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Charles Nodier
Romans, nouvelles et mélanges

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066332754
Table des matières
La première de couverture
Page de titre
AVERTISSEMENT.
TRILBY, OU LE LUTIN D’ARGAIL.
AVERTISSEMENT.
Table des matières
LE sujet de cette nouvelle est tiré d’une préfacé, ou d’une note des romans de sir Walter Scott, je ne sais pas lequel. Comme toutes les traditions populaires, celle-ci a fait le tour du monde et se trouve partout. C’est le Diable amoureux de toutes les mythologies. Cependant, le plaisir de parler d’un pays que j’aime, et de peindre des sentimens que je n’ai pas oublies le charme d’une superstition qui est, peut-être, la plus jolie fantaisie de l’imagination des modernes; je ne sais quel mélange de mélancolie douce et de gaîté naïve que présente la fable originale, et qui n’a pas pu passer entièrement dans cette imitation: tout cela m’a séduit au point de ne me laisser, ni le temps, ni la faculté de réfléchir sur le fond trop vulgaire d’une espèce de composition dans laquelle il est naturel de chercher avant tout l’attrait de la nouveauté. J’écrivois, au reste, en sûreté de conscience, puisque je n’ai lu aucune des nombreuses histoires dont celle de mon lutin a pu donner l’idée, et je me promettois, d’ailleurs, que mon récit, qui diffère nécessairement des contes du même genre, par tous les détails de mœurs et de localités, auroit encore, en cela, un peu de cet intérêt qui s’attache aux choses nouvelles. Je l’abandonne, quoiqu’il en soit, aux lecteurs accoutumés des écrits frivoles, avec cette déclaration faite dans l’intérêt de ma conscience, beaucoup plus que dans celui de mes succès. Il n’est pas de la destinée de mes ouvrages d’être jamais l’objet d’une controverse littéraire.
Quand j’ai logé le Lutin d’Argail dans les pierres du foyer, et que je l’ai fait converser avec une fileuse qui s’endort, je connoissois depuis long-temps une jolie composition de M. Delatouche, où cette charmante tradition étoit racontée envers enchanteurs; et comme ce poëte est selon moi, dans notre littérature, l’Hésiode des esprits et des fées, je me suis enchaîné à ses inventions avec le respect qu’un homme qui s’est fait auteur doit aux classiques de son école. Je serai bien fier s’il résulté pour quelqu’un de cette petite explication que j’étois l’ami de M. Delatouche, car j’ai aussi des prétentions à ma part de gloire et d’immortalité.
C’est ici que cet avertissement devoit finir, et il pourroit même paroître long, si l’on n’avoit égard qu’à l’importance du sujet; mais j’éprouve la nécessité de répondre à quelques objections qui se sont élevées d’avance contre la forme de mon foible ouvrage, pendant que je m’amusois à l’écrire, et que j’aurois mauvaise grâce de braver ouvertement. Quand il y a déjà tant de chances probables contre un bien modeste succès, il est au moins prudent de ne pas laisser prendre à la critique des avantages trop injustes, ou des droits trop rigoureux. Ainsi, c’est avec raison, peut-être, qu’on s’élève contre la monotonie d’un choix de localité que la multiplicité des excellens romans de sir Walter Scott a rendu populaire jusqu’à la trivialité, et j’avouerai volontiers que ce n’est maintenant ni un grand effort d’imagination, ni un grand ressort de nouveauté, que de placer en Ecosse la scène d’un poëme ou d’un roman. Cependant, quoique sir Walter Scott ait produit, je crois, dix ou douze volumes depuis que j’ai tracé les premières lignes de celui-ci, distraction rare et souvent négligée de différens travaux plus sérieux, je ne choisirois pas autrement le lieu et les accessoires de la scène, si j’avois a recommencer. Ce n’est toutefois pas la manie à la mode qui m’a assujetti, comme tant d’autres, a cette