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A. Jacquemart
Momus à la caserne
Chansons, romances

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066300630
Table des matières
CHANSON-PRÉFACE.
LE JOUR DE REVUE.
VIVE LA FRANCE! CHANT HÉROÏQUE. (Décembre 1822.)
ENSEIGNEMENT MUTUEL.
COUPLET IMPROVISÉ A UN DINER DONNÉ A L’AUTEUR PAR PLUSIEURS OFFICIERS.
LE SOUVENIR.
LE DORMEUR.
COLAS A COLETTE. ROMANCE VILLAGEOISE.
LE PÈRE LACHAISE. ROMANCE.
MES CHATEAUX EN ESPAGNE, OU DEUX HEURES DE FACTION. (RÊVE.)
AVIS.
NELSON, RONDE VILLAGEOISE.
LA CRAINTE D’UN SECOND DÉLUGE.
LE FANATISME.
DES TABLEAUX, DES CHANSONS. (MOIS DE MAI1817.)
LA CRUCHE.
LE PAUVRE TROUBADOUR.
LES SOLDATS FRANÇAIS AUX LIBELLISTES. (Décembre 1819.)
LA VENGEANCE RÉCIPROQUE.
L’ORAGE. ROMANCE.
PETITE CONSPIRATION DE LA VOLAILLE CONTRE LES GOURMANDS, LEURS OPPRESSEURS.
LES MÉTAMORPHOSES.
LE CLAIR DE LUNE. ROMANCE.
LE DIABLE.
LES JOLIS MEUBLES. COUPLETS POUR LA FÊTE DE MON AMI J.... S...., MARCHAND TAPISSIER.
VERS FAITS DANS LE JARDIN DE L’ÉLYSÉE BOURBON, Le16juin1820.
QUELLE INJUSTICE.
LES ILLUSTRES NORMANDS. A MON AMI E.... G.... QUI PARAISSAIT MÉCONTENT DE SON ORIGINE NORMANDE.
L’INVALIDE ET LA VIVANDIÈRE. CHANSON DIALOGUÉE.
LES YEUX.
C’EST DOMMAGE! (MOT DONNÉ.) (Mars1821.)
LA ROSÉE.
L’ESPOIR. ROMANCE.
COULEUR DE ROSE.
A MON AMI, M. A QUI M’AVAIT ADRESSÉ DES VERS AU SUJET DE MON AVÉNEMENT.... AU GRADE DE SERGENT.
LA CUISINE. CHANSON GOURMANDE.
OVIDE DANS L’ILE DE THALASSIE. STANCES.
VIVE LE VIN. CHANSON BACHIQUE.
LE BOUDOIR D’UNE COQUETTE COMPARÉ A UNE CHAMBRE DE SOLDAT.
L’HONNEUR.
LA VEILLE ET LE LENDEMAIN. COUPLETS PHILOSOPHIQUES.
L’HIVER. RONDE A DANSER.... AU COIN DU FEU.
COUPLETS CHANTÉS A LA SUITE D’UN ASSAUT D’ARMES DONNÉ PAR LA GARDE ROYALE, AU MOIS DE MARS1821.
L’AMOUR GOUVERNEUR.
TÉLÉMAQUE A MENTOR. ROMANCE ADRESSÉE A MON PÈRE, LE JOUR DE SA FÊTE.
PYGMALION, (POT-POURRI.) IMITATION BURLESQUE D’UNE MÉTAMORPHOSE D’OVIDE.
ENVOI A MAMZELLE PIERRETTE, BLANCHISSEUSE DE LINGE FIN AU GROS-CAILLOU.
LA GLOIRE ET L’AMITIÉ.
LE MATIN. ROMANCE.
LES AVEUGLES DE CIRCONSTANCE.
LE RACCOMMODEMENT. A MON AMI P....
LA JOURNÉE DU SOLDAT. PETIT TABLEAU MORAL, CRITIQUE, COMIQUE, ET SURTOUT VÉRIDIQUE.
L’AMANT MALHEUREUX. ROMANCE SENTIMENTALE.
SAGE CONSEIL A MON AMI P....
A QUELQUES-UNES DE CES DAMES.
LES ATOMES.
PENSEZ A MOI. ROMANCE.
NOUS VOILA. (Janvier1821.)
LES ENSEIGNES. (Avril1819.)
SOUVENIR ET ESPÉRANCE. COUPLETS CHASTES PAR M ME MARIE P.... A SON MARI, LE JOUR DE SA FETE.
LE MODÉRÉ.
AUTRE CHOSE. (MOT DONNÉ.)
LE PAU VUE AVEUGLE.
RÉFLEXIONS MORALES ET POLITIQUES DE LATULIPE, SUR L’IMPOSSIBILITÉ DE S’EMPÊCHER DE FUMER. (Juin1820.)
LEÇON DE BOTANIQUE, OU PLUTOT D’HISTOIRE NATURELLE. Chanson qui me fut apportée par l’écho indiscret d’un cabinet particulier d’histoire naturelle.
LE PÈRE ETIENNE. CHANSON VILLAGEOISE.
