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Equitation et instruction équestre des cavaleries européennes

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066325428
Table des matières
I. TROUPE. — II. OFFICIERS.
INTRODUCTION
PREMIÈRE PARTIE
ALLEMAGNE
CHEVAUX
LES HOMMES
CADRES
CASERNEMENT — MATÉRIEL
DISCIPLINE — AUTORITÉ DU CAPITAINE
INSTRUCTION
EMPLOI DU CHEVAL
AUTRICHE-HONGRIE
CHEVAUX
LES HOMMES
INSTRUCTION
CASERNEMENT
EMPLOI DU CHEVAL — ENTRETIEN DE L’ESPRIT CAVALIER
ITALIE
CHEVAUX
LES HOMMES
INSTRUCTION
EMPLOI DU CHEVAL
ANGLETERRE
CHEVAUX
LES HOMMES
INSTRUCTION
ARMÉE DES INDES
ESPAGNE
BELGIQUE
CHEVAUX
INSTRUCTION
EMPLOI DU CHEVAL. GRANDES MANŒUVRES.
POINTS DE RAPPROCHEMENT
RUSSIE
CHEVAUX
HOMMES
INSTRUCTION
CAVALERIE COSAQUE
EMPLOI DU CHEVAL
DEUXIÈME PARTIE
ALLEMAGNE
INSTITUTIONS ÉQUESTRES
AUTRICHE-HONGRIE
INSTITUTIONS EQUESTRES
ITALIE
INSTITUTIONS ÉQUESTRES
ANGLETERRE
INSTITUTIONS ÉQUESTRES
ÉQUITATION DES OFFICIERS ANGLAIS AUX INDES
ESPAGNE
RUSSIE
INSTITUTIONS ÉQUESTRES
CONCLUSION
I. TROUPE. — II. OFFICIERS.
Table des matières

INTRODUCTION
Table des matières
Mon but.
Je n’ai pas la prétention de faire un bouquin; ceci n’est donc qu’une étude.
Mon but est de tâcher d’établir une sorte de parallèle entre les principales puissances européennes au point de vue de l’instruction et de l’équitation militaires; je chercherai, après avoir signalé les différences qui existent entre leurs règlements et le nôtre, à faire ressortir nettement le genre d’équitation préféré par chacune d’elles, et j’indiquerai, avec la façon dont on l’enseigne, les ressources mises à la disposition des instructeurs.
J’ai divisé ce travail en deux parties: la première a trait à l’équitation militaire proprement dite, c’est-à-dire à celle de la troupe; la deuxième, esquissant l’équitation des officiers, donnera en même temps une idée de l’équitation de la nation, car, partout maintenant, les officiers peuvent être considérés, à bon droit, comme donnant l’impulsion dans l’art équestre.
Mes sources — je les indique souvent — ce sont: la Revue militaire de l’étranger, la Revue de cavalerie, le Journal des Sciences militaires, le Spectateur militaire, l’Etat militaire des puissances étrangères, par Rau, les règlements étrangers, les ouvrages parus sur la matière, enfin et surtout les renseignements qu’ont bien voulu me communiquer ceux de nos camarades qui les ont étudiés de visu en voyageant dans le pays même.
Sachant par expérience que les faits rappelés par une anecdote restent mieux gravés dans la mémoire, j’en ai glissé le plus possible; au reste, c’est l’assemblage d’un certain nombre de faits — après l’exposé des principes émis par les règlements — qui nous donneront la caractéristique de chaque puissance.
En un mot, mon seul but, sans aucune autre prétention, est de vulgariser les procédés de l’instruction équestre en usage dans les puissances étrangères.
Enfin, j’ai cherché, par un style un peu différent peut-être de celui rencontré dans ce genre de travail, à rendre cette lecture facile, sinon attrayante.
Ceci dit, je commence.
La vieille politesse française exige, n’est-ce pas? que je parle de nous les derniers; de plus, cela est nécessaire afin de pouvoir en tirer, en connaissance de cause, une conclusion pratique; je renverse donc les rôles et je commence... par l’équitation militaire de la troupe en Allemagne.
PREMIÈRE PARTIE
Table des matières
ÉQUITATION MILITAIRE DE LA TROUPE
ALLEMAGNE
Table des matières
Mouvements demandés aux hommes et aux chevaux. — Le Manuel d’équitation de la cavalerie allemande — 93 régiments — a été approuvé par l’empereur Guillaume le 31 août 1882. Il se divise en deux parties:
La première partie traite de l’instruction des recrues;
La deuxième partie est un cours complet d’équitation destiné aux instructeurs.
En étudiant ce manuel, on constate que les exigences du règlement allemand sont bien autrement sévères que les nôtres, en ce qui concerne les mouvements demandés aux hommes et aux chevaux, puisqu’il s’agit de pirouettes, de changements de pied, etc.: de la part des cavaliers, cela demande beaucoup plus de tact que nous ne sommes habitués à en rencontrer chez nos hommes, et, de la part des chevaux, cela exige aussi un dressage, un degré de souplesse qui semblent ne pas exister en France.
Quand on examine d’abord la partie du Manuel traitant de l’Instruction des recrues (1re partie), — où se constatent, en somme, les résultats du dressage et où les Allemands demandent ces mouvements délicats, — on est tenté de douter de les voir arriver à un bon résultat avec leurs hommes qui, au point de vue de l’intelligence et de la souplesse corporelle, sont certainement inférieurs aux nôtres; on craint aussi de retrouver, dans le dressage, une sorte de manque d’extension et on se demande si, le cheval paraissant toujours rassemblé, il n’y a pas à redouter, par l’emploi constant de ces mouvements serrés, de voir enrayer la franchise dans le mouvement en avant.
Eh bien! si on étudie avec soin leur méthode de dressage très progressive, si on envisage l’esprit méthodique avec lequel ils doivent la suivre, cela n’étonne plus autant.
Les Allemands ont apporté là la patience et la suite qu’ils emploient dans toute leur organisation militaire et ce n’est qu’après d’activés recherches que cette méthode a été réglementée.
CHEVAUX
Table des matières
Production. — Remonte — En 1883, M. Cornette, directeur des haras français, envoyé en mission hippique en Allemagne par le Ministre de l’agriculture, constatait, dans son rapport, les efforts considérables faits par nos voisins pour avoir le cheval de sang qui remonte maintenant une grande partie de leur cavalerie et dont le centre de production est la Prusse orientale: elle fournit 65 p. 100 des chevaux qui lui sont nécessaires.
A côté des haras de l’Etat de Trakehnen (Prusse orientale), de Graditz, près de Torgau (Saxe prussienne), qui entretiennent des chevaux de pur sang anglais, de Beberbeck dans la Hesse-Nassau, — de nombreux haras particuliers, parmi lesquels il faut citer celui de Neustadt (Brandebourg) qui élève des demi-sang, ont contribué, pour une large part, aux améliorations successives.
Ces haras s’entretiennent au moyen du prix de la monte qui varie de 6 à 300 marks (1 fr. 25) et par la culture de vastes propriétés qui forment leur domaine.
Jusqu’en 1828, les Allemands achetaient leurs chevaux à l’étranger, principalement en Pologne, en Russie, en Hollande, dans le Danemark; Frédéric-Guillaume III, dès 1800, avait compris les inconvénients de ce système, mais son idée d’instituer des dépôts de remonte, émise en 1800, ne fut mise en pratique qu’en 1821.
L’Allemagne possède maintenant une vingtaine de ces dépôts, où elle récolte le prix des sacrifices faits pour combiner le sang anglais avec celui des juments du pays; — elle est devenue acquéreur, entre autres, de Chamant, qu’elle a payé 173,000 francs; de Dandin, vainqueur du Derby français en 1882 (faisant dead-heat avec Saint-James), de Flibustier, par Doncaster et Springfiel (anglais), de The Palmer, étalon de pur sang anglais qui lui a coûté 191,000 francs.
Elle achète encore, chaque année, nos meilleurs anglo-normands et a presque abandonné le pur sang oriental.
En dehors de la Prusse orientale, les meilleurs centres de production sont: le Mecklembourg, l’Oldenbourg, le duché de Brunswick et le grand duché de Hesse qui remontent admirablement leur grosse cavalerie; enfin, à signaler dans le Palatinat (Bavière rhénane) la race des «Deux Ponts», produite par l’accouplement de juments de pur sang anglais et d’étalons orientaux.
Les chevaux nécessaires à la cavalerie (7,000 par an environ) sont achetés entre 3 et 4 ans par des commissions de remonte permanentes, au nombre de six.
Ces commissions, — dont un seul membre, le président (officier supérieur ou capitaine), est permanent, — se composent, en outre, de deux lieutenants et d’un vétérinaire, pris parmi les officiers des corps connaissant le cheval, et qui sont détachés seulement pendant la saison d’achats.
Les jeunes chevaux acquis sont envoyés dans les dépôts, qui comprennent 5 à 600 têtes, et y séjournent pendant un an environ.
