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Xavier Galezowski, Albert Kopff
Hygiène de la vue

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066325008
Table des matières
PRÉFACE
INTRODUCTION
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE PREMIER.
§ I er . — Ophtalmie des nouveau-nés
§ II. — Première enfance
§ III. — Deuxième enfance
§ IV. — Adolescence
§ V. — Age adulte. Virilité
§ VI. — Vieillesse
CHAPITRE II
§ I er . — Influence de l’hérédité sur la conformation de l’œil
§ II. — Influence de l’hérédité sur les affections oculaires de nature diathésique
CHAPITRE III
§ I er . — Myopie
§ II. — Hygiène de la vue dans l’hypermétropie.
§ III. — Conseils hygiéniques dans l’astigmatisme.
§ IV. — Conseils hygiéniques dans la presbytie
§ V. — Conseils aux personnes qui doivent porter des verres.
§ VI. — Des Lunettes.
CHAPITRE IV
§ I er . — De l’habitude en général.
§ II. — Influence du tabac.
§ III. — Influence de l’Opium et de la Morphine.
§ IV. — Influence de l’Alcool.
§ V. — Influence des Cosmétiques.
CHAPITRE V
DEUXIÈME PARTIE
SECTION I re
CHAPITRE PREMIER
CHAPITRE II
CHAPITRE III
SECTION II
CHAPITRE PREMIER
CHAPITRE II
TROISIÈME PARTIE
CHAPITRE I.
§ I er . — Instruction et éducation des aveugles.
§ II. — Travail et occupations des Aveugles.
CHAPITRE II
§ I er . — Généralités.
§ II. — Règles d’hygiène à l’usage des aveugles dont la cécité est incomplète.
CHAPITRE III.
CONCLUSIONS

PRÉFACE
Table des matières
Au moment où les questions d’hygiène sont à l’ordre du jour et où tout le monde paraît bien pénétré de leur importance, il nous a paru utile de condenser en un court exposé les lois qui président à la conservation de la vue et les conseils qui en découlent.
L’ignorance, l’inexpérience et les préjugés du public en pareille matière sont très grands, et depuis longtemps nous avons été frappés de voir la quantité considérable de personnes dont la perte ou la diminution de la vue n’était imputable qu’à des erreurs de ce genre.
Et pour ne citer que quelques exemples:
Combien de personnes savent qu’à partir d’un certain âge il importe de ne pas retarder le port des verres, lorsqu’apparaissent les premiers signes de la presbytie? La plupart du temps on s’imagine bien faire en attendant le plus possible et on ignore complètement que ces atermoiements peuvent devenir le point de départ de troubles divers plus ou moins sérieux.
Il en est de même dans les cas de myopie: comme nous avons l’occasion de l’observer journellement, des personnes atteintes de myopie forte sont persuadées qu’elles agissent sagement en portant pour voir au loin des verres d’un numéro relativement faible qui ne corrigent pas complètement leur myopie; d’autres croient qu’elles ne doivent pas porter de verres pour le travail. Toutes sont également étonnées lorsque nous leur donnons les conseils contraires.
Et l’ophtalmie des enfants nouveau-nés: cette affection est dangereuse assurément, mais cela provient en grande partie des négligences et des préjugés si condamnables qu’on lui oppose dans une grande partie du public et qui font d’elle une des causes les plus fréquentes de cécité, alors que par des soins méthodiques elle guérit presque toujours.
Une des lois principales pour ne pas dire la première de toutes, qui doit présider à l’hygiène oculaire, réside, on le comprend, dans les procédés d’éclairage employés pour les travaux de toute nature. Or, il n’est pas de règle d’hygiène qui soit plus négligée et depuis longtemps nous avons constaté avec regret que l’on ne s’inquiétait pas suffisamment de fournir à l’œil la quantité de lumière dont il a besoin, lumière qui constitue son élément et son modificateur naturels.
Nous avons pensé faire une œuvre utile en énumérant d’une part les dangers auxquels l’œil et la vue peuvent être exposés dans les diverses circonstances de la vie, et d’autre part en indiquant les règles à suivre pour éviter le plus possible ces dangers et les combattre avec fruit, règles qui nous ont été suggérées par notre expérience, notre pratique et nos études spéciales.
Notre livre s’adresse aux médecins qui n’ont pas fait de l’ophtalmologie une étude. spéciale et en même temps aux personnes étrangères à la science médicale. Les données scientifiques sur lesquelles nous nous basons sont exposées de façon à intéresser les premiers, sans être inintelligibles pour les seconds.
Les médecins encore inexpérimentés dans la pratique de l’ophtalmologie pourront lire notre livre avec un certain bénéfice, en y trouvant des aperçus nouveaux et instructifs sur des sujets qu’il leur sera utile de connaître.
Quant au public, il en retiendra des principes et des conseils pratiques, applicables à toutes les éventualités de la vie (âges, professions, etc.) et dont l’observation lui rendra de grands services pour la conservation de la vue, sans laquelle l’existence perd tout charme et tout intérêt.
Nous avons pensé bien faire en consacrant dans ce livre une partie spéciale à la Cécité et aux Aveugles, et en indiquant certaines règles d’hygiène qu’il convient d’appliquer à cette classe de malades, si nombreuse et si intéressante. Il ne faut pas laisser s’aggraver la situation des aveugles, il faut au contraire l’améliorer lorsque cela se peut, et en tout cas chercher à leur procurer tous les soulagements désirables, physiques et moraux.
Dr GALEZOWSKI, Dr KOPFF.
Paris, le 15 juillet 1888.
INTRODUCTION
Table des matières
«Tels sont les yeux, tel est le corps», a écrit Hippocrate.
Cet aphorisme, vrai au Ve siècle avant l’ère chrétienne, époque à laquelle il a été écrit, n’a fait qu’augmenter d’importance et de justesse avec les nombreuses époques scientifiques qui se sont écoulées depuis. Aujourd’hui, l’hygiène oculaire peut être considérée comme une application à la vue, des règles tracées par l’hygiène générale, étant donnés les liens qui unissent la plupart des affections oculaires aux grandes diathèses de l’organisme.
Les rapports entre l’hygiène oculaire et l’hygiène générale sont nombreux; nous voyons en effet la plupart des différents états constitutionnels retentir sur l’organe de la vision et un très grand nombre d’affections de l’œil n’être pour ainsi dire que la signature d’un état général qui y produit une localisation déterminée. L’alcoolisme, la tuberculose, le lymphatisme, l’arthritisme, la goutte, les affections cardiaques, l’albuminurie, le diabète, l’anémie, la chlorose, la grossesse, la ménopause, l’ataxie locomotrice, présentent constamment des déterminations oculaires; et souvent même, la manifestation oculaire existe seule pour révéler au médecin l’état général latent.
Les maladies aiguës, éruptives ou inflammatoires, telles que: rougeole, diphthérie, etc., exercent aussi leur influence sur la vue, comme du reste toutes les causes qui à un moment donné arrivent à ébranler plus ou moins profondément l’organisme.
En dehors des diverses influences qui peuvent agir sur la vue, l’œil en lui-même n’est-il pas l’organe le plus utile, le plus précieux et le plus noble; et à ce seul titre ne mérite-t-il pas des précautions et des soins spéciaux, dans le but de le conserver dans son intégralité et d’assurer le fonctionnement régulier de ses parties constitutives?
Les fonctions dont l’œil est chargé sont évidemment celles qui ont la plus grande importance dans la vie de l’homme, et qui lui sont le plus nécessaires pour se mettre en relation avec le monde extérieur, pour en apprécier les formes, les rapports et les beautés, et pour éveiller son imagination, d’après les impressions communiquées au cerveau par l’intermédiaire des nerfs optiques; et ce n’est pas sans raison que l’on regarde la cécité comme étant le malheur le plus affreux qui puisse affliger l’humanité.
Les anciens avaient l’intuition de l’influence exercée par une bonne hygiène sur le sens de la vue; et Hippocrate, Galien, Celse, Paul d’Egine, ajoutent souvent à leur thérapeutique locale la recommandation de donner des soins généraux hygiéniques.
Dans les traités de médecine et de chirurgie des époques qui suivent, on trouve aussi des conseils hygiéniques à l’usage des yeux. Et aujourd’hui, après les immenses progrès qu’a réalisés l’ophtalmologie, au point d’être devenue la plus exacte et la plus complète des sciences médicales, n’est-il pas nécessaire de lui tracer des lois hygiéniques spéciales et bien précises? En résolvant ce problème, nous répondrons aux besoins urgents du moment; d’autant plus que, s’il est une branche de l’hygiène dont les principes soient ignorés ou négligés par le public, et même par des médecins, c’est incontestablement l’hygiène oculaire.
Les divers modificateurs qui agissent sur l’organisme entier ont aussi une action plus ou moins directe sur l’œil; aussi la pratique de l’hygiène générale est-elle nécessaire avant tout. Étant données, d’une part, l’extrême délicatesse des différentes parties de l’œil, et de l’autre, la part prépondérante que cet organe prend à tous les actes de la vie, il paraît nécessaire de connaître spécialement comment il se comporte au milieu des modificateurs de toute sorte qui viennent agir sur lui et comment il peut résister à leur action. Dès la naissance, l’œil se trouve exposé à des causes nuisibles, et jusqu’à la mort et dans toutes les conditions sociales, il rencontre sans cesse des ennemis contre lesquels il importe de savoir se garantir. Que de maladies et d’infirmités seraient évitées si l’on connaissait bien ces ennemis et si l’on savait quelles armes il faut leur opposer! C’est dans ce but que nous avons conçu l’idée d’écrire l’hygiène de la vue.
Nous nous proposons d’étudier l’œil dans les différentes phases de l’existence et dans les principales conditions sociales, de rechercher la part qui dans certaines maladies doit être attribuée à telle ou telle influence, et surtout d’indiquer les règles prophylactiques à mettre en pratique pour le préserver de ce qui lui est nuisible.
L’hygiène tient aujourd’hui, et à juste titre, une place prépondérante dans la pratique médicale; la prophylaxie devient la préoccupation de plus en plus grande du médecin et le législateur y apporte sa sanction en donnant force de lois aux préceptes de la science. Les sociétés d’hygiène se multiplient dans toutes les villes importantes, et des congrès internationaux se réunissent périodiquement pour discuter les grandes questions qui intéressent la santé publique.