LE BAL MASQUÉ. ROMANCE.
LISETTE.
LA MORT DE BATAILLON. COMPLAINTE.
LE LILAS.
CE QUE JE VEUX.
COUPLETS IMPROVISÉS LE JOUR DE LA SAINT-LOUIS, A UN BANQUET MILITAIRE. (1823.)
LA NACELLE. COUPLETS CHANTES A MON AMI PIERRE P....., LE JOUR DE SA FÊTE, PAR SES CINQ JEUNES DEMOISELLES.
MONSIEUR MODESTE.
SANS CHAGRIN, OU LE SOLDAT PHILOSOPHE.
LES COULEURS. CHANSONNETTE. (Juin1823.)
L’ORDRE DU JOUR.
TROU LA LA. RONDE BACHIQUE.
LES MASQUES. (février1823.)
LA DOUBLE IVRESSE.
LE ROI DE LA FÈVE.
AUX FEMMES. Air: Eu amour comme en amitié. (De Colallo.
AH QUEL NEZ! OU LE NEUF OCTOBRE1823.
MON DOCTEUR. CHANSON TROUVÉE SOUS L’OREILLER D’UNE JEUNE MALADE QUI VENAIT DE PARTIR, PAR ORDRE DE SON ESCULAPE, POUR PRENDRE les eaux d’Enghien.
RÉFLEXIONS DE LATULIPE LE BONHEUR DES MARIS.
LA TULIPE FRANÇAIS ET TROUBADOUR. COUPLETS GRIVOIS A L’OCCASION DU RETOUR DE S.A.R. MONSEIGNEUR LE DUC D’ANGOULÊME. (décembre1823.)
LE DRAPEAU FRANÇAIS.
LE CRÉATEUR ET LA CRÉATURE.
LES MANTEAUX.
PARIS. CHANSON ADRESSÉE A MES AMIS DE ROUEN.
N’OUBLIEZ PAS LA FILLE. HISTORIETTE.
LAURETTE. ROMANCE.
LA CRÉATION D’ÈVE ET LA CHUTE DU PREMIER HOMME. (POT POURRI.)
AUX FILLES D’ÈVE.
LE VIN ET LES CHANSONNETTES. RONDE DE TABLE.
LA FILLE QUI A PEUR DES ENFANS. HISTORIETTE.
SI TU VOULAIS. ROMANCE.
POURQUOI RIEZ-VOUS? POURQUOI NE RIEZ-VOUS PAS?
ÉLOGE DE LA DANSE. RONDE A DANSER.
LE PALAIS ET LA CHAUMIÈRE. COUPLETS CHANTÉS PAR DEUX JEUNES DEMOISELLES A S.A. R. MADAME, DUCHESSE D’ANGOULEME, Le31décembre1824.
LE CHAR DE LA VIE.
Chansons, Romances, etc.
Par A. Jacquemart,
SERGENT MAJOR Il5o REGIMENT D’INFANTERIE DE LA GARDE ROYALE.

Paris,
Chez HUBERT, Librairie, Palais-Royal, galerie de bois, D. 222.
Chez PETIT, galerie du bois, côté du jardin.
Chez MONGIE, Bouleieu des Italiens.
1825.
CHANSON-PRÉFACE.
Table des matières
Air: Quand c’est parti, ça De raient plus. (De Plantade.)
EST-CE un rêve? eu notre caserne
J’entends agiter des grelots.
Armé d’un flacon de Sauterne,
Momus nous adresse ces mots:
«Pourquoi briser le luth sonore,
Seul bien des panures troubadours?
Chantes, soldats, chantes encore. (bis.)
Chantes, soldats, chantes toujours. (bis.)
Jeunes preux, que l’honneur engage,
Soyez piquans, vifs et légers.
Riez du burlesque langage
De ces loups devenus bergers.
Qu’un gai refrain qui vient d’éclore
Etouffe leurs pesans discours:
Chantez, soldats, chantez encore.
Chantez, soldats, chantez toujours.
Voyez fuir les noires ténèbres.
Un rayon pur frappe vos yeux!
N’entonnez plus d’hymnes funèbres.
Français, par vos refrains joyeux.
Saluez cette douce aurore
Présage de glorieux jours!
Chantez, soldats, chantez encore.
Chantez, soldats, chantez toujours.
Pour égayer une campagne
Les preux soldats du tems jadis
Chantaient auprès de Charlemagne;
Chantez, Morbleu, sous Charles-Dix!
Ce bon roi, que la France honore,
Sourit aux plaisirs, aux amours.
Chantez, soldats, chantez encore.
Chantez, soldats, chantez toujours.»
LE JOUR DE REVUE.
Table des matières
INSPECTONS nos effets, relevons nos moustaches,
On va jeter sur nous un regard scrutateur:
D’un bon soldat les habits et l’honneur
Doivent toujours être sans taches.
VIVE LA FRANCE!
CHANT HÉROÏQUE.
(Décembre1822.)
Table des matières
Air: De Roland.
ILS reviendront ces temps heureux
De l’antique chevalerie
Où l’on voyait combattre un preux,
Pour l’honneur et pour sa patrie.
