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Lois Dabbadie

Une Croisade au XXe siècle

Civilisation chrétienne contre pangermanisme


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066304744

Table des matières

PRÉFACE.

IRE PARTIE.

IIME PARTIE.

IIIME PARTIE.

IVME PARTIE.

VME PARTIE.

VIME PARTIE.

VIIME PARTIE.

PRÉFACE.

Table des matières

Admirons la France: dans la plus épouvantable des guerres qu’enregistre l’Histoire, elle a un rôle digne de son passé.

Nos aïeux tinrent en échec les meilleures troupes de l’Europe coalisée, un siècle auparavant. L’irrésistible valeur des bataillons républicains, alertes et impétueux, décida du gain des batailles. Mais la puissance d’engins destructeurs, et l’emploi meurtrier d’innombrables projectiles, modifient les conditions du combat aujourd’hui. Sans un matériel suffisant, la victoire n’est acquise que par le courage stoïque et l’esprit de sacrifice poussés aux plus extrêmes limites. Or nos soldats, pris au dépourvu, firent des prodiges. Dieu a béni leur héroïsme.

Lorsque plusieurs nations rivalisent d’intrépidité au cours d’une lutte épique, soutenue contre l’infernal pangermanisme, soyons fiers d’avoir obtenu, en ce mémorable conflit, d’extraordinaires victoires, dont nos alliés reconnaissent l’importance.

Or ce loyal hommage, venu de nos dignes frères d’armes, faciliterait singulièrement la tâche des historiens, si un pareil esprit de justice animait nos généraux et nos hommes politiques. Malheureusement il est à craindra que des contradictions se multiplient. Car plusieurs personnages ont un culte exagéré pour leur gloire; et certains veulent se parer de celle d’autrui.

Allons-nous subir la mauvaise foi de mémorialistes orgueilleux?

Quand se succédèrent tout-à-coup les formidables évènements, qui occuperont toute l’attention du monde pendant un siècle, sinon davantage, les travaux historiques relatifs à l’intéressante période, entre l’avènement de Louis XVI et la chûte de Napoléon Ier furent interrompus. Et nul ne sait comment s’effectueront d’utiles mises au point ajournées par décision de prudents libraires-éditeurs.

Cela impose dès maintenant, aux partis et aux individus, l’obligation de ne pas mentir avec effronterie. Autrement quatre cents ans ne suffiraient point à ceux qui voudront fixer, en toute justice, dans les annales du monde, le souvenir de cette, horrible éruption du pangermanisme, vomi par l’enfer sur les peuples chrétiens.

Le rôle de notre France est si beau qu’on doit l’expliquer sans aucune emphase, avec la plus rigide indépendance On réfutera donc les impostures de maints politiques ambitieux, qui cherchent, par tous les moyens, une justification de leurs œuvres. On dédaignera leurs discours grandiloquents contre les attentats inhumains et sacrilèges de nos ennemis teutons ou ottomans! Car ils sont responsables d’avoir désarmé le pays et attiré sur lui des châtiments; eux-mêmes n’ont-ils pas, sans bombes mais avec leurs lois iniques, fait la guerre aux crucifix?

Reconnaissons loyalement nos fautes et celles de nos alliés. N’expliquons pas un manque d’élémentaire vigilance par des phrases. Ne nous vantons point d’avoir été pacifiques envers d’implacables ennemis, lorsque nous vécûmes au sein des discordes civiles suscitées par une secte anti-française. Chassons nos endormeurs, qui flattent notre vanité en donnant, aux mirages dont ils éblouirent le peuple, un faux air de généreux idéalisme. Ne soyons pas toujours des dupes aux simulacres d’Union Sacrée, quand la tyrannie blocarde subsiste. Démasquons les fourbes qui, parlant de fraternité, s’embusquent au Parlement, pour faire la loi aux grands stratégistes dont les victoires nous sauvèrent.

Point d’orgueil intempestif qui nous retienne dans l’aveu nécessaire de nos défaites! Il faut décrire la puissance des Allemands, leur prodigieuse organisation, les magistrales tactiques de leurs généraux, l’immense péril dans lequel se débattit notre race, la terrible perte d’existences, et d’autres calamités qui décimèrent une population déjà insuffisante.

Mentir n’est point acte de patriotisme. Si l’on doit sagement taire d’inquiétantes nouvelles, tout en proclamant celles qui réconforteraient le peuple, vouloir l’endormir dans une quiétude trompeuse est expédient criminel. Bientôt sa méfiance, une fois éveillée, le porte au plus sombre pessimisme. Et pourquoi tromper systématiquement ceux qui ne combattent pas? Nos soldats ont-ils manqué de force d’âme en présence d’épouvantables réalités, bien qu’elles fussent pour eux des surprises complètes?

M. Barthou l’a dit excellemment: “ après deux ans de

“ guerre et d’expériences, nous n’avons plus le droit de nous

“ monter la tête et de nous réchauffer le cœur avec des

“illusions. Cette monnaie, dont on a trop souvent payé un

“ peuple qui avait droit à la vérité, n’est plus digne d’avoir

“ cours.”

Des mensonges, répandus avec l’intention de rassurer le peuple, ne sont pas toujours excusables. Que dire d’impostures échafaudées pour les besoins d’un parti et de ses adeptes?

Si ardue ou périlleuse qu’apparaisse une patriotique mise au point, tout historien français osera l’entreprendre.

Comment y parvenir?

Pour qu’un menteur se taise, il est bon de lui faire savoir que maints témoignages véridiques peuvent infirmer le sien.

Voilà pourquoi des historiens ne relevant d’aucun parti, et n’ayant d’ailleurs pas d’orgueil personnel en jeu, commencent déjà leurs enquêtes.

M. Hanotaux bien promptement a publié quelques volumes sur la grande guerre; quoique écrits avec une extrême réserve, ils seront précieux pour quiconque voudra le suivre dans cette voie. Mais le devoir d’être fort discret, en certaine phase difficile, durant laquelle tout semblait imprudence, ne saurait plus réduire au mutisme ceux qui ont le droit, enfin, d’annoncer notre triomphe. Il est temps de substituer, au bluff des gouvernements et des journaux, l’histoire véridique. du grand péril que nous avons couru, époque douloureuse dont la France gardera toujours le souvenir!

Chacun sait aujourd’hui que rapports et communiqués sont pièces sujettes à caution. Chacun admet que les documents officiels et plusieurs déclarations publiques ne sont pas des blocs de vérité. Cette découverte un peu tardive nous rendra plus sagaces dans le choix des témoignages.

Il faut attentivement ouïr, sans crédulité, un grand nombre de versions relatives à maints événements peu connus; et parfois le dire d’obscurs héros nous dépeint mieux un état de choses que les assertions du premier ministre.

Nous sommes loin, certes, des temps où les soldats comprenaient quelque chose de la pensée stratégique du général-en-chef. Car, sur un point où les projectiles pleuvent, ils ne savent rien d’autres drames qui se déroulent simultanément ailleurs, sur une ligne immense. Donc les impressions des troupiers n’ont de valeur que pour l’historien désireux d’approfondir, par l’étude psychologique de leur superbe force d’âme, les causes d’inoubliables prouesses, d’héroïques sacrifices, de miraculeuses revanches!

En attendant que d’illustres serviteurs de la glande patrie nous révèlent mille choses secrètes, déblayons soigneusement nos fastes historiques, déjà encombrées de versions tendancieuses; dénonçons les intrigues d’une oligarchie toujours prête à mentir pour se disculper. Ainsi nous aiderons au triomphe de la vérité, nous préviendrons les machinations d’ambitieux qui, incapables d’abnégation, rêvent non point d’affranchir notre patrie du joug des sociétés secrètes, dont ils dépendent, mais de perpétuer l’incohérence, l’irréligion, les rapines, l’onanisme, le désordre social, l’amour des jouissances, l’alcoolisme, dans ce beau pays, dont l’indispensable triomphe aura été difficile par leur faute.