Au milieu de ce mouvement général, il nous a paru bon d’attirer l’attention sur les règles hygiéniques et prophylactiques qui sont spéciales à l’œil, assurés que c’était faire ainsi un travail utile.
Nous diviserons notre étude en deux grandes parties:
I. L’Hygiène privée;
II. L’Hygiène publique.
Dans la première partie, nous étudierons toutes les questions qui se rapportent aux individualités: les âges, les conditions d’hérédité, les différentes conformations des yeux (myopes, hypermétropes, etc...), et l’action de certains modificateurs (tabac, alcool.....) sur les yeux.
Dans la deuxième partie, nous nous occuperons des influences exercées par les modificateurs sur la vue des collectivités: influences météorologiques; influence de la lumière, ce modificateur essentiel de l’œil; influence des écoles, de l’éclairage... et des professions.
Pour faciliter la lecture de notre livre aux personnes qui ne sont pas initiées à l’anatomie de l’œil, nous plaçons avant de commencer, trois figures qui leur permettront de se rendre compte des différentes parties qui constituent le globe de l’œil (Fig. 1, 2 et 3).
Dans la figure 1, on voit: 1, l’iris qui se contracte, selon la plus ou moins grande quantité de lumière; 2, la pupille qui se montre à travers la cornée transparente; 3, la partie antérieure de la sclérotique, que l’on voit entre les paupières, et que l’on appelle vulgairement le blanc de l’œil; 4, la paupière supérieure; 5, la paupière inférieure.
Fig. 1. — Parties extérieures de l’œil (Dalton).

Fig. 2. — Coupe schématique de l’œil et de ses annexes.

La figure 2 représente: a, la peau des paupières; b, la conjonctive ou membrane muqueuse qui tapisse les paupières; c, la cornée transparente; d, la sclérotique; e, l’iris; f, le cristallin ou lentille chargée d’accommoder la vue aux distances, et qui devient opaque dans la cataracte;g, le corps vitré, concourant à la réfraction des rayons lumineux par sa parfaite transparence à l’état normal et servant de support à la rétine par sa consistance égale à celle du verre fondu; h, le nerf optique et la rétine; i, la rétine, membrane servant à la perception de la lumière et des couleurs; j, la choroïde, membrane servant: par sa partie antérieure ou ciliaire, à la nutrition des milieux transparents de l’œil; et par sa couche pigmentaire, à l’absorption des rayons qui ont déjà produit leur impression sur la rétine, comme cela a lieu dans les appareils optiques; k, l’orbite; l, l, les muscles externes de l’œil, qui font mouvoir le globe oculaire dans tous les sens.
Fig. 3. — Section verticale du globe de l’œil.

La figure 3 montre: 1, la sclérotique; 2, la choroïde; 3, la rétine; 4, le cristallin; 5, la membrane hyaloïde entourant le corps vitré 8; 6, la cornée; 7, l’iris.
PREMIÈRE PARTIE
Table des matières
HYGIÈNE PRIVÉE
CHAPITRE PREMIER.
Table des matières
HYGIÈNE DES AGES
§ Ier. — Ophtalmie des nouveau-nés
Table des matières
Les nouveau-nés, sont exposés à une affection, l’Ophtalmie dite des nouveau-nés, qui à elle seule est la cause la plus fréquente de la cécité, ainsi que l’attestent les diverses statistiques connues. Ce fâcheux état de choses tient aux traitements défectueux qu’on oppose à la maladie et au manque de prophylaxie. Une réglementation sérieuse, administrative et médicale, suffirait cependant pour triompher du mal victorieusement et diminuer d’autant le nombre des aveugles. C’est assez dire que cette affection doit occuper une place importante dans notre travail.
NATURE ET ÉTIOLOGIE. — Au moment même de la naissance, les yeux des enfants sont exposés à contracter l’ophtalmie purulente dite des nouveau-nés, et cela par contamination directe par les liquides infectieux dont ils peuvent recevoir le contact pendant l’accouchement. L’enfant a les yeux fermés à ce moment, mais le liquide contagieux reste dans les cils, sur le bord des paupières et pénétre dans le cul-de-sac conjonctival dès que les yeux s’entr’ouvrent. Quelquefois même, surtout dans les cas laborieux, les paupières peuvent s’entr’ouvrir avant que l’accouchement ne soit terminé, et alors la contamination se produit sur place.
Nous avons déjà bien des fois exprimé notre opinion sur l’étiologie unique et la spécificité de l’ophtalmie des nouveau-nés, et nous la maintenons plus que jamais. Lorsqu’on observe un cas d’ophtalmie purulente chez un nouveau-né, on peut être à peu près sûr que la mère était atteinte de pertes de nature virulente. On a incriminé les lochies, et des expériences ont été faites, desquelles il est résulté que les lochies de femmes saines d’autre part, ne pouvaient contaminer les yeux des enfants. Malgré ces expériences, il nous est difficile de ne pas attribuer un certain degré de virulence aux lochies, surtout pendant les épidémies de fièvre puerpérale. Quoi qu’il en soit, le liquide des pertes blanches leucorrhéïques dont nous parlons, contiennent des microbes (gonococcus) en grande quantité qui leur donnent leur spécificité et leur contagiosité, et qui se retrouvent également dans le pus conjonctival des ophtalmies des nouveau-nés, ainsi que l’ont démontré les recherches de Neisser.
Autrefois on attribuait l’ophtalmie des nouveau-nés à différentes causes, telles que le froid, la lumière, les traumatismes obstétricaux etc., et encore aujourd’hui le public et même des médecins croient à des influences de ce genre. Quant à l’ignorance et aux préjugés des parents et des sages-femmes à ce point de vue, ils sont encore enracinés à un degré incroyable. Un grand nombre d’aveugles qui peuplent les asiles ont perdu la vue par suite de cette ignorance ou de ces préjugés, l’ophtalmie de la naissance ayant été mal soignée, soignée trop tard ou même pas soignée du tout.
Arlt a décrit deux espèces d’ophtalmies des nouveau-nés; l’une bénigne, qui guérit en cinq ou six jours avec quelques soins de propreté ; l’autre maligne, avec chémosis et suppuration, et qui amène la destruction des cornées si elle n’est pas soignée à temps. Beaucoup de médecins, et même quelques ophtalmologistes, partagent cette manière de voir et admettent à côté de l’ophtalmie grave l’existence d’une ophtalmie bénigne, qui pour eux n’est qu’une simple conjonctivite catarrhale plus ou moins intense. Nous pensons que ces deux formes ne sont que l’expression à des degrés différents d’une seule et même cause, à savoir: l’infection par un liquide virulent; que cette virulence soit plus ou moins atténuée, que l’œil ne reçoive qu’une quantité minime de germes infectieux ou que les conditions de réceptivité de la muqueuse soient variables. En tout cas, les premiers symptômes sont toujours les mêmes dans les cas bénins comme dans les cas graves; et il n’est pas possible au début de porter un pronostic quelconque sur la marche et l’issue de la maladie. Il est donc dangereux au point de vue thérapeutique d’établir la distinction décrite par Arlt et d’instituer un traitement anodin dans les cas que l’on suppose bénins et simplement inflammatoires. Si la maladie doit être grave, ce traitement n’arrête nullement son évolution, et l’on s’aperçoit que l’on avait affaire à un cas grave lorsque la cornée est nécrosée, c’est-à-dire lorsque l’œil est sérieusement compromis. Les cas légers sont justiciables du même traitement que les cas plus sérieux; à quoi bon, en conséquence, établir une distinction dont la réalité n’est démontrée qu’en théorie, que la pratique condamne et dont elle démontre le danger?
L’affection débute régulièrement le troisième jour après la naissance, quelquefois plus tôt, et cette incubation à durée fixe vient encore à l’appui de sa nature spécifique. Lorsqu’elle ne se développe qu’après le cinquième jour, c’est que la résistance de la muqueuse conjonctivale était plus grande ou que le pus était peu abondant ou moins riche en gonococcus; mais toujours l’inoculation s’est faite pendant l’accouchement.
Dans les nombreuses statistiques qui ont été établies, l’ophtalmie des nouveau-nés occupe le premier rang parmi les causes de cécité en général. L’un de nous a attiré l’attention de la société de médecine publique sur les dangers de cette ophtalmie lorsqu’elle est mal soignée, et sur les moyens de conjurer ces dangers. Depuis 1870, il a été appelé à donner ses soins à 507 enfants atteints d’ophtalmie et sur ce nombre, III fois les enfants présentaient, au moment de leur première visite, des accidents plus ou moins graves, comme:

Les nombreuses statistiques recueillies par Fuchs donnent une moyenne de 30 0/0 pour le contingent de l’ophtalmie des nouveau-nés dans le chiffre total des aveugles. Elle est donc un des fléaux qui affligent le plus l’humanité, et sa prophylaxie doit sérieusement préoccuper les hygiénistes.
PROPHYLAXIE. — Quelles sont les mesures à prendre pour essayer de prévenir une maladie qui cause tant de ravages?
Beaucoup de femmes, qui n’avaient pas de pertes blanches avant d’être enceintes, en ont pendant les derniers mois de la grossesse. Une fois prévenu de cette particularité, le médecin doit tout d’abord y porter remède, au point de vue de la santé générale de la femme d’abord, et ensuite au point de vue de l’innocuité du futur accouchement; et dans ce but, il doit recourir aux irrigations antiseptiques. Ensuite, lorsque l’accouchement a commencé, il doit pratiquer largement les mêmes irrigations dans le but de chasser les liquides infectieux et de détruire leurs micrococcus.
Du reste, dans les maternités de Paris et de la plupart des grandes villes, on applique la méthode antiseptique avec injections chaudes aseptiques de liqueur de Van-Swieten ou d’acide phénique au 1/100, répétées de deux heures en deux heures environ, depuis le début du travail jusqu’après la délivrance, et ensuite deux fois par jour jusqu’à la première sortie de l’accouchée. Cette pratique, excellente pour l’hygiène générale de l’accouchée, nous paraît être en même temps très efficace pour la préservation de l’ophtalmie. Malheureusement, elle est souvent négligée dans la clientèle privée, par la plupart des sages-femmes et même par certains médecins, soit qu’ils en ignorent l’utilité, soit qu’ils la jugent inutile en dehors du milieu hospitalier. Cependant aujourd’hui, la plupart des médecins accoucheurs y ont recours, même dans leurs accouchements particuliers, pensant avec raison que les indications, pour n’être pas aussi urgentes que dans un établissement de maternité, n’en sont pas moins précises et les résultats pas moins avantageux.