Comme nos anciens chevaliers,
Que la gloire élève nos âmes;
Et gravons sur nos boucliers:
Dieu, le roi, l’honneur et les dames.
CHŒUR.
Soldats, de notre beau pays
Soyons la plus noble espérance,
Et répétons près de Louis:
Tout à l’honneur! (bis) Vive la France! (bis).
Clio burine nos succès,
Et nos yeux répandent des larmes!
Que penseront-ils des Français
Ceux que firent trembler leurs armes?
Nobles Francs, au lieu de pleurer
Après des conquêtes si belles,
N ’est-il pas plus beau d’espèrer
D’en faire bientôt de uouvelles?
Soldats, (etc.)
Les braves, dit-on, rie sont plus!
Ah! pour nous soldats quel outrage!!!
Trève à des regrets superflus;
Doutons-nous de notre courage?
Pourquoi gémir sur des tombeaux,
Et nous confondre en plaintes vaincs?
Le sang de ces braves héros
Ne coule-t-il pas dans nos veines!
Soldats, (etc.)
Livrés à l’amour, aux beaux-arts,
Nous laissons reposer la terre;
Mais pour défendre nos remparts
Nous reprendrons le cimeterre.
Amans et guerriers tour à tour,
Malgré vos cris, ligue félonne,
Nos noms pourront briller un jour
Sur l’airain d une autre colonne!
Soldats, (etc.)
O toi, par l’erreur exilé,
Qui vas sur un lointain rivage
étendre ton corps mutilé
Sous la cabane d’un sauvage,
Reviens sous nos ombrages frais
Cultiver un sol plus fertile,
Et que la France désormais
Des Français soit le champ d’asile!
Soldats, de notre beau pays
Soyons la plus noble espérance,
Et répétons près de Louis:
Tout à l’honneur! (bis.) Vive la France! (bis.)
ENSEIGNEMENT MUTUEL.
Table des matières
Ait: De Colallo.
Les vieux guerriers, dont nous sommes enfans
Dans les camps seront nos modèles,
Nous suivrons leurs pas triomphans:
Ces braves à l’honneur seront toujours fidèles.
En partageant notre gloire et nos maux,
Ils doubleront notre courage:
Tel un vieux chêne abattu par l’ogage (bis.)
Soutient encor ses flexibles rameaux. (bis.)
COUPLET
IMPROVISÉ A UN DINER DONNÉ A L’AUTEUR
PAR PLUSIEURS OFFICIERS.
Table des matières
Air: Restez, restez, troupe jolie.
BRAVANT l’ennuyeuse étiquette,
Ne vois-je pas, en ce moment,
Se frotter ma rouge épaulette
A celle de mon lieutenant? (bis)
De cet accueil je me fais gloire,
Songeant, en cetinatant Sétieur (bis.)
Que celui qui me verse à boire
Sera mon guide au champ d’honneur.
LE SOUVENIR.
Table des matières
J’ADOUCIS les cruels tourments
Que nous fait éprouver l’absence.
Je suis le trésor des amants
Quand ils ont perdu l’espérance.
LE DORMEUR.
Table des matières
Air: De Lantara.
Vous dont la carrière est remplie,
Vous me reprochez chaque jour
De dormir avec ma folie
Entre le plaisir et l’amour. (bis.)
Laissez-moi prendre pour l’aurore
Le jour qui s’avance à grand pas:
Mes songes sont ai doux encore ! (bis.)
Voilà pourqoi je ne m’éveille pas. (bis.)
Qu’entends-je? des chants de victoire!
Bellone crie à m’assourdir:
«Aux armes! Veille pour la gloire.»
De grâce laissez-moi dormir!
Près de la belle que j’adore
Je livre de plus doux combats:
Mes songes sont si gais encore!
Voilà pourquoi je ne m’éveille pas.
Mais, grand Dieu! sur ma main brûlante
Qui vient poser sa froide main?....
A sa démarche chancelante
Je reconnais le pauvre Hymen.
Triste Dieu qu’un souci décore,
On ne dort plus entre tes bras:
Mes songes sont si doux encore.
Voilà pourquoi je ne m’éveille pas.
Qui m’appelle? Ah! c’est toi, Sagesse!
Il est trop tôt pour m’éveiller.
Vois ce myrte que la tendresse
A posé sur mon oreiller.
D’Amour la voix est plus sonore;
O Minerve, parle plus bas!
Mes songes sont si doux encore!
Voilà pourquoi je ne m’éveille pas.
Vous approchez, tristes veillées,
Je sens déjà le poids des ans;
Ah! sous des roses effeuillées
Cachons mes premiers cheveux blancs.
Je vois plus d’une fleur éclore;
La foulerais-je sous mes pas?
Mes songes sont si doux encore!
Voilà pourquoi je ne m’éveille pas.
COLAS A COLETTE.
ROMANCE VILLAGEOISE.
Table des matières
Air: A peine au sortir de l’Enfance.
N’HÉSITE plus, ô ma bergère!
Que tous mes vœux soient accomplis;
Tu peux demander à ma mère
Les Colas font de bons maris.