Plus tard la publication des papiers de Galliéni, du comte de Mun, de lord Kitchener, du colonel Driant, de Francis Charmes, les souvenirs des généraux Joffre, Pau, Castelnau, Foch, Dubail, Maunoury, lord French, de Lanrezac, Franchet d’Esperey, de Langle de Cary, Douglas Haig, Smith-Dorrien, Ruffey, Sarrail, de Maud’huy, d’Urbal, Roques, Ian Hamilton, d’Amade, Gouraud, Bailloud, Pétain, Nivelle et d’autres fameux guerriers, ainsi que divers témoignages émanant de Poincaré, Asquith, sir Edward Grey, Lloyd George, Redmond, Barthou, Delcassé, Balfour, Ribot, lord Lansdwne, Charles Humbert, Denys Cochin, serviront à établir, sous leur véritable jour, tant de faits que Jaurès, Caillaux, Messimy, Clémenceau, Briand, Doumergue, Bien-venu-Martin, Millerand, Gauthier, Pichon, Painlevé, Raffin-Dugens, Hervé, embrouillèrent à plaisir dans le but de pêcher en eau trouble.

Dès maintenant l’on discerne que la France, malgré tout, agit en état chrétien, par la force d’une vocation ancienne. L’armée française forme l’avant-garde indomptable des peuples qui luttent contre les hordes féroces du pangermanisme. Cette guerre ne semblait d’abord être que la défense du monde civilisé, aux prises avec les suppôts de la fausse science; Elle va se terminer eu croisade pour le triomphe des préceptes chrétiens.

LOÏS DABBADIE.

7 Avril 1917.

IRE PARTIE.

Table des matières

BISMARCK ET GUILLAUME II.

La guerre franco-allemande de 1870 démontra l’impéritie monstrueuse du gouvernement de Napoléon III, et la complète organisation du bloc teuton qui avait pris corps au lendemain de Sadowa.

Depuis cette catastrophe, le vaillant peuple français, jadis capable d’affronter le choc de plusieurs nations coalisées, subit une dure hégémonie consacrée par le traité de Francfort.

Sous le régime de la République libérale, si bien représentée par le grand patriote Thiers, notre France ne fut point lente à reprendre quelque prestige.

Bismark aussitôt médita une nouvelle agression; Gortschakof sut lui interdire pareille tentative de massacre .

L’homme qui attisa des discordes civiles chez nous, et procura aux meneurs de la Commune quelques milliers de chassepots, n’allait point être à court d’expédients. Diviser une nation c’est l’affaiblir. Gambetta, Ferry, Brisson, par leur malencontreuse haine du catholicisme, avaient mis en émoi le clairvoyant Thiers; or celui-ci mourut; sauf le comte do Mun, aucun debater ne pouvait mettre en garde la France contre les sinistres dispositions de ces farouches sactaires. Bismarck leur donna l’exemple du Kultur Kampf; il fit même de discrètes politesses au vaniteux Gambetta, et volontiers l’eut entraîné dans une brutale persécution du catholicisme. Que si Gambetta craignit de se compromettre par une prompte entente avec le chancelier allemand, il émit toutefois comme signal des persécutions, dites légales, cette sentence grandiloquente; “ Le cléricalisme, c’est l’ennemi!”

Plus tard un parti radical-socialiste, faisant sienne la formule de Rabagas, et opprimant les catholiques jusque dans l’armée française, allait fournir à l’élève de Bismarck une co-opération aveugle, ou criminelle.

Lorsqu’il découvrit les inconvénients du Kulturkampf pour l’Allemagne, notre subtil ennemi ne persista point dans l’expérience; fort satisfait d’avoir en France des imitateurs sans discernement, à loisir il observa l’œuvre de démolition que nos verbeux politiciens poursuivaient avec un incroyable manque d’esprit civique.

Bismarck suggéra des expéditions coloniales aux hommes d’état français, pour leur donner du souci. Prévoyant l’alliance franco-russe, il crut fourvoyer irrémédiablement la République Française dans des aventures contre l’Italie, la Chine et l’Angleterre.

Ces expéditions nous donnèrent la Tunisie, le Tonkin, Madagascar, et plusieurs autres territoires. On y gaspilla des millions de francs, par la faute des ministres, de leurs bureaucrates. Elles furent parfois meurtrières et faillirent coûter bien plus. Néanmoins l’agrandissement du domaine colonial stimula d’heureuse façon l’énergie française, procura quelques débouchés pour notre industrie, alors que les marchandises allemandes faisaient irruption chez nous.

Sous la présidence de Sadi Carnot, le gouvernement républicain regagna l’estime européenne, qu’il avait perdue tant soit peu, au cours du précédent septennat; l’empire des tsars soutenait d’une manière définitive la diplomatie française.

Guillaume II signifia tout-à-coup, en mars 1890, au prince de Bismarck, son intention de diriger lui-même la politique allemande.

Durant plusieurs années, ce nouveau souverain donna l’illusion aux naïfs qu’il était pacifique, bavard, fanfaron, malade, fantasque. En 1893 le kaiser ne commit pas l’imprudence de chercher noise aux deux peuples qui fraternisèrent à Cronstadt et à Toulon; car les ambassadeurs d’Allemagne, d’Angleterre et d’Autriche-Hougrie représentèrent au gouvernement italien, très hostile à la République Française, que des provocations seraient inopportunes. En décembre 1391, par l’organe du chancelier Caprivi, les déclarations relatives à la politique teutonne prirent un caractère de sereine bienveillance à l’égard des voisins de l’ouest comme des voisins de l’est.

Guillaume II prépara néanmoins le triomphe du pangermanisme, rêvant de poursuivre la politique bismarckienne jusqu’aux plus extrêmes conséquences. Bismarck voulut régenter le monde, Guillaume II médite de l’asservir.

Organisateur émérite, le Kaiser tripla méthodiquement ses forces militaires, stimula l’industrie et le commerce de son empire au moyen de cartels, institua l’ubiquiteux espionnage boche, tout en décuplant la richesse allemande. Ses banquiers juifs devinrent omnipotents aux pays voisins. Et tandis que nos parlementaires, ambitieux, sectaires, veules, jaloux, voleurs, interdisaient aux hommes d’élite l’accès aux fonctions suprêmes ou délicates, opprimaient nos généraux, sans leur laisser la moindre initiative, de crainte d’un coup d’état, l’empereur d’Allemagne choisissait avec discernement ses principaux collaborateurs.

Les scandaleux tripotages du Panama inspirèrent à ce monarque une géniale combinaison. Assurément son rôle dans l’affaire Dreyfus est mystérieux; en tous cas il réussit, de façon machiavélique, à mettre le désarroi, dans l’état-major français d’abord, puis dans toute la nation, avec l’aide suspecte de Zola et d’autres métèques. Le parti radical-socialiste lui doit les démissions du président Casimir-Périer, des généraux Mercier, Billot, Chanoine, Zurlinden, du ministre Cavaignac, et l’avènement au pouvoir de Bris son, de Combes, d’André, de Clemenceau, de Picquart, dignes prédécesseurs de Monis et de Berteaux, de Caillaux et de Messimy, d’Augagneur et de Painlevé. En témoignage d’une gratitude profonde, sans doute, le contre-espionnage français fut aboli.

Avec le parlementarisme gambettiste, selon Waldeck-Rousseau, et surtout Combes, il ne restait plus au Kaiser grand’chose à obtenir. De ces ministres, les successeurs prirent l’habitude, en l’exagérant au Palais-Bourbon et ailleurs, d’oublier l’ennemi d’outre-Rhin, et de découvrir dans les ordres religieux tout “suspect” d’attachement au Saint-Siège; même nos généraux et nos amiraux, en raison de leurs croyances catholiques, n’eurent point la confiance d’une république inféodée à la franc-maçonnerie. Par surcroît, des naturalisations faciles, puis l’accès partout, furent le privilège des juifs allemands, de par le patronage des loges. Guillaume II eut ainsi le bonheur d’être servi par Combes autant que Bismarck espéra voir Gambetta bouleverser la France.

