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Bracy Clark

La construction du sabot du cheval et suites d'expériences sur les effets de la ferrure


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066336011

Table des matières

INTRODUCTION.

PREMIÈRE PARTIE.

De la propriété d’élasticité dans les pieds des animaux () .

DU PIED DU CHEVAL () .

De la Muraille.

De la Sole.

De la fourchette.

L’arrête-fourchette.

Du pied du poulain.

DEUXIÈME PARTIE.

Suite d’expériences qui démontrent les effets de la ferrure.

Opération.

TROISIÈME PARTIE.

EXAMEN de quelques moyens employés pour remédier aux défauts des pieds qui ont été détériorés par la ferrure, et CAUSES de leur peu de réussite.

De l’Os du pied.

Bords.

Appendices postérieurs ou talons.

Grands cartilages du pied.

CONCLUSIONS.

QUATRIÈME PARTIE.

DISSERTATION sur quelques moyens que les anciens employaient pour protéger les pieds de leurs chevaux, et sur L’origine de la ferrure actuelle.

EXPLICATION

INTRODUCTION.

Table des matières

L’ART de ferrer les chevaux est simple en lui-même; la seule inspection du procédé, et la facilité avec laquelle ceux qui l’exercent parviennent à l’apprendre, le démontrent évidemment. Ses effets, toutefois, sur le pied du cheval, sont d’une nature plus compliquée qu’on ne le croit généralement, et ont été jusqu’à présent méconnus.

On ne s’est pas aperçu qu’il entroit dans le principe même de l’art un vice fondamental. C’est ainsi que l’ouvrier n’a souvent aucune connoissance des principes de l’art qu’il pratique, ét qu’un maçon, par exemple, peut mettre toute sa vie des pierres ou des briques les unes sur les autres, sans être au fait d’un seul principe d’architecture.

Si ce vice radical n’existoit pas, et si nos chevaux? fermes sur leurs jambes, marchoient sûrement avec la ferrure actuelle, toutes recherches à cet égard deviendroient superflues; mais comme nous n’éprouvons que trop le contraire, il est nécessaire de remonter à la source du mal, afin de découvrir sa nature et de chercher à y appliquer le remède convenable.

Le plus grand nombre des propriétaires et des amateurs n’ayant pas de loisir pour des recherches de ce genre, et trouvant que les chevaux cheminoient mal, se sont formé des notions erronées sur cette matière, et, craignant que ce ne fût de la faute de l’ouvrier, lui ont prodigué des encouragemens pour bien ferrer, sans avoir aucune idée de la manière dont cela devoit s’opérer, et en quoi consistoit cet art de bien ferrer, et sans que l’ouvrier le sût lui-même.

On a ainsi agi pendant plusieurs siècles, sans découvrir la cause principale du mal, et par conséquent sans qu’il fût possible d’y apporter un soulagement efficace.

C’est pour la première fois que cette cause entrevue est soumise à l’épreuve rigoureuse d’expériences aussi nouvelles qu’irréfutables. Pour rendre plus sensibles les progrès graduels de la destruction du pied du cheval, je les montrerai année par année, quoique dans le fond ce ne soit qu’une opération continue, variant dans ses effets selon des circonstances différentes.

C’est cette foiblesse, ou plutôt cette espèce de sensibilité douloureuse (tenderness) des pieds du cheval, qui, tantôt vue très-obscurément, tantôt à moitié déguisée, et souvent obstinément niée par le plus grand nombre, a été la première cause de mes recherches et la source de mes découvertes. Dans cette introduction, je développe d’abord sa nature; ensuite je présente les idées et les erreurs auxquelles elle a donné naissance; puis je passe à l’opinion de personnes plus éclairées et des professeurs de l’art.

En entreprenant cet ouvrage, je n’avois d’abord d’autre intention que de démontrer la vraie cause du mal, en l’appuyant, comme je l’ai déjà annoncé, d’expériences positives; mais les faits relatifs à la structure du sabot se sont présentés accidentellement à moi, à mesure que j’écrivois: je les ai rassemblés dans la première partie, pour les exposer avec plus de clarté ; je pense que c’est une démonstration toute nouvelle et vraie de la structure du sabot, et j’espère faire voir que ce n’est pas une boite de corne, mais une machine possédant des propriétés remarquables d’élasticité, à laquelle le fer oppose des effets destructifs.

Dans la seconde partie, je donne la série des expériences que j’ai faites.

Enfin, dans la troisième, j’examine les effets d’un moyen que l’on regarde encore comme le plus efficace pour remédier aux accidens produits par la ferrure, et je montre la cause de son peu de réussite.

Il est étonnant de voir combien on s’est accordé généralement à jeter un voile sur l’existence de cette sensibilité, qui se fait apercevoir principalement dans les pieds de devant du cheval, et des motifs de vanité et d’intérêt réunis qui y ont contribué.

On n’a voulu admettre qu’avec la plus grande répugnance tout ce qui pouvoit tendre à diminuer la valeur de cet animal, surtout lorsqu’on avoit l’intention de le vendre. C’est même une loi du système des maquignons, de traiter ce défaut avec autant de légèreté que possible, et même, chez quelques-uns, d’en nier la vérité. La crainte aussi d’être regardé comme manquant d’adresse dans l’art de l’équitation, ou tout au moins dans celui de tenir un cheval ferme sur ses jambes, y est entrée pour beaucoup.

