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Adolphe Badin
Grottes et cavernes

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066323233
Table des matières
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE I.
§ 1. Le grand Spéos d’Ebsamboul.
§ 2. Le petit spéos d’Ebsamboul.
§ 3. Autres spéos de Nubie.
§ 4. Les hémi-spéos de Nubie.
§ 5. Hypogées de Béni-Hassen el Gadim.
§ 6. Les grottes de Samoun ou des Crocodiles.
§ 7. Les Grottes de la basse Thébaïde.
§ 8. Les Catacombes d’Alexandrie.
§ 9. Le Serapeum.
CHAPITRE II.
§ 1. Temple d’Éléphanta.
§ 2. Temples d’Ellora.
§ 3. Temples de Salcette.
§ 4. Grottes de Carli.
§ 5. Temples d’Ajayanti.
§ 6. Temples de Pandou-Lena.
§ 7. Temple de Mbar.
§ 8. Grottes de Panch-Pandou.
§ 9. Grottes de Dhoumnar.
§ 10. Grottes de Bamiyan.
CHAPITRE III.
§ 1. Le Labyrinthe de Crète.
§ 2. L’Antre de Trophonius.
§ 3. Les Grottes ou Carrières du Pentélique.
§ 4. Grotte de Panaglia.
CHAPITRE IV.
§ 1. Les Catacombes de Rome.
§ 2. Les Catacombes de Naples.
§ 3. Les Catacombes de Syracuse.
§ 4. Les Catacombes de Palerme.
§ 5. Les Catacombes d’Agrigente.
§ 6. Les Catacombes de Toscane.
§ 7. Les Catacombes de l’Étrurie.
§ 8. Les Latomies.
§ 9. L’Antre de la Sibylle de Cumes.
§ 10. La Grotte de Neptune.
§ 11. La Grotte d’Azur.
§ 12. La Grotte du Pausylippe.
CHAPITRE V.
§ 1. Grotte du désert de la Tentation,
§ 2. Grotte de sainte Rosalie.
§ 3. Nombreuses grottes désignées sous des dénominations empruntées aux traditions religieuses.
§ 4. Grottes ayant servi d’habitation souterraine ou de refuge en temps de guerre.
§ 5. Grotte de Longara.
§ 6. Grotte du Camoëns, à Macao.
§ 7. Salines de Wieliezka.
§ 8. Catacombes de Paris.
DEUXIÈME PARTIE
CHAPITRE I.
§ 1. La Grotte de Fingal.
§ 2. La Grotte des Fromages.
§ 3. La Caverne de Petchabury.
§ 4. La Grotte du Chien.
§ 5. Grotte d’Ammoniaque.
§ 6. Grotte de Monsummano.
§ 7. La Grotte de la Madeleine.
§ 8. Autres cavernes à exhalaisons.
CHAPITRE II.
§ 1. Grottes et cavernes maritimes, ou creusées par les eaux de la mer.
§ 2. Grottes et cavernes à courants souterrains.
CHAPITRE III.
§ 1. Grotte d’Antiparos.
§ 2. Grotte des Demoiselles ou des Fées.
§ 3. Les Grottes d’Arcy.
§ 4. Grottes d’Osselles.
§ 5. Grotte de Han-sur-Lesse.
§ 6. Grottes de Mammouth (Kentuky) .
§ 7. Caverne d’Albâtre (Californie) .
CHAPITRE IV.
§ 1. Glacière naturelle de l’Abbaye de la Grâce-Dieu (Doubs) .
§ 2. Glacière naturelle de Vergy.
CHAPITRE V.
§ 1. Cavernes à ossements d’Angleterre.
§ 2. Cavernes à ossements de France.
§ 3. Cavernes à ossements de Belgique.
§ 4. Cavernes à ossements d’Allemagne.
TABLE DES GRAVURES.

PREMIÈRE PARTIE
Table des matières
TRADITIONS RELIGIEUSES ET HISTORIQUES
Spéos de Phré, à Ebsamboul.

CHAPITRE I.
Table des matières
ANTIQUITÉ ÉGYPTIENNE.
§ 1. Le grand Spéos d’Ebsamboul.
Table des matières
En remontant le cours du Nil, dans la Nubie inférieure, à soixante lieues Sud-Ouest de la première cataracte, à douze lieues Nord de la dernière, le voyageur, attristé par l’aspect pauvre et désolé du pays, s’arrête tout à coup, frappé d’étonnement et d’admiration, en apercevant au milieu de l’encombrement des sables mouvants du désert, de gigantesques statues taillées en plein dans les flancs d’une colline de grès peu élevée, nommée Djebel Ebsamboul ( montagne d’Ebsamboul) et qui vient se plonger dans le Nil à la hauteur d’Aboccis.
Ces statues colossales, sculptées en ronde bosse dans le rocher, ont vingt et un mètres de hauteur. Entre les fauteuils où sont assises les deux statues du milieu, on voit une porte étroite: c’est l’entrée d’un spéos ou temple souterrain, connu sous le nom de grand temple de Phré ou d’Ebsamboul (quelques voyageurs écrivent Ibsamboul ou même Abou-Sembil); les quatre statues colossales représentent Rhamsès II, dit le Grand, ou Sésostris, le Pharaon qui construisit ce temple imposant et le consacra au dieu soleil Phré, dont l’image est représentée par la cinquième statue colossale qui surmonte la porte du spéos.
En franchissant cette porte, on pénètre dans l’intérieur du temple, qui est digne, en tous points, de la façade. La première salle dans laquelle on entre, est le pronaos, vaste salle, large de seize mètres et profonde de dix-sept mètres cinquante centimètres; elle est soutenue par huit piliers isolés, alignés sur deux rangées, contre lesquels sont adossées huit statues de dix mètres chacune, taillées dans le roc comme les piliers eux-mêmes. Ces huit statues sont debout, les mains croisées sur la poitrine; elles représentent encore Rhamsès le Grand, et les conquêtes de ce Pharaon sont retracées dans une file de grands bas-reliefs historiques qui ornent les parois à droite et à gauche; un de ces bas-reliefs, représentant son char de triomphe, accompagné de groupes de prisonniers nubiens, nègres, etc., de grandeur naturelle, offre une composition de toute beauté et du plus grand effet. L’ensemble de cette vaste et mystérieuse enceinte, qui ne reçoit de jour que par la porte, est saisissant, et les huit statues colossales qui soutiennent le plafond lui donnent un air de grandeur et de solennité fort remarquable.
Du pronaos on passe dans le naos ou cella, salle moins vaste, que supportent par le milieu quatre gros piliers.
Puis, on entre par trois portes différentes dans une troisième pièce, moins vaste encore, qui communique au sékos ou sanctuaire, petite salle profonde de sept mètres, au fond de laquelle sont assises sur un même banc quatre belles statues, plus grandes que nature et d’un très-bon travail, représentant les trois divinités de la Trimourli ou Trinité égyptienne (Ammon-Rha, Phré, Phtha), puis, assis au milieu d’elles, Rhamsès le Grand.
De chaque côté du sanctuaire, il y a une petite pièce dont l’entrée s’ouvre sur la cella. Ces deux petites salles ne semblent pas avoir été terminées.
Après les proportions imposantes de l’ensemble, il faut admirer encore l’exécution des bas-reliefs sculptés et des statues qui décorent chaque salle. Ces statues et ces bas-reliefs paraissent avoir été enduits d’une couche de stuc et peints par-dessus de couleurs riches et variées. Le fond du plafond est bleu; une bordure tricolore ornée d’oiseaux symboliques l’encadre.
Quand on sort de ce spéos, les magnificences que l’on vient d’admirer font trouver plus misérable encore le pays environnant.
Il n’y a pas fort longtemps que ces restes splendides de la vieille civilisation égyptienne sont connus.
En mars 1816, le chevalier Drovetti, consul général de France en Egypte, découvrit par hasard la façade du spéos, mais rien ne put faire consentir les superstitieux habitants, pas même l’appât du gain, à lui ouvrir l’issue du temple: les plus grandes calamités devraient fondre sur ces braves gens, si le temple était une fois ouvert aux chrétiens.
Un an plus tard, Belzoni, voyageur anglais, fut plus heureux, il fit déblayer l’entrée et pénétra jusqu’au sanctuaire; il trouva même dans la grande salle deux sphinx à tête d’épervier (symbole de Phré, le dieu soleil) qu’il fit transporter en Angleterre.
Depuis cette époque, le temple d’Ebsamboul, rendu célèbre par les relations de ces premiers visiteurs, n’a. pas cessé d’être le principal objet des excursions des Européens et le sujet de leur admiration.
«C’est la plus gigantesque conception, dit l’un d’eux, M. Ch. Lenormant, qu’ait jamais enfantée le génie des Pharaons.»
«Le temple d’Ebsamboul, dit un autre, M. Champollion jeune, vaut à lui seul le voyage de Nubie.»
Malheureusement, toutes ces merveilles se dégradent de plus en plus chaque jour.
Quant à l’antiquité de ce spéos, quelques écrivains le considèrent comme le modèle primitif de toute l’architecture égyptienne, mais les légendes hiéroglyphiques et les sujets des bas-reliefs paraissent montrer clairement que ce temple appartient à la dix-neuvième dynastie, ou dynastie thébaine, dont le troisième Pharaon, Rhamsès II Meïamoun, ou, si l’on veut, Sésostris, aurait régné de 1400 à 1339 avant Jésus-Christ, ce qui fait une antiquité encore assez respectable.
§ 2. Le petit spéos d’Ebsamboul.
Table des matières
Sur le flanc de la même colline dans laquelle est creusé le grand spéos d’Ebsamboul, mais plus près du Nil et parallèlement à lui, à une journée environ au-dessous d’Ibrim, l’ancienne Premmis, on voit se développer à plus de vingt-cinq pieds au-dessus des eaux une façade monumentale moins considérable, mais tout aussi remarquable par la perfection des sculptures, que celle du spéos de Phré. Elle est également entièrement taillée dans le roc et décorée de six statues colossales de douze mètres environ de hauteur qui se détachent en haut relief sur la masse compacte du rocher; sa longueur totale est de vingt-sept mètres et sa hauteur de douze mètres.
Ce petit spéos est connu sous le nom de petit temple d’Ebsamboul ou de spéos d’Hathor. Hathor est le nom de la divinité (la Venus égyptienne) à laquelle ce spéos a été dédié par la reine Nofré-Afri, femme de Sésostris.
Les six colosses de la façade forment deux groupes composés d’une figure de femme entre deux figures d’hommes et répétés symétriquement de chaque côté de la porte; ils représentent, dit-on, la reine Nofré-Afri entre deux figures de son royal époux. Contre les jambes de chaque colosse, on voit deux figures de moindre dimension, quoique cependant doubles encore de la stature humaine: ces figures représentent les fils et les filles du roi et de la reine avec leurs noms et leurs titres; les fils sont aux pieds de leur père, les filles à ceux de leur mère.
Toutes ces statues sont d’une sculpture excellente et très-finie: les corps de femme surtout ont toute la rondeur et tout le moelleux de la nature; les autres sont fort élégants aussi, quoique leur principal mérite soit leur style grave, noble et imposant.
L’intérieur de cet élégant spéos, pour être moins remarquable que la façade, n’est pas cependant sans intérêt: il est divisé, comme le grand temple, en plusieurs pièces, le pronaos, le naos ou cella, le sékos ou sanctuaire, et deux autres petites pièces de chaque côté de la cella; il mesure vingt-trois mètres de profondeur sur seize mètres de largeur. Le plafond du pronaos est supporté par six larges piliers carrés un peu massifs posant sur un large socle et couronnés par une tête de femme sculptée en relief.
Les parois de chacune des salles sont ornées de bas-reliefs peints d’un bon style et d’un travail excellent, ainsi que d’un grand nombre d’ornements sculptés et d’hiéroglyphes. Le plafond, peint en bleu, est encadré d’une bordure en trois couleurs. Tous ces ornements sont assez bien conservés, mais seulement un peu enfumés par les feux qu’allument les Kennous du voisinage, auxquels le spéos sert de refuge; il y a déjà longtemps, en effet, que les habitants de Beyllagy, village situé à une demi-lieue au sud, et ceux des villages voisins se réfugient avec leurs troupeaux dans ce temple pour échapper aux attaques des Bédouins du Gharb ou de la Libye.
Spéos d’Hathor, à Ebsamboul.

Le spéos d’Hathor est de la même époque que celui de Phré ; il remonte au siècle de Sésostris, le quatorzième siècle avant Jésus-Christ.
§ 3. Autres spéos de Nubie.
Table des matières
Les deux spéos d’Ebsamboul ne sont pas les seuls que l’on rencontre en Nubie. Il en est encore un grand nombre d’autres, qui témoignent de la patience incroyable des anciennes populations égyptiennes, en même temps que de la puissance du sentiment religieux qui les animait. Ces temples souterrains sont fort curieux à visiter, sans approcher toutefois de la beauté et de la magnificence des deux spéos que nous avons déjà décrits; ils sont d’ailleurs construits sur le même plan et semblent se rapporter à la même époque.
