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Denis Diderot, Salomon Gessner

Contes moraux et nouvelles idylles


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066303884

Table des matières

PREFACE.

LISTE DES SOUSCRIPTEURS.

Les deux Amis de Bourbonne.

Lettre de M. Papin, Docteur en Théologie&Curé de Sainte Marie à Bourbonne.

ENTRETIEN d’un Pere avec ses Enfans. Ou du danger de se mettre au dessus des loix.

IDYLLES.

DAPHNÉ ET CHLÖÉ.

LA NAVIGATION.

L’OEILLET.

CLIMENE ET DAMON.

LA MATINÉE D’AUTOMNE.

LE VOEU.

LES ZEPHIRS.

AMYNTAS.

THYRSIS.

A L’AMOUR.

DAPHNIS.

CORYDON ET MENALQUE.

GLICERE.

LE BOUQUET.

DA METE ET MILON.

IRIS, EGLE.

MENALQUE ET ALEXIS.

LA TEMPETE.

MIRTIL ET CHLOE.

LA JALOUSIE.

ERYTHIE.

LA JAMBE DE BOIS.

LETTRE DE MR. GESSNER A MR. FUSLIN AUTEUR DE L’HISTOIRE DES PEINTRES SUISSE S. SUR LE PAYSAGE.

LETTRE SUR LE PAYSAGE.

CONTES MORAUX

ET

NOUVELLES IDYLLES

DE

D... ET SALOMON GESSNER


A ZURIC CHEZ L’HAUTEUR

M. DCC. LXXIII.

PREFACE.

Table des matières

LES premiers Ouvrages de Mr. Gessner ont été reçus si favorablement dans les païs etrangers& surtout en France, qu’il ne s’interesse pas moins à la traduction de celui-ci qu’à l’original même. Il desire de meriter encore une fois les suffrages qu’il a eu le bonheur d’obtenir chez une nation eclairée qui p des chefs d’œuvres en tout genre a acquis depuis longtemps le droit d’apprecier le merite&les talens.

L’edition a été soignée par lui même. Les gravures historiques&les vignettes dont elle est embellie sont de son invention&ont été executées de là propre main.

Mr. Gessner a communiqué son projet aux amis qu’il a à Paris&particulierement à Mr. D... dont l’approbation lui a toujours été si precieuse. Cet homme celebre a eu la bonté de lui envoyer en Manuscript les deux Contes moraux qui precedent la traduction des nouvelles Idylles. Mr. Gessner se trouve heureux de pouvoir offrir à la France un present quelle recevra sans-doute avec plaisir&qui sera le monument d’une amitié que la seule culture des lettres a fait naitre entre deux hommes que des contrées éloignées ont toujours tenus separés.

LISTE DES SOUSCRIPTEURS.

Table des matières

2. S.A. S. MGR. LE PRINCE D’ANHALT DESSAU.

2. S.A. R. MAD. LA PRINCESSE D’ANHALT DESSAU.

Mrs. le Marquis d’Aglié, des premiers Ecuyers de S.M. le Roy de Sardaigne, Colonel de Cav.&Maréchal des Gardes du Corps.

Andræa, Apothécaire à Hanovre.

2. Vinzenzo Antoine, Libraire à Bergame.

Dottore G. Celestino Astori, à Bergame.

S.A. S. ELECTORALE MGR. L’ELECTEUR DE BAVIERE.

S.A. S. MAD. L’ELECTRICE DE BAVIERE.

S.A. S. MGR. LE MARGRAVE DE BADE.

S.A. S. MAD. LA MARGRAVE DE BADE.

Mrs. Baader, Peintre du Pr. Evêque d’Eichstedt, à Paris. de Back, Conseiller de la Ville d’Utrecht.

2. Félix de Balthasar, Conseiller, à Lucerne.

Bardin, Libraire à Geneve.

de Barry, Seigneur Bourguemaitre de la Republ. de Bâle.

10. Bauer&Compagnie, Libraires à Strasbourg.

Joseph Beltromelli à Bergame.

2. le Comte de Bentink, Scign. de Rhoon&c. Président du Corps des Nobles de la Province de Hollande&c.

Mad. la Comtesse douairiere de Bentink, Dame de Varel&c.

le Baron de Berberich, à Munic.

van Berchem, Gentilhomme Hollandois.

de Berger, Cons. d’Etat&Médecin du Roi, à Copenhague.

le Baron J.A.S. de Beroldinguen, Chanoine de Spir&Hildesheim.

de Bersy, Maitre des Requetes honor. à Paris.

12. Mrs. de Betzky, Chevalier des Ordres de Russie, Conseiller privé& Chambellan actuel de Sa. M. Imp. de toutes les Russies,& Prés. de l’Acad. des Beaux Arts.

l’Abbé Beurard, Chanoine de Toul, à Paris.

la Bibliotheque publique de la Republ. de Geneve.

–––de l’Université Royale, de Turin.

2. le Baron de Bigot, grand Maitre de la Cour de S.A.S. Mgr. le Prince d’Orange&de Nassau, Lieut. Général de Cavallerie &Gouverneur de Willemsstadt&c.

Birkel, à Lyon.

Abr. Blussé&Fils, Libraires a Dordrecht.

Madame de Loys de Bochat, à Lausanne.

Boers, Avocat de la Compagnie des Indes, à Amsterdam.

Mad. la Baronne de Bœtzelaer, née Baronne de Aersen, de Voshol.&c.

de Bois Roger, Officier au Corps royal d’Artillerie à Metz.

Mlle Bondely a Berne.

Bosset d’Eluse, à Neufchâtel.

Boucard, Avocat à Turin.

S.A. S. MAD. la PRINCESSE de BOUILLON, née Princ. de Hesse Rhinf. à Paris.

Brandes, Cons. Aul. a Hanovre.

Lorenzo Brini à Bergame.

Robert Brown, D.D. Minister os the English Church at Utrecht.

2. Brunck de Frundeck, Commissaire de Guerre de Strasbourg.

Brunyer, Médecin de l’Hopital milit. à Metz.

Jean Burcli, a Zuric.

le Chanoine Gh. Calepio, à Bergame.

Madame la Comtesse Capodilista à Padoue.

François Careano à Milan.

de Caumartin de St. Ange.

Cayla, à Geneve.

Mrs. le Duc de Caylus, à Paris.

le Comte Maurice Challant de Challant, à Turin.

de la Chenal, Doct. en Méd. à Bâle.

van Citters, Conseiller de la Ville de Middelbourg.

Mlle Marie Elisabeth Cossel, à Hambourg.

Coudere, de Lyon.

de Couette, de l’ordre mil. de St. Louis, à Metz.

Gd. Councler, à Geneve.

Gabriel Cramer, à Geneve.

Mgr. le Prince Adam C’zatorinski, Général de Podolie.

J. Daller, à la Haye.

Decker, Imprimeur du Roy à Colmar.

Deinet, Cons. de S.A.S. Mgr. le Prince de Waldeck, à Frankfort.

Delion, à Paris.

Mad. Destouches, à Paris.

J.J. Detournes, Auditeur, à Geneve.

Dittliguer, Avocat, à Berne.

Jean Dollfous, Négociant à Mulhausen.

Casimir Donaud, Avocat, a Turin.

Mad. Dovet, a Paris.

2. Dufour, Libraire à Mastrich.

Felix Durando, Comte de Ville, a Turin.

Eck, Professeur, à Leipzig.

Jean Eck, Négociant a Mullhausen.

4. Eckendorfer, Libraire à Frybourg.

2. d’Erlach de Jegistorf, à Berne.

Mad. Escher née Usteri, de Zuric, à Lyon.

d’Escher, à Zuric, Lieut. Général au Service de LL. HH. PP.

Mrs. J.C. d’Escher, à Zuric.

Sal. Escher, a Zuric.

Mad. la Duchesse d’Eswille, à Paris.

Eynard, à Lyon.

Charles Jerome Falletti, Marquis de Barol, à Turin.

Dominique de Fanti, à Milan.

de Farges, à Paris.

Faust, Ammeistre regent de la Ville de Strasbourg.

ô Feral, à Leipzig.

4. le Comte de Finkenstein, Cons. de la Justice, à Königsberg.

Finguerlin à Lyon.

le Comte de Firmian, Minist. plenip. de S.M.J.R. Chev. de l’Ordre

Fischer, Baillif de Cerlier, à Berne. (de la Toison d’Or.

Emmanuel Flon, Libraire à Bruxelles.

le Cheval, de Folard, Envoyer extraord. de France a la Cour de Baviére.

Henri Fuessli, à Zuric.

Nazario Viani Gagliardelli, à Bergame.

le Prinze Gallizin, Envoyé extr. de Russie, à la Haye.