Une fois l’enfant venu au monde, il faut procéder sans tarder au lavage et au nettoyage des yeux, avec une solution légèrement boriquée. C’est le plus souvent au moment où l’enfant entr’ouvre les paupières pour la première fois que l’infection de la conjonctive se produit. Peringer a démontré par des inoculations, que les gonococcus produisent leur effet virulent au bout de deux à trois minutes; il n’y a donc pas de temps à perdre et la désinfection des yeux doit être pratiquée séance tenante. Les procédés sont nombreux: lavages à l’eau chaude ou avec des liquides désinfectants à l’acide phénique, à l’acide borique, salicylique, etc.
Crédé va plus loin; il propose des lavages avec l’acide salicylique, suivis immédiatement de l’instillation d’une goutte de solution de nitrate d’argent à 20/0. Nous sommes opposés à l’application de la méthode de Crédé en tant que méthode préventive, car s’il n’y a pas eu d’inoculation leucorrhéique, elle est dangereuse; et si cette inoculation a eu lieu, elle est incapable d’enrayer la maladie et d’empêcher son apparition.
Il faudrait introduire la pratique prophylactique dans toutes les maternités et dans la clientèle privée. L’Etat et la société ont là un devoir humanitaire à remplir, en contribuant, par l’adoption et la réglementation de certaines mesures, à l’extinction d’un mal qui chaque année coûte la vue à tant d’enfants. Le docteur Brière (du Havre), d’accord avec la municipalité, fait distribuer aux parents des enfants dont on déclare la naissance, une petite brochure qui les instruit des dangers de la maladie, leur indique les précautions à prendre et surtout leur recommande de faire appeler sans retard un médecin, si le mal persiste seulement vingt-quatre heures. En 1880, le gouvernement français attira l’attention des populations sur ce sujet, par une note insérée au Journal des Communes; l’Allemagne fit rédiger un manuel à l’usage des sages-femmes; l’Autriche, en 1882, dans une ordonnance, conseilla la méthode de Crédé et aujourd’hui cette méthode est établie dans presque tous les services d’accouchement d’Allemagne. Nous avons dit plus haut ce que nous pensions de sa valeur prophylactique, et nous n’y reviendrons plus. Les congrès d’ophtalmologistes s’occupent chaque année de cette importante question et sont unanimes à faire un appel aux autorités compétentes. L’État protège la vie des citoyens, leurs propriétés... pourquoi ne ferait-il pas des lois pour protéger la vue des enfants?
Voici du reste les principaux desiderata que l’on peut formuler:
1° Le public devrait être instruit du danger de l’ophtalmie purulente, des conséquences que toute négligence peut amener et de l’urgence qu’il y a à faire appeler un médecin sans le moindre retard. Fieuzal propose avec raison de faire insérer cette instruction dans le livret des familles ou dans les calendriers populaires.
2° L’antisepsie sera pratiquée dans tous les cas, pendant le travail de l’accouchement; antisepsie de l’accouchée par des irrigations désinfectantes, et antisepsie de l’accoucheur ou de la sage-femme.
3° Lavage des yeux de l’enfant dès la naissance avec des solutions antiseptiques, telles que:

4° Les sages-femmes devraient être initiées à l’étude de la maladie, de ses causes et des premières précautions à prendre. Il devrait leur être interdit de traiter elles-mêmes l’ophtalmie purulente. Elles seraient tenues de rendre compte à la municipalité des cas d’ophtalmie, lorsque les parents, par insouciance ou indigence, négligeraient d’appeler un médecin.
5° Il y aurait lieu d’instruire les médecins de façon à ce qu’ils n’aient pas besoin du concours d’un spécialiste, qui peut faire défaut dans un très grand nombre de localités.
6° On devrait prescrire au médecin de l’état civil d’examiner avec soin les yeux de tous les nouveau-nés. De la sorte la maladie pourrait être soignée dès le début et avant que la cornée n’ait subi aucune altération.
Les soins devraient être donnés d’après une instruction rédigée par une Commission d’ophtalmologistes; cette instruction serait très nette et suffisamment détaillée. C’est dans les trois premiers jours après la naissance que la visite du médecin de l’état civil est faite, et c’est habituellement dans les mêmes délais que la maladie se déclare; c’est donc lui qui devrait être chargé d’examiner les yeux de l’enfant et d’avertir du danger, s’il trouvait la moindre inflammation.
TRAITEMENT. — Lorsque par suite du manque de prophylaxie ou malgré la prophylaxie, la maladie commence à se manifester, il faut agir sans le moindre retard, tout délai pouvant coûter la vue de l’enfant. C’est alors que la présence d’un médecin compétent est indispensable. Encore de nos jours il faut bien l’avouer, les remèdes de bonnes femmes sont en grand honneur contre cette affection, et il n’est malheureusement pas rare d’entendre les mères qui apportent leurs enfants contaminés dans les cliniques ou les consultations, avouer qu’elles ont pratiqué telle ou telle médication plus ou moins étrange, d’après les conseils d’une voisine ou d’une sage-femme.
L’ophtalmie des nouveau-nés est une affection très grave et qui amène la cécité lorsqu’elle est négligée ou mal soignée; au contraire, elle devient une affection bénigne lorsqu’elle est combattue en temps voulu et d’après certaines règles.
Les méthodes de traitement varient encore selon les praticiens, mais toutes ont pour base l’antisepsie. Plusieurs auteurs ont obtenu des cas de guérison avec des lotions boriquées, ou même avec de simples lavages à l’eau chaude pure; c’est qu’ils avaient à faire à des ophtalmies bénignes, en raison du faible degré de virulence du pus, ou par suite du peu de réceptivité de la muqueuse conjonctivale de l’enfant. Comme il n’est pas possible de distinguer au début les cas bénins des cas graves, il faut agir systématiquement chaque fois qu’on est en présence de la maladie; et selon nous, il faut considérer toute ophtalmie comme étant spécifique et la soigner comme telle: notre avis est formel à cet égard.
Le traitement héroïque est incontestablement le nitrate d’argent au 1/40; mais il faut avoir soin d’en faire l’application deux fois par jour (condition indispensable) afin d’empêcher la repullulation des gonococcus qui se reproduisent en abondance lorsqu’on les abandonne vingt-quatre heures à eux-mêmes. Il va sans dire que le badigeonnage des conjonctives avec la solution de nitrate d’argent est immédiatement suivie de l’application d’une solution salée. Le nitrate d’argent est un antiseptique puissant qui va atteindre les micro-organismes jusque dans les cellules épithéliales de la conjonctive.
Nos propres statistiques attestent hautement la supériorité de cette méthode sur toutes les autres. Lorsque l’enfant est amené dans les premiers jours de la maladie et que le traitement est appliqué régulièrement et surtout deux fois par jour, la guérison est infaillible.
Les soins de propreté et les lavages ne sont que le complément de cette thérapeutique qui n’a jamais donné d’insuccès. La grande contagiosité du pus indique assez quelles précautions il faut prendre dans les maternités, les crèches et les établissements d’enfants trouvés, et aussi dans les familles, pour éviter la propagation aux autres enfants ou aux grandes personnes.
Il faut isoler les enfants contaminés, aérer largement les salles communes, éviter l’encombrement, observer minutieusement les soins de propreté et veiller à ce que les linges et les éponges ne servent seulement qu’à l’enfant malade.
Lorsqu’il y a du gonflement des paupières et une suppuration abondante, les personnes chargées des lavages et des instillations auront bien soin de ne pas se placer en face de l’enfant et de détourner la tête au moment d’entrouvrir les paupières. Par suite de la tension intra-palpébrale, le pus est projeté en avant avec violence, et s’il atteint les yeux des personnes voisines, c’est pour les contaminer. Les exemples de ce genre ne sont malheureusement que trop fréquents.
C’est en négligeant toutes ces précautions que la maladie se propage d’enfant à enfant ou aux grandes personnes, et qu’on en arrive à attribuer à une influence épidémique ce qui provient simplement de contaminations successives par les linges, les éponges, les doigts, les eaux de lavage, les éclaboussures, les oreillers, etc.
Lorsqu’il n’y a qu’un œil atteint, il faut tâcher de préserver le second en couchant l’enfant sur le côté malade, en protégeant l’œil sain par une bande ou une espèce de verre de montre comme cela se pratique en Belgique, et en multipliant les soins de propreté. Il faut également, par des voiles et des moyens appropriés, protéger les yeux contre les mouches qui dans les pays chauds surtout, sont souvent des agents de transport du pus contagieux, ainsi que Cuignet l’a observé en Algérie et Anagnostakis en Grèce.
Ce long chapitre sera-t-il lu par d’autres lecteurs que des médecins? Nous l’espérons beaucoup et nous souhaitons qu’il laisse dans leur esprit un souvenir qui leur sera utile le jour où ils auront un enfant.
§ II. — Première enfance
Table des matières
Après la naissance, une fois le danger de l’ophtalmie purulente évité ou conjuré, on doit surveiller les yeux des enfants, afin de les protéger contre les diverses influences qui peuvent leur être nuisibles.
Les organes de l’enfant sont tous novices dans l’exercice des diverses fonctions qui leur sont dévolues. Les premières impressions qu’ils reçoivent doivent être graduées avec de grands ménagements pendant un temps plus ou moins long, afin de ne pas amener de conflits préjudiciables aux organes eux-mêmes. Il faut faire peu à peu leur éducation, leur apprendre pour ainsi dire à recevoir les impressions extérieures sans en être froissés et les y acclimater par degrés. C’est la peau qui est appelée à être tout d’abord en communication avec le monde extérieur. La surface cutanée, par son développement et la dissémination des impressions qu’elle reçoit, supporte mieux le choc de cette première impression tactile et prépare en quelque sorte les organes plus délicats, comme l’œil, l’oreille... à leurs perceptions spéciales.
