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Gottfried August Bürger

Histoire et aventures du Baron de Munchhausen


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066326517

Table des matières

PRÉFACE.

HISTOIRE ET AVENTURES DU BARON DE MUNCHHAUSEN.

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

XIII

XIV

V

XVI

XVII

XVIII

XIX

XX

XXI

XXII

XXIII

XXIV

XXV

XXVI

XXVII

XXVIII

XXIX

XXX

AVENTURES DU BARON DE MUNCHHAUSEN SUR MER.

PREMIÈRE AVENTURE SUR MER.

XXXI

XXXII

DEUXIÈME AVENTURE SUR MER.

XXXIII

XXXIV

XXXV

TROISIÈME AVENTURE SUR MER.

XXXVI

XXXVII

QUATRIÈME AVENTURE SUR MER .

XXXVIII

XXXIX

CINQUIÈME AVENTURE SUR MER.

XL

XLI

XLII

XLIII

XLIV

XLV

SIXIÈME AVENTURE SUR MER.

XLVI

XLVII

XLVIII

XLIX

L

LI

LII

SEPTIÈME AVENTURE SUR MER .

Histoire d’un partisan qui, en l’absence du baron de Munchhausen, porte lui-même la parole.

Le baron de Munchhausen continue son récit et narre les faits d’armes qu’il accomplit à Gibraltar.

LIII

HUITIÈME AVENTURE SUR MER.

Comment le baron de Munchhausen trompa une compagnie d’ours blancs.

NEUVIÈME AVENTURE SUR MER.

Comment le baron de Munchhausen fit la chasse aux perdreaux au milieu de l’Océan.

DIXIÈME AVENTURE SUR MER,

Comment le baron de Munchhausen fit une deuxième ascension dans la lune.

VOYAGES SOUTERRAINS ET AUTRES AVENTURES MERVEILLEUSES DU BARON DE MUNCHHAUSEN

LIV

LV

LVI

LVII

PRÉFACE.

Table des matières

EN Allemagne il n’est personne qui ne connaisse l’histoire du baron de Munchhausen. Tous les yeux ont lu, toutes les oreilles ont entendu cette curieuse histoire. Depuis plus de cinquante ans, elle se raconte aux veillées d’hiver, elle égaye les joyeux buveurs autour des tables où coule le vin du Rhin, elle voyage avec les caravanes des étudiants de Heidelberg et de Jéna, elle déride le front des graves penseurs du Nord et donne un ton de plus à la gaîté des rieurs du Midi. Dieu sait combien de fois elle a déridé le front de l’hôte de Johannisberg lui-même.

Mais, en réalité , c’est plutôt par tradition qu’elle s’est propagée partout, qu’elle s’est glissée dans toutes les familles, qu’elle s’est imprimée dans toutes les mémoires, que par le livre lui-même, qui, ignoré de la plupart, mérite cependant une place dans toutes les bibliothèques. Car est-il un livre qui ait apporté plus de joie dans la plus humble chaumière et dissipé plus de soucis dans les palais les plus riches?

On peut dire, sans être taxé d’exagération, que l’histoire de Munchhausen est une des perles de la littérature allemande. Peu de productions de cette littérature qui présente une richesse aussi variée d’humour, une aussi grande abondance de saillies, une ironie aussi fine, et en même temps une allure aussi franche et aussi facile.

Le modeste écrivain auquel cette œuvre est due n’a jamais voulu se nommer. Cependant l’histoire littéraire allemande l’attribue généralement au poète G. A. Bürger. Même, dans une réimpression des œuvres complètes de l’auteur de Lénore, on a inséré l’histoire de Munchhausen, quoiqu’elle n’ait jamais été publiée dans l’édition originale.

On a tout lieu de croire que Bürger eut une part très-importante, la plus grande peut-être, à cet ouvrage, et qu’il doit en être considéré comme l’éditeur. Mais en réalité, il n’en fut pas l’auteur unique; car il n’est pas moins certain que deux de ses célèbres contemporains, Kærstner et Lichtenberg, ses condisciples à l’université de Gœttingue, y contribuèrent aussi pour une bonne part. Il est probable, comme la tradition le raconte, que l’idée première de cette production est le résultat de quelque joyeuse causerie de table de ces trois chefs de la littérature allemande, cherchant à lutter entre eux d’imagination et de récits exagérés, et que l’un d’eux, Bürger, lui donna la forme sous laquelle elle fut publiée, pour la première fois, en 1788, comme une prétendue traduction de l’anglais, publiée à Londres, bien qu’elle fût mise en lumière par la librairie de Dieterich à Gœttingue. La participation de Lichtenberg à ce livre ne peut être révoquée en doute; elle résulte de tant de choses, elle se révèle si bien dans l’ensemble dé l’œuvre et dans les détails, qu’elle saute aux yeux de toutes parts à l’examen critique le plus superficiel. On y reconnaît aussi clairement la verve caustique de Kærstner. L’idée de produire l’ouvrage comme une traduction allemande d’une création originale anglaise, ainsi que l’ont porté toutes les éditions publiées jusqu’à ce jour, appartient évidemment à cet écrivain. Elle peut toutefois avoir en partie sa source dans l’intention d’éviter tout scandale et de ne pas se compromettre. Mais il est évident qu’il n’existe pas d’édition anglaise de l’histoire de Munchhausen anté. rieure à l’édition allemande. La première édition anglaise est postérieure de plusieurs années à la première allemande publiée à Gœttingue.

