. C’est Roark ? Quoi ? Le commandant me plaque contre le caisson. Roark est toujours à l’intérieur. Comment est-ce possible ?

« Roark. » Le commandant Loris presse le canon de son arme contre ma tempe, m’écarte du caisson en faisant en sorte que mon dos repose contre sa poitrine, je suis son otage. Le sang qui coule de son cou baigne mon tee-shirt. C’est chaud, ça colle et me dégouline dessus tandis qu’il se penche sur moi.

« Pose ton arme, Conseiller, sinon je la tue. » J’aperçois Roark du coin de l’œil. Il tient une arme semblable à celle du commandant. Roark est tendu à l’extrême. Rigide. Il pose son arme et lève les mains en l’air. « Relâche-la.

— Donne-moi le médaillon et elle aura la vie sauve.

— Lâche-la, Loris. Tu ne gagneras pas. Les codes seront mis à jour au moment même où je te remettrai le médaillon. Les codes seront désactivés avant que tu ne puisses t’en servir. »

Le commandant rigole contre mon oreille, postillonne sur ma joue, ça me rend malade, je vais vomir. « Pas si vous êtes tous morts. À part le bébé. »

Le visage de Roark se pétrifie d’horreur en entendant Loris. Il va assassiner toute sa famille, ce soir, sauf son fils. Mon fils. Ce taré va le garder en vie et se servir de son ADN comme clé du médaillon. Pour quoi faire ? Pourquoi tant de haine, de malveillance ?

Je n’en ai pas la moindre idée, mais je n’ai plus du tout envie d’avoir ce foutu truc qui pendouille entre mes seins. Ça occasionne plus d’emmerdes que le contraire. Si c’est censé représenter la cruauté et la violence, je ne veux pas être impliquée avec ce lien que je partage avec Roark.

Le Commandant Loris garde son arme pointée sur ma tempe. De l’autre, il plonge sous mon T-shirt pour attraper la chaîne. Je me débats, il me dégoûte. « Non !

— Laisse-la, répète Roark. C’est moi que tu veux. »

Loris me pelote et ricane en voyant le regard sombre de Roark. « C’est pas toi que je veux. Si y’en a une qui doit rester en vie, c’est bien elle. Des seins pareils, avec les clés de la planète qui pendent au milieu ? » Il ricane d’un air vicieux.

Connard.

Je baisse la tête et mords son poignet comme un animal sauvage, j’essaie de ne pas vomir en sentant le goût de sa peau, le goût métallique du sang emplit ma bouche.

Il pousse un hurlement et retire sa main.

Je donne un coup de pied dans le poignard en or qui glisse jusqu’à Roark et hurle. Je tombe à genoux et lui donne un violent coup.

Roark s’agenouille, s’empare du couteau et le lance avant que j’aie le temps de réagir. La lame se plante dans l’œil droit de Loris avec un bruit dégoûtant que je ne veux plus jamais entendre de ma vie. Je détourne le regard et ravale la bile qui monte dans ma bouche.

Le commandant s’effondre, je m’éloigne maladroitement et rapidement et rejoins Roark. « T’es pas dans le caisson ? Je comprends pas. »

Mon cœur bat si vite que je crains qu’il ne sorte de ma poitrine. J’ai le souffle court, comme si j’avais couru un marathon, pas comme si j’avais désarmé un mec complètement taré armé d’un pistolet spatial.

Roark me prend dans ses bras, m’examine pour voir si je ne suis pas blessée. Il me tâte et me regarde. « Putain, ton poignet. »

Je secoue la tête et regarde ma main. « Ça fait un mal de chien, je vais avoir besoin de la baguette ReGen. Mais, toi. Toi ! Explique-moi. T’es censé être dans ce fichu caisson ! »

Roark m’attire contre lui et s’empare de l’arme. « Je savais que ce traître se montrerait bien avant que je me réveille de mon séjour dans le caisson. Le docteur, Seton et moi avons convenu, avant mon transport sur Terre, qu’à mon retour, nous nous servirions du caisson pour le piéger. Les blessures que j’ai subies sur Terre ne faisaient pas partie du plan mais j’ai guéri en quelques heures. Le docteur m’a relâché comme convenu et on a mis le piège au point. »

J’ai la tremblote. L’adrénaline c’est bien beau mais les conséquences sont dramatiques.

« Noah. Il a dit qu’il s’en prendrait à Noah. » Je me débats pour qu’il me relâche mais il me serre plus étroitement encore.

