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Alexandre Brierre de Boismont

Manuel de médecine légale

À l'usage des jurés, des avocats et des officiers de santé


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066315689

Table des matières

PRÉFACE.

Chapitre premier.

GÉNÉRALITÉS.

POISONS IRRITANS.

POISONS MINÉRAUX.

POISONS ANIMAUX.

POISONS VÉGÉTAUX.

POISONS NARCOTIQUES.

POISONS SEPTIQUES ou PUTRÉFIANS.

Chapitre deuxième.

ASPHYXIE PAR PRIVATION D’AIR. SUBMERSION.

ASPHYXIE PAR STRANGULATION.

ASPHYXIE PAR SUFFOCATION.

ASPHYXIE PAR LES GAZ NON RESPIRABLES.

ASPHYXIE PAR LES GAZ DÉLÉTÈRES.

Chapitre troisième.

COUPS, BLESSURES.

COUPS, BLESSURES.

CONTUSION.

MEURTRISSURE.

PLAIE CONTUSE.

ECCHYMOSE.

ENTORSE.

COMMOTION.

FRACTURE.

LUXATION.

BRULURE.

DES PLAIES.

BLESSURES DE LA TÊTE.

BLESSURES DE LA FACE.

BLESSURES DU COU.

BLESSURES DE POITRINE.

BLESSURES DE L’ABDOMEN.

BLESSURES DES ORGANES GÉNITAUX.

BLESSURES DES EXTRÉMITÉS.

EXAMEN JURIDIQUE DES BLESSURES.

EXAMEN JURIDIQUE DU CADAVRE D’UN INDIVIDU HOMICIDÉ.

DE L’EXAMEN DU CORPS EN PUTRÉFACTION.

Chapitre quatrième.

SÉPARATION DE CORPS.

DE LA GROSSESSE.

SIGNES DE LA GROSSESSE.

GROSSESSE COMPLIQUÉE.

FAUSSES GROSSESSES.

SUPERFÉTATION.

A QUEL AGE APPARTIENT LA FACULTÉ DE CONCEVOIR?

LA GROSSESSE DÉTERMINE-T-ELLE DES ACTES IRRÉSISTIBLES?

UNE FEMME PEUT-ELLE IGNORER CONSTAMMENT SA GROSSESSE?

ACCOUCHEMENT.

SIGNES DE L’ACCOUCHEMENT.

COMBIEN DE TEMPS DURENT LES TRACES D’UN ACCOUCHEMENT?

UNE FEMME PEUT-ELLE ACCOUCHER A SON INSU?

Chapitre cinquième.

L’AVORTEMENT A-T-IL ÉTÉ PROVOQUÉ ?

Chapitre sixième.

SIGNES DU FOETUS A TERME.

SIGNES DE FOETUS NÉ VIABLE.

DES MONSTRUOSITÉS.

EXPOSITION, SUPPRESSION, SUPPOSITION ET SUBSTITUTION DE PART.

Chapitre septième.

L’ENFANT A-T-IL VÉCU?

COMBIEN DE TEMPS L’ENFANT A-T-IL VÉCU? — DEPUIS COMBIEN DE TEMPS EST- IL MORT?

CAUSE INVOLONTAIRE DE LA MORT DU NOUVEAU NÉ.

CAUSES VOLONTAIRES DE LA MORT DU NOUVEAU NÉ.

INFANTICIDE PAR OMISSION.

INFANTICIDE PAR COMMISSION.

Chapitre huitième.

VIOL.

SIGNES DE LA VIRGINITÉ.

CRIME CONTRE NATURE.

TACHES SPERMATIQUES.

Chapitre neuvième.

CLASSIFICATION DES MALADIES MENTALES.

SUICIDE.

Chapitre dixième.

PASSIONS.

IVRESSE.

DÉLIRE.

ÉPILEPSIE.

SOMNAMBULISME, SOMMEIL.

SURDI-MUTITÉ.

MALADIES SIMULÉES.

MALADIES SIMULÉES PAR IMITATION.

MALADIES SIMULÉES PAR PROVOCATION.

MALADIES DISSIMULÉES.

MALADIES PRÉTEXTÉES.

MALADIES IMPUTÉES.

Chapitre onzième.

DES AGES DEPUIS LA NAISSANCE JUSQU’A LA MORT.

APPRÉCIATION DE LA HAUTEUR TOTALE D’UN INDIVIDU, D’APRÈS M. SUE.

Chapitre douzième.

Chapitre treizième.

DES SIGNES DE MORT.

ÉPREUVES.

EXAMEN CADAVÉRIQUE MÉDICO-LÉGAL.

IDENTITÉ.

Chapitre quatorzième.;

RAPPORTS JUDICIAIRES ET ADMINISTRATIFS.

RAPPORTS D’ESTIMATION.

CERTIFICATS.

CONSULTATIONS MÉDICO-LÉGALES.

EMPOISONNEMENT PAR L’ARSENIC.

EMPOISONNEMENT PAR LE SUBLIMÉ CORROSIF.

ASPHYXIE PAR STRANGULATION.

BLESSURE. — COUP D’ÉPÉE A LA POITRINE.

PRÉVENTION DE VIOL MAL FONDÉE.

ACCOUCHEMENT RÉCENT. INFANTICIDE.

VIABILITÉ DU FOETUS.



PRÉFACE.

Table des matières

L’utilité de ce livre ne saurait être contestée, peu de mots suffiront pour la faire comprendre. Comment, en effet, émettre un jugement consciencieux sur une foule de points de médecine légale, sans la connaissance des principes généraux de cette science. Les coups, blessures ou sévices, les homicides, les empoisonnemens, les infanticides, les sophistications, les maladies simulées, les maladies mentales soulèvent tous les jours de nouvelles questions. Si le ministère public ignore les faits de médecine légale, et les véritables secours que cette connaissance peut lui fournir dans la poursuite des coupables, la société se trouve sans vengeur, et le crime sans répression si l’ignorance est du côté de l’avocat, c’est la défense qui en souffre. Eufin, si les jurés n’ont rien compris à la discussion qui s’est élevée entre le défenseur et le procureur du Roi, le jugement est faussé par leur conviction mal formée.

Ces raisonnemens nous paraissent sans réplique; reste maintenant la question de sa voir si la science du médecin légiste peut être mise à la portée des jurés, des magistrats, des avocats, sans les fatiguer par des détails trop techniques. Toutes les fois qu’un tribunal demande un rapport sur un fait, il faut de toute nécessité que ce rapport se termine par des conclusions positives, négatives ou douteuses; car l’examen d’un fait médical quelconque ne peut amener que ces trois sortes de conclusions. C’est donc à l’exposition des faits que nous avons borné ce travail. Citons un exemple:

Supposons une accusation d’infan- ticide: les deux questions principales se réduisent à déterminer, 1° si l’enfant, qui dans ce cas est le corps du délit, était né viable, 2° s’il a respiré : nous ne parlerons ici que de la viabilité. Il est bien clair que cette question se résout aux yeux du médecin par l’examen anatomique et physiologique du fœtus; mais pour nos lecteurs, il suffit de connaître les vérités proclamées parla science qui leur apprend que tout fœtus est né viable lorsque:

1°. La moitié de la longueur totale du corps répond à l’ombilic, ou à très peu de distance au-dessus;

2°. Lorsque sa pesanteur est de 6 à 7 livres environ;

5°. Lorsque la longueur est de 16 à 18 pouces;

4°. Enfin lorsque l’extrémité inférieure du fémur présente un point d’ossification.

Ces notions bien simples acquises à tout magistrat, à tout homme de loi, à tout juré. les uns et les autres seront en état de rectifier un rapport médico-légal, ou de provoquer au moins sa rectification, si l’examen de ces quatre circonstances fondamentales était incomplet ou mal déterminé, Or, qu’y a-t-il de plus facile à connaître que de semblables faits.

Prenons un second exemple: on attribue la mort d’un individu à l’arsenic, si le rapport soumis aux magistrats, indique:

1°. Que la substance trouvée dans la matière des vomissemens, dans l’estomac, ou les intestins, ressemble à du sucre pulvérisé,

2°. Qu’elle est âpre, nullement caustique, provoquant une abondante salivation;

3° Que mise sur les charbons ar-dens, elle est décomposée par eux, et répand des vapeurs brunâtres, d’une odeur d’ail .

4°. Si le rapport ajoute surtout que le mélange de cette substance avec l’eau, traité par l’acide hydrosulfurique, et par l’addition d’une goutte d’acide hydrochlorique, est jauni, et qu’il s’en précipite des flocons de sulfure jaunes d’arsenic entièrement solubles dans l’ammoniaque;

5°. Que ce sulfure desséché et calciné avec de la potasse et du charbon donne de l’arsenic métallique, les magistrats et les jurés ne peuvent conserver d’incertitude, l’individu est mort empoisonné par l’arsenic.

On voit par ces deux exemples que nous avons choisi entre beaucoup d’autres, qu’il est indispensable que les rapports énoncent principalement les caractères distinctifs d’un fait. C’est presque toujours, dit M. Orfila, parce que les premiers rapports manquent par l’omission de ces signes, ou par la manière dont ils sont présentés, qu’on voit s’élever tant de difficultés devant les tribunaux. On ne saurait donc assez recommander aux hommes de l’art, appelés à les rédiger, de bien insister sur les caractères fondamentaux.