Voici ce que Bürger, Lichtenberg et Kærstner écrivirent en tète de leur livre:

Préface de L’éditeur anglais.

«Le baron de Munchhausen, auquel on doit l’origine de la plupart des aventures que nous racontons ici, appartient à l’une des plus nobles familles de l’Allemagne, à une lignée qui a fourni à plusieurs provinces de cet empire les hommes les plus honorables et les plus illustres. Lui-même est le type le plus rare de l’honnête homme et possède l’esprit le plus original. Comme il a trouvé sans doute par expérience combien de peine on a souvent à faire entrer un peu de sens commun dans la plupart des têtes, et combien des ergoteurs effrontés ont souvent de facilité à assourdir toute une société et à lui faire accroire, en dépit des cinq sens, les choses les plus saugrenues, il ne se donne jamais la peine de les réfuter; mais il dirige d’abord adroitement la conversation vers des sujets indifférents, puis il raconte une petite historiette de ses voyages, de ses campagnes, de ses aventures drôlatiques, dans un ton tout-a-fait particulier, mais qui est le véritable ton qui convient à l’art de bien mentir, ou, pour parler plus décemment, de tirer le grand couteau du fourreau.

«On a, il y a quelque temps, recueilli plusieurs de ces historiettes et on les a offertes au public afin de propager un moyen dont peut se servir, à l’occasion, celui qui vient à tomber au milieu d’une assemblée où trône quelqu’un de ces impudents fanfarons. Cette occasion se présente en tout temps et chaque fois que quelqu’un avance sérieusement des choses fausses sous le masque de la vérité, et trompe, au dé triment de son propre honneur et de sa propre conscience, ceux qui ont le malheur d’être ses auditeurs.

«Aussi, l’écoulement rapide des premières éditions de ce petit livre, qu’on aurait peut-être plus convenablement intitulé le Démenteur, a suffisamment prouvé que le public en a parfaitement compris le but moral.

«La présente édition est considérablement augmentée. Nous espérons que ces additions ne seront pas regardées comme des rameaux indignes du tronc dont elles sont sorties.»

A la suite de cette préface se trouvait la suivante:

Préface du traducteur allemand.

«C’est en vérité un phénomène étrange que la publication des récits suivants en Angleterre. Nés et grandis sur le sol allemand, propagés dans toute la patrie. germanique sous les fermes et dans les costumes les plus divers, ils ont enfin été recueillis à l’étranger et mis en lumière. Peut-être en cette occasion encore l’Allemagne fut injuste envers le mérite de ses propres enfants. Peut-être l’Angleterre a-t-elle mieux compris ce que c’est que l’esprit, quelle est sa valeur, et combien il honore celui qui le possède. Ce sont là des points que d’autres pourront discuter. Pour nous, il nous suffit d’avoir recherché dans un pays étranger un produit national pour le rendre à sa patrie, sans avoir été guidés par cet esprit mercantile qui pousse nos écrivains à braconner sans relâche sur le domaine des littératures étrangères.

«Du reste, ce petit recueil a fait fortune dans les deux pays. L’original anglais a obtenu cinq éditions, et nous publions aujourd’hui la seconde de la traduction allemande. Nous l’avons enrichie des additions qui ont été faites à la cinquième édition anglaise, mais sans nous attacher toutefois à les reproduire textuellement; car, en plus d’un endroit, nous avons retranché des interpolations qu’on y avait glissées et qui ne s’accordent pas avec la version primitive. En un mot, nous avons, dans cette seconde édition, comme nous l’avions fait dans la première, traité ce petit livre, non pas comme un dépôt sacré, mais comme une propriété dont nous avons le droit de faire ce qu’il nous plaît.

«Nous devons à la vérité de dire que ce livre n’est ni un système, ni un traité, ni un commentaire, ni un mémoire, ni une dissertation, et qu’aucune des classes de nos principales académies et sociétés scientifiques n’y a pris la moindre part. Cependant nous croyons que ce n’est pas là une raison pour qu’il ne puisse, sous plus d’un rapport, être d’une grande utilité et d’un salutaire enseignement. Quel fruit on peut en retirer, l’éditeur anglais l’a suffisamment développé, dans sa préface, en nous disant l’intention réelle dans laquelle il fut écrit. Un critique anglais espère même que celte production contribuera à convertir certains hâbleurs du parlement britannique. Nous l’espérons avec lui pour d’autres. Cependant, si elle n’aboutissait qu’à égayer in nocemment le lecteur, il n’est pas nécessaire, croyons-nous que l’auteur de cette préface mette ses habits de dimanche, son manteau, son jabot et sa perruque à marteaux, pour recommander humblement ce petit volume à la bienveillance de la gent lisante. Car, si mince et si frivole-qu’il puisse paraître au premier abord, il est peut être d’une valeur infiniment plus importante qu’un grand nombre d’honorables volumes, gros et ventrus, qui ne possèdent ni le privilége de faire rire, ni celui de faire pleurer, et ne redisent que ce qui a été dit mille et mille fois avant leur laborieuse naissance.»