L’empereur d’Allemagne avait toujours craint la perspicacité du tsar Alexandre III; il se réjouit de découvoir en Nicolas II un philanthrope sans méfiance. Rien n’était plus facile à l’élève du faussaire d’Ems que d’avoir des représentants aux grandes parlottes de la Haye, pour promettre en son nom, quitte à ne rien tenir plus tard. Il dissiperait ainsi les préventions du nouvel autocrate assez longtemps pour accomplir quelques perfidies. L’évènement justifia son espoir. Nicolas II eut l’occasion d’admirer sa troublante intelligence. Guillaume II affecta de féliciter la diplomatie russe d’avoir mis fin aux malentendus qui exaspéraient la méfiance du gouvernement britannique et il suggéra l’occupation des territoires chinois de Mandchourie. L’astucieux Kaiser était d’autant mieux averti de la puissance japonaise que des officiers-instructeurs allemands le renseignèrent. Mais il démontra au tsar combien la Russie, bloquée par des glaces polaires, étouffant pour ne point heurter diverses limites imposées par le Foreign Office, prendrait un puissant essor quand elle annexerait ce rivage sur une mer libre: Moukden, Port Arthur et Dalny seraient villes russes dans le voisinage des Nippons craintifs, résignés, affirma Guillaume II.

Il intrigua longtemps, comme Bismarck, pour amener un conflit entre la France et l’Angleterre; les incidents de Bangkok et de Fachoda stimulèrent son activité ; lord Salisbury manqua lui donner ce spectacle.

Les guerres du Transvaal et de Mandchourie fournirent à Guillaume II l’occasion d’accroître eu France et en Russie des rancunes fort légitimes contre l’impérialisme anglais dont Palmerston, Beaconsfield, Salisbury, Chamberlain, représentèrent avec une morgue peu attrayante l’idéal accapareur. Mais l’avènement d’un grand monarque interrompit les succès diplomatiques du Kaiser; tout-à-coup Edouard VII dirigea les affaires européennes avec une intelligence loyale et bienfaisante qui rappelait celle de son beau-frère Alexandre III.

Devant la Russie, qu’une campagne malheureuse venait d’affaiblir, et la France gouvernée par les loges maçonniques, une impérieuse tentation de frapper son grand coup agita Guillaume II.

Mais il avait un partenaire timide: l’empereur François-Joseph d’Autriche ne voulut agir qu’en des circonstances évidemment favorables. Or le roi Edouard VII opérait la réconciliation de l’Angleterre avec la France; c’est donc vainement que Guillaume II provoqua le peuple français en 1905. Il dût se montrer ensuite souple, patient, lorsque la conférence d’Algésiras régla, ou plutôt enfouit, cette question marocaine soulevée par lui. Dès lors il résolut d’entraîner son brillant second, Habsbourg, au milieu des Balkans, pour le contraindre à perpétrer un horrible crime de lèse-humanité.

Quelques années auparavant, le Kaiser s’était rendu à Jérusalem; certes il ressemblait peu à Godefroy de Bouillon prosterné au Saint-Sépulcre après sa victoire; mais plufôt à quelque fastueux chef de brigands! Aussi l’impression qu’il produisit, en traversant Constantinople, dût être une sorte de magnétisme. Passer la revue discrète des contingents turcs, qu’il opposerait aux Russes dans une guerre prochaine, et non point accomplir un pélerinage, lui importait en l’occurrence. Toutefois il osa se poser en protecteur des chrétiens pour faire contraste avec le Président de la République Française dont les gestes protocolaires, à l’égard du Vatican, furent dictés par les loges.

Guillaume II avait choisi pour le représenter à Constantinople un diplomate éminent: Marshall de Bieberstein; et celui-ci était devenu grand-vizir occulte; les Turcs marcheraient donc an premier signal.

C’est pourquoi l’empereur allemand fit annexer d’une manière définitive la Bosnie-Herzégovine par l’Autriche-Hongrie; en même temps Saxe-Cobourg, roi bulgare, prenait le titre de tsar, véritable bravade que la Russie n’eut point tolérée en d’autres époques. Mais, sagement Nicolas II subit l’affront, et engagea même le gouvernement serbe à se résigner en présence des mobilisations inquiétantes de la Double-Monarchie.

Le fourbe teuton n’avait point réussi à exaspérer contre l’Autriche-Hongrie deux Gouvernements slaves; son impatience d’obliger l’empereur d’Autriche à faire la guerre devint extrême. Il revint aux machinations en Occident, et déterra d’un tour de main la question marocaine. Son coup d’Agadir vaut une charge à fond. consortiums

Guillaume II profitait du régime des consortiums franco-allemands, qu’organisèrent Caillaux et de Schœn; et il pouvait choisir entre deux excellentes perspectives. Si la France eut résisté, sa préparation militaire, aussi défectueuse par la faute du ministre Messimy en 1911, que par celle de ses prédécesseurs André et Berteaux en 1905, aurait permis à l’envahisseur de pénétrer dans Paris avant que les armées du tsar Nicolas II fussent réunies aux abords de la frontière allemande. Autrement, céder aux injonctions teutonnes, jusqu’à renonveler, en d’autres termes, non moins ambigus, la convention d’Algésiras, et de plus faire abandon, par peur, d’un territoire colonial, n’était-ce pas le plus terrible aveu de décadence que formulerait, à la face du monde, le peuple français, quarante ans après la guerre de 1870?

Caillaux prépara une fusion franco-teutonne. Jaurès le soutint. Les pangermanistes se réjouirent d’avance. Un sculpteur boche, ayant atelier à Paris, modelait pour la venue triomphale du kaiser, en France, des bustes de toutes les grandeurs.

Pris d’inquiétude, parce qu’on ne sentait point, comme état-tampon, la France entre l’Allemagne et l’Angleterre, déjà sir Edward Grey disait: “ nous ne serons pas le chien qui se met dans la mangeoire pour empêcher le cheval de manger.”

Dans toute la France passa un frisson belliqueux. On s’émut des conséquences immédiates du traité marocain. Quelles alliances résisteraient à cet abaissement? Le peuple français, auquel dès lors ni les Russes, ni les Anglais, ni les Serbes, ni les Belges, ne pouvaient reconnaître le moindre courage, dégénérerait-il jusqu’au point où il serait mûr pour la kultur allemande, qu’on lui infuserait en confisquant son indépendance?

Tout-à-coup notre illustre vétéran de Rezonville décrivit les œuvres ténébreuses du ministère Caillaux: “ Je suis,

“ disait le comte de Mun, à la Chambre des Députés, un

“ très ancien et très déterminé partisan du protectorat de

“ la France au Maroc; je l’ai toujours considéré comme

“ une conséquence nécessaire de la domination de la

“ France sur l’Algérie et l’achèvement de l’œuvre accomplie

“depuis 80 ans par les gouvernements successifs

“ dans l’Afrique du Nord. J’ai soutenu devant l’opinion

“ les efforts qui nous ont été imposés, bien que je les aie

“ trouvés quelquefois dirigés sans une énergie suffisante, et

“ surtout sans une méthode vraiment efficace. J’ai cru, je

“ crois encore qu’on pouvait aboutir à un protectorat de

“ fait plus rapidement, avec beaucoup moins de complications,

“ si, à Paris on avait considéré la question marocaine

“ comme une question algérienne et non comme une question

“ européenne, et si, appuyés sur cette base de l’Algérie,

“ nous avions progressé à l’abri de la force militaire,

“ par la protection des intérêts.”