En considérant la haute importance qu’il y a pour la bonne administration de la justice, que les notions précises de médecine légale soient plus généralement répandues, nous avons senti la nécessité de la création d’une chaire de médecine légale dans toutes les facultés de droit du royaume. Aussi exprimons-nous hautement le désir que M. Orfila, usant de l’influence que sa [position personnelle et ses titres scientifiques lui ont justement méritée, provoque lui-même cette mesure.

Pénétré de la vérité de ces principes, nous croyons avoir fait quelque chose pour l’éducation civile en publiant notre Manuel. Il n’existe, à vrai dire, aucun ouvrage dans lequel soient exposés d’une manière claire et presque aphoristique les principes de médecine légale, tels qu’ils doivent être présentés à des jurés, à des magistrats, à des avocats, nous pourrions même dire à des officiers de santé. Nous avons pris pour guide, dans cette tâche, le professeur célèbre qui, après avoir formé la plupart des médecins légistes de ces derniers temps, dirige avec une incontestable supériorité la premèire école médicale du monde, la faculté de médecine de Paris. L’article homicide par empoisonnement , par lequel nous allons commencer notre livre, a été revue et annoté par M. Orfila lui-même, qui regarde cette question comme la plus importante et la plus précise de la médecine légale. Grâce aux travaux de ce savant justement renommé, il n’est point aujourd’hui de crime d’empoisonnement qui puisse rester caché aux recherches, et par conséquent point d’empoisonneur qui puisse échapper au glaive de la loi. C’est pour la société une garantie immense, et c’est aussi pour elle un devoir de rendre hommage à la science et à ses bienfaits. Pour nous, quelque médiocre que soit notre part dans le travail que nous avons entrepris, nous nous féliciterons toujours de l’heureux concours de circonstances qui nous a permis de propager les idées et les découvertes de deux hommes aussi illustres que MM. Dupuytren et Orfila .

Un dernier mot sur la destination première de ce livre, et sur ses élémens. Dans l’origine le Manuel de médecine légale avait été écrit pour le bibliothèque populaire, dont nous nous honorons d’avoir été un des collaborateurs; persuadé que toute entreprise qui a pour but de populariser les sciences est un véritable service rendu à l’humanité. Le supplément dont le Manuel devait faire partie, n’ayant point été publié, nous avons pensé qu’un ouvrage pour lequel M. Orfila avait bien voulu nous donner des conseils pouvait encore être utilisé. Nous l’avons revu en entier, extrayant de tous les meilleurs travaux que nous possédons sur la médecine légale, ce qu’il y avait dé réellement important à connaître pour le plan que nous nous étions proposé. MM. Marc, Adelon, Esquirol, Mahon Devergie, Fodéré, Belloc, Biessy,Georget, Leuret , Hofbauer, Briand, Ollivier d’Angers, Sédillot, ont été également mis à contribution par nous. L’accueil fait à nos mémoires sur la monomanie homicide et l’interdiction des aliénés nous ont engagé à les consulter. Mais nous le répétons, nous avons tâché d’être toujours fidèles à l’esprit de ce Manuel, en ne donnant que le plus possible les caractères distinctifs de chaque fait de médecine légal.

Chapitre premier.

Table des matières

De l’homicide par empoisonnement.

LES poisons ont de tout temps fixé l’attention publique; arme judiciaire chez les anciens, nous les voyons donner la mort à des hommes qui font maintenant l’admiration de la postérité. Dans le moyen âge, ils servent à des vengeances et à des crimes multipliés: à des époques plus rapprochées de nous, ils sont pour de grands scélérats, un moyen d’échapper aux investigations de la loi. De nos jours encore, l’empoisonnement est très-fréquent; mais du moins la science marche à côté du mal, et la connaissance des substances vénéneuses a acquis une certitude presque mathématique. Aussi, dans l’exposé que nous allons faire, trouvera-t-on les caractères propres à chaque poison assez nettement tracés, pour qu’il soit impossible de les méconnaître.

GÉNÉRALITÉS.

Table des matières

On donne le nom de poison à toute substance qui, mise en contact avec nos organes, détruit la santé ou anéantit la vie. Pour qu’il y ait crime d’empoisonnement, il n’est pas nécessaire que la dose du poison soit assez forte pour causer la mort, il suffit qu’elle soit de nature à pouvoir la donner d’où il paraît naturel de conclure que si une substance vénéneuse a été mélangée à une autre substance qui en a neutralisé l’effet, celui qui a employé cette mixtion pour attenter à la vie d’une personne est coupable d’empoisonnement.

Mais si la loi poursuit sévèrement le malfaiteur, elle n’est pas cependant sans rigueur à l’égard de l’homme qui a causé l’empoisonnement, par négligence, maladresse, ignorance, inattention ou imprudence; des dispositions inflictives peuvent également être invoquées contre les médecins, les pharmaciens, les débitans de substances vénéneuses, les falsificateurs de boissons, etc.

Pour porter un jugement éclairé sur les empoisonnemens, il faut connaître les diverses substances vénéneuses qui ont pu être employées, leurs caractères physiques et chimiques, leurs effets sur l’économie animale, et les moyens de les distinguer au milieu des substances étrangères qui masquent leurs caractères, aussi bien que dans leurs combinaisons avec nos tissus: ou, en d’autres termes, pour affirmer qu’il y a eu empoisonnement, l’homme de l’art doit démontrer l’existence du poison à l’aide d’expériences chimiques rigoureuses, ou de certains caractères botaniques ou zoologiques. S’il ne peut pas y parvenir et qu’il ait cependant observé des symptômes et des altérations organiques semblables à ceux que produisent les substances vénéneuses, il peut établir la probabilité de l’empoisonnement. Ces qualités sont sans doute indispensables aux médecins, mais il ne peut être question ici que des caractères propres à chaque poison; nous devons, d’après le plan que nous nous sommes proposé dans ce livre, rester totalement étrangers à la théorie et aux procédés.

ACTION DES POISONS SUR L’ÉCONOMIE.

Chaque poison offre dans ses effets sur l’organisme des caractères, qui indiquent la classe à laquelle on doit le rapporter, et qui le distinguent comme espèce. Il peut-être employé ou administré de plusieurs manières. La plus commune est son introduction dans l’estomac; mais il peut être porté dans le rectum, sur les muqueuses, dans le tissu cellulaire sous cutané, dans les poumons par la respiration, enfin injecté dans les veines. Tous les poisons n’agissent pas aux mêmes doses, mais d’après leur degré d’énergie. Tantôt l’action du poison est locale et ne s’étend pas au-delà du contact; tantôt elle ne se manifeste que sur les organes éloignés, tels que les systèmes vasculaire et nerveux, les poumons; phénomènes qui démontrent que l’absorption a eu lieu, et que les substances vénéneuses sont mêlées aux fluides circulans. Plusieurs substances n’ont pu, à la vérité, être retrouvées dans le sang ou dans les fluides sécrétés, mais il est probable que les recherches n’ont point été faites dans le temps convenable.

CLASSIFICATION DES POISONS.

La seule division que l’on puisse suivre dans la classification des poisons repose sur leur analogie d’action sur l’économie animale, quel que soit le règne naturel auquel ils appartiennent. Aussi M. Orfila les a-t-il partagés en quatre classes: 1° poisons irritans; 2° narcotiques; 3° narcoticoâcres; 4° septiques et putréfians.

POISONS IRRITANS.

Table des matières

Les poisons compris dans cette classe, appartiennent aux trois règnes de la nature, et leur action sur l’économie offre des rapports si tranchés; que nous commencerons par en tracer l’histoire générale, en nous réservant de la compléter par l’exposé des particularités relatives à chaque substance.

Les poisons irritans, introduits dans l’estomac, déterminent les symptômes de l’inflammation la plus vive. Immédiatement, ou peu de temps après leur ingestion, on éprouve un senti ment de cuisson et de brûlure dans la bouche, la gorge et l’estomac; la douleur est aiguë et s’étend dans tout l’abdomen; elle augmente par l’ingestion des boissons et par les mouvemens respiratoires; la chaleur est acre et corrosive, la soif ardente; l’haleine devient excessivement fétide; on observe des nausées et des rapports continuels, des vomissemens fréquens de matières brunes, noirâtres, souvent sanguinolentes, et qui causent dans la bouche un sentiment d’amertume et d’âcreté, les plus petites quantités de boissons sont rejetées; il survient des hoquets, beaucoup de gêne dans la respiration, quelquefois de la constipation, mais le plus souvent des déjections alvines copieuses, fétides et mêlées de sang; la peau est pâle, glacée aux extrémités, couverte d’une sueur froide, épaisse et visqueuse; dans quelques cas, elle devient le siège d’éruptions douloureuses; la face est grippée, pâle ou plombée, agitée de contractions convulsives; la prostration est complète; le pouls est irrégulier, déprimé, petit et misérable; l’angoisse et l’anxiété sont extrêmes; le besoin d’uriner ne peut être satisfait; tantôt les facultés intellectuelles ne sont pas affaiblies, et le malheureux a la conscience des ses douleurs et de sa fin prochaine; tantôt elles sont anéanties. On trouve à l’autopsie, tous les signes d’une inflammation intense, d’autant plus vive que les poisons jouissent d’une action corrosive plus marquée. Les muqueuses buccale, pharyngienne, l’œsophage, peuvent offrir une simple rougeur, une injection plus ou moins considérable; tandis que l’on trouve dans l’estomac des taches noirâtres provenant du sang épanché entre les membranes; le ramollissement et la destruction de la muqueuse; du sang exhalé à sa surface, l’inflammation des deux autres membranes, qui sont quelquefois également perforées. Disons cependant qu’il est plusieurs de ces poisons, qui laissent à peine des traces d’inflammation.

