Читать книгу: «Sais-tu? Oui.--Retiens. Non.--Apprends»
Victor Juhlin
Sais-tu? Oui.--Retiens. Non.--Apprends
Recueil de poésies simples et faciles destinées à servir d'exercices élémentaires de mémoire

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066081966
Table des matières
PRÉFACE
LE PÈRE ET L'ENFANT
UNE BONNE SEMAINE
AUX JEUNES GENS
LA FEUILLE DU CHÊNE
LE SÉJOUR DANS LE PAYS NATAL
PRIÈRE D'ESTHER
LES HIRONDELLES
LA PAUVRE FILLE
LE COLPORTEUR VAUDOIS
LA PAUVRE VEUVE MALADE
LE DÉPART DU PETIT SAVOYARD
LE PETIT SAVOYARD A PARIS
LE RETOUR DU PETIT SAVOYARD
L'ÉCOLIER
LES DIX FRANCS D'ALFRED
LA VACHE PERDUE
ATHALIE INTERROGEANT JOAS
BONHEUR DE L'ENFANT PIEUX
L'ENFANT ET LA FAUVETTE
L'HIRONDELLE
ÉLÉGIE
LE PETIT ENFANT
LE PETIT ESPIÈGLE
L'ENFANT AVEUGLE
L'ENFANT DU SOLDAT
CONSOLATION
L'ANGE ET L'ENFANT
LA FAUVETTE ET SES PETITS
ADIEUX A LA VIE
LES TROIS JOURS DE CHRISTOPHE COLOMB
L'AUMONE
LA CHUTE DES FEUILLES
LE COIN DU GRAND-PÈRE
HYMNE DE L'ENFANT A SON RÉVEIL
DERNIER CHŒUR D'ESTHER
LE NID
LE MONTAGNARD ÉMIGRÉ
LE RETOUR DANS LA PATRIE
AH! SI J'ÉTAIS PETIT OISEAU!
UNE PROMENADE DE FÉNELON
QUATRAINS MORAUX
LE BON EMPLOI DU TEMPS
LE CÈDRE DU LIBAN
LA FEUILLE
LE PLUS DOUX NOM
DANDOLO
L'OREILLER D'UNE PETITE FILLE
PARAPHRASE DU PSAUME CXLVI
LE BONHEUR DU CHRÉTIEN
LE NID DE FAUVETTES
A MES OISEAUX
LE VAISSEAU LE VENGEUR
LA MORT DES TEMPLIERS
LA SAINTE ALLIANCE DES PEUPLES
MORT DE COLIGNY
LE MEUNIER SANS-SOUCI
LE CHIEN COUPABLE
STANCES DE RACAN
LES CHATEAUX EN ESPAGNE
MOISE SAUVÉ DES EAUX
JEANNE D'ARC
LES CATACOMBES DE ROME
PRIÈRE ENFANTINE
LA CIGALE ET LA FOURMI
LA RENONCULE ET L'ŒILLET
LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS
LE CHÊNE ET LE ROSEAU
LE CHEVAL S'ÉTANT VOULU VENGER DU CERF
LE LIÈVRE ET LA PERDRIX
LA ROBE DE L'INNOCENCE
LE SINGE ET LE LÉOPARD
LA LAITIÈRE ET LE POT AU LAIT
LES ANIMAUX MALADES DE LA PESTE
LES DEUX PIGEONS
LE COCHE ET LA MOUCHE
LE VIEILLARD ET LES TROIS JEUNES HOMMES
LES DEUX CHÈVRES
LE CORBEAU ET LE RENARD
L'ANE ET LE CHIEN
LE LOUP ET LA CIGOGNE
LE LABOUREUR ET SES ENFANTS
LE COCHET, LE CHAT ET LE SOURICEAU
LE LION MALADE ET LE RENARD
LE VILLAGEOIS ET LE FROMAGE
L'AVEUGLE ET LE PARALYTIQUE
DANSEUR DE CORDE ET LE BALANCIER
LE GRILLON
LE ROI ALPHONSE
LE HIBOU, LE CHAT, L'OISON ET LE RAT
LA BREBIS ET LE CHIEN
LE PACHA ET LE DERVIS
LE COLIMAÇON
L'ANE ET LA FLUTE
LES DEUX RATS
L'HORLOGE ET LE CADRAN SOLAIRE
L'ABEILLE ET LA MOUCHE
LE LABOUREUR
LA SOURIS BLOQUÉE
PRÉFACE
Table des matières
Exercer graduellement la mémoire de l'enfant et du jeune homme; développer l'important organe de la voix; meubler l'esprit de pensées justes, d'expressions heureuses, de tournures élégantes; commencer l'éducation littéraire de l'élève par la fréquentation des bons auteurs, tels sont entre mille les principaux avantages d'un semblable recueil.