Cette fière critique émise, le comte de Mun hésitait à requérir la répudiation du traité Caillaux, sachant quel travail de désarmement, accompli par les blocards, valait aux patriotes la douleur de subir une si cruelle humiliation. Toute fois il concluait ainsi: “J’espère que l’expérience

“ pénible que nous venons de faire déterminera, à cet

“ égard, un courant d’idées nouveau et que la France

“ verra clair dans sa politique extérieure.”

Un autre héros, le général de Négrier, manifesta impétueusement son désir d’être un ouvrier, même obscur, de la grande œuvre de la revanche. Il espérait que, malgré tout, l’armée française triompherait, à force d’énergie. Ingambe quoiqu’il eut 73 ans, il écrivit au gouvernement, lorsque la guerre parut imminente: “Je suis trop vieux pour exercer

“ un commandement; nos soldats aiment à suivre des chefs

“ jeunes. Mais mes amis, qui me voient monter à cheval

“ tous les jours, disent que je me tiens encore bien en selle.

“ Je vous demande à contracter un engagement volontaire

“ comme cavalier au 4me régiment de chasseurs à cheval, à

“ Épinal. J’ai beaucoup étudié la région des Vosges et puis

“ rendre de bons services comme éclaireur.”

Le colonel Paty du Clam regimba contre l’inactivité que les blocards lui imposèrent et obtint de Messimy l’assurance qu’on lui ferait reprendre du service éventuellement.

La chûte de Caillaux, puis un réveil du pays sous le ministère Poincaré, assombrirent considérablement les horizons du kaiser, Dolcassé lui joua le tour de mettre aux prises l’Italie et la Turquie; du même coup une scission entre l’Italie et l’Autriche devait survenir en conséquence des acquisitions territoriales du gouvernemeut italien.

Puis ce furent la Bulgarie, la Grèce, la Serbie, et le Monténégro qui se coalisèrent pour écraser l’empire ottomau, (17 octobre 1912).

Malheureusement le Foreign Office retint les Bulgares loin de Constantinople; il est regrettable que la diplomatie européenne soit intervenue contre les Turcs et eux lors d’une rencontre aux lignes de Tchataldja.

Guillaume II s’en réjouit. Les diplomates autrichiens et allemands avaient persuadé au gouvernement roumain qu’il gagnerait, sans risques, en se réservant pour l’heure du partage. Ces mêmes conseillers tentèrent le monarque bulgare; et dans la nuit du 29 au 30 juin il assaillit à l’improviste ses alliés. Ferdinand Ier vit bientôt la déconfiture de sa traîtrise; il dût souscrire, par la paix de Bucarest, aux exigences des Roumains tandis que les Serbes et les Grecs, ne pouvant user de rigueur sans rompre l’équilibre balkanique, gardèrent seulement quelques localités pour être à l’abri d’une récidive. Au surplus, reprenant leurs armes, les Turcs obligèrent le gouvernement bulgare à rendre Andrinople .

Dans cet imbroglio, l’éloignement et le défaut de résolution, —pour ne pas dire l’intempestive divergence de vues entre les diplomates russes et anglais,—eurent pour la Triple Entente les plus fâcheuses conséquences. Par contre, la Wilhemstrasse et la Hofbourg assurèrent aux empires centraux un triomphe peu agréable au Quirinal; en effet, l’Italie dût concourir avec répugnance au développement de l’influence autrichienne en Albanie, où le prince de Wied fut installé. Supérieurement jouées, la Russie, l’Angleterre et la France entrèrent dans la voie des concessions, quelque peu aux dépens de la Serbie et du Monténégro, pour le maintien de la paix européenne.

Guillaume II comprit toutefois qu’il n’aurait pas longtemps l’Italie à ses ordres. Trop incertaine lui parut l’emprise germanique sur la Roumanie d’ailleurs.

La volonté d’en finir avec la France tendit toute son intelligence pour machiner une suprême perfidie. L’aveugle déférence que lui marquait l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche et le rôle considérable de cet illuminé ambitieux dans l’empire austro-hongrois lui firent espérer d’obtenir l’assentiment du vieux monarque.

Mais lorsque Jaurès mit Poincaré en fâcheuse posture durant les débats relatifs à la réforme parlementaire, l’empereur d’Allemagne voulut bien attendre quelque nouveau plongeon du peuple voisin dans les consortiums. Et son flair tout bismarckien lui indiqua les avantages qu’en tirerait le pangermanisme quand l’élection du même Poincaré à la présidence donna lieu aux manœuvres écœurantes des groupes que Pams, Clémenceau, Combes, Jaurès et Caillaux dirigèrent.

Employer la sozial-démocratie teutonne à soutenir des palabres internationales, où Jaurès remplit un rôle étrange, fut la manœuvre ostensible du kaiser; à quels autres expédients doit-il cette opposition furieuse, contre laquelle Barthou, de Mun, Pau, Joffre, Driant, soutinrent une lutte magnifique pour faire passer l’indispensable loi du service militaire de trois ans?

Peut-on douter que Guillaume II fut l’occulte artisan de la chûte du ministère Barthou quand on médite sur la revanche du germanophile Caillaux?

Jaurès prît sur les cabinets Doumergue et Viviani l’ascendant qu’avait eu Gambetta sur les ministères dont il n’était pas le président.

Les radicaux socialistes et les socialistes français, tout en se disputant des portefeuilles dans les crises ministérielles, en vinrent à s’entendre sur la doctrine d’une politique d’entente avec l’Allemagne.

Caillaux gouvernait la haute-finance; et sur tous ses agissements louches, dans la banque internationale dominée par les juifs allemands, Jaurès avait mis, comme voile épais, l’onctueuse phraséologie d’un rapport évasif. Le journaliste Calmette, rédacteur du Figaro, entreprit une impitoyable dénonciation du ministre équivoque; il fut assassiné. Toutefois le procès de la femme Caillaux, qui s’ensuivit, dévoila au public des actes si méprisables qu’une réprobation générale se manifesta, quoique le jury eut acquitté la coupable. On sut bien que cet impudique ménage ne ressentait point une colère d’époux discrètement amoureux mais plutôt la crainte d’imminentes allusions au procès-verbal relatif à Rochette le banqueroutier. Ce procès-verbal que dressa le procureur général Fabre, témoigne de la corruption d’un gouvernement, dont les ordres violentèrent des consciences de magistrats.

Comme un fruit pourri, lourd de vers, la France devait-elle choir?

Guillaume II jugea qu’il pouvait agir. François Joseph 1er, d’accord avec l’archiduc François Ferdinand, n’éprouvait que du mépris pour les Français; car l’espionnage teuton signalait l’absolu manque de ressort dans toute la France livrée à la tyrannie maçonnique. Sans doute le Kaiser dissipa tous les scrupules du vieil empereur par d’insidieuses déclamations sur la brouillonne influence du nid de la démagogie dans les problèmes européens relatifs au péril socialiste. Rien n’était plus facile que de dépeindre Jaurès comme un autre Proudhon, capable d’orienter quelque ligue internationale des anarchistes. L’empereur d’Autriche écouta les arguments du Kaiser, quels qu’ils fussent, et rejeta les supplications du pape Pie X.

On devine le motif du téméraire voyage de l’archiduc-héritier à Serajevo; n’allait-il point mettre en œuvre les forces de l’empire austro-hongrois pour accabler la Serbie d’une manière foudroyante?

Si la mort imprévue de ce prince bizarre sert de prétexte aux empereurs, point n’était besoin qu’elle advînt pour que la guerre fût déchaînée en Europe; car on a tout prévu; l’explosion devait se produire d’une façon quelconque. Depuis que les troubles d’Albanie éclatèrent, le conflit était imminent.