Lorsqu’au lieu d’introduire dans l’estomac les poisons irritans, on les applique sur le tissu cellulaire sous-cutané, à la surface d’une plaie ou d’un ulcère, ils déterminent d’une manière plus ou moins marquée les symptômes d’une brûlure, quelques-uns bornent là leur action, et l’altération reste locale; d’autres sont absorbés et vont produire des lésions dans le système nerveux, les poumons, le cœur et le tube digestif.

Lorsqu’on les injecte dans les veines, les accidens sont beaucoup plus prompts; le sang est coagulé et la vie détruite instantanément; ou bien ils agissent de la même manière que s’ils eussent été absorbés, mais plus rapidement.

POISONS MINÉRAUX.

Table des matières

ACIDE SULFURIQUE (HUILE DE VITRIOL).

C’est un liquide blanc, jaunâtre, brun ou noir, et inodore, d’une consistance oléagineuse; il désorganise rapidement toutes les matières végétales et les charbonne; comme les acides, il rougit la teinture de tournesol. Lorsqu’on le mêle à de l’eau, le mélange acquiert une très-grande chaleur; si l’acide est très-concentré, il y aurait du danger à faire ce mélange rapidement et sans précautions; si on le met bouillir avec du cuivre ou du charbon pulvérisé, il se décompose et laisse dégager du gaz acide sulfureux, facilement reconnaissable à l’odeur d’allumettes brûlées; il forme avec tous les sels de baryte, un précipité insoluble, qui ne se dissout ni par l’eau, ni par l’acide nitrique, et qui, calciné avec du charbon, acquiert la saveur et l’odeur d’œufs pourris.

ACIDE NITRIQUE, (EAU FORTE).

C’est un liquide incolore lorsqu’il est pur, jaune lorsqu’il contient quelques matières végétales ou animales: quand on le chauffe avec le cuivre, le zinc, le fer, le charbon pulvérisé, il dégage de l’acide nitreux, qu’on reconnaît à sa couleur rouge ou orangée, à son odeur. Mêlé à des substances animales il faut, pour le reconnaître, le saturer parle carbonate saturé de potasse. On filtre la liqueur, et en la faisant évaporer on obtient des cristaux de nitrate de potasse. L’acide nitrique tache en jaune les parties avec lesquelles il est en contact.

ACIDE HYDROCLORIQUE.

Il répand dans l’air des vapeurs blanches très-piquantes; chauffé avec du peroxide de manganèse, il laisse dégager du chlore; il précipite tous les sels d’argent, et forme un chlorure blanc et cailleboté qui noircit à la lumière, et est insoluble dans l’acide nitrique, tandis qu’il disparaît lorsqu’on y verse de l’ammoniaque.

L’eau régale est liquide, jaune, rougeâtre ou rouge; elle agit sur le nitrate d’argent dissous comme l’acide hydrochlorique. Le cuivre, le zinc, le fer, se comportent avec elle comme avec l’acide nitrique.

ACIDES PHOSPHORIQUE et PHOSPHATIQUE.

L’acide phosphorique, chauffé fortement dans un creuset avec du charbon pulvérisé, se décompose; le phosphore est mis à nu et vient s’enflammer; l’acide hypophosphatique, chauffé dans un petit tube, s’enflamme, répand une odeur alliacée, et se transforme en acide phosphorique.

ACIDE OXALIQUE.

Il est blanc, solide, inodore, cristallisé ou pulvérulent. Avec la chaux, il donne un précipité blanc qui ne se dissout pas dans l’acide oxalique, tandis qu’il est très-soluble dans l’acide nitrique; l’oxalate de cuivre, d’un blanc-bleuâtre, est également insoluble dans l’acide oxalique; le nitrate d’argent y fait naître un précipité blanc d’oxalate d’argent; si on le fait sécher et qu’il soit chauffé sur la pointe d’une spatule, il brunit sur les bords, et fulmine tout-à-coup en se dissipant en une fumée blanche. L’empoisonnement par cet acide est fréquent en Angleterre.

POTASSE OU OXIDE DE POTASSIUM.

Pur, il se nomme potasse à l’alcool; s’il est mêlé à de l’hydrochlorate et du sulfate de potasse, à de la silice et à de l’oxide de fer, on le connaît sous le nom de potasse à la chaux, ou pierre à la chaux. Enfin, ce que l’on appelle potasse du commerce n’est autre chose que du carbonate de potasse. Tous ces corps attirent l’humidité de l’air et sont déliquescens; ils verdissent le sirop de violette, ramènent au bleu le papier de tournesol rougi par un acide, et saturent les acides. Leur solution aqueuse n’est pas troublée par les carbonates de soude ou d’ammoniaque; l’hydrochlorate de platine y fait naître (pour peu qu’elle soit concentrée) un précipité jaune-serin, grenu, et fortement adhérent au verre.

NITRATE DE POTASSE ( SEL DE NITRE, SALPÊTRE ).

Il existe en cristaux prismatiques, ou sous forme de poudre; il a une saveur fraiche et piquante. Il suffit d’en jeter quelques parcelles sur un charbon ardent, pour activer la combustion, et le charbon est creusé dans le point de contact. L’acide sulfurique concentré, versé sur ce sel, s’empare de la potasse, et en dégage l’acide nitrique en vapeurs blanchâtres et piquantes. Le meilleur moyen pour décéler la présence du nitrate de potasse est d’en mêler quelques parcelles avec trois ou quatre gouttes d’eau, de la limaille de cuivre, et quelques gouttes d’acide sulfurique; il se dégage bientôt des vapeurs orangées d’acide nitreux.

A la dose d’un gros, il enflamme le tube digestif et détruit les fonctions cérébrales. Son emploi a déterminé la perte de la voix, la paralysie des membres, ou des contractions convulsives.

EAU DE JAVELLE

(CHLORURE DE POTASSE).

Elle est liquide, exhale un odeur de chlore; elle détruit la couleur de tournesol et du sirop de violette qu’elle jaunit; elle précipite en blanc parle nitrate d’argent, et en jaune-serin par l’hydrochlorate de potasse.

FOIE DE SOUFRE.

Ce corps est solide, jaune-verdâtre et d’une saveur âcre et amère; il est inodore, l’eau le dissout; la liqueur est alors transparente, jaune ou rouge, et sans odeur. Elle précipite en noir les sels de plomb, de mercure, de bismuth et de cuivre. Lorsqu’on y verse un acide un peu fort, il se dégage du gaz acide hydro-sulfurique que l’on ne peut méconnaître à son odeur d’œufs pourris, et il se précipite du soufre.

Quelques gros suffisent pour donner la mort, s’ils ne sont rejetés par le vomissement. On trouve dans l’estomac des taches d’un rouge très-vif, qui sont recouvertes d’une couche de soufre jaune-verdâtre assez épaisse.

SOUDE.

Les dissolutions de cet oxide et des sels qu’il concourt à former ne sont pas troublées par le carbonate de potasse et d’ammoniaque, ni par l’hydrochlorate de platine ou le sulfate d’alumine; le carbonate de soude est efflorescent, il verdit le sirop de violette, et donne un précipité gélatineux avec l’acide hydrofluorique silicé.

CHAUX.

Ce corps est solide, blanc; lorsqu’il est desséché et qu’on le mouille, il développe une énorme chaleur et se délite; sa dissolution verdit le sirop de violette: il précipite en blanc par les acides carbonique et oxalique: l’acide sulfurique pur ne le dissout pas.

BARYTE.

Ce corps est solide, léger, grisâtre ou d’une belle couleur blanche, d’une saveur caustique; sa dissolution donne avec l’acide carbonique du carbonate de baryte blanc, insoluble dans l’eau, soluble dans l’acide nitrique pur, tandis que l’acide sulfurique, y fait naître un sulfate de baryte insoluble dans l’eau, et l’acide nitrique pur (caractère essentiel).

Les caractères du carbonate et de l’hydrochlorate de baryte se reconnaissent par les procédés indiqués pour découvrir leurs acides et leur base.

La baryte porte surtout son action sur le système nerveux; ce qui démontre qu’elle est absorbée. Appliquée à la dose de quinze ou vingt grains, sur une plaie ou une ulcère, elle détermine la mort. Outre les symptômes généraux de l’inflammation, on observe des mouvemens convulsifs, subits et violens; les facultés sont perverties; il y a surdité, céphalalgie; la régularité des mouvemens est impossible; la bouche est quelquefois remplie d’écume: à cette scène d’excitation succède une prostration extrême.

ALUN ( SULFATE D’ALUMINE ET DE POTASSE ).

Il est d’une saveur acide, légèrement sucrée, soluble dans vingt parties d’eau froide et dans un peu plus de son poids d’eau bouillante. Cette dissolution précipite en blanc par la potasse et la soude, qui redissolvent aisément l’alumine précipitée; l’ammoniaque ne la dissout pas aussi facilement. L’hydrochlorate de platine la précipite en jaune; les hydrosulfates solubles en blanc. Si on calcine l’alun à une douce chaleur dans un creuset, jusqu’à ce que la matière ne se boursouffle plus, on dégage presque toute l’eau et une portion d’acide sulfurique, et l’on obtient l’alun calciné des pharmacies, qu’il sera facile de reconnaître en le faisant bouillir dans l’eau distillée.