Ali! lorsque l’hymen qui s’apprête
Nous tiendra tous deux dans ses lacs,
Colette, sois toujours Colette ; (bis.)
Moi, je serai toujours Colas. (bis.)
Pour éclipser nos pastourelles,
Tu pourras porter à ton choix
Rubans, bijoux, fines dentelles:
A tout je donnerai ma voix.
Des dépenses de ta toilette
Crois que je ne me plaindrai pas:
Colette, sois toujours Colette;
Moi, je serai toujours Colas!
Quand tous les bergers du village
Te cajoleraient tour à tour,
Je n’en prendrais jamais d’ombrage:
Pourrais-tu trahir notre amour?
Si dans le bois tu vas seulette,
Jamais je n’y suivrai tes pas:
Colette, sois toujours Colette;
Moi, je serai toujours Colas.
Si le sort pour un long voyage
M’éloignait de notre canton,
A mon retour dans mon ménage,
Si je trouvais gentil poupon,
Loin d’en avoir l’ame inquiète
Je le bercerais dans mes bras.
Colette, sois toujours Colette;
Moi, je serai toujours Colas.
Je crois à ta vive tendresse,
A ta douceur, à ta bonté,
A ta candeur enchanteresse,
Surtout à ta fidélité.
Je te crois sensible et discrète;
De tes vertus je fais grand cas:
Colette, sois toujours Colette;
Moi, je serai toujours Colas.
LE PÈRE LACHAISE.
ROMANCE.
Table des matières
DANS ce séjour si doux et si paisible,
Où l’homme dort avec ses vains projets,
J’aime à rêver sur le marbre insensible
Qui me dérobe à de tristes objets.
Quel calme heureux règne dans cet asile
Quand on gémit dans nos brillans châteaux!
Fiers habitans des tombeaux de la ville. (bis.)
Ah ! salue la ville des tombeaux ! (bis.)
Incline-toi, mortel que la fortune
Dès le berceau nomma son favori;
Jette un regard sur la tombe commune:
Du malheureux voilà le seul abri.
Le pauvre dort sous la couche d’argile,
Comme le prince en ses vastes caveaux.
Fiers habitans des tombeaux de la ville,
Ah! saluez la ville des tombeaux!
Dans ce séjour où l’esprit s’alimente,
Jeunes auteurs, saisissez un crayon!
Prosternez-vous: cette terre est brûlante!
Il s’en élève un céleste rayon!
Devant Grétry, La Fontaine et Delille
Vous pâlissez, météores nouveaux!
Fiers habitans des tombeaux de la ville,
Ah! saluez la ville des tombeaux!
Bouillans guerriers, émules de Bellone,
Qu’au champ d’honneur la gloire environna,
Ah! contemplez la dernière couronne
Que le destin accorde à Massena!
Que nous apprend son cadavre immobile?
Le marbre seul décèle le héros!
Fiers habitans des tombeaux de la ville,
Ah! saluez la ville des tombeaux!
Quand l’homme échappe aux tourmens qu’il endure
Dans le néant il craint d’être abîme.
Pourquoi ce doute? au sein delà nature
Je ne vois rien qui ne soit animé.
Ici des morts la poussière subtile
Se mêle aux fleurs, aux naissans arbrisseaux...
Fiers habitans des tombeaux de la ville,
Ah! saluez la ville des tombeaux!
MES CHATEAUX EN ESPAGNE,
OU
DEUX HEURES DE FACTION.
(RÊVE.)
Table des matières
Air: Il se croira dans un parterre.
MINUIT sonne! et sur ma guérite
Phœbé jette un pâle reflet:
Pour que le temps passe plus vite,
Rêvons quelque joli projet.
Un instant battons la campagne.
Momus, agitant ses grelots,
M’invite à le suivre en Espagne, (bis.)
Pour y bâtir quelques châteaux. (bis.)
En cessant d’être militaire
Je ne veux, loin d’être envieux,
Qu’une cabane solitaire
Dans un vallon silencieux.
Loin du tumulte de la ville,
N’ayant pour voisin que.... l’écho.
Là je vivrai bien plus tranquille
Que dans un superbe château.
J’y composerai mainte strophe
Sur mes amours, sur mes regrets....
Mais hélas! pauvre philosophe!
Seul en ces lieux tu t’ennuierais.
Eh bien! prenons gente bergère,
Simple comme on l’est au hameau:
Elle saura bien mieux me plaire
Que la maîtresse d’un château.
De ma gentille ménagère
Je vois la taille s’arrondir!
Déjà sur la verte fougère
Je vois mon premier-né courir!
Non, rien ne manque à mon ivresse;
Puis-je avoir un désir nouveau?
J’éprouve tout, amour, tendresse!!
Biens méconnus dans un château.
Je me vois une pépinière
De ces doux fruits de mon amour.
Ma pauvre petite chaumière
Ne peut me suffire en ce jour.
Il faut songer à mon ménage.
Eh bien!.... au bord de ce ruisseau
Aggrandissons notre héritage;
Bâtissons.... un petit château.
