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Lucie Delarue-Mardrus
Ferveur

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066302207
Table des matières
POÈMES TERRESTRES
INCANTATION
AU CRÉPUSCULE
RÉVEIL
DANS LE JARDIN CHANTANT...
ANNONCIATION
CHUTES
ENSEIGNEMENT
AU PRINTEMPS
PRINTEMPS DE NEIGE
ON VA VIVRE!...
AU JARDIN PRINTANIER...
RECUEILLEMENT
PLUIE A LA VITRE
AVRIL
PAQUES
JOURS CHAUDS
MIRAGES
RONDEL D’AUTOMNE
AU MATIN
I re DÉCEMBRALE
IIe DÉCEMBRALE
III e DÉCEMBRALE
IV e DÉCEMBRALE
V e DÉCEMBRALE
L’ADIEU AUX JARDINS
PRONES 1
SUPRÉMATIE
CONSEIL
QUELQUES MOTS
MONDAINS
FEMMES
II LES ADORÉES
III LES ESCLAVES
PRO ARMENIA
CAIN PARLE...
L’IMMORTALITÉ
PRONES II
LE POÈME DE LA VILLE AU LOIN
LE POÈME DE L’ÉTERNELLE ÉGLISE
LE POÈME SUR LA MONTAGNE
L’AME DES CHOSES
TRESSAILLEMENT
L’ODEUR DE MON PAYS...
LES GIROUETTES
ROSES
ŒILLETS
POTERIES
VEILLEUSE
ORGUE DE BARBARIE
AUBERGE
A UNE PETITE STATUE CHALDÉO- ASSYRIENNE QUE J’AI
LE RIDEAU
GRANDES ORGUES
FUMÉES
DU BOUT DE SES TUYAUX GRIS...
AU SOIR
LE VENT PLUVIEUX...
LES COUSSINS OU FLAMBOIENT...
PENSÉE AU VENT
LE TRAVAIL NOCTURNE...
LASSITUDE
L’OMBRE DE VERLAINE...
PLUIE
L’AMPLE VILLE...
BRUME
CURIEUSEMENT
FEUILLES MORTES
NOCTURNE
BÊTES
CHANSON
PETITE ÉLÉGIE
DÉCLARATIONS
UNE ENFANCE LE LONG DES PRÉS...
SÉRÉNITÉ
LE TIMBRE DE MON AME...
TON CŒUR INTACT...
TOUTE MA SOURDE INTIMITÉ...
L’EMPREINTE
L’ÉCHANGE
J’AIME SONGER...
L’ÉCUME EST MORTE...
VADE RETRO
IN EXCELSIS
LE FLEUVE
LE BON VAISSEAU
HEURES INTIMES
JE T’ENSEIGNE...
NOTRE AME...
CHALEURS
L’ORAGE A LA FENÊTRE
FRATERNITÉ
ALLUSION
A LA VITRE
I re BERCEUSE
II e BERCEUSE
L’ACCUEIL
MONOTONIE
REGARDS
LACS
I LIMINAIRE
X IN MEMORIAM
FONTAINE
GENÈVE, TEINTS PROPRETS...
BANLIEUES
BEAU LOUVRE
NOTRE-DAME
ÉLOGE DE LA NUIT
MARCHE NORMANDE
DANS LA VIE
FERVEUR
PARIS
ÉDITIONS DE LA REVUE BLANCHE
23, BOULEVARD DES ITALIENS, 23
1902
Droits de traduction et de reproduction réservés pour tous pays, même scandinaves.
Il a été tiré à part:
dix exemplaires sur Japon, numérotés à la presse
JUSTIFICATION DU TIRAGE:
DÉDICACE
Table des matières
Une enfance, déjà pâle parmi les choses,
Aine trop tôt livrée à son rêve, sans voix
Pour se dire, garda châteaux, reines et rois
De songerie en elle et jardins lourds de roses.
Puis vint, avec son cœur pesant comme un fardeau
Démenti par le rire ouvert des lèvres fraîches,
La jeunesse pareille à la douceur des pêches
Où gît profondément le poison du noyau.
Dans le mauvais terrain des races trop âgées,
Ainsi toute une vie ouvrit sa lente fleur,
Et la Ville ou la Mer, rouges de soir qui meurt,
Eurent vers leurs couchants des mains découragées...
0Passant!... Que longtemps on t’attendit en vain
La tête sur le livre et sous les lampes sages,
Ou racontant à la splendeur des paysages,
Seuls confidents, le mal d’un cœur triste et hautain,
Toi qui devais surgir sur la route de vivre
Comme au bord de la nuit se lève le jour clair,
Afin que nous fussions ce couple qui s’enivre
De Bonté, de Beauté, de Pensée et de Chair!
POÈMES TERRESTRES
Table des matières
INCANTATION
Table des matières
Symbolique Cybèle, en quels temps crieras-tu
Plus haut que le discours des villes encombrées,
Que les religions sournoises et dorées,
Que le vice impuissant et la molle vertu?