Je me débats, il me parle. « Noah est en sécurité, mon amour. Je te le jure. » Il caresse mon dos pour m’apaiser. « Mes parents ne l’ont pas emmené chez eux avec Miranda. Ils ont usé d’un stratagème pour leurrer les amis du commandant qui projetaient de nous envahir. Mon père a envoyé une douzaine d’hommes les capturer. Ils sont en détention dans des cellules souterraines sous la ville, dans l’attente de leur interrogatoire. Noah est sain et sauf. »

Je regarde le commandant, mort, le poignard en or planté dans son visage, le sang coule sur le sol aseptisé de l’unité de soins. J’ai un mouvement de recul et me blottis contre Roark. J’entends son cœur battre calmement. « Pourquoi ne m’avoir rien dit ?

— Pardonne-moi mon amour. Je voulais que ta réaction soit pure et sincère.

— Mais il a réussi à entrer. Il aurait pu nous tuer tous les deux.

— Je l’ai sous-estimé, et j’en suis désolé. Je ne comptais pas te faire courir de danger.

— Hein ? dis-je en essayant de m’écarter, furieuse. Il comptait se mettre en danger ?

— Nous devions identifier le traître afin de ne plus avoir à s’en soucier, ne plus avoir à craindre pour notre sécurité. Je devais éliminer la menace afin de me concentrer sur toi et Noah. Je n’avais pas prévu qu’il mettrait un sédatif dans le repas. C’était bien pensé. Il me caresse la joue. Mais pas si bien que ça au final, puisque ça n’a eu aucun effet sur toi.

 Non, effectivement. J’ai mangé comme un cochon et ça ne m’a strictement rien fait.

— Etrange physiologie terrienne. » Je cite un homme mort, c’est cocasse. Je dois perdre la tête. Mon humour s’évanouit en contemplant mon mari. « Ne refais plus jamais ça. J’ai encore le goût de son sang dans la bouche. J’ai mordu le commandant au sang, ça m’a laissé un goût de cendres.

— Non. Non. Non. Pas du tout. » Le regard de Roark lance des éclairs, il plaque sa bouche sur la mienne pour effacer le goût de la peur et du danger. Je blottis mon bras valide contre lui, j’ignore la flopée de soldats qui déboule dans la pièce.

Roark relève la tête et vérifie auprès des gardes que le restant de ma famille est bien en sûreté. L’un d’eux se met en contact avec les gardes qui veillent sur Noah et les parents de Roark, nous apprenons que tout le monde est sain et sauf, je me jette dans les bras de Roark, il m’embrasse dans un moment de faiblesse. Je m’abandonne, j’ai besoin de ressentir l’amour et la confiance. Je me fiche qu’il y ait des gardes. Mon fils est sain et sauf. Je suis saine et sauve. Roark m’embrasse, m’aime, il me rappelle que nous sommes unis.

Quelqu’un se racle la gorge derrière nous. Seton est assis par terre, l’un des soldats lui passe la baguette ReGen. « Ça va vous deux ? »

Il a l’air de se réveiller d’une nuit de folie arrosée, les cheveux ébouriffés, grognon, comme s’il sortait de son lit. Il est splendide. Il plairait à Miranda …

« Donnez-moi cette foutue baguette, » aboie Roark en la prenant des mains du type, il la passe sur mon poignet. Je sens comme par magie mes os se ressouder, guérir. Il est concentré sur ce qu’il fait, relève la tête, croise mon regard jusqu’à ce que je sois complètement guérie.

« Ça va mieux ? » Je hoche la tête. Mon dieu, j’adore leur technologie spatiale.

Après s’être assuré de mon intégrité, Roark m’abrite sous son menton. « Le traître est mort.

— Je vois ça. » Seton adresse un signe de tête au médecin qui vient d’arriver en force avec d’autres membres de l’équipe médicale, le traître ayant été découvert. Elle agite sa baguette sur lui. Il la force à arrêter ses soins, certainement plus vexé par le fait qu’il ait été drogué que par ses attentions. Je réprime un sourire. Ces mecs Trion se croient supérieurs aux humains. A l’instar de certains mâles dominants sur Terre.

Mon sourire s’évanouit. « Ok, il est mort, mais qu’en est-il de l’homme qui nous a attaqué sur Terre ? »

Roark m’enlace et ébouriffe mes cheveux. « On sait pas. La Gardienne Egara est sur ses traces. Elle traque le moindre message crypté et reste vigilante. On a fait notre possible. On va interroger les hommes capturés ce soir et on espère découvrir son identité, bien que je doute qu’on apprenne quoi que ce soit. La Terre est une planète très lointaine.

— Mais quelqu’un doit bien être au courant, je réplique.