Giam Battista Galizioli, à Bergame.

le Baron de Gall, Grand Echanson&Colonel com. du Reg. de S.A.S. Mgr. le Prince hered. de Hesse, à Hanau.

Pl. Gallatin, Avocat, à Geneve.

M.D. Fr. Gaussen, à Geneve.

le Marquis de St. Germain, premier Ecuyer de S.A.R. le Prince de Piemont, à Turin.

Antonio Giambarini, à Bergame.

Dottore de Matteo Giurniga, à Bergame.

3. van Goens, Cons. de S.M. Imp. R. Ap. Professeur à l’Univ. d’Utrecht.

Mlle van Goens, à Middelbourg.

Mlle Louise Gontard, a Francfort sur le Main.

Mrs. J.J. Gonzenbach, Seign. ne Haubtwyl.

François Grasset, Libraire à Lausanne.

Grenus, à Lyon.

Fr. Ch. Greum, Conseiller de la Chambre de Finances de l’Illme. Maison de Linange&Dabo, à Strasbourg.

de Grimm, Secret, de Commendem. de S.A.S. le Duc d’Orléans, à Paris.

Gross, à Berne.

Grothe, Chanoine du Chap. de St. Gean, à Utrecht

Grouner, Baillif à Zofinguen, de Berne.

S.A. S. MGR. LE LANDGRAVE REGNANT DE HESSE-CASSEL

S.A. S. MAD. LA PRINCESSE CHARLOTTE DE HESSE.

2. S.A.S MAD. LA LANDGRAVE DE HESSE-DARMSTADT.

S.A. S. MGR. LE PRINCE HERED. DE HESSE. COMTE REGN. DE HANAU.

S.A. S. MAD. LA LANDGRAVE DE HESSE-HOMBOURG.

S.A. S. MAD. LA PRINCESSE EMANUELE DE HESSE-ROTHEMBOURG.

S.A. S. MAD. LA PRINCESSE CLEMENTINE DE HESSE-ROTHEMBOURG.

Mrs. le Baron de Hack, à Francfort sur le Main.

Henri Heidegguer, à Zuric.

J. Conrad Heidegguer, Fils, à Zuric.

le Comte Sigismund d’Heimhausen, de Munic.

Jean Heinzelmann, Négociant a Venise.

Hess, à Zuric, Colonell Cap. aux Gardes Suisses de S.A.S. Mgr.

Hess, à Zuric. (le Prince d’Orange.

Hess, Directeur des Postes, à Zuric.

Henri Hirzel, à Zuric.

Honnerlag, à Genes.

le Comte de Hoym.

Jr. Huber, ancien Auditeur, à Geneve.

Mrs. van der Hulst, à Utrecht.

Jacobi, Conseiller aulique à Dusseldorf.

le Comte Alexandre Japarel de Lagnasque à Turin.

Jeaneret à Grandson.

4. Wolfgang Juvalta, à Marchlins.

le Baron de Kallisch, à Leipzig.

J. Gasp. Keller, Conseiller d’Etat, à Zuric.

J. Conrad Keller, à Zuric.

J. Gasp. Keller, à Zuric.

le Comte de Kinigl, Chambellan de L.L.M.M. Imp. Roy. Apost.

Koch, Professeur, à Strasbourg.

Kruthofer, Secretaire de Mr. le Comte de Mercy Argenteau, à Paris.

Krzusky, à Leipzig.

Kund, à Leipzig.

Jaques Kunhans, à Zuric.

Laget, Etudiant en Theol. à Geneve.

van Lanckom, pr. ordre de Mr. van Dyck.

Lavater, Greffier de la chambre de Justice, à Zuric.

Mlle Lebas, à Paris.

Mad. la Baronne de Lerchenfeld Suslach, née Comtesse d’Haslang

Mr. le Baron Joseph de Leyden, Cons. Int. de S.A.E. de Baviére, &son Envoyé aux Cours Electorales du Rhin.

J. Leypold, à Strasbourg.

V. Lienau, Negociant à Bourdeaux.

Phil. Jac. Lobstein, à Strasbourg.

2. Francesco Locatelli, Libraire à Bergame.

de Lochmann, à Zuric, Commandeur de l’Ordre du Merit. milit. &Maréchal de Camp es Armées de Sa. M.T. Cr.

S.A. S. MGR. LE PRINCE CHARLES DE MEKLENBOURG-STRELIZ.

3. Mrs. Maldovall, Gentilhomme Anglais.

Leonardi Marini, Peintre, à Turin.

de Martines, Lieutenant de Marine.

le Capitaine de Marval, de l’Ordre du Merite mil. à Neufchâtel.

le Major de Mavelave, Gouverneur de Mgrs les Princes de Wirtemb.

de Mechel, Graveur, à Bâle.

Henri Meister de Zuric, à Paris.

Mad. la Générale de May, née Morlot, à Berne.

Mey, de Romain motiers à Berne.

Meyer, Seigneur Bourguemaitre de la Republ. de Schafhouse.

4. Felix Meyer, a Winterthour.

J. Gasp. Meyer, à Zuric.

Paul Meyer, Apothicaire, à Zuric.

Mlle Meiners, à Middelbourg.

Mingard, Ministre, à Lausanne.

S. Moliere, à la Haye.

Francés de Montval, à Paris.

le Comte de Moreton Chabrillan. Cap. au Reg. de Conti Cavalerie.

Fr. Louis Morlot, Collonel, Baillif de Biberstein, à Berne.

4. le Chevalier Charles Morris, Anglois.

Moultou, à Geneve.

Charles Gottlob Muller, à Leipzig.

Fr. Müller, Ministre, à Zuric.

J. Henri de Muralt, Negociant, à Zuric.

Mad. Necker, à Paris.

Mad. la Duchesse de Northumberland, à Paris.

Neuviller, à Lyon.

3. S.A. S. MGR. LE PRINCE D’ORANGE ET DE NASSAU, STADHOUDER HERED. DES PROVINCES UNIES&c.

S.A. R. MAD. LA PRINCESSE D’ORANGE ET DE NASSAU,&c.

Mad. Ochs, à Bâle.

Mrs. Orell, Conseiller d’Etat, à Zuric.

2. Orell, chargé des affaires de France, à Zuric.

100. Orell, Gessner, Fuesslin&Comp. Libraires à Zuric.

2. Osterwald, à Neufchâtel.

J. Gasp. Ott, Tribun, à Zuric.

S.A.S. L’ELECTEUR PALATIN.

Mrs. van de Perre, Conseiller de la Cour de Flandres.

Perenot, Conseiller&Intendant de S.A.S. Mgr. le Prince Stadhouder à Calembourg.

le Comte de Pertingue, Reformateur à l’Université Royale de Turin.

J.R. Pestalozza, Fils, à Zuric.

Peyer, Capitaine&Directeur des Postes, à Schafhousen.

de Pikamilh de Cazenove, Secretaire d’Ambassade, à Soleure.

le Baron de Poellnitz, Seigneur de Montrichet.

Mad. la Barone de Poellnitz de Montrichet.

le Comte G. Francesco Ponzoni, à Cremone.

Prevost, Avocat, à Geneve.

Prieur, à Paris.

Henri Rahn, Baillif, à Zuric.

J.C. Rahn, Docteur en Médecine, à Zuric.

Mad. la Baronne de Reding d’Emishofen, à Lucerne.

Mad. la Baronne Auguste de Reizenstein, à Munic.

Albert Revelli, à Turin.

6. Rey, Libraire à Amsterdam.

André Rigaud, à Geneve.

Jaques Rignon, à Turin.

Rilliet, Avocat, à Geneve.

Mrs. J.L. Robillard, à Geneve.

le Baron de la Roche, Cons. int. de S.A.S. Mgr. l’Electeur de Tréves, à Coblence.

Rodt, Baillif de St. Jean, à Berne.

Roël, Gentilhomme Hollandois.

le Comte Charles Romilli, à Bergame.

Roosmale, Cons. de la Cour provinciale de Justice, à Utrecht.

Rottmanner, Licencié en droit, à Munic.

Mlle de Roussillon, Dame d’Honneur de S.A.S. Mad. la Duchesse douariere de Deuxponts, à Kayserslauter.

le Baron de Rouwenoort, Seigneur de Lange, du Corps des Nobles de la Prov. de Gueldres&c.&c.

S.A. R. MGR. LE PRINCE DE SAXE, ELECTEUR DE TREVES.

S.A. R. MAD. LA PRINCESSE CUNIGUNDE DE SAXE.

Mrs. Saillant&Nyon, Libraires à Paris.

le Comte de Saluçes, des Ecuyers de S.A.R. le Pr. de Piemont, à Turin.