Chaque dépôt forme une exploitation agricole dirigée par un fonctionnaire civil, ayant des adjoints, anciens militaires. Des domestiques sont loués pour la culture; des vétérinaires ont la direction des soins à donner aux chevaux et ont sous leurs ordres des palefreniers-chefs et des palefreniers, un pour vingt chevaux.
Les chevaux sont réunis par vingt dans des écuries; ils y sont en liberté ; ils n’ont pas de râteliers, la ration est placée par petites portions sur la litière, sauf l’avoine qui est mise dans une auge basse commune.
Les Allemands, comme les Autrichiens, nous reprochent d’avoir des râteliers qui forcent le cheval à lever la tète, à manger dans une position qui n’est pas naturelle, — puisque le type doit être le cheval qui broute; — les râteliers contribuent, prétendent-ils, à rendre l’encolure flexible et la conduite du cheval est alors plus difficile. Aussi n’en ont-ils pas la plupart du temps et leurs mangeoires sont toujours très basses.
Auprès des écuries se trouvent des paddocks ou parcours de 25 à 30 mètres de côté, dont le sol est sablonneux; les chevaux déferrés , mais ayant les pieds parés, y sont lâchés. Ils y restent quatre heures au moins et, de temps en temps, un homme les excite avec un fouet.
Le prix de revient à Kattenau (dépôt près de Trakehnen), par exemple, est de 300 marks (375 francs) par an pour frais d’élevage.
Et le prix moyen d’un cheval de 3 à 5 ans, y compris les frais d’achat, est évalué à 894 francs.
L’inspecteur des remontes répartit les chevaux dans les régiments, où ils arrivent en juillet.
Afin d’encourager l’élevage en Alsace, le gouvernement, par l’organe du directeur de la remonte, le général-major von Arnim , a promis dernièrement, en 1891, d’élever à 1,400 marks (1,750 francs) le prix des chevaux de 3 ans d’une taille de 1m,55 à 1m,70, bien nourris au sec et au grain. Il est recommandé aux éleveurs de ne pas laisser leurs jeunes sujets attachés à l’écurie, ni sur le pavé, ni dans des locaux bas, humides et mal entretenus. Les achats ont eu lieu en juin 1891.
L’Allemagne, avec ses 3,522,000 chevaux, tient ainsi, dit M. Cornette, le troisième rang parmi les puissances européennes, après la Russie et l’Autriche.
Façon de monter. — Nous devons constater maintenant que leur façon de monter tient de l’équitation rassemblée et, — quoique, en 1836, le général von Schmidt, alors lieutenant au 4° uhlans, ait été chargé d’aller étudier la méthode Baucher et qu’on ait conclu, après son rapport et expériences, au rejet de cette méthode, — on n’en retrouve pas moins quelques traces; en tous cas, il est certain que l’équitation de manège est restée en honneur chez eux jusqu’à nos jours.
Mais, si nous relevons dans leur Manuel d’équitation les épaules et hanches en dedans de de la Guérinière, les parades et demi-parades, que Baucher nomme les arrêts et les demi-arrêts et dont l’emploi est journalier, si, dis-je, nous y relevons tout cela et de nombreux assouplissements, il faut remarquer qu’ils prennent pour base ce qu’ils appellent l’équilibre du cheval neuf. C’est-à-dire qu’ils commencent par chercher à faire reprendre au jeune cheval, sous le cavalier, sa position de tète et de corps naturelle, au moyen de longs temps de pas et de trot (qu’ils nomment trot naturel); alors seulement, — quand le cheval a repris sa position naturelle sous le cavalier, — ils lui font faire des mouvements.
La transcription de quelques passages de la partie du Manuel traitant du dressage (2° partie) montrera combien il a été étudié et fixera mieux les idées sur leur méthode et leurs principes d’équitation.
Dressage. Leurs principes d’équitation. — «Quand, dit le Manuel, par de longs temps de pas et de trot, les chevaux ont été amenés à baisser la tête, il faut raccourcir les rênes avec beaucoup de précaution et sentir doucement leur effet; si le cheval s’appuie dessus, le cavalier conserve la main fixe, — si le cheval lève la tête, le cavalier REND, en cherchant à retendre les rênes aussitôt.
» L’action de porter, en ce cas, les poignets en arrière est absolument défectueuse.
» Bientôt le cheval cherchera un appui que le cavalier devra lui donner en toutes circonstances.
» Après un temps de trot, le cheval étendra volontiers l’encolure et l’allongera.
» Si, au trot ou au pas, les premières fois, le jeune cheval bute, le cavalier ne fera rien pour le retenir.
» Quand un cheval a un côté raide, il est recommandé de tenir les rênes longues et principalement du côté raide, afin que l’encolure soit forcée d’aller les chercher, en se détendant complètement, ce qui forcera aussi les muscles raides et massifs à se détendre et à s’assouplir.
» Si un cheval a un côté raide, c’est celui-là qu’il faut travailler, mais les deux côtés ont des alternances de souplesse et, tel qui l’aura été d’abord davantage, le deviendra le moins; cela devra généralement être considéré comme un progrès.»
Leurs recommandations «de ne se servir des jambes, avec un jeune cheval, que lorsqu’il a accepté le mors, — de l’habituer d’abord à la jambe passive et de ne s’en servir que plus tard pour donner l’impulsion», me semblent moins exactes. Il est préférable de donner l’impulsion dès le principe par des coups de mollets, afin de tout prendre sur le mouvement en avant; c’est ce que nous indique notre Règlement, en faisant précéder les mouvements de rênes par ceux des jambes.
Cependant, leur conclusion pour les jambes est vraie:
«Les jambes, disent-ils, agissent comme un ressort et ne serviront bientôt plus qu’à entretenir le cheval dans le mouvement en avant ou à le fléchir, actions qui sont souvent réunies. Enfin des indications doivent remplacer leur action.»
Division du dressage. — Sa durée. — Les chevaux arrivent dans les régiments, nous l’avons dit, à la fin de juillet ou au commencement d’août et ne sont soumis au dressage qu’à partir du 1er octobre.
Ce dressage, très progressif, on va le voir, dure dix-huit mois et comprend neuf périodes, de deux mois chacune environ.
Dans la première (octobre à janvier), après de longs temps de pas et de trot, on demande quelques flexions à pied et quelques mouvements montés: — dans la deuxième (janvier et février), on donne la leçon du pas, du reculer, on commence le travail en cercle et le trot raccourci; — pendant la troisième (mars, avril), viennent le travail des deux pistes, l’épaule en dedans, le saut d’obstacles; — avec la quatrième (mai, juin), commence le galop; — dans la cinquième (juillet à septembre), le travail à l’extérieur est entremêlé avec le manège, la bride est prise en juillet, puis les armes.
La sixième inaugure la deuxième année, on règle les allures, on fait de nombreux sauts montés et non montés; — à la septième (novembre et décembre), se font les départs au galop réguliers, on en règle la vitesse, on fait du travail des deux pistes régulier; — pendant la huitième (janvier, 2e année), on aborde les changements de pieds, les pirouettes rapides, le galop à faux, les 8 de chiffre, etc.; enfin, — la neuvième (février, mars) est consacrée à perfectionner le cheval en répétant le tout avec les armes, à le préparer au travail d’ensemble par trois, sur un rang, aux marches en terrain varié, aux sauts et à la carrière.
On peut juger combien cette progression est méthodique et voir qu’ils attachent la plus grande importance au travail en bridon, base du dressage; aussi, quand ils arrivent à la bride, en juillet, le cheval est déjà tellement équilibré et assoupli, que celle-ci ne sert qu’à le guider légèrement.
Ce n’est donc qu’en avril de la deuxième année qu’un cheval passe dans le rang et après avoir été sévèrement examiné.
Souvent même on forme une reprise spéciale, la troisième année, pour les chevaux de 7 ans (Forjhärige remonten).
Par qui montés? — Choix du cavalier. — Il faut ajouter que les jeunes chevaux ne sont montés que par des sous-officiers, par les trompettes — qui, en Allemagne, sont tous des sous-officiers rengagés et sont complètement à la disposition du capitaine commandant, — puis par des capitulants, ou rengagés, tous cavaliers de choix, spécialement dressés dans ce but.
Enfin, il faut noter que le capitaine commandant l’escadron se charge lui-même, en général, du dressage des jeunes chevaux.
Il paraît moins étonnant alors que ces chevaux arrivent à exécuter au galop des huit de chiffre, des pirouettes, du travail à faux, des changements de pied.
Le choix du cavalier y est encore pour beaucoup et il est intéressant de lire les recommandations d’une minutie incroyable que font les Généraux pour la désignation du cheval au cavalier, en raison de sa taille, de son poids, de la longueur du buste ou de ses jambes, de son tempérament, de son caractère, de son habileté, etc., etc.
Pour les recrues, ils choisissent des chevaux sûrs, allants, bien dressés, de sorte que toutes les fautes puissent être attribuées au cavalier et qu’on n’ait pas à s’occuper du cheval et du cavalier à la fois.