Lorsque des raisons de ce genre n’ont pas prévalu, il n’a pas été difficile de faire avouer aux personnes raisonnables la vérité de cette proposition. Ma propre expérience, en montant un grand nombre de chevaux, ne m’a rendu que trop le témoin de cette sensibilité, qui, pour les personnes qui n’en sont pas suffisamment prévenues, est souvent suivie de désagrémens, quelquefois d’effets funestes, et conduit nécessairement à la destruction prématurée du cheval.

Si ce n’étoit point un fait, les mors durs et déchirans, dont on se sert à présent pour entretenir l’attention du cheval et le détourner de la douleur que ses pieds éprouvent, en l’excitant à chaque instant, ces mors, dis-je, seroient inutiles. Il en seroit de même de ces fouets et de ces éperons, qui ont pour but de le tenir éveillé ou sur ses gardes (keep him alive), et de l’empêcher de s’abattre (come down, selon les propres expressions usitées en pareil cas.

Ces moyens, inutiles si l’animal avoit un libre usage de ses pieds, ne tendent qu’à déguiser la vraie source du mal, et à rejeter sur le cavalier la faute du cheval.

Pendant que le changement dans la conformation des pieds du cheval s’opère, on remarque qu’il est sujet, de temps à autre, à une foiblesse et à une langueur extrêmes. La détresse dans laquelle il se trouve est aperçue du cavalier; et c’est en vain qu’on veut l’obliger avec le fouet et l’éperon d’aller en avant et de relever ses pieds, il retombe bientôt dans sa répugnance à déployer ses jambes. Son allure devient forcée, négligente, glissante et rasant la terre. Il bronche et bute alors de telle façon qu’on perd tout le plaisir de l’exercice. Les accidens produits par ce manque d’action dans le déploiement des jambes des chevaux, ne sont pas rares.

Ni la noblesse, ni la royauté même, ne sont exemptes des conséquences de ce mal général, malgré les avantages que leur situation leur donne.

Les chutes du marquis de Tavistock, du marquis de Thomond et de lord Deerhurst, doivent être encore présentes au souvenir de nos contemporains. Guillaume le conquérant lui-même, après tant de travaux et de fatigues, trouva sa mort dans la chute de son cheval. Ayant été jeté en avant sur le pommeau de la selle, il y fut si froissé qu’il mourut des suites.

Cet accident fut attribué par les moines? qui écrivoient l’histoire de ces temps, à ce que son cheval avoit mis son pied sur un charbon ardent; circonstance qu’ils envisagèrent comme un jugement du Ciel pour avoir brûlé Mantes, ville de Normandie.

Quelle que soit la cause de cet événement, il est digne de remarque que ce grand homme fut un des premiers qui introduisit dans ses royaumes cette méthode de contraindre par des fers (fettering) les pieds des chevaux, et qu’il devint une des premières victimes de l’art qu’il avoit encouragé.

Personne, je crois, ne contestera le danger de monter des chevaux ainsi mutilés. Parmi mes amis et mes connoissances, il me seroit facile de citer plusieurs accidens funestes de ce genre; et les papiers nouvelles fournissent très - fréquemment des preuves à l’appui de cette assertion. Chaque jour, des chevaux qui se couronnent (pour se servir d’un terme de l’art), sont des preuves du peu d’assurance qu’on doit avoir dans la solidité de l’animal.

Un loueur de carrosses très-renommé à Londres, se détermina, pour ne pas faire souffrir autant ses chevaux, à ne plus employer de fausses rênes, et les mit au travail pendant quelque temps sans cet accessoire. Il en résulta des accidens si fréquens, et ses chevaux se couronnèrent tellement, qu’il fut forcé de reprendre l’ancien usage.

Le système actuel de ferrure et ses suites causent la ruine d’un si grand nombre de chevaux, que la découverte de la cause du mal ne peut être que de la plus grande importance, non-seulement pour l’animal qui souffre, mais encore pour l’intérêt du propriétaire forcé de le détruire avant la moitié de la durée de sa vie.

Cette sensibilité dans les pieds, dont j’ai déjà parlé, m’a paru en général plus grande et plus dangereuse dans les chevaux de l’âge de cinq à six ans, lorsqu’ils ont été ferrés dès l’âge de deux ou trois ans. A cette époque le pied résiste plus fortement à l’action du fer; mais ensuite, obligé d’y céder, il souffre davantage, et l’animal prend une allure d’autant plus gênée et d’autant moins sûre, qu’il éprouve plus de douleurs.

Ce qui contribue à envelopper de difficultés les effets de la ferrure, c’est que les pieds de devant s’en ressentent plus que ceux de derrière, et que les chevaux éprouvent ses effets différemment selon les races et selon les constitutions. Ainsi on peut poser en fait que les chevaux de moyenne taille destinés à la selle, et en particulier les chevaux de sang (blood horses), en souffrent plus que d’autres; tandis que les pieds plus robustes des chevaux de trait, et ceux encore plus durs des petits chevaux appelés galloways et poneys, y sont moins exposés, à cause de leur nature moins élastique.

L’automne, dont l’influence tend à rendre l’animal plus foible, le rendra aussi plus sensible, et par conséquent multipliera les accidens.

Enfin les chevaux éprouveront ses effets différemment selon l’application du fer et l’insertion des clous, et selon encore qu’ils posséderont plus de courage et de patience pour endurer la souffrance. Toutes ces causes, quelque simples qu’elles paroissent, ont servi à couvrir l’art de la ferrure de nuages et d’obscurités.

Les opinions vulgaires sur ce sujet ont été et sont encore les suivantes. Se plaint-on de la sensibilité des pieds et de la mauvaise façon de marcher des chevaux: on reçoit généralement pour réponse qu’elles viennent d’un service trop fort; ou si c’est dans les grandes villes, que c’est l’effet de l’emploi sur le pavé. Cependant on trouve aussi fréquemment ces défauts dans les campagnes que dans les villes, et aussi souvent parmi les chevaux dont on fait à peine usage? que parmi ceux qui travaillent beaucoup.

