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Louis Morin

Grand'mère avait des défauts!


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066314873

Table des matières

COLLECTION “ PLUME ET CRAYON ”

PROLOGUE

POURQUOI GRAND’MÈRE CESSA D’ÊTRE GOURMANDE.

HISTOIRE D’UN BONNET D’ANE

LA COLÈRE DE GRAND’MÈRE

LE VIEUX JARDIN

GRAND’MÈRE ENVIEUSE

POURQUOI GRAND’MÈRE PRIT LA SIMPLICITÉ POUR RÈGLE DE SA VIE

ÉPILOGUE


COLLECTION “ PLUME ET CRAYON ”

Table des matières



PROLOGUE

Table des matières

La vieille maison de campagne où Georgette, Jeanne et Rose vont passer la belle saison, c’est la maison de grand’ mère, toute pareille à elle. Lorsque grand’mère est assise sur la terrasse, dans son vieux fauteuil à oreilles, entre les caisses d’orangers et les grands pots de lauriers, et que son visage pâle, abrité par un grand bonnet de jardin, sourit doucement, avec ses yeux restés si jeunes, il y a, entre elle et la vieille maison au capuchon d’ardoises, qui rit, elle aussi, par ses fenêtres brillantes, une étrange ressemblance.

Pour les trois fillettes, grand’mère, et sa maison, ce sont des personnes très respectables, très vieilles — qui ont toujours été sages et vieilles — et très bonnes aussi. Grand’mère n’est là vraiment que pour donner à ses petites filles le bon air, les amusements des champs, les gâteries de sa table où les gâteaux abondent et, quand elles sont punies, la câlinerie de ses consolations, les douces exhortations qui font que l’on cède peu à peu et qu’on oublie ses bouderies. C’est la raison d’être de grand’mère.

Car Georgette, Jeanne et Rose, étant si gâtées, si dorlotées, sont pleines de défauts affreux et ridicules. Georgette est vaniteuse, Jeanne est colère, Rose est gourmande et grand’mère a beau faire, ces défauts là ne vont pas en s’atténuant.

Or, grand’mère a pris une décision. Un après-midi de réflexions graves, sur la terrasse, après quelque orage qui a bouleversé la matinée de pleurs et de désespoirs futiles, grand’mère prend texte d’une exclamation de Georgette: —«Mais, grand’mère, vous n’avez pas eu de peine à être bonne et sage, vous, vous n’avez jamais eu de défauts!» — pour détromper les fillettes.

— Ah, mes pauvres petites, que me dites-vous là ! j’ai eu comme vous des cheveux blonds et des joues roses, mais j’ai eu aussi plus de défauts encore que vous n’en avez. J’étais vaniteuse, colère et gourmande, et, de plus, paresseuse, envieuse, désobéissante, etc., etc. J’avais, hélas tous les défauts. Mais la vie est là pour nous corriger, durement, et les gronderies des parents, dont vous vous plaignez si amèrement, ne sont que pour vous éviter ces terribles leçons de la réalité dont je vous parle.


Et, toutes ces leçons, je les ai eues, l’une après l’autre, sans atténuation, car je n’avais plus de maman; mon père, tout occupé de me préparer une petite fortune, et qui m’aimait aveuglément ne pouvait s’apercevoir de tous mes travers. J’avais donc fini par loger auprès de moi la troupe entière de ces vilains personnages que vous savez, et que. nous ne voyons pas, si nous n’y prenons pas grande attention: les Défauts.

Tantôt ils m’escortaient tous ensemble, attentifs à me faire commettre des sottises, quitte à se moquer de moi après: tantôt l’un d’eux m’entreprenait en particulier et n’avait de cesse qu’il ne m’eût lancée dans quelque fâcheuse aventure. Voyez-vous, petites filles, mes yeux sont exercés depuis plus longtemps que les vôtres, je vois, très distinctement, à certaines heures, rôder autour de vous des figures, impalpables, et que pourtant je reconnais bien, pour les avoir fréquentées autrefois.