Frédric Rod. Salzmann à Strasbourg.

de Saussure, Professeur, à Geneve.

de Schachmann, à Leipzig.

Scherb, Syndic de la Nation Suisse, à Lyon.

Scherer, de St. Gall, à Lyon.

Daniel Scherer, à Lyon.

Henri Schinz, Ministre du St. Ev. à Altstetten, de Zuric.

J.H. Schinz, à Zuric.

Schinz, Doct. en Med., à Zuric.

J. Jaques Schmalzer, Négociant à Mulhouse.

3. Schoonhoven&Compagnie, Libraires à Utrecht.

6. Schramm&Kerstens, à Hambourg.

Leonard Schulthess, Negociant, à Zuric.

Schulthess de Zuric, Ministre du St. Ev. à Neufchâtel.

Mrs. J. Henri Schulthess, Negociant, à Zuric.

Schumacher, Cons. de Conference, à Copenhague.

Ange Scozia, Comte de Pin. à Turin.

Perponcher de Sedlnitzki, Conseiller de la Ville d’Utrecht.

le Comte Max. de Seinsheim, Chambellan, à Munic.

Mad. la Comtesse de Seinsheim, née Comtesse de Hoeneck, à Munic.

le Baron de Serviete, Page du Roi, à Paris.

de Singedonck, Major de Cavalerie, au Serv. de L.L.H.H.P.P.

2. la Societé Typographique à Berne.

MAD. LA PRINCESSE DE SOUBIZE.

W.D. Soulzer, Chanceiller, à Winterthour.

J. Jaques Spielmann, à Strasbourg.

Bartelemi Spindler, de St. Gall.

Lord Comte de Stanhope.

Steinbruchel, Professeur, à Zuric.

Henri Steiner&Comp. à Winterthour.

Stokar de Neuforn, Directeur des Postes, à Schafhousen.

Stokar de Neuforn, Docteur en Med. à Schafhousen.

Sturler, Baillif de Fraubrounnen, a Berne.

Jean Strange, Chevalier, à Londres.

Amadé Suaier, à Venise.

Suitzer, Colonel de Bovanas, de Bâle.

le Comte de Tattenbach, gr. Maréchal de la Cour de Baviére,

de Teuber, à Leipzic.

Thibaut, à Middelbourg.

Im Thourn, Seign. de Gyrsberg, à Schafhousen.

J.H. Tobler, à Zuric.

45. Jaques Tolmetta. de Cosmopoli.

le Comte Ant. de Thöring Seefeld, à Munic.

Mrs. le Comte Max. de Thöring Seefeld, à Munic.

2. le Baron Torck, Seign, de Roosendaal&c. Deputé ordin. des Etats gen. des Prov. unies, gr. Baillif de Mastricht

Mad. la Baronne Torck, Dame de Roosendaal, née Baronne de Roode, de Heckeren&c.

Pl. Ph. Torras, à Geneve.

S.A. S. MAD. LA PRINCESSE THERESE DE LA TOUR ET TAXIS, CHANOINESSE DE THORN.

le Comte de Tracy, Capit. de Caval. a la Suite des Reg. de Bourgogne.

Tronchin, ancien Procureur Général, à Geneve.

J. Tronchin, ancien Conseiller d’Etat, à Geneve.

Mad. Chambellane de Trützschler, née Pflug, à Dresde.

Tschifféli, à Berne.

le Baron de Tschoudy, Chevalier de plus. ordres, Brigadier, Gr. Major des Gardes Suisses de Sa Mayesté Sicilienne.

Turretini, ancien Syndic, à Geneve.

J. Alph. Turretini, à Geneve.

Turretini, Avocat, à Geneve.

le Chevalier Ant. Valisnieri, Prof. d’Hist. Nat. à Padoue.

Mad. la Duchesse de la Valliére.

Mad. de Vermenoux, à Paris.

Mesdemoiselles Marie Ester,&Louise Vernezobre, à Hambourg.

2. Vernezobre le Jeune, Negociant, à Hambourg.

Veron, Receveur gen. des Finances, à Paris.

de Vige, à Strasbourg.

le Comte Abbé Vigodarzere, à Padoue.

de Villebon, Controlleur des Domaines, à Paris.

van Visvliet, Electeur à Middelbourg.

Samuel Vogel, Négociant à Mulhousen.

l’Abbé de Vogué, Agent gen. du Clergé de France, à Paris.

Mrs. de Voltaire.

J.M. Usteri au Neuenhof, Negociant a Zuric.

J. Martin Usteri, à Zuric.

Usteri, Professeur, à Zuric.

Paul Usteri, Négociant à Zuric.

S.A. S. MGR. LE PRINCE REGN. DE WALDECK.

Mrs. le Baron de Waldner, Présid. de la Nobl. immed. de l’Empire d District d’Ortenau.

Waser, Docteur en Med. à Zuric.

Alex. Louis de Watteville, anç. Baillis de Nidau, à Berne.

20. Jean Martin Weber, Libraire, à Leipzig.

2. Daniel Wegelin, Professeur, à St. Galle.

Christofle Wegelin, Negociant à Francfort sur le Main.

le Général de Weifs de Molans, à Berne.

David de Weifs de Zuric., Baillif à Kyburg.

Jean Conrad de Weifs, à Zuric.

J. George Weifs, à Lausanne.

J. Gasp. Werdmuller, Tribun, à Zuric.

J. Rod. Werdmuller, Conseiller d’Etat, à Zuric.

Wetzel, Cons. de S.A.S. Mgr. le Margr. de Brandenb. Ansp.&Bareith le Comte François de Whal, Chambellan, Conseiller Int. de SA F de Baviére&Son Envoyé extraord. à la Cour, Imp. de Wienne.

Th. Whittle, à Geneve.

Wieland.

le Conseiller Wildermet, à Bienne.

J. George Wille, Graveur du Roy, à Paris,

Zellweguer, à Troguen.

Ziegler de Neuforn, Docteur en Médécine, à Schafhousen

Ziegler, au Nom de la Société des Amis, à Schafhousen.



Les deux Amis de Bourbonne.

Table des matières

IL y avait ici deux hommes qu’on pourrait appeller les Oreste&Pylade de Bourbonne. L’un se nommait Olivier&l’autre Félix. Ils étaient nés le même jour, dans la même maison&de deux sœurs; ils avaient étés nourris du même lait; car l’une des meres étant morte en couche l’autre se chargea des deux enfans. Ils avaient été élevés ensemble; Ils étaient toujours séparés des autres; ils s’aimaient comme on existe, comme on vit sans s’en douter; ils le sentaient à tout moment,& ils ne se l’étaient peut être jamais dit. Olivier avait une fois sauvé la vie à Félix qui se piquait d’être grand nageur,&qui avait sailli à se noyer. Ils ne s’en souvenaient ni l’un ni l’autre. Cent sois Félix avait tiré Olivier des avantures facheuses où son caractere impétueux l’avait engagé,&jamais celui-ci n’avait songé à l’en remercier; ils s’en retournaient ensemble à la maison sans se parler, ou en se parlant d’autre chose.