Si l’on demande à un loueur de chevaux pourquoi ses animaux éprouvent tant de sensibilité dans les pieds de devant, et pourquoi on a tant de difficulté à les tenir fermes sur leurs jambes, en sorte que tout le plaisir de les monter est perdu; sa réponse est: «Croyez-vous que leurs jambes doivent toujours durer? Quiconque se connoît en chevaux, sait bien que ce n’est pas possible. » Tout en souriant de la simplicité du questionneur, il laisse là le sujet.

Si quelqu’un, assez peu pénétré du respect dû à un cocher, s’avise de demander à un personnage aussi important, pourquoi il lui faut deux ou trois espèces d’instrumens de fer pour la bouche de son cheval: «le pourquoi! peut-on être assez fou pour prétendre conduire sans cela?» Si, craignant ensuite que votre cheval ne tombe, vous lui en demandez la cause: «Interrogez, dit-il, les maréchaux; ils vous répondront beaucoup mieux que moi. Ils ne les ferrent pas de façon à marcher sûrement.»

Si vous interrogez le maréchale et que vous lui demandiez pourquoi cette sensibilité des pieds de devant: «Ne savez-vous pas que ces pieds reposent toujours sur une litière sèche, pendant que ceux de derrière sont dans le fumier et l’humidité ?» C’est ainsi que cette affaire est tranchée sans autre forme de procès.

Lafosse, en France, il y a déjà plus d’un demi-siècle, a fait faire à l’art un grand pas au-delà de cette misérable théorie, en soutenant, d’après la structure et les fonctions du pied anatomiquement considéré, que cette sensibilité provenoit de ce que le pied étoit trop élevé de terre par la ferrure, et par conséquent la fourchette éloignée du point d’appui; situation que semble exiger le pied dans son état de nature. En conséquence, pour remédier à cet inconvénient, il insista fortement sur l’usage du fer à éponges minces et courtes().

M. Coleman, professeur du Collége vétérinaire de Londres, non content d’adopter la même opinion, l’a appuyée de plusieurs observations ingénieuses(). *

Il paroîtroit, cependant, que si c’étoit la véritable cause du mal, la fourchette artificielle qu’il propose d’ajouter au fer ordinaire, et pour l’invention de laquelle il a pris une patente, en présentant à cette partie un point d’appui, auroit fait disparoître les inconvéniens.

Je n’examinerai pas ce qui résulteroit de la pression amenée sur la fourchette, lorsque les quartiers, maintenus par les clous et incapables de céder, résisteroient à l’expansion; je me contenterai de dire que quand même les principes de ce professeur seroient vrais pour le pied qui n’auroit jamais été ferré, ils seroient faux pour le pied ferré suivant sa méthode, et que conséquemment tous les raisonnemens qu’il en déduit ne peuvent être concluans. L’expérience journalière le prouve évidemment,

En effet, ce juge sévère de la vérité de tous les raisonnemens, a fait voir qu’il existoit quelque cause qui contrarioit l’usage pratique de ces théories de pression sur la fourchette dans les pieds ferrés; et, malgré les fortes raisons mises en avant pour l’appuyer, soit en France, où il avoit pris naissance, soit en Angleterre, je vois que les fers à éponges minces n’ont pas été beaucoup employés, et M. Coleman, encore tout récemment, a ferré un cheval avec un fer à éponges épaisses, et avec un pinçon au bord interne de l’éponge pour soutenir la barre() du pied ( invention pour laquelle il a aussi obtenu une patente). Certes il ne l’auroit pas fait, s’il avoit connu l’effet des clous. Je crois pouvoir maintenant faire voir le défaut du fer à éponges minces, et montrer, dans ma description de la fourchette, pourquoi les chevaux en général marchent beaucoup mieux avec des fers à éponges ou à talons épais.

Quand je fus à même d’apercevoir assez clairement que les clous et le fer produisoient le mal dont on se plaint, et que ce n’étoit pas le manque de pression sur la fourchette, je sentis un vif désir d’obtenir la preuve de la vérité du fait d’une manière démonstrative. Il sembloit difficile de baser cette opinion sur des expériences d’une évidence infaillible; cependant, un plan susceptible d’atteindre ce but se présenta de lui-même, et un sujet très-propre à cette expérience s’offrit bientôt après. Je me suis ainsi trouvé à même de mettre cette opinion hors de doute. On trouvera le détail de cette expérience dans la suite, ainsi que la chaîne des circonstances, qui amènent la destruction du pied. La principale cause étant bien connue il ne restera presque plus rien dans Part de ferrer, qui ne soit d’une solution facile.

Le pied paroîtra peut - être une petite partie du cheval, peu digne d’une aussi scrupuleuse attention; il est cependant d’une importance telle, que, s’il vient à être mis hors d’état de servir, l’animal n’est désormais plus bon à rien; tant est vrai le vieil adage anglais: point de pied, point de cheval.

On avoit attendu de Newmarket et des courses de chevaux, des connoissances plus approfondies sur ces sortes de matières; cependant rien n’est sorti de cette école. Il est probable même que quelques siècles s’écouleront encore sans que le public en obtienne des résultats satisfaisans. Je crois cependant, qu’en faisant une attention particulière aux pieds du cheval, on pourroit tirer de grands avantages de ces courses; mais je n’en suis pas moins convaincu qu’une étude et des recherches suivies atteindront bien plutôt le but qu’on se propose.