INFLUENCE DE LA LUMIÈRE. — La lumière; qui est le modificateur naturel de l’œil, devient par conséquent son premier ennemi chez les enfants, qui du reste tiennent habituellement les paupières fermées, comme s’ils en redoutaient le contact.
Il faut donc veiller à ce qu’elle ne vienne jamais blesser leurs yeux si délicats; tourner les berceaux à contre-jour, les entourer de rideaux; éviter d’exposer les enfants au jour lorsqu’ils se réveillent; ne pas les tourner du côté des fenêtres, surtout si la lumière est vive, sous le prétexte de mieux les voir ou de jouer avec eux; à la promenade couvrir les yeux de voilettes bleues ou vertes plutôt que blanches, pour ne pas les éblouir ni les fatiguer; en un mot les garantir toujours de l’action trop. vive de la lumière solaire et surtout de la lumière artificielle. L’oubli de ces prescriptions, surtout pendant les premiers mois de la vie, peut être une cause de photophobie, d’irritations diverses, et peut exercer une fâcheuse influence sur l’acuité visuelle.
INFLUENCE DU FROID ET DE L’HUMIDITÉ. — Il faut également préserver les yeux des enfants de l’impression du froid et de l’humidité, qui peuvent provoquer des inflammations catarrhales plus ou moins vives des paupières et de la conjonctive. Aujourd’hui la constatation des naissances ayant lieu à domicile, on n’est plus obligé de porter à la mairie et par tous les temps, l’enfant qui vient de naître; cette excellente mesure a eu pour résultats de diminuer sensiblement le nombre des affections oculaires à frigore chez les enfants.
Il faut aussi protéger les yeux du vent, qui agit par le choc de son courant, par sa température et par les poussières qu’il soulève.
DÉVELOPPEMENT DU STRABISME. — Peu à peu on habitue l’enfant à la lumière, et à l’air extérieur; en même temps il se développe et commence à se mettre en relation avec le monde extérieur. Ses yeux entrent en fonction; il regarde avec curiosité les personnes qui l’approchent; il reconnaît celles qui l’entourent et le soignent habituellement; il cherche à se rendre compte de la forme et de la consistance des objets qui se présentent à lui, en les touchant et en les regardant.
On croyait autrefois, et l’on croit encore aujourd’hui dans le public, que le strabisme prend naissance pendant la première enfance sous l’influence de causes très variées telles que les suivantes:
Lorsque les berceaux sont éclairés latéralement, les yeux de l’enfant se tournent instinctivement du côté par où vient la lumière, et à la longue, grâce à la fréquente répétition de ces mouvements latéraux, il finit par loucher.
Les hochets et les jouets brillants que l’on fait miroiter dans tous les sens aux yeux des enfants pour les amuser, et en général tout ce qui attire leur regard en dehors de l’axe visuel, c’est-à-dire à droite ou à gauche, en haut ou en bas, doit au bout d’un certain temps, d’après ces théories surannées, occasionner du strabisme; et dans cet ordre d’idées, on a été jusqu’à incriminer les signes que les nourrices peuvent avoir à la mamelle, les taches ou les verrues dont les enfants eux-mêmes peuvent être marqués au nez, et qui détournent leur regard de la ligne droite. L’imitation, à laquelle les enfants sont naturellement enclins, a été également accusée d’être une cause de strabisme.
Nous ne nous arrêterons pas à réfuter ces diverses étiologies, que nous n’avons citées qu’en raison de leur étrangeté. Pour se convaincre de leur peu de valeur, il suffit d’observer que les enfants ne commencent en général à loucher que vers l’âge de trois ou quatre ans, alors que depuis longtemps les différentes causes que nous venons d’énumérer ont cessé d’agir et auraient déjà dû produire leur effet.
Cependant, il existe quelquefois un strabisme pour ainsi dire congénital, déterminé par des paralysies ou des contractures musculaires consécutives aux convulsions de la première enfance: ces cas sont du reste excessivement rares. La dentition peut aussi provoquer de la loucherie, mais alors elle est périodique et passagère; en tous cas, elle cesse avec la cause irritative. Les taches de la cornée, consécutives à des affections inflammatoires, amènent également de la loucherie par suite de la photophobie qu’elles occasionnent (théorie de Cuignet). L’œil atteint se cache instinctivement pour éviter le contact de la lumière, et cette déviation peut devenir permanente. La paralysie d’un des muscles de l’œil, l’amblyopie d’un œil, sont aussi des causes de loucherie.
Mais ainsi que l’a découvert Donders, la plupart du temps le strabisme est lié à un vice de réfraction et ne se manifeste que vers l’âge de quatre à cinq ans lorsque la vue commence à s’exercer de près, et que pour cela l’accommodation et la convergence entrent en action. Le plus souvent il s’agit d’hypermétropie, et dans ce cas, c’est un strabisme convergent qui se manifeste. Les trois quarts à peu près des enfants qui louchent en dedans sont des hypermétropes dont les yeux n’ont pas le même degré d’hypermétropie et qui cherchent instinctivement à se soustraire à une vision binoculaire pénible. Que ce soient les efforts exagérés de convergence de la part de l’œil le plus hypermétrope liés à ceux d’accommodation, comme le pense Donders; que ce soit le reflet ou la photophobie résultant de l’inégalité de réfraction des deux yeux (théorie de Cuignet), qui provoquent la déviation de l’œil, il n’en est pas moins certain que le strabisme dans la très grande majorité des cas et à l’exception de quelques cas très rares, est lié à l’hypermétropie, et que jamais il ne se manifeste avant quatre ou cinq ans, âge auquel la vision binoculaire commence seulement à s’exercer de près.
Les moyens sont nombreux pour rétablir la vision binoculaire abolie chez le strabique ou pour rétablir l’acuité visuelle de l’œil amblyope (occlusion de l’œil sain, prismes, stéréoscope, appareil antistrabique de Cuignet...). Quant au strabisme optique, hypermétropique convergent ou myopique divergent, il n’est guère justiciable que d’un traitement optique par des verres appropriés, suffisamment forts, périscopiques, portés constamment toute la journée pour le travail, pour les jeux et les promenades. Ce traitement peut être combiné dans certains cas rebelles, avec des cures de mydriatiques (atropine, duboisine ou homatropine) dans le but de paralyser l’accommodation et la convergence.
INFLUENCE DE L’ALLAITEMENT. — Les nourrices qui contractent des maladies oculaires pendant le cours de l’allaitement, pourront continuer de nourrir si l’affection dont elles sont atteintes est purement catarrhale. Si elle est de nature contagieuse, et si elle révèle une diathèse spéciale (syphilis, scrofulose.....) ou un état de faiblesse générale, le médecin appréciera la conduite à tenir, et selon les cas, décidera un changement de nourrice ou un nouveau mode d’allaitement.
Nous avons vu plus haut le peu d’importance qu’il faut ajouter à l’influence exercée sur la vue des enfants par les nourrices qui louchent ou qui portent au sein des signes pouvant attirer le regard de l’enfant.
SOINS DE PROPRETÉ. — La propreté la plus grande devra être observée pour les lavages des yeux; on les pratiquera régulièrement, avec des éponges fines qui ne serviront qu’à cet usage et en évitant le contact irritant du savon.
Les localisations oculaires de la scrofulose sont fréquentes (ophtalmies, blépharites...); il faut chercher à en combattre le développement par des soins locaux de propreté, en même temps que par une bonne hygiène générale (aération, régime...).
Les sociétés protectrices de l’enfance, les sociétés maternelles, les administrations des crèches, les salles d’asile, qui veillent aux soins généraux à donner aux enfants, devraient prescrire des instructions spéciales concernant les yeux. Car si des conseils de ce genre sont salutaires pour les enfants élevés dans leur famille, combien plus ils le deviennent pour ceux qui vivent en commun! Un oculiste devrait être attaché à ces établissements, avec mission de les visiter régulièrement, pour y rechercher les enfants atteints de maladies d’yeux, leur donner des soins, éloigner les cas contagieux, et provoquer les mesures nécessaires. Combien d’affections oculaires contagieuses se propagent dans ces milieux, par suite du manque de précautions et de soins! Il y a là encore une grande lacune à combler, dans l’intérêt de la vue des enfants.
§ III. — Deuxième enfance
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La deuxième enfance commence après le sevrage et va jusqu’à l’âge de deux ans. Pendant cette période, il faut continuer l’observation des règles précédentes, tout en atténuant la rigueur de certaines d’entre elles. Les organes des sens se fortifient et s’aguerrissent; leur impressionnabilité excessive après la naissance, leur permet maintenant de recevoir sans trop de secousse, mais encore avec de grands ménagements, les impressions extérieures. La lumière artificielle pour laquelle les yeux n’ont pas encore la résistance nécessaire doit toujours être absolument évitée.
Les soins de propreté doivent être plus sévères que pendant la première enfance; l’enfant commençant à marcher et ayant le libre usage de ses bras, il voudra toucher à tout et se salira plus facilement les mains, qu’il peut porter ensuite à ses yeux, ce qui provoquera des ophthalmies.
La scrofulose étant cause d’un grand nombre de manifestations oculaires, doit être combattue par tous les moyens généraux en usage (exercices physiques, existence au grand air, etc...).
Le nombre des affections oculaires dues à la dentition est très fréquent (phlyctènes, tic des paupières, etc.), aussi faut-il surveiller cette période avec un certain soin. Du reste toutes les fonctions (digestion, respiration.....) doivent être l’objet de l’attention; car souvent leurs troubles peuvent occasionner certaines maladies des yeux (affections herpétiques). Les convulsions auxquelles les enfants sont sujets pendant la période de dentition peuvent également devenir le point de départ d’affections paralytiques des yeux.
§ IV. — Adolescence
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Nous réunissons dans ce même paragraphe, la troisième enfance de deux à sept ans, l’adolescence de sept à quinze ans, la puberté de quinze à vingt ans, et l’âge adulte de vingt à trente ans.
En effet, les influences qui peuvent agir sur la vue depuis l’âge de deux ans jusqu’à celui de vingt ans, sont à peu près les mêmes, avec des degrés d’intensité différents.