Lors qu’on tira pour la milice, le billet fatal étant tombé sur Félix, Olivier dit: L’autre est pour moi. Ils firent leurs temps de service, ils revinrent au pays: Plus chers l’un à l’autre qu’ils ne l’étaient encore auparavant, c’est ce que je ne saurais vous assurer: Car, petit frere, si les bienfaits reciproques cimentent les amitiés réfléchies, peutêtre ne font-ils rien à celles que j’appellerais volontiers des amitiés animales&domestiques. A l’armée, dans une rencontre, Olivier étant menacé d’avoir la tête fendue d’un coup de sabre, Félix se mit machinalement au devant du coup&en resta balafré: On prétend qu’il étoit fier de cette blessure; pour moi je n’en crois rien. A Hastenbeck Olivier avoit retiré Félix d’entre la foule des morts où il étoit demeuré. Quand on les interrogeait, ils parlaient quelque fois des secours qu’ils avaient reçus l’un de l’autre, jamais de ceux qu’ils avaient rendus l’un à l’autre. Olivier disait de Félix, Félix disait d’Olivier; mais ils ne se louaient pas. Au bout de quelque tems de séjour au pays, ils aimerent;&le hazard voulut que ce fût la même fille. Il n’y eut entre eux aucune rivalité; le premier qui s’apperçut de la passion de son ami se retira. Ce fut Félix. Olivier épousa;&Félix, dégouté de la vie sans s’appercevoir pourquoi, se précipita dans toutes fortes de métiers dangereux: Le dernier fut de se faire contrebandier. Vous n’ignoréz pas, petit frere, qu’il y a quatre Tribunaux en France, Caen, Rheims, Valence &Toulouse, où les contrebandiers font jugés;&que le plus severe des quatre c’est celui de Rheims où préside un nommé Talbot, l’ame la plus féroce que la nature ait encore formée. Félix fut pris les armes à la main, conduit devant le terrible Talbot,&condamné à mort, comme cinq-cent autres qui l’avaient précédé. Olivier apprit le fort de Félix. Une nuit il se leve d’à côté de sa femme,&fans lui rien dire il s’en va à Rheims. Il s’adresse au juge Talbot, il se jette à ses pieds,&lui demande la grace de voir&d’embrasser Félix. Talbot te regarde, se tait un moment,&lui fait signe de s’asseoir. Olivier s’assied. Au bout d’une demie heure Talbot tire sa montre&dit à Olivier: Si tu veux voir&embrasser ton ami vivant, dépêche toi; il est en chemin;& si ma montre va bien, avant qu’il soit dix minutes il sera pendu. Olivier transporté de fureur se leve, décharge sur la nuque du col au juge Talbot un énorme coup de bâton, dont il l’étend presque mort; court vers la place, arrive, crie, frappe le bourreau, frappe les gens de la justice, souleve la populace indignée de ces exécutions. Les pierres volent, Félix délivré s’enfuit: Olivier songe a son salut; mais un soldat de maréchaussée lui avait percé les flancs d’un coup de bayonnette, sans qu’il s’en fut apperçu. Il gagna la porte de la ville; mais il ne put aller plus loin: Des voituriers charitables le jetterent sur leur charette,&le déposerent à la porte de sa maison, un moment avant qu’il expirât. Il n’eut que le temps de dire à sa femme: Femme, approche, que je t’embrasse; je me meurs, mais le Balafré est sauvé.

Un soir que nous allions à la promenade selon notre usage, nous vimes au devant d’une chaumiere une grande femme debout avec quatre petits enfans à ses pieds; sa contenance triste&ferme attira notre attention,&notre attention fixa la sienne. Après un moment de silence elle nous dit: Voilà quatre petits enfans; je suis leur mere &je n’ai plus de mari. Cette maniere haute de solliciter la commisération était bien faite pour nous toucher. Nous lui offrimes nos secours qu’elle accepta avec honnêteté. C’est à cette occasion que nous avons appris l’histoire de son mari Olivier&de Félix son ami. Nous avons parlé d’elle,&j’espere que notre recommandation ne lui aura pas été inutile. Vous voyez petit frere, que la grandeur d’ame&les hautes qualités sont de toutes les conditions&de tous les pays; que tel meurt obscur, à qui il n’a manqué qu’un autre théatre,&qu’on peut trouver deux amis, ou dans une chaumiere ou chéz les Troquois.

Vous avez desiré, petit frere, de savoir ce qu’est devenu Félix; c’est une curiosité si simple&le motif en est si louable que nous nous sommes un peu reproché de ne l’avoir pas eue. Pour reparer cette faute, nous avons pensé d’abord à Mr. Papin, Docteur en Théologie&curé de Sainte Marie à Bourbonne: Mais maman s’est ravisée,& nous avons donné la préférence au Subdélégué Aubert, qui est un bon homme, bien rond,&qui nous a envoyé le recit suivant sur la vérité duquel vous pouvez compter.

„ Le nommé Félix vit encore. Echapé des mains de la justice de Rheims, il se jetta dans les forêts de la province, dont il avait appris à connaitre les tours&les détours pendant qu’il faisait la contrebande, cherchant à s’approcher peu à peu de la demeure d’Olivier dont il ignorait le sort.

„ Il y avait au fond d’un bois où vous vous êtes promenée quelquefois, un charbonnier dont la cabane servait d’asyle à ces fortes des gens; c’était aussi l’entrepôt de leurs marchandises&de leurs armes: Ce fut la que Félix se rendit, non sans avoir couru le danger de tomber dans les embuches de la Maréchausfée qui le suivait à la piste. Quelques uns de ses associés y avaient apporté la nouvelle de son emprisonnement à Rheims;&le charbonnier&la charbonniere le croyaient justicié, lors qu’il leur àpparut.

„ Je vais vous raconter la choie comme je la tiens de la charbonniere qui est décédée il n’y a pas longtemps.

„ Ce surent ses enfans, en rodant autour de la cabane, qui le virent les premiers. Tandis qu’il s’arrêtait à caresser le plus jeune dont il était le parein, les autres entrerent dans la cabane, en criant Félix! Félix! Le pere&la mere sortirent, en répétant le même cri de joie: Mais ce misérable était si harrassé de fatigue&de besoin, qu’il n’eut pas la force de répondre,&qu’il tomba presque défaillant entre leurs bras.

„ Ces bonnes gens le secoururent de ce qu’ils avaient; lui donnerent du pain, du vin, quelques legumes: Il mangea&s’endormit.

„ A son réveil son premier mot fut Olivier! Enfans, ne savez vous rien d’Olivier? Non, lui repondirent-ils. l leur racconta l’avanture de Rheims; il passa la nuit &le jour suivant avec eux. Il soupirait, il prononçait le nom d’Olivier; il le croyait dans les prisons de Rheims; il voulait y aller; il voulait aller mourir avec lui;&ce ne fut pas fans peine que le charbonnier&la charbonniere le détournerent de ce dessein.

„ Sur le milieu de la seconde nuit il prit un fusil, il mit un sabre sous son bras,&s’adressant à voix basse au charbonnier.... Charbonnier!–Felix!–Prends ta cognée&marchons.–Où?–Belle demande! chez Olivier.–Ils vont. Mais tout en sortant de la forêt, les voilà enveloppés d’un détachement de maréchaussée.

„ Je m’en rapporte à ce que m’en a dit la charbonniere, mais il est inoui. Que deux hommes à pied aient pu tenir contre une vingtaine d’hommes à cheval: Apparemment que ceux-ci étaient épars,&qu’ils voulaient se saisir de leur proie en vie. Quoi qu’il en soit l’action fut très chaude; il y eut cinq chevaux d’estropiés &sept cavaliers de hachés ou sabrés. Le pauvre charbonnier resta mort sur la place d’un coup de feu à la tempe; Félix regagna la forêt,&comme il est d’une agilité incroyable, il courait d’un endroit à l’autre; en courant il chargeait son fusil, tirait, donnait un coup de sifflet. Ces coups de sifflet, ces coups de fusils donnés, tirés à dissérens intervalles&de différens côtés, firent craindre aux cavaliers de Maréchaussée qu’il n’y eut là une horde de contrebandiers,&il se retirerent en diligence.

„ Lorsque Félix les vit éloignés, il revint sur le champ de bataille; il mit le cadavre du charbonnier sur ses épaules,&reprit le chemin de la cabane où la charbonniere&ses enfans dormaient encore. Il s’arrête à la porte, il étend le cadavre à ses pieds,&s’assied le dos appuyé contre un arbre&le visage tourné vers l’entrée de la cabane. Voilà le spectacle qui attendait la charbonniere au sortir de sa baraque.

„ Elle s’éveille, elle ne trouve point son mari à côté d’elle; elle cherche des yeux Félix; point de Félix. Elle se leve, elle sort, elle voit, elle crie, elle tombe à la renverse. Ses enfans accourent, ils voient, ils crient; ils se roulent sur leur pere, ils se roulent sur leur mere. La charbonniere, rappellée à elle-même par le tumulte &les cris de ses enfans, s’arrache les cheveux, se déchire les joues; Félix immobile au pied de son arbre, les yeux fermés, la tête renversée en arriere, leur disait d’une voix éteinte: Tuez-moi. Il se faisait un moment de silence; ensuite la douleur&les cris reprenaient,& Félix leur redisait: Tuez-moi; enfans par pitié tuez-moi.

„ Ils passerent ainsi trois jours&trois nuits à se désoler; la quatrieme Félix dit à la charbonniere; Femme, prends ton bissac, mets-y du pain,&suis moi. Après un long circuit à travers nos montagnes&nos forêts ils arriveront à la maison d’Olivier qui est située, comme vous savez, à l’extrêmité du bourg, à l’endroit ou la voie se partage en deux routes, dont l’une conduit en Franche-Comté&l’autre en Lorraine.