Comment s'étonner, après cela, qu'un but si utile ait tenté un grand nombre d'auteurs attirés suffisamment d'ailleurs par la facilité apparente de l'entreprise?
Étonnons-nous plutôt que parmi tant de recueils qui tous ont, avec beaucoup de qualités, quelques défauts, il n'y en ait aucun qui réunisse les conditions suivantes:
Bon marché et moralité.—Bonne poésie et simplicité. Par conséquent, aucun qui puisse servir avec avantage dans les familles, dans les classes élémentaires, dans les sociétés d'apprentis, et, en général, dans tous les cas où les conditions énoncées plus haut sont d'une nécessité absolue.
La plupart des recueils sont trop chers et trop volumineux. Le nôtre, en évitant ces deux inconvénients, devient facile à acheter, commode à remplacer, et rentre, sous ce rapport, dans la catégorie des livres classiques.
Ce qui manque surtout dans beaucoup de recueils destinés à l'enfance, c'est un langage à sa portée. Longtemps on a cru que pour qu'un recueil convînt au jeune âge, il suffisait qu'il fût moral et religieux; il n'en est rien. Outre ces deux qualités indispensables, nous en avons recherché une non moins nécessaire: la simplicité.
On se met trop peu à la portée des enfants; de là vient que si souvent nous perdons notre temps à les fatiguer ou à les ennuyer inutilement.
Mais la simplicité dans les termes ne doit pas exclure la beauté dans la forme, la pureté de la diction, la correction du style. Aussi, nous sommes-nous fait un devoir de ne puiser nos citations qu'à bonnes sources, et de n'admettre d'entre les productions contemporaines que celles qui sont généralement estimées.
Nous sommes heureux d'ajouter que nous avons reçu bien des conseils et que nous les avons mis à profit. Nous comptons que la bienveillance de nos collègues et de nos supérieurs ne nous fera pas défaut, qu'elle nous suggérera encore quelques bonnes idées, et, s'il le faut, nous éclairera par une critique affectueuse, mais sincère.
Victor JUHLIN.
LE PÈRE ET L'ENFANT
Table des matières
—Père, apprenez-moi, je vous prie,
Ce qu'on trouve après le coteau
Qui borne à mes yeux la prairie?
—On trouve un espace nouveau:
Comme ici, des bois, des campagnes,
Des hameaux, enfin des montagnes.
—Et plus loin?
—D'autres monts encor.
—Après ces monts?
—La mer immense.
—Après la mer?
—Un autre bord.
—Et puis?
On avance, on avance,
Et l'on va si loin, mon petit,
Si loin, toujours faisant sa ronde,
Qu'on trouve enfin le bout du monde...
Au même lieu d'où l'on partit.
J.-J. PORCHAT.
UNE BONNE SEMAINE
Table des matières
Mon Dieu, pendant cette semaine,
Dans mes leçons et dans mes jeux
Garde-moi de faute et de peine;
Car qui dit l'un, dit tous les deux.
Donne-moi cette humeur docile
Qui rend le devoir plus facile;
Et si ma mère m'avertit,
Au lieu de cet esprit frivole
Que distrait la mouche qui vole,
Seigneur, donne-moi ton esprit.