cosmographie un peu barbare, dont la nomenclature inharmonique épouvante l’oreille et tourmente la prononciation de nos dames. C’est l’affection particulière d’un voyageur pour une contrée qui a rendu à son cœur, dans une suite charmante d’impressions vives et nouvelles, quelques-unes des illusions du jeune âge; c’est le besoin si naturel à tous les hommes de se rebercer, comme dit Schiller, dans les rêves de leur printemps. Il y a une époque de la vie où la pensée recherche avec un amour exclusif les souvenirs et les images du berceau. Je n’y suis pas encore parvenu. Il y a une époque de la vie, où l’âme déjà fatiguée se rajeunit encore dans d’agréables conquêtes sur l’espace et sur le temps C’est celle-là dont j’ai voulu fixer en courant les sensations prêtes à s’effacer. Que signifieroient, au reste, dans l’état de nos mœurs et l’éblouissante profusion de nos lumières, l’histoire crédule des rêveries d’un peuple enfant, appropriée à notre siècle et à notre pays? Nous sommes trop perfectionnés pour jouir de ces mensonges délicieux, et nos hameaux sont trop savants pour qu’il soit possible d’y placer avec vraisemblance aujourd’hui les traditions d’une superstition intéressante. Il faut courir au bout de l’Europe, affronter les mers du Nord et les glaces du Pôle, et découvrir dans quelques huttes à demi sauvages une tribu tout-à-fait isolée du reste des hommes, pour pouvoir s’attendrir sur de touchantes erreurs, seul reste des âges d’ignorance et de sensibilité.
Une autre objection dont j’avois à parler, et qui est beaucoup moins naturelle, mais qui vient de plus haut, et qui offroit des consolations trop douces à la médiocrité didactique et à l’impuissance ambitieuse, pour n’en être pas accueillie avec empressement, est celle qui s’est nouvellement développée dans des considérations d’ailleurs fort spirituelles sur les usurpations réciproques de la poésie et de la peinture, et dont le genre qu’on appelle romantique a été le prétexte. Personne n’est plus disposé que moi à convenir que le genre romantique est un fort mauvais genre, surtout tant qu’il ne sera pas défini, et que tout ce qui est essentiellement détestable appartiendra, comme par une nécessité invincible, au genre romantique; mais c’est pousser la proscription un peu loin, que de l’étendre au style descriptif; et je tremble de penser que si on enlève ces dernières ressources, empruntées d’une nature physique invariable, aux nations avancées, chez lesquelles les plus précieuses ressources de l’inspiration morale n’existent plus, il faudra bientôt renoncer aux arts et a la poésie. Il est généralement vrai que la poésie descriptive est la dernière qui vienne à briller chez les peuples, mais c’est que chez les peuples vieillis, il n’y a plus rien à décrire que la nature qui ne vieillit jamais. C’est de-là que résulte à la fin de toutes les sociétés le triomphe inévitable des talens d’imitation sur les arts d’iimagination, sur l’invention et le génie. La démonstration rigoureuse de ce principe seroit, du reste, fort déplacée ici.
Je conviens d’ailleurs que cette question ne vient pas jusqu’à moi, dont les essais n’appartiennent à aucun genre avoué. Et que m’importe ce qu’on en pensera dans mon intérêt? C’est pour un autre Chateaubriand, pour un Bernardin de Saint Pierre à venir, qu’il faut décider si le style descriptif est une usurpation ambitieuse sur l’art de peindre la pensée, comme certains tableaux de David, de Gérard et de Girodet sur l’art de l’écrire; et si l’inspiration circonscrite dans un cercle qu’il ne lui est plus permis de franchir n’aura jamais le droit de s’égarer sous le Frigus opacum et à travers les gelidœ fontium perennitates des poètes paysagistes qui ont trouvé ces heureuses expressions sans la permission de l’Académie.