Après avoir établi combien l’art en lui-même est simple, appelé l’attention sur l’état du pied du cheval en général, ainsi que sur les opinions adoptées par les ignorans, comme par ceux plus éclairés sur ce sujet, je vais démontrer un des grands principes de la nature dans la construction du pied du cheval.

PREMIÈRE PARTIE.

Table des matières

De la propriété d’élasticité dans les pieds des animaux().

Table des matières

CETTE propriété importante à laquelle on a fait si peu d’attention jusqu’ici, peut seule, en l’étudiant avec soin, nous dévoiler les mystères qu’on croit exister dans l’art de la ferrure, et nous montrer le défaut fondamental qui existé dans le mode de ferrer aujourd’hui mis en usage.

C’est elle qui met le pied en rapport avec les différens degrés de poids et de pression de l’animal, et qui, par le changement de forme qu’elle permet à cette partie, l’accommode à l’état d’action ou de repos.

C’est elle, enfin, qui garantit le pied de la fatigue et des injures auxquelles une trop grande solidité l’exposeroit, qui préserve aussi le corps des contrecoups et des réactions trop dures, et, comme je le montrerai par la suite, qui sert à le pousser en avant avec plus de rapidité, lorsque le pied, en revenant sur lui-même, reprend sa forme ordinaire.

Pour jeter, un plus grand jour sur ce sujet, je choisirai quelques exemples frappans, tirés d’autres familles d’animaux, dans lesquels cette propriété existe d’une manière plus apparente; et ensuite je la démontrerai dans le pied du cheval, en décrivant l’appareil remarquable qui en est le principal agent.

. Les animaux ont leurs pieds construits de différentes manières pour rencontrer la terre et soutenir le poids du corps. Quelques-uns, extrêmement souples, comme l’écureuil, ont les leurs en forme de doigts avec des ongles très-longs et courbés, soit afin de pouvoir grimper sur les arbres, soit afin de pouvoir se tenir suspendus au revers de leurs branches; dans les animaux plus pesans, le pied, toujours en rapport avec leurs usages et leur manière de vivre, quoique bien différent, jouit néanmoins aussi d’un certain degré d’élasticité ; la solidité seule du sabot du cheval a été la cause du peu d’attention qu’on a fait jusqu’ici à cette propriété indispensable, que l’on trouve en proportion différente dans tous les animaux.

Dans le chameau, par exemple, le pied, afin d’être élastique, a été divisé en deux parties, garnies chacune d’un ongle très-fort. Outre cela, sous chaque ongle se trouve un matelas ou coussin cartilagineux, bien propre à aider le pied dans son support et sa marche, sur les sols sablonneux et arides des pays que l’animal habite, et à lui donner, soit dans le mouvement, soit dans le repos, une résistance modérée et convenable.

Dans le chien, la nature a placé un large matelas ou pelote triangulaire à-peu-près au milieu de la patte; un autre plus petit se trouve aussi à l’origine de chaque doigt; ces pelotes sont formées d’un tissu cellulaire fibreux, qui forme une défense élastique. La région du doigt divisée en quatre parties, augmente encore l’élasticité, et contribue ainsi à l’effet général.

Quant au chat, on peut remarquer que sa patte, au moment où elle rencontre la terre, éprouve une grande expansion, et que les doigts et les ongles s’écartent alors de tous côtés pour amortir le choc. On y observe aussi des matelas ou coussins sur lesquels la réaction s’amortit: cet appareil est bien suffisant pour un animal dont le corps est aussi léger et aussi petit.

Dans le bœuf, il n’y a ni matelas, ni coussin; mais dans cette sorte de pied fourchu, commune à un grand nombre de quadrupèdes, le degré d’élasticité nécessaire au pied est fourni par la division des os jusqu’au boulet. Cette division donne à cette partie toute la souplesse dont elle a besoin pour céder facilement à l’impression du poids, et pour neutraliser ainsi toute secousse ou choc un peu fort. Ces deux ongles aussi, en rencontrant le sol, s’il est mou, se séparent, reçoivent la terre entre eux, diminuent ainsi l’impression trop subite du poids de l’animal, et rendent le pied plus fixe.

Cette flexibilité est poussée à un tel degré dans quelques-uns de ces animaux, dans les vaches plus particulièrement, que la vue en est désagréable, lorsque le poids du corps repose sur ces parties; mais cette même propriété, quoiqu’un obstacle à leur vélocité, est particulièrement bien adaptée à leur structure générale, et aux habitudes paisibles et innocentes auxquelles une Providence bienfaisante paroît les avoir destinés.

L’éléphant possède, dans un degré éminent, cette élasticité du pied; son corps immense est soutenu sur quatre colonnes placées presque perpendiculairement au-dessous du poids; leurs bases ou extrémités inférieures reposent sur un vaste matelas d’une matière cornée cartilagineuse; ce matelas central ressemble à une forte semelle de cuir écru (pelt). Le pied, intérieurement, est divisé en cinq parties, dont chacune se termine extérieurement par un ongle de corne ou sabot; l’un central placé sur le devant, et d’eux autres sur l’un et l’autre côtés. Il est possible que ces ongles, lors d’un exercice violent, aident à recevoir le poids, parce qu’alors ils se trouvent forcés contre le terrain sur lequel l’animal se cramponne; mais ce n’est qu’une conjecture à laquelle je ne prétends donner aucun degré de certitude.