Constatation des résultats. — On peut dire même que c’est à l’instruction qu’ils constatent si le cheval est bien dressé et s’il conserve bien l’attitude qui est, pour eux, la pierre de touche du dressage. — S’ils reconnaissent une insuffisance ou de mauvaises habitudes prises, ils remettent l’animal en dressage.
Il m’a été dit que beaucoup de leurs chevaux étaient rétifs; il ne faut, je crois, exagérer ni dans un sens ni dans l’autre: ils donnent et entretiennent la souplesse au moyen d’assouplissements constants d’une part et en laissant le cheval reprendre son équilibre naturel sous le cavalier, d’autre part, — la méthode est bonne, mais il faut bien l’appliquer.
Il n’en est pas moins vrai que cette branche, l’équitation et le dressage, est l’objet de tous leurs soins; la direction qu’en prend souvent le capitaine en est une preuve et l’envoi, — à l’exposition hippique de Berlin en 1890, par chaque régiment, de chevaux reçus dans les trois dernières années, pour y être examinés au point de vue du dressage, — en est une autre.
On peut reprocher aux Allemands de se servir de nombreux moyens auxiliaires pour le dressage: rênes de relèvement, rêne auxiliaire, cavalier espagnol (c’est le surfaix cavalier du comte d’Aure), etc., — moyens destinés plutôt à briser le cheval à l’attitude, — enfin de ne pas généraliser l’emploi de la longe.
Les chevaux, élevés en liberté dans les dépôts, sont très doux, ils deviennent souples et résistants par ce dressage progressif et de longue durée, aussi la moyenne de leur service est-elle de dix ans : — C’est facile à calculer l’effectif d’un escadron est de 133 chevaux de troupe et il en reçoit treize par an. — Souvent même, après, ces chevaux sont pris par la gendarmerie, le train, etc.
Ce sont là les résultats de l’institution des dépôts de remonte, auxquels on doit encore l’homogénéité de la remonte de chaque corps; de plus, les commissions, parcourant toujours les même pays, les connaissent parfaitement.
Il faut y ajouter les avantages que leur procurent les mesures suivantes: — possibilité de se défaire des animaux insuffisants à tout âge, même pendant le dressage; — fixité des effectifs, des envois, des déclassements; — institution des Krumper, — (on appelle ainsi quatre chevaux par escadron, pris parmi les meilleurs de ceux déclassés, qui servent à l’attelage, aux corvées, etc., et sont nourris sur l’ensemble, en sus de l’effectif, ou bien encore, en plus des quatre précédents, ceux gardés pour les volontaires d’un an et que ceux-ci nourrissent à leurs frais); — création de la masse de remonte, à laquelle chaque volontaire verse, en arrivant, 500 francs; — enfin et surtout interdiction à qui que ce soit de puiser dans une unité.
Voilà le principal élément de l’instruction équestre, le cheval, terminons son étude en disant que les rations, pendant la période d’acclimatement, pendant la première année de dressage, — où la quantité d’avoine est un peu plus forte, — en garnison, en marches, en manœuvres, en campagne, sont très judicieusement réparties.
Je n’en donnerai qu’un exemple en plus de celui cité plus haut (augmentation, la première année de dressage), la ration, dite des manœuvres, n’est pas donnée à la cavalerie pendant ses manœuvres spéciales, parce qu’il est dit qu’un Général de cette arme saura mieux mesurer ses exigences qu’un Général d’infanterie.
Voyons maintenant les autres éléments mis à la disposition d’un commandant d’escadron: les hommes, les cadres, le matériel, — et nous le verrons s’en servir.
J’extrais d’une étude fort intéressante sur la cavalerie allemande qui a paru par articles, dans la Revue de Cavalerie, depuis le mois d’avril 1886 et qui vient de finir, la plupart des faits et renseignements qui suivent; ils donnent une idée exacte des mœurs militaires allemandes et sont présentés par l’auteur sous une forme anecdotique et avec un esprit de pratique qui lui font le plus grand honneur.
LES HOMMES
Table des matières
L’effectif d’un escadron est de 139 hommes; il reçoit 28 à 34 recrues par an, y compris les volontaires de trois et quatre ans. On pourrait même dire de quatre ans car, à part certains régiments un peu délaissés à cause de leur garnison — et de leur uniforme peut-être, les Allemands sont très amateurs de tout ce qui est «pompon», — les demandes d’engagements sont si nombreuses qu’on a pu les fixer à quatre ans pour la cavalerie.
Les engagés volontaires doivent être agréés par le colonel; — dans le courant de l’année il n’y a pas souvent de place, puisque les trous sont aussitôt bouchés par un homme venu de la réserve de remplacement (Ersatz Reserve) et, dans la pratique, les chefs de corps fixent au 1er octobre, c’est-à-dire avec les recrues, cette incorporation, laissant les capitaines libres de prendre ou de refuser ces engagés.
C’est la caractéristique des institutions militaires en Allemagne que le capitaine, responsable, est libre de refuser les éléments mis à sa disposition, et deux faits, entre autres, donneront une idée de l’élasticité de ces institutions ayant, pour but unique, le bien du service:
Ainsi, un chef de corps peut admettre comme surnuméraires des «avantageurs» qui, se destinant à l’épaulette, s’entretiennent à leurs frais ou des «Brodlose» (gens sans pain) que le régiment nourrit; sur ses économies, en sus de l’effectif.
Voici l’autre fait:
Le «Wachtmeister» (maréchal des logis chef), vieux sous-officier qui remplit quelquefois ses fonctions jusqu’à 40 ans, est nommé au choix par le chef de corps, sur la demande du capitaine, dont il est le bras droit pour le service intérieur.
Quoique donné au choix, ce grade revient plutôt à l’ancienneté et la liberté est telle, dans les mœurs militaires et les attributions du capitaine, qu’il peut se passer ceci: — L’emploi de chef est vacant au 1er escadron, — le candidat choisi par le capitaine n’a que six ans de grade, tandis qu’au 2e escadron il y a un candidat de huit ans de grade; — les deux capitaines veulent garder leurs sujets qu’ils ont formés — et la place de chef au 2e escadron ne sera vacante que dans dix-huit mois environ, — eh bien! le candidat du 2e est nommé, mais reste dans son escadron et continue les fonctions de sous-officier. Le candidat du 1er est caractérisé chef, en porte les insignes et en remplit les fonctions, sans en toucher la solde.
En rentrant dans notre sujet, je vais avoir l’occasion de faire constater combien tout, en Allemagne, contribue à relever le militaire et ce qui s’y rattache.
Tous les soldats de l’armée allemande sont dits «de 1re classe» en arrivant au corps, quoique ne portant pas d’insignes; on les appelle alors «Gemeine» et, ce sont ceux qui ont commis une faute contre l’honneur n’entraînant pas l’exclusion de l’armée, qui sont mis de 2° classe. Ces derniers ne portent pas de cocarde, ne peuvent porter aucune décoration (prix de tir, etc. ), ni prendre part à aucun service d’honneur; — ils n’ont pas le droit de se mettre sur l’alignement et ont une place spéciale, derrière le rang; — enfin, on ne leur rend pas d’honneurs funèbres. — Il faut ajouter qu’ils peuvent être réhabilités et recouvrer la qualité de «Gemeiner».
Ne trouvez-vous pas que c’est très fort de commencer par élever l’homme, par le grandir vis-à-vis du civil et de lui-même?!! et n’est-ce pas bien connaître la nature humaine que de la prendre ainsi par l’amour propre, la flattant dans le début et la châtiant, quand on met ces hommes, après une faute, derrière le rang, là où chacun peut se les montrer du doigt?!
En plus des recrues, le capitaine a les anciens, la deuxième classe, dont il doit augmenter chaque année les connaissances, et nombre de capitulants, dont il se sert comme moniteurs, en attendant qu’ils deviennent ses gradés.
CADRES
Table des matières
Par suite de l’abondance des demandes d’engagements de quatre ans dans la cavalerie, le capitaine peut, en effet, choisir, pour former ses cadres plus tard, les meilleurs soldats, animés du meilleur esprit, les plus capables, etc., — et il les emploie d’abord comme sous-instructeurs. «Fais comme moi», disent-ils aux recrues, ceux-ci apprennent bien mieux et eux-mêmes apprennent à être instructeurs, or, ils ne le deviennent, avec le titre de «Gefreite» ou «d’Unter-Offizier», que quand ils ont capitulé.
De la sorte, on ne prend que des gens ayant pris goût au commandement et pour lesquels les galons restent entourés d’un certain prestige, puisqu’ils ne les ont qu’après avoir rengagé.
En France, tous les sous-officiers concourent de droit au grade d’officier, de là, nécessité de leur faire suivre des cours préparatoires, théoriques, etc.
En Allemagne, il y deux catégories bien distinctes: dans l’une se trouvent les «avantageurs» (engagés volontaires aspirants officiers), vivant ensemble, à part, même quand ils sont sous-officiers (fahnrich) et qui font seulement le service avec les autres; dans la deuxième catégorie, la majorité des hommes du cadre, gradés ou non, vient du rengagement des hommes de troupe.
