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Paul Maisonneuve

L'Anjou, ses vignes et ses vins


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066323318

Table des matières

INTRODUCTION

PRÉFACE

A MES COLLABORATEURS

CHAPITRE PREMIER

I. — RÉGION OCCIDENTALE

II. — RÉGION ORIENTALE

RÉPARTITION DU VIGNOBLE ANGEVIN

COMPARAISON DES DEUX RÉGIONS GÉOLOGIQUES AU POINT DE VUE VITICOLE

CHAPITRE II

CHAPITRE III

PREMIÈRE APPARITION DE LA VIGNE

LA VIGNE EST «FILLE DE FRANCE»

LES GAULOIS ONT TOUJOURS AIMÉ LE VIN

PROPAGATION DE LA VIGNE EN GAULE

L’EDIT DE DOMITIEN

RECONSTITUTION DU VIGNOBLE PAR PROBUS

EXTENSION DE LA VIGNE EN BRETAGNE ET EN NORMANDIE

L’EDIT DE CHARLES IX

L’EDIT DE LOUIS XV

CHAPITRE IV

L’ANCIEN ANJOU

I. ARRONDISSEMENTS D’ANGERS ET DE BAUGÉ

II. — ARRONDISSEMENT DE SAUMUR

III. — ARRONDISSEMENT DE CHOLET

IV. — ARRONDISSEMENT DE SEGRÉ

V. — ARRONDISSEMENT DE CHATEAU-GONTIEB

VI. — ARRONDISSEMENT DE LA FLÈCHE

VII. — ARRONDISSEMENT DE CHINON

CHAPITRE V

IMPORTANCE DU VIGNOBLE ANGEVIN; SES PRIX DE VENTE; LE PRIX DU VIN

RENDEMENT D’UN VIGNOBLE SAUMUROIS EN VINGT ANS (1743 A 1763)

PRIX DES PRINCIPAUX CRUS D’ANJOU EN 1744

CLASSEMENT DES CRUS D’ANJOU D’APRÈS LE PRIX DES VINS EN 1709

CHAPITRE VI

LES CRIEURS DE VIN

JURÉS-CRIEURS DE CORPS ET DE VIN

PREMIÈRES ENSEIGNES ET LA VENTE A POT

CHAPITRE VII

LES VOIES DE TRANSPORT

APPARITION DU FISC

LE DROIT DE CLOISON

LA CORPORATION DES MARCHANDS DE LA LOIRE

LE DROIT DE BOITE

LA TRAITE DES VINS

LE DROIT D’APPETISSEMENT

LE DROIT DE HUITIÈME

LE DROIT DE PASSE-DEBOUT

LE VIN TAILLABLE A MERCI

LA FIN DE LA CORPORATION DES MARCHANDS EN LOIRE

LES IMPOTS SUR LES VINS A LA RÉVOLUTION ET DEPUIS

IMPORTANCE DU TRAFIC DES VINS D’ANJOU

CHAPITRE VIII

L’EMBARGO OU COMPTOIR DES HOLLANDAIS AUX PONTS-DE-CÉ

LE LAYON DEVENU LE CANAL DE MONSIEUR

RALENTISSEMENT DU COMMERCE AVEC LES HOLLANDAIS

VINS POUR LA MER; VINS POUR PARIS

LES VINS BLANCS D’ANJOU EN BOUTEILLES NE CRAIGNENT PAS LA MER

SINGULIÈRE PÉTITION DES VIGNERONS SAUMUROIS

CHAPITRE IX

CHAPITRE X

I. — VINS BLANCS D’ANJOU

II. — VINS ROUGES DE L’ANJOU

III. — LES VINS ROSÉS

CHAPITRE XI

CHAPITRE XII

MORCELLEMENT DU VIGNOBLE

DES DIVERS MODES D’EXPLOITATION

VIGNES A COMPLANT

CHAPITRE XIII

SITUATION. — ETENDUE

DÉPENSES D’ENTRETIEN

LE MODE DE VENDANGE

LA REPLANTATION

CHAPITRE XIV

CHAPITRE XV

LA RÉCOLTE DES RAISINS ROUGES

LE TRANSPORT AU CELLIER

EGRAPPAGE

CHAPITRE XVI

PRESSOIRS ET PRESSURAGE

LES PRESSOIRS BANAUX

NOUVEAUX TEMPS

DE QUELQUES PRÉCAUTIONS A PRENDRE DANS LE PRESSURAGE

UNE RECETTE INTÉRESSANTE POUR FINIR

CHAPITRE XVII

I. — LA STATION VITICOLE DE SAUMUR

II. - LES SOCIÉTÉS SCIENTIFIQUES DE MAINE-ET-LOIRE ET LA VITICULTURE

III. — LA STATION ŒNOLOGIQUE DE MAINE-ET-LOIRE ET SON VIGNOBLE D’EXPÉRIMENTATION

IV. — ECOLE SUPÉRIEURE D’AGRICULTURE ET DE VITICULTURE D’ANGERS

V. — ASSOCIATIONS ET GROUPEMENTS AGRICOLES

VI. — CAVE COOPÉRATIVE SAUMUROISE

CHAPITRE XVIII

LEUR ORIGINE

LA STATISTIQUE DES VINS MOUSSEUX

CHAPITRE XIX

CHAPITRE XX

CHAPITRE XXI

LA RÉALISATION D’UN RÊVE

COMITÉ DE PATRONAGE DU «VERRE A VIN D’ANJOU»

CHAPITRE XXII

CHAPITRE XXIII

CHAPITRE XXIV

CHAPITRE XXV

CHAPITRE XXVI

CONFRÉRIE DES SACAVINS ANGEVINS.

STATISTIQUE DE LA VIGNE ET DU VIN EN ANJOU

A. — STATISTIQUE DU DÉPARTEMENT DE MAINE-ET-LOIRE

B. — STATISTIQUE PAR ARRONDISSEMENT

C. — STATISTIQUE PAR CANTON

D. — STATISTIQUE PAR COMMUNE ET PAR VITICULTEUR

INTRODUCTION

Table des matières

L’Anjou, ses Vignes et ses Vins, est un monument élevé à la gloire de l’une de nos plus belles régions viticoles de France par l’un de ceux qui la connaissent le mieux et qui l’ont le plus aimée. M. le Dr Maisonneuve a traduit, par ce livre si spécial et si original, la pensée de la longue lignée des dévouements angevins à cette belle terre de France, qui épanouit, à l’extrême nord du vignoble, le dernier reflet harmonieux de ses merveilleux vins, dont elle disperse si généreusement la gamme incomparable à travers tout notre pays.

Le vignoble français a été monographié, pour ses grands vins, par des ouvrages de valeur: Bordeaux, Bourgogne, Champagne, Beaujolais, Cognac, Touraine, Lorraine, Alsace... et maints crus moins étendus: Frontignan, Banyuls, Gaillac, Limoux, Bergerac... sont décrits dans leur histoire, leurs méthodes culturales, leur vinification, la géographie détailllée de leurs produits caractéristiques, leurs cépages. La monographie du vignoble angevin manquait à notre littérature viticole, M. le Dr Maisonneuve vient de combler la lacune et d’écrire une nouvelle page à la gloire des grands vins de France.

Certes, de nombreux travaux ou des articles de valeur ont fait connaître les vins d’Anjou et de Saumur; tels ceux de Bouchard, de Deperrière, du Dr Bury, de Courtiller, de Jules Guyot et de bien d’autres viticulteurs angevins: Dr Peton, de Dreux-Brézé, de Grandmaison, Moreau et Vinet, Cristal..., tous noms que je me plais à rappeler à la reconnaissance des viticulteurs de Maine-et-Loire, travaux et articles qui ont maintenu, auprès de l’opinion publique mondiale, la légitime renommée des grands vins blancs de l’Anjou et du Saumurois et ont permis que ne fut jamais ternie ni oubliée l’ancienne réputation de ces grands vins, que nos anciens navigateurs avaient fait connaître, aux siècles passés, dans les régions les plus septentrionales du continent européen.

Le viticulteur angevin fut toujours un pionnier en tous progrès viticoles et œnologiques. Je me plais à rappeler qu’il fut souvent un précurseur dans les questions culturales, vinifères ou économiques qui préoccupèrent, dès la première crise de l’oïdium, la viticulture française.

La mission viticole faite en Maine-et-Loire par Jules Guyot en 1865 fut une des premières réalisées dans le vignoble français. La création de la belle Collection ampélographique établie au Jardin des Récollets, à Saumur, fut longtemps unique en France et fut la source de bien des travaux remarquables sur les cépages, édifiés par leurs directeurs: Courtiller, Dr Bury, Deperrière, Dr Maisonneuve et par Bouchard.

La lutte phylloxérique et la reconstitution du vignoble anéanti par l’insecte fut conduite dans le département avec une méthode et une ténacité remarquables. L’esprit décisif et pratique du vigneron angevin fut vite orienté vers l’emploi des porte-greffes résistants et adaptés au sol. C’est en Maine-et-Loire que fut conçue et organisée la première mission, en 1890, pour l’étude sur place des terrains en vue de l’adaptation et du choix des divers porte-greffes, d’après une méthode que suivirent, ultérieurement, les autres nombreux départements qui, sur l’exemple du Maine-et-Loire, procédèrent à une semblable étude pratique. J’ai plaisir à me rappeler, 35 ans après, l’attention soutenue des nombreux vignerons qui venaient, partout très nombreux, suivre notre mission et écouter nos instructions et nos démonstrations sur le terrain; combien nombreux et attentifs étaient-ils aussi dans les Conférences générales qui étaient données dans les centres viticoles! C’est un des souvenirs les plus marquants de ma carrière viticole, et que j’aime le mieux à me rappeler. C’est peut-être dans l’Anjou que j’ai trouvé et gardé le plus d’amitiés fidèles et reconnaissantes; elles constituent pour moi une des plus douces récompenses pour l’effort accompli. La reconstitution fut incontestablement conduite par le Maine-et-Loire avec le plus de rapidité et aussi avec la meilleure orientation pour le choix des porte-greffes.

Le maintien de la renommée si justifiée des vins d’Anjou a été grandement favorisée par l’initiative et la persévérance des viticulteurs du département. La Société Industrielle et Agricole d’Angers a eu des Présidents remarquables qui s’y sont toujours consacrés de tout leur dévouement. C’est en Anjou qu’a été organisée une des premières Foires des Vins, où le commerce vient constater la haute valeur des divers produits du vignoble. C’est l’Anjou qui donne le plus d’éclat, depuis 1900 et, avec un succès toujours croissant à cette manifestation annuelle, qui dépasse en importance et en intérêt, toutes les autres Foires aux Vins de France.

Le viticulteur angevin, fin et avisé, a su, en outre, faire prendre aux consommateurs parisiens le goût des vins fruités de son vignoble et imposer, à juste raison, ses marques, par une propagande habile et incessante auprès du commerce de la Capitale; certains restaurants, et non des moins renommés, ont tenu ainsi à avoir une spécialité des vins des rives du Layon et des coteaux de Savennières.

Cette estime, dont jouissent dans la Capitale, les vins du Maine-et-Loire est pleinement justifiée par leurs caractéristiques si spéciales, qu’on ne retrouve dans aucun autre grand vin français. Leur jolie couleur vert-doré dans le Saumurois et le Baugeois ou ambrée sur les coteaux du Layon, leur goût incomparable de fruité, leur chair, et leur bouquet complexe, dégagés et étalés dans toute leur gamme en «queue de paon», — comme l’exprimait si à propos Bouchard, — sont bien propres aux vins des calcaires turoniens, du haut Anjou, et surtout des sols de schistes, zonés de serpentine, qui forment la base silurienne des vignobles du bas Anjou. Ces grands vins trouvent leur plus haute expression de qualité dans les noms, aussi renommés que ceux des plus grands vins français, de la fameuse Coulée de Serrant, de la Roche aux Moines et des divers vignobles fameux de tous les coteaux des bords du Layon, où les vignes absorbent la douce lumière et la chaleur d’un soleil tempéré, qu’elles concentrent lentement dans les fruits de leurs cépages aussi caractéristiques que les vins qu’ils produisent.