— Oui. La gardienne Egara est une adversaire redoutable et intelligente. Elle découvrira la vérité. »

Je hoche la tête et me détourne du cadavre du commandant. Je regarde le soldat à ses côtés et m’éclaircit la gorge. « Le poignard en or m’appartient. Je veux le récupérer.

— Oui, ma Dame. »

Roark me regarde. « Je t’en donnerai un autre. Laisse-le là où il est.

— Certainement pas. Tu me l’as donné. Il m’a sauvé la vie, par deux fois. Je le veux. Propre, évidemment. Je ne m’en séparerai jamais.

— Tu l’auras. Il regarde le soldat. Enlève-le quand on sera partis. Nettoie la lame minutieusement et rends-le à ma femme demain matin à la première heure.

— Oui, Conseiller. »

Roark m’attire contre lui. Il adresse un signe de tête à Seton, qui permet enfin à la femme de le soigner avec la baguette. Roark me guide hors de la pièce, je le laisse faire, j’ai hâte de m’éloigner de toute cette tension, de tout ce sang. De tirer un trait. « Où va-t-on ?

— A la maison. »

15


Roark

J’enlace Natalie, nous contemplons notre fils endormi. Mes parents et Miranda sont en sécurité en bas, surveillés par deux douzaines de gardes. Les sbires du Commandant Loris sont en prison, dans l’attente de leur jugement. Je m’occuperai d’eux plus tard, bien plus tard. Pour le moment, j’ai besoin de rester tranquille, au calme, chez moi, chez nous, avec ma femme.

Voyager d’avant-poste en avant-poste durant ces derniers mois m’a épuisé physiquement et moralement. Une maison n’est pas liée à un lieu précis. Ce qui compte, c’est d’être entouré des personnes qu’on aime. Voir Noah endormi, les bras repliés, ses petites mains relevées près des oreilles, apaise mon âme comme jamais.

Pouvoir contempler notre enfant avec Natalie saine et sauve dans mes bras est un cadeau inestimable. Ma mère va être aux anges. Mon besoin d’évasion a disparu. Je n’ai qu’une seule envie, être sur cette planète, chez moi, avec ma femme et mon fils en sécurité.

Il est temps de s’installer sur Xalia, de permettre à Natalie et Noah de faire la connaissance de mes parents, de devenir proches. Noah mérite de connaître ses grands-parents, il faut que ma mère succombe à son charme, que mon père lui apprenne la vie. Les avant-postes, c’est terminé. Si les chefs de tribu veulent me rencontrer, ils se déplaceront désormais sur Xalia ou rencontreront mes commandants sur le terrain.

Natalie s’écarte et caresse la joue parfaite de Noah. « Il est si beau. Il te ressemble » murmure-t-elle, pour ne pas le déranger. Sa main se fige, elle secoue la tête, la voix emplie de larmes. « J’ai du sang sur les mains, Roark. Regarde. Je ne devrais pas le toucher. Pas dans cet état.

— Viens, mon amour. Notre fils est sain et sauf, on veille sur lui. Je vais m’occuper de toi. »

Je la guide dans la salle de bain, la déshabille entièrement. J’examine le moindre centimètre carré de peau, m’assure que le docteur n’a rien oublié, que son poignet est complètement remis. Je dois faire en sorte qu’elle n’ait plus aucune marque, qu’elle n’ait plus mal nulle part. Je ne vois rien hormis des traces de sang, je file sous la douche et l’attire sous le jet d’eau chaude. Je la savonne pour ôter la moindre trace du sang de Loris, j’y vais doucement, je masse ses muscles endoloris, je la cajole.

Je pose mes mains sur ses seins, je les prends en coupe, je les caresse, je tire doucement sur la chaîne qui pend, ma marque, mon empreinte. L’or scintille sous la lumière, on dirait une déesse, une créature qu’un simple mortel ne peut approcher. Ses yeux ne contiennent plus la moindre trace de son flirt avec la mort, j’y perçois de l’humour, de l’excitation.

Les évènements de la journée partent avec l’eau du bain, mes mains se font plus apaisantes, je brûle d’envie de la toucher. Je veux effacer toute trace de malveillance de son esprit et de son corps.

Je sens le corps de Natalie rire sous mes mains, plus que je ne l’entends. « Je crois que je suis propre cette fois-ci.

—Oui, je murmure et mes mains glissent plus bas. Et là ? Ton minou est bien propre ?