Mais, l’instruction première, la position sociale de ceux formant cette catégorie ne sont pas les mêmes qu’en France et on n’exige, à ce point de vue, que ce que nous demandons à nos hommes pour passer cavaliers de 1re classe, — aussi leur situation n’est-elle pas comparable à celle de nos sous-officiers.
Ainsi, quand un officier met pied à terre, au quartier, c’est presque toujours un «Unter-offizier» qui s’offre à tenir l’étrier ou à prendre le cheval; — c’est par l’ «Unter-offizier» que le capitaine fait présenter un cheval qu’il veut montrer; — à l’école de cavalerie de Hanovre, ce sont des «Unter-offiziere» qui font office de piqueurs et de valets de chiens dans l’équipage de chasse, dont nous reparlerons; — l’«Unter-offizier» n’a pas d’ordonnance réglementaire, quoiqu’il soit autorisé à avoir un camarade brosseur (Pùtz-kamerad), tandis que les avantageurs et les volontaires d’un an en ont; — enfin les Généraux en activité ont à leur service un «Unter-offizier», qui prend le nom de «Stabsordonnanz» et qui surveille l’écurie, promène les chevaux, etc.
Et en voici l’explication, le terme «Unter-offizier» désigne en Allemagne, tous les gradés inférieurs: Sergeant , gefreite, trompettes, maréchaux, etc.; — en France le terme de sous-officier ne désigne que l’échelon supérieur du grade subalterne.
Les fonctions de l’officier et du sous-officier sont, en France, souvent analogues et, à tout instant, le sous-officier remplace l’officier. — En Allemagne, les fonctions de l’un et de l’autre sont bien distinctes.
Sauf à pied et dans quelques cas spéciaux, les officiers seuls sont instructeurs; à cheval, au dressage, ils le sont toujours et ne peuvent être remplacés que par les porte-épée (aspirants-officiers, maréchaux des logis chefs et vice-maréchaux des logis chefs).
Les sous-officiers, eux, sont moniteurs et chargés du service intérieur.
Tous les gradés sont donc rengagés, dit l’auteur de l’étude sur la cavalerie allemande précitée, et ont même, comme tels, attendu une ou deux années leur promotion; par conséquent encore, tous les emplois spéciaux sont tenus par des rengagés, à ce point que, chaque année, un régiment ne reçoit que 150 recrues. — En multipliant, ajoute le même auteur, 150 par les trois années de service on a 450, or, sur le pied de paix, l’effectif d’un régiment de cavalerie étant de 695 hommes de troupe, on trouve que 245 hommes par régiment ne sont pas recrutés par voie d’appel et que chaque escadron, sur un effectif de 139 hommes de troupe, dispose de 49 rengagés, soit plus du tiers, en dehors des sous-officiers.
C’est dire que le capitaine commandant n’a pas, comme nous, à se préoccuper de former à tout instant des cadres, et c’est une grosse décharge.
Par contre, il a un léger surcroit d’un autre côté et c’est la conséquence même du système: En France, le nombre des gradés pour la réserve est trop considérable, tandis qu’en Allemagne, les gradés restant comme rengagés pendant douze ans, on en manque pour la réserve; aussi, le capitaine doit-il choisir, parmi ses recrues les plus intelligents, trois hommes qu’il dresse dans l’intention d’en faire des sous-officiers de réserve; — il les propose au moment de leur libération.
Rengagements. — Les principales raisons de ces nombreux rengagements sont les suivantes:
1° Les rengagements à court terme. En effet, on n’accepte que des rengagements d’un an, de la sorte aucun des partis n’est lié, d’autant plus qu’ils sont révocables en tout temps, du consentement des deux parties.
Grâce à cette mesure, les gradés sont toujours tenus en haleine et le capitaine qui, seul, décide, peut se débarrasser des sujets tièdes;
2° Le peu d’exigence en fait d’instruction générale ou théorique.
Chez nous, il y a un concours permanent entre tous les sous-officiers qui sont surchargés de théories, cours, etc; en Allemagne, les sous-officiers n’ont même pas de livres de théories et on pouvait lire dernièrement dans l’ «Unter-offizier Zeitung» — organe des sous-officiers — parlant d’articles de nos règlements: «Ce qui nous parait bien étrange, certaines parties du règlement doivent être apprises par cœur 1»
Ils ont cependant une école régimentaire, mais, dit le général de Rosenberg «pour mettre à même les sous-officiers
» zélés et fidèles, ces braves serviteurs, d’obtenir, à
» leur libération, de bonnes places pour lesquelles la lecture,
» l’écriture et le calcul au moins sont indispensables».
En effet, tous les sous-officiers ont droit, après douze ans de service, à des places qui leur sont spécialement réservées.
Dans sa séance du 28 février 1891, le Reichstag a adopté, sur la proposition de M. Windthorst, une loi donnant droit à tout sous-officier allemand, à l’expiration de sa douzième année de service, à une prime de mille marks (1,250 fr.), sans préjudice d’une place dans une administration .
Au cours de la discussion, on a remis en question la faculté d’offrir aux sous-officiers la perspective de devenir officiers.
Le chancelier, M. de Caprivi, s’y est opposé, afin que le corps d’officiers reste tel qu’il est et que le corps des sous-officiers reste, de même, tel qu’il existe. — «On doit, a-t-il
» dit, chercher à améliorer le sort des sous-officiers, sans
» les faire sortir de leur classe et sans s’écarter des traditions
» militaires de l’Allemagne.»
Une troisième raison des rengagements est l’autonomie de l’escadron. — Le capitaine seul a le droit de punir les hommes placés sous son commandement, — il peut même ne pas en rendre compte —, et ceux-ci n’ont rien à craindre des adjudants et de tout ce qui, en France, constitue le service de la salle du rapport.
En Allemagne, pas de collationnement, d’adjudant, grand rapport et le reste; un officier, remplissant les fonctions d’aide de camp, le «régiments adjudant», transmet au chef de corps les demandes des capitaines et il n’y a qu’un officier de jour pour tout le régiment.
Il est à remarquer que les Allemands n’ont même pas de règlement sur le service intérieur.
Cette partie du service est assurée par les sous-officiers.
Le capitaine commandant et le «wachtmeister» constituent «les parents de l’escadron»; ce dernier est chargé du service de semaine, de l’administration des fonds, etc. Il est secondé, pour l’exécution du service intérieur, par certains sous-officiers, occupant des postes spéciaux et qui doivent, à mon avis, rendre de grands service; ce sont:
Le «quartier meister», chargé des magasins, des vivres et du casernement de l’escadron;
Le Fùttermeister», chargé de la perception, conservation, distribution des fourrages, qui règle la ration, surveille l’abreuvoir, le pansage, etc.;
Le «Schiessùnter-offizier», à qui incombe la surveillance de l’armement, du matériel de tir (chaque escadron a le sien, ses cibles, etc.), de la comptabilité du tir, etc.
Enfin, les autres sous-officiers sont chargés de diriger une escouade pour le service intérieur, car nous verrons que l’escadron n’est divisé en pelotons que pour la manœuvre; ces sous-officiers couchent dans la chambre et en sont le chef.
CASERNEMENT — MATÉRIEL
Table des matières
Chaque escadron veille à la propreté de son casernement, fait son fourrage, ses corvées, quand il veut, avec son matériel, car il a ses voitures, ses «krümper», comme il a son matériel de tir, son manège, sa carrière, etc.
En effet, grâce au recrutement régional et à la fixité des garnisons, les régiments sont connus, se lient avec la population, s’installent sans crainte qu’un successeur ne profite de leurs améliorations, sont chez eux, et les municipalités font volontiers des sacrifices pour les enfants du pays et les fils de leurs électeurs.
Des quartiers construits dernièrement à Mayence comportent de nombreux manèges et carrières, des cuisines avec appareils de chauffage à la vapeur du système le plus perfectionné, des bains chauds de vapeur, un appareil à douches enfin..., le gaz et l’eau à tous les étages.
DISCIPLINE — AUTORITÉ DU CAPITAINE
Table des matières
Ainsi que nous l’avons vu, le capitaine, n’ayant pas à se préoccuper de former des cadres, et le service intérieur du régiment étant réduit à sa plus faible expression, aucun homme n’est distrait de l’instruction (par le maître d’armes, l’adjudant, le trompette-major, etc.); et il faut cela absolument, car les Généraux n’admettent qu’une dizaine d’indisponibles par jour et l’escadron doit faire monter, en moyenne, 125 hommes à cheval sur 139.
Il en est de même pour les chevaux, personne n’a le droit de venir choisir une monture dans un escadron; seuls, de toute l’armée allemande, les lieutenants d’artillerie et de cavalerie prennent un de leurs chevaux dans le rang et encore, dans une catégorie spéciale dont il est envoyé un certain nombre de sujets, sur la demande des chefs de corps, en plus des chevaux de remonte.
Le capitaine, qui seul a le droit de punir, qui peut accorder des permissions de six jours aux officiers et de quinze jours à la troupe, est donc complètement maître chez lui et une véritable autorité.