L’Ampélographie des vignobles de l’Anjou est une de celles qui, en France, a été le mieux et le plus vite connue, grâce aux travaux de Bouchard, de Courtiller, du Dr Bury... L’histoire et la monographie de ces cépages (Chenins divers, Groslot de Cinq-Mars, Verdelho, Pinot noir...) ont été tracés de main de maître, surtout par Bouchard. Le vigneron les a toujours sélectionnés avec une minutieuse attention. Le Maine-et-Loire a eu la bonne fortune d’avoir des hommes passionnés de sa viticulture et de ses vins. La vinification du vin d’Anjou a trouvé encore dans les Moreau et Vinet des conseillers scientifiques et à sens pratique, dans les négociants des vins mousseux de Saumur des compétences précieuses, dans les viticulteurs comme: Cristal, Dreux-Brézé, Grand-maison... des initiateurs et des guides utiles.

C’est cet ensemble remarquable de traditions, de compétences et de dévouements à la cause du vignoble et du vin d’Anjou que traduit M. le Dr Maisonneuve dans son beau livre l’Anjou, ses Vignes et ses Vins, livre qui lui fait honneur et qui fait honneur aussi, par sa belle et luxueuse édition, à la librairie française.

Les viticulteurs angevins lui garderont une grande reconnaissance pour l’effort qu’il vient ainsi d’accomplir pour la plus grande gloire et la plus grande renommée de leur viticulture et de leurs grands vins inimitables, qui sont l’un des beaux fleurons de la couronne viticole de France.

Que dirai-je du livre. si superbement illustré ! A chaque page le lecteur appréciera la compétence et la conscience de l’auteur. Aucun des points relatifs à l’histoire, à la culture, à la vinification n’ont été négligés; ils sont tous nettement et clairement exposés. Cette belle monographie mérite tous éloges.

Je me fais un plaisir et un devoir d’exprimer au Dr Maisonneuve toutes mes félicitations pour l’œuvre qu’il vient d’accomplir et qui honore son auteur et tout l’Anjou viticole.

Pierre VIALA,

Président de l’Académie d’Agriculture.

Inspecteur général de la viticulture,

Membre de l’Institut,

PRÉFACE

Table des matières

«Plus les nations proscrivent le vin plus elles meurent d’alcoolisme.»

(D’après la Statistique du Dr Hubbart, Directeur de l’Hygiène publique aux États-Unis (1923).

L’ANJOU — n’est-ce pas une banalité de le redire? — est entre toutes nos provinces une région agricole privilégiée. Ronsard l’appelait «le paradis de la France». Tout y pousse, en effet, comme au Paradis terrestre. Seulement. pour obtenir du sol tant de belles fleurs. tant de fruits savoureux, tant de plantes textiles et fourragères, les gens doivent tout de même se donner un peu plus de peine que nos premiers parents. jardiniers de l’Eden.

Mais les roseraies et les cultures de graines, les vertes prairies et les champs plantureux, ce n’est pas là tout l’Anjou. En maints endroits, des élévations douces et agréablement arrondies interrompent la monotonie des campagnes et exposent aux rayons du soleil leurs pentes heureusement orientées. Ce sont là emplacements de choix pour la culture de la vigne; et celle-ci vient y étaler amoureusement ses pampres.

..... apertos

Bacchus amat colles .

Si parfois le soleil d’automne disparaît un peu prématurément derrière nos coteaux; s’il arrive, en quelques fâcheuses années, que les signes avant coureurs de l’hiver empiètent de façon inopportune sur la beauté de la saison automnale, et si. par suite, le roi du ciel. le soleil, n’a pas tout à fait le temps d’imprégner les grappes de ses vertus fécondes, il peut se faire alors que dans ces années-là le palais du dégustateur trouve au vin plus de fraîcheur que de chaleur, moins de liqueur que de verdeur. Mais, le plus souvent le soleil se montre le fidèle ami de nos vignerons et leur distribue généreusement le nombre de calories qui sont nécessaires pour transformer l’acidité des grappes en un sucre savoureux, indispensable générateur du bon vin.

Et puis, comme compensation aux années médiocres, il y a les grandes, les très grandes années, où la qualité du jus de nos coteaux ne craint plus la comparaison avec les meilleurs crus de France, autant dire du monde entier. Et dame! alors, il devient quelque peu pervers.

Grâce à lui, plus d’une fillette

A vu s’envoler dans l’azur

Son bonnet par-dessus le faîte

Des plus hauts moulins de Saumur .

En réalité, si l’Anjou appartient à cette zone-limite où la vigne prospère encore et mûrit bien ses fruits, mais au delà de laquelle la culture du précieux arbuste donne plus de déception que de satisfaction, ces conditions mêmes valent au raisin d’y acquérir des qualités rares.

Qui donc oserait soutenir que c’est dans les régions les plus chaudes, les plus brûlantes, que les plantes donnent les fruits les meilleurs, les plus savoureux, les plus finement parfumés? Les climats tropicaux fournissent, il est vrai, la banane et l’ananas; mais nous, nous possédons la pomme de rainette et la poire de William, la fraise, l’abricot et la pêche.

Il en va de même du fruit de la vigne. Sous notre climat le raisin acquiert une finesse de goût exceptionnelle, qui communique au vin un «fruité » incomparable.

D’ailleurs, chacune des Régions viticoles de la France a son mérite propre et sa caractéristique très nette; et il serait de mauvais goût de renouveler les luttes homériques auxquelles se sont livrés au XVIIe siècle les partisans du vin de Champagne et ceux du vin de Bourgogne et d’exalter l’un au détriment de l’autre. Si le vin de Bourgogne, généreux et alcoolique, est bien le vin des hommes; si celui de Bordeaux, plus souple, est le vin des dames; si le Sauternes, royalement doué, est le vin des dieux, l’ «angevin» couleur d’or et d’un bouquet si fin, est bien, j’en prends à témoin son nom même, un vin digne des anges.

Peut-être n’est-il pas assez connu au loin. C’est que les Angevins aiment beaucoup le jus qui vient de leurs coteaux et s’en réservent égoïstement la plus grosse part. Ensuite, il a en dehors de l’Anjou des amis fidèles, qui croiraient manquer à leur devoir si chaque année ils ne donnaient pas dans leur cave l’hospitalité à une ou deux pièces de choix. Enfin, concédons aussi que jusqu’à ces dernières années, où un généreux effort d’expansion s’est produit, les propriétaires, justifiant un peu l’antique qualificatif, Molles Andecavi, au lieu de se donner la peine d’aller chercher la fortune, trouvaient généralement plus commode d’attendre qu’elle vint à eux.

En ce moment, où le monde viticole tout entier se sent menacé par un prohibitionnisme exagéré, il est d’un patriotisme éclairé, en même temps que d’un haut intérêt économique, de trouver des débouchés aux vins de France et de ne pas laisser dans l’ombre un des meilleurs. Et puisque les temps où nous vivons veulent que ce ne soient plus ceux qui ont besoin d’une marchandise qui se mettent en quête pour se la procurer, mais que c’est à ceux qui la produisent d’aller l’offrir, eh! bien, n’hésitons pas à faire à notre vin la juste réclame qu’il mérite.

Il a semblé à quelques-uns que le moment était venu de célébrer en un livre élégamment édité les belles vignes de l’Anjou et les mérites de son vin. On m’a fait l’honneur de me demander de me charger de cette tâche. Si j’ai hésité, ce n’est pas que j’aie eu le moindre doute sur l’opportunité d’un tel livre, mais bien parce que j’ai douté de mes forces et que j’ai senti la difficulté de mener à bien une pareille entreprise. A Dieu vat! comme disent nos voisins les Bretons. A défaut d’autres qualités, j’y mettrai du moins toute ma bonne volonté.

A la fois historique, documentaire et technique, ce livre sera aussi, je ne m’en défends pas, un équitable plaidoyer en faveur de la liqueur parfumée dont nos coteaux gardent le secret.

Il présentera en un tableau raccourci la viticulture angevine considérée dans le passé et étudiée dans le présent. On y remontera, autant qu’il se pourra faire, aux origines mêmes de la vigne en Anjou et aux premiers procédés employés dans la vinification; on essaiera d’y montrer comment dans les âges les plus reculés on traitait la vigne et on fabriquait le vin; de quels instruments et appareils nos pères faisaient usage dans les temps primitifs et quels sont ceux qui, beaucoup plus perfectionnés, sont employés aujourd’hui. Si les vins naturels occupent la première place dans cette étude, celle des «mousseux» devra y avoir aussi la sienne. L’ampélographie, autrement dit la description des variétés de cépages cultivés en Anjou, a droit à son chapitre, comme aussi toutes les maladies et accidents qui éprouvent les vignes et les vins dans notre région. Une bibliographie aussi complète que possible de tout ce qui a été publié sur la viticulture et l’œnologie angevines trouvera sa place à la fin de ce travail, que complètera une Statistique, dans laquelle figureront les noms des viticulteurs de l’Anjou.

L’ouvrage formera deux volumes: le premier comprendra la PARTIE HISTORIQUE; le second sera consacré à la PARTIE TECHNIQUE.

Au moment où des ligues puissantes, tombant dans une aberration qui est à l’antipode du bon sens et de la vérité, mènent une campagne ardente en faveur d’une prohibition totale , il n’est que juste d’attirer l’attention sur les mérites du bon vin de France.

La preuve est faite que retrancher cette noble boisson de l’alimentation humaine, c’est vouloir remplacer la légère, et saine, et salutaire stimulation qu’elle exerce sur l’organisme, par d’autres excitants bien plus funestes à la santé, car, quoiqu’on, fasse, jamais l’homme ne saura se passer des agents qui stimulent nos actions physiologiques, et il les prendra là où il les trouvera.

Jadis la Chine était couverte de vignes. Pour obéir à une préoccupation du genre de celle qui pousse les Américains à établir chez eux et dans le monde entier le «régime sec», un édit contraignit les viticulteurs du Céleste Empire à les arracher toutes. C’est alors que se substitua à l’usage. du vin l’usage de l’opium. Qui ne pensera que ceci est pire que cela et que la santé du peuple chinois n’a pas gagné au change. Là où il n’y a pas de vin on boit de l’alcool, ou on avale quelque autre poison qui ne vaut pas mieux. Si paradoxale que paraisse cette affirmation: «l’ivrognerie augmente là où on supprime le vin», ce qui se passe actuellement en Amérique nous le prouve une fois de plus. On n’y a jamais condamné plus de gens pour ivresse, que depuis qu’il y est interdit de boire du vin.

Vive donc les vins de France, et parmi eux le vin d’Anjou, généreuse et noble liqueur, qui donne de la vigueur au corps, soutient le courage, excite la flamme de l’esprit et met l’âme en joie!

Fig. 1. — A votre service!


A MES COLLABORATEURS

Table des matières

C’est avec un vif sentiment de plaisir et de reconnaissance que j’adresse mes remerciements à tous les amis qui ont bien voulu m’aider dans la lourde tâche qui m’a été proposée et que j’ai cru pouvoir accepter.

Composer un ouvrage sur l’Anjou étudié dans l’une de ses plus belles cultures, la Vigne, et l’un de ses plus riches produits, le Vin, et en dresser un tableau, dans lequel s’associeraient l’histoire du passé et l’enseignement du présent, c’était un peu audacieux, et il y avait de quoi me faire hésiter. Les collaborations qui me sont venues de différents côtés, en abrégeant la longueur des recherches, m’ont singulièrement allégé le fardeau et facilité la tâche.

Je n’ai cependant pas cru devoir me faire esclave des rédactions qui m’ont été remises. En effet, les unes se présentaient sous la forme de simples notes; d’autres, plus amples, étaient souvent accompagnées d’un mot qui me mettait très à l’aise sur le parti à en tirer; un certain nombre d’ailleurs, empiétaient les unes sur les autres et la part de chacun était impossible à délimiter.