Les accidens que cause l’alun ne peuvent avoir lieu qu’autant qu’il en a été ingéré des doses assez considérables, deux onces au moins. Les expériences de M. Orfila ont appris qu’un homme pourrait, sans inconvénient, avaler dans une journée plusieurs gros d’alun calciné dissous dans l’eau.

AMMONIAQUE LIQUIDE (ALCALI VOLATIL FLUOR).

Cette solution est incolore, verdit le sirop de violette, et laisse dégager des gaz piquans qui provoquent le larmoiement, et dont l’odeur se fait toujours facilement reconnaître. Avec l’hydrochlorate de platine, elle donne un précipité jaune-serin, dur et adhérent au vase.

PRÉPARATIONS MERCURIELLES.

DEUTOCHLORURE DE MERCURE (SUBLIMÉ CORROSIF).

On le trouve dans le commerce sous forme de masses blanches et compactes, à parois extérieures polies et luisantes, tandis que les intérieures sont hérissées de petits cristaux très-brillans; sa saveur est extrêmement styptique. Ce sel est très-soluble dans l’eau. Jeté sur des charbons ardens, le sublimé corrosif se volatilise en formant des vapeurs épaisses et très-irritantes, qui ternissent le cuivre lorsqu’il est bien décapé, et le recouvrent d’une légère couche de mercure, dont on fait ressortir par le frottement tous les caractères physiques. En mêlant dans un tube de verre fermé à l’une de ses extrémités du sublimé et de la potasse, le mercure vient se déposer sur les parois du tube en petits globules, qui ne laissent aucun doute sur la présence du métal. Si on essaie par différens réactifs sa dissolution aqueuse, on observe qu’elle précipite en jaune-rougeâtre par la potasse, ou l’eau de chaux; en jaune-serin par un excès de potasse ou de chaux; en blanc, par l’ammoniaque liquide; en noir, par les hydrosulfates solubles. Une lame de cuivre bien décapée, lorsqu’elle est plongée dans la solution mercurielle, se recouvre d’une légère couche de ce métal, qui, par le frottement avec le papier, devient blanc brillant, argentin.

Mis en contact avec le tissu cellulaire, la surface d’une plaie ou d’un ulcère, le sublimé est absorbé, et détermine l’inflammation du cœur, qui présente quelquefois dans sa membrane interne des taches d’un brun-noirâtre; la même coloration se retrouve sur la muqueuse du canal intestinal. Porté dans l’estomac, il laisse sur les points avec lesquels il a été en contact, des taches grises, blanchâtres, qui ne sont produites par aucun poison. Les autres sels de mercure se reconnaissent par les mêmes moyens.

SELS D’ÉTAIN (HYDROCHLORATE D’ÉTAIN).

Le protochlorate d’étain pur est solide, d’un blanc jaunâtre, d’une saveur styptique. Sa dissolution, traitée par l’acide sulfureux liquide, précipite du soufre, et il se forme du sous-deuto -hydrochlorate blanc insoluble. Avec l’hydrochlorate d’or, elle fournit un composé pourpre, insoluble; avec l’acide hydrosulfurique, un précipité chocolat de sulfure d’étain; avec le nitrate d’argent, un précipité blanc.

Le deutohydrochlorate d’étain est solide, cristallisé en aiguilles blanches. Comme le protohydrochlorate, desséché et calciné dans un creuset avec de la potasse et du charbon, il fournit de l’étain métallique et du chlorure de potassium. Sa dissolution aqueuse rougit l’infusion de tournesol; elle n’éprouve aucune action de l’acide sulfureux et de l’hydrochlorate d’or. L’acide hydrosulfurique concentré la précipite en jaune; le précipité est légèrement soluble dans l’ammoniaque la dissolution ammoniacale perd sa couleur jaune, mais elle reste opaline, ce qui n’a pas lieu avec le sulfure d’arsenic. Le nitrate d’argent y fait naître un précipité blanc comme le premier sel: le zinc en sépare l’étain à l’état métallique.

Le sel d’étain du commerce se comporte avec les réactifs comme le protohydrochlorate d’étain.

PRÉPARATIONS ARSÉNICALES.

ACIDE ARSÉNIEUX (ARSENIC, MORT-AUX RATS ).

Dans le commerce, il ressemble à du sucre pulvérisé ; il est âpre, nullement caustique, provoquant une abondante salivation; mis sur des charbons ardens, il est décomposé par eux; et l’arsénic métallique, mis à nu, répand des vapeurs brunâtres, d’une odeur alliacée, qui absorbent l’oxigène de l’air, et passent à l’état d’acide arsénieux; tandis que si l’on chauffe cet acide arsénieux sur une lame de fer ou de cuivre que l’on a fait rougir, il se volatilise sous forme de vapeurs blanches, sans se décomposer, et n’exhale point d’odeur alliacée.

Lorsqu’on sublime l’acide arsénieux dans un matras, il s’attache à la voûte et au col de ce vase, et forme une croûte blanche, sur laquelle on aperçoit des petits tétraèdres demi-transparens.

Quoique cet acide soit très-peu soluble dans l’eau, il donne cependant à ce liquide des propriétés caractéristiques. L’acide hydrosulfurique jaunit cette dissolution, et, par l’addition d’une goutte d’acide hydrochlorique, il en précipite des flocons de sulfure jaune d’arsénic entièrement solubles dans l’ammoniaque. Ce sulfure desséché et calciné avec de la potasse et du charbon, donne de l’arsenic métallique.

L’acide arsénieux est extrêmement vénéneux: il n’en faut qu’une très-petite quantité pour donner la mort. Il est absorbé, arrête les mouvemens du cœur, dont il enflamme la membrane interne, et porte son action sur la muqueuse gastro-intestinale; ensuite, il produit ordinairement tous les symptômes des poisons irritans; quelquefois cependant il ne détermine pas de phénomènes bien remarquables. Les lésions manquent aussi quelquefois.

Il est facile de reconnaître l’oxide noir d’arsenic (poudre aux mouches), les sulfures d’arsénic, les arséniates de potasse, de soude, d’ammoniaque.

PHOSPHORE.

Ce corps lumineux dans l’obscurité, se raye facilement avec l’ongle. Il est soluble à 40°, a une odeur alliacée, et répand dans l’air des vapeurs blanches; il s’enflamme et brûle très-vivement dès qu’on le met avec un corps en combustion, en produisant de l’acide phosphorique.

Dissous dans l’alcool et dans l’éther, l’eau le précipite sous forme de poudre blanchâtre.

IODE.

Ce corps est bleuâtre, lamelleux, et se volatilise en vapeurs d’un très beau violet lorsqu’on le chauffe légèrement; il fait sur le papier et la peau des taches jaunâtres qui ne tardent pas à disparaître.

Dans le canal digestif, il produit sur la muqueuse des taches d’un jaune clair, et le point coloré est ramolli et s’enlève facilement. On trouve çà et là de petites ulcérations linéaires qui offrent la même teinte sur leurs bords.

CHLORE.

La dissolution de chlore est d’un jaune verdâtre, d’une odeur désagréable qu’il suffit d’avoir sentie une seule fois pour toujours la connaître; elle décolore toutes les substances végétales, dégage du chlore gazeux par l’élévation de la température, et donne par le nitrate d’argent un précipité blanc et caillebotté, insoluble dans l’acide nitrique, soluble dans l’ammoniaque.

PRÉPARATIONS CUIVREUSES.

Le cuivre est jaune, rougeâtre, très-brillant; il colore la flamme en vert, se dissout à froid dans l’acide nitrique peu concentré. Il n’a aucune action vénéneuse sur l’économie.

Les dissolutions de deuto-acétate de cuivre (verdet cristallisé), de vert de gris artificiel, deuto-sulfate de cuivre, ( couperose bleue, vitriol bleu), nitrate de cuivre, sont d’une belle couleur bleue. La potasse, la soude, la baryte les décomposent et en précipitent le deutoxide bleu à l’état d’hydrate. L’acide hydrosulfurique et les hydrosulfates solubles donnent un précipité de sulfure noir, de cuivre. Lorsque l’on plonge dans la liqueur une lame de fer bien décapée, elle se recouvre d’une couche de cuivre. Le prussiate de potasse jaune y fait naître un précipité brun marron, lors même que la proportion de cuivre est très-faible.

PRÉPARATIONS D’ARGENT.

NIRATE D’ARGENT.

Ce sel, qui sert à former la pierre infernale, est blanc, donne une solution transparente et d’une saveur acre et très-caustique. Jeté sur les charbons ardens, le métal se réduit, et il se dégage du gaz acide nitreux. Mêlé à la potasse et calciné, il donne un culot métallique: sa solution donne un précipité de chlorure d’argent par le chlore et tous les hydro-chlorates. Ce chlorure est d’un blanc mat, caillebotté, insoluble dan3 l’acide nitrique, soluble dans l’ammoniaque, décomposable et réductible, lorsqu’on le calcine avec de la potasse. L’acide hydrosulfurique et les hydrosulfates donnent un précipité de sulfure noir; la potasse et la soude un précipité olive d’oxide d’argent.