INSTRUCTION
Table des matières
J’arrive à l’instruction.
L’armée allemande est une vaste école où les officiers professent, tandis que les sous-instructeurs sont surveillants, répétiteurs, etc.
L’instruction des cavaliers progresse chaque année.
L’escadron, je l’ai dit, n’est fractionné en pelotons que pour la manœuvre; — pour le service intérieur, je l’ai dit aussi, les cavaliers sont divisés en escouades, — pour l’instruction, ils sont répartis en classes ou reprises (abtheilungen) par degré de force.
Il y a onze ou douze de ces reprises par escadron, car elles ne comprennent jamais plus de 10 à 14 cavaliers.
Le dressage en comprend trois:
1° Chevaux de 5 ans (junge remonten);
2° Chevaux de 6 ans (alte remonten);
3° Chevaux de 7 ans (forjhärige remonten).
Les recrues , 28 à 34, y compris les engagés volontaires de trois et quatre ans, forment quatre autres reprises, en y adjoignant les retardataires, les cuisiniers, les scribes, etc., tous gens qui ne pourraient pas profiter d’un enseignement supérieur.
Instruction des recrues. — La première partie du Manuel d’équitation de la cavalerie allemande, dont nous avons étudié la deuxième partie en parlant du dressage, traite de l’instruction des recrues et comprend quatre chapitres, correspondant aux quatre périodes de l’instruction:
Travail en couverte et en bridon (1er octobre au 1er janvier);
Travail en selle et en bridon (1er janvier au 1er février);
Travail en selle et bride (1er février au 1er mars);
Travail avec les armes dans le rang et travail à l’extérieur (1er mars au 1er mai).
Généralités. — Il n’y a pas de travail à distances indéterminées, l’instruction se fait toujours en reprise, les cavaliers conservant entre eux d’abord 4m,80, puis 1m,60, distance de rang, pour les préparer au travail dans le rang, mais les mouvements, les départs au galop, etc., sont appris à chaque cavalier, individuellement.
Les mouvements de rênes, aussi bien en bride qu’en bridon, s’exécutent par un mouvement de torsion des poignets, auquel ils attachent une grande importance.
Les rênes de bridon sont indépendantes et ne sont pas réunies par une couture; elles passent entre le petit doigt et l’annulaire de chaque main.
Quand le cheval est placé ou marche droit, les hommes travaillent avec la «première position» ; la «deuxième position» est le placer, le cheval rassemblé, l’une ou l’autre oreille ne penchant ni en dedans, ni en dehors (!); elle est prise pour le travail des deux pistes, les demi-tour en marchant et le départ au galop.
Les mouvements d’instruction sont les mêmes que les. nôtres, en y ajoutant la pirouette sur le centre, autour d’un point imaginaire sous la sangle; ils sont tous réglés avec la dernière minutie, sous forme de conseils à l’instructeur: les mouvements d’yeux même sont précisés!!
Les commandements comportent toujours un avertissement; au moment où il est prononcé, le cavalier prépare son cheval. — Ce commandement préparatoire est ordinairement: «Escadron».
Position à cheval. — Le cavalier allemand est placé sur l’enfourchure, la cuisse verticale, le genou aussi en arrière que possible, la pointe du pied relevée; au travail sans-étriers, l’articulation du pied est contractée pour relever la pointe du pied et tenir le talon le plus bas possible; ce n’est. qu’au travail avec étriers que l’instructeur doit la lui faire décontracter.
Ainsi que le dit le Manuel, l’assiette et la position du cavalier sont un peu modifiées suivant le genre de selle: avec la selle allemande, dont se servent les cuirassiers prussiens, le bassin est plus ouvert, et, les genoux étant écartés, les jambes sont plus éloignées du cheval; — avec la selle hongroise, utilisée par toutes les autres armes, sauf par les Bavarois, qui ont la selle danoise modèle 1864, l’écartement étant moins considérable, les mollets sont, au contraire, plus rapprochés du corps du cheval.
Travail en couverts et bridon. — A signaler de suite, comme première différence avec notre façon de faire, le débourrage qui a lieu en couverture.
C’est, à mon sens; compliquer la besogne; on a ainsi deux positions et équilibres à leur apprendre, ceux en couverte et en selle très différents. Voyez les palefreniers, les ouvriers maréchaux tenant si bien sur un cheval «à poil», et qui ne tiennent plus en selle!
Nous sommes loin du système autrichien, où la première période se fait en selle, avec étriers et le cheval tenu à la longe.
Une de leurs observations préliminaires semble, du reste, condamner le travail en couverte, puisqu’elle recommande de ne pas le prolonger au delà de quatre ou six semaines, «la conformation du cheval étant rarement telle que le
» cavalier trouve sur la couverte les points exacts sur lesquels
» son poids doit reposer, et qu’il apprenne à serrer les
» genoux».
Travail en selle et en bridon. — Le travail en selle, sans étriers, ne doit durer que très peu de temps et ne comporte que la marche au pas et au trot sur la ligne droite, des allongements d’allures, des arrêts, des voltes et des demi-voltes.
Le travail avec étrier comprend la répétition des mouvements du travail en couverte, en y ajoutant le galop moyen (350 pas à la minute, soit 280 mètres, le pas étant de 0m,80), le trot enlevé, qu’on emploiera plus tard pour les «exercices de service en campagne et de patrouilles».
Dans cette période, le Manuel recommande le travail individuel «qui a pour but principal, ajoute-t-il, de contribuer
» à la bonne exécution du travail d’ensemble dans
» l’escadron».
Travail en selle et en bride. — La rêne droite de bride (avec passant coulant et fouet) est plus courte de 2 centimètres que la gauche, parce qu’elle s’enroule sur deux doigts seulement, tandis que celle-ci s’enroule sur trois.
La position de main de bride et la tenue des rênes sont celles qu’indiquait notre règlement de 1876 et les mêmes qu’en Autriche et en Russie: les rênes dans la main gauche, celles de bride dans l’annulaire, celles de filet tenues à pleine main par le milieu et lâches par conséquent, quand le cavalier conduit à une seule main; ces dernières sont ajustées et la rêne droite est prise à pleine main par la main droite, passant entre le petit doigt et l’annulaire, pour la conduite à deux mains.
Après avoir fait connaître au cavalier les effets de la bride par les mouvements les plus simples, et avoir cherché à leur donner de la légèreté dans la main, on reprend le travail en reprise à distance de rang (1m,60).
Jusqu’alors, le cheval a toujours eu peu de liberté, a été rassemblé ; au travail en bride, l’instructeur doit s’attacher à faire comprendre au cavalier que plus les aides des jambes et de l’assiette agissent, moins les rênes seront employées et leur action deviendra une indication.
La pirouette aux différentes allures, le galop raccourci (sans traverser le cheval), du galop allongé sur des grands carrés, tels sont les exercices faits ensuite; la série est terminée par les changements de pied, la volte au galop, — individuelle d’abord comme préparation à la volte étant en reprise, — la demi-volte et la pirouette au galop.
Entre temps, se fait le travail de carrière, qui consiste à faire allonger à toute vitesse le galop sur de grands carrés ou de grands cercles, d’abord par deux ou par trois, puis par un.
Le saut d’ostacles commence après quatorze séances environ, d’abord avec rênes, puis sans rênes, mais le cheval toujours libre.
Le travail avec les armes dans le rang, qui comporte la répétition des mouvements, le maniement et l’emploi des armes, enfin, des exercices de charge terminent l’instruction des recrues.
Travail de la 2e classe. — Anciens. — Les autres reprises sont composées des anciens cavaliers (la 2° classe), dont on augmente les connaissances et dont les meilleurs montent les chevaux difficiles ou à reprendre; — pour cette réfection, ils montent, en général, en double filet.
Il est recommandé de laisser le plus longtemps possible un cheval au même homme, afin qu’il le soigne et s’y attache; il en résulte que les hommes montent environ trois chevaux pendant leur temps de service, un par an.
Les officiers commandent eux-mêmes les reprises; pour les recrues seulement, ils sont secondés par des sous-officiers.
Au travail équestre, l’officier est à pied, lui seul élève la voix; un principe absolu veut que, en présence d’un supérieur, l’inférieur ne fasse même pas d’observations, sans y être autorisé.
Les Allemands attachent une telle importance à l’instruction des recrues que les jeunes officiers sont considérés comme n’ayant pas l’expérience nécessaire pour en être chargés tout d’abord.
La gymnastique, très luxueusement aménagée dans chaque corps, la voltige et l’escrime sont enseignées dans l’escadron et contribuent à maintenir l’homme en souplesse, mais cette dernière, l’escrime, est, ce qu’elle doit être, un assouplissement et rien de plus.
Et cependant, elle comprend, en plus de la pointe, tout ce qui a rapport au maniement et combat à l’arme blanche.
Le 28 juin 1889, l’empereur Guillaume II a créé un insigne spécial pour les cavaliers les plus habiles à se servir de l’arme blanche à cheval, — c’est une tresse en argent et soie noire.