Nous citerons parmi les plus remarquables le temple de Derr ou de Derri, qui n’a pas moins de trente-quatre mètres cinquante centimètres de profondeur: il a été également construit par Sésostris et dédié à Ammon-Rha, le dieu suprême, et à Phré, le dieu soleil.
Citons encore les quatre spéos connus sous le nom dé Spéos d’Ibrim; ils sont d’époques différentes, mais appartenant tous aux temps pharaoniques.
Le plus ancien remonte jusqu’au règne de Touthmosis Ier, c’est-à-dire au quinzième siècle avant Jésus-Christ. Quatre figures assises, au tiers de nature, occupent le fond de son enceinte; deux de ces figures, celles qui tiennent le milieu, représentent le Pharaon qui construisit le temple; les deux autres représentent le dieu seigneur d’Ibrim (une des formes du dieu Toth à tête d’épervier) et la déesse Saté (la Junon égyptienne), dame d’Éléphantine et dame de Nubie.
Le second appartient au règne de Touthmosis III (ou Mœris.) La statue de ce Pharaon est assise dans la niche qui occupe le fond de l’enceinte, entre celle du dieu seigneur d’Ibrim et la déesse Saté. Une inscription, placée au-dessus de la porte, indique que ce spéos a été construit par les soins d’un prince nommé Nahi, gouverneur de Nubie.
Le troisième est du règne d’Aménophis II, successeur de Touthmosis III.
Le quatrième enfin est moins ancien; il date de Rhamsès le Grand. Il a été construit par un gouverneur de Nubie en l’honneur des dieux d’Ibrim, Hermès à tête d’épervier et Saté, et à la gloire du Pharaon, dont la statue est assise, au fond du spéos, entre celles des deux divinités.
Les voyageurs doivent encore aller visiter non loin de Tosco, dans un site remarquable, un monument souterrain assez grossièrement taillé dans le roc et qui semble d’ailleurs avoir servi de sépulture plutôt que de temple.
Burckardt, célèbre voyageur anglais, parle aussi d’un souterrain à peu près semblable, situé au nord d’Ibrim, à une heure de distance du Nil.
Dans les mêmes parages et sur les rives mêmes du fleuve, non loin de l’île de Kette, on voit les entrées d’un certain nombre de tombeaux creusés dans le roc et excavés jusqu’à une hauteur de douze à quinze mètres.
Enfin, il existe encore à Kalabsché, l’ancienne Talmis, deux temples assez remarquables, dont l’un est souterrain.
§ 4. Les hémi-spéos de Nubie.
Table des matières
A côté des spéos, ou temples complètement souterrains, il est d’autres temples égyptiens dont une partie seulement est creusée dans le rocher et dont l’autre est construite en pierres taillées; on appelle ceux-là des hémi-spéos.
De tous les hémi-spéos que l’on peut admirer en Nubie, le plus remarquable est celui de Girché (ou Ghirsché, ou même, suivant quelques voyageurs, Gerf-Hussein). Girché est un petit village, situé sur la rive gauche du Nil, dans la basse Nubie, et sur l’emplacement même d’une ancienne ville, nommée Ptaheï ou Typthah, dont il ne reste rien aujourd’hui que ce temple.
La partie la plus ancienne de l’hémi-spéos de Girché, et qui était en même temps la plus nécessaire au culte, est creusée dans un rocher calcaire qui s’élève à pic à trois cents pas du rivage. La partie la plus moderne, comprenant l’area et les propylées, est bâtie en grès; cette dernière partie est à demi détruite: il ne reste guère debout que quatre piliers qui servaient à joindre la colonnade des propylées au spéos proprement dit; ces quatre piliers sont ornés de statues colossales coiffées du pschent et portant dans leurs mains croisées sur leur poitrine l’aspersoir et la crosse, emblèmes ordinaires d’Osiris.
Le spéos proprement dit est divisé, comme les spéos que nous avons déjà vus, en pronaos, en naos et en sékos.
Le pronaos est une vaste salle soutenue par six énormes piliers dans lesquels on a creusé un nombre égal de colosses de six mètres de hauteur environ, et dont l’exécution barbare et informe offre un singulier contraste avec la perfection du travail des bas-reliefs qui ornent cette même salle. Sur les parois latérales, on voit huit niches carrées renfermant chacune trois personnages debout, grossièrement sculptés en plein relief et représentant les trois grandes divinités de ce temple, Phtah, sa compagne Hathor, et, au milieu d’eux, Rhamsès.
De cette vaste salle on passe dans le naos et de là dans le sékos, ou sanctuaire, au fond duquel on aperçoit quatre statues assises, plus grandes que nature, qui sont d’une assez bonne sculpture et représentent Phré, Rhamsès, Phtah et Hathor.
Ce spéos, qui mesure en tout soixante mètres de longueur, est surtout remarquable par la sévérité de son style et l’aspect imposant de son architecture; jadis ses murs et ses sculptures étaient rehaussés de couleurs qui ont complètement disparu sous une couche épaisse de suie ou de poussière. Ce qui ajoute encore à l’impression profonde que l’on ressent dans ce temple. c’est qu’il ne reçoit d’autre jour que celui de la porte d’entrée.
«L’aspect de ce temple, dit M. Gailhabaud, a quelque chose de primitif qui rappelle la sombre majesté du passé, quelque chose qui attriste le cœur en élevant la pensée. On est saisi d’étonnement en entrant dans ce mystérieux spéos et en contemplant les lourdes figures colossales.»
La belle exécution des bas-reliefs, à côté de la sculpture grossière des statues colossales qui, de l’entrée du spéos, se dessinent et frappent l’imagination par leurs proportions imposantes, mais qui, vues de près, ne paraissent plus que des masses informes, a fait penser à plusieurs voyageurs que le temple de Girché remontait tout à fait à l’enfance de l’architecture pharaonique, mais qu’il avait été restauré et orné de bas-reliefs par Rhamsès le Grand.
§ 5. Hypogées de Béni-Hassen el Gadim.
Table des matières
Nous citerons encore, avant de terminer ce chapitre, sur un petit plateau de la montagne qui domine le village arabe de Béni Hassen el Gadim, une trentaine d’hypogées d’une architecture simple et sévère et dont quelques-uns surtout, couverts de peintures variées, sont des plus intéressants.
§ 6. Les grottes de Samoun ou des Crocodiles.
Table des matières
Les fameuses grottes de Samoun, ou des Crocodiles, sont d’immenses souterrains, situés dans la haute Egypte, non loin de Monfalout. Ces souterrains sont remplis d’une quantité incalculable de momies humaines et de momies de quadrupèdes, d’oiseaux, de reptiles, etc.; on y trouve particulièrement un très-grand nombre de crocodiles embaumés, ce qui a fait donner à ces grottes le surnom par lequel on les désigne parfois. On suppose que toute cette population de momies vient de la ville antique qu’a remplacée Monfalout, et de la grande Hermopolis, toutes deux situées sur la rive gauche du Nil.
Les grottes de Samoun n’ont pas été très-souvent explorées, soit que bien des voyageurs n’en aient point connu l’existence, soit qu’ils en aient trouvé l’exploration trop pénible ou trop funèbre. Cependant un voyageur contemporain, M. A. Georges, dit avoir vu sur leurs noires parois, près du chantier des momies, le nom d’une dame romaine gravé avec soin et en gros caractères parmi quelques autres noms. D’ailleurs, dans le pays même, ces grottes inspirent aux gens des environs une sorte de terreur superstitieuse, et il n’est pas toujours facile de se procurer un guide qui consente à y descendre.
L’entrée des grottes de Samoun est une simple crevasse à fleur de terre, d’un mètre environ de diamètre et de trois mètres de profondeur. Quand on s’est glissé par ce soupirail, on rampe, plutôt qu’on ne marche, dans un couloir étroit et tortueux, dont le fond est un sable fin et doux, qui se soulève sous les pieds en poussière impalpable et rend la respiration difficile. L’obscurité est complète et l’on n’a que la pâle lueur des bougies pour se diriger dans ce pénible voyage.
«Après un long temps, dit M. A. Georges, nous quittons le fond de sable pour un fond accidenté, barré de grosses pierres transversales; les parois se resserrent, s’élargissent, s’exhaussent, s’abaissent, ondulent, prennent souvent la forme, de stalactites horizontales et droites comme des piques menaçant la poitrine et la tête. Souvent on peut se redresser à moitié, mais souvent aussi des pierres pendent de la voûte, aigües, coniques, et vous forcent rudement à vous replier. Parfois on rencontre un espace plus large, plus élevé, où l’on peut se redresser tout à fait et marcher; cela réjouit comme une oasis dans le désert. On arrive enfin à une enceinte assez large et assez étendue; de grosses pierres adossées pêle-mêle l’une contre l’autre en forment le fond; on avance comme on peut, circulant tout autour ou grimpant dessus.»
Il y a quelques années, on voyait dans cette enceinte, dont parle M. Georges, le cadavre d’un voyageur qui s’était perdu dans les grottes et qui était venu mourir à cette place d’épuisement et de faim. Voici la description saisissante que fait M. Maxime du Camp de ce cadavre dans la relation de son voyage en Égypte et en Nubie:
«Lorsqu’on relève les yeux, on aperçoit un spectacle horrible. Un cadavre encore couvert de sa peau est assis sur une roche arrondie; il est hideux. Il étend ses bras comme un homme qui bâille en se réveillant; sa tête, rejetée en arrière et convulsionnée par l’agonie, a courbé son cou maigre et desséché. Son corps pincé, ses yeux démesurément agrandis, son menton crispé par un effort surhumain, sa bouche tordue et entr’ouverte comme pour un cri suprême, ses cheveux droits sur le crâne, tous ses traits convulsionnés par une épouvantable souffrance, lui donnent un aspect effroyable. Cela fait peur; involontairement on pense à soi. Ses mains ratatinées enfoncent leurs ongles dans la chair; le thorax est fendu, on voit les poumons et la trachée-artère; lorsqu’on frappe le ventre, il résonne sourdement comme un tambour crevé. Cet homme était plein de vie lorsqu’il a été pris par la mort; sans doute il s’est perdu dans ces couloirs obscurs, sa lanterne épuisée a fini par s’éteindre, il a en vain recherché sa route en poussant de grands cris que personne n’entendait; la faim, la soif, la fatigue, la peur l’ont rendu presque fou; il s’est assis sur cette pierre et il a hurlé de désespoir jusqu’à ce que la mort fût venue le délivrer; l’humidité chaude, les exhalaisons bitumineuses l’ont si bien pénétré que maintenant sa peau est noire, tannée, impérissable, comme celle d’une momie. Il y a huit ans que ce malheureux est là.
«En quittant cette enceinte de lugubre mémoire, on prend à gauche par un couloir à la voûte et aux parois noircies par les vapeurs bitumineuses, dans lequel on peut marcher debout; des milliers de chauves-souris, attirées par la lumière, assaillent l’explorateur avec un grand bruit d’ailes et gênent considérablement sa marche. Puis, on arrive à la partie la plus intéressante des grottes; le sol, qui cède sous le pied, est composé de débris de momies et de bandelettes; à chaque pas on soulève une poussière noirâtre, âcre, nauséabonde, amère comme un composé de suie et d’aloès. Une énorme quantité de crocodiles de toutes dimensions encombre les galeries: il y en a de noirs, de ventrus, de gigantesques et d’autres petits comme des lézards. Puis, côte à côte avec les crocodiles, on voit d’innombrables momies de toutes sortes, momies humaines et momies d’animaux, juxtaposées et superposées par lits que séparent des couches de feuilles de palmier d’une remarquable conservation. Les momies humaines, soigneusement entourées de bandelettes, sont le plus souvent pressées entre deux planches de sycomore, bois réputé incorruptible comme le cèdre.
Intérieur des grottes de Samoun.

«On va ainsi sur cette voie pavée de cadavres qui s’étend toujours devant vous, béante, sombre, profonde, et Dieu sait où l’on aboutirait sans la fatigue, l’oppression, le manque de lumière, l’impatient désir de revenir au jour, mal à l’aise comme on l’est et las de ces funèbres impressions. La chaleur est d’ailleurs difficile à supporter. En fouillant tous ces fragments et tous ces débris, la poussière, devenue plus épaisse, pénètre comme un caustique dans les yeux, le nez, la bouche, et, pour ainsi dire, par tous les pores.» (A. GEORGES.)
Il paraît que le feu prit un jour dans ces grottes, mis imprudemment, selon les uns par un Anglais ou un Américain, selon les autres par quatre Arabes qui étaient venus ramasser des fientes de chauves-souris, engrais énergique, et s’étaient aventurés avec des mèches à huile brûlant à nu dans des lampes. L’incendie gagna le souterrain tout entier et dura, dit-on, trois ans, ou un an suivant une autre version. Toutefois, cet incendie n’a pas laissé dans les galeries de traces bien caractéristiques, peut-être parce que la combustion, concentrée dans ces étroits couloirs peu aérés, avait consumé tout lentement:
Quand on sort enfin de cette longue nécropole obscure et méphitique, c’est avec une satisfaction des plus vives qu’on revoit le soleil et que l’on respire un air pur.