„ C’est là que Félix va apprendre la mort d’Olivier &se trouver entre les veuves de deux hommes massacrés à son sujet. Il entre&dit brusquement à la femme Olivier: Où est Olivier? Au silence de cette femme, à son vêtement, à ses pleurs, il comprit qu’Olivier n’était plus. Il se trouva mal; il tomba& se fendit la tête contre la huche à pétrir le pain. Les deux veuves le relevent; son sang coulait sur elles, &, tandis qu’elles s’occupaient à l’étancher avec leurs tabliers, il leur disait: Et vous êtes leurs femmes, &vous me secourez! Puis il défaillait, puis il revenait&disait en soupirant: Que ne me laissait-il? Pourquoi s’en venir à Rheims? Pourquoi l’y laisser venir?– Puis sa tête se perdait; il entrait en fureur, il se roulait a terre&déchirait ses vêtemens. Dans un de ces accès il tira son sabre,&il allait s’en frapper; mais les deux femmes se jetterent sur lui, crierent au secours; les voisins accoururent: On le lia avec des cordes,& il fut saigné sept à huit sois, sa fureur tomba avec l’épuisement de ses forces,&il resta comme mort pendant trois ou quatre jours, au bout desquels la raison lui revint. Dans le premier moment il tourna ses yeux autour de lui, comme un homme qui sort d’un profond sommeil,&il dit: Où suis-je? Femmes, qui êtes vous? La charbonniere lui repondit: je suis la charbonniere. Il reprit: Ah! Oui la charbonniere..... Et vous?.... La femme d’Olivier se tut. Alors il se mit à pleurer; il se tourna du côté de la muraille,&dit en sanglotant: je suis chez Olivier.... Ce lit est celui d’Olivier..... Et cette femme qui est là, c’était la sienne! Ah!

„ Ces deux femmes en eurent tant de soin; elles lui inspirerent tant de pitié, elles le prierent si instamment de vivre, elles lui remontrerent d’une maniere si touchante qu’il était leur unique ressource, qu’il se lassa persuader.

Pendant tout le temps qu’il resta dans cette maison, il ne se coucha plus. Il sortait la nuit, il errait dans les champs, il se roulait sur la terre, il appellait Olivier; une des femmes le suivait&le ramenait au point du jour.

„ Plusieurs personnes le savaient dans la maison d’Olivier;&parmi ces personnes il y en avait de mal intenionnées. Les deux veuves l’avertirent du péril qu’il courait. C’était un après midi; il était assis sur un banc, son sabre sur ses genoux, les coudes appuyés sur une table,&ses deux poings sur ses deux yeux. D’abord il ne répondit rien. La femme Olivier avait un garçon de dix-sept à dix-huit ans, la charbonniere une fille, de quinze. Tout-à-coup il dit à la charbonniere: La charbonniere va chercher ta fille,&amene-la ici. Il avait quelques fauchées de prés; il les vendit. La charbonniere revint avec la fille; le fils d’Olivier l’épousa: Félix leur donna l’argent de ses prés, les embrassa, leur demanda pardon en pleurant;&ils allerent s’établir dans la cabane où ils sont encore,&où ils servent de pere &de mere aux autres enfans. Les deux veuves demeurerent ensemble;&les enfans d’Olivier eurent un pere &deux meres.

„ Il y a à peu près un an&demi que la charbonniere est morte; la femme d’Olivier la pleure encore tous les jours.

„ Un soir qu’elles épiaient Félix (car il y en avait une des deux qui le gardait toujours à vue) elles le virent qui sondait en larmes; il tournait en silence ses bras vers la porte qui le séparait d’elles,&il se remettait ensuite à faire son sac. Elles ne lui dirent rien; car elles comprenaient de reste combien son départ était nécessaire. Ils souperent tous les trois sans parler. La nuit il se leva; les femmes ne dormaient point; il s’avança vers la porte sur la pointe des pieds. Là il s’arrêta, regarda vers le lit des deux femmes, essuya ses yeux de ses mains &sortit. Les deux femmes se serrerent dans les bras l’une de lautre,&passerent le reste de la nuit à pleurer. On ignore où il se refugia; mais il n’a guere eu de semaines où il ne leur ait envoyé quelques secours.

„ La forêt où la fille de la charbonniere vit avec le fils d’Olivier, appartient à un M. le Clerc de Rançonnieres, homme fort riche&Seigneur d’un autre village de ces cantons, appellé Courcelles. Un jour que M. de Rançonnieres ou de Courcelles, comme il vous plaira, faifait une chasse dans sa forêt, il arriva à la cabane du fils d’Olivier; il y entra, il se mit à jouer avec les enfans qui sont jolis; il les questionna; la figure de la femme qui n’est pas mal lui revint, le ton ferme du mari qui tient beaucoup de son pere l’interessa; il apprit l’avanture de leurs parens, il promit de solliciter la grace de Félix; il la sollicita&l’obtint.

„ Félix passa au service de M. de Rançonnieres, qui lui donna une place de Garde-Chasse.

„ Il y avait environ deux ans qu’il vivait dans le château de Rançonnieres, envoyant aux veuves une bonne partie de ses gages, lorsque rattachement à son maitre &la fierté de son caractere l’impliquerent dans une affaire qui n’était rien dans son origine, mais qui eut les fuites les plus fâcheuses.

„ M. de Rançonnieres avait pour voisin à Courcelles un M. Fourmont, Conseiller au Présidial de Lh.... Les deux maisons n’étaient séparées que par une borne. Cette borne gênait la porte de M. de Rançonnieres,& en rendait l’entrée difficile aux voitures. M. de Rançonnieres la fit reculer de quelques pieds du côté de M. Fourmont; celui-ci renvoya la borne d’autant sur M. de Rançonnieres;&puis voilà de la haine, des insultes, un procès entre les deux voisins. Le procès de la borne en suscita deux ou trois autres plus considérables. Les choses en étaient là, lors qu’un soir M. de Rançonnieres revenant de la chasse, accompagné de son Garde Félix, fit rencontre sur le grand chemin de M. Fourmont le magistrat,&de son frere le militaire. Celui-ci dit à son frere: Mon frere, si l’on coupait le visage à ce vieux boug–là, qu’en pensez-vous? Ce propos ne fut pas entendu de M. de Rançonnieres; mais il le fut malheureusement de Félix, qui s’adressant fiérement au jeune homme, lui dit: Mon Officier, seriez vous assez brave pour vous mettre seulement en devoir de faire ce que vous avez dit? Au même instant il porte son fusil à terre,&met la main sur la garde de son sabre; car il n’allait jamais sans son sabre. Le jeune militaire tire son épée, s’avance sur Félix; M. de Rançonnieres accourt, s’interpose, saisit son garde. Cependant le militaire s’empare du fusil qui était à terre, tire sur Félix, le manque; celui-ci riposte d’un M coup de sabre, fait tomber l’épée de la main au jeune homme&avec l’épée la moitié du bras: Et voila un procès criminel en fus de trois ou quatre procès civils: Félix confiné dans les prisons; une procédure effrayante; &a la fuite de cette procédure un magistrat dépouillé de son état&presque déshonoré, un militaire exclus de son corps, M. de Rançonnieres mort de chagrin, &Félix, dont la détention durait toujours, exposé à tout le ressentiment des Fourmonts. Sa fin eût été malheureuse, si l’amour ne l’eut secouru. La fille du géolier prit de la passion pour lui&facilita son évasion: Si cela n’est pas vrai, c’est du moins l’opinion publique. Il s’est en allé en Prusse, où il sert aujourdhui dans le Régiment des Gardes. On dit qu’il y est aimé de ses came rades,& même connu du Roi. Son nom de guerre est LE TRISTE. La veuve Olivier m’a dit qu’il continuait à la soulager.

„ Voilà, Madame, tout ce que j’ai pu recueillir de l’histoire de Félix. Je joins à mon récit une Lettre de M. Papin notre curé. Je ne sais ce qu’elle contient; mais je crains bien que le pauvre Prêtre, qui a la tête un peu étroite&le cœur assez mal tourné, ne vous parle d’Olivier&de Félix d’après ses préventions. Je vous conjure, Madame, de vous en tenir aux faits sur la vérité desquels vous pouvez compter,&à la bonté de votre cœur, qui vous conseillera mieux que le premier Casuiste de Sorbonne, qui n’est pas M. Papin.

Lettre de M. Papin, Docteur en Théologie&Curé de Sainte Marie à Bourbonne.