MmeAMABLE TASTU.
AUX JEUNES GENS
Table des matières
SONNET
Jeunesse, ne suis point ton caprice volage:
Au plus beau de tes jours souviens-toi de ta fin.
Peut-être verras-tu ton soir dans ton matin;
Et l'hiver de ta vie au printemps de ton âge.
La plus verte saison est sujette à l'orage:
De la certaine mort le temps est incertain;
Et de la fleur des champs le fragile destin
Exprime de ton sort la véritable image.
Mais veux-tu dans le ciel refleurir pour toujours?
Ne garde point à Dieu l'hiver qui des vieux jours
Tient, sous ses dures lois, la faiblesse asservie;
Consacre-lui les fleurs de ton jeune printemps,
L'élite de tes jours, la force de ta vie,
Puisqu'il est et l'arbitre et l'auteur de tes ans.
DRELINCOURT.
LA FEUILLE DU CHÊNE
Table des matières
Reposons-nous sous la feuille du chêne.
Je vous dirai l'histoire qu'autrefois,
En revenant de la cité prochaine,
Mon père, un soir, me conta dans les bois:
(O mes amis, que Dieu vous garde un père!
Le mien n'est plus.)—De la terre étrangère,
Seul, dans la nuit, et pâle de frayeur,
S'en revenait un riche voyageur.
Un meurtrier sort du taillis voisin.
O voyageur! Ta perte est trop certaine;
Ta femme est veuve et ton fils orphelin.
«Traître, a-t-il dit, nous sommes seuls dans l'ombre;
«Mais, près de nous, vois-tu ce chêne sombre?
«Il est témoin: au tribunal vengeur
«Il redira la mort du voyageur!»
Le meurtrier dépouilla l'inconnu;
Il emporta dans sa maison lointaine
Cet or sanglant, par le crime obtenu.
Près d'une épouse industrieuse et sage,
Il oublia le chêne et son feuillage;
Et seulement une fois la rougeur
Couvrit ses traits, au nom du voyageur.
Un jour enfin, assis tranquillement
Sous la ramée, au bord d'une fontaine,
Il s'abreuvait d'un laitage écumant.
Soudain le vent fraîchit; avant l'automne,
Au sein des airs la feuille tourbillonne:
Sur le laitage elle tombe... O terreur!
C'était ta feuille, arbre du voyageur!
Le meurtrier devint pâle et tremblant:
La verte feuille et la claire fontaine,
Et le lait pur, tout lui parut sanglant.
Il se trahit; on l'écoute, on l'enchaîne;
Devant le juge en tumulte on l'entraîne;
Tout se révèle et l'échafaud vengeur
Réclame, hélas! le sang du voyageur.
Reposons-nous sous la feuille du chêne.
MILLEVOYE.
LE SÉJOUR DANS LE PAYS NATAL
Table des matières
Il est un pays fortuné:
Un doux ciel rit à ses campagnes;
Et d'un beau lac son sol baigné
S'appuie à de blanches montagnes:
Vraie image du paradis,
C'est mon pays, mon cher pays!
Là mon enfance a pris l'essor,
De mon aïeul là dort la cendre;
Là ma mère possède encor
Un bon père, une mère tendre.
Combien d'attraits tu réunis,
O mon pays, mon cher pays!
Là des soins tendres, maternels,
Sont prodigués à ma faiblesse;
De mes intérêts éternels
C'est là qu'on instruit ma jeunesse;
Oh! combien mes jours sont bénis
Dans mon pays, mon cher pays!
Bien loin de toi j'ai vu le jour,
Mais mon père, à chaque veillée,
Te vantait avec tant d'amour,
Que je pleurais comme exilée.
Quel bonheur quand je te revis,
O mon pays, mon cher pays!
Loin de toi s'il faut me bannir,
Je garde, ô terre de mes pères,
Dans mon cœur ton doux souvenir,
Et ton doux nom dans mes prières.
Oui, je prierai pour tous tes fils,
O mon pays, mon cher pays!