N.B. L’orthographe propre des sites écossois, qui doit être inviolable dans un ouvrage de relation, me paroissant fort indifférente dans un ouvrage d’imagination qui n’est pas plus destiné à fournir des autorités en cosmographie qu’en littérature, je me suis permis de l’altérer en quelques endroits, pour éviter de ridicules équivoques de prononciation, ou des consonnances désagréables. Ainsi, j’ai écrit Argail pour Argyle, et Balva pour Balvaïg, exemples qui seroient au moins justifiés, le premier par celui de l’Arioste et de ses traducteurs, le second par celui de Macpherson et de ses copistes, mais qui peuvent heureusesement se passer de leur appui aux yeux du public sagement économe de son temps qui ne lit pas les préfaces.
TRILBY,
OU
LE LUTIN D’ARGAIL.
Table des matières
IL n’y a personne parmi vous, mes chers amis, qui n’ait entendu parler des drows de Thulé et des elfs ou lutins familiers de l’Ecosse, et qui ne sache qu’il y a peu de maisons rustiques dans ces contrées qui ne comptent un follet parmi leurs hôtes. C’est d’ailleurs un démon plus malicieux que méchant et plus espiègle que malicieux, quelquefois bizarre et mutin, souvent doux et serviable, qui a toutes les bonnes qualités et tous les défauts d’un enfant mal élevé. Il fréquente rarement la demeure des grands et les fermes opulentes qui réunissent un grand nombre de serviteurs; une destination plus modeste lie sa vie mystérieuse à la cabane du pâtre ou du bûcheron. Là, mille fois plus joyeux que les brillans parasites de la fortune, il se joue à contrarier les vieilles femmes qui médisent de lui dans leurs veillées, ou à troubler de rêves incompréhensibles, mais gracieux, le sommeil des jeunes filles. Il se plait particulièrement dans les étables, et il aime à traire pendant la nuit les vaches et les chèvres du hameau, afin de jouir de la douce surprise des bergères matinales, quand elles arrivent dès le point du jour, et ne peuvent comprendre par quelle merveille les jattes rangées avec ordre regorgent de si bonne heure d’un lait écumeux et appétissant; ou bien il caracole sur les chevaux qui hennissent de joie, roule dans ses doigts les longs anneaux de leurs crins flottans, lustre leur croupe polie, ou lave d’une eau pure comme le cristal leurs jambes fines et nerveuses. Pendant l’hiver, il préfère à tout les environs de l’âtre domestique et les pans couverts de suie de la cheminée, où il lait son habitation dans les fentes de la muraille, à côté de la cellule harmonieuse du grillon. Combien de fois n’a-t-on pas vu Trilby, le joli lutin de la chaumière de Dougal, sautiller sur le rebord des pierres calcinées avec son petit tartan de feu et son plaid ondoyant couleur de fumée, en essayant de saisir au passage les étincelles qui jaillissoient des tisons et qui montoient en gerbe brillante au-dessus du foyer! Trilby étoit le plus jeune, le plus galant, le plus mignon des follets. Vous auriez parcouru l’Écosse entière, depuis l’embouchure du Solway jusqu’au détroit de Pentland, sans en trouver un seul qui pût lui disputer l’avantage de l’esprit et de la-gentillesse. On ne racontoit de lui que des choses aimables et des caprices ingénieux. Les châtelaines d’Argail et de Lennox en étoient si éprises, que plusieurs d’entre elles se mouroient du regret de ne pas posséder dans leurs palais le lutin qui avoit enchanté leurs songes, et le vieux laird de Lutha auroit sacrifié, pour pouvoir l’offrir à sa noble épouse, jusqu’au claymore rouillé d’Archibald, ornement gothique de sa salle d’armes; mais Trilby se soucioit peu du claymore d’Archibald, et des palais et des châtelaines Il n’eût pas abandonné la chaumière de Dougal pour l’empire du monde, car il étoit amoureux de la brune Jeannies, l’agaçante