Quarante ou cinquante grains introduits dans l’estomac ne déterminent la mort qu’au bout de plusieurs jours, La muqueuse est ramollie et tachée d’escarres, d’un gris blanchâtre, quelquefois d’un violet foncé. Pris en plus grande quantité, ce sel amène rapidement la mort, et paraît agir particulièrement sur le système nerveux et l’appareil pulmonaire.

PRÉPARATIONS ANTIMONIALES.

TARTRATE ACIDE DE POTASSE ET D’AN- TIMOINE (ÉMÉTIQUE).

L’émétique est blanc, cristallisé en tétraèdres et octaèdres transparens, d’une saveur caustique et nauséabonde. Mis sur des charbons ardens, il se décompose, et il reste un petit globule d’antimoine qui est d’un blanc bleuâtre, brillant, très-cassant et facile à pulvériser. Traité par l’acide nitrique bouillant, l’émétique est transformé en deutoxide d’une couleur grisâtre. Ce deutoxide se dissout très bien-dans l’acide hydrochlorique, et fournit un hydrosulfate liquide qui précipite en blanc par l’eau, et en rouge orangé par les hydrosulfates. La dissolution d’émétique est troublée par les acides sulfurique, nitrique, hydrochlorique, la potasse, la soude, l’ammoniaque ou leurs carbonates, qui en précipitent l’oxide d’antimoine. L’acide hydrosulfurique y fait naître de l’oxisulfure d’antimoine qui est jaune-orangé ; il passe au rouge-brun si on l’emploie en grande quantité. Ce précipité est légèrement soluble dans l’ammoniaque, mais sans que la liqueur se décolore; tandis que le sulfure d’arsenic jaune est excessivement soluble dans l’alcali volatil, avec décoloration complète. Ce réactif est des plus importans. L’infusum aqueux de noix de galle forme un précipité caillebotté, d’un blanc sale, dans lequel on reconnaît facilement l’antimoine. Les décoctions de plantes astringentes et amères, de quinquina, par exemple, décomposent l’émétique, et rendent son action sur l’économie à peu près nulle.

KERMÈS (OXISULFURE D’ANTIMOINE).

Ce corps est solide, d’un brun-pourpre, velouté, insoluble dans l’eau. En le faisant bouillir avec une solution de potasse, on obtient de l’oxide d’antimoine; en le calcinant avec du charbon et du carbonate de potasse, on met à nu l’antimoine. Le soufre doré ( oxisulfure sulfuré d’antimoine) est solide, sous forme de poudre d’un jaune orangé, et insoluble dans l’eau; il se comporte avec les réactifs comme le kermès. Le beurre d’antimoine (chlorure d’antimoine) est blanc, demi-transparent, onctueux en apparence, déliquescent volatil, fusible et cristallisable en tétraèdres. L’eau en précipite une poudre blanche de chlorure d’antimoine.

VERRE D’ANTIMOINE ( ACIDE D’ANTI- MOINE SULFURÉ VITREUX).

Ce sel est composé de sulfured’oxide d’antimoine et de silice; il est brillant et de couleur hyacinthe. Calciné avec du charbon, il donne de l’antimoine métallique. L’acide hydrochlorique le dissout, à l’exception de la silice. La potasse, la soude et l’ammoniaque; l’acide hydrosulfurique, les hydrosulfates et la noix de galle se comportent avec la dissolution hydrochlorique comme avec les solutions d’émétique.

A la dose de vingt à quarante grains, l’émétique peut produire des accidens mortels lorsqu’il est administré en une seule fois; il n’en est plus ainsi lorsqu’on le donne par doses successives dans l’état de maladie. Mais dans les cas malheureux, il enflamme violemment les tissus, et occasionne de petites escarres et des perforations spontanées. Les autres préparations agissent de même, à l’exception du beurre d’antimoine, dont l’action est toujours locale.

PRÉPARATIONS DE BISMUTH.

Ce métal est solide, d’un blancjaunâtre, fragile et d’une structure lamelleuse; il fond facilement à 256° ; il est soluble dans l’acide nitrique.

NITRATE DE BISMUTH.

Il est blanc, très-styptique, en poudre ou en cristaux qui forment des prismes d’un assez gros volume. L’eau versée sur ce sel le partage en nitrate acide et en sous-nitrate (blanc de fard ). Le nitrate acide donne un précipité d’oxide blanc par la potasse, la soude et l’ammoniaque; de sulfure noir par l’acide hydrosulfurique et les hydrosulfates. Le sous-nitrate est blanc, en poudre ou en paillettes nacrées, et noircit par l’hydrogène sulfuré. Les oxides mêlés à du charbon, et calcinés au rouge dans un creuset, donnent un culot métallique.

Tous ces composés sont irritans. Ils agissent à la longue d’une manière funeste sur le cœur.

PRÉPARATION D’OR.

L’hydrochlorate d’or est d’un jaune orangé très-foncé, d’une saveur styptique et désagréable; il cristallise en aiguilles, est déliquescent, et par conséquent très-soluble dans l’eau. Le protosulfate de fer donne dans la solution d’hydrochlorate d’or un précipité brun qui acquiert par le frottement, les caractères de l’or. L’hydrochlorate d’étain y fait naître le précipité pourpre de Cassius.

Sur la peau il occasionne des taches pourpres; il produit de petits ulcères sur les membranes muqueuses avec lesquelles il est en contact.

PRÉPARATION DE ZINC.

Le sulfate de zinc du commerce, contenant toujours du fer, est blanc, inodore, d’une saveur âcre et styptique. Lorsqu’on le calcine avec du charbon et de la potasse, le métal est réduit. Les hydrosulfates précipitent la dissolution en noir; l’hydrocyanate ferruré de potasse, y fait naître un précipité bleu foncé. L’ammoniaque en sépare l’oxide d’un blanc verdâtre, que l’on peut facilement redissoudre dans un excès d’alcali, et qui ne change pas de couleur à l’air.

PRÉPARATIONS DE PLOMB.

Ce métal est solide, blanc bleuâtre et brillant; très-mou; il est facilement rayé par l’ongle, et marque sur le papier; il est soluble comme le bismuth.

SEL DE SATURNE.

Il cristallise en longs prismes à quatre pans; il a une saveur sucrée qui devient bientôt astringente; il est efflorescent et très-soluble dans l’eau; sa dissolution dans ce liquide donne par les alcalis, un précipité blanc de protoxide de plomb hydraté, qui, chauffé avec le charbon dans un creuset, donne du plomb métallique; les acides sulfurique et carbonique, forment avec elle un sulfate et un carbonate insolubles; l’acide chromique et les chromates, un précipité jaune serin.

OXIDE DE PLOMB (PROTOXIDE, MASSICOT, LITHARGE.)

Il est jaune, fusible au-dessus du rouge-brun, et cristallise en lames jaunes par le refroidissement. Chauffé avec du charbon, il est réduit. Il est facilement soluble dans l’acide nitrique. — Le deutoxide (minium) est rouge jaunâtre pesant; il se réduit également par le charbon. L’acide nitrique le convertit en pretoxide qui se dissout, et en tritoxide qui est insoluble.

BLANC DE CÉRUSE ( SOUS-CARBONATE DE PLOMB.

Il est blanc et pesant, soluble avec effervescence dans l’acide nitrique. Le nitrate résultant, précipite par les réactifs comme les précédens.

Il serait dangereux de faire usage de vases de plomb pour renfermer ou préparer des alimens et des boissons. Les émanations de plomb donnent lieu à la colique dite des peintres. Lorsque des préparations de ce métal ont été données à des doses un peu fortes, la mort arrive avec les symptômes et les lésions des poisons irritans.

VERRE, ÉMAIL.

Les accidens causés par ces substances en poudre ou en petits morceaux dépendent entièrement de l’irritation mécanique qu’elles peuvent produire.

POISONS ANIMAUX.

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CANTHARIDES.

La poudre de cantharides est d’un gris verdâtre, et mêlée de points brillans d’un très-beau vert. Lorsqu’on la projette sur un charbon ardent, elle répand une odeur de corne brûlée. Le principe épispastique est une substance blanche, sous forme de petites lames cristallisées, qui se dissout dans les huiles et l’alcool bouillant, qui en laisse précipiter une partie parle réfroidissement, en paillettes cristallines insolubles dans l’eau.

Les cantharides ont une action spéciale sur les organes génito-urinaires. Les symptômes et les lésions auxquels cette poudre donne lieu, annoncent une violente inflammation; les signes d’irritation du système nerveux, prouvent que l’absorption a eu lieu.

Les moules déterminent quelquefois des vomissemens et de vives douleurs dans l’abdomen la respiration est difficile, stertoreuse ou convulsive; la suffocation imminente. La face est rouge et bouffie, plusieurs parties du corps sont tuméfiées, et la peau se recouvre quelquefois d’éruptions vésiculaires et pétéchiales, elle est le siége d’une démangeaison insupportable; les extrémités se refroidissent, le pouls est petit et misérable, les muscles se contractent convulsivement, et la mort survient dans quelques cas.

POISONS VÉGÉTAUX.

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L’extrait de narcisse des prés est rapidement mortel, à la dose d’un à deux gros. Il en est de même de l’écorce et de la racine de garou.

Les feuilles et l’extrait de gratiole sont aussi des poisons irritans très-énergiques.