Armement. — Maniement et emploi des armes. — Toute la cavalerie allemande a la lance (ordre du 2 janvier 1890) et un sabre droit, dit épée de cavalerie, du même modèle pour toutes les subdivisions d’armes (ordre du 21 juin 1890).
La cuirasse a été supprimée le 28 mai 1888, sauf pour les parades, et les régiments de cuirassiers ont été pourvus de la carabine comme tout le reste de la cavalerie, dont l’armement est, par conséquent: lance, sabre et carabine.
Le maniement et l’emploi des armes sont réglés par une instruction spéciale; il vient d’en paraître une toute nouvelle qui a été publiée et approuvée par ordre du cabinet du 5 novembre 1891.
Voici quels étaient les points saillants de la précédente:
Leur manière de présenter le sabre et de le placer pour le remettre diffère de la nôtre en ce que la poignée est à hauteur de ceinture, la lame tenue verticalement vis-à-vis le milieu du corps.
Dans la position en garde, la poignée est devant le visage et, pendant que nous prônons la supériorité du coup de pointe, ils semblent donner la préférence au coup de sabre, puisque leurs coups se composent d’un coup de sabre précédant un coup de pointe.
On exerce les hommes aux parades, aux contres, à pied en les mettant sur deux rangs, face à face, et à donner des coups horizontaux, — verticaux, — à terre, — relevés, — sur des chandeliers surmontés, d’un disque vertical, en tôle, portant des entailles servant d’objectifs, ou d’une boule en paille, — ou bien encore sur une potence à laquelle sont suspendus des boules de cuir.
Avant de donner les coups de sabre à cheval, les cavaliers sont exercés sur le cheval de bois, sellé et bridé.
Mais, la nouvelle instruction semble attacher une importance beaucoup moindre à l’emploi du sabre, pour en donner une considérable, on va le voir, à celui de la lance.
Cette instruction commence par prescrire que tous les officiers doivent s’entretenir dans le maniement des armes et traiter cette branche du service sur le même pied que l’équitation.
C’est une règle générale, en Allemagne, que les officiers doivent exceller en tous les exercices, afin de pouvoir donner toujours et partout l’exemple: en escrime, voltige, etc., ils doivent, comme pour le tir, satisfaire aux exigences d’un programme minutieux. — Des modifications apportées en 1890 au Règlement sur le Service en campagne prescrivent même aux officiers de savoir nager, opérer des destructions de voies ferrées, se servir du téléphone et du télégraphe.
L’instruction nouvelle du 5 novembre 1891, sur les exercices des armes dans la cavalerie, stipule donc que «pour
» la lance, arme par excellence du cavalier, il faut inspirer
» à l’homme ce sentiment, qu’en toutes circonstances, la
» meilleure défense consiste à pointer à outrances.
Un combat individuel avec lances à tampon blanchi est prescrit.
«Le sabre, ajoute l’instruction, est l’arme accessoire du cavalier qui s’en sert, quand un malheureux hasard lui a fait perdre ou briser sa lance. En raison de ce rôle d’arme accessoire, on ne doit exercer les cavaliers à l’emploi du sabre que dans la mesure indispensable pour qu’ils puissent s’en servir dans les conditions les plus simples.
» Il est interdit de pousser cet exercice plus loin, parce qu’il ne pourrait avoir lieu qu’aux dépens de celui de la lance.
» On n’emploiera pas le sabre à cheval, en instruction, sauf pour le combat individuel — sabre contre lance».
L’insigne spécial, dont j’ai parlé plus haut, est décerné, chaque année, avant le départ pour les manœuvres, aux douze sous-officiers ou cavaliers de chaque escadron les plus adroits à se servir de la lance à cheval. Ceux qui l’ont obtenu plus de trois fois portent une tresse d’argent.
Travail en troupe (Ecole de peloton). — Au mois de mai les jeunes chevaux de G ans (alte Remonten) et les recrues entrent dans les rangs de l’escadron, l’instruction individuelle est terminée; — l’escadron est dit rangé (rangirt) et va être instruit comme unité tactique.
Il convient de dire que l’école de peloton, à proprement parler, n’existe pas, mais, dans les derniers temps, afin de préparer les hommes au travail d’ensemble, on leur fait exécuter les mouvements qui trouvent leur emploi à l’école d’escadron, principalement dans l’ordre en colonne: C’est le «travail en troupe» qui se fait d’abord sur un rang et les cavaliers étant séparés par des intervalles de un ou deux pas.
Ces mouvements diffèrent de notre école de peloton en ce qui suit:
Marche directe en bataille. — Mêmes principes. Pour le passage des défilés, ce sont les ailes qui refusent; le demi-tour individuel n’existe pas.
Le ralliement s’exécute le plus vite possible, les cavaliers ne cherchant pas à reprendre leur place.
Conversions. — A pivot fixe et mouvant les principes sont: contact vers l’aile intérieure, alignement sur l’aile extérieure. — Dans la conversion à pivot mouvant, l’aile marchante conserve l’allure; le gradé qui est au pivot décrit un arc de cercle d’un développement égal à une fois et demie le front du peloton et raccourcit l’allure en conséquence.
Marche oblique individuelle. — Degré d’obliquité 45° que tous les cavaliers prennent en même temps. La direction et le contact sont pris du côté de l’oblique.
Colonnes de route. — Par trois, par deux.
Par trois. — Le peloton est divisé en groupes de trois files qui rompent comme nous, mais la distance entre les rangs disparaît complètement et les cavaliers du deuxième rang et des rangs suivants se portent en face des intervalles du rang qui les précède, de sorte que cette colonne a un aspect très irrégulier.
Par deux. — Les cavaliers du deuxième rang se placent à la droite où à la gauche de leur chef de file, selon qu’on rompt par la droite ou par la gauche. De même que dans la colonne par trois, les cavaliers ne se suivent pas et l’un marche vis-à-vis de l’intervalle du rang de deux précédent, prêt à y entrer, pendant que l’autre marche en dehors.
Mouvements par trois. — La colonne par trois étant formée, ils font exécuter des mouvements par trois, au moyen d’une conversion à pivot fixe faite, à droite, autour du n° 1 qui pivote sur son centre de gravité, à gauche autour du n° 3. Le demi-tour complet ne s’exécute qu’à droite, par conséquent autour du n° 1.
La colonne par trois tient moins d’espace que notre colonne par quatre, souvent trop large pour nos routes, ce qui exige des dédoublements plus fréquents; — la colonne par trois se dénombre aussi moins facilement, mais, leur mouvement de mettre pied à terre se faisant comme le nôtre, les cavaliers sont comptés par trois et «par deux pour mettre pied à terre», ce qui doit causer de fréquentes erreurs.
Déploiements. — S’exécutent toujours en avant, vers la droite ou vers la gauche, suivant que la gauche ou la droite est en tète. La fraction de tète conserve l’allure, les autres obliquent à l’allure indiquée.
Règlement d’exercices. — Ses principes. — Le règlement sur les exercices de la cavalerie allemande est du 5 juillet 1876 et a été modifié par une instruction datant du 10 avril 1886 .
Les principes de ce règlement sont les suivants:
1° Conduire sa troupe par le chemin le plus court, dans le moins de temps possible, par les évolutions les plus simples;
2° Procéder du facile au difficile;
3° Rapporter tout à l’ennemi et, pour cela, conserver un ordre absolu, la cohésion à toutes les allures et y joindre la possibilité d’exécuter les formations pour faire face aux attaques, se présentant de tous côtés et à n’importe quel moment.
Ce n’est cependant que depuis les modifications de 1886, introduisant les mouvements et les marches à la muette, les changements de direction par la tête de colonne, supprimant ou diminuant le nombre des commandements et modérant l’emploi de la demi-colonne, que les Allemands semblent appliquer complètement ces principes.
Je signale les différences existant entre ce règlement et le nôtre:
Ecole d’escadron. — L’escadron est fractionné, — pour la manœuvre, — en quatre pelotons, ayant dix files au moins et composés d’hommes et de chevaux de même qualité ; l’officier est à deux pas (1m,60) en avant du centre du peloton, le deuxième rang est également à deux pas; pour les lanciers, cette distance est portée à trois pas (2m,40).
Ordre en bataille. — Le capitaine (chef d’escadron) est à trente pas (24 mètres) en avant du centre de l’escadron, c’est le troisième peloton qui est de direction et qui donne en même temps la cadence; les hommes de chaque peloton s’alignent sur leur chef, le contact est pris du côté du centre.
Etant en bataille, on emploie souvent, pour gagner du terrain en arrière, le demi-tour par trois et, pour en gagner sur les flancs, les à-droite et à-gauche par trois. Ces mouvements s’exécutent comme nous l’avons indiqué dans la colonne par trois, par une conversion à pivot fixe autour du numéro 1 ou du numéro 3; pour les marches de flanc dans cet ordre, les cavaliers sont alors par 6, ceux des rangs suivants toujours vis-à-vis des intervalles du rang précédent.