Table des matières

J’ignore, Madame, ce que M. le Subdélégué a pû vous conter d’Olivier&de Félix; ni quel intérêt vous pouvez prendre a deux brigands, dont tous les pas dans ce monde ont été trempés de sang. La Providence, qui a châtié l’un, a laissé à l’autre quelques momens de répit, dont je crains bien qu’il ne profite pas. Mais que la volonté de Dieu soit faite! Je sais qu’il y a des gens ici (&je ne serais point étonné que M. le Subdélégue fut de ce nombre) qui parlent de ces deux hommes comme de modelés d’une amitié rare. Mais qu’est-ce aux yeux de Dieu que la plus sublime vertu dénuée des sentimens de la piété, du respect dû à l’église&a ses ministres,&de la soumission à la loi du souverain? Olivier est mort à la porte de sa maison sans sacremens. Quand je fus appellé auprès de Félix chez les deux veuves, je n’en pus jamais tirer autre chose que le nom d’Olivier; aucun signe de religion, aucune marque de repentir. Je n’ai pas mémoire que celui-ci se soit présenté une fois au tribunal de la pénitence. La femme Olivier est une arrogante qui m’a manqué en plus d’une occasion: Sous prétexte qu’elle fait lire&écrire, elle se croit en état d’élever ses enfans;&on ne les voit ni aux écoles de la paroisse ni à mes instructions. Que Madame juge d’après cela. Si des gens de cette espéce sont bien dignes de ses bontés! L’Evangile ne cesse de nous recommander la commisération pour les pauvres; mais on double le mérite de sa charité par un bon choix des misérables,&personne ne connait mieux les vrais indigens que le Pasteur commun des indigens&des riches. Si Madame daignait m’honorer de sa confiance, je placerais peutêtre les marques de sa bienfaisance d’une maniére plus utile pour les malheureux&plus méritoire pour elle.

Je suis avec respect&c.

Madame de remercia M. le Subdélégué Aubert de son attention,&envoya ses aumônes à M. Papin avec le billet qui fuit.

» je vous suis très obligée, Monsieur, de vos sages conseils. je vous avoue que l’histoire de ces deux hommes m’avait touchée;&vous conviendrez que l’exemple d’une amitié aussi rare était bien fait pour séduire une ame honnête&sensible. Mais vous m’avez éclairée,&j’ai conçu qu’il valait mieux porter des secours à des vertus chrétiennes&malheureuses qu’à des vertus naturelles& païennes. Je vous prie d’accepter la somme modique que je vous envoye,&de la distribuer d’après une charité mieux entendue que la mienne.

„ J’ai l’honneur d’être&c.

On pense bien que la veuve Olivier&Félix n’eurent aucune part aux aumônes de Madame de *** Félix mourut;&la pauvre femme aurait péri de misere avec ses enfans, si elle ne s’était refugiée dans la forêt chez son fils ainé où elle travaille, malgré son grand âge,&subsiste comme elle peut, à côté de ses enfans&de ses petits enfans.

Et puis il y a trois sortes de conte.... Il y en a bien d’avantage, me direz vous.... A la bonne heure.... Mais je distingue le conte à la maniére d’Homere, de Virgile, du Tasse;&je l’appelle le conte merveilleux. La nature y est exagérée, la vérité y est hypothétique;&si le conteur a bien gardé le module qu’il a choisi, si tout répond à ce module&dans les actions&dans les discours, il a obtenu le degré de perfection que le genre de son ouvrage comportait,&vous n’avez rien de plus à lui demander. En entrant dans son poëme, vous mettez le pied dans une terre inconnue où rien ne se passe comme dans celle que vous habitez, mais où tout se fait en grand, comme les choses se sont autour de vous en petit.–Il y a le conte plaisant, à la façon de la Fontaine, de Vergier, de l’Arioste, de Hamilton; où le conteur ne se propose ni l’imitation de la nature, ni la vérité, ni l’illusion; il s’élance dans les espaces imaginaires. Dites à celui ci: Soyez gai, ingénieux, varié, original, même extravagant, j’y consens; mais séduisez moi par les détails; que le charme de la forme me dérobe toujours l’invraisemblance du fond;&si ce conteur fait ce que vous en exigez ici, il a tout fait.–Il y a enfin le conte historique, tel qu’il est écrit dans les nouvelles de Scaron, de Cervantes,&c.–Au Diable le conte&le conteur historiques! C’est un menteur plat& froid.–Oui, s’il ne fait pas son métier. Celui-ci se propose de vous tromper; il est assis au coin de votre âtre, il a pour objet la vérité rigoureuse; il veut être cru, il veut intéresser, toucher, entrainer, émouvoir, faire frissonner la peau&couler les larmes; effets qu’on n’obtient point sans éloquence&sans poésie. Mais l’éloquence est une forte de mensonge,&rien de plus contraire à l’illusion que la poésie; l’une&l’autre exagérent, surfont, amplifient, inspirent la méfiance: Comment s’y prendra donc ce conteur-ci pour vous tromper? Le voici. il parsemera son récit de petites circonstances si liées à la chose, de traits si simples, si naturels&toutefois si difficiles à imaginer que vous serez forcé de vous dire en vous même: Ma foi, cela est vrai; on n’invente pas ces choses là. C’est ainsi qu’il sauvera l’exagération de l’éloquence&de la poésie; que la vérité de la nature couvrira le prestige de l’art,&qu’il satisfera à deux conditions qui semblent contradictoires, d’être en même temps historien&poëte, véridique,&menteur. Un exemple emprunté d’un autre art rendra peut être plus sensible ce que je veux dire. Un peintre exécute sur la toile une tête; toutes les formes en font fortes, grandes&régulieres; c’est l’ensemble le plus parfait&le plus rare: J’éprouve en le considérant, du respect, de admiration, de l’effroi: J’en cherche le modéle dans la nature,&ne l’y trouve pas; en comparaison tout y est faible, petit&mesquin. C’est une tête ideale, je le sens, je me le dis.... Mais que l’artiste me faste appercevoir au front de cette tête une cicatrice légére, une verrue à lune de ses tempes, une coupure imperceptible à la lévre inférieure,&d’idéale qu’elle était, à l’instant la tête devient un portrait; une marque de petite vérole au coin de l’œil ou à côté du nez,&ce visage de femme n’est plus celui de Vénus, c’est le portait de quelqu’une de mes voisines. Je dirai donc à nos conteurs historiques: Vos figures font belles, si vous vouiez; mais il y manque la verrue à la tempe, la couture à la lévre, la marque de petite vérole à côté du nez, qui les rendraient vraies;&comme disait mon ami Cailleau, un peu de poussiére sur mes souliers,&je ne fors pas de ma loge, je reviens de la campagne.

Atque ita mentitur, sic veris falsa remiscet

Primo ne medium, medio ne discrepet imum.

HOR. ART. POET.

Et puis un peu de morale, après un peu de poétique; cela va si bien. Félix était un gueux qui n’avait rien, Olivier était un autre gueux qui n’avait rien; dites en autant du charbonnier, de la charbonniére& des autres personnages de ce conte,&concluez en général: Qu’il ne peut guere y avoir d’amitiés entiéres& solides qu’entre des hommes qui n’ont rien: Un homme alors est toute la fortune de son ami,&son ami est toute la sienne. Delà la vérité de l’expérience que le malheur resserre les liens,&la matiere d’un petit paragraphe de plus pour la premiere édition du livre DE L’ESPRIT.


ENTRETIEN
d’un Pere avec ses Enfans.
Ou
du danger de se mettre au dessus des loix.

Table des matières

MOn pere, homme d’un excellent jugement, mais homme pieux, était renommé dans sa province pour sa probité rigoureuse. Il fut plus d’une fois choisi pour arbitre entre ses concitoyens,&des étrangers qu’il ne connaissait pas, lui confierent souvent l’exécution de leurs derniéres volontés. Les pauvres pleurerent sa perte, lors qu’il mourut; pendant sa maladie, les grands&les petits marquerent l’intérêt qu’ils prenaient à sa conservation. Lorsqu’on sçut qu’il approchait de sa fin, toute la ville fut attristée. Son image fera toujours présente à ma mémoire; il me semble que je le vois dans son fauteuil à bras, avec son maintien tranquille&son visage serein. Il me semble que je l’entens encore. Voici l’histoire dune de nos soirées,&un modéle de l’emploi des autres.


C’était en hiver. Nous étions assis autour de lui, devant le feu; l’Abbé, ma sœur&moi. Il me disait à la suite d’une conversation sur les inconvéniens de la célébrité: Mon fils, nous avons fait tous les deux du bruit dans le monde, avec cette différence que le bruit que vous taisiez avec votre outil vous ôtait le repos,&que celui que je faisais avec le mien ôtait le repos aux autres. Après cette plaisanterie bonne ou mauvaise du vieux forgeron, il se mit à rêver, à nous regarder avec une attention tout à fait marquée,&l’Abbé lui dit: Mon pére à quoi rêvez-vous? Je rêve, lui répondit-il, que la réputation d’homme de bien, la plus desirable de toutes, a ses perils même pour celui qui la mérite. Puis après une courte pause il ajoûta: J’en frémis encore quand j’y pense.... Le croiriez vous, mes enfans? Une fois dans ma vie j’ai été sur le point de vous ruiner; oui, de vous ruiner de fond en comble. L’ABBÉ. Et comment cela? MON PÉRE. Comment? Le voici.