Axel von Schwering reproduit dans son journal, cette opinion qu’émit le Kaiser au cours de leur entrevue du 1er juillet 1915: “ La Russie sera punie de sa participation

“ au drame. Elle en souffrira. Il lui faut être bien stupide,

“ ou bien vaine pour supposer que l’Autriche ne va pas

“ réclamer avec insistance le châtiment des coupables.

“ François Joseph ne permettra pas que les assassins de son

“neveu échappent à leur sort. Du meurtre résultera peut-être

“ le suprême triomphe de la civilisation et de la politique

“ germaniques.”

Tel un comédien qui répète quelque tirade à effet, Guillaume II voulait ainsi connaître l’impression que produirait dans le monde pareille thèse. Mais avec le comte, en l’intimité d’une causerie, ce misérable avait dit d’abord:

“ Les Russes s’en réjouiront. Il leur convient de voir sur

“ le trône d’Autriche un jeune homme inexpérimenté. Les

“ malheureux! Ils n’imaginent pas que ce jeune homme

“ peut se trouver dans une situation où il se voie contraint

“ d’endosser la politique de ceux dont il a pris la place.”

Le comte Axel von Schwering fut apparemment un des rares Teutons chez qui les doctrines de Clausewitz et de Bernhardi, mêlées à la philosophie de Nietzsche, n’ont pas entièrement corrodé le sens du droit, de l’humanité. Il crut aux dispositions pacifiques de son souverain et l’admira longtemps. La puissance croissante du pays allemand n’était point faite pour lui interdire une sorte de béate confiance. Et lorsqu’il avait entendu dire au Reichstag par le chancelier Bethmann-Hollweg: “ Nous n’avons rien donué au Maroc que nous n’eussions déjà donné, et nous avons gagné un accroissement de notre domaine colonial ”, le comte von Schevering pouvait croire l’empereur désireux de poursuivre envers la Frauce une politique d’intimidation si avantageuse, plutôt que de recourir aux méthodes bismarckiennes.

Le comte alla voir son vieil ami de Moltke, chef de l’état-major. Celui-ci revenait d’une longue audience chez l’Empereur; il était fort soucieux. Après quelques réponses embarrassées aux questions du comte, il révéla subitement ses angoisses dans une réplique nerveuse: “ Eh bien, si vous

“ voulez le savoir, je crains que depuis des années, l’empereur

“ ne nous trompe, et que, tandis qu’il se posait en ennemi

“ de la guerre, il ne songeait continuellement dans son for

“ intérieur, qu’au jour où il pourrait la déclarer.” Axel von Schwering pensait que Guillaume II prit la résolution fatale depuis le crime de Serajevo; mais il s’attendait peu aux paroles du stratégiste. “ Cela vous étonne, poursuivit

“ de Moltke, cela m’a étonné moi-même et peut-être encore

“ plus que vous. Je me flattais, jusqu’à ce jour, de con-

“ naître notre souverain, je croyais avoir fouillé tous les

“ replis de son caractère, et je m’aperçois de mon errenr.

“ J’ai causé tantôt avec un empereur que j’ignorais, avec un

“ homme qui m’est totalement nouveau. La mort violente

“ de l’archiduc l’a-t-elle à ce point transformé ? Ou jette-

“ t-il enfin un masque derrière lequel il se cachait depuis un

“quart de siècle? Je ne puis trancher la question et no

“ vais pas perdre de temps à m’y essayer. Qu’il vous suffise

“de savoir qu’il songe maintenant à la guerre, qu’il la pré-

“pare; et, Dieu me pardonne de vous le dire! il est décidé

“ à la déclarer, si on ne la lui déclare pas! ”—“. Dois-je

“ croire, demanda von Schwering, qne notre empereur

“ vieillisse et tombe sous l’influence du Kronprinz?”—“Plut

“ au Ciel qu’il se montre simplement sous son vrai jour. Il

“ nous avoue enfin ce qu’il nous a soigneusement dissimulé

“jusqu’ici: son désir de s’engager dans une lutte qui fasse

“ de lui le maître non-seulement de l’Europe, mais du

“ monde ”—“ Il verra que ce n’est pas une tâche aisée, dit

“ Schwering avec humeur, l’Europe ne s’inclinera pas si

“ rapidement devant lui, sans compter que c’est une ques-

“ tion de savoir si l’Allemagne, en dépit de ses immenses

“ ressources, sortira victorieuse d’un conflit où elle trouvera

“ liguées contre elle les plus puissantes nations de l’uni-

“ vers.”—“Gardez-vous de telles craintes, reprit de Moltke;

“ l’Allemagne vaincra. Ce n’est pas pour rien que Krupp

“Mais cette victoire même, voilà ce qui m’épou-

“ vante. Elle exigera tant de ruines, de deuils, de désastres,

“ que toute la civilisation, qui nous rend justement fiers,

“ périra dans une tourmente dont l’énormité dépassera de

“ beaucoup la grandeur de nos triomphes. Toutes les

“ pacifiques conquêtes dont s’enorgueillit notre pays, tous

“ ses progrès dans l’industrie et dans la science, tout le dé-

“ veloppement, si considérable en ces dernières années, de

“ ses facultés intellectuelles, tout cela disparaîtra sous l’igno-

“ minie et sous l’horreur dont l’Allemagne portera éter-

“ nellement la charge. C’est l’effroyable côté de toute

“ guerre d’aujourd’hui. Et nous ne pouvons nous permettre

“d’être vaincus, car ce serait la fin de l’Allemagne comme

“ nation indépendante.”

Le comte Von Schwering, torturé par de sombres pressentiments, accompagna Guillaume II qui, sur le yacht impérial, prit des vacances eu naviguant au large de la Norvège; et le Kaiser, bien qu’il affectât d’être indifférent aux graves questions agitées en Europe, avait parfois certain air étrange.

Dans un accès d’inconcevable espièglerie, le 26 juillet l’empereur allemand s’écria: “ Nous serions vieux de 10

“ jours que nous ferions peut être main-basse, d’un seul

“ coup, sur ce petit touche à-tout brouillon de Poincaré et

“ sur un aviso de guerre.“

Le surlendemain, von Schwering n’avait plus d’illusions; car Guillaume II chercha, selon la manière du comédiante Napoléon 1er, à rendre responsables de son manque d’humanité ceux dont la puissance était un obstacle à ses rêves de domination. Et comme son vieux maître Bismarck, qui ne pardonna point aux Russes une intervention pacifique en faveur de la France, le Kaiser impudemment accusa les slaves francophiles d’avoir provoqué un conflit.

“ J’avais donc à peser toutes les chances de défaite, dit-il,

“tant que j’en vis une seule, je différai l’exécution des

“ projets que je formais. Cela m’a pris 25 ans d’assurer

“ une base solide à la tentative que je vais faire; mais pas

“ un jour je n’ai oublié la mission qui m’incombe; et je dois

“ ou l’accomplir, ou périr en m’y efforçant. J’ai supporté

“ les insultes des panslavistes et des francophiles. J’ai toléré

“ qu’on jugeât mon armée avec la plus parfaite malveil-

“ lance, et qu’à droite comme à gauche on discutât mes

“ chances de défaite. Je n’ai pas bougé alors que des

“ alliances formidables se nouaient contre le prestige, et la

“ puissance de l’Allemagne. J’ai fermé l’oreille aux folles

“ bravades d’une presse idiote, qui dans tous les pays du

“ monde, dénonçait l’existence même de l’Allemagne comme

“un danger public, contre lequel l’humanité devait se

“ dresser pour se défendre. Ainsi attaqué de toute part, je

“ suis resté impassible. Croyez-vous que cela m’ait été facile?