Me voilà bien plus à mon aise!
Mais il me faut changer d’habit.
Qu’un tailleur m’affuble à l’anglaise.....
Puis mon jardin est trop petit.
Achetons ce canal en face,
Ces bois, ce verger, ce coteau:
C’est le moins que j’aille à la chasse
En habitant dans un château.
Là-bas, auprès de ce platane,
Quel est ce mauvais galetas?
Grand Dieu! c’est ma pauvre cabane!
Je ne la reconnaissais pas.
De moi, crainte qu’on ne se moque,
Allons, Frontin, prends un marteau;
Vite abats-moi cette bicoque:
Elle embarrasse mon château.
Qu’en tends-je? les gens du village
M’appellent tous leur bon seigneur!
Ils viennent pour me rendre hommage:
Ah! quel honneur!.... ah! quel honneur!...
Mais quoi!.... cela n’était qu’un rêve?
Un fruit de mon faible cerveau!....
Quelqu’un s’approche… on me relève!
Adieu plaisirs, honneurs, château!!!
De l’homme telle est la manie;
Jamais content de son destin,
On le voit dépenser sa vie
En souhaits pour le lendemain.
Ce qui dans l’instant sut lui plaire
Cesse de lui paraître beau:
Il désire dans sa chaumière,
Il désire dans son château.
AVIS.
Table des matières
Air: Du Château et de la Chaumière.
MARIONNETTES libérales,
Que l’on ballotte tour à tour,
L’intérêt d’vos ames vénales
Règle la pensée et l’amour.
Hélas! pauvres polichinelles,
Pour un peu d’or mis en avant,
Cachez-vous au moins les ficelles (bis.)
Qui vous donnent le mouvement ! (bis.)
NELSON,
RONDE VILLAGEOISE.
Table des matières
Air nouveau.
CHŒUR.
DANSEZ, jeunes bergères,
Profitez des beaux jours.
Par vos danses légères
Enchaînez les amours. (ter.)
Sous les antiques chênes,
Plantés par vos aïeux,
Formez de doubles chaînes
Au son du luth joyeux.
La rose balancée
Par un vent doux et frais,
Sur sa tige élancée
Semble avoir plus d’attraits.
Dansez, etc.
Les fleurs entrelacées
Qui paraient vos appas,
Mourantes, dispersées,
Voltigent sous vos pas.
Je les vois disparaître
Au souffle du zéphir:
Le matin les vit naître,
Le soir les voit mourir!
Dansez, etc.
Pourrez-vous, jeunes filles,
Courir dans les vallons
Sur de frêles béquilles
Après les papillons?
Vous auriez sur la veille
Des regrets superflus:
Près d’une bonne vieille
On ne soupire plus.
Dansez, etc.
De myrtes couronnées,
Tendres, filles des champs,
Ah! soyez entraînées
Par de si doux penchans.
Au printemps de la vie,
Saison des vifs désirs,
Heureux qui multiplie
Ses pas et ses plaisirs!
Dansez, etc.
La danse et la tendresse
Occupaient mes loisirs;
Je suis dans ma vieillesse
Riche de souvenirs.
Dans vos jeux je respire
Mon bonheur éclipsé:
Vous me voyez sourire
En songeant au passé.
Dansez, etc.»
A sa dernière aurore
Ainsi chantait Nelson:
Nos jeunes gens encore
Répètent sa chanson;
Même sous le feuillage,
Au bruit du tambourin,
Les échos du bocage
Murmurent ce refrain:
Dansez, jeunes bergères,
Profitez des beaux jours.
Par vos danses légères
Enchaînez les amours.»
LA CRAINTE
D’UN SECOND DÉLUGE.
Table des matières
AH! sur notre mobile empire
Quelque démon promène ses noirceurs,
Je n’entends s’exhaler que plaintes, que douleurs:
La terre peut-elle sourire
Tandis que le ciel est en pleurs?
Pour la seconde fois Dieu veut noyer la terre.
Pauvres humains, quel horrible fléau!
Ah! je prévois un déluge nouveau:
L’eau pénètre.... jusqu’en mon verre!
LE FANATISME.
Table des matières
D’UN Dieu juste et clément je fais un dieu barbare.
Un poignard à la main je conduis les mortels:
Le fils dénaturé, que ma fureur égare,
Immole son vieux père aux pieds de mes autels!
DES TABLEAUX, DES CHANSONS.
(MOIS DE MAI1817.)
Table des matières
Air: Du vaudeville de la Robe et des Bottes
LES échos au fond des vallées
Ne sont plus troublés par des cris;
Les tendes mères consolées
Embrassent leurs enfans chéris.
Allons que la toile respire!
Qu’on fredonne des airs nouveaux!
Anacréon, reprens ta lyre. (bis.)
Appelle, reprens tes pinceaux. (bis.)
Une timide bergerette
Ne craint plus que sa blanche main
En cueillant une violette
Se baigne dans le sang humain.
Paisible je la vois sourire
A l’ombre de gentils berceaux!
Anacréon, reprens ta lyre.
Appelle, reprens tes pinceaux.