Avant que je commence (dit-il à sa fille) Sœurette, releve mon oreiller qui est descendu trop bas; (à moi;) &toi ferme les pans de ma robe de chambre; car le feu me brûle les jambes.... Vous avez tous connu le Curé de Thivet? MA SŒUR. Ce bon vieux prêtre qui à l’âge de cent ans faisait ses quatre lieuës dans la matinée? L’ABBÉ. Qui s’éteignit à cent&un ans en apprenant la mort d’un frére qui demeurait avec lui,& qui en avait quatre-vingt dix-neuf? MON PÉRE. Lui même. L’ABBÉ. Eh bien? MON PÉRE. Eh bien, ses héritiers, gens pauvres&dispersés sur les grands chemins, dans les campagnes, aux portes des églises, où ils mandiaient leur vie, m’envoyerent une procuration qui m’autorisait à me transporter sur les lieux&à pourvoir à la sureté des effets du défunt curé leur parent. Comment refuser à des indigens un service que j’avais rendu à plusieurs familles opulentes? J’allai à Thivet; jappellai la Justice du lieu; je fis apposer les scellés,& j’attendis l’arrivée des héritiers. Ils ne tarderent pas à venir; ils étaient au nombre de dix à douze. C’étaient des femmes sans bas, sans souliers, presque sans vêtemens, qui tenaient contre leur sein des enfans entortillés de leurs mauvais tabliers; des vieillards couverts de haillons qui s’étaient trainés jusques là, portant sur leurs épaules, avec un bâton, une poignée de guenilles envelopées dans une autre guenille; le spectacle de la misere la plus hideuse. Imaginez d’après cela la joie de ces héritiers à l’aspect d’une dixaine de mille francs qui revenaient à chacun d’eux; car à vuë de pays la succession du Curé pouvait aller à une centaine de mille francs au moins. On leve les scellés. Je procéde tout le jour à l’inventaire des effets. La nuit vient. Ces malheureux se retirent; je reste seul. J’étais pressé de les mettre en possession de leurs lots, de les congédier&de revenir à mes affaires. Il y avait sous un bureau un vieux coffre sans couvercle&rempli de toutes sortes de paperasses, de vieilles lettres, de brouillons de réponses, de quittances surannées, de reçus de rebut, de comptes de dépenses&d’autres chiffons de cette nature; mais en pareil cas on lit tout, on ne néglige rien. Je touchais à la fin de cette ennuyeuse revision, lorsqu’il me tomba sous les mains un écrit assez long;&cet écrit, savez-vous ce que c’était? Un testament! Un testament signé du curé! Un testament dont la date était si ancienne que ceux qu’il en nommait exécuteurs n’existaient plus depuis vingt ans! Un testament où il rejettait les pauvres qui dormaient autour de moi;&instituait légataires universels les Frémins, ces riches libraires de Paris que tu dois connaitre. je vous laisse à juger de ma surprise&de ma douleur; car que faire de cette piece? La bruler? Pourquoi non? N’avait-elle pas tous les caractéres de la réprobation? Et l’endroit où je l’avais trouvée,&les papiers avec lesquels elle était confondue&assimilée, ne déposaient-ils pas assez fortement contre elle, sans parler de son injustice révoltante? Voilà ce que je me disais en moi même;&me représentant en même temps la désolation de ces malheureux héritiers spoliés, frustrés de leur espérance, j’approchais tout doucement le testament du feu; puis d’autres idées croisant les prémiéres, je ne sçais qu’elle frayeur de me tromper dans la décision d’un cas aussi important, la méfiance de mes lumieres, la crainte d’écouter plutôt la voïx de la commisération qui criait au fond de mon cœur, que celle de la justice, m’arrêtaient subitement;&je passai le reste de la nuit à délibérer si je brulerais ou non cet acte inique que je tins plusieurs fois au dessus de la flamme, incertain si je le lâcherais ou non. Ce dernier parti l’emporta; une minute plutôt ou plus tard c’eût été le parti contraire. Dans ma perplexité, je crus qu’il était sage de prendre le conseil de quelque personne éclairée. Je monte à cheval dès la pointe du jour; je m’achemine à toutes jambes vers la ville; je passe devant la porte de ma maison sans y entrer; je descends au séminaire qui était occupé alors par des Oratoriens, entre lesquels il y en avait un distingué par la sureté de ses lumieres&la sainteté de ses mœurs. C’était un Pére Bouin qui a laissé dans le diocése la réputation du plus grand casuiste.

Mon pére en était là, lorsque le Docteur Bissei entra; c’était l’ami&le médecin de la maison. Il s’informa de la santé de mon pére, lui tâta le pouls, ajoûta, retrancha à son régime, prit une chaise&se mit à causer avec nous.

Mon pére lui demanda des nouvelles de quelques uns de ses malades; entre autres d’un vieux fripon d’Intendant d’un M. de la Mésangere, ancien Maire de notre ville. Cet Intendant avait mis désordre&le feu dans les affaires de son maitre, avait fait des faux emprunts sous son nom, avait égaré des titres, s’était approprié des fonds, avait commis une infinité de friponneries dont la plupart étaient avérées,&il était à la veille de subir une peine infamante, si non capitale. Cette affaire occupait alors toute la province. Le Docteur lui dit que cet nomme était fort mal, mais qu’il ne désespérait pas de le tirer d’affaire. MON PÉRE. C’est un très mauvais service à lui rendre. MOI. Et une très mauvaise action à faire. LE DOCTEUR BISSEI. Une mauvaise action! Et la raison, s’il vous plait? MOI. C’est qu’il y a tant de méchans dans ce monde qu’il n’y faut pas retenir ceux à qui il prend envie d’en sortir. LE DOCTEUR BISSEI. Mon affaire est de le guérir&non de le juger. Je le guérirai, parceque c’est mon métier; ensuite le Magistrat le sera pendre parce que c’est le sien. MOI. Docteur, mais il y a une fonction commune à tout bon citoyen, à vous, à moi; c’est de travailler de toute notre force à l’avantage de la république,&il me semble que ce n’est pas un pour elle que le salut d’un malfaiteur dont incessamment les loix la délivreront. LE DOCTEUR BISSEI. Et à qui appartient-il de le déclarer malfaiteur? Est-ce à moi? MOI. Non, c’est à ses actions. LE DOCTEUR BISSEI. Et à qui appartient-il de connaitre de ces actions? Est-ce à moi? MOI. Non; mais permettez, Docteur, que je change un peu la thése, en supposant un malade dont les crimes soient de notoriété publique. On vous appelle; vous accourez, vous ouvrez les rideaux,&vous reconnaissez Cartouche ou Nivet. Guérirez-vous Cartouche ou Nivet?.... Le Docteur Bissei, après un moment d’incertitude, répondit ferme qu’il les guérirait; qu’il oublierait le nom du malade pour ne s’occuper que du caractére de la maladie, que c’était la feule chose dont il lui fût permis de connaitre; que s’il faisait un pas au delà, bientôt il ne saurait plus où s’arrêter, que ce ferait abandonner la vie des hommes à la merci de l’ignorance, des passions, du préjugé, si l’ordonnance devait être précédée de l’examen de la vie &des mœurs du malade. Ce que vous me dites de Nivet, un Janséniste me le dira d’un Moliniste, un catholique d’un protestant. Si vous m’écartez du lit de Cartouche, un fanatique m’écartera du lit d’un athée. C’est bien assez que d’avoir à doser le reméde, fans avoir encore à doser la méchanceté qui permaittrait ou non de l’administrer.... Mais, Docteur, lui répondis-je, si après votre belle cure, le premier essai que le scélérat fera de sa convalescence, c’est d’assassiner votre ami; que direz-vous? Mettez la main sur la conscience; ne vous repentirez vous point de l’avoir guéri? Ne vous écrierez vous point avec amertume: Pourquoi l’ai-je secouru! Que ne le laissais-je mourir! N’y a-t-il pas là de quoi empoisonner le reste de votre vie? LE DOCTEUR BISSEI. Assurément je serai consumé de douleur; mais je n’aurai point de remords. MOI. Et quel remords pourriez-vous avoir, je ne dis pas d’avoir tué, car il ne s’agit pas de cela, mais d’avoir laissé périr un chien enragé? Docteur, écoutez moi. Je fuis plus intrepide que vous; je ne me laisse point brider par de vains raisonnemens. Je suis médecin. Je regarde mon malade; en le regardant je reconnais un scélérat,& voici le discours que je lui tiens: Malheureux, dépêche toi de mourir; c’est ce qui peut t’arriver de mieux pour les autres&pour toi: je sais bien ce qu’il y aurait à faire pour dissiper ce point de côté qui t’oppresse; mais je n’ai garde de l’ordonner je ne hais pas assez mes concitoyens pour te renvoyer de nouveau au milieu d’eux,&me préparer à moi même une douleur éternelle par les nouveaux forfaits que tu commettrais. Je ne serai point ton complice. On punirait celui qui te recéle dans sa maison,&je croirais innocent celui qui t’aurait sauvé! Cela ne se peut. Si j’ai un regret, c’est qu’en te livrant à la mort je t’arrache au dernier supplice. Je ne m’occuperai point de rendre à la vie celui dont il m’est enjoint par l’équité naturelle, le bien de la société, le salut de mes semblables, d’être le dénonciateur. Meurs,&qu’il ne soit pas dit que par mon art&mes soins il existe un monstre de plus. LE DOCTEUR BISSEI. Bon jour, papa! Ah ça moins de caste après diner, entendez-vous? MON PÉRE. Ah, Docteur, c’est une si bonne chose que le cassé. LE DOCTEUR BISSEI. Du moins, beaucoup, beaucoup de sucre. MA SŒUR. Mais, Docteur, ce sucre nous échauffera. LE DOCTEUR BISSEI. Chansons. Adieu, philosophe. MOI. Docteur, encore un mot. Pendant la derniere peste de Marseille il y avait des brigands qui se répandaient dans les maisons, pillant, tuant, profitant du désordre général pour s’enrichir par toutes fortes de crimes. Un de ces brigands fût attaqué de la peste, reconnu par un des fossoyeurs que la police avait chargé d’enlever les morts. Ces gens ci allaient &jettaient les cadavres clans la rue. Le fossoyeur regarde le scélérat&lui dit: Ah, misérable, c’est toi; &en même temps il le saisit par les pieds&le traine vers la fenêtre. Le scélérat lui crie: Je ne suis pas mort. L’autre lui répond: Tu es assez mort,&le précipite à l’instant d’un troisieme étage. Docteur, sachez que le fossoyeur qui dépêche si lestement ce méchant pestiféré, est moins coupable à mes yeux qu’un habile médecin, comme vous, qui l’aurait guéri;&partez. LE DOCTEUR. Cher philosophe, j’admirerai votre esprit &votre chaleur, tant qu’il vous plaira; mais votre morale ne sera ni la mienne, ni celle de l’Abbé, je gage. L’ABBÉ. Vous gagez à coup sûr.... J’allais entreprendre l’Abbé; mais mon pére s’adressant à moi en souriant, me dit: Tu plaides contre ta propre cause. MOI. Comment cela? MON PÉRE. Tu veux la mort de ce coquin d’Intendant de M. de la Mésangere, n’est-ce pas? Eh laisse donc faire le Docteur, A présent dites moi où j’en étais de mon histoire. MA SŒUR. Vous étiez au Pére Bouin.