HISTOIRE ET AVENTURES DU BARON DE MUNCHHAUSEN.

Table des matières


J’entrepris mon voyage en Russie au cœur de l’hiver, parce que je conclus en homme judicieux que, grâce à la neige et a la gelée, les grandes routes des contrées septentrionales de l’Allemagne, de la Pologne, de la Cour-lande et de la Livonie, — lesquelles, selon le rapport de tous les voyageurs, sont peut-être plus difficiles encore que le chemin du temple de la vertu, — seraient au moins devenues praticables sans qu’il en coûtât rien au coffre des sages et louables gouvernements de ces pays. Je voyageais à cheval, ce qui est la meilleure manière de voyager, pourvu que le cheval et le cavalier se portent bien; car, de cette façon, on n’est jamais exposé à une affaire d’honneur à démêler avec un galant maître de poste, ni forcé de faire halte devant chaque cabaret pour donner à un postillon altéré le temps d’étancher une soif qui ne cesse pas. Je n’étais que fort légèrement vêtu, ce dont j’eus passablement à souffrir, à mesure que j’avançais vers le nord-est.

I

Table des matières

Comment le baron de Munchhausen fit une bonne action et comment il en fut récompensé.

Car, imaginez-vous par le temps âpre qu’il faisait et sous le rude climat de la Pologne, un pauvre vieillard que je vis couché au milieu d’une plaine où soufflait une bise glacée. Représentez-vous sa détresse, abandonné, tremblant de froid et ayant à peine de quoi couvrir sa nudité.

Le pauvre diable m’inspira une pitié profonde; de sorte qu’au risque de me laisser geler à moi-même le cœur dans la poitrine, je lui jetai mon manteau, de voyage autour des épaules. Tout à coup une voix du ciel, louant d’une manière extraordinaire cette œuvre de charité, retentit à mes oreilles, disant:

— Mon fils, le diable m’emporte, cet acte ne restera pas sans récompense.

— C’est bien, me dis-je en moi-même.

Et je continuai ma route, jusqu’à ce que la nuit et l’obscurité vinrent me surprendre. J’avais beau regarder autour de moi, j’avais beau écouter de toutes mes oreilles; pas un village, pas un hameau, pas une maison de près ni de loin. Le pays tout entier était couvert de neige, et je ne savais ni route ni chemin.

— Que faire? me demandai-je.

II

Table des matières

Comment le baron de Munchhansen attacha par erreur son cheval au bout d’un clocher.

Ma résolution fut bientôt prise. Harrassé de fatigue, je descendis des étriers et attachai mon cheval à une espèce de tronc d’arbre dont la pointe sortait de la neige. Pour plus de sûreté, je pris mes pistolets sous mon bras et me couchai non loin de là, dans la neige, où je m’endormis d’un si beau. sommeil que je ne rouvris les yeux que lorsque le jour fut entièrement levé. Mais quel fut mon étonnement en me trouvant, à mon réveil, au milieu d’un village et couché dans un cimetière! Je regardai d’abord autour de moi, cherchant des yeux mon cheval, sans le trouver. Ma surprise fut extrême, comme vous pouvez bien penser. Mais presque au même instant j’entendis au-dessus de moi des gémissements sourds et prolongés. Je levai la tête et aperçus mon cheval attaché à la pointe du clocher, où il se trouvait suspendu par la bride.


— Diable! m’écriai-je.

Et de la main je me frappai le front; j’avais compris la cause de ce singulier événement. Car sachez que le village avait été entièrement couvert de neige, la veille, et que, pendant la nuit, le dégel était subitement survenu; de sorte que, durant mon sommeil, j’étais descendu tout doucement, tout doucement, à mesure que la neige s’était fondue. Ce que, dans l’obscurité, j’avais pris pour une tige d’arbre qui pointait au-dessus de la neige et à laquelle j’avais attaché mon cheval, était tout bonnement la croix du clocher de l’église.

Sans me perdre en longs expédients, je pris un de mes pistolets, visai droit à la bride du cheval et lâchai la détente. De cette manière je revins heureusement en possession de ma monture et me remis immédiatement en route.

Dès lors tout alla bien, jusqu’à ce que j’arrivai en Russie, où il n’est pas précisément de mode de voyager à cheval, l’hiver. Aussi, comme j’ai toujours eu pour principe de faire à Rome comme on fait à Rome, j’y achetai un petit traîneau à un cheval et m’élançai gaîment sur la route de Saint-Pétersbourg.

III

Table des matières

Comment le baron de Munchhausen attela un loup à son traîneau.