Je me suis donc, la plupart du temps, contenté de puiser dans les matériaux qu’on a bien voulu m’apporter, et j’ai cru préférable, pour donner à l’ouvrage l’homogénéité désirable et établir une juste proportion entre les différentes questions qui y sont traitées, de refondre tous ces éléments, pour en construire, sous ma responsabilité personnelle, l’édifice que l’on m’avait demandé de réaliser, et dont le faux aplomb, si l’ouvrage est mal équilibré, ne devra être imputé qu’à la maladresse de l’architecte.

Je tiens à associer à mon œuvre les noms de tous ceux, qui dans des mesures différentes, m’ont apporté si aimablement leur précieux concours.

En suivant l’ordre des matières, mes remerciements les plus sincères vont à MM. VERCHALY, Directeur du Service météorologique d’Angers (Climat); R. BIZARD, Licencié ès Sciences (Géologie); Chanoine UZUREAU, V. DAUPHIN, rédacteur au Petit Courrier; MIGNOT, propriétaire-viticulteur, LE MOY, professeur d’histoire au Lycée (Historique); Gab. RAYER, négociant en vins (Qualités du Vin d’Anjou); E. CHÉREAU, Directeur de la Compagnie des Grands Vins d’Anjou (Classification des Vins d’Anjou); Maison veuve AMIOT, de Saumur (Vins Mousseux); PRÉAUBERT, Directeur des cours municipaux, RICHARDIN, propriétaire-viticulteur (Etablissements Viticoles); COUTANT, Directeur de l’ «Angevin de Paris» (le Dîner du Vin d’Anjou); DE GRANDMAISON, député de Maine-et-Loire (Les Sacavins angevins); DES AGES, Président du Syndicat des Vignerons des coteaux de Saumur, NOUTEAU, propriétaire-viticulteur (La culture de la vigne), E. VINET, Sous-Directeur de la Station œnologique de Maine-et-Loire (La taille de la vigne); MÉTAYER, Directeur des Services agricoles du département de Maine-et-Loire (Les engrais); LEPAGE, professeur à l’Ecole d’Horticulture, SOULARD, viticulteur (Les cépages); L. MOREAU, Directeur de la Station œnologique de Maine-et-Loire (La Vinification); SERVAT, Directeur des Contributions Indirectes (Statistique des Communes); Dr SIGAUD, (Bibliographie). Je ne dois pas non plus oublier les renseignements qui m’ont été fournis par MM. SACHÉ, archiviste de Maine-et-Loire; PLANCHENAULT, archiviste, député de Maine-et-Loire; Chanoine URSEAU, HUAULT-DUPUY, Eugène LELONG, archiviste-paléographe; SAMARAN, archiviste; MARCEL, régisseur au château de Serrant; G. CHÉREAU, agent de publicité ; DU JARDIN-SALLERON, de Paris.

Enfin, je me garderai bien d’être ingrat envers les aimables artistes qui ont mis leur crayon, leur plume ou leur appareil photographique à ma disposition: Mme BOUILLE et M. DUVIVIER, artistes dessinateurs; MM. Em. PERREIN, de Saumur; VERCHALY, opticien; EVERS, photographe et graveur; RAIMBAULT, propriétaire-viticulteur à Aunis; COURTRAIS, agent-voyer à Monts-sur-Guesnes, et un autre nom que je tais et qui m’est cher entre tous.

CHAPITRE PREMIER

Table des matières

LE SOL DANS SES RAPPORTS AVEC LE VIGNOBLE

«La vigne s’accommode de toute espèce de terrain, pourvu que ses racines n’aillent pas se noyer dans des eaux stagnantes.»

DEJERNON, La Vigne en Algérie.

LA sagesse des nations a dès longtemps reconnu et proclamé, avec Olivier de Serres, que la qualité du vin dépend de trois facteurs: le sol, le climat, le plant.

Une étude au moins rapide de la nature des terrains qui portent le vignoble angevin a donc ici sa place marquée. Depuis l’invasion phylloxérique, la connaissance de la constitution du sol a pris une importance beaucoup plus grande. Si, autrefois, il suffisait pour obtenir un beau pied de vigne de piquer en terre un brin de sarment, aujourd’hui, avec les vignes américaines qui servent de porte-greffes à nos vieilles variétés françaises, il n’en va plus ainsi. C’est même l’une des opérations les plus délicates de la viticulture actuelle, que celle de l’adaptation des cépages aux diverses sortes de terrain.

Si parfois la vigne est plantée en un sol formé de fins débris minéraux que les eaux ont charriés de plus ou moins loin et qui sont, en principe, étrangers aux terrains mêmes de la région, qu’ils recouvrent d’un manteau superficiel, le plus souvent un défoncement profond, en pleine roche, étant exigé pour la plantation de la vigne, la connaissance du terrain qui lui servira de support relève de la Géologie. Celle-ci nous faisant connaître la constitution physique et la composition des roches qui forment la croûte du globe, et qui varient d’un lieu à un autre, une étude rationnelle de l’ensemble du vignoble ne va pas sans une connaissance préalable des terrains.

Examinons donc la carte géologique de l’Anjou.

Le premier coup d’œil nous montre que notre province présente deux faciès bien distincts, que sépare une ligne à direction Nord-Sud, qui passerait à environ trois kilomètres à l’est d’Angers.

La partie gauche ou occidentale est formée de roches anciennes: terrains primaires.

La partie droite ou orientale est composée de roches plus récentes: terrains secondaires et tertiaires.

Faisons d’abord un rapide examen de la constitution de l’une et de l’autre régions.

I. — RÉGION OCCIDENTALE

Table des matières

Formée de terrains qui sont le prolongement de ceux de la Bretagne, la Loire la sépare en deux parties, l’une Nord, l’autre Sud.

Sa portion septentrionale, qui comprend surtout le Segréen, est composée de roches anciennes, siliceuses et schisteuses (Précambrien et Silurien). Elle est à peu près dépourvue de vignes, sauf au voisinage de la Loire.

Sa partie méridionale est divisée en deux sections inégalés (Ouest, Est), par le Layon. A noter que c’est au confluent de ces deux cours d’eau, Loire et Layon, que se trouvent groupés les plus grands crus de l’Anjou.

La section de l’Ouest, formée surtout du Choletais, est, elle aussi, composée de roches dures du Précambrien, que traversent çà et là quelques poussées de granite et de granulite; ses plus hauts plateaux offrent des nappes d’alluvions tertiaires, composées d’argiles et de graviers pliocènes. Sauf au voisinage de la Loire les vignes sont rares dans toute cette partie.

La section de l’Est, au contraire, arrosée par le Layon, offre les plus riches vignobles.

II. — RÉGION ORIENTALE

Table des matières

Sa constitution diffère essentiellement de la précédente.

Elle est surtout formée de calcaire, lequel appartient à différents niveaux géologiques: Jurassique, Crétacé.

Elle s’étend sur les deux arrondissements du Baugeois et du Saumurois.

RÉPARTITION DU VIGNOBLE ANGEVIN

Table des matières

Le vignoble occupe généralement le voisinage des cours d’eau qui arrosent la province d’Anjou; mais il s’étend aussi dans leur intervalle.

On peut le partager en six groupes: Loire — Thouet — Entre Layon et Loire — Layon — Baugeois — Loir et Sarthe.

1° GROUPE DE LA LOIRE

On en fera deux sections:

Première Section. — Elle va de Candes à Juigné-sur-Loire.

Sur la rive gauche ce sont les roches calcaires du Crétacé moyen (Turonien), qui portent les crus fameux de Montsoreau, Turquant, Parnay, Dampierre, Trèves-Cunault, puis le Thoureil, Saint-Sulpice et Juigné-sur-Loire. C’est dans ces masses calcaires que sont creusées les magnifiques caves où sont renfermés et conservés les vins renommés auxquels ces mêmes coteaux ont donné naissance.

Sur la rive droite se voient des dépôts argileux, à Saint-Nicolas-de-Bourgueil, qui jadis faisait partie de l’Anjou, Allonnes, Brain-sur-Allonnes, qui donnent de remarquables vins de Cabernet; puis s’étendent de vastes alluvions sableuses, la Vallée, peu favorables à la vigne. Mais à partir de Brain-sur-l’Authion et Andard se montrent, en allant vers l’Ouest, les schistes du Silurien, qui atteignent à Trélazé leur plus grande importance et se continuent vers Saint-Barthélemy.

Deuxième Section. — Elle s’étend de Juigné à la limite du département.

Sur la rive gauche ce sont des roches dures, siliceuses ou schisteuses, formées du Silurien ou Précambrien, auxquelles succède à partir de Rochefort le calcaire dévonien, bientôt remplacé, jusqu’à Chalonnes, et sur cette rive jusqu’à l’entrée dans la Loire-Inférieure, par les roches dures, schisteuses, du Silurien, puis du Précambrien.

Cette rive gauche, de Saint-Florent à la limite du département, est la région du Muscadet, le Chenin occupant toute l’autre rive, y compris la région ingrandaise.

Sur la rive droite, formée de schistes siluriens, s’échelonnent les vignes de Bouchemaine et de la Pointe et surtout celles d’Epiré, Savennières, la Possonnière, puis de Saint-Georges et de Saint-Germain-des-Prés, et enfin Ingrandes.

Il est à noter que même sur des étendues restreintes, cette région présente une extraordinaire variété de roches. Ainsi à la Coulée de Serrant on trouve sur un développement qui ne dépasse pas 150 mètres: des schistes, un filon de phtanites (grès siliceux, bleuâtres, infertiles), puis de nouveau les schistes, et enfin un filon de roches granulitiques.

2° GROUPE DU THOUET

La rive gauche est essentiellement formée de Crétacé, Cénomanien (sables et marnes) et Turonien (calcaire), et porte les vignes du Puy-Notre-Dame, Vaudelnay; de calcaire jurassique, avec le vignoble de Brossay, pour revenir au Crétacé inférieur avec Courchamp, Artanne, Coudray-Macouard, Distré, les Ulmes. Enfin, avec Meigné, Bagneux, Saint-Hilaire-Saint-Florent se montrent les calcaires Sénonniens et Grès à sabalites.

Sur la rive droite, à Montreuil-Bellay et Méron, nous nous trouvons sur le Calcaire jurassique, puis au nord de ces localités se montre un lambeau du Tertiaire supérieur (alluvions pliocènes), puis des calcaires du Crétacé inférieur et moyen (Cénomanien et Turonien), qui portent les vignes de Saint-Cyr-en-Bourg, Saumoussay; enfin, se voient du Crétacé supérieur ou Sénonnien et des calcaires lacustres, qui produisent le cru remarquable de Champigny-le-Sec.

3° GROUPE ENTRE LAYON ET LOIRE

Le quadrilatère limité par la Loire au nord et à l’est, le Thouet au sud, le Layon à l’ouest, est presque entièrement formé de couches calcaires du Crétacé inférieur et moyen (marnes et sables cénomaniens et calcaire turonien). On y trouve, en allant du sud au nord, Cizay, Doué-la-Fontaine, Louresse, Rochemenier, Ambillou, Louerre, Notre-Dame-d’Allençon, les Alleuds, Coutures. Puis vient le calcaire du Crétacé supérieur ou Sénonnien, sur lequel s’étalent les vignes de Vauchrétien, Quincé, Brissac. Enfin, plus près de la Loire, avec Soulaines, Mozé, Mûrs, Denée, nous sommes sur les schistes du Silurien.

4° GROUPE DU LAYON

La constitution des rives et des parties voisines de ce cours d’eau tortueux et souvent profondément encaissé est assez variable.

Sa rive droite débute par des dépôts d’alluvions, à Nueil, les Verchers; puis vient un massif carbonifère (mines de houille), qui orienté vers le midi porte d’excellents vignobles, à Concourson et Saint-Georges-Châtelaison; se montrent ensuite des couches du Crétacé inférieur (Cénomanien), qui porte les riches vignes de Martigné-Briand, Maligné, auxquels succède. un calcaire jurassique, avec le Perray. Et voici le schiste silurien, avec les vignes de Chavagnes. C’est là le point de départ d’admirables collines, qui atteignent 85 mètres de hauteur, d’où l’œil embrasse un horizon magnifique. Çà et là se voient des anfractuosités, où se sont accumulés les dépôts limoneux entraînés par les fleuves de l’Epoque quaternaire, sortes de cuvettes orientées vers le sud-ouest, abritées des vents et qui constituent des emplacements de choix pour la culture de la vigne. A l’une des extrémités de cette côte superbe se trouve le cru de Bonnezeaux, et à l’autre celui du Quart-de-Chaume. Le sol y est généralement constitué par des schistes siluriens et porte les grands crus bien connus de Bonnezeaux, Faye, Beaulieu, Pierre-Bise, Saint-Aubin-de-Luigné, Rochefort.