Conversions. — Qu’elles soient à pivot fixe ou à pivot mouvant, le chef du peloton placé à l’aile extérieure est responsable de l’étendue de l’arc de cercle décrit par l’aile marchante et de l’allure, qu’elle conserve. Le sous-officier qui est au pivot converse au pas en décrivant un petit arc de cercle quand la conversion s’exécute en marchant; il tourne sur le centre de gravité, quand elle a lieu de pied ferme. Les cavaliers se règlent sur l’aile marchante.
Marche oblique individuelle. — Le degré d’obliquité est aussi de 45° et pris par tous les cavaliers à la fois.
Colonne de pelotons. — La distance entre les rangs et le chef est réduite à un pas.
On la forme:
1° En avant, par rupture: le 1er peloton marche droit et les autres gagnent leur place par une oblique;
2° Vers les flancs par une conversion de chaque peloton. Voici le commandement qui en fournira un type:
«1. — Escadron — par peloton à droite (ou à gauche) — allure — 2. — En avant ou halte.»
La demi-colonne. — Elle se forme:
1° En avant, par rupture; l’exécution est la même que pour former la colonne de pelotons;
2° Dans des directions obliques, en avant, en exécutant un demi-à-droite ou un demi-à-gauche par peloton, en arrière, par l’exécution d’un à-droite et demi ou un à-gauche et demi,
On passe de la colonne de pelotons à la demi-colonne:
1° Par déboîtement. — Le 1er peloton continue à marcher droit et les autres viennent se placer par une oblique;
2° Par conversion. — Chaque peloton faisant un demi-à-droite ou un demi-à-gauche, un à-droite et demi ou un à-gauche et demi.
Pour passer de la demi-colonne à la colonne de pelotons, le mouvement s’exécute:
1° Par ploiement sur la tête, au commandement: «Escadron — à vos chefs de file» ;
2° Par conversions.
La demi-colonne, qui correspond imparfaitement à notre oblique par troupe, puisque, pour eux, elle est une formation régulière, est due au général von Schmidt qui fondait sur elle les plus grandes espérances; il disait que ce serait elle qui leur donnerait la victoire, leur permettant de se mouvoir en tous sens sans difficulté jusqu’au dernier moment et de tomber sur l’ennemi avant qu’il ne soit prêt.
«Nous serons, grâce à elle, déployés plus vite que l’ennemi et ce sera pour nous le gage de la victoire!» — voilà les propres paroles du général V. Schmidt à son sujet.
A la vérité, si la demi-colonne offre des avantages, dans ce sens qu’elle est plus difficile à juger de loin et qu’elle se prête aux mouvements de flancs, elle présente de sérieux inconvénients dont le manque de souplesse, la régularité mathématique sont les premiers; aussi, après en avoir fait un usage immodéré, les Allemands en ont de beaucoup diminué l’importance et l’emploi dans leur règlement modifié du 10 avril 1886, et ils paraissent disposés à l’abandon, ner complètement.
Déploiements de la colonne de pelotons. — Le peloton de tète ne prend pas le pas, mais simplement l’allure inférieure; si le mouvement s’exécute au galop allongé, le peloton de tête reste au galop, les autres allongent.
Déploiements de la colonne de route. — Les pelotons se forment d’abord. — En cas de surprise étant en colonne de route, il est prescrit de se déployer sur les flancs par une conversion des rangs de trois.
La «charge», qui est étudiée dans un titre spécial, ajouté en 1886 (titre VIII), n’est enseignée qu’à l’école de régiment. Sa vitesse est la plus grande que puissent donner les chevaux les plus faibles.
«Pour exercer la troupe, disent-ils, à passer rapidement de l’ordre dispersé à l’ordre compact, il faut, après toute charge, simuler la mêlée.»
Elle s’exécute au commandement: «Pour le combat individuel — rompez.»
Le ralliement se fait au refrain du régiment précédé de la sonnerie: halte.
Ecole de régiment. — Le régiment de manœuvre comprend 4 ou 5 escadrons; les épures du règlement en comportent 5.
Il y a six ordres:
1° En bataille, les escadrons à 6 pas (4m,80) d’intervalle, chaque chef d’escadron (capitaine) à 30 pas (24m) du centre; le commandant du régiment à 60 pas (48m) du centre du régiment.
2° En colonnes d’escadron. — Notre ligne de colonnes. — Dans cet ordre, chaque chef d’escadron se place à 10 pas en avant du chef de peloton de tête et à 10 pas sur la gauche.
La colonne d’escadron comprend quatre ordres secondaires:
a) Colonnes d’escadron ayant exécuté un demi-à-droite ou un demi-à-gauche (par peloton), — chaque escadron est en demi-colonne; —
b) Colonnes d’escadron ayant exécuté un à-droite ou un à-gauche (par pelotons), — c’est la colonne à distance entière; —
c) La tête de chaque escadron ayant exécuté un demi-à droite ou un demi-à-gauche, ce qu’ils appellent «demi-colonne par pelotons», — c’est notre mouvement «dans chaque escadron, tète de colonne demi à-droite ou demi à gauche » ; —
d) Chaque escadron ayant exécuté, étant en bataille, un demi-à-droite ou un demi-à-gauche. C’est, pour eux, la «demi-colonne par escadrons».
3° En colonne de régiment, notre masse avec des intervalles de 6 pas (4m,80).
Cette formation, dans laquelle chaque chef d’escadron est à 10 pas en avant du chef du peloton de tête et à 2 pas sur la gauche, prend les noms:
a) De colonne de régiment oblique à droite ou à gauche, quand on a fait faire: «Pelotons demi-à-droite ou demi-à-gauche » ;
b) De colonne de régiment vers le flanc droit ou gauche, quand on a fait faire: «Pelotons à droite ou à gauche», c’est-à-dire quand on est en colonne serrée.
4° En colonne de pelotons,
5° En demi-colonne.
6° En colonne de route.
Les principales différences à signaler dans les évolutions sont les suivantes:
I. — Le règlement prévoit trois cas pour les changements de direction: a) faible — le commandant du régiment indique simplement le nouveau point de direction; — b) plus étendu — chaque escadron converse puis se porte en ligne; — c) à angle droit — rupture en colonne et déploiement.
II. — Pour le déploiement de la masse en ligne de bataille, les escadrons se forment d’abord toujours en ligne de colonnes .
La sonnerie du déploiement; — il existe une sonnerie presque pour chaque formation, — peut être faite avant que le mouvement ne soit achevé.
III. — Quand il s’agit de déployer directement la colonne de pelotons, tous les escadrons se forment en même temps, constituent ainsi momentanément la colonne à distance entière, et sont portés en ligne.
IV. — Il faut remarquer que le règlement de 1886 a modifié celui de 1876 dans le sens du nôtre, en réglementant les changements de direction par les têtes de colonnes au lieu des mouvements carrés ou de demi-colonne qui existaient pour passer de la ligne de bataille et de la ligne de colonnes à la masse, et vice versa, par exemple.
Ce même règlement de 1886 a simplifié de beaucoup les commandements, a prescrit le travail à la muette et réglementé le déploiement en éventail de la colonne de pelotons; cependant, d’une façon générale, encore maintenant, les déploiements des deux côtés à la fois se font rarement, et même, la formation de chaque escadron a lieu du côté du déploiement.
La colonne double n’existe pas, non plus que le fractionnement par demi-régiment.
Instruction complémentaire de l’escadron et du régiment. — Un chapitre qui suit l’école d’escadron et de régiment a trait aux exercices complémentaires. Ce sont les exercices en terrain varié qui ont pour but d’apprendre aux cavaliers à conduire leurs chevaux en rase campagne et à les ménager. On utilise, pour cela, les environs des garnisons, on fait passer ou sauter les obstacles qu’on y rencontre, on leur apprend à franchir des défilés et à se reformer rapidement.
Dans ce même chapitre est consignée l’instruction à donner aux éclaireurs de terrain (deux cavaliers intelligents par peloton), aux patrouilles de combat — (un sous-officier et deux cavaliers; ils en détachent une sur chaque flanc pour un escadron; quand il s’agit du régiment, elles sont commandées par un officier), — et à un peloton envoyé en flanqueurs.
Ce peloton, qui se disperse en tout ou en partie, a pour mission, quand on prend le contact immédiat de l’ennemi, de repousser les patrouilles et les cavaliers isolés de l’adversaire et d’observer l’ennemi.
Le tir à cheval est interdit.
Instruction et emploi de la cavalerie sur plusieurs lignes. — Je ne parlerai pas de l’école de brigade, qui ne rentre pas dans mon sujet et, si je dis un mot de l’emploi de la cavalerie sur plusieurs lignes, ce sera pour signaler le changement le plus important des modifications de 1886, celui apporté dans la constitution des lignes.
C’est une grosse question «tactique» sur laquelle on n’est pas encore d’accord et qui a fait et fera longtemps couvrir beaucoup de papier.