L’enfant, au sortir de la première dentition, commence à vivre de la vie extérieure; les fonctions de relation se perfectionnent et les facultés cérébrales sont mises en activité. La deuxième dentition s’opère par poussées successives pour se terminer à la puberté ; et pendant cette longue période, l’accroissement général des divers systèmes de l’organisme suit son développement progressif et continu. Les périodes de transition doivent être surveillées, parce qu’elles sont souvent cause de phlyctènes, d’abcès et d’ulcérations de la cornée, de névralgies, etc.
JOUETS ET JEUX. — Vers l’âge de deux ans, l’enfant commence déjà à échapper à la surveillance maternelle qui le protégeait pendant les premières années. Il devient turbulent et aime à jouer avec d’autres enfants ou avec des jouets. Il se trouve exposé par là même à des accidents nombreux (blessures, corps étrangers, etc.). Les statistiques des traumatismes de l’œil en général, attestent une proportion moyenne de 30 0/0 pour le seul chiffre des blessures chez les enfants. Ces blessures proviennent de l’insouciance ou de l’imprudence des parents qui ne surveillent pas suffisamment les enfants, les laissent toucher à tout (couteaux, ciseaux, plumes d’acier, etc.) et surtout leur donnent des jouets dangereux, tels que fusils à capsules, arbalètes, flèches, pétards, etc. Les exemples d’accidents provenant de ce fait et ayant amené la perte de l’œil sont très nombreux, et l’on se demande pourquoi la vente des jouets dangereux pour les yeux n’est pas prohibée, encore plus rigoureusement que celle des jouets peints avec des couleurs nuisibles. Il y a donc une grande surveillance à exercer pendant toute une période où l’enfant passe presque tout son temps à jouer.
INSTRUCTION. — Arrive le moment où l’on songe à l’instruction qui est nécessaire à l’enfant et pour laquelle on va l’envoyer à l’école et au collège, où pendant une quinzaine d’années environ il va se servir de ses yeux pour ainsi dire sans relâche. On demande dès lors à son accommodation d’entrer en fonction et ses facultés visuelles vont être exposées à se modifier et à s’altérer d’une façon souvent irrémédiable. Aussi consacrons-nous un chapitre spécial à une question d’aussi grande importance. Personne n’échappe à l’influence des écoles et sans empiéter sur ce chapitre, nous pouvons déjà dire que l’on ne doit pas commencer trop tôt l’instruction des enfants. L’important, comme le répète avec insistance Arnould et comme le pensent tous les hygiénistes, c’est d’abord de favoriser le développement des forces physiques, et il est contraire à une bonne hygiène de vouloir demander de trop bonne heure au cerveau une certaine somme d’application.
Cette question du surmenage intellectuel est aujourd’hui à l’ordre du jour, et dans le cours de la discussion qui a eu lieu à l’Académie de médecine, Perrin a fait observer que souvent des céphalalgies opiniâtres attribuées au surmenage ne sont dues qu’à des phénomènes d’asthénopie. Le travail dans les livres commencé prématurément hâte en effet le développement de la myopie, fatigue l’accommodation et engendre des troubles asthénopiques qu’il est prudent d’éviter, en adoptant une méthode d’instruction plus logique et plus saine.
La méthode de Froebel (instruire en jouant) devrait être universellement répandue. Dès l’âge de quatre ans, on donne aux enfants ce qu’on appelle des leçons de choses, sans lire ni écrire. Ce n’est qu’un peu plus tard et très progressivement qu’on arrive à demander davantage aux yeux qui sont encore débiles et qui ont besoin de s’accoutumer petit à petit à la fixation et à l’accommodation.
CHOIX D’UNE CARRIÈRE. — Arrive le moment de choisir une carrière: on se préoccupe du goût de l’enfant, de celui des parents, de certaines convenances de famille, de la santé générale, etc., mais on ne s’inquiète presque jamais de savoir si l’enfant aura l’aptitude visuelle nécessaire et si les obligations de la carrière choisie ne seront pas excessives et nuisibles pour sa vue. Il faut faire pratiquer l’examen des yeux par un homme compétent et ne faire un choix que si l’aptitude visuelle existe en même temps que les autres aptitudes.
ORGANES GÉNITAUX. — Une grande cause de troubles oculaires chez l’enfant, chez l’adolescent et chez le pubère, résulte du développement des organes génitaux. C’est l’âge critique, pendant lequel les jeunes gens contractent des habitudes vicieuses qui peuvent nuire au développement normal et régulier du système nerveux. L’organisme entier subit les conséquences fâcheuses et quelquefois irrémédiables de ce vice; les sens, et surtout le sens de la vue, en ressentent plus particulièrement le contre-coup. Les yeux deviennent larmoyants, rouges et congestionnés, ils s’enfoncent sous les orbites, s’entourent de cercles violacés, deviennent incapables de supporter aucun travail assidu et s’affaiblissent de plus en plus. Le regard perd son expression et devient vacillant, atone, vague et incertain. Il se produit de la photophobie, des sensations de mouches volantes; les pupilles sont dilatées et l’amblyopie s’accentue de plus en plus. Dans l’intérieur de l’œil on ne constate aucune altération.
L’imprudence des parents est souvent la cause de ces habitudes funestes. On néglige de surveiller les enfants à ce point de vue, et c’est là une erreur dangereuse; car, ainsi que le dit Michel Lévy: «Le berceau a ses périls et ses mystères de dépravation».
Combien d’enfants sont pervertis dès l’âge de cinq et six ans par les domestiques! Les collèges et les pensionnats peuvent aussi devenir des foyers de contagion morale. Aussi le devoir des parents et des maîtres est-il de veiller avec une grande sollicitude sur les habitudes des enfants, sur leur entourage, sur leurs lectures, leurs fréquentations, leurs jeux et leur sommeil. Il faut leur éviter tout ce qui peut solliciter ou exciter prématurément les sens, occuper leur intelligence et maintenir un salutaire équilibre dans l’organisme par des exercices en plein air, l’activité physique, la gymnastique et l’hydrothérapie. Il faut éviter l’influence malsaine de l’oisiveté, veiller à ce que les enfants ne restent jamais inoccupés et arriver à fatiguer leur corps dans une juste mesure hygiénique.
Lorsque, malgré tout, on constate l’existence du vice, il faut s’adresser à la volonté et à la raison, exposer aux enfants les misères physiques auxquelles ils s’exposent, frapper leur imagination par ce tableau et ne pas craindre d’aborder cette question sans détours. Beaucoup de parents y mettent une fausse honte et une pudeur mal comprises.
§ V. — Age adulte. Virilité
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C’est l’époque où le développement de l’organisme est complet et définitif. Les fonctions des organes peuvent s’accomplir sans entraves, les passions se donnent un libre cours et les facultés sont à leur apogée, jusqu’au moment où s’annonce la période de déclin, plus ou moins tôt suivant les individualités. C’est la période de l’existence proprement dite, celle pendant laquelle les grandes influences inhérentes à la vie humaine et sociale exercent surtout leur action. Nous les étudierons aux chapitres spéciaux des différents modificateurs hygiéniques, en tant qu’ils agissent sur la vue (Habitations, éclairage, aliments, boissons, atmosphère, habitudes, etc.).
Il y a certaines règles qui sont utiles à observer pour l’hygiène oculaire en général, et qui sont le plus souvent ignorées ou négligées. On sait ce qui convient ou ne convient pas à son estomac, on sait qu’on a la poitrine ou la gorge délicates et on prend des précautions appropriées; observe-t-on les mêmes soins pour l’œil, cet organe si précieux et si sensible?
VEILLÉES. — Le sommeil est un besoin impérieux de l’organisme; après les fatigues physiques et intellectuelles de la journée, il se produit une incapacité nerveuse, qui réclame énergiquement du repos. C’est sur les yeux que se font sentir les premiers appels du sommeil; les paupières se ferment comme paralysées, le regard se trouble, la pupille se dilate et l’œil se porte en haut et en dedans: de tous les sens c’est celui de la vue qui s’endort le premier. C’est qu’aussi il a fonctionné sans relâche, alors même que d’autres parties du corps étaient dans le repos. Dans toutes les occupations de diverse nature qui ont fourni le contingent de la journée, il a été obligé de jouer un rôle tantôt actif, tantôt passif, c’est pourquoi il a un besoin invincible de repos. Du reste, lorsqu’on est fatigué, on ferme instinctivement les yeux quelques instants et l’on se sent soulagé. Le sommeil est donc une loi pour l’œil, comme pour le cerveau, comme pour les muscles, et on ne peut enfreindre cette loi sans encourir certaines conséquences et sans nuire au fonctionnement régulier de la vue. Or, s’il est une loi d’hygiène à laquelle on se soustrait continuellement, sans même s’en préoccuper ou même s’en douter, c’est la loi de la périodicité du sommeil. L’activité de l’œil a une limite physiologique au delà de laquelle il se produit de la fatigue et de l’usure par surmenage. Les veillées exagérées amènent à la longue des résultats de ce genre, étant donné surtout qu’à l’influence des veillées vient s’ajouter celle plus nuisible encore de la lumière artificielle.
Un grand nombre d’affections oculaires externes et internes proviennent des veillées qui sont devenues l’usage dans le monde. Il ne faut pas rechercher ailleurs la pathogénie d’une foule de conjonctivites, d’affections lacrymales, de névralgies périorbitaires, d’hypérémies externes et internes entraînant à leur suite des choroïdites, de l’amblyopie, surtout chez les personnes qui ont une prédisposition diathésique ou qui sont atteintes de vices de réfraction. Nous ne parlons pas des gens qui de tout temps passent leurs nuits à veiller (gens de plaisir, joueurs) et dont l’hygiène générale laisse également beaucoup à désirer. Nous visons les gens dont l’existence est régulière, et qui, en faisant de la nuit le jour, ne font que suivre le courant mondain et se conformer aux exigences de la mode.
TRAVAIL. — Ce que nous disons des veillées consacrées aux plaisirs, concerne également les veillées réservées au travail, que ce travail soit la conséquence de certaines professions qui exigent un labeur nocturne, ou qu’il soit facultatif. Bien des hommes ont besoin de la tranquillité et du recueillement de la nuit pour fournir un travail sérieux, et pour faire jaillir les idées de leur imagination. Le danger est peut-être plus grand pour eux que pour les gens du monde; car ils subissent encore, outre la fatigue de la lumière, celle de l’accommodation et d’une tension d’esprit qui réagit sur la circulation intra-oculaire. Nous pensons qu’il s’agit là d’une habitude dont on a fini par se faire une nécessité et qu’il serait facile de perdre tout à fait, ou tout au moins de modérer, afin de sauvegarder l’intégrité de la vue, sans parler des conséquences nuisibles pour la santé générale, dont nous n’avons pas à nous occuper ici.