Ne mêlez pas la politique
Dans vos tableaux, ni dans vos chants;
Célébrez sous le toit rustique
Les plaisirs purs qu’on goûte aux champs.
Autour de l’arbre de Philyre
Dansent nos joyeux jouvenceaux:
Anacréon, reprens ta lyre.
Appelle, reprens tes pinceaux.
Sur ce qui se passa naguère
Loin de jeter un voile épais,
Peignez les horreurs de la guerre
Pour nous faire chérir la paix.
Puisque des méchans en délire
Pleurent l’objet de tant de maux:
Anacréon, reprens ta lyre.
Appelle, reprens tes pinceaux.
Le sot, l’intrigant, l’hypocrite,
Se parant d’un masque nouveau,
Veulent éclipser le mérite:
Vite un couplet, vite un tableau.
Armés du fouet de la satire,
Dispersez tous ces vermisseaux!
Anacréon, reprens ta lyre.
Appelle, reprens tes pinceaux.
LA CRUCHE.
Table des matières
Air: Un homme, pour faire un tableau
JE cherchais un noble sujet
Pour rimer une chansonnette,
Quand je vis près de mon buffet
Le meuble d’un pauvre poète.
Puisque l’on chante de nos jours
Jusqu’à la moindre fanfreluche,
O Phœbus! viens à mon secours!
Daigne m’inspirer.... sur la cruche. (bis.)
De la ridicule Chloris
On vante partout l’innocence:
De telles vertus dans Paris
Se rencontrent en abondance.
Loin de donner dans le panneau,
Moi je dis à cette guenuche:
Quand on va si souvent... à l’eau,
Comment ne pas casser sa cruche.
La nuit le pâle Maigrinet,
Grelottant sous une mansarde,
Le front penché sur Richelet
Invoque sa muse bâtarde.
Ce misérable original,
En allongeant son cou d’au truche,
Cherche d’un air sentimental
L’Hippocrène dans une cruche.
Qu’un ignare soit opulent,
Chacun le fête, le revère;
Quand le mérite, le talent
Sont oubliés dans leur chaumière.
La cruche, qui gît sous les toits,
Souvent dans un salon se huche:
Que de gens ont ôté de fois
Leur chapeau devant une cruche.
Mais qui le croira? parmi nous
Mainte cruche fut révérée,
Et l’on vit des sots à genoux
Autour d’une cruche dorée;
Leurs esprits étaient si troublés
Qu’ils brisaient les utiles ruches,
Et les malheureux aveuglés
S’occupaient à remplir des cruches!
Ah! sur la cruche c’en est trop,
Car près de moi j’entends redire:
Que je suis bête comme un pot
Depuis que la cruche m’inspire;
Je ne puis repousser les traits
Du rude censeur qui m’épluche,
Et n’ose espérer le succès
Qui couronna plus d’une cruche.
LE PAUVRE TROUBADOUR.
Table des matières
Air: Patrie, honneur, pour qui j’arme mon bras.
CONTENT du lot que m’ont donné les dieux,
Point ne m’échappe une plainte importune.
Le riche pleure et moi je suis joyeux:
Et je ferais des vœux pour la fortune,
Moi qui récus de la divinité (bis.)
Peu de richesse et beaucoup de gaîté ! (bis.)
Que l’opulence, en un brillant wiski,
Fasse traîner son grave personnage;
Lorsque je tiens le bras d’un bon ami
Puis-je envier son brillant équipage,
Moi qui reçus de la divinité
Peu de richesse et beaucoup de gaité?
N’ai jamais lu le noir fatras des lois;
De ce dédale avec soin je m’écarte.
Point de chagrin, aime, ris, chante et bois,
Sont les seuls mots qui composent ma charte,
Moi qui reçus de la divinité
Peu de richesse et beaucoup de gaîté.
Mondor, qui croit inspirer de l’amour,
Doit à ses biens sa vénale maîtresse;
Qu’un gai tendron vienne à m’aimer un jour,
Je serai seul l’objet de sa tendresse:
Car je reçus de la divinité
Peu de richesse et beaucoup de gaîté.
Lorsque viendra fille au gentil maintien
Sous l’humble toit du pauvre et gai trouvère,
Je lui dirai: Partagez tout mon bien;
Je n’ai ma foi qu’un cœur, qu’un lit, qu’un verre;
Mais je reçus de la divinité
Peu de richesses et beaucoup de gaîté.
Mon luth se brise et je manque de vin!
Je suis muet! Adieu, joyeux délire!
Mais un ami me verse un gai refrain,
Un autre met une corde à ma lyre;
Car je reçus de la divinité
Peu de richesse et beaucoup de gaîté.
Je dis à Dieu: Mon père pardonnez
Les gais élans de ma philosophie.
Je dis aux rois: Soyez plus fortunés,
Mais plus joyeux; oh! je vous en délie,
Moi qui reçus de la divinité
Peu Je richesse et beaucoup de gatté.
Tel d’une table on s’éloigne gaiement,
Tel de la vie un luron se retire:
Oui les témoins de mon dernier moment
Seront témoins de mon dernier sourire,
Car je reçus de la divinité
Peu de richesse et beaucoup de gaité?