Je l’aurais retenue si elle s’était éloignée mais elle attrape mon poignet et le guide vers sa fente humide. « J’en sais rien. Peut-être pas. Tu devrais vérifier. »

J’ai trop hâte, je la colle contre la paroi de la douche, effleure sa joue et glisse un doigt dans sa chatte humide. Son corps brûlant s’enroule autour de mon doigt comme un gant tout chaud, je me souviens de la sensation sur ma bite. « Tu mouilles. T’es vraiment une vilaine fille.

— T’aimes bien quand je fais la vilaine, » rétorque-t-elle.

Vu la façon dont ma bite palpite, apparemment elle apprécie aussi.

« Je sais ce que tu aimes, ce dont tu as besoin, ce qui te fait hurler. »

Ses pupilles sont dilatées, ça l’excite. Je n’ai pas besoin de sentir son sexe sous mes doigts pour en avoir la preuve.

« Ce soir, tu vas tout me donner, gara. Ton corps, ton esprit. Ta soumission. Et peut-être un autre enfant. Oui ? »

Elle se passe la langue sur les lèvres et hoche la tête.

« J’ai besoin de te l’entendre dire.

— Oui.

— C’est pas suffisant, je réplique.

Elle reste perplexe un instant, puis se souvient. Elle me l’a dit il y a deux semaines à peine, mais pour elle, ça remonte à bien plus longtemps.

« Maître »

Putain. Je pousse un grognement et dévore sa bouche, je la branle avec mon doigt, j’en introduis un deuxième et l’entends haleter. Ce simple mot me rend dingue. Puissant. Dominateur. J’ai besoin d’avoir le dessus, de savoir qu’elle est à moi, sous moi. En sécurité. À moi. Elle peut faire de moi ce qu’elle veut.

J’interromps mon baiser et me baisse avec plaisir, je m’agenouille devant elle sur le carrelage, mes mains glissent sur ses cuisses et je les écarte.

Je contemple sa chatte parfaite, j’en ai l’eau à la bouche, j’ai hâte de la goûter. De tout mon cœur.

Je plaque ma bouche contre elle, lèche sa fente dégoulinante, son clitoris gonflé. Une fois. Deux fois. Elle se contorsionne et s’appuie contre la paroi de la douche. Je pose mes mains sur ses hanches et l’attire contre moi, tout en l’embrassant. Je ne suis pas tendre.

Agenouillé devant elle, je vais être sauvage, je vais lui montrer qu’elle m’appartient, que son corps m’appartient. Elle est douce et acidulée, une odeur féminine par excellence. Ma bite palpite et s’agite à l’idée d’être en elle.

« Jouis pour moi Natalie, et après on pourra s’amuser. »

Je ne lui laisse pas le temps de réfléchir, j’introduis un troisième doigt dans son orifice tout en suçant son clitoris, je titille son petit bouton sensible du bout de la langue tandis que mes doigts la pénètrent. La branlent.

J’ai failli la perdre aujourd’hui, cette pensée m’envahit tandis que je me plaque contre elle plus ardemment, préparant sa chatte étroite à accueillir mon sexe. Elle est parfaite, belle et prête. Je brûle de désir, je n’attends que ce moment pour la posséder.

Je ne peux pas être tendre. Pourquoi le serais-je. Mes caresses, mes mots sont des exigences. Il faudra qu’elle obéisse. Qu’elle se donne à moi. Je veux tout d’elle.

« Jouis maintenant. » Je lui arrache un orgasme. Elle crie, le son résonne sous la douche, elle fourre ses mains dans mes cheveux, violemment, tandis que son vagin se contracte sur mes doigts.

Le médaillon, la clé de la salle des coffres pend sur le ventre qui a porté mon fils, son corps plantureux est d’une douceur que j’ai hâte de toucher, d’engrosser. Mais le médaillon n’est plus un cadeau. C’est devenu une malédiction, qui l’a mise en danger.

Je me relève, prends doucement le médaillon dans ma main. « Je vais l’enlever, femme. »

Elle agrippe mon poignet et s’immobilise. Sa poitrine se soulève rapidement suite à sa jouissance, mais toute trace de plaisir s’est évanouie de ses yeux bleus. « Quoi ? »

Je secoue la tête, appuie mon front contre le sien. « Je vais l’enlever. Je suis désolé. Tellement désolé, gara. »

Je l’embrasse tendrement, je regrette au plus profond de mon âme. Je lui ai fait courir un danger par égoïsme, pour vouloir perpétuer la tradition, pour la marquer, pour m’assurer que le premier connard venu de la planète sache qu’elle m’appartient.