MON PÉRE. Je lui expose le fait. Le Pére Bouin me dit: Rien n’est plus louable, Monsieur, que le sentiment de commisération dont vous vous êtes touché pour ces malheureux héritiers. Supprimez le testament, secourez-les, j’y consens; mais c’est à la condition de restituer au légataire universel la somme précise dont vous saurez privé ni plus ni moins.... Mais je sens du froid entre les épaules. Le Docteur aura laissé la porte ouverte. Sœurette, va la fermer. MA SŒUR. J’y vais, mais j’espere que vous ne continuerez pas que je ne sois revenue. MON PÉRE. Cela va sans dire.

Ma Sœur qui s’était fait attendre quelque temps, dit en rentrant avec un peu d’humeur: C’est ce fou qui a pendu deux écriteaux à sa porte, sur l’un desquels on lit: Maison à vendre vingt mille francs, ou à louer douze cent francs par an fans bail;&sur l’autre: Vingt mille francs à prêter pour un an à six pour cent. MOI. Un fou, ma Sœur? Et s’il n’y avait qu’un écriteau où vous en voyez deux,&que l’écriteau du prêt ne fût qu’une traduction de celui de la location? Mais laissons cela,& revenons au Pére Bouin.

MON PÉRE. Le Pére Bouin ajouta: Et qui est-ce qui vous a autorisé à ôter ou à donner de la sanction aux actes? Qui est-ce qui vous a autorisé à interpréter les intentions des morts?–Mais, Pére Bouin,&le coffre.–Qui est-ce qui vous a autorisé à décider si ce testament a été rebuté de réfléxion, ou s’il s’est égaré par méprise? Ne vous est-il jamais arrivé d’en commettre de pareilles,&de retrouver au fond d’un sceau un papier précieux que vous y aviez jetté d’inadvertence?– Mais Pére Bouin,&la date&l’iniquité de ce papier? – Qui est-ce qui vous a autorisé à prononcer sur la justice ou sur l’injustice de cet acte,&à regarder le legs universel comme un don illicite plutôt que comme une restitution ou telle autre œuvre légitime qu’il vous plaira d’imaginer?–Mais Pére Bouin,&ces héritiers immédiats&pauvres,&ce collatéral éloigné&riche?– Qui est-ce qui vous a autorisé à peser ce que le défunt devait à ses proches que vous ne connaissez pas&à son légataire que vous ne conaissez pas d’avantage?– Mais, Pére Bouin,&ce tas de lettres du légataire que le défunt ne s’était pas feulement donné la peine d’ouvrir?.... Une circonstance que j’avais oublié de vous dire, ajouta mon pére, c’est que dans l’amas de paperasses entre lesquelles je trouvai ce fatal testament, il y avait vingt, trente, je ne sais combien de lettres des Frémins toutes cachetées. .... Il n’y a, dit le Pére Bouin, ni coffre, ni date, ni lettres, ni Pére Bouin, ni si, ni mais qui tienne; il n’est permis à personne d’enfreindre les loix, d’entrer dans la pensée des morts,&de disposer du bien d’autrui. Si la providence a résolu de châtier ou l’héritier ou le légataire ou le défunt, car on ne sait lequel, par la conservation fortuite de ce testament, il saut qu’il reste.

Après une décision aussi nette, aussi précise de l’homme le plus éclairé de notre clergé, je demeurai stupéfait&tremblant, songeant en moi même à ce que je devenais, à ce que vous deveniez, mes enfans, s’il me fût arrivé de brûler le testament comme j’en avais été tenté dix fois; d’être ensuite tourmenté de scrupule,&d’aller consulter le Pére Bouin. J’aurais restitué, oh j’aurais restitué; rien n’est plus sûr;&vous étiez ruinés.

MA SŒUR. Mais, mon pére, il fallut après-cela s’en revenir au presbytere&annoncer à cette troupe d’indigens qu’il n’y avait rien là qui leur apartient,& qu’ils pouvaient s’en retourner comme ils étaient venus. Avec l’ame compatissante que vous avez, comment en eutes vous le courage? MON PÉRE. Ma foi, je n’en scais rien. Dans le premier moment je pensai à me départir de ma procuration,&à me faire remplacer par un homme de loi; mais un homme de loi en eût usé dans toute la rigueur, pris&chassé par les épaules ces pauvres gens dont je pouvais peut-être alléger l’infortune. Je retournai donc le même jour à Thivet. Mon absence subite&les précautions que j’avais prises en partant avaient inquiété; l’air de tristesse avec lequel je reparus, inquiéta bien d’avantage; cependant je me contraignis, je dissimulai de mon mieux. MOI. C’est à dire assez mal. MON PÉRE. Je commençai par mettre à couvert tous les effets précieux. J’assemblai dans la maison un certain nombre d’habitans qui me prêteraient main forte en cas de besoin. J’ouvris la cave&les greniers que j’abandonnai à ces malheureux, les invitant à boire, à manger&à partager entre eux le vin, le bled &toutes les autres provisions de bouche. L’ABBÉ. Mais, mon pére!.... MON PÉRE. Je le sais, cela ne leur appartenait pas plus que le reste. MOI. Allons donc, l’Abbé, tu nous interromps. MON PÉRE. Ensuite pale comme la mort, tremblant sur mes jambes, ouvrant la bouche&ne trouvant aucune parole, m’asseyant, me relevant, commençant une phrase&ne pouvant l’achever, pleurant, tous ces gens effrayés m’environnant, s’écriant autour de moi: Eh bien, mon cher Monsieur, qu’est-ce qu’il y a? Qu’est-ce qu’il y a, repris-je?.... Un testament, Un testament qui vous déshérite. Ce peu de mots me coûterent tant à dire que je me sentis presque défaillir. MA SŒUR. Je conçois cela.

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16 января 2025
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146 стр. 27 иллюстраций
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4064066303884
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