§ 7. Les Grottes de la basse Thébaïde.
Table des matières
La Thébaïde ou haute Egypte, comprenant les déserts au delà des chaînes libyque et arabique, faisait suite à l’Heptanomide ou moyenne Egypte, qui finissait aux environs de Cuses, c’est-à-dire à peu près au point où le désert de l’Est vient aboutir à la mer Rouge, à la hauteur de l’extrémité de la presqu’île du Sinaï. Les déserts du Sud-Est et du Nord-Ouest servirent de retraite aux chrétiens qui, exaltés par les prédications des évangélistes Luc et Marc, imitèrent l’exemple de saint Antoine.
Les Grottes de la basse Thébaïde ne sont autre chose que des concavités creusées par la main des hommes dans une montagne qui fait face au Nil. et qui s’échelonnent de distance en distance sur une étendue de quinze à vingt lieues.
Il est facile de reconnaître, à première vue, que ces grottes ont été creusées afin de fournir des matériaux à la construction des villes voisines, ou bien encore à celle des pyramides. En effet, les pierres qu’on a tirées de ces carrières ont laissé des cavités vastes, obscures, basses, formant une espèce d’enfilade sans ordre et sans symétrie; les voûtes de ces cavités, basses et inégales, sont soutenues de distance en distance par des piliers évidemment laissés exprès pour leur servir d’appui par les ouvriers.
Rien ne ressemble donc plus à des carrières que ce qu’on appelle aujourd’hui les Grottes de la Thébaïde, et l’histoire est là d’ailleurs pour prouver que telle fut leur origine. En effet, nous voyons dans Hérodote que le roi Cléopas employa cent mille hommes, pendant l’espace de dix ans, à ouvrir des carrières dans la montagne du levant du Nil, et à en transporter les pierres au delà du fleuve; et que, pendant dix autres années, les mêmes cent mille hommes furent occupés à élever une pyramide construite de ces pierres, qui étaient tendres et blanches en sortant de la carrière, mais qui peu à peu se durcissaient et se brunissaient à l’air. Plus tard, les successeurs d’Alexandre, et après eux les Romains, ont tiré de ces mêmes carrières une quantité prodigieuse de pierres pour l’établissement de leurs colonies.
On trouve dans ces carrières des trous réguliers, taillés dans l’épaisseur du roc; on suppose que ces trous, longs de six pieds et larges de deux, ont pu servir de sépulcres.
On remarque aussi, pratiquées dans les voûtes de ces ténébreuses cavernes, diverses cellules très-petites, dont les portes et les fenêtres n’ont guère plus d’un pied carré. On a pensé que ces cellules avaient dû servir de retraite à de pieux solitaires.
Si l’on s’en rapporte au véridique Hérodote, les Grottes de la Thébaïde remonteraient à une antiquité fort reculée.
§ 8. Les Catacombes d’Alexandrie.
Table des matières
Quelques personnes croient que les catacombes n’existent pas en dehors du christianisme et en dehors de Rome: c’est une double erreur. Il est démontré aujourd’ hui que, de tout temps, les Égyptiens, de même du reste qu’un grand nombre d’autres peuples, avaient la coutume de confier leurs morts à la terre et en outre de les réunir dans des sépultures communes. Il est vrai qu’il ne faut pas confondre ici les hypogées avec les catacombes; les hypogées étaient des sépultures particulières et n’admettaient guère que les membres d’un très-petit nombre de familles; les catacombes, beaucoup moins anciennes, étaient des sépultures communes, ouvertes à tous ceux qui avaient vécu dans la même croyance.
Mais, même parmi les catacombes, il y en a qui sont chrétiennes et d’autres qui sont païennes; ainsi, la ville d’Alexandrie possède à la fois des catacombes païennes et des catacombes chrétiennes.
Les catacombes païennes d’Alexandrie, mentionnées par Strabon (Géog., XVII, 1), sous le nom de Necropolis, s’étendent sur le littoral à l’Ouest de l’ancienne Alexandrie. Elles ne sont remarquables ni par leur étendue ni autrement, pas plus d’ailleurs que les catacombes chrétiennes, qui sont fort peu connues, n’ayant guère été explorées. M. Carl Wescher en a cependant donné une courte description dans sa lettre à M. J. -B. de Rossi, «le Christophe Colomb des catacombes romaines .»
§ 9. Le Serapeum.
Table des matières
Nous ne quitterons pas l’Egypte sans dire quelques mots du Serapeum, dont la découverte ne remonte guère plus loin que ces dernières années.
Le Serapeum, situé dans la Nécropole de Memphis, est une longue galerie souterraine consacrée au tombeau du dieu Apis ou Sérapis, le Dieu suprême dont la représentation visible était le bœuf sacré ou bœuf Apis: c’est dans cette galerie qu’on enterrait pompeusement, après sa mort, chacun des animaux qui avait joué pendant sa vie le rôle du dieu incarné. Du reste, le mot de Serapeum s’explique de lui-même, car Serapis veut dire Apis mort.
Le fond de la galerie est occupé par un sarcophage monumental; d’autres sarcophages s’échelonnent à droite et à gauche de chaque côté et dans toute la longueur de la galerie. Quelques-uns de ces sarcophages étaient enrichis de peintures et renfermaient même des bijoux et autres objets précieux; mais presque tous ont été violés et sont complètement vides aujourd’hui.
C’est à M. Auguste Mariette que l’on doit la découverte du Serapeum, qui date des années 1851, 1852, 1853 et 1854. Dans les fouilles que cet infatigable et savant chercheur fit exécuter lui-même, il eut la bonne fortune de découvrir un sarcophage qui n’avait pas été violé et qui renfermait un certain nombre de bijoux en or et en autre matière précieuse, et plus remarquables encore par leurs formes élégantes et gracieuses que par leur valeur intrinsèque.
C’est aussi M. Auguste Mariette qui a découvert, en 1858, le temple d’Armachis au pied du grand Sphinx; mais, quelque intérêt que présente ce temple, sa description nous entraînerait trop loin. Elle trouvera sa place ailleurs.
Hypogées de Béni-Hassen el Gadim.

Entrée des grottes d’Eléphanta.

CHAPITRE II.
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ANTIQUITÉ HINDOUE.
L’Egypte n’a pas eu seule le privilége de posséder des temples souterrains: on en voit encore de magnifiques vestiges dans l’Inde, où la religion était jadis le principe fondamental de l’organisation sociale.
Il était bien naturel d’ailleurs qu’en Inde, ainsi que partout où prédomina le culte de la nature, cette sombre religion, ennemie déclarée du soleil, qui a enfanté les sacrifices humains, les temples s’enfouissent dans les entrailles de la terre, et que leurs lugubres cérémonies fussent célébrées à la lueur des torches.
Les temples souterrains, que l’on rencontre en nombre considérable dans l’Inde, diffèrent essentiellement et à plusieurs points de vue des spéos que nous avons vus en Égypte; le plan et l’élévation sont tout à fait dissemblables: la division en pronaos, naos et sékos, que nous avons retrouvée partout en Egypte, n’existe nulle part dans l’Inde. En outre, les spéos indiens ont presque tous leur plafond taillé en berceau ogival, forme inconnue en Egypte. Puis, les colonnes indiennes ont toujours des piédestaux de même hauteur que leur fût, et toutes les figures sont représentées d’une façon bizarre, satanique; les colonnes égyptiennes au contraire n’ont jamais de piédestaux, et les statues qui les accompagnent ont toujours une pose tranquille et monumentale, une figure noble et gracieuse. Enfin, les excavations égyptiennes sont plus profondes et plus richement ornées; elles sont aussi d’une antiquité beaucoup plus reculée, car nous avons vu qu’elles remontaient pour la plupart au quatorzième ou au quinzième siècle avant Jésus-Christ, tandis que les plus anciennes des excavations indiennes ne remontent guère au delà de cinq cents ou six cents ans avant notre ère.
C’est au culte de Brahma et, en partie, à celui de Bouddha que sont consacrés les temples souterrains de l’Inde: les sculptures, qui les décorent, représentent toutes des sujets de la même mythologie.
Il n’y a pas fort longtemps que ces temples sont connus et visités.
Les voyageurs européens, disait M. de Schlegel en 1831 , n’ont visité avant le dix-huitième siècle qu’un petit nombre de temples et d’édifices de l’Inde ancienne, situés sur des îles, telles que celles de l’Éléphant et de Salcette, ou sur les côtes, comme à Mahavalipuram. La plupart des monuments de l’Inde, ajoute le même auteur, ne nous sont connus que depuis à peu près une cinquantaine d’années.
Depuis cette époque, les choses ont un peu changé. Si nous ne connaissons pas tous les temples indiens, nous connaissons certainement les plus remarquables et les plus importants, et nous pouvons dire dès aujourd’ hui que, de tous les monuments remarquables et gigantesques que nous a laissés l’antiquité, c’est l’Inde qui nous offre les plus extraordinaires et les plus étonnants. Un voyageur autorisé, Veltheim, est même d’avis que ces monuments surpassent de beaucoup les constructions égyptiennes tant par l’excellent goût de leur exécution que par la grandeur et la hardiesse de leur conception.
Les Brahmanes prêtent à ces temples une antiquité difficile à admettre; il est une chose certaine cependant, c’est qu’ils remontent au monde primitif de l’Inde, alors que le peuple indien était libre et indépendant, et, comme dit Veltheim, qu’ils ont dû être précédés par des siècles d’une civilisation fort avancée. En tout cas, leur conception colossale, grandiose, merveilleuse, ainsi que la finesse et la richesse de leurs détails, prouvent qu’ils sont l’œuvre d’un grand nombre de générations successives, poussées par l’inspiration religieuse.
Les temples souterrains de l’Inde sont tous compris dans une région de huit cents lieues environ, qui s’étend depuis la partie la plus septentrionale de l’Inde et même en deçà de l’Indus, à Bamiyan, jusqu’aux îles les plus méridionales.
Le plus ancien paraît être celui de l’île d’Éléphanta ou de l’Éléphant.
§ 1. Temple d’Éléphanta.
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L’île d’Éléphanta ou de l’Eléphant (Gharipour des Indiens) est une île de l’Inde anglaise, située sur la côte occidentale du Dekan, dans le golfe de Bombay ou mer d’Oman, et à neuf kilomètres Est de la ville de Bombay. Son nom lui vient, dit-on, d’un grand éléphant de pierre qu’on voyait autrefois sur la plage.
Le temple souterrain se trouve dans l’intérieur d’une grotte creusée au haut d’une montagne à double cime, qui s’élève rapidement de la côte.
Il faut, pour arriver au temple, monter un escalier de trois cents ou quatre cents marches, taillé presque à pic dans les flancs de la montagne; cet escalier conduit à une terrasse de peu d’étendue d’où l’on jouit d’une vue magnifique sur la mer. C’est là que se trouve l’entrée principale de la grotte; deux piliers massifs supportent cette entrée et la divisent en trois portes principales, par où l’on pénètre dans une vaste et mystérieuse enceinte, qui mesure trente-neuf mètres soixante-deux centimètres de longueur sur trente-sept mètres quarante centimètres de largeur.
Comme le temple ne reçoit la lumière que de côté, par deux cours qui le flanquent à l’Est et à l’Ouest, il faut quelque temps au visiteur pour que ses yeux s’habituent au demi-jour. Quand l’ombre est à peu près dissipée, on est frappé tout d’abord par l’aspect régulier et symétrique des seize colonnes cannelées qui soutiennent le plafond plat de cette vaste salle et la divisent en trois nefs. Ces colonnes, qui étaient primitivement au nombre de vingt-six, ont cinq mètres environ de haut; elles sont surmontées de chapiteaux hémisphériques.
L’effet général de cette sombre enceinte avec son architecture étrange et cette population de colonnes, est très-beau et très-saisissant, malgré quelques irrégularités de détail.
Toutes les parois, ainsi que les colonnes, sont couvertes de sculptures ayant trait à la vie de Siva, le dieu auquel est consacré ce temple: on y voit, à côté de Siva, Parvati son épouse, Ganessa et Cartik ses deux fils, puis le Kailasa ou la réunion des dieux, le Dhagob, l’ornement du Lotus, etc. Les figures s’enlèvent vigoureusement en ronde bosse de la paroi et frappent l’esprit par leurs dimensions gigantesques et la variété de leurs attitudes.
Dans le fond de la salle, et au centre, se trouve la fameuse idole de la Trinité indienne (Brahma, Siva et Vishnou), groupe colossal taillé dans le roc et entouré d’énormes gardiens sous les formes les plus variées. Il y avait autrefois auprès de cette espèce de trône deux lions que l’on a transportés à l’entrée de l’une des nombreuses autres salles avec lesquelles communique la salle principale; cette pièce en a pris le nom de Cour des Lions.