Qu’on sache qui elle est la met en danger. Cet or qui la rend si belle la transforme en cible, ce n’est plus acceptable. Je l’embrasse sans m’arrêter. « Je suis désolé. Plus jamais ça, gara. »

Elle se fige, sa bouche n’est plus douce et accueillante, mais dure et hostile, elle finit par tourner la tête. Elle relâche mon poignet, sa main tremble. « Pourquoi ? Tu ne veux plus de moi ? Tu vas nous renvoyer ?

— Vous renvoyer ?

— Sur la Terre. Elle me regarde, les larmes aux yeux, des larmes de colère et de rage. Je ne partirai pas sans Noah. Tu ne l’auras pas. Plutôt mourir que de laisser mon fils. »

Je suis pétrifié, abasourdi. L’eau chaude ruisselle, ses paroles font leur chemin parmi mon esprit embrumé de désir. « Natalie, tu es à moi. Tu n’iras nulle part. Je t’interdis de partir. »

Elle relève le menton et me regarde avec une attitude de défi. « Tu m’as dit que cette chaîne, ce bijou, était la façon qu’avaient les hommes sur Trion pour indiquer qu’ils étaient mariés. C’est ta marque, qui me protège des autres hommes.

— C’est la tradition. » La chaîne en or glisse entre mes doigts. Je ne vais pas la mettre en danger par égoïsme. Je pourrais regarder mon emblème pendre entre ses seins magnifiques pendant des heures, mais mon plaisir s’évanouit quand je repense au Commandant Loris, à ses sbires qui croupissent en cellules, ces hommes qui ont des alliés, des amis, qui pourraient s’en prendre à ma femme. « Je veux te soustraire à cette malédiction.

— Non. »

Son refus clair et net me coupe la chique, je relève la tête et croise son regard. « T’as pas d’ordre à me donner, femme. »

Elle s’avance, plaque son corps contre le mien, me pousse à bout alors que j’ai tant besoin de garder mon sang-froid. « Non. Tu l’auras pas. C’est à moi. »

Je ferme le robinet et l’amène dans la chambre. Le banc d’accouplement traditionnel est prêt, il a été installé ici, dans la chambre, conformément à ma demande, lors de mon inscription au Programme des Epouses Interstellaires.

Je la dépose près du banc, l’embrasse tandis qu’elle se fige dans mes bras, son corps se presse contre le mien. Ma bite dégouline de sperme, je dépose des baisers sur sa mâchoire et son épaule.

« Je t’ai possédée dans l’oasis de Mirana, mais pas selon la coutume en vigueur sur Trion.

— T’avais visiblement pas l’intention de me sauter. »

Quel culot, je pousse instinctivement un grognement. Elle me pousse, me teste. Mon esprit logique reconnaît le manque derrière cette attitude de défi. J’ai échoué en tant que maître, en tant qu’époux. Je ne l’ai pas conquise, je ne l’ai pas convaincue de ma force pour la protéger, elle et notre fils. Non, je l’ai laissée seule pendant un an, elle a été blessée, j’ai de nouveau failli la perdre lors de notre retour sur Trion.

Mon corps lutte entre l’instinct et la logique, mon cœur se brise. Ma femme a passé un sale moment, elle a beaucoup souffert. La logique me dicte d’être gentil, de l’apaiser et de la consoler, mais mon instinct gronde en moi tel une bête sauvage, exige que je l’attache, l’écartèle et l’attache sur le banc comme j’aurais dû le faire le premier soir, que je la baise comme un fou, qu’elle hurle à perdre haleine.

Ma bite s’agite, je lève la main pour caresser sa joue, une lueur de défi brille dans ses yeux. Mon dieu, elle est magnifique quand elle est en colère, ma partenaire rebelle est courageuse. Elle est désormais mienne, je dois la dominer. Elle est à moi.

Je plonge mes mains dans ses cheveux, l’attrape par la nuque et l’immobilise pour l’embrasser. Mes lèvres sont douces, je fais preuve de patience. Les siennes sont fermées, dures, rageuses.

« Tu es à moi, femme. Je t’avais avertie de ne pas défier ton maître.

— Tu n’es plus mon maître. C’est terminé. Elle halète. Tu ne veux plus de moi, c’est parfait. Je couperai cette maudite chaîne avec des tenailles quand je serai rentrée chez moi.

— Tu es chez toi. » Je l’empêche de bouger, je l’embrasse rageusement, j’enfonce ma langue dans sa bouche, je la force à entrouvrir les lèvres. Elle gémit, ouvre sa bouche, se donne à moi, sans réserve.