“ Erreur, mon ami! Toutes ces injures, toutes ces provoca-

“ tions quotidiennes, m’entraient dans l’âme comme un fer

“ rouge. Mais je restais impassible, sachant que l’heure

“ des comptes allait sonner, que très vite les mêmes souve-

“ rains, qui avaient cru me faire honneur en daignant

“ assister au mariage de ma fille, ramperaient à mes pieds

“dans la poussière, abaisseraient sous le poids de mon épée

“ leurs têtes hautaines, reconnaîtraient dans l’allemagne la

“ plus grande et la plus puissante nation du monde, dans

“ son empereur le monarque dont on n’ose pas traverser ni

“ contrecarrer les desseins! ”

Une déclaration de guerre aux Serbes ne suffisait point comme acheminement vers la réalisation de l’idéal pangermaniste. Guillaume II n’allait pas se borner au rôle de complice dans cette querelle du loup et de l’agneau. Ayant mis la discorde entre l’Autriche et la Russie, le satanique monarque, avec un orgueil plus froidement criminel que l’insatiable despotisme de Napoléon Ier, voulut ceindre la couronne d’empereur d’Occident. Il se plaisait à embellir, maintes fois, son chiffre W. H. du prestigieux symbole qui évoque le souvenir de Charlemagne.

Conquérir la Belgique et la France, il s’y préparait bien; et depuis longtemps! Mais son ambition ne s’arrêtait point là. Soumettre également les Iles Britanniques lui parut chose faisable. C’est pourquoi il avait pris patience. Du même coup, une fois mobilisés, deux millions d’Allemands feraient toute la besogne. Les surhommes s’emploieraient à prendre Bruxelles et Paris, ensuite une côte où se trouvent Anvers, Ostende, Nieuport, Dunkerque; Calais, Boulogne, Dieppe, le Hâvre; cette première phase de la guerre se prolongerait peu. Après quoi les sous-marins et la grosse artillerie interdiraient aux escadres anglaises toute croisière dans le Pas-de-Calais, non sans avoir torpillé, d’abord, une vingtaine d’ironclads. Surpris sans armée au mois d’octobre 1914, par l’invasion de 800,000 boches, le gouvernement britannique, n’eut point opposé, avant de mettre en ligne des milices coloniales, une résistance vigoureuse que ses populations, laborieuses et riches, peuvent enfin offrir. Ainsi l’erreur séculaire, système Pitt et Cobourg, de compter sur l’Allemagne pour combattre la France, eut coûté au Royaume-Uni son rang d’état libre; elle aurait eu sa condamnation par l’œuvre des Allemands mêmes.

Le monde entier pressentit une catastrophe quand de Schoen, mystifiant Bienvenu-Martin, lui parla des conséquences incalculables de la guerre austro-serbe et requit ce ministre d’engager le gouvernement russe à ne pas intervenir. On se demanda outre-Manche, avec un peu d’émotion, qu’elle serait l’issue de la rencontre des armées françaises et allemandes. Plusieurs hommes d’état du Royaume-Uni, lents à découvrir les problèmes nouveaux, crurent néanmoins qu’il serait possible au gouvernement anglais d’offrir ses conseils vers la fin d’une guerre européenne.

Guillaume II et sa diplomatie gagnèrent plusieurs jours, pendant lesquels s’effectua méthodiquement la mobilisation boche, commencée depuis le 25 juillet; en France l’ordre de mobilisation générale fut donné, vers 3 heures du soir le 1er août. Viviani eut la sottise d’obéir à Jaurès, qui réclama un recul de 10 kilomètres sur toute l’étendue de notre frontière, —même les crètes des Vosges,—sous prétexte qu’on supprimait ainsi aux Allemands l’occasion d’y machiner un incident. Néanmoins l’ennemi passa, le 2 août, sur notre territoire, à Cirey, en Lorraine, et opéra une autre incursion près de Longwy; le lendemain, se plaignant à faux que des avions français bombardèrent Nuremberg et Carlsruhe, Guillaume II déclarait la guerre (3 août 1914).

Précautionneux d’endormir la méfiance britannique, le Kaiser promit à l’ambassadeur anglais sir E. Goschen qu’il ne démembrerait point la France, mais lui enlèverait seulement ses colonies, Aux questions relatives à l’article 5 du traité de Londres, tardivement von Jagow répondit que des raisons stratégiques obligeaient von Moltke à traverser le territoire belge.

Moltke faisait partir le 8e corps allemand de Trêves, pour occuper le Luxembourg, ce qui fut accompli le 2 août: Puis les 7e, 9e, 10e, corps, (120,000 hommes) réunis sous les ordres de von Emmich, pénétraient en Belgique de force,—car le roi Albert 1er rejeta l’ultimatum allemand,—et la place de Liège fat investie. Brusquant l’attaque, von Emmich sacrifia 42,000 boches devant cette ville, où le valeureux Léman avait à peine 40,000 soldats. Maître de Liège et de Namur au 24 août, ayant rejeté sur Anvers les débris de la petite armée du roi, l’innombrable horde déferlait vers nos frontières.

En vain le Kaiser dira aux peuples qui le suivent, dans son œuvre de barbare orgueilleux, qu’il compte sur la protection divine. Fléau de l’humanité, il ne fut point choisi comme ange exterminateur, Ce luthérien concilia, suivant la politique de Bismarck, une haine du catholicisme avec son dessein d’assujétir le peuple français; il soutint clandestinement les maçons, juifs ou athées, avant la guerre. Nous le verrons finir sous le châtiment du Souverain Juge, qu’il défie par ses mensonges diaboliques.

IIME PARTIE.

Table des matières

CONTRE LA HORDE BOCHE.

L’armée française, que plusieurs généraux éminents: Saussier, de Miribel, Jamont, de Négrier, Langlois, Warnet, de Cools, Giovaninelli, Hervé, Hagron, modernisèrent avec la plus haute compétence, et rendirent véritablement forte, avait subi la brouillonne et gênante tutelle des Chambres, jusqu’en 1899, sans trop d’inconvénients. Deux ans plus tard, les sociétés secrètes placèrent le général André à la rue St. Dominique pour y organiser une sorte de prosélytisme maçonnique. Alors commença l’ère du déclin. Pour liquider l’affaire Dreyfus, les radicaux-socialistes supprimèrent le contre-espionnage français, bien vigilant sous la direction du colonel Sandherr; et, au service d’une pseudo-défense républicaine, ils accueillirent les fiches maçonniques du ∴Vadécard, secrétaire-général au Grand-Orient; la délation, les jalousies, l’intrigue, divisèrent cette famille sublime, dont le principal devoir est la confiance mutuelle. Aux adeptes des loges revenait tout avancement. Beaucoup d’incapables, de fripons, de métèques, parvinrent aux fonctions les plus importantes. Ces honteux agissements furent un jour désavoués, non point abolis; sournoisement les députés et les sénateurs blocards prirent coutume de mettre les ministres en garde contre la réaction. Ainsi furent évincés d’admirables caractères. La défense nationale devait en subir le contre-coup.

Dès 1905,unpitoyable défaut de préparation aux hostilités apparut. Les successeurs des ministres Combes et André l’avouèrent, quand la perspective du conflit avec l’Allemagne se fut éloignée. Toutefois les mêmes fautes se produisirent sans cesse, pendant que la dilapidation des milliards sués par le peuple allait bon train. Sous le ministère Clémenceau, un simulacre d’économies enraya d’urgentes dépenses relatives à notre matériel d’artillerie. Les gros canons du colonel de Bange, utiles quoique anciens, dont le nombre était insuffisant, demeurèrent nos principales pièces de position, quoique le commandant Rimailho eut inventé un formidable canon, expérimenté en 1906 d’une manière complète. La fabrication des poudres subit, en même temps, les conséquences du favoritisme blocard, et de l’espionnage teuton greffé sur l’anti-militarisme socialiste. Heureusement les généreux Deloye et Sainte Claire-Deville, le colonel Deport, nous dotèrent du 75, canon de campagne merveilleux. Mais encore, c’est à l’initiative du persévérant Deloye qu’il faut attribuer une mesure que les marchandages blocards remettaient aux calendes grecques. Et quand nos troupes furent pourvues d’artillerie légère, la racaille parlementariste feignit de croire qu’elles seraient maîtresses du monde au premier jour. C’était le truc nécessaire pour gaspiller l’argent avec lequel on aurait dû acquérir des Rimailho, artillerie lourde qui eut complété notre armement. Que dire aussi du nombre ridicule de nos mitrailleuses! On recourut, en outre, au bluff de l’aviation, comme si des escadrilles d’aéroplanes sauveraient le pays contre les hordes teutonnes. Et ce bon public, nez au vent, regardait en l’air des vols planés, peu attentif aux rapines de la bande parlementariste à la Bourse et partout ailleurs!