La rive gauche commence par du Silurien, avec Passavant. La Fosse-de-Tigné et Tigné sont sur le Crétacé inférieur, ainsi que Thouarcé ;; mais avec Rablay et Saint-Lambert-du-Lattay nous trouvons le Précambrien, qui suit désormais tout le cours du Layon, jusqu’à son embouchure.

Les plateaux de l’une et l’autre rives, notamment depuis Thouarcé, sont recouverts des dépôts cénomaniens (Crétacé inférieur), jusqu’à Rablay, et ensuite d’alluvions.

5° GROUPE DU BAUGEOIS

Toute cette région, de Beaufort à Cheviré-le-Rouge, et de Mouliherne au Plessis-Grammoire, Pellouailles et Saint-Sylvain, est uniformément constituée par des roches, dont la plupart appartiennent aux assises inférieures du Crétacé (Cénomanien et Turonien), et quelques-unes, aux environs immédiats de Baugé, à Jarzé et quelques autres points, relèvent du Crétacé supérieur ou Sénonnien et du Tertiaire dans sa moitié orientale.

6° GROUPE DU LOIR ET DE LA SARTHE

Les coteaux qui portent les vignes d’Ecouflant, Epinard, Briollay, Tiercé, etc., ont la constitution du sol du Baugeois, à savoir des dépôts cénomaniens. Il en est ainsi des vignobles de Seiches, Marcé, La Chapelle-Saint-Laud. Un dépôt de calcaire jurassique donne les vins très distingués de Lézigné et Huillé. De bons crus s’y voient aussi sur le Cénomanien.

COMPARAISON DES DEUX RÉGIONS GÉOLOGIQUES AU POINT DE VUE VITICOLE

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De la constitution si différente du sol des deux régions Ouest et Est de l’Anjou découlent des conséquences d’un haut intérêt pour la viticulture.

Les roches dures schisteuses et siliceuses de l’Ouest exigent des défonçages difficiles et bien plus onéreux; ces roches affleurant ou n’étant recouvertes que par une faible épaisseur de terre, on doit pratiquer le travail au pic et à la dynamite.

De semblables difficultés se rencontrent bien plus rarement dans la région orientale, beaucoup plus tendre et souvent recouverte d’une profonde couche arable, que la charrue défonceuse suffit à remuer.

Les prix de défonçage, dans le premier cas, sont, par suite, de 5 à 15 fois plus élevés; aussi ne sont-ils justifiés que dans les régions des grands crus.

La connaissance de la nature du terrain est indispensable pour le choix des porte-greffes; à la région orientale, souvent très riche en calcaire, ne conviennent pas ceux que l’on peut adopter pour la région occidentale, qui en est à peu près dépourvue.

Enfin, la nature du sol a une grande influence sur la vigueur et la fertilité des ceps et sur les qualités du vin. Les vignes qui poussent en terre calcaire sont plus exubérantes et plus fertiles, mais donnent des vins plus légers que celles qui viennent en terrain schisteux. Par contre, ceux-ci mûrissent parfaitement bien sur ce sol noirâtre, qui emmagasine mieux la chaleur; la pourriture grise n’atteint pas leurs grappes, mais à l’arrière-saison, celles-ci se laissent envahir par la pourriture noble, qui amène la concentration du jus et annonce les grands vins.

Comme conclusion de cette petite étude géologique locale, on peut dire que le sol angevin se prête volontiers dans presque toutes ses parties à la culture de la vigne, si bien qu’à certaines époques celle-ci se trouvait répandue un peu partout. Puis, une sélection s’est faite, et on s’est abstenu de la planter là où l’exposition défavorable, la violence des vents, la fréquence plus grande des gelées, la dureté excessive du sol, etc., rendaient sa culture plus pénible et plus ingrate. C’est ainsi qu’avec raison la vigne, dans le Choletais, a cédé la place à l’industrie de l’élevage, et que dans lé . Segréen la culture des céréales lui a été substituée, tandis qu’au contraire la vigne prospère, donne de bons vins, et souvent de grands vins, dans les autres parties de l’Anjou, arrondissements de Baugé, de Saumur et d’Angers.



CHAPITRE II

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LE CLIMAT DE L’ANJOU

«Pour ce qui est du climat, il m’a toujours paru que la zone moyenne et tempérée de la France avait une influence extraordinaire pour donner aux fruits sucrés leur perfection et leur finesse d’arome et de saveur.»

Dr GUYOT, Etude sur les Vignobles de France.

ON peut le caractériser en deux mots: il est doux et humide. L’Anjou, en effet, pays à faible relief, se trouve placé à la limite du climat boréal et.du climat méditerranéen. Les hivers n’y sont généralement pas très rigoureux; glaces et neiges s’y montrent peu durables: les étés, largement ensoleillés, y sont chauds, mais rarement brûlants pendant une longue période de jours. Le plus souvent d’ailleurs, des orages, en moyenne trente-cinq par an, accompagnés de pluies bienfaisantes, les tempèrent. L’automne y est souvent admirable et chaud.

Les vents d’Ouest et Sud-Ouest, qui viennent de l’Océan, dont nous ne sommes éloignés que d’une trentaine de lieues, y apportent une humidité assez grande, qui tempère à la fois la chaleur estivale et les froids de l’hiver. Les vents Sud-Nord-Ouest soufflent, en moyenne, 202 jours contre 163 du Nord-Sud-Est.

La température moyenne, d’après des relevés établis depuis 1889 jusqu’à 1921, est de 11°8, plus élevée, de quelques dixièmes, que celle des départements limitrophes, sauf la Loire-Inférieure.

Chose à noter, ce ne sont pas toujours les années où la température moyenne se trouve la plus élevée, que la vigne mûrit mieux ses fruits et donne le plus grand vin. Il faut surtout tenir compte de la répartition de la chaleur au cours de l’année, et de certains autres facteurs, comme le régime des pluies. C’est ainsi qu’en 1919, année de grand vin, la température moyenne a été de 11°5 seulement, et que 1900, autre année de grand vin, n’a eu qu’une moyenne de 11° ; tandis qu’en 1918, où le vin a été ordinaire, elle s’est élevée à 12°3, et en 1921, où le vin a été d’une qualité exceptionnelle, elle n’a atteint que 12°2.

Ce qui importe le plus, au point de vue de l’action de la température sur la vendange, c’est qu’elle reste élevée depuis le débourrage jusqu’à la maturité, et qu’il n’y ait pas de trop grands écarts entre la température nocturne et la température diurne; enfin, et ceci a une grande importance, que la chaleur se prolonge pendant tout le mois d’octobre, car c’est de ce mois que dépendent les grands vins dans notre région.

Il faut aussi, en ce qui concerne la bonne maturité du raisin, tenir compte de la nature du sol, une terre de couleur noire absorbant une quantité de chaleur plus considérable qu’une terre blanche, crayeuse, qui la renvoie plutôt qu’elle ne s’en pénètre. Les schistes des coteaux du Layon emmagasinent donc plus de calories que les terres blanches du Baugeois et en font bénéficier la vigne.

La pression barométrique moyenne est de 759 .

L’humidité, qui est en moyenne de 76, est plus grande que celle des départements limitrophes, à part la Loire-Inférieure.

La nébulosité étant comptée de 1 à 10, celle de l’Anjou atteint 5,6. Et à ce sujet il faut se souvenir que la luminosité, qui est l’état contraire, joue un très grand rôle dans la maturation des grappes.

Les pluies annuelles atteignent une hauteur totale de 585 %, bien inférieure, par conséquent, à la moyenne de la France, qui est de 770 environ; seulement, si les pluies sont chez nous moins abondantes en quantité, elles le sont plus en fréquence. Si l’on excepte quelques rares périodes de sécheresse, les pluies sont suffisantes pour les besoins de la terre angevine, laquelle est en outre arrosée par de nombreuses rivières, surtout dans sa moitié septentrionale, où elles forment comme un large éventail.

Le raisin demandant pour mûrir 2.800 calories, nous atteignons assez généralement ce chiffre et le dépassons souvent.

En somme, l’Anjou est situé à la limite de la région où la vigne peut normalement mûrir ses fruits. Ajoutons qu’il possède de nombreux coteaux, dont le plus élevé atteint 195 mètres, mais qui, pour la plupart, s’échelonnent entre 50 et 100 mètres. Ceux dont la pente est tournée vers le midi, et ils sont nombreux, offrent une exposition admirable à la vigne, qui y atteint sa parfaite maturité et souvent y acquiert une surmaturation, qui donne des vins d’une finesse et d’un bouquet incomparables.


CHAPITRE III

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ORIGINE ET EXTENSION DE LA VIGNE EN GAULE

«La vigne est un végétal nettement indigène, dont le développement paléontologique s’est fait en grande partie dans nos régions.»

DE MORTILLET, Les Boissons fermentées.

A QUELLE époque a-t-on commencé à cultiver la vigne en Anjou et à en boire le vin?

Pour éclairer le sujet, il faudrait d’abord savoir à quel moment la vigne a fait son entrée en Gaule. Or, la réponse n’est pas facile. Essayons cependant de résoudre ce problème, puis de suivre la progression du précieux arbuste à travers la Gaule, jusqu’à son arrivée dans notre province.

Une question préalable se pose tout d’abord. La voici: La vigne est-elle autochtone? Ou bien a-t-elle été importée des pays étrangers dans le nôtre?

Les archives de nos bibliothèques n’ont pas, et pour cause, conservé ce secret. Dans les temps lointains auxquels nous devons remonter, les gens n’ayant pas l’habitude d’inscrire sur des petits papiers leurs notes et leurs comptes, aucune indication ne nous est venue par cette voie.

Les archives de la-terre même, plus fidèles, nous livreront peut-être le secret que ne nous ont pas révélés les grimoires. Consultons-les.

PREMIÈRE APPARITION DE LA VIGNE

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On a trouvé dans les calcaires travertins de Sézanne (fig. 2), dans la Marne, précisément le pays du Champagne, lesquels font partie des terrains tertiaires inférieurs (base de l’Eocène), des empreintes de feuilles de vigne très bien conservées, des vrilles, des tiges sarmenteuses, qui rappellent de très près les Riparias américains. Ce sont les plus anciennes traces du genre Vitis que l’on connaisse. On en retrouve quelques autres débris dans le tertiaire moyen (Oligocène, Miocène).

Fig. 2. — Feuille de vigne fossile de Champagne, Vitis Sezannensis.

D’après PORTES et RUYSSEN.


Fig. 3. — Vitis vinifera, fossile. Travertins supérieurs (Tertiaire) de la Toscane.

D’après PORTES et RUYSSEN.


Fig. 4. — Feuille de Vitis vinifera actuel.

D’après PORTES et RUYSSEN.


A partir de.cette époque, les échantillons de la vigne deviennent, un peu partout, de plus en plus nombreux, en France, Allemagne, Angleterre, Islande, Japon, Amérique septentrionale. Pour ne citer que ceux de notre pays, on peut noter les empreintes des tufs de Vesoul (Miocène inférieur), qui rappellent le Rotundifolia d’Amérique; ceux de Montcharray, dans l’Ardèche, qui paraissent être les prédécesseurs immédiats de nos vignes actuelles (Vitis prœvinifera); puis, dans les cinérites du Cantal, des formes très voisines des espèces de l’Asie occidentale; d’autres, dans les tufs de Marseille, où de nombreuses feuilles rappellent de très près celles de notre Vitis Vinifera (fig. 3).