Les personnes dont les yeux sont faibles et délicats doivent éviter tout travail à la lumière artificielle et celles qui ont les yeux bien constitués feront bien de s’imposer des limites raisonnables. Chacun peut apprécier la force de sa vue, c’est-à-dire savoir si elle est susceptible de se fatiguer facilement ou capable de bien supporter la lumière, la lecture et le travail assidu. Il faut proportionner l’exercice de la vue à sa force et savoir s’arrêter lorsqu’on sent de la fatigue, des maux de tète, des picotements et de la cuisson des paupières. Il faut savoir couper un travail prolongé par des intervalles de repos, varier autant que possible la grandeur et l’éloignement des objets sur lesquels doit s’appliquer la vue, varier aussi les positions pendant le travail; marcher lorsque l’on est resté un certain temps assis, afin de régulariser la circulation et de prévenir la congestion de l’œil; éviter le passage subit de la lumière à l’obscurité et réciproquement. Pour que l’œil se conserve intact, il faut que les impressions qu’il reçoit aient une intensité moyenne, et qu’en se répétant elles n’excèdent pas les limites physiologiques qui lui sont dévolues. Et de même que le tact s’émousse par les frottements et par les maniements d’instruments et d’objets grossiers, de même le sens de la vue s’affaiblit et perd de sa finesse sous l’influence d’impressions visuelles trop vives et trop fréquemment renouvelées.
EXERCICE. — L’homme reste toujours inférieur aux autres espèces animales sous le rapport de la perfection et de la finesse des sens. Pour arriver à donner au fonctionnement de la vue de la souplesse et de l’acuité, il a besoin de lui faire faire une certaine éducation. Il est un fait connu, c’est que les gens qui d’habitude vivent à la campagne et dont la vue s’exerce sur les vastes horizons de la nature, finissent par acquérir une acuité et une portée visuelles surprenantes, qui leur fait apprécier sûrement les grandes distances, la forme, la couleur et les rapports des objets environnants et éloignés. N’est-ce pas là un nouvel enseignement en faveur de la méthode d’instruction en plein air? Emmener souvent les écoliers hors des quatre murs du collège, les transporter dans les plaines, les montagnes, les champs et les forêts, ce sera fortifier et affiner leur vue, en même temps que la soustraire aux influences scolaires si nuisibles pour elle. Une fois sortis des écoles, les jeunes gens continueront à prendre de l’exercice et son heureuse influence s’étendra également à la fonction visuelle, qui pour être excellente, a besoin d’une harmonie et d’un équilibre parfaits entre toutes les autres fonctions. L’exercice, en combattant les effets de certaines diathèses, empêchera la production de leurs déterminations oculaires. Enfin, l’exercice sera surtout indispensable aux personnes adonnées aux travaux de l’esprit, à celles que leurs occupations forcent à mener une vie sédentaire, aux gens de bureaux et aux personnes qui travaillent sur des objets petits et rapproches. Par une promenade au grand air, où la vue s’exercera sur des objets éloignés, on obtiendra le repos des yeux après leur application forcée et continue, ainsi que la détente de l’accommodation surmenée quelquefois jusqu’au spasme.
EXCÈS GÉNITAUX. — Les abus génitaux produisent un affaiblissement général et progressif de l’organisme, des symptômes nerveux provenant de lésions cérébro-spinales (ataxie locomotrice, amblyopie, paralysie de la troisième ou de la sixième paire), et enfin de l’atrophie des papilles. Un grand nombre d’atrophies papillaires ne reconnaissent d’autre cause que les excès génésiques. Il faut par conséquent savoir se régler et observer une certaine modération, comme du reste dans toutes les fonctions de l’économie en général, et surtout lorsqu’on a déjà la vue naturellement faible.
LECTURE AU LIT. — Il existe une habitude excessivement répandue et qui ne peut avoir que des inconvénients pour la vue, c’est la lecture au lit. Ce genre de lecture exige la contraction de certains muscles pour donner au globe de l’œil une position correspondante à celle du livre; de plus la position horizontale du corps fait que les rayons lumineux passent près du bord palpébral inférieur et à travers les cils, ce qui produit un brisement et une diffusion plus ou moins grande du faisceau lumineux. Il est rare aussi, qu’étant couché au lit, on ait à sa disposition un éclairage suffisant du livre qu’on veut lire.
Si l’on veut obvier à ces inconvénients, il faut ouvrir largement les paupières, ce qui devient encore une cause de fatigue. Dans tous les cas, la lecture au lit nécessite des efforts fatigants qui n’existent pas avec la lecture dans la position assise. Ces efforts souvent répétés, surtout lorsque les yeux sont délicats, deviennent une cause de troubles divers (asthénopies musculaire et accommodative, développement et progression de la myopie, amblyopie...) sans compter les conséquences provenant de la lumière artificielle qui dans ces conditions vient de côté et produit sur le livre un éclairage inégal et défectueux, provoquant un surmenage de l’accommodation.
La lecture au lit répétée journellement est donc une habitude nuisible dont il faut interdire sévèrement la pratique aux enfants, et dont il faut savoir se passer lorsqu’on n’y est point obligé. Il ne faut en tout cas en user qu’avec grande modération et seulement lorsque l’on jouit d’une très bonne vue.
LECTURE EN CHEMIN DE FER ET EN VOITURE. — Un mode de lecture dont il faut encore user avec précaution, c’est la lecture en chemin de fer, en voiture et en marchant. Les secousses imprimées aux livres et aux journaux par les trépidations des voitures et de la marche, forcent l’accommodation et les muscles de l’œil à un travail incessant qui amène très vite de la fatigue. Les personnes qui voyagent beaucoup en chemin de fer et qui circulent continuellement en voiture feront bien d’user avec grande prudence de la lecture dans ces conditions, de s’en abstenir complètement si elles ont le moindre vice de réfraction et de ne pas attendre la sensation de fatigue pour s’arrêter.
SOINS DE PROPRETÉ. — Est-il besoin de recommander la propreté à des adultes et à des hommes faits? Nous ne le pensons pas. Cependant les personnes qui négligent plus ou moins cette partie de l’hygiène ne font pas d’exception en faveur de leurs yeux et contractent ainsi des affections externes (conjonctivites, blépharites, inflammations des voies lacrymales...) plus ou moins intenses. Mais la négligence dans les soins de propreté peut entraîner des conséquences plus graves lorsqu’il s’agit de personnes atteintes d’affections contagieuses, telles que: conjonctivite catarrhale subaiguë, ophtalmie purulente, blennorrhagie, pertes blanches..... C’est alors qu’il faut veiller avec une attention excessive à la propreté des mains, du linge, des éponges..... afin de ne pas s’exposer ou de ne pas exposer les personnes de son entourage à des contaminations dangereuses. Combien pourtant sont fréquents les accidents de ce genre! On n’a pas soin de se laver les mains chaque fois qu’elles ont pu être souillées et l’on se frotte ensuite les yeux; ou bien on s’essuye les mains avec un mouchoir ou une serviette dont on se sert ensuite ou dont d’autres personnes se servent pour les yeux, etc...
Nous conseillons de s’habituer à ne se servir seulement que du petit doigt lorsqu’on veut essuyer le coin des yeux, lorsqu’on y sent une démangeaison, ou quand il s’agit d’éliminer un corps étranger. Cette recommandation s’applique également aux médecins: le petit doigt en effet, sert moins que les autres pour toucher les parties souillées ou malades, et par là même présente plus de garanties pour ne pas contaminer les yeux.
Quant aux personnes qui ont l’habitude et le souci de leur propreté, nous leur conseillons comme un excellent moyen hygiénique de se faire de temps à autre, par exemple le matin et le soir au moment de leur toilette, des lavages à grande eau, très chaude, avec une éponge appliquée à plusieurs reprises et pendant quelques minutes sur les paupières fermées. C’est là une excellente pratique d’hygiène oculaire, dont l’usage devrait être généralisé. Elle entretient la vitalité des tissus de l’œil, en dissipant ces hypérémies habituelles causées par les fatigues, le travail assidu, les veilles, la lumière, l’air trop vif, le vent... Sous l’influence de la chaleur, les vaisseaux se dilatent momentanément, pour ensuite se contracter par la réaction et ramener ainsi l’équilibre dans la circulation. L’action du froid est tout opposée; elle produit d’abord la contraction vasculaire à laquelle succède la dilatation et par conséquent la congestion.
DENTS CARIÉES. — Les dents cariées et les chicots peuvent être le point de départ de troubles oculaires des plus variés: paralysies et spasmes musculaires, paralysie et spasme du muscle accommodateur, asthénopie, photophobie, tic des paupières, larmoiement, etc... Il importe donc, ne fût-ce qu’au seul point de vue de l’hygiène oculaire, de ne pas négliger les soins prescrits par l’hygiène dentaire.
AFFECTIONS OCULAIRES. — Les moindres inflammations des yeux doivent être immédiatement soignées, autrement on s’expose à voir s’établir des affections chroniques du côté de la cornée, de la conjonctivite ou du bord des paupières.
Il existe une tendance pour ainsi dire générale, qui consiste à aller consulter les pharmaciens quand on a mal aux yeux: cela ne vaut pas la peine, dit-on, de déranger un médecin pour si peu. Ce qui arrive de moins fâcheux, c’est que le pharmacien vende un collyre simplement anodin et insuffisant (eau de roses par exemple), et dans ce cas la maladie abandonnée à elle-même continue son évolution; le malade confiant, persiste dans ce traitement négatif, et c’est lorsque le mal a atteint un certain développement qu’il s’adresse à un médecin compétent. D’autres fois, le pharmacien prescrit indistinctement et dans tous les cas un collyre à l’atropine, qui n’étant pas nécessaire, ne peut occasionner que des inconvénients par la paralysie de l’accommodation, ou même des dangers si l’œil a une prédisposition ou une poussée glaucomateuse. Une maladie légère souvent, et en tout cas susceptible d’être enrayée dans sa marche, finit par compromettre la vue et par demander un traitement indéfini, grâce à l’insouciance des malades, à ce préjugé si enraciné et si funeste qui procure tant de clients aux pharmaciens, et grâce aussi, il faut bien le dire, à la complaisance de ces derniers.