Le pied de l’homme, en pressant contre terre, s’étend et se dilate à vue d’œil dans toutes les directions; et comme l’empeigne ou partie supérieure du soulier est plus mince que la semelle, elle lui permet aisément ce changement de forme; d’ailleurs, le vide qui se trouve au milieu du pied et que l’on appelle la plante, représentant une espèce de voûte, s’enfonce, s’aplatit, empêche ainsi le resserrement des différentes parties du pied, et leur conserve leur liberté.

Quant au cheval, cette élasticité si indispensable existe dans son pied, quoique peut-être à un degré moindre, comme je l’ai déjà observé, que dans tout autre animal. On n’en sera pas étonné, si l’on fait attention que chez lui se trouve accompli un des problèmes les plus difficiles de la mécanique, c’est-à-dire, un poids énorme mu avec un degré extraordinaire de vitesse. Dans le dessein de surmonter cette difficulté, un degré remarquable de solidité fut départi au pied au moyen d’un sabot d’une seule pièce, afin que rien de l’élan ne fût perdu. C’est cette solidité du pied qui a été cause que l’élasticité dont il jouit n’a point été aperçue, et qui a conduit à traiter son pied comme une pièce de bois solide.

DU PIED DU CHEVAL().

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Comme c’est la méthode qui prête de la force et de la clarté aux sujets que l’on traite, je diviserai la masse entière du pied en trois classes: la première comprendra les os qui forment la base du pied; la deuxième, les parties attachantes disposées entre les os et le sabot; et la troisième, le sabot lui-même: c’est cette dernière que je vais considérer maintenant.

Je divise le sabot à son tour en trois parties; savoir: la muraille, la sole et la fourchette, chacune d’elles étant suffisamment distincte, quoique en rapport pour produire un effet général et pour former l’enveloppe externe du pied. Lorsqu’on examine le sabot sans attention, il paroît être une simple boîte pour la défense de l’organe; mais, bien considéré, on trouve qu’il constitue une belle machine, construite autant pour le support de l’animal que pour mettre le pied à l’abri des injures.

Pour bien connoître l’action de la ferrure, il n’est pas nécessaire d’entrer dans les détails minutieux de l’anatomie du pied, comme quelques-uns l’ont fait assez inutilement; je me bornerai donc au sabot seul, en commençant par la partie principale.

De la Muraille.

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La partie extérieure du sabot vue quand le pied pose à terre, se nomme la muraille; car, comme le mur d’un bâtiment, elle soutient les parties intérieures plus délicates, et les garantit des injures des élémens. Cette partie, considérée séparément, peut être regardée comme la base, les deux autres parties étant moins considérables et pour ainsi dire accessoires. Si l’on envisage le sabot sous ce point de vue, on saisira et l’on comprendra bien mieux la construction de cette intéressante machine.

Avant de m’étendre davantage sur cette partie, je ferai remarquer que le poids du corps du cheval est très - inégalement distribué entre les jambes de derrière et celles de devant, et que ces dernières supportent la partie la plus forte du poids. Pour cette raison, et d’après la nature des liens qui attachent ces extrémités au corps ( les muscles), elles sont portées sur des pieds plus larges et plus élastiques; tandis que les jambes de derrière, qui ont moins de poids à supporter, qui ont une connexion osseuse avec le tronc, et qui sont destinées à donner l’élan à l’animal, ont pour base des pieds moins larges et moins élastiques.

En considérant maintenant le membre de devant, on voit (Pl. II, fig. 1 ) que le poids passe au bas de la jambe de devant à-peu-près perpendiculairement comme dans le pilier d’un bâtiment, jusqu’au paturon; là il s’affoiblit sur cet angle, qui préserve le pied d’un choc trop subit, comme c’eût été évidemment le cas s’il eût descendu perpendiculairement sur cette partie. Le poids obliquement détourné et porté en avant, est reçu et soutenu spécialement sur les parties antérieures, plus étendues et plus élevées de terre du sabot; celui-ci, en diminuant de hauteur progressivement vers les talons, détermine le poids sur cette partie où l’élasticité du sabot réside principalement. Cette direction du poids vers les talons est beaucoup augmentée par l’inclinaison rapide de devant en arrière de l’articulation de l’os de la couronne avec l’os du sabot.

Forme générale.

La muraille est plus élevée sur le devant et diminue de hauteur, de chaque côté, à mesure qu’elle se porte en arrière jusqu’aux talons, où elle paroît se terminer en se confondant avec la fourchette; mais en faisant avec la scie une section horizontale à travers les parties ( voyez Pl. III, fig. 2 ), il n’en est pas ainsi; on voit la corne de la muraille faire en c et cc un angle très - aigu, et se continuer vers le centre du pied, en diminuant toujours de hauteur jusqu’à ce qu’elle ait atteint la pointe de la fourchette, où enfin elle se perd. On doit aussi remarquer que la corne de la muraille, en diminuant ainsi progressivement de hauteur, diminue également d’épaisseur, et que c’est de cette manière qu’elle obtient en partie l’élasticité requise pour le pied. Ce sont ces parties de la muraille qui se replient dans l’intérieur du pied, que l’on appelle les barres, et que l’on a considérées jusqu’ici comme des parties de la sole.

Il résulte donc que la muraille se forme d’un cercle de corne brisé par derrière avec ses terminaisons ou extrémités recourbées en dedans, et se dirigeant vers le centre, figurant en quelque sorte, par ces inflexions, un arc tel qu’on en voit chez les Turcs, et dont les extrémités, en rentrant dans le cercle, diminuent la longueur de la corde et augmentent l’étendue des parties élastiques de l’arc. En examinant très-attentivement, on découvre une ligne blanche dans l’angle d’inflexion, où les fibres de la corne paroissent se rencontrer à un angle très-aigu; néanmoins ces parties ne semblent pas admettre de division ou séparation naturelle.