Depuis l’ère blocarde, le conseil supérieur de la guerre, ayant voix consultative à huis-clos, n’était rien à la rue St. Dominique: ministres, sénateurs, députés,—pour la plupart journalistes, avocats, chefs de grévistes, médecins,—légiféraient à qui mieux mieux; cedant arma togae. Notre défense nationale, compromise au Parlement, devenait l’affaire des lieutenants ou capitaines de territoriale nantis du portefeuille. Et quand un général, pris d’indignation en présence de quelque scandaleuse incurie, agissait comme de Négrier en 1904, sa destitution terminait l’incident. Lorsque l’énergique Hagron démissionna, plutôt que d’accepter la loi qui réduisit le service militaire à deux ans, mesure prise par le gouvernement sous l’influence du socialiste Jaurès, l’autorité du généralissime éventuel disparut. Picquart, Berteaux, Etienne, trônant à la rue St. Dominique, accomplirent piètre besogne; aussi de Lacroix et Trémeau ne furent pas coupables d’impéritie, mais d’une déférence excessive.

En février 1911, le conseil supérieur de la guerre désignait par une acclamation presque unanime, Pau comme “le chef qu’on ne discute pas.” Mais à ce fervent catholique, les ministres Briand et Brun préférèrent Michel, dont l’incompétence était notoire. Bientôt leur nouveau généralissime fut en désaccord avec ses coliegues, et souvent mis en minorité dans les discussions relatives à la défense nationale. N’ayant aucun prestige, Michel dût se retirer après cinq mois de tâtonnements. Pau réunit encore les suffrages; il se crut à même de prétendre au droit de choisir tout général d’armée, ainsi que tout général commandant un corps d’armée, disant avec raison que les fonctions de généralissime ne pourraient être remplies d’une manière heureuse, le jour de la guerre, si, durant la paix, beaucoup d’hommes incompétents devaient, au bon plaisir du ministre, l’avantage d’être aux postes où leur présence, lorsque viendrait l’heure du grand choc, serait un péril national. Pau marqua son intention d’organiser la guerre imminente; partisan d’une puissante artillerie de divers calibres, et du maintien des jeunes classes au service, un tel chef n’eut point transigé. De si audacieuses prétentions deplurent à Messimy, obscur officier territorial mais politicien arriviste; donc ce ministre fit prévaloir, comme principe fondamental du gouvernement républicain, sa théorie de tout subordonner au pur blocard qui tiendrait le portefeuille.

Par décret, Messimy obtint les prérogatives de généralissime intérimaire, ayant sous ses ordres Joffre, qu’on nomma chef d’état-major général de l’armée, vice-président du conseil supérieur, soit futur généralissime, et aussi Dubail, désigné comme chef d’état-major de l’armée. En outre il y eut deux sous chefs d’état-major.

Les inconvénients de cette pétaudière apparurent bientôt; on accorda un beau commandement à Dubail; Joffre retint Castelnau à ses côtés.

Rien de plus anormal que la triste situation du généralissime éventuel, au XXe siècle quand la guerre doit être mûrement préparée. Il médite devant un plan de mobilisation, œuvre de ses prédécesseurs, en y apportant quelques dispositifs ingénieux. Il doit tenir compte des gains territoriaux, par lesquels nos ennemis, occupant Metz et Strasbourg, tiennent l’avantage d’offensives qui, selon Langlois, obligeraient probablement les troupes françaises à livrer bataille, derrière la Meuse, entre Verdun et Belfort, sans couvrir Nancy; voilà certes une circonstance malheureuse. Aucune combinaison possible jusqu’aux premiers jours des hostilités! Le généralissime devra uniquement, par tous les moyens imaginables, mobiliser vite, prendre contact, obtenir quelques avantages au moyen d’attaques partielles, qui lui indiqueront les principaux rassemblements de l’ennemi, dont il s’efforcera de déconcerter l’offensive en manœuvrant et en bataillant beaucoup. S’il y réussit, l’écrasante supériorité numérique des Allemands disparaîtra quand les Russes frapperont dur.

Va-t-il réussir? Que valent, non point les soldats qu’il doit conduire,—ce sont des Français!—tant de généraux et d’officiers dont le mérite semble douteux, mais qui tiendront les destinées du pays pendant cette crise formidable? Comment s’accomplira une mobilisation qui doit s’effectuer rapide, complète, afin de réunir les forces indispensables aux premières rencontres Dans quelles conditions notre matériel de guerre se trouvera-t-il en présence des produits que l’usine Krupp forgea? En un mot, quels sont les éléments de victoire, dont les ministres de la guerre, successeurs du général André, se vantent d’avoir pourvu nos troupes?

Tandis que Joffre, dans cette cruelle incertitude, ignorait tout des préparatifs ennemis, son adversaire méthodiquement, plein d’assurance, exécutait une œuvre stratégique, reposant sur la complète notion des vices de nos méthodes formalistes et de notre armement inférieur. Si les critiques du sénateur Charles Humbert, qui nous révélèrent, le 13 juillet 1914, notre manque d’artillerie lourde, l’insuffisance des forts et des munitions, n’apprirent rien de nouveau à Joffre,—car ce général redoutait d’en découvrir davantage, —il y avait longtemps que Moltke fut aussi bien renseigné par ses espions.

Moltke savait même comment s’effectuerait entre Longwy et Verdun la mobilisation des forces françaises.

Joffre ne put secourir nos frères belges, dont l’héroïsme contribua certainement à nous sauver. Doit-on l’en rendra responsable? En 1913, le roi de Belgique prévint la France que Guillaume II lui demandait libre passage. Plusieurs généraux belges fort connus: d’abord Brialmont, ensuite Ducarne et Dujardin; de même leurs collègues français Langlois et Maitrot, le colonel Boucher, par leurs prévisions, avaient mis Joffre en présence du problème. S’il éprouva quelque trouble au début, c’est que l’ennemi, par les atermoiments du ministre Viviani, bénéficiait d’une avance considérable. Cependant la résistance belge eut permis au généralissime d’ouvrir la campagne par sa diversion en faveur de Namur dès le 18 août; mais tous les retards survenus dans beaucoup de dépots, en raison du manque de vêtements, de fusils, le réduisirent à rester sur une défensive absolument désavantageuse.

Au cours de la mobilisation, Joffre ne voulut pas rester inactif; contre les pointes de l’ennemi à Cirey, il ordonna une riposte dans la région de Vic; nos avant-postes eurent quelques succès en escarmouchant ainsi. Les troupes de couverture (2e, 6e, 20e, 21e, 7e, corps) déployées entre Mézières et Belfort étaient le rideau derrière lequel s’effectuait notre concentration; elles observaient l’ennemi sans pouvoir engager aucune offensive sérieuse. Joffre ordonna toutefois au général Bonneau, qui avec le 7e corps gardait notre droite, de pénétrer en Alsace et d’occuper Altkirch; une brigade partit, elle culbuta quelques régiments boches, les poursuivit à outrance jusqu’à Mulhouse, y pénétra; on lui envoya de faibles renforts. (7 et 8 août).