L’émetine qu’on tire de l’ipécacuanha est solide, blanc, pulvérulent; sa solution alcoolique jouit des proprietés alcalines, et forme avec tous les acides minéraux, des sels précipités en blanc sale par la noix de galle. Cette substance est mortelle à la dose de 10 à 20 grains.

La staphysaigre contient un principe nommé delphine, solide, blanc, pulvérulent et opaque, lorsqu’il est sec; il est cristallin lorsqu’il est humide, insoluble dans l’eau, il se dissout facilement dans l’alcool et l’éther. L’acide nitrique le colore en jaune, ce qui le distingue de la strichnine et de la brucine, que cet acide colore en rouge. Six à sept grains de sels de delphine produisent la mort, qui est précédée de vertiges et de convulsions.

Les feuilles et la racine d’anénione, son extrait aqueux; les feuilles de la renoncule âcre, le suc qu’on en retire et l’extrait aqueux de la tige sont des irritans très violens. A la dose de plusieurs gros, l’extrait de chélidoine est mortel. Deux gros de gomme gutte causent la mort des chiens les plus robustes en moins de vingt-quatre heures, lorsqu’on a la précaution d’empêcher le vomissement. L’observation démontre aussi que les gaz qui se dégagent des feuilles du rhus rhadicans, lorsqu’elles ne sont pas exposées au soleil, sont très-vénéneux; lorsqu’on les recueille et qu’on y plonge les mains, ils déterminent la chute de l’épiderme. Il en est de même lorsqu’on touche les feuilles: celles-ci ainsi que leur extrait aqueux, donnés à la dose de deux à trois gros, occasionnent la mort.

Parmi les poisons irritans végétaux, il faut encore compter les graines du ricin, introduites dans l’estomac à la dose de un à deux gros, elles sont susceptibles de provoquer des accidens mortels; la graine et l’huile de pignon d’Inde; l’euphorbe qui, à la dose d’un à deux gros, cause une inflammation gastro-intestinale mortelle; l’extrait d’élaterium, qui à la dose de deux ou trois gros peut aussi déterminer la mort. On doit redouter les mêmes accidens de la racine de bryone, à la dose de un à deux gros; du fruit de la coloquinte à la dose de un à trois gros. Il est encore un assez grand nombre d’espèces végétales qui jouissent de propriétés irritantes, telles que la sabine, une foule de renoncules; la joubarde des toits, plusieurs clématites et rhododendrum, la couronne impériale, la pédiculaire des marais, et quelques arums.

POISONS NARCOTIQUES.

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Donnés à des doses capables de causer des accidens graves et funestes, on observe qu’ils agissent primitivement sur le cerveau, et la moelle épinière, dont ils troublent et paralysent les fonctions. Les individus soumis à leur influence, éprouvent de l’engourdissement et de la pesanteur de tête, tombent dans l’assoupissement, et succombent à un sommeil insurmontable; ils sont dans un véritable état apoplectique. D’autres voient toutes leurs facultés s’augmenter, leur imagination s’allume, ils ont des vertiges, sont pris d’un délire gai ou furieux, bientôt des douleurs, qui n’étaient que légères, deviennent insupportables, les malades jettent des cris plaintifs et s’agitent convulsivement. Les membres plient, et n’offrent plus de résistance, la paralysie suit la faiblesse. Les impressions ne sont plus ressenties, la pupille est dilatée ou contractée; le pouls acquiert de la plénitude et de la dureté ; souvent ralenti, il offre quelquefois de la fréquence. On remarque dans quelques cas des nausées et des vomissemens; la respiration devient lente et stertoreuse, ou fréquente et incomplète, la torpeur apoplectique fait des progrès; on n’apercoit plus que quelques mouvemens convulsifs partiels; ils cessent, et la mort a lieu.

A l’autopsie, on trouve une forte congestion du cerveau et de ses membranes; le cœur est mou et flasque, le sang noir et fluide, quoique l’un ait remarqué qu’il était quelquefois coagulé peu de temps après la mort; les poumons sont gorgés de sang, et le corps reste long-temps chaud et flexible; le canal digestif n’offre aucune trace d’inflammation. De ces considératious générales sur les poisons narcotiques, nous sommes naturellement conduits à leur histoire particulière.

MORPHINE.

A l’état de pureté, elle est solide, incolore, inodore; elle cristallise en prismes rectangulaires à quatre pans; elle est très-peu soluble dans l’eau, insoluble dans l’éther, se dissout dans l’alcool surtout bouillant, qui en laisse déposer la plus grande partie par le refroidissement. Cette solution ramène au bleu le papier de tournesol. Jetée sur les charbons ardens, la morphine fond avant de se décomposer; elle se comporte comme un alcali avec les acides qu’elle sature, et prend une très-belle couleur rouge, lorsque l’on verse sur elle quelques gouttes d’acide nitrique. Un atome de morphine finement pulvérisée, mis en contact avec une très-petite quantité de tritohydrochlorate de fer non acide, ou très peu acide, suffit pour lui communiquer une couleur bleue.

ACÉTATE DE MORPHINE.

Ce sel est extrêmement déliquescent, d’un blanc gris; soluble dans l’eau et l’alcool; l’ammoniaque en précipite la morphine, mais la redissout lorsqu’on l’emploie en excès, aussi convient-il de faire évaporer la dissolution. L’acide sulfurique dégage l’acide acétique, et il se forme un sulfate; l’acide nitrique donne une belle couleur rouge; il bleuit avec le tritohydrochlorate de fer, et sépare l’iode de l’acide iodique, comme la morphine. L’infusion de noix de galle, versée en petite quantité, donne un précipité blanc grisâtre qui se dissout facilement, pour peu que l’on y ajoute de l’eau ou un excès d’infusion.

Les personnes soumises à l’action de ces substances, à des doses trop faibles pour causer l’empoisonnement, ont de la céphalalgie, des étourdissemens, des vertiges; leur face et leurs yeux sont colorés, la pupille est contractée; elle ne se dilate que lorsque l’action est violente; il survient des nausées, des vomissemens; la constipation est ordinairement constante, l’émission des urines est difficile; le pouls perd de sa fréquence; la peau devient le siège de démangeasions. Lorsqu’on augmente la dose de la morphine ou de l’acétate de morphine, et qu’on la porte de cinquante à cent grains, on détermine la mort chez les chiens d’une forte stature, avec tous les symptômes d’une violente excitation encéphalo-rachidienne: cette action est beaucoup plus marquée, lorsque ces substances sont injectées dans les veines ou portées dans le tissu cellulaire.

A l’autopsie, on ne rencontre souvent aucune altération manifeste; dans d’autres cas on observe une forte congestion de l’appareil encéphalique.

NARCOTINE.

Elle est solide, blanche, inodore et insipide. Cette substance se dissout très-bien dans l’éther, et dans les acides; le nitrique la colore en jaune.

Dissoute dans les acides acétique ou sulfurique ou dans l’huile, et donné à la dose de 50 ou 40 grains, elle détermine de graves accidens: on observe alors des convulsions qui se renouvellent à de courts intervalles; la tête est renversée en arrière, et la faiblesse trop grande pour que les animaux puissent se soutenir, ils tombent de côté, poussent des cris plaintifs, et périssent huit ou dix heures après l’ingestion du poison. L’autopsie fait découvrir une vive irritation du canal intestinal, et une forte congestion encéphalo-rachidienne.

ACTION DE L’OPIUM SUR L’ÉCONOMIE.

Il faut reconnaître qu’on est encore loin d’être d’accord sur ses effets; voici cependant l’opinion qui paraît le plus généralement adoptée: l’opium, ses principes et ses diverses préparations, provoquent souvent une congestion cérébrale, qui cause cette exaltation intellectuelle, ce sentiment de bien-être qu’éprouvent ceux qui en font un usage habituel, lorsqu’ils se bornent à prendre de faibles doses. Si la congestion augmente, les facultés sont perverties, et il se manifeste du délire, des cris plaintifs, des rêveries, des images effrayantes; il y a des mouvemens convulsifs; la pupille est contractée. La congestion est-elle encore portée à un plus haut degré, symptômes apoplectiques, paralysie des extrémités inférieures; le cœur et la poitrine ralentissent leurs mouvemens, et la face est congestionée; la mort ne tarde pas à survenir.

OPIUM.

Il est solide, d’un brun rougeâtre en dehors, légèrement luisant, opaque, pliant, susceptible d’adhérer aux doigts, d’une odeur nauséabonde particulière. Sur des charbons ardens, il se décompose comme les substances végéto-animales, répand une fumée épaisse, d’une odeur ammoniacale, et laisse du charbon pour résidu. Lorsqu’on l’approche d’une bougie allumée, il brûle avec flamme.

La dissolution a l’odeur d’opium; elle rougit le papier de tournesol, et précipite en blanc légèrement jaunâtre par une petite quantité d’ammoniaque; ce précipité renferme de la morphine et de la narcotine; mêlé avec une très petite quantité d’amidon en poudre ou de gelée d’amidon, puis avec la dissolution d’acide iodique, ce liquide donne aussitôt une couleur bleue, parce que l’iode est mis à nu. Ce procédé suffit pour le laudanum de Rousseau et de Sydenham.

JUSQUIAME.