Que par les soins de l'Éternel,
Ta terre soit fertilisée,
Et que la parole du ciel
Y pleuve comme une rosée.
Sois d'avance un vrai paradis,
O mon pays, mon cher pays!
A. VINET.
PRIÈRE D'ESTHER
Table des matières
O mon souverain roi,
Me voici donc tremblante et seule devant toi.
Mon père mille fois m'a dit dans mon enfance,
Qu'avec nous tu juras une sainte alliance
Quand, pour te faire un peuple agréable à tes yeux,
Il plut à ton amour de choisir nos aïeux:
Même tu leur promis de ta bouche sacrée
Une postérité d'éternelle durée.
Hélas! ce peuple ingrat a méprisé ta loi;
La nation chérie a violé sa foi;
Elle a répudié son époux et son père,
Pour rendre à d'autres dieux un honneur adultère:
Maintenant elle sert sous un maître étranger.
Mais c'est peu d'être esclave, on la veut égorger:
Nos superbes vainqueurs, insultant à nos larmes,
Imputent à leurs dieux le bonheur de leurs armes,
Et veulent aujourd'hui qu'un même coup mortel
Abolisse ton nom, ton peuple et ton autel.
Ainsi donc un perfide, après tant de miracles,
Pourrait anéantir la foi de tes oracles,
Ravirait aux mortels le plus cher de tes dons,
Le saint que tu promets, et que nous attendons!
Non, non, ne souffre pas que ces peuples farouches,
Ivres de notre sang, ferment les seules bouches
Qui dans tout l'univers célèbrent tes bienfaits;
Et confonds tous ces dieux qui ne furent jamais.
Pour moi, que tu retiens parmi ces infidèles,
Tu sais combien je hais leurs fêtes criminelles,
Et que je mets au rang des profanations
Leur table, leurs festins et leurs libations;
Que même cette pompe où je suis condamnée,
Ce bandeau dont il faut que je paraisse ornée,
Dans ces jours solennels à l'orgueil dédiés,
Seule et dans le secret je les foule à mes pieds;
Qu'à ces vains ornements je préfère la cendre
Et n'ai de goût qu'aux pleurs que tu me vois répandre.
J'attendais le moment marqué dans ton arrêt
Pour oser de ton peuple embrasser l'intérêt.
Ce moment est venu: ma prompte obéissance
Va d'un roi redoutable affronter la présence.
C'est pour toi que je marche: accompagne mes pas
Devant ce fier lion qui ne te connaît pas;
Commande en me voyant que son courroux s'apaise,
Et prête à mes discours un charme qui lui plaise;
Les orages, les vents, les cieux te sont soumis.
Tourne enfin sa fureur contre nos ennemis.
RACINE.
LES HIRONDELLES
Table des matières
Captif au rivage du Maure,
Un guerrier, courbé sous ses fers,
Disait: Je vous revois encore
Oiseaux ennemis des hivers.
Hirondelles que l'espérance
Suit jusqu'en ces brûlants climats,
Sans doute vous quittez la France.
De mon pays ne me parlez-vous pas?
Depuis trois ans je vous conjure
De m'apporter un souvenir
Du vallon où ma vie obscure
Se berçait d'un doux avenir.
Au détour d'une eau qui chemine
A flots purs, sous de frais lilas,
Vous avez vu notre chaumine.
De ce vallon ne me parlez-vous pas?
L'une de vous peut-être est née
Au toit où je reçus le jour;
Là, d'une mère infortunée,
Vous avez dû plaindre l'amour.
Mourante, elle croit à toute heure
Entendre le bruit de mes pas.
Elle écoute et puis elle pleure.
De son amour ne me parlez-vous pas?
Ma sœur est-elle mariée?
Avez-vous vu de nos garçons
La foule aux noces conviée
La célébrer dans leurs chansons?
Et ces compagnons du jeune âge
Qui m'ont suivi dans les combats,
Ont-ils tous revu le village?