LES SOLDATS FRANÇAIS
AUX LIBELLISTES.
(Décembre1819.)
Table des matières
Air: De Boileau à Auteuil,
CHŒUR.
DÉTROMPEZ-VOUS, sujets rebelles,
Vos efforts seront sans succès:
Avant d’écouter vos libelles
Nous cesserons d’être Français, (ter.)
Air: Ce magistrat irréprochable.
Quand la douce paix, la concorde
Nous procurent des jours plus beaux,
Quoi! vous voulez de la discorde
Hallumer les pâles flambeaux? (bis.)
En Louis quand chacun espère,
Vous voulez, indignes sujets,
Armer le fils contre son père ! (bis.)
Voilà vos coupables projets. (bis.)
Détrompez-vous, etc.
Pour tâcher d’émouvoir nos âmes
Vous nous parlez de liberté;
La plus odieuse des trames
Paraît sous ce voile emprunté.
Libres; soumis à votre rage,
Hommes perfides et pervers,
Si nous écoutions ce langage
Nous serions bientôt dans les fers.
Détrompez-vous, etc.
Le soldat qu’un saint zèle anime
Méprise vos lâches complots;
Il sait que trahir est un crime,
Qu’un traître n’est point un héros.
Vos principes d’indépendance
Sont bien mal fondés, croyez-moi:
Car celui qui chérit la France,
Sans doute doit chérir le roi.
Détrompez-vous, etc.
Voyez ces éclatans panaches
Que nous sommes fiers de porter?
Voyez ces étendards sans taches,
Gardez-vous de les insulter!
Nous jurâmes de les défendre,
Et de ne les quitter jamais:
Insensés, faut-il vous apprendre
La force d’un serment français?
Détrompez-vous, etc.
Le corps criblé par la mitraille,
Écoutez nos vieux grenadiers
Nous citer plus d’une bataille
Où leur front fut ceint de lauriers.
Tous rassemblés à la cantine
On les entoure avec émoi
Et chaque récit se termine
Par les cris de vive le roi!
Détrompez-vous, etc.
N’espérez pas qu’un militaire
Se laisse entraîner sur vos pas.
Gardez votre honteux salaire:
L’honneur français ne se vend pas!
Après un repas bien modeste,
Que nous trouvons de bon aloi,
Nous sommes riches, s’il nous reste
Pour boire à la santé du roi!
Détrompez-vous, etc.
Que demain l’honneur nous rappelle
Aux lieux de nos premiers exploits,
Chacun de nous, brave et fidèle,
Défendra le meilleur des rois;
Par de nouveaux traits de vaillance,
S’illustreront tous nos guerriers,
Et l’on verra fleurir en France
Les lis à l’ombre des lauriers.
Détrompez-vous, sujets rebelles,
Vos efforts seront sans succès.
Avant d’écouter vos libelles
Nous cesserons d’être Français.
LA VENGEANCE RÉCIPROQUE.
Table des matières
PLUS d’un époux, bon chrétien,
Envoie à Lucifer le bel ange qu’il aime:
Mais madame s’en venge bien
En faisant le diable elle-même.
L’ORAGE.
ROMANCE.
Table des matières
Air: Des plaisirs promis à la terre
Un voile obscurcit la lumière
Les éclairs brillent à nos yeux
Et d’une paisible chaumière
J’entends partir ce chant joyeux: (bis.)
L’aspect de ce sombre nuage
N’altère pas mon front vermeil;
Tranquille, à l’abri de l’orage,
J’attends un rayon de soleil! (bis.)
Princes, vos âmes tourmentées
Éprouvent un mortel effroi
Et sous vos flèches aimantées
Vous êtes plus tremblants que moi.
L’aspect, etc.
Le ruisseau grossit dans la plaine....
Loin de vous, esclaves des cours,
Du noir torrent qui vous entraîne
Je brave le rapide cours.
L’aspect, etc.
Les vents vers ma pauvre chaumière
Apportent les débris des fleurs:
Je ne vois que de la poussière
Dans le tourbillon des grandeurs!
L’aspect, etc.
Mon frêle toît qui tient à peine
Pourra survivre à maint château:
L’ouragan qui brise le chène
Ne fait que courber le roseau.
L’aspect, etc.
Quel coup! le ciel lance la foudre!
Et pour but prend un sceptre d’or.
Elle éclate!.... Un trône est en poudre!
Et mon chaume subsiste encor!
L’aspect de ce sombre nuage
N’altère pas mon front vermeil;
Tranquille, au plus fort de l’orage,
J’attends un rayon du soleil.»
PETITE CONSPIRATION
DE LA VOLAILLE
CONTRE LES GOURMANDS, LEURS OPPRESSEURS.
Table des matières
Chanson trouvée dans une basse-cour.
Air: Faut d’la rertu; pal trop n’en faut.
CHŒUR DE VOLAILLES.
Au ! grand dieu ! qui nous apprendre (bis.)
A quelle sauce on nous mettre ? (bis.)