La poudre et l’extrait de cette plante provoquent de la céphalalgie et du trouble dans les perceptions; si l’on élève la dose, il survient des nausées, des vomissemens, des secousses convulsives, du délire. Dans les cas où les accidens sont plus graves, on observe l’assoupissement, l’état apoplectique, ou une stupeur marquée et la mort. On trouve à l’ouverture du corps, des signes de légère phlogose du tube digestif et l’injection sanguine de l’appareil encéphalo-rachidien. L’on prend souvent ses feuilles radicales, pour des feuilles de chicorée, et ses racines pour celles du panais.

La laitue vireuse, la solanine, et plusieurs autres végétaux jouissent de propriétés à peu près analogues, quoique moins énergiques.

ACIDE PRUSSIQUE, HYDROCYANIQUE.

Il est composé de carbone, d’azote et d’hydrogène; son odeur est si forte qu’elle occasionne instantanément de la céphalalgie et des étourdissemens; cependant dans une grande proportion d’air, elle rappelle celle des amandes amères. Ce liquide est très-volatil et décomposable; abandonné à lui-même, il noircit; sa propriété caractéristique est de former du bleu de Prusse, lorsqu’on le mêle avec quelques gouttes de potasse et une petite quantité de i de fer. On peut encore constater sa présence par le nitrate d’argent. Le cyanure d’argent qui se forme est blanc, caillebotté, lourd, insoluble à frond dans l’acide nitrique, soluble dans cet acide bouillant et dans l’ammoniaque.

ACIDE PRUSSIQUE PUR.

Il est de tous les poisons connus le plus actif et le plus promptement mortel. A des doses trop faibles pour causer instantanément la mort, on observe une gêne momentanée de la respiration, quelques convulsions, des paralysies partielles ou générales, des vomissemens, des déjections fréquentes. Les animaux périssent narcotisés. Lorsque les effets de ce poison ont été rapidement mortels, on ne découvre aucune lésion sur les points de l’économie avec lesquels il a été mis en contact. Les veines sont gorgées d’un sang noir et épais, et les tissus exhalent une odeur d’amandes amères.

POISONS NARCOTICO — ACRES.

Tous les symptômes déterminés par les substances de cette classe, prouvent leurs effets irritans sur le canal intestinal et le système cérébro-spinal; ils sont continus et ne présentent pas d’intermittence. Les malades ont de l’agitation, du délire, des mouvemens convulsifs; la pupille est contractée; ils jettent des cris aigus, le pouls est petit, irrégulier, chez quelques-uns le narcotisme domine. A l’autopsie, on remarque les lésions que produisent les poisons des deux classes précédentes.

Les propriétés des racines de colchique, de varaire, des graines de cévadille, de vératrine, sont vénéneuses à des doses plus ou moins élevées.

La scille enflamme les parties avec lesquelles elle est mise en contact; à la dose d’un gros sur le tissu cellulaire d’un chien, elle peut causer la mort. L’extrait de digitale, porté subitement à la dose de huit à dix grains, d’un demi gros sur des chiens soumis aux expériences, détermine tous les signes d’une violente irritation gastro-encéphalique.

La racine, les feuilles et les fruits de Belladone jouissent de la remarquable propriété de dilater la pupille. Les symptômes d’empoisonnement auxquels cette plante donne assez fréquemment lieu sont les suivans: sécheresse de la gorge, efforts pour vomir; yeux hagards, pupilles dilatées, vision confuse, délire ordinairement gai, vertiges, rire sardonique, trismus, impossibilité d’avaler, agitation continuelle, oppression, éruption de taches gangréneuses à la peau, pouls petit, serré, sueurs, froid des extrémités, mort.

Les feuilles, la tige et l’extrait de pomme épineuse possèdent les mêmes propriétés. Nous mentionnerons également le tabac: le laurier rose, les ciguës, l’œnanthe safranée, l’ellébore noir et le napel.

La fève de Saint-Ignace, la noix vomique, l’upastienté, doivent leurs propiétés vénéneuses à l’alcali végétal appelé strichnine. Il est sous forme de poudre blanche que l’on trouve composée de petits prismes à quatre pans, terminées par des pyramides à quatre faces surbaissées; il est d’une amertume insupportable, se dissout assez bien dans l’alcool et les huiles volatiles, sature les acides. La strichnine verdit le sirop de violettes, est insoluble dans l’eau, et se décompose lorsqu’on le chauffe, en produisant une épaisse fumée, et laissant un charbon volumineux.

Un grain d’extrait alcoolique de noix vomique cause promptement la mort d’un chien assez gros, en produisant des accès de tétanos, qui, en se prolongeant, déterminent l’asphyxie complète. Quand la dose est beaucoup plus forte, l’animal périt par l’action même de la substance sur le système nerveux. Quand on touche l’animal soumis à l’action de cette substance, il éprouve une secousse semblable à celle d’une forte commotion électrique. Après la section de la moelle épinière, et même la décollation complète, les effets continuent quelque temps; caractère distinctif de la strichnine. Après la mort on ne trouve aucune lésion de tissu qui puisse indiquer la cause qui l’a produite. Les symptômes déterminés par l’emploi de la fausse angusture et de la brucine sont à peu près les mêmes.

Le camphre, la coque du Levant, la picrotoxine et l’upas antias n’ont pas la même énergie; les deux dernières substances sont les plus actives; il ne faut que dix à douze grains de la première pour causer la mort, tandis qu’il faut trois ou quatre gros de camphre ou de la coque du Levant pour occasionner les mêmes résultats. Il survient des convulsions horribles, la respiration s’embarrasse, et la mort paraît dépendre de l’asphyxie. On trouve à l’autopsie des inflammations locales, qui prouvent combien leur contact immédiat est irritant.

CHAMPIGNONS

M. Richard fils a donné les caractères suivans comme ceux qui peuvent le plus constamment faire reconnaître les espèces vénéneuses: en général, dit-il, il faut rejeter les champignons dont l’odeur et le goût sont désagréables; ceux dont la chair est mollasse et aqueuse; ceux qui croissent dans des lieux ombragés et trop humides, qui se gâtent avec facilité ; ceux dont le goût est amer, astringent ou trop poivré ; ceux qui changent de couleur quand on les entame. Une teinte rouge, brillante, est souvent l’indice de qualités délétéres, comme on l’observe dans la fausse oronge et plusieurs autres espèces dangereuses; cependant l’oronge vraie, qui offre cette coloration, est une des espèces les plus saines Les champignons les plus vénéneux sont la fausse oronge, l’amanite vénéneuse, l’oronge visqueuse dartreuse, l’oronge blanche, l’oronge à pointe de trois quarts, l’oronge à câpres, l’agaric annulaire, l’agaric brûlant, l’agaric meurtrier, l’agaric caustique et l’agaric styptique.

Les symptômes de l’empoisonnement par les champignons n’apparaissent pas immédiatement; ce n’est qu’au bout de cinq ou six heures, et quelquefois d’un temps beaucoup plus long qu’on les voit survenir. Les malades éprouvent des nausées, de la chaleur abdominale, des douleurs presque continues et très vives. Ils ont des vomissemens fréquens, et de nombreuses évacuations alvines, la soif ne peut être apaisée, le pouls est petit, dur et fréquent. Plus tard, on observe des convulsions générales ou partielles, des défaillances, dessueurs froides et de l’assoupissement. Le plus ordinairement l’intelligence persiste jusqu’à la mort.

A l’autopsie on remarque des taches nombreuses, et d’une couleur violette, répandues sur les tégumens; le ventre est ballonné ; l’estomac ainsi que les intestins offrent de larges taches gangréneuses, des traces d’une violente inflammation, et ces organes sont tellement contractés, que leur cavité a disparu. Les autres viscères présentent des traces d’inflammation.

Le seigle ergoté que l’on vante beaucoup aujourd’hui dans les accouche-mens laborieux, pris en grande quantité, détermine cependant des douleurs très-vives aux extrémités, des éruptions cutanées, semblables à des morsures de puces; un état d’engourdissement et d’ivresse, des convulsions; les pieds se sphacèlent; les mains, le nez et les oreilles sont quelquefois aussi affectés de gangrène.

Quant à l’alcool (esprit de vin) et l’éther (éther sulfurique), par lesquels nous terminons les poisons de cette classe, à fortes doses, ils occasionent les symptômes de l’apoplexie, et agissent comme les poisons irritans. Les effets de l’éther sont les mêmes que ceux de l’alcool, dont ils sur passent l’énergie.

POISONS SEPTIQUES ou PUTRÉFIANS.

Table des matières

On donne ce nom aux substances qui déterminent la prostration des forces, des syncopes, la dissolution des humeurs le plus ordinairement sans trouble des facultés intellectuelles. Tels sont particulièrement le gaz hydrogène sulfuré, le méphitisme des égouts, des puisards, des fosses d’aisance, les venins de certains animaux, et quelquefois les alimens qui ont subi un commencement de décomposition putride. On a vu des boudins fumés trop anciens, des saucisses gâtées occasionner un malaise général, une douleur épigastrique, des vomissemens opiniâtres, l’aphonie, la dyspnée, un engourdissement général, des lypothimies, et dans quelques cas la mort.

On a trouvé le pharynx, l’œsophage et le canal alimentaire enflammés, et présentant des taches gangréneuses; le cœur était flasque et affaissé.