Derrière toi, Georgette, j’ai vu se dresser souvent le mannequin de l’Orgueil, coiffé d’un feutre orné de plumes de paon et vêtu très magnifiquement, quoique son pourpoint soit marqué par derrière de l’usure de nombreux coups de pied (tu as des amis bien vêtus!) Il te soufflait, sans que tu y prisses garde, de trop bonnes opinions sur toi-même et l’envie démesurée de paraître ce que tu n’es pas.

Jeanne a pour compagne favorite, à son insu, une personne vêtue de couleur ponceau, la Colère, dont le teint est fort rouge, la coiffure étrangement dérangée, et qui a toujours la bouche ouverte, les yeux hors de la tête et la trace d’un soufflet sur la joue droite. C’est elle qui lui conseille de ne pas se laisser marcher sur les pieds et lui énumère toutes les raisons de son légitime ressentiment.

Rose a une amie plus avenante, la Gourmandise, une amie grassouillette à lard, mais, quand elle rit, on s’aperçoit qu’elle n’a plus de dents, à force de manger des sucreries, ce qui est bien vilain. Cette amie-là a une robe vert de mer brodée de vagues et de petits poissons, pour rappeler qu’elle est sujette au mal de mer, et elle porte, vous le dirai-je, une seringue en sautoir, accompagnée de quelques flacons d’huile de ricin et d’émétique.

Si vous voulez, mes petites, je vous raconterai, à raison d’une après-midi par mésaventure, comment j’ai dû me séparer de ces amis déplorables, — après, hélas! qu’ils m’eurent entraînée aux pires catastrophes.



POURQUOI GRAND’MÈRE CESSA D’ÊTRE GOURMANDE.

Table des matières


Pourquoi grand’mère

cessa d’être gourmande.

Le premier défaut que je perdis, ce fut la gourmandise. Et bien m’en a pris, dit grand’mère avec un sourire qui laissa voir ses dents belles, puisque c’est grâce à cela sans doute que je dois de ne point avoir le menton de galoche, comme l’ont généralement les carabosses de mon âge. Je perdis ce vilain travers vers l’âge de sept ans, c’est-à-dire avant la repousse de mes quenottes de grande personne. Et voici à quelle occasion.

Mon papa, votre arrière-grand-père à vous, mes petites filles, était fermier de la ferme voisine de cette propriété, et c’est à force de travail et d’économie qu’à la fin de sa vie, à la disparition du dernier des propriétaires, il a pu acquérir ce petit château où nous sommes et dans lequel j’ai toujours vécu depuis, avec mon cher mari. A l’époque où j’avais sept ans, c’était en 1832, j’étais donc tout simplement la fille du fermier, mais mon père était tenu en si grande estime par tous les gens du pays que je me considérais comme une petite personne de très haute importance.

On disait que j’étais gentille; il est possible; le plus ancien des daguerréotypes que l’on a faits de moi, vers 1840, a tellement pâli que tout souvenir de ma joliesse de petite fille est effacé. Je sais seulement que j’avais les yeux bleus, les cheveux dorés et très abondants et que j’étais particulièrement chérie du vieux marquis de Saint-Père, propriétaire de ce château et maire de la commune.

Or, un jour, c’était, vous dis-je, au mois de mai de 1832, le village fut tout à coup agité par une grande nouvelle. Le roi Louis-Philippe, rien que cela, mes petites, allait passer le lendemain par le village, en se rendant aux eaux, et il s’arrêterait quelques heures, dans l’après-midi, chez le marquis qu’il avait beaucoup connu pendant son exil en Angleterre. Comme il faisait très beau, la réception fut décidée dans cette cour même où nous sommes et l’on se mit aussitôt à l’orner de guirlandes de feuillages et de trophées de drapeaux, avec une hâte incroyable. Jamais un roi ne s’était arrêté dans le village, pour y boire ce qu’on appelait à l’époque un vin d’honneur, pour y goûter, comme vous diriez: vous pensez si l’émotion était à son comble. Le trône champêtre que l’on installait pour Sa Majesté était à peu près, je m’en souviens très bien, à l’endroit où se trouve mon fauteuil et je vois encore le marquis donnant des ordres, criant pour que l’on apportât les feuillages nécessaires, que l’on établît l’estrade, que l’on disposât autour du fauteuil doré du souverain les chaises où devaient s’asseoi r, auprès du marquis lui-même, les gros personnages de la localité : M. le curé, M. le capitaine des pompiers, M. le notaire, quelques autres personnes notables, et mon père qui était adjoint de M. le maire.