Les autres salles du temple ne manquent pas non plus d’intérêt: leurs parois sont également couvertes de remarquables sculptures.
Après la surprise et l’admiration, un autre sentiment domine le voyageur dans ce merveilleux temple, c’est le regret de voir se dégrader rapidement de jour en jour ce célèbre monument de l’antiquité indienne. Un correspondant du Times, qui visita les grottes d’Éléphanta en 1864, écrivait à son journal, dans une lettre datée de Seconderabad, pour lui signaler l’irrévérencieuse et dévastatrice curiosité des touristes, et principalement des touristes anglais: «Les sculptures les plus délicates ont sans aucun doute souffert pendant de longues années des violences des Portugais, comme dans notre pays quelques-uns des plus admirables monuments de l’architecture gothique ont été détériorés par le zèle sincère, mais mal entendu, des premiers réformateurs. Malheureusement, ce que le fanatisme portugais avait commencé a été rapidement achevé par des spoliateurs de musées et d’ignorants amateurs. Sur le front de la plus grande des statues, qui se trouve en face du visiteur à son entrée dans le temple, et qu’on regarde comme représentant la trinité indienne (Brahma, le créateur; Vishnou, le sauveur, et Siva, le destructeur), on voit maintenant des noms de visiteurs tracés au crayon, écrits à l’encre ou grossièrement gravés, soit avec le sabre du soldat, soit avec le couteau du matelot. Casser un nez, pourvu qu’on ne le fasse pas méchamment, pour le plaisir de détruire, est chose regardée comme un acte presque honorable de sentiment national. Manger et boire sur des tables grossières dans ce temple désert des divinités du vieux temps ne suffit pas à l’ardeur du vif penchant nouvellement développé dans la jeune Angleterre, dont les représentants, à demi américanisés, ne seraient pas satisfaits de leurs joyeux pique-niques s’ils ne les épiçaient de l’atmosphère des merveilleux monuments. Mais ce n’est pas là tout: il y a à l’œuvre, en ce moment, une compagnie territoriale qui emploie plusieurs milliers de coolies; elle est déjà en activité sur l’île, sous les auspices des entrepreneurs de la maison Nicolas et Cie; il y en a une autre qui propose d’unir par des ponts et un chemin de fer les îles d’Éléphanta et de Bombay, ce qui pourra avoir lieu quand la panique actuelle sera passée. Alors peut-être fera-t-on la proposition de transporter les sculptures du temple au musée Victoria, à Bombay, ou à South Kensington Museum. C’est aux lieux où sont maintenant ces précieux objets, aux lieux où l’art ancien, les sciences antiques et la vieille superstition les ont sculptés, aux lieux où ils se mirent dans les flots bleus, où l’ombre des palmiers les caresse, qu’est leur véritable place. Ce sont les images tangibles des antiques et solennelles rêveries des vieux sages de l’Orient; ils sont à la fois pour nous une énigme et une leçon, abandonnés aujourd’hui comme temples de l’idolâtrie et désertés comme ses autels.»
Cour des Lions, à Éléphanta.

§ 2. Temples d’Ellora.
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Si le temple d’Éléphanta paraît être le plus ancien temple souterrain de l’Inde, les plus remarquables sous tous les autres rapports, et principalement sous le rapport des proportions imposantes, sont les célèbres temples souterrains d’Ellora, près de la ville de ce nom, c’est-à-dire à vingt-six kilomètres Nord-Ouest de Daouletabad, capitale de la province d’Aurungabad, à peu près vers le centre de la presqu’île de l’Inde.
Ces monuments ont été creusés par la main des hommes dans une ceinture de montagnes de granit rouge, qui s’étend en forme de fer à cheval sur un espace de plus d’une heure de marche, en tournant sa face concave vers le village de Rosah. Ils forment des galeries souterraines qui n’ont pas moins de deux lieues d’étendue, et qui, en certains endroits, ont plusieurs étages communiquant entre eux. L’imagination recule épouvantée à la pensée de la patience et du travail qu’ont dû coûter ces excavations gigantesques et les sculptures de toute espèce qui les décorent à profusion. La rare perfection de certaines parties et l’exécution presque grossière de certaines autres montrent d’ailleurs clairement que ces ouvrages ont été produits par des milliers d’artistes et d’ouvriers qui travaillèrent successivement pendant un grand nombre de siècles.
Quant à l’origine des temples d’Ellora, elle est à peu près inconnue. Sir Charles Malet rapporte plusieurs traditions bien différentes sur le roi qui en fut l’auteur. Les Musulmans les attribuent au râdjâ Êl, qui vivait il y a neuf cents ans; les Indiens les font remonter jusqu’à Êlou, qui aurait régné dans le Dwaparâ-Youga, c’est-à-dire il y a plus de sept mille neuf cents ans; enfin les Pourânas parlent d’un roi Êla, autrement appelé Pourouravas, qui date du commencement de la monarchie indienne. Rien n’est moins certain que toutes ces traditions; mais, ce que l’on peut affirmer, c’est que les sculptures gravées sur ces monuments leur assignent une date beaucoup moins ancienne. Une antiquité de deux mille ans, selon M. Gailhabaud, serait tout ce que l’on doit accorder à ces belles ruines.
Parmi les monuments d’Ellora, celui qui passe avec raison pour le plus beau et le plus parfait est le Kailasa ou Kélaça, ainsi nommé encore aujourd’hui par les Indiens eux-mêmes.
Ce monument, extrêmement compliqué, aussi grand que l’église de la Madeleine à Paris (il couvre un espace de cent vingt-trois mètres de longueur sur soixante mètres de largeur), n’a point été exécuté comme ceux qui l’environnent, c’est-à-dire creusé souterrainement; il est taillé dans le roc vif et complètement détaché de la montagne, et, quoique toutes ses parties ne forment qu’un seul et même bloc, quoiqu’il se compose en entier d’un seul rocher dans lequel il a été comme sculpté, il a néanmoins toute l’apparence d’un édifice construit pierre à pierre.
Le Kailasa sortant par conséquent de notre cadre, nous ne nous y serions pas arrêtés, s’il nous avait été possible de parler des temples d’Ellora sans mentionner le plus remarquable et le plus célèbre. Toutefois nous serons brefs.
On pénètre dans le Kailasa par une porte de granit, puis, cette porte franchie, on arrive à travers un portique dans une espèce de cour de soixante-seize mètres environ de longueur sur quarante-deux mètres de largeur, et dont les parois ont trente mètres d’élévation. «Cette cour, dit M. Daniel Ramée, entièrement taillée dans le roc, ressemble plutôt à une carrière magique de pierres entourée et couronnée de tous côtés par des sommets de montagne, qu’à un ouvrage produit par la main et l’art de l’homme.» (Histoire de l’Architecture).
En sortant du portique, on arrive d’abord, par un pont, à un pavillon carré dans lequel est la chapelle de Nandi, le compagnon de Si va. Ensuite, on traverse un second pont et on arrive enfin au temple principal. Ce temple, le plus grand temple monolithe connu, est supporté par d’énormes pilastres carrés, disposés sur quatre rangs; ceux placés dans les angles et au pourtour, au nombre de vingt, sont soutenus eux-mêmes par des éléphants qui semblent soulever sur leurs reins cette masse énorme et lui communiquer le mouvement et la vie.
Temple de Kailasa, à Ellora,

Le grand temple est flanqué de porches, de terrasses, de bassins et de chapelles, et la cour qui l’environne de tous côtés est décorée d’obélisques et de gigantesques éléphants. Enfin, les parois des murs sont ornées de milliers de statues et de bas-reliefs sculptés.
On est frappé d’une véritable stupéfaction quand on songe au travail qu’ont dû coûter ces interminables constructions.
«Pour élever le Panthéon, dit le capitaine Seely dans son Voyage à Ellora, le Parthénon d’Athènes, Saint-Pierre de Rome, Saint-Paul de Londres ou l’abbaye de Fonthill, il en coûte de la science et du travail, nous concevons comment cela fut exécuté, poursuivi et achevé ; mais ce qu’on ne peut s’imaginer, c’est qu’une réunion d’hommes aussi nombreux et aussi infatigables qu’on voudra se les figurer et munis de tous les moyens nécessaires à la réalisation de leur conception s’attaquent à un rocher naturel, haut de cent pieds dans quelques parties, le creusent, l’évident lentement avec le ciseau et produisent un temple tel que celui-là, avec ses galeries, véritable Panthéon, accompagné de sa vaste cour, de son nombre infini de sculptures et d’ornements.... Non, cette œuvre est inimaginable et l’esprit se perd dans la surprise et l’admiration.»
Passons maintenant aux temples complètement souterrains creusés dans la montagne qui sert d’enceinte au Kailasa et qui rentrent plus complètement dans notre cadre.
L’un des plus intéressants, non pas précisément pour l’étendue de ses proportions, mais plutôt pour l’élégance et l’originalité de son exécution, c’est le temple ou la maison de Visouacarmâ (Visouacarmâ, ou Visvacarma, est la personnification de Brahma considéré comme architecte primitif).
Ce temple est creusé dans le roc à une quarantaine de mètres de profondeur environ; il se compose d’une longue galerie, à plafond circulaire, séparée dans toute sa longueur en trois nefs principales par deux rangées de piliers octogones, qui mesurent deux mètres quatre-vingt et un centimètres de circonférence.
La statue du dieu, représenté comme architecte primitif, est assise dans une niche sur un siège; à ses pieds sont deux lions, images de la puissance et de la force; à ses côtés sont deux de ses serviteurs, dont l’un tient une fleur de Lotus, symbole de la création et de la production, ainsi qu’un petit bâton représentant le sceptre et le pouvoir; l’autre serviteur place un niveau en forme de triangle sur une espèce de colonne. Au-dessus de Visouacarmâ on voit un œil, symbole de la pénétration et de la sagesse ordonnatrice; au-dessus de cet œil est placé un plomb d’ouvrier qui descend sur une ligne horizontale formant ainsi deux angles droits, principes absolus de toute espèce de création, de formation et de construction régulières.
On peut donner, comme date d’origine à ce temple, les derniers siècles qui ont précédé notre ère.
Une excavation fort intéressante encore est celle de Para-Lanka qui a son entrée au deuxième étage d’une galerie souterraine à deux étages. Un escalier de vingt-sept marches y donne accès.
La nature parfaitement sèche de la roche, qui ne laisse passer aucune infiltration et ne contient pas de trace d’humidité, a conservé de très-belles peintures appliquées sur une sorte de stuc, au plafond de la grotte, et qui représentent des sujets de la mythologie indienne. D’énormes piliers, sculptés du haut en bas, supportent ce plafond qui brillerait encore à nos yeux dans toute la splendeur première de ses riches décorations, si la main de l’homme ne s’était appliquée à les détruire. Les soldats musulmans de l’empereur mongol Aureng-Zeb ont voulu anéantir, au nom de Mahomet, ces travaux de la superstition des anciens Brahmes; heureusement l’œuvre de destruction eût demandé trop de temps et trop de peine, ils y ont renoncé ; les Hindous n’ont pas manqué de dire que Siva avait daigné intervenir pour sauver son temple. Toutefois, l’intervention de Siva n’aurait pas été jusqu’ à prévenir l’effet de la fumée; les troupes d’Aureng-Zeb paraissent avoir fait ici très-irrévérencieusement la cuisine au nez des idoles et la fumée a noirci le plafond et gâté presque toutes leurs peintures; il en reste assez toutefois pour faire vivement regretter ce qui a péri.
En sortant de la grotte de Para-Lanka, on se trouve sous un péristyle, d’où le regard embrasse l’ensemble de toute la partie extérieure des monuments d’Ellora.
Nous ne parlerons que pour mémoire des autres temples d’Ellora, tels que celui du Dher Wara et celui d’Indra, et nous passerons aux remarquables excavations que renferme l’île de Salcette.
§ 3. Temples de Salcette.
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L’île de Salcette, que l’on écrit quelquefois Salsette (Djhalta en Hindou), est une île de l’Inde anglaise, au nord et tout près de l’île de Bombay, à laquelle elle est jointe par une chaussée.
L’île de Salcette renferme un grand nombre de temples souterrains: les plus remarquables et les plus célèbres sont ceux de Kennery, situés sur la côte Nord-Est de l’île, auprès de la forteresse de Tanna.
Les temples de Kennery sont adossés entre les deux versants d’une chaîne de montagne de porphyre qui s’étend en forme de fer à cheval, et sont en nombre si considérable qu’ils forment une véritable ville troglodyte: ils communiquent ensemble par des escaliers qui conduisent au sommet de la montagne. Tous ces temples ne sont pas aussi considérables les uns que les autres.