Si du Tertiaire nous passons au Quaternaire, nous trouvons le Vitis Salyorum, vigne certainement contemporaine des premiers hommes, qui en ont très probablement mangé les fruits, qu’ils ont peut-être cultivée. Enfin, dans les tufs de Montpellier, du Quaternaire également, apparaît le vrai Vitis Vinifera, souche de toutes les variétés européennes actuelles, tant blanches que rouges. Dès lors on n’en perd plus la trace à travers les âges préhistoriques. On en a trouvé en Suisse de nombreux débris, notamment des pépins, dans les diverses époques de la pierre éclatée, de la pierre polie et du bronze .

LA VIGNE EST «FILLE DE FRANCE»

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La tradition veut que la vigne ait été transportée d’Asie en Europe; que cultivée d’abord en Grèce, elle se soit ensuite répandue en Italie; que les Phocéens l’aient transportée à Marseille, et que de la région méridionale elle ait peu à peu gagné toute l’étendue de la Gaule.

Cette migration est possible, mais ne va pas à l’encontre des documents précédents, qui établissent que la vigne est bien autochtone, qu’elle est bien «fille de France» et que, comme beaucoup d’autres bienfaits, c’est de là qu’elle est partie pour aller à la conquête du monde entier.

Il est de toute évidence que la première boisson dont les hommes firent usage fut l’eau claire des fleuves et des fontaines. Un auteur du XVIIIe siècle, Bidet, ajoute même cette réflexion, qui ne manque pas d’humorisme: «Avant le déluge, on ne buvait que de l’eau, qui était alors très bonne, n’ayant pas été corrompue par le déluge.» On comprend, dès lors, qu’après la grande inondation, les hommes aient senti la nécessité de corriger les défauts de cette eau impure en la mêlant au vin, ou même à se mettre mieux encore à l’abri de ses funestes effets en lui substituant complètement celui-ci.

Noé fut d’ailleurs, d’après le récit de la Bible, le premier à établir cette révolution dans le régime alimentaire de l’humanité. Resté sobre pendant les six cents premières années de son existence, quelque temps après sa sortie de l’Arche il but du vin avec excès et s’enivra. Mais, dit saint Jean-Chrysostome: «son ivresse fut sans péché, n’ayant pas été volontaire».

Avec la dispersion des races, la vigne se propagea dans toutes les contrées habitées, et aucun arbuste cultivé par la main de l’homme n’a jamais pris une pareille extension. «Après le pain, dit Olivier de Serres, vient le vin, second aliment donné par le Créateur à l’entretenement de ceste vie, et le premier célébré par son excellence».

L’homme a sans doute fait beaucoup pour cette extension de l’aire de la vigne, mais les oiseaux frugivores, en disséminant les pépins, ont dû sûrement contribuer assez largement à sa diffusion géographique.

LES GAULOIS ONT TOUJOURS AIMÉ LE VIN

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Ce qui est certain, les témoignages historiques en font foi, c’est que les Gaulois buvaient du vin avant la conquête de leur pays par les Romains, car, 440 ans avant notre ère, Platon parle des habitudes bachiques de nos ancêtres.

Un usage charmant chez les Salyens, nous dirions aujourd’hui les Provençaux, voulait qu’à la fin du dîner de fiançailles la jeune fille qui allait être épousée entrât dans la salle du festin, tenant à la main une coupe de vin et d’eau, symbolisant l’union de la force et de la douceur, et la présentât à l’époux de son choix. Ainsi fit la jeune princesse Gyptis, au palais du roi Protis, six cents ans avant Jésus-Christ.

Dès cette époque on buvait donc du vin en Gaule. Mais les Gaulois étaient un peuple fruste, plus fait pour la chasse et la guerre que pour les pacifiques travaux des champs et la culture de la vigne, qu’ils étaient peu habiles à tailler pour lui faire produire du vin. Les Phocéens, plus policés, ont bien pu, en même temps qu’ils leur faisaient connaître de nouveaux cépages, leur donner les premiers principes de cette science.

Il est reconnu, d’autre part, que les Gaulois ont toujours eu pour le vin un goût marqué, lequel a bien souvent dégénéré en excès. Charlemagne défendit à ses sujets de se provoquer à boire pendant les repas. La croyance courait «qu’il faut, à chaque mois, s’enivrer au moins une fois».

Au dire de Diodore de Sicile, les marchands italiens faisaient avec les Gaulois un commerce de vin très lucratif. Profitant de leur passion avérée pour cette boisson, ils amenaient en Gaule, soit par eau, soit par voie de terre, des vins, avec lesquels nos ancêtres s’enivraient, et que faute d’argent ils payaient en livrant en échange, aux marchands, un jeune garçon, que ceux-ci emmenaient pour les servir.

Strabon (60 ans avant J.-C.), parlant évidemment de la région méridionale, écrit que «ce pays est fertile en oliviers et en vignes».

Le vin était même d’un usage si habituel en Gaule, qu’il fut longtemps défendu aux femmes d’en boire, ainsi qu’aux enfants.

Cicéron parle du commerce avantageux que fait la Gaule avec ses vins, qu’elle envoie en Italie; et Columelle dit qu’étant donné la mauvaise culture de l’Italie, les Romains se pourvoyaient en Gaule.

De tout ceci, il résulte qu’il y avait des échanges fréquents entre les deux pays.

Au temps de Pline, toute la Gaule narbonnaise produisait des vins de diverse qualité, et les Romains tiraient des vins rouges de cette région et des vins muscats du Languedoc. Ceci suppose donc que depuis bien longtemps la vigne était cultivée dans notre pays.

Et si, au dire de Tite-Live et de Plutarque, un Toscan voulant se venger de sa patrie, fit goûter aux chefs gaulois un vin particulièrement exquis, lequel les détermina à conduire 300.000 hommes à la conquête d’un pays qui produisait un si fameux breuvage et à mettre Rome à deux doigts de sa perte, ces différents récits ne sont pas contradictoires.

Ce fut la force du vin, dit Olivier de Serres, qui attira les armes des Gaulois en Italie; ils partirent donc pour «aller conquester la terre produisant si précieuse boisson».

On a pu mettre en doute le fait. En tout cas, la légende est jolie.

Pour ne parler que des faits qui nous touchent de plus près, croit-on que l’attraction exercée par la richesse de notre Champagne française ne fut pas pour quelque chose dans l’envahissement récent de notre pays par les armées allemandes?

PROPAGATION DE LA VIGNE EN GAULE

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Ce qui prouve que la vigne existait alors non seulement dans la région méridionale, mais aussi dans la nôtre, c’est que Strabon, cité plus haut, ajoute: «La vigne réussit moins bien dans la partie septentrionale de la Gaule.» On sait, en effet, que, dès les premières années de l’invasion romaine, l’Angleterre cultivait la vigne. Au XIIe siècle, cette culture y était très répandue, chaque monastère y ayant la sienne. A partir du XIXe siècle, elle y est encore cultivée, mais seulement sous verre .

Quoi qu’il en soit, il paraît bien que, pendant longtemps, les Gaulois peu expérimentés dans l’art de la viticulture et de la vinification, et dont la boisson habituelle était la cervoise, sorte de bière obtenue de la fermentation du blé, de l’orge ou de l’avoine, furent tributaires des pays voisins, alors plus avancés qu’eux dans cette connaissance; il est vrai que depuis..., mais n’anticipons pas.

Les écrits des anciens auteurs donnent à penser que, de la Provence la culture de la vigne remonta vers le Nord en suivant le cours des fleuves, le Rhône, la Garonne, la Loire. Mais il est bien possible aussi que les vignes cultivées dans la partie centrale de la Gaule soient autochtones, les cépages du Midi cultivés chez nous y réussissant mal et inversement .

L’EDIT DE DOMITIEN

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Au temps de Jules César, la culture de la vigne ne remontait pas au delà des Cévennes. Mais, à mesure que les forêts qui recouvraient la Gaule se défrichaient, la vigne prenait de plus en plus de développement. Elle acquit même une telle extension, qu’en l’année 92 de l’ère chrétienne, Domitien, sous prétexte de laisser à la culture du blé une plus large place, mais bien plutôt sans doute pour lutter contre la concurrence que les vins de Gaule faisaient à ceux d’Italie, profitant de ce que cette année-là, sans doute très chaude et sèche, le blé avait fort mal réussi, tandis que le vin était très abondant, ordonna que les vignes de la Gaule fussent arrachées.

Cet édit du plus cruel des empereurs romains, qui devait être renouvelé en 1556 par le roi de la Saint-Barthélemy, Charles IX, ne fut pas d’ailleurs exécuté dans toute sa rigueur sur toute l’étendue du territoire; des îlots échappèrent çà et là à la proscription et furent le point de départ de la reconstitution ultérieure des vignobles .

Fig. 5. — Médaille frappée à l’effigie de Probus. D’une main il tient un flambeau et de l’autre il fait un geste protecteur sur un groupe de jeunes femmes, qui lui offrent des grappes de raisin, tandis qu’une autre danse devant lui avec une amphore (de vin) sur l’épaule.

En exergue: Temporum felicitas .


RECONSTITUTION DU VIGNOBLE PAR PROBUS

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Elle eut lieu avec l’empereur Probus (282), originaire de la Pannonie (Autriche-Hongrie), zélé propagateur de la vigne. Il rapporta l’édit de Domitien, favorisa la culture du précieux arbuste en Gaule et occcupa même les légions romaines à cette plantation. Par cette méthode, il fit plus pour la pacification du pays que n’avaient obtenu les violences de ses prédécesseurs.

Les coteaux de la Gaule se couvrirent alors de vignes, qui prirent une telle extension que non seulement notre région d’Anjou en fut abondamment pourvue, mais que leur aire s’étendit bien au delà de notre province et atteignit la Normandie, où, pendant plusieurs siècles, elles furent cultivées sur de vastes espaces. On lit dans une Vie de saint Filibert, abbé de Jumièges (VIIe siècle), à propos de la fertilité du lieu: Hic vinearum abundant botryones qui in turgentibus gemmis lucentes rutilant in falernis .

Elle pénétra même jusqu’en Belgique.

Ce fut l’époque où Paris se couvrit de vignes, et où la montagne Sainte-Geneviève et les terrains occupés actuellement par les rues Serpente, de la Harpe, de Saint-André-des-Arcs étaient envahis par cette culture, au dire de l’empereur Julien, qui parle avec éloge du vin qu’on en tirait.

EXTENSION DE LA VIGNE EN BRETAGNE ET EN NORMANDIE

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Cette extension de la vigne dans la région septentrionale est due non pas à ce que la température de la région était plus élevée qu’à l’époque actuelle, car elle n’a pas changé, mais tient à un double motif: d’abord la nécessité d’avoir du vin pour la célébration de la Messe, étant donné surtout que les couvents de Religieux étaient alors très nombreux; et ensuite la difficulté des transports d’une province à l’autre.

C’est aux XIe et XIIe siècles que les vignobles normands eurent leur plus grande prospérité.

Mais sous le règne d’Henri II (milieu du XVIe), les vins d’Aquitaine et de Bourgogne arrivent librement sur les marchés de Normandie. Dès lors, la culture de la vigne rétrograde dans ce pays et il n’en reste plus que des lambeaux, sur les rives de la Seine, de l’Eure, de la Dives, sur les coteaux d’Argences et d’Airan et les vallées de l’Avranchin .

D’ailleurs, les vins de Normandie ne devaient guère être qu’une maigre piquette, y compris ceux d’Argences, qui passaient pour les meilleurs, témoin cette citation d’un auteur, qui, en 1631, écrit: «Pour les vins qui croissent près d’Argences et en quelques lieux vers Avranches, ils sont si verds qu’on leur préfère le Collinhou, que les Cauchois tirent des vignes attachées à leurs arbres.»

Le vin tranche-boyau d’Avranches

Et rompt-ceinture de Laval

A mandé à Renaud d’Argences

Que Collinhou aura le gal .

Aux XIVe et XVe siècles, la vigne prend une grande extension en France; nous en avons la preuve dans ce fait que les prix d’achat du vin disparaissent du compte des couvents, ces établissements possédant dès lors d’assez vastes vignobles pour subvenir à leur consommation et même pour en vendre, ainsi qu’en font foi leurs livres de compte.