Un gourmand que rien ne contente,
Pour rendr’ nos estomacs plus ronds,
Et notre chair plus succulente,
Va nous fair’ bourrer de marrons.
Ah! grand dieu, etc,
D’l’enfer nous n’craignons pas l’approche,
Plus qu’ici-bas peut-on souffrir?
On n’parl’ que d’nous mettre à la broche,
De nous larder, de nous rôtir.
Ah! grand dieu! etc.
Pauvr’ coq j’apperçois sur c’te table,
Pour me parer des band’s de lard!
Ne suis-j’ pas assez misérable
D’êtr’ mutilé comme Abeilard!
Ah! grand dieu! etc.
Dieu! quelles barbares coutumes!
On nous voit chaqu’ jour régaler
D’autres dindons qui, quoiqu’ sans plumes,
Bien mieux que nous savent voler.
Ah! grand dieu! etc
Nous qui végétons sur la paille
Contr’ nous qui peut les animer?
Hélas! les grands, pauvre volaille,
Ne cess’ront pas de vous plumer.
Ah! grand dieu! etc.
Il est temps de lever la crête.
Dindons, vite un ordre du jour:
Marchons, que rien ne nous arrête!
Quittons, quittons la basse-cour.
Car sans ça qui nous apprendra, etc.
Agissons tous avec adresse,
Promptement aiguisons nos becs
Puisqu’on en veut à notre graisse,
Prouvons-leur que nous sommes Grecs.
Car sans ça qui nous apprendra, etc.
Un dindon de la haute volée.
Laissez-moi faire: à la tribune
J’battrai des ail’s, j’frai les cents coups:
Que de gèns plaid’nt la caus’ commune
Et ne sont guèr’ plus dindons qu’nous.
La petite volaille reprend à voix basse.
Ah! grand dieu! etc.
Mais, las! notregloire est passée,
On rit de notre vain courroux,
J’entens l’ air de la fricassée!
C’est le chant du cygne pour nous.
Ah! grand dieu! etc.
Des fourneaux voyez la fumée,
C’est en vain que nous résistons.
Voilà l’élite d’notre armée:
Entre les mains des marmitons.
Ah! grand dieu! etc.
Notre faiblesse les seconde!
Dieu nous fit de bien tristes dons.
Quoi des farces de ce bas monde
Serons-nous toujours les dindons?
Ah! grand dieu! qui nous apprendra
A quelle sauce on nous mettra?
LES MÉTAMORPHOSES.
Table des matières
DE la rose qui vient d’éclore
Cette jeune bergère a la vive couleur:
Ah! me dis-je tout bas, aurais-je le bonheur
D’approcher de l’aimable Flore?
Alors de deux pommes d’amour,
Qu’une fine gaze environne,
J’entrevois le double contour:
Je me suis trompé, c’est Pomone.
Le cœur de plus en plus épris .
Je crois à tant d’attraits reconnattre Cypris!
J’ose presser sa main. De mon peu de réserve
Un regard menaçant est le trop digne prix,
Et je recule tout surpris
Sous les traits de Vénus de rencontrer Minerve.
LE CLAIR DE LUNE.
ROMANCE.
Table des matières
JE te fuis donc, antique monument;
Loin de tes murs un sort cruel m’entraîne!
Se balançant sur cette humide plaine,
Mon frèle esquif s’éloigne lentement.
Adieu Clara!... Mais sur cette tourelle,
Je la revois!... est-ce un enchantement?
Flots argentés, retenez ma nacelle ! (bis.)
Petits zéphirs, soufflez plus doucement ! (bis.)
Astre des nuits, à ta pâle clarté
Je reconnais les traits de mon amante!
Oui j’aperçois cette taille charmante
Que je pressais sur mon cœur agité.
Un doux rayon tout à coup me décèle
De son beau sein le léger mouvement:
Flots argentés, retenez ma nacelle
Petits zéphirs, soufflez plus doucement!
Je vois flotter ses jolis cheveux blonds,
Te vois encor son gracieux sourire;
Je vois ses doigts s’agiter sur sa lyre:
Les flots mouvans m’en apportent les sons.
J’entends encor, j’entends la voix de celle
A qui j’ai fait le plus tendre serment.
Flots argentés, retenez ma nacelle!
Petits zéphirs, soufflez plus doucement!
O Dieu! vers moi ses regards sont fixés!
Sa main se porte à sa bouche jolie:
Les doux baisers que m’envoie une amie,
Heureux zéphirs, vous me les ravissez!!!
Pourtant l’un d’eux s’échappe de votre aile,
Et sur ma bouche expire en ce moment!
Flots argentés, retenez ma nacelle!
Petits zéphirs, soufflez plus doucement!
Mais je la perds, ô funeste destin!
Un dieu jaloux la couvre d’un nuage.
Déjà ma barque est bien loin du rivage;
Je ne vois plus qu’un sinistre lointain!
Fuyons, fuyons, puisque la nuit cruelle
Rend, pour la voir, mes efforts superflus.
Flots argentés, entraînez ma nacelle!
Soufflez zéphirs, ne me retenez plus!
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