Mon baiser terminé, je relève la tête, sans la lâcher. « Tu es à moi, Natalie. » Je la fais pivoter face au banc, je la pousse jusqu’à ce que ses hanches touchent le rembourrage, je presse ma bite contre ses fesses. J’écarte ses pieds, la penche en avant, ma silhouette masque entièrement son dos. « Tu m’appartiens, femme. A l’issue de cette nuit, tu n’en douteras plus. »


Natalie

Il se tient derrière moi, sa bite dure comme du bois se presse entre mes fesses. Son poing fourré dans les cheveux, Roark fait en sorte que je me penche, doucement mais sûrement sur ce banc, mes seins ballottent, la chaîne s’agite, effleurant presque le sol.

Il écarte mes jambes en grand, fait de moi ce qu’il veut. « A l’issue de cette nuit, tu n’en douteras plus. »

Je reconnais le banc vu en rêve au centre de recrutement des Epouses. Je sais qu’il va m’attacher les chevilles et les poignets. Que je serai entravée et vulnérable. Faible. Totalement à sa merci.

Mon vagin se contracte, mes cuisses deviennent moites, la peur montre son vilain visage. L’homme qui veut ôter sa marque de mon corps se tient derrière moi. Il veut récupérer son or, le symbole de sa maison, et le médaillon, les seules choses qui me rattachent à lui.

Mon corps crève de désir mais mon cœur me fait mal. Et dans ma tête ? La petite fille qu’on déposait à l’internat comme une simple valise, qu’on laissait seule à Noël, abandonnée, qui a accouché et élevé son fils seule ? C’est elle qui domine, elle ne croit pas un traître mot de ce que Roark a dit.

« Tu vas t’en aller, Roark. Parfait. Vas-y. Saute-moi, tu couperas cette foutue chaîne demain matin. »

16


Natalie

Bon dieu, je suis stupide mais impossible de m’arrêter. J’ai besoin de le pousser à bout, de le faire souffrir, autant qu’il me fait souffrir.

Il me maintient et plaque sa grosse main sur mes reins, il tempête, me force à me pencher et attache mes chevilles au banc. Ceci fait, il entrave mes poignets à des courroies en cuir reliées par de longues chaînes. Je peux bouger. Me tenir parallèle au sol mais guère plus.

Je m’attends à ce qu’il me pénètre en levrette avec sa grosse bite. Sa main s’abat durement sur mes fesses nues.

Pan !

Pan !

Pan !

La chaleur m’envahit, je m’arcboute et me débats pour ôter mes liens, les coups pleuvent, de plus en plus rapides, de plus en plus violents.

« C’est qui le maître ici ?

— Va te faire foutre. »

Les coups stoppent net, je me mords la lèvre et ravale mes larmes. Il abandonne aussi facilement ? Il va s’en aller, je le savais, comme tous les autres ?

Je sens un petit objet dur se presser contre mes fesses. Une chaleur étrange m’envahit, je sursaute. Doucement, très doucement, son doigt pénètre dans cette zone interdite, franchit mon orifice étroit. Il me déflore, je me cambre et pousse un hurlement tandis qu’il me pénètre, il me baise avec un doigt, puis deux. Les jambes grandes ouvertes, le vagin vide, mes seins sont tellement engorgés qu’ils me font mal.

Il enfonce ses doigts dans mon cul, son autre main s’abat sur mes fesses.

« T’es à moi. Ce cul est à moi. Ta chatte est à moi. Le petit gars dans la pièce d’à côté est à moi. Ton corps m’appartient, gara. Te baiser. Je dois te donner du plaisir. Te punir quand tu oublies qui est le maître. » Il me sodomise avec ses doigts tout en parlant, il effectue des va-et-vient, il me dilate comme jamais. Je lutte contre cette vague de chaleur qui me submerge en entendant ses mots crus, ses caresses dominatrices. « T’es à moi, dis-le. Appelle-moi maître. »

Je secoue la tête, je refuse, aucun de nous ne veut céder. Non. Je ne vais pas lui faciliter la tâche. J’étais si heureuse de le revoir sur Terre, je l’ai accueilli à bras ouverts, j’avais tiré un trait sur un an de douleur, de peine, d’attente. Cette douleur me revient en pleine figure. « C’est pas aussi facile que ça, Roark. »

Sa main s’abat sur mes fesses et je tressaute. Il enfonce ses doigts profondément en moi.

« T’es à moi. Dis-le.

— Lâche-moi ». C’est plus un sanglot qu’une demande, c’est la petite fille qui a peur qu’il parte, celle qui n’a jamais eu le droit de choisir en premier, celle qui n’a jamais été appréciée à sa juste valeur, celle qui aime Noah.