A cette occasion, M. le marquis avait eu une idée qui lui avait paru charmante: il avait jeté les yeux sur moi pour faire offrir au roi un bouquet des fleurs du pays, un bouquet de fleurs tricolores: roses rouges, bluets et lis. Vous savez, mes enfants, que le drapeau tricolore, proscrit sous le règne de Louis XVIII et sous celui de Charles X, était redevenu, depuis 1830, c’est-à-dire depuis deux ans, le drapeau de la France, et c’était, partout le pays, du délire pour les trois couleurs, que les armées de la République et de Napoléon avaient glorieusement promené dans le monde entier.

M. le marquis, poète détestable, mais fervent courtisan, avait improvisé un petit compliment qu’il me fit apprendre avec soin:

— «De ce bouquet de fleurs, Sire, acceptez l’hommage;

«Du drapeau des Français elles offrent l’image

«Mon cœur est avec elles...

J’ai oublié la fin de la pièce, mais vous verrez qu’il n’est pas besoin que vous en sachiez davantage.

Pendant que le marquis me serinait ses vers, il avait mis en mouvement toutes les femmes du château pour me faire confectionner, sur l’heure, un costume qui devait ressembler à celui des anges ou des amours, puisqu’il comportait une paire d’ailes en gaze d’or, montées sur laiton, et qui tremblaient au moindre de mes mouvements. Pendant la soirée, tandis que les gens du pays travaillaient, aux torches, à terminer l’arrangement de cette cour, M. le marquis me fit coiffer lui-même à son idée, et me fit poser une centaine de papillottes, — je n’exagère pas. Pour une petite paysanne qui n’y est point faite, c’est un étrange supplice; en toute autre occasion, j’aurais poussé des cris d’orfraie, mais je subis mon martyre sans songer une minute à me plaindre, tellement ma petite personnalité était affolée d’orgueil à cette idée que moi, la petite Palmyre, j’allais voir le roi, lui parler et sans doute être embrassée par lui.

DE CE BOUQUET DE FLEURS, SIRE, ACCEPTEZ L’HOMMAGE...



Les exclamations du marquis n’étaient pas pour abattre mon enthousiasme. Il tournait autour de moi en criant: «Parfait, divin, elle est ravissante, cette poupée, le roi sera ravi, lui qui adore les enfants!...» Et je me verrai toujours assise dans son cabinet de toilette, devant une glace biseautée, la tête couverte de petits papiers roulés, le buste drapé d’une robe de mousseline rose à l’essayage, bâtie de fils blancs, mes ailes dans le dos, également faufilées, et l’air parfaitement ahuri d’être l’objet, en cet état, de l’admiration d’un si grand seigneur.

La nuit, je ne pus m’endormir que fort tard, moitié à cause de l’attente nerveuse où j’étais, moitié par la faute de mes papillottes qui, de toute façon que je misse ma tête sur l’oreiller, y entraient douloureusement. Enfin, je me couchai sur le nez, et je m’endormis d’un sommeil de plomb jusqu’au grand jour.

Sitôt levée, je me regardai dans la glace et, franchement, je me trouvai affreuse; j’avais le nez épaté, des marques rouges sur la figure, les papillottes en déroute; pourtant je repris confiance en songeant que le marquis savait mieux que moi ce qu’il fallait faire.