Donc — pendant que notre Règlement indique que, dans la plupart des cas, le dispositif de la division sur trois lignes, de la force d’une brigade chacune, sera la meilleure, — les Allemands, attribuant toute la puissance du choc à la première ligne, la constituent aussi fortement que possible «avec la moitié des escadrons qu’on a sous la main», dit le Règlement.
La deuxième ligne, devant assurer le succès de la première, se composera des deux tiers de ce qui reste de la division.
La troisième, réserve, ne dispose donc plus que du sixième de la division.
. Ainsi, le dispositif d’une division de cavalerie, en Allemagne, est donc de 12 escadrons en première ligne, protégés et doublés sur les ailes par 4 ou 5 escadrons en colonnes de pelotons. Les deuxième et troisième lignes, très rapprochées, sont constituées, la plupart du temps, par un seul régiment.
EMPLOI DU CHEVAL
Table des matières
Service en campagne. — L’introduction de l’ordonnance du service en campagne a pour exergue: «Les exigences de la guerre font la loi pour l’instruction des troupes en temps de paix.»
Puis, le même Règlement dit plus loin: «Quant à la façon de disposer les patrouilles de découverte, les avant-postes de sûreté, le terrain seul et les circonstances doivent indiquer les mesures à prendre; les avant-postes de cavalerie, très mobiles, peuvent encore moins être réglementés. que ceux de l’infanterie.»
Et ils apprennent en conséquence à leurs cavaliers à se servir du terrain pour voir et se dissimuler, ils s’adressent toujours au jugement, au bon sens, ne cherchant pas a amener tous les sujets au même niveau, — cela retarderait les plus intelligents.
Mais, tous peuvent être amenés à ménager les forces de leurs chevaux, à choisir leur terrain, etc., etc., et, dans les exercices pratiques, ils ne perdent pas une occasion d’éprouver leur hardiesse, leur finesse et leur entrain.
Passages de cours d’eau. — Les Allemands font de nombreux exercices de natation pour les chevaux, et, aux manœuvres de 1890, dans le Schleswig, avec coopération de la flotte, un escadron du 15° hussards a passé à la nage le bras de mer du Sund, qui sépare l’île d’Alsen du continent (140 mètres). On avait mis une corde allant d’une rive à l’autre, les cavaliers passaient dans des nacelles, tirant les chevaux attachés derrière.
Dans d’autres circonstances, ils ont construit des radeaux avec leurs lances.
A ce propos, le colonel russe Apostolov, du 15e cosaques du Don, a imaginé une sorte de nacelle portative, construite en employant les lances et des tuiles à voile imperméables; les expériences ont si bien réussi que le Ministre de la guerre a décidé qu’un certain nombre de régiments seraient pourvus de ces appareils, à raison d’un par escadron.
En France, le 6e dragons, le 2e chasseurs, le 20° dragons, ont fait des expériences de passages de cours d’eau.
Le 20e dragons surtout, par une progression très entendue, arriva à déterminer exactement le nombre d’hommes et de chevaux nageant, 35 à 40 par escadron, à prouver que le fusil à la grenadière ne gêne pas le nageur et que le sabre peut rester à la selle.
Comme expérience concluante, dans un exercice de service en campagne, 150 dragons passèrent la Vienne en casque, etc., par quatre — (il a été reconnu, qu’en passant plusieurs ensemble, on coupait mieux le courant). — Chaque rang conservait 12 ou 15 mètres de distance et passait en 55 à 59 secondes.
Le 21e chasseurs, un beau régiment, un des premiers par l’entrain et la vigueur, quoique portant le dernier numéro de l’arme, a fait construire, l’an dernier, un pont de 56 mètres par ses sapeurs.
La confection s’est faite en trois heures, à l’aide de matériaux trouvés sur place: vieux poteaux télégraphiques, planches hors de service, etc. — Le régiment entier est ensuite passé sur le pont sans accident ni incident.
Un moyen pratique, pour des fractions moindres, de passer un cours d’eau, moyen expérimenté récemment à l’Ecole de cavalerie et, auparavant, dans plusieurs régiments — (le 1er dragons notamment), — est de former une sorte de radeau en juxtaposant parallèlement, au moyen de cordes à fourrage, cinq ou six des nouveaux sacs réglementaires en toile cachou, préalablement gonflés par l’introduction de foin ou de paille. Deux planches sont attachées dessus et on a ainsi un radeau suffisant pour trois ou quatre hommes.
Les sapeurs construiront cela en quelques instants.
Les chevaux passent à la nage, tirés de la rive opposée au moyen d’une corde, afin de leur donner la direction.
Procédés d’instruction. — Quant aux procédés d’instruction, rien n’est indiqué ; tous les officiers de l’armée allemande, les capitaines surtout, ont l’initiative la plus complète et le règlement d’exercices, aussi bien que l’ordonnance sur le service en campagne, la réclament, pour tous les degrés de la hiérarchie, en maints endroits; le but est indiqué, voilà tout.
Ces règlements émettent, en quelques mots clairs, précis, faciles à retenir, les principes — qui ne changent pas — et esquissent seulement les méthodes d’instruction, variables avec chacun.
L’anecdote suivante est bien connue:
Un général, voyant un capitaine faire l’instruction par des procédés qui lui paraissaient un peu extraordinaires, lui dit qu’il doutait de le voir arriver à un résultat en employant ces moyens, mais il ajouta: «Cependant faites
» comme vous voudrez, nous verrons cela à l’inspection.»
Or, à l’inspection, cette fraction se montra d’une telle supériorité que le général la cita comme exemple, loua les procédés du capitaine et ajouta: «Cela prouve qu’on apprend
» à tout âge.»
Résumé. — Je terminerai là l’étude de l’instruction équestre de la cavalerie allemande; j’ai cru pouvoir abuser un peu de la complaisance du lecteur et faire saillir, même en dehors du sujet, quelques-unes des mœurs militaires de la nation allemande, car c’est elle qui nous intéresse le plus.
Je laisse au commandant Chabert, traducteur des manuels d’équitation de la cavalerie allemande et autrichienne, le soin de résumer la méthode prussienne.
Il extrait lui-même les passages suivants d’une étude comparée des méthodes allemande et autrichienne, due à la plume d’un officier prussien, le capitaine Otto von Seemen.
«La méthode prussienne, dit cet officier, considère la
» perfection du dressage comme indispensable pour rendre
» le cheval apte aux fatigues de la guerre et, dans ce but,
» elle enseigne à ses cavaliers les principes de l’équitation
» d’école; de plus, elle fait du travail d’ensemble la chose
» principale, et n’emploie le travail individuel que pour
» perfectionner le travail d’ensemble.»
AUTRICHE-HONGRIE
Table des matières
Appréciation d’ensemble. — Pour donner tout de suite une idée générale de l’équitation militaire de la cavalerie autrichienne — 42 régiments à 6 escadrons, — je n’ai qu’à continuer la citation commencée ci-contre, qui nous indique d’abord que la «méthode autrichienne diffère de la mé » thode allemande par la forme et par le fond».
Après avoir indiqué ce qu’est la méthode prussienne, le même officier continue:
«La méthode autrichienne, au contraire, conserve à peu
» près complètement au cheval sa forme naturelle; elle n’a
» en vue que de le rendre franc et obéissant, et de le préparer
» aux fatigues de la guerre par de longs et fréquents
» exercices en terrain varié ; elle ne recherche pas la perfection
» dans le dressage, lequel se fait beaucoup plus à
» l’extérieur qu’au manège; elle veut seulement dégrossir
» le cheval — (ne pas oublier que c’est un Allemand qui
» parle) — et emploie presque exclusivement le travail individuel.
» Elle s’inquiète peu de modifier les aplombs, se borne à
» placer la tête et l’encolure, et ne parle nulle part du travail
» de l’arrière-main, auquel nous attachons tant d’importance
» en Prusse. Elle prescrit, au contraire, d’éviter soigneusement
» d’engager la croupe, parce qu’elle recommande de
» préférer les allures rapides à une encolure haute et à une
» arrière-main engagée.
» Elle cherche à compenser cette insuffisance (!!) dans
» le dressage — c’est toujours un Allemand qui parle, — en
» rendant les chevaux durs à la fatigue et très calmes.
«Nous appellerons donc cette méthode, la méthode naturelle,
» et la nôtre, la méthode artificielle.»
Je n’ajouterai qu’un mot; je crois que ces deux méthodes: — la méthode allemande, très rassemblée mais avec ses assouplissements, la méthode autrichienne, équitation de rênes, le cheval très libre, — je crois, dis-je, que ces deux méthodes, quoique bien différentes, ont du bon toutes les deux, mais je crois surtout qu’en les combinant et en prenant: à la première, les assouplissements et l’emploi des jambes, à la seconde, la liberté qu’elle laisse à ses chevaux, on arriverait à faire quelque chose de parfait.
Quoi qu’il en soit, nous devons tenir la cavalerie autrichienne pour la première du monde peut-être et, il faut le dire, le grand Dispensateur des choses ici-bas a tout fait pour mettre, à la portée de ce peuple, les éléments destinés à le rendre cavalier.
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