batelière du lac Beau, et il profitoit de temps en temps de l’absence du pêcheur, pour raconter à Jeannies les sentimens qu’elle lui avoit inspirés. Quand Jeannies, de retour du lac, avoit vu s’égarer au loin, s’enfoncer dans une anse profonde, se cacher derrière un cap avancé, pâlir dans les brûmes de l’eau et du ciel, la lumière errante du bateau voyageur qui portoit son mari et les espérances d’une pèche heureuse, elle regardoit encore du seuil de la maison, puis rentroit en soupirant, attisoit les charbons à demi blanchis par la cendre, et faisoit pirouetter son fuseau de cytise en fredonnant le cantique de saint Dunstan, ou la ballade du revenant d’Aberfoïl; et dès que ses paupières, appesanties par le sommeil, commençoient à voiler ses yeux fatigués, Trilby, qu’enhardissoit l’assoupissement de sa bien-aimée, sautoit légèrement de son trou, bondissoit avec une joie d’enfant dans les flammes, en faisant sauter autour de lui un nuage de paillettes de feu, se rapprochoit plus timide de la fileuse endormie, et quelquefois rassuré par le souffle égal qui s’exhaloit de ses lèvres à intervalles mesurés, s’avançoit, reculoit, revenoit encore, s’élançoit jusqu’à ses genoux en les effleurant comme un papillon de nuit du battement muet de ses ailes invisibles, alloit caresser sa joue, se rouler dans les boucles de ses cheveux, se suspendre, sans y peser, aux anneaux d’or de ses oreilles, ou se reposer sur son sein en murmurant d’une voix plus douce que le soupir de l’air à peine ému quand il meurt sur une feuille de tremble: «Jean-nies, ma belle Jeannies, écoute un moment l’amant qui t’aime et qui pleure de t’aimer, parce que lu ne réponds pas à sa tendresse. Prends pitié de Trilby, du pauvre Trilby. Je suis le follet de la chaumière. C’est moi, Jeannies, ma belle Jean-nies, qui soigne le mouton que tu chéris, et qui donne à sa laine un poli qui le dispute à la soie et à l’argent. C’est moi qui supporte le poids de tes rames pour l’épargner à tes bras, et qui repousse au loin l’onde qu’elles ont à peine touchée. C’est moi qui soutiens ta barque lorsqu’elle se penche sous l’effort du vent, et qui la fais ciogler contre la marée comme sur une pente facile. Les poissons bleus du lac Long et du lac Beau, ceux qui font jouer aux rayons du soleil sous les eaux basses de la rade les saphirs de leur dos éblouissant, c’est moi qui les ai apportés des mers lointaines du Japon, pour réjouir les yeux de la première fille que tu mettras au monde, et que tu verras s’élancer à demi de tes bras en suivant leurs mouvemens agiles et les reflets variés de leurs écailles brillantes. Les fleurs que tu t’étonnes de trouver le matin sur ton passage dans la plus triste saison de l’année, c’est moi qui vais les dérober pour toi à des campagnes enchantées dont tu ne soupçonnes pas l’existence, et où j’habiterois, si je l’avois voulu, de riantes demeures, sur des lits de mousse veloutée que la neige ne couvre jamais, ou dans le calice embaumé d’une rose qui ne se flétrit que pour faire place à des roses plus belles. Quand tu respires une touffe de thym enlevée au rocher, et que tu sens tout-à-coup tes lèvres surprises d’un mouvement subit, comme l’essor d’une abeille qui s’envole, c’est un baiser que je te ravis en passant. Les songes qui te plaisent le mieux, ceux dans lesquels tu vois un enfant qui te caresse avec tant d’amour, moi seul je te les envoie, et je suis l’enfant dont tes lèvres pressent les lèvres enflammées dans ces doux prestiges de la nuit. O! réalise le bonheur de nos rêves! Jeannies, ma belle Jeannies, enchantement délicieux de mes pensées, objet de souci et d’espérance, de trouble et de ravissement, prends pitié du pauvre Trilby, aime un peu le follet de la chaumière!»