Maintenant je ne sais plus au juste si c’était dans l’Estonie ou dans l’Ingermanland, mais je me souviens encore parfaitement que ce fut dans une forêt effroyable que je me vis poursuivi par un loup affamé Comprenez-vous ce que c’est que de sentir a ses trousses un loup qui a guetté au passage, pendant huit jours peut-être, quelque malheureux voyageur? Dieu vous préserve de jamais en trouver un sur votre route, au cœur de l’hiver, dans une de ses âpres solitudes. Il m’avait flairé de loin, sans doute, et s’élança à ma poursuite, furieux, bondissant dans la neige et poussant des cris de joie. Je lançai mon coursier de toute sa vitesse, a grands coups de fouet et en lui lâchaut les rênes de toute leur longueur, précaution fort inutile du reste, car il sentait l’approche de l’ennemi même sans l’avoir vu. Mais nous avions beau aller avec la rapidité de l’éclair, le loup gagnait toujours du terrain sur nous. Nous avions beau aller comme le souffle du vent, le loup nous serrait de plus près toujours. Il était sur nos talons, et il eût fallu un miracle pour nous faire échapper. Je ne sais comment cela se fit; mais je me couchai, en quelque sorte machinalement, à plat ventre dans le traîneau, laissant mon cheval courir au hasard et chercher le moyen de se tirer d’affaire comme il l’entendrait, selon son instinct. Et, sur mon âme, bien m’en prit; car il arriva précisément une chose que je présumais il est vrai, mais que j’osais à peine espérer. En effet, le loup, s’inquiétant fort peu de mon individu, s’élança par-dessus moi, se jeta avec fureur sur le cheval, mit en pièces et dévora en un instant tout l’arrière-train du pauvre animal, qui, poussé à la fois par l’épouvante et par la souffrance, redoublait de vitesse et bondissait avec une rapidité effrénée.

— Dieu soit béni! m’écriai-je en remerciant mentalement le ciel de m’avoir sauvé si heureusement et d’une manière si imprévue.

Mais représentez-vous l’étonnement et la frayeur qui me saisirent au moment où, relevant furtivement la tête, je vis que le loup s’était entièrement fait jour au travers du cheval. Il s’y était si bien engagé, que, sans faire ni un ni deux, je me mis à le frapper de toutes mes forces et à lui cingler rude-dement la peau. Cette étrillade si peu attendue ne lui causa pas une médiocre frayeur, de sorte qu’il s’élança en avant aussi vite qu’il put, complètement pris qu’il était dans le harnais. Il courait avec une telle rapidité, que la carcasse du cheval se détacha par pièces et par morceaux, et joncha la neige de ses débris sanglants. Mon traîneau volait sur la route, emporté par le loup que je ne cessais de fouetter et de frapper de plus belle. Ce fut un voyage terrible, épouvantable. Tout tourbillonnait autour de moi. Nous dévorions l’immense désert de neige où nous glissions. Et je frappais toujours, et je fouettais toujours. Enfin, après un galop furibond, nous arrivâmes tous deux sains et saufs à Saint-Pétersbourg, contre notre attente respective et à la grande stupéfaction de tous les spectateurs.


Je ne veux pas vous ennuyer, messieurs, par de longues ambages sur la législation, sur les arts, sur les sciences et autres choses remarquables de cette capitale de la Russie, et moins encore vous entretenir de toutes les intrigues et joyeuses aventures qui s’y croisent dans les sociétés de bon ton, où un étranger est toujours sûr d’être accueilli par la dame de la maison avec une excellente goutte de rhum et une tendre caresse. J’aime mieux arrêter votre attention sur des sujets plus relevés et plus nobles, notamment sur les chevaux et les chiens, dont j’ai toujours été grand ami, puis sur les renards, les loups, les ours et autre gibier de cette nature, dont il y a plus grande abondance en Russie que dans tout autre pays du monde, enfin sur ce genre de parties de plaisir, d’exercices chevaleresques et actes de courage qui ornent cent fois mieux un gentilhomme que ne le font un peu de grec ou de latin moisi, ou ces sachets à odeur, ces grimaces et ces cabrioles que les badauds admirent tant dans les fats et les beaux esprits français.

IV

Table des matières

Comment le baron de Munchhausen canonisa un vieux général.

Comme il s’écoula quelque temps avant que je pusse être admis à un emploi dans l’armée, j’eus, pendant une couple de mois, le loisir et la liberté parfaite de dépenser mon temps, aussi bien que mon argent, de la façon la plus noble du monde. Plus d’une nuit fut consacrée tout entière au jeu, et beaucoup se passèrent au choc et a la musique de verres remplis à plein bord. Le froid de ce pays et les mœurs de la nation russe ont assigné à la bouteille une importance sociale bien autrement grande que celle qu’elle a dans notre sobre Allemagne. La bouteille fait en Russie les frais principaux de la conversation. Aussi, j’y ai fréquemment rencontré des gens qui pouvaient passer pour de véritables virtuoses dans le noble art de boire. Mais il y en avait un surtout dont le pareil n’a pas encore été trouvé. Tous les autres n’étaient que de misérables mazettes à côté de lui. C’était un vieux général qui dînait avec nous à table-d’hôte; une figure respectable, une barbe grisonnante, un teint cuivré et une crinière de lion. Il avait fait des guerres terribles et assisté à des batailles dont le récit vous ferait dresser les cheveux sur la tête. Il les racontait merveilleusement; mais sur mon âme; il buvait plus merveilleusement encore. Dans un combat soutenu contre les Turcs dans la Crimée, il avait perdu tout le dessus de son crâne. Un sabre turc lui avait enlevé cela comme un souffle. Aussi, il gardait toujours, même à table, le chapeau sur la tête, et s’en excusait avec la courtoisie la plus aimable chaque fois qu’un étranger venait s’y asseoir avec nous. Il avait l’habitude de vider, pendant le dîner, plusieurs flacons d’eau-de-vie, et il terminait ordinairement par une bouteille d’arak, à moins que, selon la circonstance, il ne recommençât da capo, ce qui lui arrivait quelquefois. C’était vraiment une chose incroyable. Les bouteilles s’engouffraient dans cet homme. Elles étaient la, un moment après elles avaient disparu.