Cet angle que fait la muraille vers le talon, en doublant l’épaisseur de cette partie, forme une forte colonne de corne d’une solidité particulière, utile pour recevoir la plus grande partie du poids qui pèse sur cette terminaison postérieure du pied, et pour protéger et défendre la portion de la sole renfermée dans sa courbure, qui est la portion la plus tendre et la plus exposée aux bleimes.

Il n’est pas hors de vraisemblance que, lorsque l’animal est dans une très-forte action, qu’il s’élance en avant avec la vélocité de l’oiseau qui vole, toutes les parties de la muraille ne cèdent à la pression, comme les foibles branches de l’osier, et qu’en revenant à leur état et à leur forme naturelles, elles ne l’aident essentiellement dans sa course rapide.

Dans ce mécanisme de la muraille, on reconnoît une combinaison extraordinaire de simplicité et de force; en effet, les barres servent à former une espèce de muraille interne qui défend, fortifie la sole et la fourchette, et empêche qu’elles ne rencontrent trop rudement le terrain. Leurs surfaces latérales inclinées en dehors et en bas ( voyez Pl. II, fig. 5, b, b, et fig. 7, c, c), forment une voûte, qui rejette le poids sur les parties extérieures, et contribuent ainsi à la dilatation générale du sabot et à la liberté des parties qu’il renferme; enfin elles servent à recevoir entre elles le corps de la fourchette.

Une vue superficielle du sabot a conduit à le regarder comme un cône; il tient en effet de cette figure à un petit degré ; mais un examen plus approfondi prouvera bientôt qu’il est moins un cône qu’un cylindre. Pour démontrer ce fait, je me sers dans mes leçons d’un cylindre de bois fait au tour et scié en deux parties très - obliquement ( voyez Pl. II, fig. 2 ). La partie supérieure (a) enlevée et posée sur la table, représente très-bien le sabot du cheval. Si ce cylindre étoit couvert d’un carton de la couleur du sabot, l’illusion seroit plus complète.

On trouvera que le sabot est véritablement d’une forme cylindrique, quand, dans un pied bien conformé, on observera que la ligne que l’on feroit passer à la face postérieure des talons ou inflexions, est parallèle à celle qui passeroit à la face antérieure du sabot. Pour que cette partie fût un cône, les talons devroient se projeter en dehors et par derrière, comme la pince se projette en avant. Il faut cependant admettre qu’il y a, en général, dans le sabot, une légère forme conique; mais dans les pieds les plus beaux le cylindre est à-peu-près parfait.

L’utilité de cette construction est frappante; au moyen de cette forme cylindrique, les parties internes sont fortement contenues, tandis qu’une lègère descente dans le sabot leur est permise par le mélange de figure conique. Les peintres et les sculpteurs ont souvent manqué la figure du sabot, faute de la connoissance de ce principe dans sa formation.

Si l’on prend un cylindre de papier, et si l’on coupe ce cylindre obliquement, jusqu’au dernier point, en en laissant seulement assez pour retenir les extrémités et empêcher leur séparation ( voyez Pl. II, fig. 4 ); si ensuite on ouvre ce cylindre de papier, ainsi coupé , et si l’on fait rentrer en dedans, au centre du cercle, les extrémités du cylindre, en leur faisant décrire des inflexions à angles aigus, on aura alors le plan de la figure de la muraille représentée dans son entier avec ses inflexions ou barres, l’espace où repose la fourchette, et le jeu du sabot semblable à celui d’un arc. J’ai tâché de représenter ce fait dans la Pl. II, fig. 3 et 5.

La muraille est composée de fils ou fibres de corne longitudinalement disposées et agglutinées ensemble; à l’endroit où elle se sépare de la peau, se trouvent de petits trous ou pores qui sont les ouvertures des vaisseaux sanguins, destinés à entretenir la vie et la santé dans cette partie; et tout inorganique qu’elle paroît être, elle ne laisse pas que d’avoir une transpiration abondante, et dont on pourra s’apercevoir en plaçant auprès une lame ou plaque de métal froide et polie sur laquelle la transpiration se condensera.

Ces fibres forment deux plans bien distincts, quoique inséparables, dont l’extérieur est plus dur et d’une couleur généralement plus foncée que l’intérieur. Les fibres du plan interne, à mesure qu’elles sont plus intérieures, deviennent de plus en plus distinctes, jusqu’à ce qu’elles forment le support d’une autre substance rouge lamelleuse, dont je parlerai plus loin.

En considérant les deux côtés du sabot, l’on trouve qu’ils ne sont pas semblables ( voyez Pl. I, ); que le quartier externe est plus bombé et décrit un circuit plus large que le quartier interne. Cette différence dans la construction, que le plus grand nombre ne soupçonne pas, paroît avoir pour objet de donner au pied une base plus large, plus forte et plus sûre. Au moyen de cette augmentation de surface, le poids est distribué sur plus de points de support, chacun de ces points en supporte une moindre partie et l’animal est plus à son aise sans que la jambe opposée courre le risque d’être attrapée, ce qui auroit été le cas si le côté interne avoit eu la même largeur, ou si les deux côtés eussent été semblables.

La corne de ce quartier externe du sabot est aussi beaucoup plus forte et plus dure; de là, et à cause de la plus grande étendue de cette partie, elle devroit s’user bien plus lentement que le côté interne; mais comme l’usure se fait plus particulièrement de ce côté dans l’état de nature, il y a compensation, et un côté ne s’use pas plus vite que l’autre. Les maréchaux ferrans profitent presque toujours de l’étendue et de l’épaisseur de la corne de ce côté pour y placer un clou de plus que dans l’autre.