Le plus grand est surtout intéressant et curieux pour l’histoire du culte de Bouddha et pour celle de la puissance des Brahmines dans le Dekan; il mesure vingt-sept mètres quarante-trois centimètres de longueur sur onze mètres cinquante-huit centimètres de largeur. Deux rangées de colonnes le séparent en trois vaisseaux dont le principal, celui du centre, se termine à son extrémité en hémicycle (c’est le plan complet d’une ancienne basilique romaine). Dans l’hémicycle, on voit le Dhagob, ce pilier mystérieux du culte de Bouddha, que l’évêque Heber prit, en 1825, pour le symbole du Lingam et dont Guillaume de Humboldt a démontré depuis la véritable signification dans son ouvrage sur la langue Karvi en usage sur l’île de Java. De longues inscriptions couvrent les piliers carrés du portique élevé par lequel on pénètre dans ce grand temple souterrain.
Les inscriptions qu’on a pu lire dans ce temple et dans les autres excavations de l’île de Salcette s’espacent depuis l’an 150 avant Jésus-Christ jusqu’à l’an 1400 après: les dernières sont écrites en persan et en arabe et se rapportent au culte musulman. Il sortira pour l’histoire de l’Inde une grande lumière de l’explication de toutes ces inscriptions.
Les temples de Kennery, nous l’avons dit, ne sont pas les seuls temples que l’on trouve sur l’île de Salcette, il en est d’autres encore qui ne sont pas dépourvus d’intérêt: parmi ceux-ci on remarque surtout un temple de cent pas de longueur sur quarante pas de largeur et dont dépendent un nombre considérable de galeries, d’escaliers, de salles et de bassins artificiels dans lesquels on recueillait l’eau du ciel, qui servait ensuite aux nombreuses ablutions du culte indien.
§ 4. Grottes de Carli.
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Les fameuses grottes de Carli sont situées sur la chaîne des Gates occidentales, entre Bombay et Pouna, en face du fort de Lohaghow et non loin de Khandoula. Elles comprennent un grand nombre de salles, de corridors, d’escaliers et de galeries à plusieurs étages. Le principal sanctuaire a son entrée à l’Ouest; il est situé à deux cent quarante mètres au-dessus de la plaine.
§ 5. Temples d’Ajayanti.
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Citons encore, après les temples souterrains d’Ellora, de Salcette et de Kennery, les temples d’Ajayanti (mot sanscrit qui signifie passage ou défilé imprenable) situés non loin d’Aurungabad, capitale de l’une des provinces du Dekan.
§ 6. Temples de Pandou-Lena.
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Dans la même province, à deux heures Sud-Ouest du fort de Nassouk, sont situés les temples souterrains de Pandou-Lena, qui ne laissent pas non plus d’être fort intéressants à visiter.
§ 7. Temple de Mbar.
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La province d’Aurungabad, si riche en temples souterrains, nous offre encore celui de Mhar, près de la forteresse qui porte ce nom et qui se trouve à peu de distance de Pouna et de Sattara, sur le versant occidental des Gates septentrionales, dans la vallée supérieure du fleuve Bancut ou Sawuty.
Ce temple rappelle assez ceux de Salcette: la salle principale, à parois lisses et sans sculptures, mesure dix-huit mètres vingt-huit centimètres de longueur, neuf mètres quatorze centimètres de largeur et trois mètres quatre centimètres d’élévation; à son extrémité orientale on voit une idole assise sur un trône et taillée dans le roc, de chaque côté de laquelle sont deux statues plus petites et les fragments de deux figures d’animaux. La lumière pénètre dans cette grotte par une colonnade.
§ 8. Grottes de Panch-Pandou.
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Les grottes de Panch-Pandou (des cinq Pandous), sont situées près de la petite ville de Bang, dans la province de Malva; elles sont au nombre de quatre, mais celle du nord est la seule qui soit bien conservée.
§ 9. Grottes de Dhoumnar.
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Le colonel Tod a compté à Dhoumnar, dans le nord de la province de Malva, jusqu’à cent soixante-dix souterrains qui servent d’entrée à des temples ainsi qu’à de nombreuses et vastes habitations formant une grande ville souterraine. Bien que ces temples soient moins grandioses que ceux d’Ellora, de Salcette et de Carli, le colonel Tod pense néanmoins qu’ils sont d’une antiquité plus reculée. En effet, ils sont plus barbares, plus hardiment conçus et exécutés; les inscriptions en outre font défaut, on y rencontre seulement quelques traces de caractères restés encore indéchiffrables.
§ 10. Grottes de Bamiyan.
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Bamiyan est situé dans la contrée la plus sauvage de l’Indou-Khou, non loin de la source du Surkhab, l’un des affluents de la rive gauche ou méridionale de l’Oxus (aujourd’hui le Djihoun).
Les grottes innombrables qui se trouvent à Bamiyan ne sont pour la plupart que des excavations carrées sans architecture et sans ornements. Quelques-unes se terminent à leur sommet en forme de dôme, et, à l’endroit où la coupole prend naissance, on voit une petite frise ornée.
Voici ce que nous lisons au sujet des grottes de Bamiyan, dans Abul-Fazel, qui vivait à la fin du seizième siècle.
«Au milieu de la montagne de Bamiyan se trouvent douze mille cavités ou grottes taillées dans le roc avec des ornements et des revêtements en stuc. Elles servaient de séjour d’hiver aux habitants du pays; on les appelle Summij (les grottes): là se trouvent d’énormes figures, un homme haut de quatre-vingts aunes, une femme haute de cinquante aunes, un enfant de quinze aunes. Dans une de ces grottes se trouve un cadavre embaumé dont les naturels ne connaissent pas l’origine et qu’ils tiennent en grand honneur.»
L’opinion de Ritter sur l’âge de ces monuments est qu’ils datent de l’époque de l’introduction du bouddhisme dans ces contrées, c’est-à-dire de cinq ou six siècles avant notre ère. On prétend dans le pays qu’ils sont l’ouvrage d’un roi nommé Joulal et l’on appelle ce lieu Ghoulgoula ou Ghalgala.
Des traditions très-extraordinaires se rattachent à ces grottes. Une d’elles passe pour celle dans laquelle le fameux Vyasa composa les Védas. Dans une autre, une mère perdit, assure-t-on, son enfant, et ce ne fut que douze ans plus tard qu’elle parvint à le retrouver. Quelques historiens ont désigné aussi l’une des grottes du Bamiyan comme étant celle habitée si longtemps par le fameux Mani, hérésiarque de la fin du troisième siècle. Enfin, Ritter croit que c’est à Bamiyan qu’il faut placer la grotte que la fable de Prométhée a rendue si célèbre; un passage de Quinte - Curce (VII, 24) lui semble important surtout pour appuyer cette opinion .
Grotte de Panaglia, sous l’Acropole.

CHAPITRE III.
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ANTIQUITÉ GRECQUE.
Les grottes naturelles ont joué un rôle considérable dans l’histoire religieuse de l’ancienne Grèce.
«Avant que les plus anciens peuples eussent élevé des temples aux divinités, dit Porphyre dans son traité de Antro Nympharum (c. xx), ils leur avaient consacré les cavernes et les antres (σπήλαɩα ϰαɩ́́ ἀντρα), dans l’île de Crète à Jupiter, dans l’Arcadie à la Lune et à Pan, dans l’île de Naxos à Bacchus. Partout où l’on a adoré Mithra, on lui a sacrifié également dans des lieux souterrains.»
Ce sont ces mystères célébrés encore pendant les premiers siècles du christianisme dans des grottes ténébreuses que les Pères de l’Église condamnaient si énergiquement.
§ 1. Le Labyrinthe de Crète.
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On trouve dans l’histoire et la mythologie de la Grèce les traces d’un grand nombre de vastes salles, ou plutôt de vastes galeries souterraines à ramifications innombrables, auxquelles on donne le nom de Labyrinthes et sur le modèle desquelles on éleva plus tard certains édifices.
Le plus célèbre de ces Labyrinthes est celui de Crète, connu surtout par la fable du Minotaure.
C’était une ancienne carrière située près de Cnosse, et dont on attribuait le percement à Dédale. Elle était destinée aux sépultures de la famille royale.
Tout le monde sait que le Minotaure, ce monstre de Crète, moitié homme et moitié taureau, né de l’union fabuleuse de Pasiphaé, fille d’Apollon et de la nymphe Perséide et femme de Minos, avec un taureau ou plutôt un certain Taurus général crétois, fut enfermé dans le Labyrinthe de Crète, où tous les sept ans les Athéniens devaient lui envoyer sept jeunes filles et sept jeunes garçons pour qu’il en fît sa nourriture. Thésée, fils d’Énée, roi d’Athènes, se décida à débarrasser les sujets de son père de cet abominable impôt; il pénétra dans l’inextricable labyrinthe, réussit à ne pas s’y perdre, grâce au peloton de fil conducteur qu’Ariane, fille de Minos, lui avait donné pour l’amour de lui, et tua le monstre.
On sait aussi que le héros récompensa l’amour d’Ariane en l’enlevant de Crète, et en l’abandonnant ensuite pendant son sommeil sur l’île de Naxos où Bacchus la trouva, et, par pitié, l’épousa.
Aujourd’hui le Labyrinthe de Crète est complètement détruit.
§ 2. L’Antre de Trophonius.
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Il ne reste guère plus de traces des antres prophétiques où les Pythonisses rendaient leurs oracles au nom des divinités.
Toutefois, on montre près de Livadie (l’ancienne Lébadée), chef-lieu actuel de l’antique Béotie, dont le territoire forme un vaïvodilik, dépendant du sangiac de Négrepont, une grande caverne qui fut célèbre jadis comme l’un des oracles les plus renommés de Grèce, sous le nom d’Antre de Trophonius.
Nous trouvons dans Pausanias ( Description de la Grèce) de curieux détails sur cet oracle.
Mais d’abord qu’était-ce que ce Trophonius? Fils du roi d’Orchomène Erginus selon les uns, fils d’Apollon selon les autres, Trophonius s’était rendu célèbre, ainsi que son frère Agamède, par son habileté à construire des temples pour les dieux et des palais pour les rois: ce sont ces célèbres architectes, dit-on, qui bâtirent le temple d’Apollon à Delphes.
L’antre de Trophonius.

Mais la probité de Trophonius et d’Agamède était fort éloignée d’égaler leur talent.
Chargés par le roi d’Orchomène, Hyréius, de construire l’édifice où ce prince voulait renfermer son trésor, ils l’avaient construit de telle façon, dit Pausanias, que du dehors on pouvait en ôter une pierre; et, à l’aide de cette ouverture, ils allaient de temps en temps prendre quelqu’une des choses qui y étaient déposées.
Comme Hyréius ne pouvait concevoir comment il se faisait que, les serrures et les scellés qu’il mettait aux portes étant intacts, la quantité de ses richesses diminuait cependant tous les jours, il plaça sur les vases qui contenaient son argent et son or des pièges, ou quelque chose de semblable, pour arrêter celui qui entrait et dérobait ses trésors.
Agamède, étant entré, se trouva pris, et Trophonius n’imagina rien de mieux que de couper la tête à son frère pour lui épargner les mauvais traitements auxquels il serait exposé lorsque le jour paraîtrait, et sans doute aussi pour ne pas être découvert lui-même.
Du reste, l’énergie de cette résolution héroïque ne porta pas bonheur à Trophonius: la terre s’ouvrit sous ses pas peu après et l’engloutit à Lébadée, dans le bois sacré qui porta depuis son nom, et à l’endroit même où se trouvait la fosse appelée la fosse d’Agamède.
Voilà, ce semble, de singuliers titres de recommandation pour un oracle, qui devint un des plus célèbres de la Grèce. Il paraît que ce fut le dieu Apollon qui, en reconnaissance de ce que cet architecte habile avait bâti son temple à Delphes, lui accorda le don de prédire l’avenir dans l’excavation même où il avait été englouti.
Pausanias raconte ainsi la façon dont les Béotiens découvrirent l’oracle de Trophonius, dont l’emplacement était resté longtemps inconnu:
«Depuis deux ans, il ne pleuvait pas en Béotie. Désespérés, les Béotiens envoyèrent de chacune de leurs villes des députés à Delphes, pour demander au dieu la cessation de la sécheresse. La Pythie leur ordonna d’aller vers Trophonius, à Lébadee, et leur assura qu’ils obtiendraient de lui le remède de leurs maux. Ils allèrent donc à Lébadée, mais ils ne pouvaient trouver l’oracle qu’ils cherchaient. Sur ces entrefaites, Saon, de la ville d’Acrœphnium, qui était le plus avancé en âge de tous les députés, aperçut un essaim d’abeilles et imagina de le suivre partout où il volait; tout à coup il vit ces abeilles se porter vers une grotte mystérieuse où il entra avec elles: l’oracle était découvert. On dit que ce Saon fut instruit par Trophonius lui-même de la manière dont il fallait régler tout ce qui avait rapport à son culte et aux autres cérémonies relatives à l’oracle.»
Voici maintenant les épreuves qu’il fallait subir pour être admis dans la grotte prophétique.