Et cependant il ne donnait jamais le moindre signe d’ivresse. Je le vois, cela passe votre intelligence, mais je vous le pardonne volontiers, messieurs, car je ne fus pas moins frappé en le voyant que vous ne l’êtes en m’écoutant. Je cherchai longtemps à m’expliquer cet étrange phénomène, jusqu’à ce qu’enfin un singulier hasard m’en fournit la clef. Le général avait coutume de lever de temps en temps son chapeau. J’avais souvent remarqué ce Mouvement, mais sans y attacher aucune importance; car il me semblait fort naturel que son front s’échauffât et qu’il sentît le besoin de se rafraîchir par moment la tête. Mais, un soir, je vis qu’il levait, en même temps que son chapeau, une plaque d’argent qui s’y trouvait fixée et lui servait de crâne, et que, chaque fois, les fumées du vin et des liqueurs spiritueuses qui lui étaient montées au cerveau, s’échappaient en l’air comme un léger nuage.

— Ah! voici que l’énigme est résolue! me dis-je à part moi.

Je communiquai ma découverte a une couple d’amis, et m’offris, comme il faisait déjà nuit quand je fis cette remarque, à en démontrer aussitôt la justesse et l’exactitude par une expérience irrécusable. Je me plaçai donc avec ma pipe derrière le général, et mis avec un morceau de papier le feu au nuage, au moment où le brave replaçait le chapeau sur sa tête. Au même instant nous vîmes un spectacle aussi beau qu’inattendu. La colonne de vapeur qui planait sur la tête de notre héros s’était changée en une colonne de feu. Ses cheveux eux-mêmes rayonnaient de la plus belle lumière bleue, qui lui faisait à la tête une auréole digne du plus grand saint du calendrier. Mon expérience ne put rester cachée au général. Mais il s’en fâcha si peu qu’il nous permit même de la répéter à notre loisir, heureux qu’il était d’avoir au moins quelque rapport avec un des élus du ciel.

Je passe sous silence un grand nombre d’autres scènes plaisantes que nous eûmes dans des occasions pareilles, parce que j’ai hâte de vous raconter diverses histoires de chasses qui me semblent plus remarquables et plus dignes de votre attention. Vous pouvez facilement vous imaginer, messieurs, que je me liai de préférence avec ces braves compagnons qui savent apprécier convenablement la valeur de ce noble plaisir des princes et des grands seigneurs. Les amusements variés que je puisai dans cette occupation et le bonheur extraordinaire qui me secondait dans toutes ces entreprises, resteront toujours parmi les plus beaux souvenirs de ma vie.

V

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Comment le baron de Munchhausen se servit d’un de ses yeux pour amorcer son fusil.

Un matin je vis, par la fenêtre de ma chambre à coucher, qu’un grand étang qui se trouvait dans le voisinage était entièrement couvert de canards sauvages. Aussitôt je décrochai mon fusil du mur et me mis à descendre les marches de l’escalier quatre à quatre, avec tant de précipitation que je me cognai avec force contre le montant de la porte. Ce fut un coup terrible. Je vis mille chandelles devant mes yeux, mais je ne m’arrêtai pas. J’atteignis bientôt l’étang, et me préparai à donner une bonne volée de plomb aux canards. Mais au moment où j’ajustais mon arme, je m’aperçus à mon grand chagrin que le coup que je m’étais donné avait en même temps fait tomber la pierre du chien de mon fusil. Que faire en ce moment? Il n’y avait pas une minute à perdre. En une seconde les canards pouvaient s’être envolés. Heureusement me revint à l’esprit ce que j’avais, un instant auparavant, remarqué à mes yeux. J’ouvris aussitôt le bassinet, ajustai mon fusil et me donnai un coup de poing dans l’œil droit d’où jaillirent au même instant mille flammes. La poudre s’alluma, le coup partit, et je tuai cinq couples de canards, quatre milouins et deux poules d’eau. La présence d’esprit, vous le savez, messieurs, est l’âme des actes d’héroïsme. Si elle seconde fréquemment le soldat et les gens de mer, elle n’est pas moins souvent favorable aux chasseurs.

C’est ainsi que j’aperçus, un autre jour, sur un lac, au bord duquel j’étais parvenu dans une de mes excursions, une belle compagnie de canards sauvages qui y nageaient, épars et dispersés de manière qu’il me parut impossible d’en frapper un assez grand nombre d’un seul coup. Car j’avais par malheur mis la dernière charge dans mon fusil, et je désirais ne pas retourner sans une bonne chasse à la maison, où m’attendait une nombreuse société d’amis et de connaissances que j’avais invités ce jour-là

VI

Table des matières

Comment le baron de Munchhausen inventa un nouveau stratagème pour attraper des canards.