La Bretagne elle-même se couvre de vignobles. Mais on est en droit de douter que le raisin y mûrit bien et donnât de bons vins, témoin la réponse que fit un jour François Ier à un gentilhomme breton, qui lui disait qu’il y avait en Bretagne trois choses qui valaient mieux que dans tout le reste du royaume: les chiens, les vins et les hommes. «Pour les chiens et les hommes, répondit le Roi, il peut en être quelque chose; mais pour les vins, je ne puis en convenir, estant les plus verds et aspres de mon Royaume.» Et il raconta plaisamment qu’un chien ayant mangé, près de Rennes, une grappe de raisin, sentit à l’instant dans le ventre une telle aigreur, que, pour se venger, il aboya de colère contre la vigne.

Au XVIe siècle, le gouvernement royal s’émeut de l’extension donnée à la vigne. En 1567, il prescrivit aux magistrats de veiller à ce que le labour ne soit pas délaissé «pour faire plant excessif de vigne, qu’il y eut toujours pour le moins les deux tiers des fonds en céréales et que le sol propre à la prairie ne fût appliqué au vignoble».

L’EDIT DE CHARLES IX

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Au milieu du XVIe siècle, la vigne prit une extension énorme; de vastes étendues furent enlevées à la culture des céréales, notamment en Bourgogne, et plantées en vignes. Un édit de Charles IX la fit rudement rétrograder. Une disette de blé étant survenue, il l’attribua à la trop grande extension de la vigne et interdit à chaque canton d’en cultiver plus d’un tiers de son territoire, les deux autres tiers devant être arrachés et convertis en prés et terres labourables.

Au commencement du XVIIe siècle, la vigne semblait cependant être encore d’un rapport avantageux, témoin l’apologue qu’on trouve dans le Théâtre d’Agriculture et Mesnage des Champs, d’Olivier de Serres. Un père donne à son fils une vigne en lui disant qu’un trésor y est caché. Le fils laboura et cultiva si bien sa vigne, qu’il y fit une fortune. C’est très vraisemblablement cet apologue qui a inspiré l’une des plus jolies fables de La Fontaine: «Le laboureur et ses enfants».

L’EDIT DE LOUIS XV

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Dès le début du XVIIIe siècle, on retrouve la même préoccupation de la part du gouvernement; mais, plus modéré et plus sage que celui de Charles IX fut l’édit de Louis XV (1731), qui, pour limiter l’extension de la vigne, qui tendait à s’exagérer, interdit la plantation de vignes nouvelles, et ordonna que celles qui seraient laissées sans culture pendant deux années de suite soient définitivement abandonnées: Défense, par arrêt du Conseil, de «planter des vignes nouvelles, sauf même à ordonner la déplantation de celles qu’on jugerait à propos par la suite». L’ordonnance était sérieuse, car plusieurs habitants d’une paroisse voisine de Bourges y ayant contrevenu furent condamnés à 3.000 livres d’amende (1732). Le vin était, paraît-il, alors, d’une telle abondance qu’il avait perdu toute valeur.

Nous retrouvons cette préoccupation de limiter l’extension des vignes et d’arrêter l’avilissement des vins à des époques plus proches de nous. En 1763 Dupuy-Demportes se plaint de ce que nombre de cultivateurs ont leur cellier plein de vin, mais manquent de pain, et écrit que si le Ministre était mieux renseigné, il ferait défense expresse de planter des vignes, surtout dans la région parisienne «dont les vins l’acide mordicant ne peuvent être que contraires à la santé des individus».

«..... Il y a des ordonnances qui interdisent la plantation des vignes; mais sont elles abolies ?»

Enfin, à notre époque même, en présence d’une crise sur les vins très menaçante, on a proposé dans les Revues viticoles le moyen classique de l’arrachage des vignes, en dehors de la région méridionale; il est vrai que le promoteur de l’idée était du Midi.

Notre époque n’en est plus, heureusement, pour ce protectionnisme à outrance; mais c’est aux viticulteurs de s’inspirer des circonstances et d’agir prudemment en conséquence, c’est-à-dire proportionner l’importance du vignoble à l’importance de la consommation.


CHAPITRE IV

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ORIGINE ET RÉPARTITION DE LA VIGNE EN ANJOU

«L’origine de la vigne en Anjou. est bien difficile à fixer. On peut judicieusement penser que les cépages qu’on y cultive de temps immémorial, comme le Pineau de la Loire, ne sont que le résultat de la culture sur place de variétés autochtones.»

PORTES et RUYSSEN, Traité de la Vigne.

L’ANCIEN ANJOU

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ET d’abord que devons-nous entendre par «Anjou» ?

Le département actuel de Maine-et-Loire ne répond pas complètement à ce que ce terme désignait jadis. La province d’Anjou comprenait, en plus, une assez large bande de terre lui formant une demi-ceinture Nord-Est, que se sont partagés les départements de la Mayenne, de la Sarthe, d’Indre-et-Loire et qui, passant au nord de Cossé-le-Vivien, puis par Sablé, Malicorne, le Lude, enfin, à l’est de Château-la-Vallière, atteignait et dépassait un peu la région de Bourgueil.

Sur tout l’Anjou, ainsi compris, s’étalèrent, mais inégalement répartis depuis des temps très reculés, de nombreux et beaux vignobles.

Les documents qui vont suivre feront connaître l’Anjou viticole, arrondissement par arrondissement, à partir de l’époque la plus lointaine qu’il nous soit possible d’atteindre.

I. ARRONDISSEMENTS D’ANGERS ET DE BAUGÉ

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Ier siècle. — On peut assurer, en s’appuyant sur les documents du chapitre précédent, que dès le premier siècle de l’ère chrétienne la vigne existait en Anjou.

IVe siècle. — Saint Martin, au commencement du IVe siècle, évangélise notre région et y propage la vigne. Son souvenir est resté si populaire dans le monde des vignerons, que le 11 novembre, jour de sa fête, fut choisi par tout le royaume pour célébrer la fête de la vendange.

VIe siècle. — Nous avons des documents qui établissent qu’au temps de Childebert Ier, elle florissait sur les bords de la Loire. Témoin ces vers du poète Apollonius:

Est juxta œquores urbs durâ in rupe Britannos,

Et Ceresis dives et Bacchi munere plena,

Andecavi greco sumens a nomine nomen .

Le premier document authentique que nous possédions remonte à l’an 515 et se trouve dans ce qu’on a appelé les Formules Angevines, sorte de protocole de notaire, dans lequel on trouve un modèle relatif à la vente des vignes.

Grégoire de Tours parle des vignes déjà très étendues dans notre contrée et de petits instruments bruyants alors en usage pour en chasser les oiseaux, sans doute les étourneaux, qui dévoraient les vendanges.

Les Cartulaires des Abbayes ont conservé le souvenir des nombreux dons ou transactions dont les vignes ont été l’objet au moyen âge. Evidemment les mêmes opérations devaient avoir cours entre les particuliers; mais les documents que nous possédons à leur sujet sont bien plus rares.

D’ailleurs, tout monastère possédait son clos de vigne. Le noble arbuste a toujours eu, en quelque sorte, un caractère sacré, qu’il doit sans doute à l’usage auquel sert son produit dans les plus augustes cérémonies du culte catholique et aux allusions qu’y font fréquemment les auteurs sacrés, les hommes justes étant comparés à des grappes superbes et bien mûres, les mauvais au fruit acerbe de la vigne sauvage (ISAÏE).

VIIIe siècle. — Au mois de mai 769, Charlemagne confirma le don fait par son père Pépin-le-Bref à l’Abbaye de Saint-Aubin (actuellement la préfecture d’Angers), d’une vigne située auprès du monastère.

IXe siècle. — Le 1er mars 839, Rorgon donne à l’Abbaye de Saint-Maur de Glanfeuil des vignes situées dans les «vigneries» de Mazé.

Charles-le-Chauve (1er août 847) fait don à l’Abbaye de Saint-Aubin d’Angers, de vignes situées à Seiches.

En 850, le seigneur Saucon cède à Dodon, évêque d’Angers, l’alleu de Brionneau avec ses vignes.

Charles-le-Chauve donne (13 février 874) au Chapitre de Saint-Jean-Baptiste et Saint-Lezin d’Angers la villa de Blaison avec ses vignes.

Xe siècle. — Allain III le Grand, roi de Bretagne, donne à l’évêque d’Angers l’Abbaye de Saint-Serge avec ses vignes.

Néfingue, évêque d’Angers (966), restitue à l’Abbaye de Saint-Aubin un arpent et demi de vigne sis dans la banlieue d’Angers.

La comtesse Adèle, la grande bienfaitrice de l’Abbaye Saint-Aubin, fait don, à ce monastère, de l’ «Isle du Mont», appelée depuis lors l’île Saint-Aubin, et de cinq arpents de vignes.

XIe siècle. — Foulques Nerra, comte d’Anjou (1022), donne à l’Abbaye Saint-Nicolas-lès-Angers, qu’il avait fondée deux ans auparavant, des vignes au bord de Brionneau, une autre entre la Maine et Brionneau, l’exemption du «banvin» en deçà du ruisseau de la Barre.

Fondation de l’Abbaye du Ronceray (emplacement actuel de l’Ecole des Arts et Métiers) par le même, qui lui fait don de quarante arpents de vigne, situés près du monastère (14 juillet 1028).

Des vignes importantes étaient, à la même époque, cultivées à Pouillé, sur le territoire des Ponts-de-Cé : «In Saiaco, inter viam publicam, quœ ducit ad Andecavem civitatem et vineas de Poliaco .

Geoffroy Martel, comte d’Anjou, donne à l’Abbaye de Vendôme (31 mai 1040), le monastère de Saint-Sauveur (actuellement Lesvière) avec ses vingt arpents de vigne, l’église Saint-Jean-sur-Loire de Saint-Rémy-la-Varenne, avec ses trente arpents de vignes, et la même année encore, à l’Abbaye de Vendôme, l’église de Saint-Saturnin avec les vignes qui se trouvent dans cette localité.

Vers 1040, Geoffroy Martel échange avec l’Abbaye du Ronceray une terre sise à l’Anglée (Frémur), pour en faire une plantation de vignes de Bordeaux .

Il abandonne à l’église Toussaint (vers 1044), le jour de sa dédicace par l’évêque d’Angers, le vinage de sept arpents de vigne.

Il confirme vers 1055 aux chanoines de la chapelle Sainte-Geneviève, où était conservé le corps de Saint Laud, le don de vignes à Epluchard, Lesvière, Sainte-Gemmes-sur-Loire.

Hugues de Saint-Laud donne au Chapitre de la Cathédrale un arpent de vigne à Chanzé (La Baumette).

Vers 1090 l’Abbaye de Saint-Aubin achète des vignes à Pruniers, et le Chapitre de la Cathédrale cède à l’Abbaye de Saint-Serge ses vignes de Monriou (Feneu).

Vers 1100, Raimbert donne à l’Abbaye Saint-Aubin un quartier de vigne situé à Saint-Rémy-la-Varenne.

A la même époque, l’Abbaye Saint-Aubin fait don au sénéchal du comte d’Anjou de trois arpents de vigne situés à Angers.

XIIe siècle. — Un accord est conclu entre l’Abbaye de Fontevrault et le Chapitre Saint-Laud d’Angers (28 juin 1116), en vertu duquel Saint-Laud conservera la dîme de la Pignonnière, à Saint-Barthélémy, sauf des vignes appartenant en propre à Fontevrault en cet endroit.

En 1120, l’Abbaye de Saint-Serge achète au prix de quarante sols un arpent de vigne pour son prieuré de Saint-Melaine.

Vers 1135, Guillaume Boucher donne aux chanoines de la Cathédrale un arpent de vigne situé aux Jonchères (Angers).

A la même époque, Béatrice donne au Chapitre de la Cathédrale la dîme d’un arpent et demi de vigne qu’elle possède au Plessis-Grammoire.

Le comte d’Anjou accorde à l’Abbaye du Ronceray (14 février 1141) des vignes situées au lieu dit Chef-de-Ville.

Aigrefoin (commune de Brain-sur-l’Authion), fut le premier beau domaine de vignes de l’Hôtel-Dieu d’Angers, qui y tenait plusieurs pressoirs à ban .