D’abord, il fallait passer un nombre de jours déterminé dans un édifice spécialement consacré au Bon Génie et à la Bonne Fortune. Là, on se purifiait en se baignant dans la rivière Hercyna et en s’abstenant de diverses choses. Toutefois, on avait à discrétion la viande des victimes que l’on était d’ailleurs tenu d’apporter soi-même pour les offrir en sacrifice à Trophonius d’abord et à ses enfants, puis à Apollon, à Saturne, à Jupiter roi, à Junon Hémioché, ainsi qu’à Gérés surnommée Europé, qui passait pour avoir été la nourrice de Trophonius. Un devin inspectait les entrailles des victimes et prédisait si Trophonius recevrait son hôte avec indulgence et avec bienveillance. La nuit qui précédait la descente dans la grotte sacrée, on sacrifiait encore un bélier sur la fosse d’Agamède, puis on conduisait le néophyte à la rivière Hercyna. Après que deux jeunes garçons l’avaient lavé et purifié, les prêtres le menaient successivement boire l’eau des deux fontaines de Léthé (oubli) et de Mnémosyne (mémoire), pour lui faire oublier d’une part tout ce dont il s’était occupé jusqu’alors, et d’autre part pour qu’il se rappelât bien ce qu’il allait voir en descendant. Puis, il était admis à adresser ses hommages à une statue (l’ouvrage de Dédale, dit-on), que les prêtres montraient seulement à ceux qui devaient pénétrer dans l’antre de Trophonius. Après quoi, le mortel purifié allait enfin à l’oracle, revêtu d’une tunique de lin, bandelettes par-dessus, et chaussé d’une manière particulière au pays.
L’oracle, placé sur la montagne qui dominait le bois sacré, était fermé par une plate-forme ronde en marbre blanc, encadrée par une grille de fer à travers laquelle étaient pratiquées les portes. Dans l’intérieur de l’enceinte, une ouverture en forme de four, construite avec beaucoup d’art et de régularité, permettait au courageux explorateur de se glisser dans l’antre. Il n’y avait pas d’escalier pour y descendre, il fallait se contenter d’une échelle étroite et légère, disposée pour cet usage. Au bas de l’échelle l’on trouvait, entre le sol et l’édifice, un trou fort étroit, dans lequel on mettait ses pieds en se couchant sur le carreau et en tenant à chaque main un gâteau pétri avec du miel. Aussitôt qu’on était entré jusqu’aux genoux dans l’ouverture, le corps était entraîné «avec autant de violence et de rapidité que l’est un homme par un de ces tourbillons que forment les fleuves les plus grands et les plus rapides.»
Une fois qu’on était parvenu au fond de l’antre secret, on n’apprenait pas toujours l’avenir de la même manière: tantôt, en effet, on voyait ce qui devait arriver, et tantôt on entendait une voix grave et terrible qui prononçait des paroles prophétiques; on remontait ensuite par l’ouverture qui avait servi pour descendre et on en ressortait les pieds les premiers.
Les prêtres s’emparaient alors de nouveau du visiteur, et, après l’avoir placé sur ce qu’on appelait le trône de Mnémosyne, qui était à peu de distance de l’antre secret, ils l’interrogeaient sur ce qu’il avait vu et entendu, après quoi, ils le remettaient entre les mains de ses amis, qui l’emportaient «encore tout épouvanté et méconnaissable, tant à lui-même qu’à ses proches,» dans le temple du Bon Génie et de la Bonne Fortune.
Et Pausanias ajoute ces paroles qui ne sont qu’à demi rassurantes: «On recouvre cependant plus tard sa raison ainsi que la faculté de rire.»
Ces épreuves avaient une réputation si terrible, qu’il était passé en proverbe, en Grèce, de dire de quelqu’un qui paraissait grave et soucieux: «il revient de l’antre de Trophonius.»
Toutefois, ces épreuves paraissent avoir été plus effrayantes que réellement dangereuses, puisque Pausanias affirme que de tous ceux qui sont descendus dans la grotte prophétique aucun n’est mort, sauf un certain garde du corps de Démétrius, qui avait eu l’imprudence d’y descendre sans observer aucune des cérémonies en usage et dont l’intention, du reste, était moins de consulter le devin que d’emporter l’or et l’argent qu’il croyait trouver dans l’antre.
En tout cas, cet oracle était fort renommé en Grèce, et l’on raconte que dans les guerres de Messénie, le vaillant Aristomène, ayant perdu son bouclier en poursuivant avec trop d’ardeur l’armée des Spartiates, descendit dans l’antre de Trophonius, ainsi que le lui avait ordonné le Pythie de Delphes, et retrouva son bouclier que dans la suite il consacra par reconnaissance à Lébadée, où on put le voir longtemps.
Il paraît que l’oracle de Trophonius ne cessa d’opérer des prodiges que longtemps après l’extinction de tous les soupiraux prophétiques de la Grèce.
«. Quoique la raison humaine eût fait des progrès, dit M. de Pouqueville, le bois sacré et l’antre de Trophonius continuaient d’attirer de nombreuses théories à la fin du deuxième siècle de notre ère.»
Lucien qui vécut, à ce que l’on suppose, sous le règne des deux Antonins et de Commode, c’est-à-dire de l’an 120, ou environ, jusqu’à l’an 200 après Jésus-Christ, Lucien a raillé fort gaiement, avec son admirable bon sens, le héros et son oracle dans un de ses dialogues.
Trophonius vante son oracle en ces termes à Ménippe: «Mais moi, je suis un héros, et je fais véritablement connaître les événements futurs à tous ceux qui descendent dans mon antre. Tu n’as donc jamais été à Lébadée? car tu n’aurais pas le moindre doute là-dessus.»
A quoi Ménippe répond: «Que veux-tu dire? Comment? Pour assurer que tu es mort ici comme nous tous, et voir que ta charlatanerie est la seule chose qui te distingue, il serait nécessaire d’avoir été à Lébadée? Il faudrait s’être couvert d’un drap mystérieux, avoir porté ridiculement un gâteau entre ses mains, et, dans ce plaisant accoutrement, être descendu au fond de ta caverne, en se glissant par un petit trou étroit et obscur?... Mais dis-moi, je te prie, au nom de ton art divin, ce que c’est qu’un héros; car, en vérité, je n’en sais rien.
TROPHONIUS.
C’est un être qui participe de la nature des dieux et de celle des hommes.
MÉNIPPE.
C’est-à-dire qui n’est précisément ni dieu ni homme, mais l’un et l’autre à la fois. En ce cas, où est maintenant ta partie divine?
TROPHONIUS.
Elle rend des oracles en Béotie.
MÉNIPPE.
Je n’entends rien à toutes ces distinctions d’oracle; mais ce dont je suis bien sûr, c’est que je vois ici Trophonius tout entier parmi les morts.»
(LUCIEN, Dialogue des morts, dial. III).
Le bon sens de Lucien a devancé le bon sens public, qui a fait justice depuis longtemps de ces absurdes superstitions. Et cependant pourrait-on affirmer, sans crainte de se voir démenti, que dans quelques-unes de nos provinces, celles qui sont les moins favorisées sous le rapport de l’instruction, la superstition populaire n’ait pas trop souvent prêté l’oreille à des prédictions qui rappellent, et d’assez près, les oracles de l’ancienne Grèce?
La montagne calcaire, où est située cette caverne, en offre en même temps plusieurs autres, ce qui embarrasse fort les voyageurs jaloux de retrouver celle qui fut véritablement l’antre de la divinité.
«Cependant on s’accorde à regarder comme étant la grotte prophétique, dit M. de Pouqueville, celle à l’entrée de laquelle on lit gravé sur un rocher le mot de passe Chibolet (XIBOAET ou, suivant d’autres, ZEΥΣ BOΥΛAIOΣ, Jupiter Conseiller), fragment d’une inscription dont le surplus est illisible.» (Voyage de la Grèce.)
Une large croix domine l’inscription mystique, et aujourd’hui l’antre de Trophonius, transformé en chapelle, continue à être visité par quelques chrétiens qui s’y font hisser dans un panier attaché à la corde d’une poulie.
Cette grotte est remplie de niches propres à recevoir des statues et des offrandes; mais on n’y retrouve plus l’ouverture par laquelle on faisait descendre les pèlerins à la ramasse, ni la porte secrète par laquelle les prêtres introduisaient les instruments de leur fantasmagorie.
§ 3. Les Grottes ou Carrières du Pentélique.
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Au nord-est de l’Attique se trouvent les fameuses carrières de marbre du Pentélique, qui servirent à la construction de tous les monuments d’Athènes, d’une partie de ceux de la Grèce et qui pourraient encore être exploitées de nos jours.
Sur la gauche des carrières, on remarque une vaste excavation conduisant dans de profondes cavernes. Cette salle d’entrée est embellie par des pilastres et des colonnes formées par des stalactites, que leur couleur et leur éclat feraient prendre pour de l’albâtre et qui lui donnent l’aspect des grottes de Paros. Dans l’une des cavernes, où l’on arrive ensuite, sont les ruines d’une chapelle.
La route qui conduit aux carrières du Pentélique porte, sur le marbre même où elle a été taillée, les traces des roues des chars antiques, qui, jusqu’à l’époque d’Adrien, n’ont pas cessé d’y venir chercher des matériaux destinés à l’embellissement de la ville d’Athènes. On remarque d’endroits en endroits des blocs de marbre qui ont pris la teinte dorée du Parthénon et du temple de Thésée. Sur l’un de ces blocs, on voit aujourd’hui une petite masure, qui probablement servit d’habitation à quelque dévot ermite; il fallait une très-longue échelle pour y parvenir.
Les Grottes du Pentélique.

§ 4. Grotte de Panaglia.
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La grotte de Panaglia ou d’Aglaure, sous l’Acropole, est une grotte d’un aspect pittoresque qui a joué aussi un rôle historique; c’est là que les jeunes Athéniens venaient jurer de mourir pour la patrie, du moins d’après le docteur Wordsworth. (Voyage pittoresque et historique en Grèce.)
Le Pentélique.

Un escalier primitif des Catacombes de Rome.

CHAPITRE IV.
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ANTIQUITÉ ROMAINE.
§ 1. Les Catacombes de Rome.
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Les fameuses Catacombes de Rome sont sans aucun doute un des plus remarquables restes de cette civilisation romaine qui nous a laissé des vestiges de tant de merveilles.
Les Catacombes de Rome sont d’interminables galeries souterraines qui s’étendent sous la ville même et dans la campagne voisine, et qui ne contiennent pas moins, à ce que l’on croit, de six millions de tombes.
Mais, avant d’esquisser l’histoire et la description des Catacombes de Rome, il serait bon, sans doute, de dire quelques mots des catacombes en elles-mêmes, de l’ancienneté et de l’universalité de ce mode de sépulture.
De toute antiquité, un grand nombre de peuples civilisés, ainsi que d’autres qui l’étaient moins, les Égyptiens, les Hébreux, les Perses, les Grecs, les Indiens, les Guanches, les Scythes, etc., comme les Romains, ont tous pratiqué cette religieuse coutume d’inhumer leurs morts, avec cette différence seulement que les uns les déposaient simplement dans la terre, et que les autres, après les avoir embaumés, les conservaient dans leurs propres maisons, ou dans des cavernes soit naturelles, soit artificielles.
«On n’enterrait pas autrement en Syrie, dit M Boissier . Partout où les Tyriens ont pénétré, à Malte, en Sicile, en Sardaigne, on retrouve des sépultures semblables; M. Beulé a constaté l’existence de catacombes à Carthage; M. Renan en a vu dans la Phénicie; l’Asie Mineure, la Cyrénaïque et la Chersonèse en contiennent un grand nombre: il y en a même chez les Étrusques, auxquelles on attribue une origine nationale.»
Les Juifs , les Phéniciens, les adorateurs de Mithra et de Sabazius, quelquefois aussi les païens eux-mêmes fouillaient le sol pour leur sépulture. L’habitude de brûler les corps, de moins en moins fréquente à partir des Antonins, n’existait presque plus à l’époque de Macrobe.
A Rome enfin, les chrétiens n’ont pas eu le monopole de ce mode de sépulture. Au troisième siècle, rien n’était plus répandu à Rome.
Ici il faut distinguer: les anciens Romains, tant païens que juifs ou chrétiens, qui inhumaient leurs morts, les déposaient soit dans des hypogées ou cryptes, sépultures particulières qui ne contenaient tout au plus que les restes de quelques familles réunies, soit dans les catacombes, sépultures communes où se trouvaient réunis après la mort un grand nombre de gens ayant vécu dans les mêmes croyances, ou simplement à la même époque.
Ce sont les hypogées ou les cryptes qui remontent à la plus haute antiquité ; quant aux catacombes, elles ne semblent guère remonter au delà des derniers temps du paganisme.
Le mot catacombes lui-même n’a pas un sens extrêmement explicite: on le fait dériver du grec ϰατὰ (en bas ou proche) et ϰύμβς (cavité); quelques savants le font venir de ϰατά et τύμβoς (tombe) en ajoutant qu’autrefois, au lieu de dire catacombes, on disait catacombes.