Je me rappelai qu’il y avait encore au fond de ma carnassière un petit, morceau de lard qui me restait des provisions dont je m’étais muni en partant. Je l’attachai à une ficelle que j’avais sur moi et que j’allongeai encore en dédoublant la laisse de mon chien et en en nouant les quatre bouts l’un à l’autre. Cela. fait, je me cachai derrrière les roseaux dont le lac était bordé, je jetai dans l’eau le morceau de lard, et j’eus bientôt la satisfaction de voir l’un des canards s’en approcher et l’avaler d’un coup.

— Cela va bien, me dis-je tout bas.

En effet, les autres canards s’approchèrent aussitôt, croyant trouver un régal pareil à celui de leur compagnon. Vous savez combien ces animaux ont la digestion facile. A peine le premier eut-il avalé le lard, qu’il le dévoya aussitôt. Un second l’avala et le dévoya de même. Et ce fut toujours ainsi, jusqu’à ce qu’au bout de quelques minutes le lard eut passé par tous les estomacs, entraînant avec lui la ficelle qui les enfila tous comme les grains d’un rosaire. Tous étaient pris.

—Vous êtes mes prisonniers, mes amis, leur dis-je tout joyeux.

Je pris les deux bouts de la ficelle, les nouai fortement l’un à l’autre, et, me l’étant passée cinq ou six fois autour des bras et des épaules, je m’en retournai à la maison, content de ma chasse, comme vous pensez bien.

VII

Table des matières

Comment le baron de Munchhausen fut enlevé par les canards.

Mais, quand j’eus marché pendant quelque temps, cette charge de canards commença singulièrement à m’incommoder. Je fus presque fâché d’en avoir pris une aussi grande quantité, et songeais au moyen de me débarrasser au moins d’une partie, quand tout à coup il m’arriva une aventure qui, d’abord, ne me causa pas une médiocre inquiétude. Car sachez que les canards, tous vivants encore, étaient revenus de leur premier étourdissement, et se mirent à battre des ailes de toutes leurs forces et à m’enlever dans l’air avec eux. Je faillis perdre la tête à mon tour. Mais ma présence d’esprit ordinaire me sauva encore en cette circonstance. Un autre eût commencé par recommander son âme à Dieu et par dire un acte de contrition. Je fis mieux. Je mis à profit, aussi bien que je pus, cet événement et ouvris les basques de mon habit dont je me servis en guise de rames pour diriger vers ma maison ce voyage aérien. J’arrivai bientôt heureusement sur le toit de mon logis. Alors il fut question de descendre sans me rompre les os. Je me mis à tordre le cou à chacun des canards, et descendis avec eux sain et sauf par le tuyau de la cheminée. Nous tombâmes dans la cuisine, où par bonheur on n’avait pas encore commencé à allumer le feu. Jugez de l’étonnement et de la stupéfaction de mon cuisinier. Il me regardait, béant et les yeux ouverts tout large comme s’il eût vu un miracle.

— Jésus! Maria! Joseph! s’écria-t-il en reculant d’épouvante.

— Ce n’est rien, mon ami, lui répondis-je, je t’apporte le produit de ma chasse.

VIII

Table des matières

Comment le baron de Munchhausen prit sept perdreaux avec la baguette de son fusil.

Je dus une aventure à peu près semblable à une compagnie de perdreaux. J’étais sorti pour essayer un nouveau fusil de chasse, et j’avais entièrement usé mon petit plomb, quand tout à coup, contre mon attente, une compagnie de perdreaux partit à mes pieds. Le désir d’en voir le même soir figurer quelques-uns sur ma table, à souper, m’inspira un moyen dont vous pourrez, messieurs, vous servir, sur ma parole, quand l’occasion s’en présentera. Aussitôt que j’eus aperçu qu’ils s’étaient abattus à quelque distance de là, je chargeai promptement mon fusil et y laissai couler la baguette au lieu de plomb. Je m’avançai aussitôt avec précaution sur les perdreaux, mais ils prirent leur vol en une longue ligne au moment où je déchargeais mon coup. J’eus le bonheur d’en enfiler sept avec ma baguette qui tomba à une cinquantaine de pas plus loin, comme une broche de cuisinier richement garnie. Comme je viens de vous le dire, messieurs, le proverbe: Aide-toi, le ciel t’aidera, est d’une vérité incontestable.

IX

Table des matières

Comment le baron de Munchhausen chassa un renard hors de sa peau.

Un autre jour je rencontrai, dans l’une des forêts les plus considérables de la Russie, un admirable renard noir. En vérité, c’eût été un péché de trouer d’une balle ou d’une décharge de plomb cette magnifique fourrure. Je résolus donc de le prendre d’une autre façon. Messire renard se trouvait près du tronc d’un gros arbre. Je tirai d’abord la balle de mon fusil où j’enfonçai un gros clou. Je fis feu, et la queue du renard resta attachée à l’arbre. Alors j’avançai vers lui, tirai mon couteau de chasse, et après lui en avoir donné au front une entaille en forme de croix, me mis à le fouetter impitoyablement de toutes mes forces. J’y allai de si beau jeu et d’une main si ferme, que (chose merveilleuse et plaisante à voir!) il se dégagea entièrement de sa peau et me laissa la plus belle fourrure que j’aie vue de ma vie.