Toutes ces connaissances acquises, l’homme de l’art chargé de faire un rapport sur un cas supposé d’empoisonnement, doit se rappeler que des lésions anciennes et long-temps méconnues, des affections aiguës et violentes, ont souvent simulé l’empoisonnement. Il peut arriver, par exemple, qu’une personne qui jouit d’un état de santé apparent, soit prise, subitement et sans causes connues, d’accidens très-graves, auxquels elle succombe très-rapidement. Si un médecin a été appelé près du malade, il doit avoir la précaution de faire conserver les matières rejetées, les vases dont on s’est servi, et il doit surtout noter avec le plus grand soin la marche et les symptômes de la maladie; l’examen des lésions est aussi fort important, quoique leur absence ne démontre aucunement que l’empoisonnement n’a pas eu lieu. Plusieurs maladies simulent l’empoisonnement par la soudainéité de leur invasion, la rapidité de leur marche, la gravité de leurs symptômes; il ne sera pas inutile de les indiquer en peu de mots.

Choléra-morbus. L’autopsie, les circonstances de la maladie, l’absence des substances vénéneuses, peuvent seules faire prononcer que l’empoisonnement n’a pas lieu. Perforations spontanée de l’ estomac. Elles se montrent particulièrement à la base de l’estomac, à la partie qui correspond à la rate et au diaphragme. Le plus ordinairement, il n’y a pas d’épanchement, la partie ulcérée de l’estomac s’est accolée aux parties voisines; si l’on détruit ces adhérences, il s’écoule de l’estomac un liquide visqueux et onctueux, sans fétidité, mélangé de molécules noirâtres; les bords sont mous, frangés, quelquefois enduits d’une ligne noirâtre plus ou moins marquée; partout ailleurs, l’estomac conserve sa forme et sa consistance ordinaires. Les caractères des perforations produites par les poisons irritans peuvent offrir des différences manifestes; leurs bords, au lieu d’être amincis, coupés en biseau, frangés, sont épaissis, comme calleux, offrant des colorations diverses. L’analyse des matières et les épreuves chimiques tentées sur les parties altérées sont les meilleurs moyens de lever les doutes. — Iléus (colique de miserere). Un symptôme qui semble indiquer cette maladie, est le vomissement des liquides injectés en lavement. L’autopsie n’a souvent démontré auuune lésion organique apercevable. — Etranglement intestinal; l’autopsie ne laisse jamais aucun doute. — Hématémèse ou méléna. L’examen des causes, des symptômes, met sur la trace de la maladie. L’ouverture montre souvent des altérations organiques profondes, et l’on ne peut découvrir aucune trace de poison.

EXAMEN DU CADAVRE D’UNE PERSONNE

QU’ON SOUPÇONNE EMPOISONNÉE.

Lorsqu’on examine le cadavre d’une personne supposée empoisonnée, il faut recueillir toutes les matières contenues dans le canal intestinal, afin de les soumettre ensuite à de nouvelles épreuves. Pour cela, on place deux ligatures sur la partie supérieure de l’œsophage, en laissant entre elles une pouce d’intervalle environ; l’on répète cette opération sur l’extrémité inférieure du rectum, et l’on incise alors les organes entre les deux ligatures; l’on détache avec soin le tube digestif dans toute sa longueur, et avant d’en faire l’ouverture, on examine soigneusement la surface extérieure, pour s’assurer qu’il n’existe pas de perforation, ou de solutions de continuité accidentelles, et l’on absterge avec une éponge. L’on ouvre ensuite l’œsophage, l’estomac et les intestins, en ayant soin de porter la partie que l’on observe au-dessus d’un vase de terre ou de porcelaine, dans lequel s’écoulent les liquides contenus; on râcle la muqueuse avec le dos de l’instrument, ou on l’essuie avec une éponge de moyenne grosseur, afin de recueillir complètement toutes les matières, et l’on note les altérations que l’on rencontre, en détaillant leurs caractères, le point du tube digestif auquel elles correspondent, et l’aspect des substances qui les recouvrent, ou que l’on trouve près d’elles.

S’il y a solution de continuité aux intestins, on circonscrit l’altération par une ou deux ligatures, on enlève et l’on conserve toutes les parties désorganisées, et l’on éponge les liquides répandus dans l’abdomen, afin de les soumettre à des épreuves expérimentales.

On place alors le tube digestif dans un vase que l’on remplit d’alcool; l’officier civil appose ensuite les scellés; on conserve également les liquides recueillis dans un vase bien fermé et scellé.

Nous allons maintenant tracer quelques règles pour faciliter à l’homme de l’art les moyens de reconnaître la nature des poisons mineraux auxquels le crime a le plus frequemment recours.

Le médecin, chargé de faire un rapport, aura soin de se procurer tous les objets qui lui sont nécessaires. Ses réactifs devront être parfaitement purs. Ceux qui seront employés à l’état liquide seront plutôt concentrés qu’affaiblis. Il n’entreprendra ses expériences que devant une autorité judiciaire compétente, et fera appliquer les scellés s’il a besoin de plusieurs séances.

Dans l’examen des matières solides et liquides, on ne doit jamais opérer que sur une petite quantité à la fois, et on doit avoir également soin d’en réserver une partie pour assurer la valeur des conclusions. Dans tous les essais que l’on tente, on ne doit pas rejeter ou perdre aucun produit. Ceux qui ne servent plus seront réunis dans un vase particulier. On doit noter au fur et à mesure tous les résultats que l’on obtient; on s’épargne de cette manière beaucoup de temps et d’incertitude. Lorsqu’on croit avoir reconnu la nature du poison, on conseille de faire une préparation semblable, et d’examiner si l’action des réactifs est la même, ou à peu près pareille. Enfin l’homme de l’art ne doit jamais communiquer d’avance, ni au magistrat, ni à aucune autre personne, les résultats et les conclusions de ses expériences.

ACIDES VÉGÉTAUX.

En traitant des poisons végétaux, nous avons déjà fait connaître les caractères distinctifs de la plupart d’entre eux, mais comme ils sont en général moins saillans que ceux des poisons minéraux, nous allons leur consacrer un chapitre spécial.

A cette classe appartiennent principalement les acides citrique, tartrique, oxalique, hydrocyanique. Pour les reconnaître, on verse un excès d’eau de chaux dans leur dissolution.

Acide citrique. Il ne forme pas de précipité à la température ordinaire; mais si l’on soumet la liqueur à l’ébullition pendant quelque temps, il se dépose du nitrate de chaux, qui est blanc. Acide oxalique. Il donne un précipité d’oxalate de chaux insoluble dans un excès d’acide. Acide tartrique. Il fournit également un précipité, mais qui est dissous par un excès d’acide. Acide hydrocyanique, le nitrate d’argent forme avec cet acide un cyanure d’argent, blanc, cailleboté, lourd, insoluble dans l’eau et l’acide nitrique à froid, soluble dans un acide bouillant et dans l’ammoniaque.

POISONS VÉGÉTAUX.

Projetés sur les charbons incandescens, ils brûlent et répandent une odeur de caramel ou de vinaigre, et laissent du charbon pour résidu.

Les alcalis végétaux sont la brucine, la morphine, la narcotine, la strichnine, l’émétine, la delphine, la vératrine, la picrotoxine.

Parmi les alcalis ceux qui rougissent par l’acide nitrique sont, la strichnine (non parfaitement pure), la brucine, la morphine.

La strichnine rougit le sirop de violettes, est insoluble dans l’eau, et se décompose lorsqu’on la chauffe, en produisant une épaisse fumée, et laissant un charbon volumineux. La morphine bleuit par un très petite quantité de tritohydrochlorate de fer. Elle se fond par la chaleur sans se décomposer, ressemble alors à du soufre en liquéfaction, et cristallise par le refroidissement. La brucine traitée par l’acide nitrique concentré lui communique une couleur rouge, elle jaunit lorsqu’on élève la température. Le protohydrochlorate d’étain lui donne alors une belle couleur violette, ce qui permet d’en reconnaître de très petites quantités.

Les autres alcalis ne rougissent pas par l’acide nitrique. La narcotine est le seul dont la dissolution alcoolique ne ramène pas au bleu le papier de tournesol rougi par un acide. La picrotoxine se dissout dans cinquante fois son poids d’eau distillée; mise sur des charbons ardens elle se boursouffle et répand une odeur de résine.

L’émétine est le seul qui précipite en flocons d’un blanc sale, par l’infusion de noix de galles.

La delphine est précipitée par les alcalis, sous forme de gelées. La solution alcoolique de vératrine ramène au bleu le papier de tournesol rougi par les acides. La vératrine est décomposée par le feu et laisse un charbon volumineux.

EMPOISONNEMENT LENT.

La distinction est ici assez difficile à faire, mais un médecin instruit peut cependant l’établir. Les symptômes que déterminent les poisons, ne diffèrent que dans leur degré d’intensité ; et en les comparant avec la constitution et l’état de l’individu, en étudiant chaque exacerbation qui suit l’ingestion d’une nouvelle dose de poisons, les intermittences qui se rapportent à quelques particularités de la conduite du malade, on remarquerait des phénomènes qui ne pourraient s’expliquer, paraîtraient étranges et insolites, el par cela même devraient appeler toute l’attention du médecin.

Il arrive souvent que l’on a à examiner si l’empoisonnement a été volontaire ou criminel. Il faut dans ce cas rechercher le genre d’empoisonnement, l’âge du sujet, l’état de santé habituel, le nombre, la gravité d’anciennes lésions organiques, et le degré de développement intellectuel.

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11 октября 2024
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