Nous attendons, remplis d’espoir et l’âme ouverte,
Que la nature dont, royale, tu te vêts,
Pousse sur ce qui fut étouffant et mauvais,
Comme sur un décombre une ombelle entr’ouverte.
Car nous ne voulons plus qu’enseignent les Jésus
L’esprit plein de nouveaux sermons sur la montagne,
Mais bien qu’à haute voix, dans la bonne campagne,
La montagne elle-même enseigne ses élus,
Par ses foins, ses sainfoins, ses flores fontinales,
Tout ce dont elle empreint l’air odoriférant,
Par le cotylédon menu, l’arbre géant
Et le rebroussement au vent des céréales,
Afin qu’âmes et corps reviennent se nourrir
Au repas naturel qu’aucun poison n’altère
Des moissons de la terre et des eaux de la terre,
Jusqu’au jour de croiser les mains et de mourir.
AU CRÉPUSCULE
Table des matières
Quoique les branches soient encore toutes nues,
Le Printemps est déjà dans l’air des avenues.
Pas une fleur n’émeut les gazons des talus,
Les bois sont durs et noirs; pourtant l’hiver n’est plus.
Prenons-nous par la main et marchons sans secousse.
Notre cœur sans parole est triste, et l’heure est douce.
Aimons, dans le silence où s’étouffent nos pas,
La beauté des couchants qui ne nous trompe pas.
Goûtons tout le bonheur de notre solitude:
Une voix bercera cette béatitude;
Car un pur rossignol que nous ne pouvons voir
Chante à mourir au fond des arbres et du soir,
Et sa grande âme, vers la lune qui se lève,
Monte de ses poumons plus menus qu’une fève...
RÉVEIL
Table des matières
Que l’engourdissement des choses et des êtres
Tressaille d’un frisson précurseur de réveil!
Sous chaque porte brûle un filet de soleil,
Le beau ciel bleu de mars entre par les fenêtres.
Allons avec nos doigts tachés d’encre au jardin,
Mêler nos cœurs troublés à la terre inquiète;
Si l’air y est resté sans parfum, dès demain
Tout le Printemps tiendra dans une violette.
Les gazons n’ont encor de fleurs ni de bourdons,
Mais de l’herbe est poussée entre les pierres sèches,
Et, tendrement pliés, quelques cotylédons
Crèvent le sol épais avec leurs têtes fraîches.
Déjà chaque bourgeon goudronné s’est ouvert;
Un sourd travail émeut le plus dur épiderme;
Les vieux marrons tombés risquent un mince germe
Plein de précaution et rampant comme un ver.
Je songe sur la pierre où je me suis assise;
Le Printemps est miré dans mes yeux matinaux;
Autour de mon repos, la saison indécise
Fait de tous les côtés piailler les oiseaux.
Le beau temps délicat chauffe ma gorge nue
Où repose ma voix, douce comme un pigeon.
Je ’sens avec mon cœur, au fond de l’étendue,
Le pauvre cœur humain claquer comme un bourgeon...
Hélas!... l’air déjà tiède où le printemps progresse,
Où les sens sont surpris d’un premier abandon,
N’aura-t-il pas un peu de paix et de pardon
Pour tout ce qui sanglote au monde de détresse?...
DANS LE JARDIN CHANTANT...
Table des matières
Dans le jardin chantant rampe la minutie
Des germes; le soleil rôde, le printemps sort
Et balance, le long des arbres de bois mort,
Le charme frais de la saison qui balbutie.
Les jours candides sont comme de longs matins;
Les bourgeons pour passer crèvent des feuilles sèches
Où demeurait, parmi quelques branches revêches,
Le dernier souvenir des automnes lointains.
Mais tandis que, les yeux fermés, tu te recueilles,
Le mois hâte déjà sa vierge acidité,
Et, dès demain, partout, respirera l’été
Par les mille poumons des tressaillantes feuilles.
ANNONCIATION
Table des matières
Le renouveau qui va pousser comme une fleur
Commence à frissonner sous les terres chenues,
Et, dans le jardin sec encore et sans odeur,
Les premiers bourgeons verts piquent les branches nues.
La nature s’apprête, enceinte d’un printemps
–Malgré le souffle froid d’un peu d’hiver qui reste–
Dont le retour prochain fait nos cœurs si contents
Que nous croyons qu’il va sortir de notre geste,
Et qu’avides de voir s’élaborer pour nous
Comme un poème aimé sa flore et sa feuillée,
Nous voudrions déjà nous faire les yeux doux
Dans sa surabondance et sa fraîcheur mouillée.
CHUTES
Table des matières
Je regarde en rêvant les marronniers rameux:
Les bourgeons ont crevé, les feuilles sont sorties...
0! les arbres en or aux chutes amorties
Dans la calamité de l’automne orageux!