« Jamais. » Il retire ses doigts et se dirige vers la commode située près de son grand lit. Il me regarde du coin de l’œil et sort quelque chose du tiroir, glisse une grosse bague autour de ses doigts et me rejoint. Il me montre un objet de la taille d’une balle de golf, relié par un câble. « Tu sais ce que c’est ? »

Oui, je sais, je me rappelle du rêve, mais je secoue la tête, il appuie la première boule à l’entrée de mon anus, préparé par ses doigts. « Ce sont des stimsphères, gara. Je les télécommande avec l’anneau à mon doigt. »

Il enfonce la première, puis la deuxième, elles me remplissent entièrement, franchissent mon anus et commencent à vibrer profondément dans mon corps. Dans mon rêve, elles étaient dans mon vagin, pas dans mon cul. C’est terriblement sensuel, mon dieu c’est trop bon.

« Tu vas jouir, femme, autant de fois que j’en aurais envie. »

Je tire sur les liens de mes bras. La chaîne en or qui pend tire sur mes tétons, je réprime un grognement de désir. Je vais pas abandonner si facilement.

Les stimsphères me brûlent littéralement, s’enflamment, je ne sais pas ce qu’elles font exactement mais une sensation formidable emplit mon corps, irradie jusqu’à mon clitoris. Le choc me fait pousser un cri tandis que je m’arcboute sur le banc, mes genoux me lâchent.

« Alors, je m’appelle comment ?

— Connard. »

Les stimsphères vibrent plus fort cette fois-ci, je ne peux réprimer un gémissement, mon vagin se contracte sur du vide. J’ai envie de sentir sa bite en moi, je veux qu’il me pénètre, me dilate. J’en ai besoin.

« Je m’appelle comment ? »

Je peux pas parler, je ne peux que remuer la tête. Sa main s’abat lourdement par deux fois sur mes fesses. Sa grosse bite pénètre dans mon vagin. Il me pénètre seulement du bout du gland, les stimsphères vibrent dans mon anus.

Je crève de désir, j’essaie de me retourner, de m’empaler sur son membre raidi mais les menottes m’empêchent de bouger, j’arrive pas à l’attraper et à le forcer à me pénétrer. « Roark !

— Je m’appelle pas comme ça, femme. Pas quand t’es couchée sur le banc, sur le point de te faire sauter. Je suis qui ? »

Pan !

Pan !

Pan !

La fessée est violente, la douleur aiguë, mon corps frémit sous la sensation, tel un éclair irradiant mes plus infimes terminaisons nerveuses.

Je frissonne tandis qu’il se penche sur moi, son gland s’enfonce dans mon vagin. Sa main droite effleure ma taille, plonge vers mes seins, il enroule la fine chaîne autour de ses doigts et tire doucement dessus en rythme jusqu’à ce que ça me fasse mal. J’ai besoin de sentir sa bouche, ses mains. Encore. J’ai encore envie.

« Je m’appelle comment ?

— Baise-moi. Baise-moi pour que je puisse couper cette foutue chaîne et rentrer chez moi.

— Tu es chez toi. »

Attachée par la chaîne entre mes seins, je ne peux pas changer de position, pas d’un pouce. Sa queue se frotte contre ma fente, je me refuse l’unique chose dont j’ai besoin. Lui. Pour qu’il me baise. Sauvagement, rapidement. Pour me faire hurler. Jouir.

« Je m’appelle comment ? »

J’ai le mot maître sur le bout de la langue, mais je ne lui ferai pas ce plaisir. Puisqu’il veut m’ôter sa chaîne, sa marque. C’est comme s’il reprenait une bague de fiançailles—non, une alliance. « Non.

— Tu es si belle, femme. Si têtue. » Il murmure à mon oreille, je frissonne tandis qu’il se presse contre moi, tentateur au possible, son corps recouvre le mien, sa bite m’écartèle, me dilate. Entre lui et les stimsphères, je me sens pleine, à craquer.

Je baisse la tête pendant la pénétration, j’en ai besoin. Plus que je ne veux bien l’admettre. Je suis amoureuse de cet imbécile, qui veut ôter sa marque de mon corps.

Il s’enfonce profondément, jusqu’à ce que ses couilles heurtent mes cuisses, son gland se presse contre mon utérus.