X

Table des matières

Comment le baron de Munchhausen prit deux sangliers vivants.

Souvent l’occasion et le bonheur corrigent les fautes que nous pouvons commettre dans la vie. J’en eus bientôt un frappant exemple.

Je me trouvais un jour au fond d’une forêt, quand j’avisai tout à coup une truie sauvage et un marcassin qui, se suivant l’un l’autre, se dirigeaient de mon côté. Le danger était pressant. La dernière balle que j’avais dans mon fusil manqua ces terribles ennemis qui s’approchaient de plus en plus. Que faire? Je m’interroge un moment sur le parti qui me reste à prendre. Aussitôt le marcassin prend la fuite et disparaît. Le sanglier reste seul, mais immobile comme si ses pattes eussent été clouées au sol. Je m’étonnai d’abord, ne pouvant comprendre le motif de cette immobilité. Je résolus donc d’en examiner de plus près la cause, et m’aperçus aussitôt que l’animal était aveugle et qu’il tenait encore entre les dents la queue du marcassin qui, par piété filiale, lui servait de guide. Ma balle, ayant passé entre eux, avait coupé la queue dont la truie mâchait toujours le bout. Croyant que son guide s’était arrêté, elle était restée immobile aussi et ne bougeait pas plus que si elle eût pris racine. Je profitai de cette singulière circonstance, pris le bout de la queue, et emmenai chez moi le sanglier sans résistance et sans peine.


Mais, si redoutables que soient souvent ces animaux, les porcs sauvages sont infiniment plus redoutables et plus dangereux encore.

Un jour j’en rencontrai un dans la forêt, au moment où j’étais le moins préparé à la défense et à l’attaque. A peine s’il me restait le temps de me reculer derrière un tronc d’arbre. L’animal furieux s’élança vers moi en poussant un grognement épouvantable et en ouvrant sa gueule de toute sa largeur. Il me porta un coup de dents tel que, m’étant brusquement rejeté de côté, il les enfonça si profondément dans le tronc de l’arbre qu’il lui fut impossible de les en retirer et de m’en porter un deuxième coup.

— Ha! ha! compère, lui dis-je, maintenant nous allons voir qui sera le vainqueur ici.

Je pris une grosse pierre et me mis à frapper avec tant de force sur la mâchoire que ses défenses s’enfoncèrent de plus en plus dans le bois et qu’il ne put plus faire le moindre mouvement. Cela fait, je me rendis à un village voisin où je me pourvus de cordes et d’une charrette; et, après l’avoir solidement garrotté, je le fis transporter vivant et intact chez moi, ce qui étonna grandement ceux qui le virent.

XI

Table des matières

Comment le baron de Munchhausen planta un cerisier dans la tête d’un cerf.

Vous avez sans doute, messieurs, entendu parler de saint Hubert, le patron des chasseurs et des archers, et du cerf qui se présenta devant lui, dans la forêt des Ardennes, portant la sainte croix entre ses cors. Je n’ai pas manqué de rendre, tous les ans, hommage à ce grand saint, en bonne compagnie. Mille fois je l’ai vu représenté avec son cerf dans les églises, de même que sur les étoiles de ses chevaliers. De sorte que, sur mon honneur et dans ma conscience de brave chasseur, j’aurais de la peine à vous nier qu’il y ait eu autrefois de ces cerfs portant une croix sur la tête, ou qu’il y en ait peut-être encore aujourd’hui. Mais, au lieu de discuter ce point d’histoire naturelle, permettez-moi de vous raconter une chose que j’ai vue de mes propres yeux. Un jour, après avoir épuisé tout mon plomb, je donnai, de la manière la plus inattendue, sur le plus beau cerf du monde. Il s’arrêta devant moi, me regardant insolemment et avec un air moqueur dans le blanc des yeux, comme s’il eût su que ma poire à balles était épuisée. Pendant qu’il me toisait ainsi, je chargeai aussitôt mon fusil où je laissai couler une poignée de noyaux de cerises que j’avais, aussi vite que je pus, dégarnis de leur chair. Et à l’instant même je lui envoyai toute cette décharge droit au milieu du front, entre les deux cors. Il chancela un moment, étourdi qu’il était de ce coup; mais il se redressa bientôt et s’échappa à travers les halliers avec toute la vitesse de la peur. Un an ou deux après cette rencontre, je me trouvais à la chasse dans la même forêt, quand tout à coup je vis apparaître devant moi, le croiriez-vous? un superbe cerf portant sur la tête un cerisier admirable! Je me rappelai soudain ma première aventure, et, regardant l’animal comme une propriété depuis longtemps mienne à tous les titres, je l’étendis sur l’herbe, d’un coup parfaitement ajusté au milieu de la tête. Ainsi je trouvai à la fois le dîner et le dessert; car le cerisier était chargé des meilleurs fruits que j’eusse mangés de ma vie. Ne pourrait-on pas supposer, après cela, que quelque pieux chasseur, abbé ou évêque, ait de la même manière planté dans le front du cerf de saint Hubert le germe de sa croix? Mais c’est la une discussion que j’abandonne aux savants qui veulent approfondir la cause de ce miracle. Car je tiens à vous raconter une autre histoire qui m’arriva dans ces mêmes temps.