Comme on le voit par cette énumération, longue, quoique incomplète, Angers et ses environs étaient déjà, à cette époque reculée, abondamment pourvus de vignes. Voici, d’ailleurs, un document du temps qui vient confirmer ce dire.

Un auteur anglais, Raoul de Diceto, doyen de Londres, décrit la ville d’Angers en 1149 et dit: Vers le nord et le levant (sans doute sur l’emplacement actuel du château) s’élève un vaste bâtiment qui serait digne de porter le nom de palais; de là la vue s’étend sur le cours de la rivière et sur les coteaux consacrés à la culture de la vigne .

Vers 1175 le Chapitre de Saint-Laud concède au prieuré de Saint-Gilles-du-Verger (actuellement Ecole Régionale des Beaux-Arts), un arpent de vigne sis au fief de Verrières, près Angers.

Guillaume Le Breton, chapelain de Philippe-Auguste, fait, dans un poème latin consacré à la gloire du roi, cet éloge de la ville d’Angers: «A peine peut-on trouver ailleurs une ville plus riche et mieux décorée, plus abondante en dons de Bacchus. De tous côtés ce ne sont que champs couverts de vignes qui fournissent à boire aux Normands et aux Bretons, si bien que les possesseurs de ces terres ne manquent jamais d’argent.»

En 1231, le Chapitre de Saint-Maurille d’Angers concède aux Cordeliers une portion de terrain planté en vigne pour y construire une église (rue des Cordeliers).

XVe siècle. — En pleine ville d’Angers on cultivait encore d’assez grands morceaux de vigne. Dans un bail à vente du château de Grohan, daté de 1415, on parle de biens de religieux du Loroux, «citués en Hannelou, près d’Angers, contenant le tout quatre arpents, que vignes, que terres et jardins». Et dans une déclaration d’héritages appartenant aux mêmes religieux, en 1425, on lit: «Le hébergement et appartenances ancien appellé chasteau Grohan, sis en Hanneleu, joignant la rue par laquelle on vait à Saint-Lienart (Saint-Léonard), d’une part,..... demeurant en la rue de Bréchigne (Bressigny), d’autres contenant celles appartenances troys arpents, que vignes, que courtilz ou environs.»

A cette époque les vignes constituaient une partie importante des établissements religieux ou de bienfaisance, par suite de dons successivement reçus. C’est ainsi que l’hôpital Saint-Jean d’Angers possédait 8 quartiers de vigne à Morin (Bouchemaine), 18 aux Fouacières et à la Papillaie (Angers), 8 à Challay, 20 à Piré, 8 à Frémur, 20 à Pigeon, 8 au Pressoir Cornu, 20 à l’Oisonnière, 14 à la Tartentière (Plessis-Grammoire), 54 à Aigrefoin, 4 à Cullay (Tiercé), 12 à Prézaye (Jarzé), 14 à Fontaine-Bresson (Vernantes), soit au total 208 quartiers.

Une partie de la récolte de ce vaste vignoble était débitée par privilège de banvin , dans la maison des Tuffeaux, rue Saint-Nicolas, par un commis ayant reçu un mandat spécial et son bénéfice réglé.

Dans le même temps, Jean Bourré, ce grand bâtisseur de maisons seigneuriales, l’habile compère de Louis XI, s’intéressait vivement, au milieu de ses vastes entreprises, au vin blanc qu’il récoltait sur sa propriété de Vaulx, en la paroisse de Miré, et il écrivait à son intendant: «Gardez-le moi bien à quant je yré par de là, et gardez qu’il n’en soit point tyré, et le faictes bonder et abiller, qu’il n’y ayt point de vent; si d’adventure il n’en a besoingt, par un petit pertuis empress le bondin.»

«Escript au Plessis-Bourré, ce dimanche dernier jour d’octobre (vers 1483 au 1485). Signé : BOURRÉ.»

XVIe siècle. — Dans la ville d’Angers, écrit Claude Ménard (1537), au faubourg Bressigné se trouve une hôtellerie qui a pour enseigne la Côte de Baleine, et près le jardin, dans le milieu d’une vigne une place ovale.....»

De nombreux documents de ce genre établissent l’existence de fréquentes transactions analogues aux précédentes dans le canton de Baugé, où nous voyons les seigneurs et les bourgeois donner, du XIe au XVIIe siècle, des vignes situées sur les paroisses de Jarzé, Chartrené, Seiches, Brion, Chaumont, Vernoil-le-Fourrier, etc.

En 1571, le curé de Fontaine-Milon écrit dans son registre paroissial: «Fontaine-Milon, bonne ville de renom, où il croît de bon vin; Dieu y en veuille toujours amener ainsi!»

François Réchin, avocat à Montpellier, écrit dans son Histoire de l’Anjou, 1537: «De tout temps et encore aujourd’hui le vignoble de l’Anjou excelle sur celui de son voisinage; en ses coteaux plantés de vignes..... il porte des vins blancs dont la réputation est allée fort loin.»

Et en ce même XVIe siècle, un poète bordelais, Pierre de Brack, dans une hymne à Bacchus, parle avec éloge du vin d’Anjou, qu’il appelle l’Angevin falernois.

II. — ARRONDISSEMENT DE SAUMUR

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IXe siècle. — Guy de Fougereuse fonde un couvent de moniales à la Fougereuse, qui dépendait de la sénéchaussée de Saumur, et lui accorde le droit de mesure des blés, de vigne, etc.

En 845, Charles le Chauve donne à l’Abbaye de Saint-Maur de Glanfeuil, des vignes situées à Bessé.

En 850, il fait don à la même Abbaye d’une vigne située à Soulanger. Le 4 juillet 895, le roi Eudes donne à l’Evêché et au Chapitre d’Angers la villa d’Epinats, sise à Montfort, dans laquelle se trouvaient des vignes.

Xe siècle. — Au mois de novembre 979, l’abbé de Saint-Florent-lès-Saumur, donne à l’Abbaye de Saint-Aubin d’Angers une vigne sise sur le bord du Thouet.

Parmi les nombreuses propriétés de l’Abbaye de Fontevrault, écrit Yves Bernard, on distinguait des vignobles dans les coteaux de Saumur, dont le produit moyen dépassait 800 pièces. On vendait quelquefois une partie de la récolte et on n’en achetait jamais.

XIe siècle. — Vers 1040, le comte d’Anjou fait don à l’Abbaye de Saint-Maur de quatre arpents de vigne, à Concourson.

Vers le même temps, le sieur Boureau cède à l’Abbaye de Saint-Florent des vignes sises au Pont-Fouchard, que Geoffroy Martel lui avait inféodées après en avoir dépouillé les moines.

Vers 1100, Bellay, seigneur de Montreuil, émet la prétention de percevoir des moines du prieuré de Méron un vinage sur un terrain jadis planté en vignes.

XIIe siècle. — En 1138, Geoffroy-le-Bel, comte d’Anjou, abandonne aux habitants de Saumur le droit qu’il avait sur toutes les vignes des environs de la ville: «J’accorde aux Saumurois l’exemption des devoirs qui me sont dus sur toutes les vignes du territoire de Saumur, en quelque lieu qu’elles soient plantées, soit en deçà de la Loire, soit au-delà de la Loire, soit en deçà ou au delà du Thouet. Je renonce aussi au ban de la vente du vin, dont j’avais moi et mes prédécesseurs coutume de jouir.»

Voilà, n’est-il pas vrai, un seigneur d’esprit bien libéral et qui faisait spontanément abandon de ses privilèges quelques siècles avant la fameuse nuit du 4 août 1789.

III. — ARRONDISSEMENT DE CHOLET

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Le canton de Cholet, lui non plus, n’était pas dépourvu de vignes au moyen âge.

C’est ainsi que Bernon donne, vers 1060, à l’Abbaye de Saint-Serge, des vignes situées à Saint-Pierre-Montlimar.

Vers 1080, Raoul de Montjean donne à la même Abbaye la dîme sur les vignes de Grafion, à Beaupréau. On y voit que des vignes existaient sur la paroisse de Saint-Pierre de Cholet.

Au XVIIIe siècle, la vigne était encore cultivée dans presque toutes les fermes des environs de Cholet et comprenait une superficie de 72 hectares. Mais, en réalité, le Choletais n’a jamais été un pays vignoble, la nature de son terrain ne s’y prêtant pas. Aussi, n’est-il pas surprenant que lorsque les moyens de communication sont devenus plus faciles on y ait abandonné la culture de la vigne, qui ne fournissait qu’une boisson petite et acide, la Bretagne et surtout l’Anjou lui procurant des vins bien supérieurs.

IV. — ARRONDISSEMENT DE SEGRÉ

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Il en fut de même du canton de Segré, ainsi qu’en témoignent les quelques documents suivants:

Vers 1125, Abraham Saunier donne à l’Abbaye de Saint-Serge un coteret de vin , à Grez.

Une vigne à complant est partagée entre Rivallon et Bougnier, et à la mort de celui-ci (1130) sa part passe à l’Abbaye de Saint-Serge.

Hugue Renard, quand son fils entra comme moine à l’Abbaye de Saint-Serge, vers 1140, donna à cette Abbaye une vigne située à Grez.

A la même époque, Dometa, épouse de Giraud de la Violette, de Grez- Neuville, donne à Saint-Serge une rente d’un coteret de vin pur, au moment des vendanges.

On lit dans le registre paroissial de Cherré, à la date de 1662: «Abondance de pommes, assez bonne année de vin.»

Une note du Sous-Préfet de Segré au Préfet de Maine-et-Loire, au début du XIXe siècle, dit que «les vins se récoltent dans les cantons de Châteauneuf et Briollay et dans les communes de Grez-Neuville, Pruillé, la Jaille-Yvon », et qu’ailleurs on cultive le pommier à cidre.

V. — ARRONDISSEMENT DE CHATEAU-GONTIEB

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Au XIIIe siècle, la vigne était cultivée dans tout l’arrondissement actuel de la Mayenne.

Dans celui de Laval, jusqu’au XVe siècle, la vigne seule y était cultivée, à l’exclusion des pommiers à cidre, qui commencèrent alors à la remplacer et se substituèrent complètement à elle à partir de la fin du XVIe. On a vu plus haut que notre compatriote, le grand bâtisseur de châteaux, Jean Bourré, y possédait des vignes.

Jusqu’à la fin du XVIIe siècle la vigne était en faveur dans l’arrondissement de Château-Gontier; elle a successivement abandonné d’abord le Craonnais, puis la rive gauche de la Mayenne. Vers cette époque les paroisses les plus voisines de l’élection de la Flèche, avaient un quart des terres cultivables planté en bonnes vignes. Celles qui se rapprochaient de Château-Gontier, et qui n’avaient pas un bon renom, n’occupaient qu’un dixième du sol.

La déchéance s’accentua sous Louis XVI. Des clos qui s’étaient vendus 1.600 et 2.000 francs au XVIe et au XVIIe siècle, maintenant dépouillés de leurs cépages, ne se louent plus que 10 ou 15 francs l’hectare. Les vignes furent arrachées parce qu’on trouva plus avantageux de leur substituer des prairies.

VI. — ARRONDISSEMENT DE LA FLÈCHE

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Le cartulaire de Saint-Serge nous apprend qu’aux XIe et XIIe siècles la vigne était cultivée à Verron.

En 1060, l’Abbaye de Saint-Aubin possédait des vignes à Luché et à Arthézé, et en 1129 elle devint propriétaire de vignes situées à Mont-Josmier, près de La Flèche.

Dans sa Nouvelle Description de la France, Piganiol de la Force (1715) s’exprime ainsi: «La Flèche est située dans un grand et agréable vallon, dont les coteaux sont couverts de vignes et de bocages.»

Le vin de cette région, sans avoir grande réputation, passait pour être buvable, comme en témoignent ces vers de Gresset (1729):

Un climat assez agréable,

De petits bois assez mignons,

Un petit vin assez potable,

La Flèche pourrait être aimable,

S’il était de belles prisons.

La vigne n’a pas, à notre époque, complètement déserté ce canton. Il en possède encore d’assez grands lambeaux, notamment à Bazouges.