Une surveillance à cet égard devrait être sérieusement exercée, car la responsabilité de bien des cas de cécité incombe à des pharmaciens ou à des sages-femmes, et nous ne saurions trop insister pour que la moindre affection oculaire fût considérée comme une chose sérieuse ou pouvant le devenir, et qu’elle soit toujours soumise à l’examen d’un médecin.
§ VI. — Vieillesse
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L’âge de retour constitue une période critique qui annonce et prépare par une gradation lente et continue la décadence sénile. Elle commence entre cinquante et soixante ans, plus ou moins tôt selon les constitutions et les conditions hygiéniques. Les organes s’affaiblissent, les fonctions diminuent d’activité et la vieillesse s’établit petit à petit avec ses attributs caractéristiques: Nutrition languissante, stérilité, stases sanguines par défaut de circulation, tendance aux congestions; atrophies et scléroses musculaire, vasculaire, nerveuse et cérébrale; fonctionnement de l’organisme de plus en plus languissant et difficile.
MODIFICATIONS SURVENANT DANS L’ACUITÉ VISUELLE ET DANS L’ACCOMMODATION. — Les organes des sens suivent une marche régressive et l’œil notamment perd peu à peu les qualités qui en assuraient le parfait fonctionnement. L’acuité visuelle décroît sous l’influence de l’âge, suivant une progression que Donders a calculée et formulée. Elle descend à 2/3 vers l’âge de 60 ans et à 1/2 vers soixante-quinze ans.
MODIFICATIONS SURVENANT DANS LE CRISTALLIN. — Donders a également calculé la progression suivant laquelle le point proximum de la vision s’éloigne de plus en plus avec les années pour aller rejoindre le point remotum à l’infini, vers l’âge de soixante-quinze ans: c’est la presbytie, à laquelle nous consacrerons plus loin un chapitre spécial. Elle est due à la dégénérescence sénile du cristallin, qui commence par une sclérose ou densification du noyau cristallinien. Ce processus sénile diminue progressivement l’élasticité du cristallin et le rend par suite de moins en moins accessible à l’action du muscle accommodateur. Sa transparence n’est pas altérée, mais la dégénérescence que subit l’enveloppe des ses fibres lui donne une teinte jaune d’ambre. Cette coloration augmente sensiblement entre soixante et soixante-dix ans, et finit par s’étendre à toute la masse, de sorte qu’il réfléchit une certaine partie de la lumière incidente et que sa transparence finit par devenir moins parfaite. Souvent, chez le vieillard, la transparence du cristallin se trouve encore troublée par de petites opacités périphériques disposées en anneaux et qu’on a appelées gérontoxon ou cercle sénile du cristallin. La limpidité reste intacte dans toutes les autres régions et n’est troublée que dans la périphérie. Ces opacités restent généralement stationnaires pendant tout le reste de la vie, à moins que la santé s’altérant pour une cause ou l’autre, la nutrition du cristallin ne se trouve modifiée, ce qui amènera la cataracte en complétant l’opacification. La cataracte sénile n’est donc pas un phénomène physiologique de la vieillesse, elle est une maladie engendrée par des affections constitutionnelles et dyscrasiques, des altérations oculaires, des excès de la vue, et en général par toutes les causes qui peuvent compromettre la nutrition du cristallin. Si l’un de ces facteurs n’intervient pas à un moment donné, le cristallin conserve sa transparence malgré sa dégénérescence physiologique et il ne se produit pas de cataracte.
MODIFICATIONS SURVENANT DANS LA CORNÉE. — Le gérontoxon ou arc sénile de la cornée est dû à une dégénérescence d’une bande circulaire de la périphérie de la cornée. Il n’occasionne ni douleur, ni irritation et ne gêne nullement la vision. Il n’existe pas de corrélation entre le gérontoxon de la cornée et celui du cristallin, mais il en existe avec les altérations athéromateuses du système aortique, comme l’ont démontré les recherches de M. le professeur Peter; et l’on peut en déduire des indications pour l’hygiène générale et le régime à suivre.
On n’oubliera pas que les cornées atteintes de gérontoxon suppurent facilement sous l’influence des traumatismes et l’on ne manquera pas de tenir compte de ce renseignement dans le cas d’une opération à pratiquer sur la cornée.
MODIFICATIONS SURVENANT DANS LES PAUPIÈRES ET LES VOIES LACRYMALES. — La peau des personnes âgées perd peu à peu son élasticité et les fibres du muscle orbiculaire se contractent irrégulièrement. Il en résulte tantôt du spasme qui amène à la longue de l’entropion, tantôt un relâchement avec ectropion consécutif. La déviation des points lacrymaux est la conséquence de ces différents phénomènes et de là des affections lacrymales qui s’observent toujours en si grand nombre chez les vieillards.
La photophobie est aussi très fréquente et elle est occasionnée par les affections des voies lacrymales et les troubles du cristallin. Les tissus jeunes se défendent mieux contre la lumière que ceux qui ont perdu leur souplesse. Dans les pays chauds, cette photophobie peut devenir une cause occasionnelle d’ophtalmie granuleuse ou purulente, par les besoins de frottements qu’elle provoque et qui amènent à un moment donné une inoculation spécifique.
PROTECTION DES YEUX. — L’œil du vieillard subissant le processus régressif comme les autres tissus de l’organisme, perd en même temps que ses aptitudes visuelles, sa force de résistance aux influences extérieures de toutes sortes: air froid, vent, humidité et surtout lumière. Il faut donc lui en éviter et lui en ménager autant que possible le contact, et prendre des précautions presque analogues à celles que l’on prend pour les yeux des enfants. Il faudra se garantir contre l’influence de la lumière artificielle, et ne pas abuser des veilles trop prolongées; se protéger contre le froid et le vent; ne pas lire longtemps dans la journée et jamais le soir à la lumière; ne pas avoir des occupations qui demandent une grande application visuelle, se lotionner les paupières tous les matins à l’eau chaude...
Chez la femme, la ménopause, par les troubles qu’elle apporte à la circulation, est très souvent le point de départ d’affections oculaires graves, provenant la plupart du temps d’hémorrhagies des vaisseaux profonds ou de troubles dans la nutrition de l’œil. Les yeux devront être ménagés avec attention pendant cette période et on leur évitera les excitations et les fatigues qui pourraient devenir le point de départ de perturbations dans la circulation intra-oculaire.
Il est absolument indispensable d’opposer à la presbytie le port des lunettes, ainsi que nous le dirons plus loin. Nous condamnons formellement le préjugé qui retarde le plus possible l’usage des verres, sous le prétexte qu’il peut être nuisible à la vue. Bien au contraire, c’est ce retard lui-même qui est nuisible et qui peut amener des troubles intra-oculaires et même le développement de la cataracte, par suite des efforts d’accommodation qu’on impose à un muscle accommodateur relâché et à un cristallin dégénéré.
Les conserves seront nécessaires dans les cas si fréquents d’affections lacrymales, de photophobie. et d’opacités capsulaires. On fera bien d’en porter également en dehors de ces cas particuliers, pour protéger les yeux contre la lumière et contre les irritations de toute nature.
EXERCICE. — L’exercice est indispensable au vieillard dans une mesure proportionnée à ses forces: il porte le sang vers la périphérie et combat la tendance aux congestions internes dûe au ralentissement de la circulation et dont les yeux sont menacés comme les autres organes.
RÉGIME. — Pour cette même raison, on sera très sobre, on n’usera que très modérément des excitants et des alcooliques, et l’on combattra avec soin la constipation qui est si fréquente à cette époque de la vie. Les choroïdites séreuses et atrophiques reconnaissent souvent pour cause une constipation opiniâtre et les hémorroïdes qui l’accompagnent; sans compter les altérations du côté des membranes internes, et entre autres les hémorrhagies provoquées par les efforts pour aller à la garde-robe. Il est donc nécessaire d’assurer la régularité de cette importante fonction par les moyens habituels (Pilules d’aloès et de rhubarbe; eaux de Montmirail, de Loëche, de Pulna, d’Hunyadi-Janos, de Birmenstorf, etc...).
HABITUDES DIVERSES. — Tout ce qui est nuisible pour les yeux pendant la virilité, le sera encore davantage pendant la vieillesse. Il faudra donc savoir rayer de son programme telle ou telle distraction, telle ou telle habitude, au fur et à mesure qu’on avancera en âge; ou tout au moins en diminuer l’usage progressivement, sans attendre par exemple, d’avoir une amaurose pour cesser de lire. Les travaux de bureau et de comptabilité doivent être abandonnés et changés pour d’autres plus conformes à l’aptitude visuelle. Les administrations et les maisons de commerce devraient donner aux employés d’un certain âge à leur service d’autres occupations que la comptabilité qui peut devenir si nuisible à la vue, et à laquelle cependant on voit attachés un si grand nombre d’hommes âgés, sous le prétexte que leur âge même est une garantie de leurs bons services. Nous estimons qu’un grand nombre de cataractes, d’amauroses et de choroïdites sont provoquées par les excès d’accommodation que l’œil du vieillard ne peut plus supporter impunément.
Par conséquent, la modération en tout doit être la règle générale des personnes âgées; modération dans tous les plaisirs et dans toutes les habitudes et aussi modération dans l’usage de la vue. A côté de cela, par de l’exercice pris régulièrement, et par une médication inoffensive opposée à la constipation, on combattra la tendance aux congestions internes qui pourrait amener le développement de troubles et d’affections oculaires profondes.
CHAPITRE II
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HÉRÉDITÉ
L’hérédité joue un grand rôle dans le développement des maladies oculaires. Son influence se manifeste d’abord sur la conformation de l’œil et de ses différentes parties; puis sous forme de déterminations oculaires diathésiques.