Mais von Deimling, disposant d’une armée, prit ses mesures afin de battre notre colonne volante. Pendant que les soldats français au milieu des Alsaciens fraternisaient joyeusement, un retour offensif commença. Des boches établis en Alsace, mêlés dans la population, espionnèrent à loisir; par des signaux, et même en tirant sur les Français, ils favorisèrent l’attaque des troupes allemandes, que von Deimling fit marcher pour l’enveloppement de l’avant-garde du 7e corps. Celle-ci opéra une retraite difficile, abandonnant son artillerie et du monde. L’échauffourée produisit, bien qu’on dissimulât nos pertes, une pénible impression dans toute la France; car elle fut le plus triste des lendemains pour ces pauvres frères d’Alsace, pris d’espoir quand Joffre leur promit la revanche par cette proclamation: “ Enfants d’Alsace, après 44 ans d’une douloureuse

“ attente, des soldats français foulent à nouveau le sol de

“ votre noble pays. Ils sont les premiers ouvriers de la

“ grande œuvre de la revanche. Pour eux, quelle émotion

“ et quelle fierté ! Pour parfaire cette œuvre, ils ont fait

“ le sacrifice de leur vie. La nation française unanimement

“ les pousse, et dans les plis de leurs drapeaux sont inscrits

“ les noms magiques du Droit et de la Liberté ! Vive

“ l’Alsace, vive la France!”

On ne pouvait souffrir pareil échec. Joffre eut recours à Pau, qui résolut de le venger avec éclat. Ce glorieux mutilé de 1870 accourut pendant que nos bataillons reculaient vers Belfort; il leur prescrivit une halte en arrière de Dannemarie; et, tandis que des renforts dévalaient par le Ballon d’Alsace, il opposa une résistance opiniâtre sur la position choisie. Brusquement son aîle gauche reprit Thann, et enfonça le flanc des ennemis, (14 août) Déconcertés par la promptitude, l’imprévu de cette manœuvre, les Allemands se replièrent sur Dornach, où Pau les accrocha vigoureusement; ils subirent de grosses pertes et laissèrent 24 canons (19 août). Les troupes françaises entrèrent dans Mulhouse, acclamant leur habile chef, qui jovial et modeste criait: “ vos 75 méritent mieux que moi des “ remerciments.” Altkirch fut repris; et Pau, appuyant sa droite contre la forêt de Harth, étendit sa gauche vers Colmar, pour observer l’importante région vosgienne entre l’Ill et la Moselle (21 août).

Cependant von Moltke mettait en ligue 1,300,000 boches, de Colmar à Bruxelles, répartis en 8 armées conduites par von Deimling, von Heeringen, le Kronprinz de la Bavière, le Kronprinz d’Allemagne, le duc de Wurtemberg, von Hausen, von Bülow, von Kluck. La mobilisation française produisit à peine 1,100,000 hommes, versés principalement aux six armées Pau, Dubail, de Castelnau, Ruffey, de Langle de Cary, Lanrezac; les places fortes et la frontière d’Italie reçurent leur minimum d’effectifs.

Moltke amena une grosse artillerie, (420 allemands et 305 autrichiens) qui, écrasant Liège et Namur, se révéla formidable; ses 77 de campagne, quoique inférieurs à nos 75, étaient plus nombreux, certes, que les nôtres; et contra nos 2,500 mitrailleuses il allait pouvoir opposer 50,000 d’un excellent modèle. Notre infériorité, sous le rapport de cette arme, était piteuse, à tous égards. Une extrême pénurie, quant aux pièces de 105, de 120, de 155 (Rimailho), mit bientôt l’armée française dans cette situation étrange d’interdire, à nos régiments, tout long séjour dans les zones où Moltke ferait pleuvoir des projectiles énormes.........à moins qu’il ne fallût sacrifier quelque arrière-garde.

Cette guerre donne raison à de Négrier pour la plupart des lumineuses prévisions qu’il émit: principalement la constitution d’une artillerie lourde de campagne et de gros approvisionnements en munitions. La cavalerie lourde n’aura plus désormais à fournir ces charges qui, dès 1870, furent de navrants sacrifices. La cavalerie légère, plus apte au rôle d’infanterie montée, partage avec les aviateurs et les cyclistes la mission d’éclairer tout gros corps de troupes. Mais l’infanterie, déployée en rideaux, masque les rassemblements de forces importantes et protège la retraite avec ses tirailleurs audacieux.

Notre infanterie allait consentir des sacrifices dont le stoïcisme dépasse toute description. Le régime blocard lui imposa un grand nombre de chefs incapables. Tantôt ceux-ci voulurent manœuvrer comme en Afrique, lancèrent en vague d’assaut les fantassins à travers quelque champ où des projectiles de divers calibres tombaient en grêle, tantôt ils réglaient mal un tir d’arrosage, fauchant leurs propres soldats. Enfin il y eut des circonstances où l’officier, quel que fût son mérite, avait mission de retenir ses hommes au milieu d’un perpétuel éclatement d’obus, afin d’opposer leurs fusils aux canons qui tonnaient, parceque à la Chambre et au Sénat des ploutocrates bavards méprisèrent la grosse artillerie teutonne.

C’est dans le malheureux essai que Dubail et Castelnau firent de leurs troupes qu’apparurent pour la première fois, nos causes d’infériorité. On vit même certains régiments fondre dans des embuscades boches. Dubail livrait plusieurs combats, pour reprendre les crêtes vosgiennes abandonnées sur l’ordre du socialiste Jaurès; il refoula énergiquement des troupes bavaroises (qui avaient commis toutes sortes de crimes à Badonwiller, Blamont et autres villages); puis, Schirmeck et Lorquin occupés, Dubail s’avança en liaison avec Castelnau par sa gauche. Ils heurtèrent tous deux simultanément le front ennemi, retranché entre la Seille et la Sarre, sur une ligne de 50 kilomètres. Des prodiges accomplis par nos soldats, le sang-froid et l’habileté que déploient Dubaïl et Castelnau aboutissent néanmoins au sanglant échec de Morhange-Sarrebourg qui démontre la valeur des gros canons boches fixés sur leurs solides assises en ciment. Nous perdons beaucoup de braves et aussi du matériel . Une division du 15e corps, décimée, se débande, Castelnau fait intervenir le 20e corps qui tient la forêt de Vitrimont, pendant que Dubail multiplie ses contre-attaques. La tentative des Allemands pour percer notre ligne entre Chateau Salins et Avricourt échoue. Dubail est toutefois contraint de se replier derrière le cours de la Mortagne par prudence. Castelnau reçoit au Grand Couronné de Nancy les premières attaques de l’ennemi, qu’on parvient à contenir. Commencée le 19 août, cette bataille se terminait le 21 par un recul avec d’importantes pertes. Les boches nous y avaient opposé nombre égal de troupes; leur victoire était l’œuvre d’une artillerie puissante, comme en 1870.

Le Kronprinz de Bavière et von Heeringen voulurent atteindre la trouée de Charmes; aussitôt Dubail et Castelnau s’interposèrent dans les environs de Rozelieures ils remportèrent, du 25 au 26 août, une grande victoire. .

Moltke réservait la majeure partie de ses hordes pour sa foudroyante attaque sur la frontière franco-belge. Devinant que Joffre hésiterait à dégarnir la ligne française dans les environs de Verdun, car le camp retranché de Metz pouvait servir aux Allemands à déclencher quelque puissant effort, le général teuton y laissa en effet d’importants effectifs, pour entretenir cette crainte. Mais sa grande supériorité numérique lui permit de réunir dans le Luxembourg belge, si boisé, une réserve en phalange, c’est-à-dire l’armée von Hausen, qu’il tint en arrière de celle dont le duc de Wurtemberg avait le commandement. Or nos reconnaissances d’aviateurs n’avaient pu déterminer un chiffre approximatif des forces liant l’armée du Kronprinz à l’armée von Bülow.

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16 января 2025
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4064066304744
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