De tant d'amis ne me parlez-vous pas?
Sur leurs corps l'étranger peut-être
Du vallon reprend le chemin.
Sous mon chaume il commande en maître,
De ma sœur il trouble l'hymen.
Pour moi, plus de mère qui prie,
Et partout des fers ici-bas!
Hirondelles, de ma patrie,
De ses malheurs ne me parlez-vous pas?
BÉRANGER.
LA PAUVRE FILLE
Table des matières
J'ai fui ce pénible sommeil
Qu'aucun songe heureux n'accompagne;
J'ai devancé sur la montagne
Les premiers rayons du soleil.
S'éveillant avec la nature,
Le jeune oiseau chantait sur l'aubépine en fleurs;
Sa mère lui portait la douce nourriture;
Mes yeux se sont baignés de pleurs!
Oh! pourquoi n'ai-je pas de mère?
Pourquoi ne suis-je pas semblable au jeune oiseau
Dont le nid se balance aux branches de l'ormeau?
Rien ne m'appartient sur la terre;
Je n'ai pas même de berceau;
Et je suis un enfant trouvé sur une pierre,
Devant l'église du hameau.
Loin de mes parents exilée,
De leurs embrassements j'ignore la douceur,
Et les enfants de la vallée
Ne m'appellent jamais leur sœur!
Je ne partage point les jeux de la veillée;
Jamais sous un toit de feuillée
Le joyeux laboureur ne m'invite à m'asseoir.
Et de loin je vois sa famille,
Autour du sarment qui pétille
Chercher sur ses genoux les caresses du soir.
Vers la chapelle hospitalière
En pleurant j'adresse mes pas,
La seule demeure ici-bas
Où je ne sois pas étrangère,
La seule devant moi qui ne se ferme pas!
Souvent je contemple la pierre
Où commencèrent mes douleurs:
Je cherche la trace des pleurs
Qu'en m'y laissant peut-être y répandit ma mère!
Souvent aussi mes pas errants
Parcourent des tombeaux l'asile solitaire;
Mais pour moi les tombeaux sont tous indifférents,
La pauvre fille est sans parents
Au milieu des cercueils ainsi que sur la terre.
J'ai pleuré quatorze printemps,
Loin des bras qui m'ont repoussée;
Reviens, ma mère: je t'attends
Sur la pierre où tu m'as laissée.
A. SOUMET.
LE COLPORTEUR VAUDOIS
Table des matières
Oh! regardez, ma noble et belle dame,
Ces chaînes d'or, ces joyaux précieux.
Les voyez-vous, ces perles dont la flamme
Effacerait un éclair de vos yeux?
Voyez encor ces vêtements de soie
Qui pourraient plaire à plus d'un souverain.
Quand près de vous un heureux sort m'envoie,
Achetez donc au pauvre pèlerin!
La noble dame, à l'âge où l'on est vaine,
Prit les joyaux, les quitta, les reprit,
Les enlaça dans ses cheveux d'ébène,
Se trouva belle, et puis elle sourit.
—«Que te faut-il, vieillard? des mains d'un page
«Dans un instant tu vas le recevoir.
«Oh! pense à moi, si ton pèlerinage
«Te reconduit auprès de ce manoir.»
Mais l'étranger d'une voix plus austère,
Lui dit: «Ma fille, il me reste un trésor
«Plus précieux que les biens de la terre,
«Plus éclatant que les perles et l'or.
«On voit pâlir aux clartés dont il brille,
«Les diamants dont les rois sont épris.
«Quels jours heureux luiraient pour vous, ma fille,
«Si vous aviez ma perle de grand prix!»
—«Montre-la-moi, vieillard, je t'en conjure;
«Ne puis-je pas te l'acheter aussi?»
Et l'étranger, sous son manteau de bure,
Chercha longtemps un vieux livre noirci.
—«Ce bien, dit-il, vaut mieux qu'une couronne;
«Nous l'appelons la Parole de Dieu. «Je ne vends pas ce trésor, je le donne; «Il est à vous: le Ciel vous aide! Adieu!»