Jeannies aimait les jeux du follet, et ses flatteries caressantes, et les rêves innocemment voluptueux qu’il lui apportoit dans le sommeil. Longtemps elle avoit pris plaisir à cette illusion sans en faire confidence à Dougal, et cependant la physionomie si douce et la voix si plaintive de l’esprit du foyer se retraçoit souvent à sa pensée, dans cet espace indécis entre le repos et le réveil où le cœur se rappelle malgré lui les impressions qu’il s’est efforcé d’éviter pendant le jour. Il lui sembloit voir Trilby se glisser dans les replis de ses rideaux, ou l’entendre gémir et pleurer sur son oreiller. Quelquefois même, elle avoit cru sentir le pressement d’une main agitée, l’ardeur d’une bouche brûlante. Elle se plaignit enfin à Dougal de l’opiniâtreté du démon qui l’aimoit et qui n’étoit pas inconnu au pécheur lui-même, car ce rusé rival avoit cent fois enchaîné son hameçon ou lié les mailles de son filet aux herbes insidieuses du lac. Dougal l’avoit vu au-devant de son bateau, sous l’apparence d’un poisson énorme, séduire d’une indolence trompeuse l’attente de sa pèche nocturne, et puis plonger, disparoître, effleurer le lac sous la forme d’une mouche ou d’une phalène, et se perdre sur le rivage avec l’Hope-Clover dans les moissons profondes de la luzerne. C’est ainsi que Trilby égaroit Dougal, et prolongeoit long-temps son absence.
Pendant que Jeannies, assise à l’angle du foyer, racontoit à son mari les séductions du follet malicieux, qu’on se représente la colère de Trilby, et son inquiétude, et ses terreurs! Les tisons lançoient des flammes blanches qui dansoient sur eux sans les toucher; les charbons étinceloient de petites aigrettes pétillantes, le farfadet se rouloit dans une cendre enflammée et la faisoit voler autour de lui en tourbillons ardens. « Voilà qui est bien, dit le pêcheur. J’ai passé ce soir le vieux Ronald, le moine centenaire de Bal va, qui lit couramment dans les livres d’église, et qui n’a pas pardonné aux lutins d’Argail les dégâts qu’ils ont faits l’an dernier dans son presbytère. Il n’y a que lui qui puisse nous débarrasser de cet ensorcelé de Trilby, et le reléguer jusques clans les rochers d’Inisfaïl, doù nous viennent ces méchans esprits.»
Le jour n’étoit pas arrivé que l’ermite fut appelé à la chaumière de Dougal. Il passa tout le temps que le soleil éclaira l’horizon en méditations et en prières, baisant les reliques des saints, et feuilletant le Rituel et la Clavicule. Puis, quand les heures de la nuit furent tout-à-fait descendues, et que les follets égarés dans l’espace rentrèrent en possession de leur demeure solitaire, il vint se mettre à genoux devant l’âtre embrasé, y jeta quelques frondes de houx béni, qui brûlèrent en craquetant, épia d’une oreille attentive le chant mélancolique du grillon qui pressentoit la perte de son ami, et reconnût Trilby à ses soupirs. Jeannies venoit d’entrer.
Alors le vieux moine se releva, et prononçant trois fois le nom de Trilby d’une voix redoutable: «Je t’adjure, lui dit-il, par le pouvoir que j’ai reçu des sacremens, de sortir de la chaumière de Dougal le pêcheur, quand j’aurai chanté pour la troisième fois les saintes litanies de la vierge. Comme tu n’avois jamais donné lieu, Trilby, à une plainte sérieuse, et que tu étois même connu en Argail pour un esprit sans méchanceté; comme je sais d’ailleurs par les livres secrets de Salomon, dont l’intelligence est en particulier réservée à notre monastère de Balva, que tu appartiens à une race mystérieuse dont la destinée à venir n’est pas irréparablement fixée, et que le secret de ton salut ou de ta damnation est encore caché dans la pensée du Seigneur, je m’abstiens de prononcer sur toi une peine plus sévère. Mais qu’il te souvienne, Trilby, que je t’adjure au nom du pouvoir que les sacremens m’ont donné, de sortir de la chaumière de Dougal le pêcheur, quand j’aurai chanté pour la troisième fois les saintes litanies de la vierge!»
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