Je courus au château, tout le personnel y était en rumeur déjà. La cour était admirable: des guirlandes de feuillage, piquées de fleurs, couraient d’arbre en arbre et formaient un dôme au-dessus du fauteuil royal. Des écussons, ornés de drapeaux, offraient des devises en l’honneur du roi et de la nation. Les huit pompiers avaient, dès cette heure matinale, revêtu leur uniforme de parade, leur capitaine luisait comme un astre et le garde champêtre, un vieux de la vieille, avait plus crâne allure que d’ordinaire sous son majestueux bicorne au plumet tricolore. Tous apportaient leurs soins à l’installation de l’immense table où s’alignaient déjà par centaines les bouteilles et les verres, la table autour de laquelle le populaire devait se réunir pour répondre au toast du roi. Mon arrivée ne produisit pas une sensation flatteuse pour mon amour-propre: les plus jeunes éclatèrent de rire, les vieux même sourirent à la vue du hérisson de papier blanc qui se balançait sur mes épaules étroites. — «Oh! la Palmyre, qué tête qu’elle a!»

Mais le bon sourire du marquis me rassura: — «Tas d’imbéciles, criait-il, vous allez voir ce qu’elle sera, la mignonne!»

Et il me dit d’entrer au château sur-le-champ.

Ma toilette dura fort longtemps. Lavée, peignée, bichonnée, parfumée par les femmes du château, je vis enfin ma chevelure sortir, dans toute la splendeur de ses ondes, des petites enveloppes qui l’enserraient mèche à mèche; un bouquet de cerises nouvelles, à peine rosées, fut piqué au-dessus de mon oreille gauche, avec un gros nœud ponceau; un collier de corail fit deux fois le tour de mon cou. La robe et le corsage roses qu’on me passa furent jugés réussis à merveille: quant à mes ailes d’or transparentes, frissonnantes d’éclats dorés, elles ondulaient si gracieusement que le marquis, venu pour la fin de ma toilette, en battit des mains avec enthousiasme. Il faut vous dire, mes enfants, que, dépassant ma robe rose de vingt centimètres au moins, un pantalon blanc, à dents de guipure, couvrait ma jambe jusqu’à la cheville et que mes petits escarpins, de soie noire, étaient retenus par des rubans croisés et noués au-dessous du mollet. Si vous me voyez, avec vos yeux de maintenant, habitués à d’autres modes, vous éclateriez de rire, mais pour 1882 j’étais vraiment fort bien, et digne des baisers du roi que l’on m’avait promis.


Cette matinée, jusqu’au déjeuner, fut le meilleur de mon temps. Mon père, ravi, me serra si fort dans ses bras que tout le monde le querella. Il allait me chiffonner! Je me promenai dans la cour, parmi les groupes, avec un tel sentiment d’orgueil que je ne me rappelle rien de semblable dans toute la suite de mon existence; il m’apparaissait très distinctement que tous ces apprêts étaient faits pour deux personnages: le roi et moi, —j’aurais dit volontiers: moi et le roi. J’étais un peu bavarde, je me mis à pérorer. L’insupportable petite personne que je devais être ce jour-là ! Mais tout le monde était de bonne humeur, on ne s’en aperçut même pas. Vers dix heures, on apporta mon bouquet: il était énorme; je devais le tenir à deux mains. Il était composé, comme je vous l’ai dit, de roses, de bluets et de lis, mais les lis y étaient en majorité et exhalaient une odeur pénétrante.

Après m’avoir contemplée, le bouquet dans les mains, on le fit bien vite descendre dans la cave, au frais, en attendant l’heure solennelle.

M. le marquis, maire de la commune, avait jugé à propos d’inviter à déjeuner ses adjoints et le conseil. Mon père en faisait partie. Le marquis voulut aussi me garder: c’était un honneur auquel je ne m’attendais pas, mais qui ne m’étonna pas autrement, car, je vous l’ai dit, du moment que j’allais parler au roi et que le roi me répondrait, qu’est-ce qui aurait bien pu me surprendre? Si j’en ressentis une grande joie, c’est surtout parce que j’avais été faire un tour à la cuisine et que j’avais été suffoquée à la vue de la quantité et de la variété incroyable des gâteaux qui s’y trouvaient.

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199,34 ₽
Возрастное ограничение:
0+
Дата выхода на Литрес:
17 января 2025
Объем:
98 стр. 65 иллюстраций
ISBN:
4064066314873
Издатель:
Правообладатель:
Bookwire
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