Il s'éloigna. Bientôt la noble dame
Lut et relut le livre du Vaudois,
La vérité pénétra dans son âme,
Et du Sauveur elle comprit la voix;
Puis, un matin, loin des tours crénelées,
Loin des plaisirs que le monde chérit,
On l'aperçut dans les humbles vallées
Où les Vaudois adoraient Jésus-Christ.
G. DE FÉLICE.
LA PAUVRE VEUVE MALADE
Table des matières
Viens, mon enfant, près de ta mère.
Élevons nos mains vers le ciel;
Prions que dans ta coupe amère
Le Seigneur verse un peu de miel!
Je n'ai plus rien, mon fils, pour soulager ta peine,
Rien pour sécher tes yeux qui se baignent de pleurs,
Je suis pauvre et débile, et la fièvre m'enchaîne
Sur cette couche de douleurs.
Les amis qui naguère égayaient ma jeunesse,
Ont déjà de mon chaume oublié le chemin.
Hélas! le monde fuit au jour de la détresse
Et ne vient plus le lendemain.
Par pitié, mon enfant, n'appelle point ton père!
Ton père, s'il vivait, protégerait tes jours;
Mais son âme est au ciel et son corps sous la pierre;
Il nous a quittés pour toujours!
Mon toit des vents du nord ne sait point te défendre;
Tu trembles sur mon sein qui ne peut te couvrir,
Si jeune encor, mon fils, te faut-il donc apprendre
Qu'ici-bas l'homme doit souffrir?
Que dis-je! Ah! loin de moi, loin d'indignes murmures!
Dieu n'exauce-t-il pas le cri des opprimés?
N'est-il pas avec nous pour guérir nos blessures,
Celui qui nous a tant aimés?
Viens, mon enfant, près de ta mère,
Élevons nos mains vers le ciel;
Prions que dans ta coupe amère
Le Seigneur verse un peu de miel!
Oui, tu seras toujours son guide et sa défense;
Mon fils peut regarder l'avenir sans effroi:
Il a deux titres saints, le malheur et l'enfance,
Grand Dieu, pour espérer en toi!
Oui, comme tu répands une fraîche rosée
Sur la fleur qui s'incline aux feux brûlants du jour,
Tu répandras, Seigneur, sur son âme brisée,
Les eaux vives de ton amour.
Mais n'attends plus! Déjà pâlissante et flétrie,
Sa tête s'est penchée au souffle des revers.
Oh! viens, il en est temps, l'orphelin qui te prie
N'a que toi seul dans l'univers.
Rends-lui, Dieu juste et bon, les plaisirs du jeune âge,
Rends-lui le doux espoir d'un heureux avenir;
Et, parmi les écueils de son pèlerinage,
Veille sur lui pour le bénir!
Viens, mon enfant, près de ta mère,
Élevons nos mains vers le ciel;
Prions que dans ta coupe amère
Le Seigneur verse un peu de miel!
Ainsi parlait la veuve et son regard humide
Sollicitait encor la céleste bonté.
Quand déjà sous les traits d'une vierge timide
Accourait l'humble Charité.
Elle connaît l'asile où gémit la souffrance;
Au foyer qu'on oublie elle sème des fleurs;
Et près d'elle s'assied la riante Espérance,
Heureuse d'essuyer des pleurs.
«Ne crains plus,» lui disait l'humble fille chrétienne,
«Dieu ne veut pas briser le fragile roseau.
«Il envoie une sœur, pour que sa main soutienne
«Une moitié de ton fardeau.»
Et la veuve, attendrie à ces douces paroles,
Montrait du doigt son fils qui priait à genoux;
Puis elle dit: «C'est toi, mon Dieu, qui nous consoles,
«Ton ange descend parmi nous!»
Viens, mon enfant, près de ta mère,
Bénissons le Maître du ciel;
N'a-t-il pas, dans ta coupe amère,
Daigné répandre un peu de miel?
G. DE FÉLICE.