Quoi qu’il en soit, ce nom fut d’abord spécialement consacré, suivant saint Grégoire (livre III, trentième lettre), à désigner le caveau dans lequel avaient été déposés les corps de saint Pierre et de saint Paul, et ce ne fut qu’un peu plus tard qu’on l’appliqua à tous les lieux souterrains qui furent convertis en cimetières publics; on a même été jusqu’à soutenir que les anciens auteurs n’avaient jamais appliqué le mot catacombe aux cimetières de Rome, mais seulement à une chapelle de saint Sébastien, où l’ancien calendrier romain marque qu’ont été mis les corps de saint Pierre et de saint Paul, sous le consulat de Tuscus et de Bassus, en 258. Les documents anciens ne désignent toutes les Catacombes que sous le nom de Cryptes ou Cimetières.
L’opinion la plus généralement admise jusqu’à nos jours était que les Catacombes de Rome devaient être considérées comme d’anciennes carrières abandonnées, asile des vagabonds, refuge des assassins, où les premiers chrétiens avaient été conduits par des esclaves, et où ils s’étaient réunis simplement pour y trouver la liberté de prier leur Dieu à leur façon, et aussi afin d’aller chercher dans le sein de la terre le droit de n’imiter personne et de rompre tout à fait avec une société qu’ils avaient en horreur. Bien des gens ne croyaient pas naguère encore aux découvertes des Bosio, des Bottari, et autres savants, et traitaient de préjugé religieux l’opinion de ceux qui regardaient les Catacombes comme les tombeaux des martyrs.
Il est bien certain que, dans les temps de persécution, les chrétiens des premiers siècles se réfugièrent fréquemment dans les Catacombes pour y célébrer en secret les cérémonies de leur religion, mais il n’est pas moins certain aujourd’hui, grâce aux récents travaux du père Marchi et surtout de M. de Rossi, que les Catacombes ont servi aux premiers chrétiens de lieu de sépulture, et que de plus, malgré l’opinion contraire qui a prévalu pendant deux siècles et juqu’à nos jours, ces Catacombes ne sont pas d’anciennes carrières abandonnées, pour la plupart du moins, mais ont été entièrement et complètement creusées par les Chrétiens.
La puissance de l’esprit d’association, mise au service d’une doctrine nouvelle, suffit avec le respect bien connu que les premiers Chrétiens professaient à l’endroit de leurs morts, pour expliquer comment une société pauvre et proscrite a pu accomplir un si grand ouvrage; d’ailleurs on regarde aujourd’hui comme fort probable que le christianisme a dû compter de riches personnages parmi ses premiers adeptes.
Il faut dire, en outre, qu’au moment où les chrétiens creusèrent leurs Catacombes, les Juifs; les adorateurs de Sabazius et de Mithra, fouillaient déjà le sol romain pour leurs sépultures, sans qu’on songeât à les en empêcher; qu’il est donc probable qu’ils ne rencontrèrent pas plus d’obstacle que ceux-ci dans l’autorité. On peut affirmer que, dans le principe du moins et pendant près de deux siècles, ils n’ont pas eu besoin de cacher leurs travaux.
A l’origine, les cimetières de Rome furent des tombeaux particuliers construits par de riches chrétiens pour eux et pour leurs frères, et dont ils conservaient la propriété sous la sauvegarde de la loi.
Mais avec le temps les conditions changèrent. A la fin du deuxième siècle, il est question dans les écrivains ecclésiastiques de cimetières qui n’appartiennent plus à des particuliers, mais qui sont ouvertement la propriété de l’Église. Tel était celui dont le pape Zéphyrin confia l’administration à Calliste et qui prit le nom de ce personnage. Quelques années plus tard, sous le pape Fabien, il y en avait déjà plusieurs et leur nombre ne cesse point d’augmenter jusqu’à Constantin.
Il est probable que la société chrétienne, pour se mettre à couvert de la loi romaine qui poursuivait sévèrement les sociétés secrètes et n’accordait pas sans examen à des associations le droit d’acquérir et de posséder, se forma en association autorisée par décret de l’empereur, à l’instar des collegia funeratricia (sociétés pour les funérailles), associations fort nombreuses alors à Rome, autorisées par un décret impérial et constituées par des pauvres gens qui se réunissaient et contribuaient par égales portions, afin qu’on trouvât à leur mort de quoi les faire enterrer. En tout cas, comme le fait remarquer M. Boissier, si les chrétiens n’ont pas voulu se plier aux mêmes formalités que ces sociétés légalement établies, il est certain qu’ils n’en ont pas moins tiré beaucoup de profit de leur existence.
L’histoire des Catacombes est plus difficile à retrouver que leur origine, surtout si l’on prétend remonter jusqu’à l’époque primitive.
Les documents font défaut pendant les deux premiers siècles; jusqu’au règne de Dèce on en est réduit aux conjectures.
Pendant ce temps, les chrétiens semblent avoir joui presque toujours d’une certaine liberté. Il n’est pas douteux qu’à l’origine leur doctrine n’ait été prêchée sans contrainte; les persécutions de Néron et de Domitien ne furent que des tempêtes passagères, et l’on ne voit pas d’ailleurs qu’elles se soient étendues jusqu’ aux Catacombes; dans l’intervalle, sous Vespasien et sous Titus, on laissa les chrétiens tout à fait libres. Les empereurs qui suivirent, jusqu’à Septime-Sévère, prirent surtout contre eux des mesures administratives qui furent quelquefois sévèrement exécutées, mais auxquelles il était facile de se soustraire et qui n’arrêtèrent pas les progrès de la religion nouvelle. Sous Caracalla, sous Alexandre Sévère, sous les deux Philippe, les chrétiens furent non-seulement soufferts, mais protégés. Enfin, jusqu’à l’empereur Dèce, même quand la communauté chrétienne fut inquiétée, on respecta ses cimetières. «Ni l’histoire ni la légende ne disent qu’à cette époque on ait jamais tenté de les en dépouiller. Il n’est question de mesures de ce genre ni dans les vies des saints, ni dans les actes des martyrs, ni dans la fameuse lettre de Pline, ni dans la réponse de Trajan.» (BOISSIER.)
La persécution contre les morts ne date que du règne de Dèce. C’est en Afrique qu’elle commença.
«Pendant qu’Hilarianus était gouverneur, dit Tertullien, le peuple se mit à crier: Qu’ils n’aient plus de cimetières! Et, dans la fureur de leurs bacchanales, ils osèrent arracher les cadavres des chrétiens au repos de la sépulture et à l’asile de la mort.» L’exemple fut contagieux. En l’an 257, l’empereur Valérien interdit aux fidèles de Rome l’entrée de leurs catacombes; le pape Sixte II ayant enfreint ces ordres, fut décollé avec ses diacres et ses prêtres dans la catacombe de Prétextat. L’empereur Galien révoqua les ordres de son père, mais l’exemple était donné : les cimetières chrétiens ne retrouvèrent plus la sécurité dont ils avaient joui jusque-là. A partir de ce moment, jusqu’au règne de Constantin, la légende ne parle plus que de martyrs immolés dans les Catacombes; c’est ainsi que nous voyons l’empereur Dioclétien faire murer toute vivante dans les Catacombes de la voie Salaria une nombreuse société de Chrétiens, qui les fréquentait malgré les édits.
Avec Constantin, les choses changèrent de face: on répara, on élargit, on embellit les Catacombes, on construisit des entrées magnifiques, des escaliers commodes, enfin on honora de toutes les manières l’asile des jours mauvais. Il est vrai qu’en voulant faire les Catacombes plus belles, on leur enleva beaucoup de leur caractère et de leurs souvenirs.
Bientôt, la foi des premiers jours s’attiédissant dans le triomphe, le respect qu’inspiraient les cimetières souterrains, témoins des luttes du passé, diminua avec elle; dès l’époque de Constance, les inhumations dans les Catacombes devinrent plus rares; puis, après quelques hésitations, l’habitude d’enterrer les morts dans les églises l’emporta, et les Catacombes furent abandonnées. Il y avait juste cinq siècles qu’on y ensevelissait les morts.
On continua cependant longtemps à visiter les Catacombes, en souvenir des persécutions et pour rendre hommage aux corps des martyrs. Saint Jérôme raconte «qu’étant enfant il y descendait le jour du Seigneur avec ses camarades et pénétrait jusque dans les cryptes, dont les parois montrent de tous côtés des cadavres ensevelis, et où il règne une obscurité si profonde qu’on serait tenté d’y trouver l’accomplissement des paroles du Prophète: Vivants, ils sont descendus dans les enfers.» On y venait de tous les pays de la chrétienté, ainsi que le montrent de curieuses notices fort anciennes qui sont comme des guides du voyageur aux tombeaux des martyrs. Il nous reste aussi quelques itinéraires de pèlerins qui les ont visités dans les dernières années de l’Empire. — «Tous ceux qui venaient les voir, voulaient emporter quelques pieux souvenirs de leur voyage. D’ordinaire ils versaient à profusion des parfums précieux sur la pierre brisée du tombeau et recueillaient les moindres gouttes qui s’échappaient par les fentes inférieures, après avoir touché le corps du saint. Il y eut même une reine de Lombardie qui envoya tout exprès un prêtre pour recueillir et rapporter l’huile des lampes qui brûlaient auprès du tombeau des martyrs.» (BOISSIER.)
Les invasions des barbares interrompirent ce culte. Pour mettre les saintes reliques à l’abri des ravages des Alaric. des Vitigès, des Ataulf, on se résigna à les enlever des tombeaux des martyrs et à les rapporter à Rome où elles furent distribuées entre les différentes églises. Dès lors on n’eut plus de raison de visiter les Catacombes, on en perdit la trace et le souvenir, personne ne s’occupa plus d’elles.
Cependant des inscriptions trouvées dans les Catacombes prouvent, par la date même à laquelle elles furent tracées, que quelques rares personnes, à diverses époques, eurent la curiosité de se risquer dans leurs galeries et d’en explorer quelques parties. Ainsi une inscription tracée au charbon dans une chambre du cimetière de Prétextat et rapportée par Marangoni (Act. S. Victorin., Append. p. 114) porte la date de 1490 et est ainsi conçue: Hic D. Raynutius de Farnesio fuit cum sodalibus (D. R. de Farnèse est venu ici avec ses amis). Une autre inscription, tracée dans une chambre voisine, est datée de 1467 et porte le nom d’un abbé de saint Hermès de Pise (
abb id est
Ermetis) et ceux de huit de ses religieux.
Mais ces visites sont tout à fait exceptionnelles et l’on peut dire, avec l’abbé Martigny, que, jusqu’à l’époque de Bosio, les hypogées sacrés des premiers chrétiens et des martyrs furent presque complétement oubliés. «Le vrai Christophe Colomb des cryptes sacrées des martyrs, dit l’abbé Martigny, c’est l’immortel Bosio.»
Toutefois, avant Bosio, quelques studieux et érudits explorateurs lui ont préparé la voie.
Ainsi Panvinio, vers le milieu du seizième siècle, fit, en prenant pour guides quelques livres anciens, un relevé de quarante-trois cimetières romains (De cœmeteriis urbis Romæ in Plotimæ Vitis rom. pontif. ou dans le De ritu sepeliend. mort., cap XII.)
En 1578, le dominicain Alphonse Ciacconio descendit dans le cimetière de Priscille, sous la voie Salaria, le visita soigneusement et réunit dans un album un certain nombre de croquis qu’il y avait pris.
Vers le même temps, Philippe Wingh, gentilhomme de Louvain et neveu de l’antiquaire Philippe Wingh, étant venu à Rome, se lia d’amitié avec Ciacconio, visita à son tour le cimetière de Priscille où il releva bon nombre d’inscriptions et fit beaucoup de dessins qui furent malheureusement perdus.
Bosio paraît avoir eu entre les mains à la fois et les dessins de Wingh et l’Itinéraire de Panvinio; on peut donc suppossr qu’il fut mis sur les traces des Catacombes par la découverte de celle de Sainte-Priscille.
Antoine Bosio, dit l’abbé Martigny, était Maltais de naissance, avocat de profession, et résidait à Rome, vers le milieu du seizième siècle, en qualité d’agent de l’ordre de Malte. Jamais vocation d’antiquaire ne fut si fortement prononcée, ni plus vaillamment suivie que la sienne; cet homme de génie, dont les forces physiques durent égaler l’énergie morale, consacra trente-cinq ans de sa vie et des sommes considérables à fouiller les Catacombes dans tous les sens. A l’aide des documents qu’il avait entre les mains, il se mettait d’abord à la recherche de l’emplacement où, selon les probabilités les plus plausibles, chaque cimetière devait être retrouvé ; il saisissait avec empressement et exploitait avec la plus rare sagacité tous les indices que le hasard venait lui fournir, tels qu’un éboulement de terrain, l’excavation d’un puits ou d’une cave, etc.; et, lorsque enfin un accès quelconque lui était ouvert, il n’y avait plus ni danger ni obstacle qui pût l’empêcher de descendre dans les Catacombes. Il dut plus d’une fois s’ouvrir de ses propres mains, et au péril de sa vie, un passage pour pénétrer dans des galeries qui se trouvaient bouchées par des alluvions ou des éboulements séculaires. Il raconte lui-même que, voulant visiter avec quelque sécurité le cimetière de Saint-Calliste, il se munit d’un peloton de fil, dont il attacha un bout à l’entrée, s’arma de pelles et de pioches, et, avec une abondante provision de bougies et de comestibles, s’enfonça dans ces immenses labyrinthes, pour n’en sortir qu’après plusieurs jours et plusieurs nuits d’incessantes explorations. Il ne laissai rien échapper de ce qui offrait quelque intérêt, il copiait toutes les inscriptions, relevait toutes les peintures, traçait des plans avec une fidélité à laquelle les savants modernes, entre autres d’Agincourt et le P. Marchi, ne se lassent pas de rendre hommage.