Le quartier interne du sabot plus mince, est conséquemment plus élastique; il s’étend aussi plus en arrière ( voyez Pl. I,), est plus élevé, et pose plutôt sur la terré que le talon externe, de manière qu’il paroît renfermer la plus grande masse des parties contenues dans le sabot.

Ce mode de construction peut s’expliquer en observant que le poids de l’animal n’est point également distribué sur chaque côté du pied, mais que le quartier interne en a une plus grande partie, parce qu’il est plus immédiatement situé sous le centre de gravité ; aussi le pied est-il plus plein, plus cédant, plus élastique du côté interne, et plus souvent froissé par le fer, qui ne présente aucune différence pour cette différence de structure.

L’angle d’inflexion interne est aussi plus aigu que l’externe, ( voyez Pl. I, d d, et Pl. III, fige 2, cc).

Le pied plus haut, plus plein du côté interne, a une obliquité digne de remarque, qui fait que dans le repos le talon interne rencontre le sol le premier, et rejette le poids du corps du côté ex terne dans la diagonale de ce talon. Le poids se trouve ainsi également balancé et distribué sur les uns et les autres.

Face externe.

La face externe du sabot est lisse et luisante, couverte d’un épiderme qui ne doit jamais être enlevé, comme le font trop communément les maréchaux ferrans; car il est le meilleur rempart que puisse avoir le sabot contre les injures des élémens extérieurs. Lorsqu’on l’ôte, la partie interne de la corne, plus abreuvée de suc, se sèche, se contracte et souvent se fend; quand la boue et le sable entrent dans ces fentes, il se forme des seimes. Il est donc important de conserver, avec le plus grand soin, cette couverture du sabot.

Face interne.

Cette face, au lieu d’être lisse comme l’externe, est garnie de nombreux feuillets perpendiculaires, parallèles et disposés de champ. Ces plaques ou feuilles, quand elles sont fraîchement découvertes, sont molles, élastiques, mais dures et d’une substance analogue à celle de la corne quand elles sont sèches; elles servent d’une manière surprenante à étendre la surface de l’intérieur du sabot, en recevant entre elles d’autres lames semblables, S’élevant de la surface de l’os du pied. De cette manière, il se forme entre l’os et le sabot une union de la plus forte espèce, et dont tout l’appareil étant entièrement élastique, permet les divers degrés d’expansion que le pied peut éprouver. Ces lamelles du sabot paroissent d’une nature de corne, comme le sabot lui-même, tandis que celles qui proviennent de l’os paroissent participer jusqu’à un certain degré de la nature du cartilage; on dit même qu’on les a trouvées quelquefois ossifiées; si cela est vrai, ce seroit une confirmation de ma conjecture, puisqu’il arrive souvent que le cartilage devienne os, tandis que la corne ne le devient jamais.

J’ai démontré déjà que le poids de l’animal se portoit dans les parties antérieures du sabot, et que de là il étoit rejeté sur les parties postérieures; je vois maintenant que les lamelles ou feuillets sont antérieurement et plus longues et plus fortes, directement en avant et au-dessus de l’os du pied: je dois, je pense, en tirer la conséquence suivante; c’est que quand l’os du pied est poussé en arrière et en bas par le poids, il est retenu par ces lames, et tenu pour ainsi dire suspendu dans l’intérieur du sabot; que par conséquent c’est le poids lui-même qui est tenu en balance. Par ce mécanisme, l’animal obtient une légèreté, une souplesse et une grâce que n’a point tout autre, au moins parmi les animaux pesans, qualités qui contribuent à rendre ses services aussi agréables que précieux.

Le nombre de ces lames, lorsqu’on les compte, paroît être d’environ cinq cents; et, d’après le calcul qu’un mathématicien de mes amis a eu la complaisance de faire(), l’étendue de surface qu’elles donnent au pied d’un cheval de selle ou de taille ordinaire, est environ douze fois plus grande que la simple surface interne de la muraille.

Ces lames, indépendamment de l’augmentation de surface qu’elles produisent, ont probablement cette sorte d’adhérence que les surfaces engrenées ont entre elles, et de cette manière elles doivent contribuer encore davantage à unir le sabot avec l’os; mais ces lamelles ou sutures, diminuées par les effets prolongés de la ferrure, et sujettes alors à diverses maladies, se rompent, se déchirent et occasionnent des sabots difformes et des pieds fourbus.

Ces feuilles élastiques sont plus larges vers le milieu de leur longueur, et se rétrécissent en haut et en bas à mesure qu’elles approchent de leurs terminaisons ou extrémités; celles plus près du talon ou de l’inflexion du pied, ne sont pas aussi larges gue celles qui se trouvent au milieu des parties antérieures du sabot. A leur base, elles sont plus épaisses et plus solides, et deviennent plus minces vers leur bord libre qui est souvent dentelé, ou déchiré. Séparées du sabot, elles paroissent avoir peu ou point d’élasticité lorsqu’on cherche à les étendre dans leur direction perpendiculaire; mais si on les étend dans leur largeur, leur élasticité devient apparente.

Ces plaques ou lamelles se trouvent aussi sur la surface des inflexions ou barres, et confirment la nature continue de ces parties de la muraille.

Pour éviter les périphrases, et rendre le langage plus facile, j’ai nommé les lamelles de la corne le tissu kéraphylleux; et celles de l’os, le tissu podophylleux().