XII

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Comment le baron de Munchhausen fit sauter un ours-comme une bombe.

Un jour je cheminais dans une forêt où j’avais chassé jusqu’au tomber de la nuit. Toutes mes munitions étaient épuisées, et je reprenais tranquillement le chemin de ma maison, quand je me trouvai inopinément en face d’un ours énorme qui, les yeux flamboyants, la gueule ouverte toute large et les griffes toutes prêtes, menaçait de me dévorer. Je m’arrêtai, saisi d’épouvante et fouillant inutilement et en toute hâte mes poches et ma carnassière pour y chercher quelques grains de poudre et une malheureuse balle que je n’y trouvais pas. Le péril était imminent. Je n’avais dans mon gousset que deux pierres à fusil pour toute défense, et pourtant j’en étais à mon to be or not to be. Aussi je ne fis ni un ni deux et lançai l’un des silex dans la gueule béante de l’ours, avec tant de force qu’il pénétra jusque dans les entrailles du menaçant animal. L’ours, effrayé et étourdi, tourna deux fois sur lui-même. Je saisis le moment où il me présenta le derrière, pour lui lancer l’autre pierre dans l’orifice postérieur, ce qui me réussit tellement bien que, non-seulement elle s’y enfonça tout droit, mais encore qu’elle rencontra avec violence celle que j’avais jetée d’abord dans la gueule. Le choc fut tel, que les deux pierres firent feu, et que l’ours éclata avec une explosion effroyable. Il était déchiré, mutilé, mis en pièces, comme si on lui eût fait avaler une bombe allumée.

XIII

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Comment le baron de Munchhausen soutint un combat contre un ours.

En vérité, vous eussiez dit qu’il était écrit sur le grand rouleau de ma destinée que je dusse toujours me voir attaqué par les monstres les plus furieux au moment où j’étais le moins en état de me défendre, comme si leur Instinct les eût avertis de ma faiblesse. Mais ils comptaient sans leur hôte. C’est ainsi qu’un jour, précisément comme je venais de dévisser la pierre de mon fusil de chasse, un ours gigantesque s’élança vers moi en hurlant d’une manière effroyable. Je n’eus que le temps de grimper au plus vite sur un arbre afin de m’y préparer à la défense. Mais malheureusement, dans la rapidité du mouvement que je fis, je laissai échapper mon couteau de chasse dont je venais de me servir, et il ne me resta plus de quoi affermir la vis ni serrer la pierre. Et l’ours était parvenu au pied de l’arbre, furieux et menaçant à la fois des dents et des yeux. A chaque moment je m’attendais à le voir monter après moi pour me dévorer.

— Munchhausen, me dis-je a part moi, il faut du courage ici pour ne pas laisser ta peau et tes os dans cette forêt.

Il me restait un expédient, il est vrai: celui que j’avais déjà employé avec tant de succès contre les canards sauvages. Mais je n’aimai pas à y recourir, parce que ce coup de poing dans l’œil m’avait occasionné une ophthalmie qui n’avait pas été sans danger pour ma vue, et dont je n’étais pas encore complétement guéri. J’eusse donné tout au monde pour être en possession de mon couteau qui était tombé au pied de l’arbre, la pointe dans la neige. Je songeais à un moyen de le tirer à moi. Mais j’avais beau me casser la tête, je n’avançais pas d’un cran, et le péril devenait plus pressant toujours; car l’ours, assuré de sa proie, hurlait de joie en tournant autour du tronc où il s’apprêtait à monter. Une idée lumineuse me vint. Je tirai de ma poche un morceau d’aimant que j’y avais mis pour faire, quelques jours auparavant, une expérience magnétique dans mes excursions. Je l’attachai à une ficelle que je descendis juste au-dessus du manche de mon couteau. L’aimant ayant le pouvoir d’attirer le fer et le manche étant précisément garni de ce métal, je remontai heureusement le couteau qui. suivit docilement la ficelle jusque dans ma main.

— A présent vous pouvez monter, messire Brun, dis-je à l’ours.

Je ne sais s’il prit mes paroles pour une invitation courtoise; mais j’eus à peine dit ces mots, qu’il se mit en devoir de grimper sur l’arbre. J’avais eu le temps d’affermir la vis et la pierre, et j’accueillis mon hôte avec une bonne décharge composée de deux balles qui lui firent perdre à tout jamais la vue, l’ouïe et tout te reste. Il roula dans la neige avec un grognement désespéré, se tordit un moment dans les convulsions de la mort, et ne bougea plus.

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Дата выхода на Литрес:
16 января 2025
Объем:
142 стр. 21 иллюстрация
ISBN:
4064066326517
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Bookwire
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