Bosio mourut avant d’avoir pu publier le résultat de ses recherches. Son manuscrit fut publié trente ans après sa mort, en un volume grand in-folio sous ce titre: Roma sotterranea, par les soins de l’oratorien Jean Severano; l’édition princeps romaine est de 1632; quinze ans après, Aringhi en publia une édition latine; c’est la plus répandue.
Nombre de savants, depuis Bosio, ont visité en tous sens la Rome souterraine et ont écrit sur elle des ouvrages importants. Au premier rang se placent Aringhi, Boldetti, Bottari, Marchi, et enfin tout récemment M. de Rossi, qui a entrepris un travail considérable et placé à un nouveau point de vue, dans lequel il renverse d’une façon irréfutable les fausses idées généralement adoptées sur les Catacombes. Grâce aux travaux de ces savants, ces précieux monuments de l’origine du christianisme sont devenus impérissables et demeurent à tout jamais acquis à la science. Malheureusement, les voies souterraines des galeries sont de plus en plus obstruées par de fréquents éboulements, et auraient bon besoin d’un entretien que l’incurie ou l’indigence du gouvernement romain leur refuse complètement.
Les Catacombes de Rome ont une sorte de renommée légendaire et effrayante que le récit de quelques aventures tragiques, arrivées à diverses époques, n’a pas peu contribué sans doute à entretenir; on cite en effet plusieurs visiteurs imprudents qui se sont égarés dans les labyrinthes de ces galeries sépulcrales et qui y sont morts de faim, sans avoir pu retrouver l’issue; le plus connu de ces accidents est celui arrivé au peintre français Robert, et qui a fourni à l’abbé Delille le sujet d’un remarquable épisode de son poëme de l’Imagination.
Voici ces vers qui s’associent tout naturellement à notre sujet:
Sous les remparts de Rome et sous ses vastes plaines
Sont des antres profonds, des voûtes souterraines,
Qui, pendant deux mille ans, creusés par les humains,
Donnèrent leurs rochers aux palais des Romains;
Avec ses rois, ses dieux et sa magnificence,
Rome entière sortit de cet abîme immense.
Depuis, loin des regards et du fer des tyrans,
L’Église encore naissante y cacha ses enfants,
Jusqu’au jour où du sein de cette nuit profonde,
Triomphante, elle vint donner des lois au monde,
Et marqua de sa croix les drapeaux des Césars.
Jaloux de tout connaître, un jeune amant des arts,
L’amour de ses parents, l’espoir de la peinture,
Brûlait de visiter cette demeure obscure,
De notre antique foi vénérable berceau.
Un fil dans une main et dans l’autre un flambeau,
Il entre, il se confie à ces voûtes nombreuses,
Qui croisent en tous sens leurs routes ténébreuses;
Il aime à voir ce lieu, sa triste majesté,
Ce palais de la nuit, cette sombre cité,
Ces temples où le Christ vit ses premiers fidèles,
Et de ces grands tombeaux les ombres éternelles.
Dans un coin écarté se présente un réduit,
Mystérieux asile où l’espoir le conduit.
Il voit des vases saints et des urnes pieuses,
Des vierges, des martyrs dépouilles précieuses;
Il saisit ce trésor, il veut poursuivre, hélas!
Il a perdu le fil qui conduisait ses pas;
Il cherche, mais en vain, il s’égare, il se trouble,
Il s’éloigne, il revient, et sa crainte redouble;
Il prend tous les chemins que lui montre la peur;
Enfin, de route en route et d’erreur en erreur,
Dans les enfoncements de cette obscure enceinte,
Il trouve un vaste espace, effrayant labyrinthe,
D’où vingt chemins divers conduisent à l’entour.
Lequel choisir? Lequel doit le conduire au jour?
Il les consulte tous, il les prend, il les quitte;
Il appelle, l’écho redouble sa frayeur;
De sinistres pensers viennent glacer son cœur.
L’astre heureux qu’il regrette a mesuré dix heures
Depuis qu’il est errant dans ces noires demeures;
Ce lieu d’effroi, ce lieu d’un silence éternel,
En trois lustres entiers voit à peine un mortel;
Et, pour comble d’effroi, dans cette nuit funeste,
Du flambeau qui le guide il voit périr le reste.
Craignant que chaque pas, que chaque mouvement,
En agitant la flamme, en use l’aliment,
Quelquefois il s’arrête et demeure immobile.
Vaines précautions! tout soin est inutile,
L’heure approche, et déjà son cœur épouvanté
Croit de l’affreuse nuit sentir l’obscurité.
Il marche, il erre encor sous cette voûte sombre,
Et le flambeau mourant fume et s’éteint dans l’ombre.
Il gémit; toutefois, d’un souffle haletant
Le flambeau ranimé se rallume à l’instant.
Vain espoir! parle feu la cire consumée,
Par degrés s’abaissant sur la mèche enflammée,
Atteint sa main souffrante, et de ses doigts vaincus
Les nerfs découragés ne la soutiennent plus:
De son bras défaillant enfin la torche tombe,
Et ses derniers rayons ont éclairé sa tombe.
0 toi, qui d’Ugolin traças l’affreux tableau,
Terrible Dante, viens, prête-moi ton pinceau,
Prête-moi tes couleurs, peins, dans ces noirs dédales,
Dans la profonde horreur des ombres sépulcrales,
Ce malheureux qui compte un siècle par instants,
Seul... Ah! les malheureux ne sont pas seuls longtemps;
L’imagination de fantômes funèbres
Peuple leur solitude et remplit leurs ténèbres.
L’infortuné déjà voit cent spectres hideux:
Le délire brûlant, le désespoir affreux,
La mort.., non cette mort qui plaît à la victoire,
Qui vole avec la foudre et que pare la gloire,
Mais lente, mais horrible, et trainant par la main
La faim qni se déchire et se ronge le sein.
Son sang, à ces pensers, s’arrête dans ses veines.
Et quels regrets touchants viennent aigrir ses peines!
Ses parents, ses amis, qu’il ne reverra plus!
Et ces nobles travaux qu’il laisse suspendus!
Ces travaux qui devaient illustrer sa mémoire,
Qui donnaient le bonheur et promettaient la gloire!
Et celle dont l’amour, celle dont le souris
Fut son plus doux éloge, et son plus digne prix!
Quelques pleurs de ses yeux coulent à cette image,
Versés par le regret et séchés par la rage.
Cependant il espère, il pense quelquefois
Entrevoir des clartés, distinguer une voix.
Il regarde, il écoute... hélas! dans l’ombre immense
Il ne voit que la nuit, n’entend que le silence;
Et le silence ajoute encore à sa terreur.
Alors, de son destin sentant toute l’horreur,
Son cœur tumultueux roule de rêve en rêve;
Il se lève, il retombe, et soudain se relève,
Se traîne quelquefois sur de vieux ossements.
De la mort qu’il veut fuir horribles monuments!
Quand tout à coup son pied trouve un léger obstacle;
Il sent, il reconnaît le fil qu’il a perdu,
Et de joie et d’espoir il tressaille éperdu.
Ce fil libérateur, il le baise, il l’adore,
Il s’en assure, il craint qu’il ne s’échappe encore,
Il veut le suivre, il veut revoir l’éclat du jour;
Je ne sais quel instinct l’arrête en ce séjour:
A l’abri du danger, son âme encor tremblante
Veut jouir de ces lieux et de son épouvante.
A leur aspect lugubre il éprouve, en son cœur,
Un plaisir agité d’un reste de terreur.
Enfin, tenant en main son conducteur fidèle,
Il part, il vole aux lieux où la clarté l’appelle.
Dieux! quel ravissement, quand il revoit les cieux,
Qu’il croyait pour jamais éclipsés à ses yeux!
Avec quel doux transport il promène sa vue
Sur leur majestueuse et brillante étendue!
La cité, le hameau, la verdure, les bois,
Semblent s’offrir à lui pour la première fois;
Et, rempli d’une joie inconnue et profonde,
Son cœur croit assister au premier jour du monde.
Après l’histoire des Catacombes, nous allons en donner le plus brièvement possible une description succincte.
Qu’on se figure une longue série de galeries interminables, d’un mètre à un mètre cinquante centimètres de largeur sur une hauteur variant d’un à quatre mètres, qui se croisent sans cesse en formant une multitude de carrefours, et constituent un labyrinthe inextricable; il n’y a ni maçonnerie ni voûte; la terre se soutient d’elle-même. Les murailles de ces sortes de rues souterraines sont formées par les niches, ou loculi, où l’on mettait les corps. De distance en distance, on rencontre des espaces plus larges, ordinairement carrés; c’est ce qu’on appelle les chambres, ou culicula. Ces galeries reçoivent l’air extérieur par des ouvertures, placées quelquefois à trois cents pas l’une de l’autre, et dont la plupart même sont obstruées par l’éboulement des terres. Presque toutes les galeries sont creusées à deux ou plusieurs étages qui communiquent entre eux au moyen d’escaliers.
Nous avons dit que, si les chrétiens préférèrent les sépultures souterraines, ce fut moins pour déjouer la surveillance du pouvoir que pour rester fidèles aux traditions de l’Église naissante qui, en sortant de la communauté juive, avait conservé d’elle cette habitude; ajoutons que ce fut aussi et surtout pour imiter le tombeau du Christ, dont la vie et la mort étaient l’exemple des chrétiens. Il n’est pas douteux, dit M. Boissier, que le sépulcre de Joseph d’Arimathie, «qui n’avait pas servi et qu’il avait fait tailler dans le roc» avec sa niche horizontale, surmontée, comme unique ornement, d’un arceau cintré (arcosolium), n’ait servi de modèle aux premières tombes chrétiennes.
A l’origine, alors que l’on se groupait autour des évêques et des martyrs, les Catacombes avaient peu d’étendue; ce ne fut guère que sous Caracalla, Alexandre Sévère, les deux Philippe, dans les jours de paix et de tranquillité, qu’elles prirent l’immense accroissement qui fait notre admiration aujourd’hui.
Voici comment elles se sont peu à peu développées: dans les galeries, qu’on construisit les premières, les niches où l’on plaçait les morts étaient larges, éloignées les unes des autres, il y avait beaucoup de place perdue; le nombre des fidèles augmentant, il fallut bientôt serrer les tombes et en construire dans les endroits vides; ce moyen ne suffit pas longtemps et l’on dut se décider à agrandir les Catacombes; on creusa à différents niveaux; il y eut quelquefois jusqu’à cinq étages de galeries superposées dans la même crypte: le premier était à sept ou huit mètres du sol, le dernier atteignait à la profondeur de quatre-vingt-cinq mètres; ces agrandissements durent donner beaucoup de place, la communauté des chrétiens a dû s’en contenter longtemps; cependant, le nombre des fidèles s’accroissant toujours, les petits hypogées voisins poussèrent l’un vers l’autre des ramifications nombreuses et plusieurs d’entre eux, en se joignant, formèrent un cimetière. Les cimetières ne sont donc que la réunion de quelques-unes de ces cryptes primitivement isolées, et, s’ils ont encore aujourd’hui un si grand nombre d’entrées, c’est que chaque crypte avait la sienne et la conserva; tous ces cimetières auraient pu même être réunis entre eux et ne former qu’une seule chrétienté souterraine, s’ils ne s’étaient souvent trouvés séparés les uns des autres par des vallées profondes et marécageuses, où l’eau séjournait après les orages.
Jusqu’à ce moment, tous ces travaux s’étaient librement et ouvertement exécutés, on n’avait pas cherché à dissimuler les entrées, des escaliers magnifiques s’ouvraient librement sur la campagne; mais, quand vinrent les persécutions, avec l’empereur Dèce et ses successeurs jusqu’à Constantin, on se mit à creuser timidement des escaliers tortueux dont les entrées s’ouvraient dans des carrières abandonnées, on laissa la terre provenant des fouilles nouvelles, entassée dans les chambres qui ne servent plus et où on les voit encore de nos jours, on obstrua les cryptes, on mura les passages, on déroba si soigneusement à tous les yeux les corps des martyrs, que plusieurs dans la suite ne purent plus être retrouvés; ces mesures de précaution, d’ombre et de secret, durèrent jusqu’à Constantin.
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