« Je vais te remplir de sperme, femme. Je veux te voir enceinte d’un autre enfant, une fille rebelle aux yeux bleus. »

Je me mords la lèvre en imaginant le tableau, je ferme les yeux et réprime mes larmes. « Je veux garder la chaîne, Roark. »

Il se fige sur moi. « Pourquoi, Natalie ? Ça ne t’a rien apporté de bon. Ma marque, le médaillon, t’ont mis en danger. »

Je prends conscience de ce qu’il vient de me dire, mon attitude de défi s’éloigne. « C’est pour ça que tu veux l’enlever ?

— Oui, gara. Qu’est-ce que tu imaginais— dit-il d’une voix traînante, il ondule des hanches, se retire et me pénètre, pousse des grognements. Idiote. Tu es à moi. Je ne te laisserai jamais. Il dépose un baiser sur mon épaule. Je t’aime, Natalie. Pour toujours. »

Je perds la tête. Toute ma vie j’ai rêvé d’entendre ça. Je me tourne et l’embrasse avec tout mon amour, ma crainte, mon désir, ma confiance. « Je t’aime. Je ne veux pas enlever ta chaîne Maître. »

Il m’embrasse, profondément ancré en moi, nous ne faisons qu’un. C’est un baiser d’amour. Je prends le risque de me jeter une nouvelle fois dans cette aventure. Son baiser terminé, je le regarde par derrière mon épaule. « Ne me brise plus jamais le cœur.

— Tu es mon âme, Natalie Montgomery. Tu ne douteras plus jamais de mon amour. »

Il lâche ma chaîne avec un sourire coquin et se place derrière moi. Ce changement de position lui donne toute latitude pour me pilonner plus profondément, je pousse un gémissement alors qu’il me pénètre. « Alors, gara, comment je m’appelle ?

— Maître.

 Et qu’attends-tu de ton maître ?

— Je veux jouir.

— Supplie-moi. Il se retire et me pénètre profondément.

— Je t’en supplie. »

Je le répète comme un mantra. Il me baise sauvagement, rapidement. Les stimsphères font leur ouvrage, et lui s’enfonce dans ma vulve humide, j’en peux plus. Le monde se résume à ses coups de hanches, le bruit de la baise, la décharge de sensations provoquées par les stimsphères dans mon anus, le bruit humide de mon vagin qui se frotte et se contracte sur son sexe comme un poing.

Il me pénètre sauvagement, je suis attachée. Je ne peux rien faire hormis accepter ses coups de boutoir, son pilonnage, le moindre ersatz de pouvoir et de désir pendant qu’il me pénètre, me remplit, me force à le supplier.

Mon orgasme déferle, tel une vague bouillonnante émanant des profondeurs de mon âme. Je frémis, explose en mille morceaux tandis que mon vagin se contracte et palpite, je me cambre, un plaisir infini, le plaisir et la douleur m’envahissent. Roark jouit, m’inonde de sperme chaud, sa bite qui palpite termine de m’achever.

Je m’écroule une fois terminé, je ne l’aide même pas à défaire mes liens, il me dépose sur le lit et s’installe derrière moi, bien au chaud sous les couvertures.

« Gara, je veux plus jamais t’entendre dire que tu vas me quitter. »

Blottie dans ses bras, je n’ai plus la force de lutter. « Je garde la chaîne, Roark. T’es à moi. »

Il sourit doucement, m’installe sur le dos et se place entre mes hanches. Il est à nouveau en érection, il me pénètre d’un coup d’un seul, j’ouvre grand les jambes pour mieux l’accueillir. « D’accord, gara. Si tu insistes. Tu es à moi. Oter le bijou n’y changera rien, ça ne diminuera pas la menace venant de mes ennemis.

— J’insiste. » Je l’attire contre moi pour l’embrasser.

Il m’embrasse longuement, sans se presser, tandis que sa verge me pénètre doucement et langoureusement, mon cœur palpite, mon vagin n’en peut plus. « Tu es toute mon âme. S’ils te blessent, ils me blessent.

— Alors, ne les laisse pas m’atteindre. »

Il grogne et s’enfonce plus profondément. « Plus jamais. »

Je l’embrasse, effaçant nos douleurs et nos craintes. « Je veux une fille. J’ondule mes hanches et m’empale. Pour toujours.

— Pour toujours, c’est pas suffisant. »

Je souris tandis qu’il me baise, je m’arcboute sur le lit alors que l’orgasme me parcourt, il se sert des stimsphères pour me faire jouir sans relâche. Je pousse un gémissement lorsqu’il éjacule, encore, je veux une fille à aimer. Tel est mon avenir, mon havre de paix.

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Возрастное ограничение:
0+
Дата выхода на Литрес:
11 ноября 2025
Объем:
729 стр. 16 иллюстраций
ISBN:
9783969871119
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Правообладатель:
Bookwire
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