§ Ier. — Influence de l’hérédité sur la conformation de l’œil
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ANOMALIES DE CONFORMATION. — Les anomalies congénitales de conformation sont fort souvent le résultat de l’hérédité, et cela dans la proportion de 24 o/0 d’après les statistiques. Elles sont dues à des arrêts de développement ou à des inflammations survenues pendant la vie intra-utérine et atteignant les diverses parties de l’œil. C’est ainsi que l’on voit des colobomas ou fentes congénitales des paupières, de l’iris, de la choroïde et de la rétine, de chacun de ces organes isolément, mais le plus souvent de tous ou de plusieurs à la fois.
Les colobomas sont les anomalies de développement qui s’observent le plus fréquemment. Quelquefois et plus rarement, on rencontre du ptosis, des adhérences des paupières; l’absence de l’iris, son déplacement; la persistance de la membrane pupillaire qui laisse la pupille fermée après la naissance; l’existence de plusieurs ouvertures dans l’iris, l’absence de pigment choroïdien ou albinisme; la persistance des plis rétiniens et les plaques fibreuses congénitales de la rétine. Le bulbe oculaire peut aussi subir un arrêt de développement dans son ensemble et rester à l’état plus ou moins rudimentaire (microphtalmies et quelquefois anophtalmies). D’autres fois, au contraire, il subit une augmentation de volume.
Quant au cristallin, il peut manquer (aphakie) ou bien être ratatiné et atrophié (cataracte atrophique): cette forme de cataracte accompagne souvent une atrophie complète du globe de l’œil. Le cristallin des nouveau-nés peut encore être le siège dans un œil ou dans les deux, d’opacités disséminées et d’une cataracte congénitale complète ou incomplète. Ces cataractes congénitales sont, par ordre de fréquence: la cataracte capsulaire néo-membraneuse, la zonulaire et la corticale postérieure. Une structure anormale de la capsule et sa plus grande épaisseur, s’opposant à l’endosmose et à l’exosmose: telle est selon nous la cause de ces cataractes. Elles se montrent souvent avec des anomalies diverses des autres membranes de l’œil, telles que: coloboma de l’iris et de la choroïde, persistance de la membrane pupillaire.....
Enfin il peut se produire congénitalement des atrophies de papille, des amauroses et des amblyopies monoculaires. Le nystagmus est également une affection congénitale et héréditaire.
Ces différentes anomalies et affections congénitales reconnaissent pour cause l’hérédité dans une proportion de 24 0/0 à peu près. Les enfants qui en sont porteurs se trouvent issus de père et de mère atteints, l’un ou les deux, d’une anomalie analogue ou de cécité consécutive à une maladie quelconque. Ainsi des parents, dont l’un par exemple est aveugle à la suite d’une ophtalmie purulente, ont un enfant porteur d’un microphtalmos; de même, des atrophies de l’œil ou de la papille, des cataractes congénitales se rencontrent chez des enfants dont l’un des parents est atteint d’une affection cérébro-spinale. Baudon cite le cas d’une petite fille de deux ans, ayant une cataracte congénitale; sa mère était née cataractée d’un père né lui-même porteur de la cataracte. Sur quatre générations dans cette famille, on comptait treize cas de cataracte congénitale. Les exemples de ce genre abondent du reste.
La consanguinité des parents est aussi une cause fréquente de vices de conformation et de cécité chez les enfants. On peut lui imputer notamment un grand nombre de cas de rétinite pigmentaire (38 0/0 d’après Fieuzal.).
VICES DE RÉFRACTION. — Les vices de réfraction sont aussi héréditaires, comme l’on peut s’en convaincre en interrogeant la généalogie d’un certain nombre de sujets, et comme nous le verrons plus loin (myopie, hypermétropie...).
PROPHYLAXIE. — Au point de vue hygiénique, il n’y a rien à faire pour prévenir le développement de ces vices de conformation et de ces cas de cécité congénitaux. Le seul remède consiste dans une utopie impraticable: prohibition des mariages où l’un des conjoints serait atteint d’une tare oculaire susceptible d’une influence héréditaire. Les aveugles, auxquels on peut appliquer des règlements disciplinaires (établissement des Quinze-Vingts), ne peuvent contracter mariage entre eux. Quant au degré de consanguinité, il est réglé par la loi qui n’autorise le mariage qu’au quatrième degré.
C’est l’hygiène et la thérapeutique oculaires qui apporteront une atténuation à l’influence héréditaire. Mais pour cela, il faut que les médecins des plus petites localités soient au courant de la science ophtalmologique et que les malades n’aient pas à faire un voyage long et coûteux pour aller consulter le spécialiste de la région, voyage qu’ils ne font pas la plupart du temps, par négligence ou par impossibilité matérielle, ce qui les expose à un traitement insuffisant et quelquefois contre-indiqué.
§ II. — Influence de l’hérédité sur les affections oculaires de nature diathésique
Table des matières
Les influences héréditaires diathésiques qui agissent le plus souvent sur les yeux, sont: la syphilis et la scrofulose. Leurs manifestations peuvent très bien ne pas exister au moment de la naissance et n’apparaître que plus tard sous l’influence d’une cause occasionnelle quelconque.
Ces causes occasionnelles proviennent de l’évolution progressive de l’organisme. Ainsi, l’enfant qui naît infecté de syphilis est débile et comme flétri, mais ne porte aucune lésion spécifique déterminée. Ce n’est que plus tard, à l’occasion d’une cause extérieure agissant par irritation sur les yeux, que se développe la kératite interstitielle diffuse spécifique qui donne le cachet caractéristique et révèle irréfutablement l’influence héréditaire. De même pour la scrofulose, elle reste latente, puis se manifeste au fur et à mesure que les occasions se présentent: allaitement imparfait, irritations de toute nature, dentition principalement, conditions hygiéniques défectueuses...
PROPHYLAXIE. — C’est l’hygiène des mariages qui est appelée à remédier à ces influences diathésiques. Il serait à désirer que les médecins des familles fussent appelés plus souvent à donner un avis prépondérant lorsqu’il s’agit de certaines unions et que les convenances hygiéniques, desquelles va dépendre la santé de toute une génération, eussent dans la balance au moins autant de poids que les convenances sociales. Il faudrait, autant que possible, opposer des constitutions l’une à l’autre, et par exemple à une femme née de parents scrofuleux, marier un homme robuste et exempt de tares constitutionnelles. C’est de la sorte que l’influence héréditaire s’épurera à la longue et qu’une famille finira par se régénérer.
Lorsque malgré tout, l’influence héréditaire existe, c’est au médecin d’exercer une surveillance éclairée sur l’hygiène des nouveau-nés, pendant la période de l’allaitement, après le sevrage, pendant la dentition, etc... Il cherchera à combattre l’aptitude héréditaire scrofuleuse par tous les moyens: habitation, éducation, gymnastique, profession...
Quant aux enfants pauvres, l’État doit s’occuper d’eux, ne fût-ce que dans son propre intérêt, pour relever la race et pour préserver un nombre énorme d’enfants des conséquences de la scrofulose que la misère favorise à un si haut degré. L’établissement de Berck-sur-Mer est un grand pas dans cette voie, de même que la création des colonies de vacances, permettant aux enfants pauvres de passer quelques mois à la campagne. Bien des enfants déjà ont bénéficié des avantages de ces institutions, en voyant se modifier leur tempérament. Mais il faudrait augmenter le nombre de ces stations maritimes et en fonder dans un grand nombre de régions pour en faire profiter tout le monde; il faudrait instituer des sanatoria sur les points réputés pour leur action favorable et salutaire; il faudrait multiplier les colonies de vacances, les exercices au grand air, et améliorer par tous les moyens possibles l’hygiène des classes pauvres, des crèches, des écoles, des ateliers et des habitations. Que de maladies oculaires, que de troubles visuels, que de cas de cécité seraient ainsi évités! Car le traitement des maladies oculaires scrofuleuses doit être un traitement général en même temps que local, et il faut s’attaquer à la disposition diathésique plus encore qu’à l’état de l’œil.
On a compté que les affections oculaires de nature strumeuse existaient dans la proportion de 60 0/0 sur le nombre total des maladies d’yeux des enfants. On voit quels ravages cette diathèse peut exercer sur les yeux de la jeunesse.
Les manifestations oculaires les plus communes de la scrofulose, et celles qui offrent le plus de danger, sont localisées sur la cornée. Elles peuvent amener la cécité lorsqu’elles sont graves; et en tous cas, elles laissent la plupart du temps à leur suite un affaiblissement de la vue, occasionné par des opacités cornéennes ou leucomes et plus ou moins considérable, selon l’étendue et le siège de ces taches. Des cataractes peuvent même se développer secondairement à la suite de ces altérations cornéennes.
Les manifestations héréditaires de la syphilis ont une grande ressemblance avec celles de la scrofule, et leur siège de prédilection est également la cornée. C’est ainsi que la kératite interstitielle hérédosyphilitique se rencontre environ quarante-cinq fois sur cent cas de syphilis héréditaire, à l’inverse de la syphilis acquise où les accidents cornéens sont absolument rares. La syphilis héréditaire peut aussi porter-ses localisations sur d’autres parties de l’œil, et l’on peut rencontrer des iritis, des cataractes, des exsudations capsulaires, des chorio-rétinites et des plaques atrophiques...
Ici, la question de l’opportunité du mariage acquiert une importance plus immédiate que pour la scrofulose, dont l’action est plus lente. Un individu atteint de syphilis est gravement coupable s’il contracte mariage sans l’avis ou malgré l’avis d’un médecin. Seul, le médecin peut déclarer si la syphilis est assez ancienne et a été l’objet de traitements assez fréquemment répétés et assez énergiques, pour qu’on puisse espérer son extinction. Il s’en assurera, du reste, par tous les moyens d’investigation en son pouvoir et par un traitement d’épreuve au moyen des bains sulfureux. En général, on peut dire avec Fournier, qu’une syphilis doit avoir au moins trois ans d’existence, pendant lesquels elle aura été traitée méthodiquement, pour avoir quelque chance d’être épuisée; de plus, aucun accident ne doit s’être manifesté depuis un an et demi ou deux ans au moins. Mais il n’y a pas de règle générale s’appliquant à tous les cas; c’est au médecin de juger la maladie, la forme, la nature et le siège des accidents, et de ne se prononcer qu’en parfaite connaissance de cause.
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