Maintenant il faut observer que le tissu podophylleux n’est pas réellement placé sur l’os du pied lui-même ou sur le périoste, comme on le croit communément, mais sur un tissu élastique très-dense qui couvre l’os à une épaisseur considérable, sur-tout sur le devant, et qui renferme dans sa substance une infinité de veines réticulaires anastomosées dans toutes les directions. Les fluides contenus doivent beaucoup contribuer à donner de l’aisance aux parties du pied pendant l’action prolongée du travail de l’animal, tandis que les nombreuses anastomoses des vaisseaux empêchent tout retard de la circulation du sang dans ces parties.

Je pense que ce tissu, par son épaisseur extraordinaire et son élasticité, contribue aux mouvemens de l’os dans le sabot presque autant que le tissu kéraphylleux. Je l’ai nommé reticulum processigerum. C’est le tissu réticulaire des Français.

J’ai appliqué le mot intortiones ou parties intorsionales, aux angles d’inflexions que les Français appellent arcs-boutans, talons; et les Anglais, heels.

En continuant à examiner la face interne de la muraille, on remarque à son bord supérieur une large dépression circulaire percée d’une infinité de petits pores. Cette cavité sert à recevoir la peau, qui, en s’élargissant et en se durcissant, prend un peu la nature cartilagineuse, remplit cette partie et se change en une nature de glande pour fournir la corne du sabot. Cette peau dure a été décrite autrefois comme un ligament, et a été considérée comme une partie distincte quoiqu’elle soit une continuation non interrompue de la peau, et qu’elle ne puisse en être séparée qu’en appliquant mal-à-propos le couteau().

Cette partie de la peau, étant très-distincte du reste, je me suis hasardé à lui donner le nom de cutidure, afin que, sans employer de périphrase, je puisse en parler plus aisément.

Je crois qu’on doit trouver une partie semblable dans tous les animaux chez qui la peau se termine pour former la corne.

La dépression du bord supérieur du sabot devient moins profonde et plus large à mesure qu’elle approche des inflexions, et se trouve ainsi mieux adaptée au mouvement de ces parties. Ses pores nombreux sont occupés par les vaisseaux sanguins qui proviennent de la cutidure. Je l’ai appelée cavité cutigerale.

La dépression ou la cavité cutigérale est sujette dans la fourbure, à perdre sa forme, et souvent à disparoître; la sécrétion et la croissance de la corne sont alors dérangées, et cette substance devient plus épaisse, perd sa texture fibreuse et éprouve diverses autres espèces d’altérations.

J’ai déjà dit que les pieds de devant étoient plus exposés à souffrir de la ferrure que ceux de derrière. Cette circonstance, qui a paru extraordinaire à la plupart de ceux qui s’occupoient de ces matières, et qui a été attribuée par eux à ce que les pieds de devant étoient plus secs que ceux de derrière qui sont placés dans le fumier et l’urine, s’expliquera aujourd’hui d’une manière bien plus satisfaisante, en disant qu’elle provient de la constitution différente des pieds; ceux de devant étant plus larges et plus élastiques, et ceux de derrière plus solides et plus durs, pour effectuer la projection du corps.

Formation et croissance de la muraille.

Cette croissance paroît avoir lieu principalement dans la cavité cutigérale, au moyen de la cutidure; néanmoins la corne peut être produite de toutes les parties du pied, quand bien même la cutidure seroit enlevée en partie ou en totalité : mais alors il n’y a qu’un petit accroissement, et la corne est toujours beaucoup moins bien organisée. Les côtés peuvent aussi produire de la corne, mais elle est sans bornes dans son épaisseur, couverte souvent de nœuds, bien plus épais que le sabot, comme nous le voyons généralement après la guérison des javarts, quand l’on a enlevé la corne dans une grande étendue. Cette espèce de corne paroît mal organisée et manquer de cette dureté nécessaire à sa perfection.

En parlant de la croissance des sabots des animaux, il faut dire un mot de la faculté étonnante qu’ont les pieds de conserver leur forme sans aucun secours humain, par l’enlèvement spontané de la croissance superflue, au moins quand les animaux sont dans l’état de pure nature. La sole, à cet effet, donne des exfoliations en lames ou pièces. La muraille ne paroît pas s’exfolier, mais elle perd sa force de cohérence après avoir obtenu sa longueur convenable; elle devient tendre et friable, s’écroule sous le poids, et le pied conserve ainsi sa figure: ce qu’il y a de singulier, c’est qu’après qu’il a été ferré , la corne paroît perdre quelquefois cette propriété et croître à une prodigieuse longueur, comme on a pu souvent le voir dans les chevaux et les ânes; tandis que dans l’état de pure nature, elle ne semble pas sujette à cet inconvénient.

En terminant cette description de la muraille, je dois observer que cette partie du sabot a deux caractères très-différens dans sa formation, selon que le pied est rampin ou plat; caractères qu’il est nécessaire d’étudier si l’on veut chercher à améliorer le sabot, et dont je me propose de parler plus au long dans la troisième partie de cet ouvrage, où je traite des moyens propres à donner au sabot sa plus grande force, soit que l’animal soit ferré, soit que l’on s’en serve sans fers.

Quoique je puisse ajouter d’autres remarques sur la muraille, celles-ci sont les plus importantes et me paroissent suffisantes. Pour compléter mes observations sur le sabot, il me reste à considérer la sole qui, comme la muraille, est composée de corne dure, et que je regarde comme la seconde partie solide du sabot. Ensuite je verrai les parties molles, ou la fourchette, qui attache aussi le sabot à la peau et remplit des fonctions non moins importantes que les deux autres.

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11 октября 2024
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187 стр. 63 иллюстрации
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4064066336011
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