VII. — ARRONDISSEMENT DE CHINON

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En 990 fut fondée l’Abbaye de Bourgueil. Dans l’acte de fondation on voit que la comtesse Emma octroya des vignes aux Religieux Bénédictins.

Ce pays est resté fertile en vignes, qui donnent d’excellents vins. Comme il se rattache maintenant au département d’Indre-et-Loire, il n’y a pas lieu d’y insister dans cet ouvrage.


CHAPITRE V

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STATISTIQUES SÉCULAIRES
IMPORTANCE DU VIGNOBLE ANGEVIN; SES PRIX DE VENTE; LE PRIX DU VIN

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1° Superficie plantée en vignes.

L’IMPORTANCE du vignoble angevin a beaucoup varié au cours des siècles. Les documents nous manquent pour établir d’une façon un peu précise ce qu’elle était dans les temps anciens. Nous savons seulement qu’au XIe siècle la vigne était répandue un peu partout, comme en témoignent les cartulaires. C’est ainsi que dans l’arrondissement de Segré, dont le vignoble est aujourd’hui presque nul, nous savons qu’il existait de nombreux clos de vignes, mais dont les gelées annihilaient souvent la récolte. Par exemple, en 1789, une gelée d’une grande intensité y détruisit la plupart des ceps, lesquels ne furent pas replantés. Le souvenir de ces vignobles nous a été conservé par les noms mêmes que portent encore certaines parcelles de terre, tels que: «la vigne, trompe-tonneau, clos de la Vigne», etc.

Il nous faut arriver à des temps bien plus rapprochés pour trouver des indications assez précises sur ce sujet.

Si la province d’Anjou, réduite, à partir de la Révolution, aux limites actuelles du département de Maine-et-Loire, n’a pas beaucoup perdu, au point de vue vignoble, dans toute sa partie septentrionale, impropre à la culture de la vigne, il n’en a pas été de même dans sa région orientale, qui comprenait une assez large bande de terre, laquelle allant de Château-la-Vallière à Bourgueil, était richement plantée en vignes. De ce côté, l’Anjou a donc subi une perte sensible.

Un manuscrit laissé par un Receveur des Tailles de l’Election de Saumur , en 1722, donne des chiffres sur l’étendue des vignes dans les paroisses de cette circonscription. On sait par là que Fontevrault en avait 50 arpents , soit 25 hectares, Tigné le quart de sa superficie; Aubigné, un sixième; Martigné, un tiers; Parnay, les deux tiers; Souzay, un tiers; Dampierre, les deux tiers; Chaintres, Fournaux, Aulnix ont ensemble 600 quartiers de vigne; Varrains, 400 arpents; Chacé, les deux tiers de son territoire; Brézé, un sixième; Saint-Cyr, trois cents arpents; Saint-Florent, 700 quartiers.

En 1787, Epiré a un tiers de sa superficie en vignes; Faye, les trois quarts; Savennières, un tiers; Rablay, les trois quarts; Trélazé, le tiers; Saint-Aubin-de-Luigné, les deux tiers.

En 1788, le vignoble angevin, d’après Jullien, est de 26.797 hectares.

En 1802, un rapport du Préfet de Maine-et-Loire à la date du 17 septembre attribue au département 71.800 hectares de vignes, donnant une récolte de vin de 437.600 hectolitres. Le premier nombre est manifestement très exagéré.

En 1813, le Préfet de Maine-et-Loire écrivait au Gouvernement que depuis la Révolution et à la suite de la guerre désastreuse de la Vendée les vignes avaient beaucoup diminué d’étendue, les propriétaires ne trouvant plus de débouchés aussi faciles du côté de la Hollande et de la Flandre et la main-d’œuvre se faisant beaucoup plus rare, si bien qu’on arrache les vignes pour semer des céréales à la place.

En 1827, la vigne a une étendue de 26.401 hectares (Cavoleau).

En 1829, la situation s’était sans doute encore améliorée, car dans son rapport le Préfet déclare que la surface plantée en vignes dépasse d’un cinquième environ celle de 1789. Or, d’après Jullien, elle était alors de 26.797 hectares, ce qui ferait donc environ 34.000.

En 1830, la statistique indique 31.790 hectares.

En 1842, la superficie est de 31.000 hectares (Leclerc-Thouin).

En 1849, 30.528.

En 1852, 30.499.

En 1859, 29.494 (Comice horticole de Maine-et-Loire).

En 1866, le vignoble compte 30.499 hectares.

En 1876, 40.000 (Bouchard).

En 1881, au moment de l’invasion phylloxérique, il atteint son maximum, 45.000 hectares (Bouchard), pour tomber, après 1893, à 10.000 hectares.

Au commencement du XIXe siècle, la vigne compte 35.000 hectares.

Aujourd’hui on l’estime à 32.000 hectares environ.

2° Prix de vente des vignobles.

Si nous ne sommes pas bien fixés sur la superficie du vignoble angevin dans les premiers siècles, nous avons, par le moyen des cartulaires, des renseignements assez nombreux sur le prix de vente des vignes en France.

Celui-ci variait d’après la situation du vignoble, selon qu’il était ou non au voisinage de villes importantes ou que ses produits avaient à leur disposition des moyens de transport plus ou moins faciles.

C’est ainsi qu’au temps de saint Louis, des vignobles parisiens, pour une surface équivalente à un hectare, se vendent 850 francs, tandis que des vignobles de Champagne n’atteignent que le prix de 650 francs. En 1300, un vignoble des environs de Corbeil monte jusqu’à 1.560 francs l’hectare, tandis qu’une vigne du Languedoc se vend, en 1181, 15 francs, le plus bas prix qu’on ait noté.

Par contre, c’est dans la Manche, près de Mortain, qu’on rencontre les prix les plus élevés: 1.900 francs l’hectare, en 1227.

On voit, d’après cela, que ce n’est pas la qualité du vin qui était le principal facteur du prix des vignes.

Au XIVe siècle la situation reste la même. C’est toujours autour de la capitale que la vigne tient ses prix les plus élevés: les vignes d’Argenteuil valent 1.500 francs; celles de Meudon 1.100, et celles de Nanterre 1.800, tandis qu’en Bourgogne le vignoble se vend 300 francs l’hectare.

C’est donc bien moins la qualité du vin que l’emplacement du vignoble qui fixe le prix de ce dernier.

Il y a d’ailleurs des grâces d’état, et il est probable qu’à force de boire leur piquette, nos pères, dont le palais avait été formé tout jeune à ce maigre breuvage, finissaient par le prendre pour du bon vin .

Comme moyenne séculaire du prix de l’hectare de vigne, on a établi qu’elle était en France:


Il est bien entendu que ces chiffres ne sont pas absolus et donnent seulement une idée approximative du prix de la vigne dans les siècles passés.

En ce qui concerne notre département, en 1700, la vigne vaut: à Segré, 592 francs; à Baugé, 444 francs; autour d’Angers, 888 francs; à Saumur, 1.110 francs.

Sous Louis XIV, tandis qu’en Normandie, ils se vendent 900 francs et dans l’Ile-de-France, 1.300 francs, les vignobles de l’Anjou valent en moyenne 717 francs; en Bourgogne 781 francs seulement, pour tomber parfois à 712 francs; le vignoble de Beaune, le plus renommé au moyen âge, se vend 940 francs et celui de Nuits 360 francs.

Ce serait donc une grosse erreur que d’estimer la qualité du vin d’après le prix de vente du vignoble qui le produit.

3° Le prix des Vins, autrefois et aujourd’hui.

Le premier document que nous possédons sur la valeur marchande du vin d’Anjou remonte à la fin du XIIe siècle. Un édit. de Jean sans Terre fixe à 20 sols sterling le prix de la tonne de vin du Poitou et à 24 sols celle d’Anjou. C’est flatteur pour notre pays.

Sous Henri III d’Angleterre, au milieu du XIIIe siècle, le compte du Chancelier de l’Echiquier porte une somme de 464 livres, pour 404 tonneaux de vin de Gascogne et d’Anjou.

Mais avant de parler des prix du vin d’Anjou dans des temps plus récents, voyons d’abord, à titre de comparaison, ce qu’il était généralement en France.

Au commencement du XIIIe siècle, l’hectolitre de vin se vendait à Paris 6 francs, à Montargis 13, dans le Calvados 17. En Angleterre, le vin d’Anjou se payait 9 fr. 50.

Dans les trois premiers quarts du XIIIe siècle, le vin varie, dans l’ensemble du territoire, de 5 à 8 francs, le maximum fut de 26 francs, le minimum de 2 fr. 50. Etant donné la différence du pouvoir de l’argent, les prix correspondent à peu près à celui du milieu du XIXe siècle, soit 30 francs l’hectolitre.

Dans le dernier quart du XIIIe siècle, sa moyenne fut de 20 francs.

Dans la première moitié du XIVe siècle, il oscille autour de 18 fr. 50. En Anjou, il valait 15 francs, et, par conséquent, étant donné le pouvoir de l’argent à cette époque, plus cher qu’au XIXe siècle.

Les chiffres qui viennent d’être donnés se rapportent aux vins courants. Mais les vins fins, les «vins de présent» ou «vins d’honneur», que l’on offrait aux grands personnages dans les occasions solennelles, atteignaient à Paris des prix bien plus élevés. Le Saint-Pourçain, dont la gloire est aujourd’hui bien tombée dans l’oubli, valait 45 francs, du vin de Gascogne 120 francs (1363), du Grenache et du Beaune 166 francs. Mais ces vins ne se vendaient pas à la pièce, c’étaient «les vins de bouteille» du temps.

Au commencement du XVe siècle, les vins ordinaires subissent une légère baisse; ils valent 14 francs l’hectolitre au lieu de 18 fr. 50. A ce taux, ils sont encore plus chers qu’à la fin du XIXe siècle, le pouvoir de l’argent étant, à cette époque, quatre fois et demie plus fort; ces 14 francs représentent, en réalité, 63 francs de la monnaie du siècle dernier.

Les prix, d’ailleurs, étaient très variables d’une localité à l’autre; il n’y avait pas de cours établi comme aujourd’hui. Alors qu’il valait 1 fr. 20 à Montélimart, on le vendait 29 francs à Paris et jusqu’à 43 à Orléans.

De 1451 à 1525, il ne cesse de baisser; de 14 à 10 francs, sous Louis XI, il tombe à 9 francs sous Charles VIII, à 7 francs sous François Ier, ce qui, quand même, le fait encore plus cher relativement qu’au XIXe siècle, ce chiffre correspondant à 45 francs de cette dernière époque.

Dans les cinquante années suivantes, il remonte à 17 et 19 francs.

Le cardinal de Richelieu, à qui nous devons l’introduction du Cabernet en Anjou, ne trouvait que 4 francs du vin de sa propriété de Rueil. Il se gardait bien d’ailleurs de le boire et s’offrait un vin de 60 francs.

Le «pinard» donné aux soldats en 1629 coûtait à l’Intendance 11 francs.

Et de même qu’à notre époque on trouve de formidables écarts, allant de 7 francs l’hectolitre pour du vin du Gard et de l’Aude en 1893, à 1.000 et 1.500 francs pour le Château-Yquem ou du vin d’Anjou de 1921, on trouvait, au XVIIIe siècle, un vin blanc d’Anjou à 3 francs l’hectolitre (1716) et du vin de Bourgogne, qui s’est payé à Rouen 240 francs (1710).

La moyenne, au XVIIe siècle, était, pour les vins ordinaires, de 19 francs l’hectolitre, mais les vins fins montaient à 100 et 150 francs pour les bons Bourgogne et même plus; ainsi le Chambertin arrivait à 180 francs, le Montrachet à 280, des vins de dessert de Rivesaltes à 130 et 250.

Nous possédons quelques renseignements sur les prix de vente du vin en Anjou aux XVIe, XVIIe, XVIIIe siècles .

En 1577, il y eut peu de vin et son prix était de 60 à 65 livres la pipe (480 litres).

En 1578, qui fut une grande année de vin, le prix tomba à 10 et 12 livres.

En 1579, il valait, à Thouarcé, 10 livres.

En 1587, dans la même localité, il remonte à 30 livres.

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16 января 2025
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903 стр. 1039 иллюстраций
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4064066323318
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