Il semble que jamais ne reviendra Novembre,
Et pourtant, marronniers! quand vos bras fleuriront,
Le vent chaud jettera vos fleurs jusqu’à ma chambre
Et ce sera déjà comme une allusion...
/
ENSEIGNEMENT
Table des matières
Dans ton cœur où survit le sang de tes aînés,
Le Nord lugubre aux durs rites enracinés
A mêlé le relent des cires catholiques
Au multiple bouquet des senteurs bucoliques;
Et tes sens douloureux n’oublient pas sans effort
Ce goût de cierge éteint qui pleure et fume encor...
Songeuse!... Va mêler ton atavisme austère
Au renouvellement onctueux de la terre;
Que ton pas réfléchi se plaise à fréquenter
Les jardins printaniers où mûrira l’été:
Et les arbres chargés de flores jusqu’au faîte
Qui secouent la saison heureuse sur ta tête,
Les oiseaux alternés comme un chœur de pipeaux,
L’eau dans l’herbe, le ciel mat et bleu, le repos
Des bons après-midi qu’un peu d’ombre tamise,
T’apprendront qu’il n’est point d’autre terre promise
Que celle où ta jeunesse aimable sent sa chair»
Encensée au contact des feuilles et de l’air.
AU PRINTEMPS
Table des matières
Il faut nous apprêter à de très grandes joies
Parce que le Printemps avec toutes les soies
De ses fleurs, sa tiédeur, son odeur, son piment,
Hors les bourgeons vernis qui claquent follement
Va sortir, encombrant les jardins et les voies.
Déjà le bavardage et la fraîcheur des eaux
Regonflent les gosiers innocents des oiseaux,
Le lierre encore noir aux arbres s’enchevêtre,
Et, comme au bruit lointain d’une flûte champêtre,
Tout l’instinct se réveille et chante dans nos os.
C’est alors que, le long des heures bucoliques,
Moissonnant au soleil les grandes angéliques ’
Pesantes de bourdons au bout des prés en fleur,
Des paisibles matins aux soirs mélancoliques
Nous voudrions griser nos regards de fraîcheur,
Jusqu’à ce que, parmi la verdure où l’eau brille,
Notre âme figurât la petite chenille
Verte, enroulée au cœur d’une feuille de mai,
Qui s’endort, confiée à l’abri qui l’habille,
Et se balance au gré du printemps parfumé.
PRINTEMPS DE NEIGE
Table des matières
Notre attente déjà songeait à des jonchées
D’Avril, papillonnant sous les branches hochées
Des aubépins et des pommiers s’entremêlant.
Mais la neige a surpris la saison dégelée
Et nous sculpte, de par sa chute immaculée,
Tout un inattendu jardin de corail blanc,
Où, lourds de leurs rameaux gardant comme une mousse
Les flocons dont un souffle éparpille le poids,
Les arbres surchargés bercent tous à la fois
Cet hiver attardé sous quoi le printemps pousse.
ON VA VIVRE!...
Table des matières
On va vivre! Voici revenir les bien-êtres:
La liberté du chaud parmi les jardins verts,
L’aise des fins habits et des logis ouverts,
Et notre humanité s’accoudant aux fenêtres.
Les oiseuses maisons mêmes auront fleuri,
Ainsi que les jardins noueux: fleurs des visages
Composant le bouquet ironique des âges,
De la vieille qui branle à l’enfançon qui rit.
Pour nous, dans le tiédeur des Rameaux et des Pâques,
Nous aimons voir darder ses feuilles l’arbre noir,
Comme aussi nous aimons, le long des maisons, voir
Figurer ces profils sur les vitres opaques.
AU JARDIN PRINTANIER...
Table des matières
Au jardin printanier, l’escalier gris et vieil
A de l’herbe qui monte entre ses pierres chaudes;
Sur les lierres foncés il pleut des émeraudes,
L’ombre d’un merle au vol traverse le soleil.
Les oiseaux alignés et ronds comme des boules
Chantent. Je touche au doigt les bourgeons en tremblant...
0! que doux est midi sur mon cœur violent
Où plonge le poignard du cri lointain des foules!
RECUEILLEMENT
Table des matières
Le soir a provoqué les voix dominatrices
Des rossignols puissants comme des cantatrices.
Sorti du plus profond des parcs arborescents,
Le Printemps est déjà dans l’air comme un encens.
Fermons les yeux; goûtons les heures tout entières,
Dans le recueillement des pesantes paupières.
L’ivresse des couchants tranquilles est en nous,
Qui fait battre nos cœurs et trembler nos genoux.
–On n’aura jamais dit tout ce qu’on voulait dire
En face des moments où la journée expire,
Et l’on pleure d’angoisse à sentir vivre en soi
L’ineffable bonheur de ce muet émois..
PLUIE A LA VITRE
Table des matières
.4André Gide.
Pluie à la vitre! Pluie, ô fraîcheur des prairies,
Larmes d’Avril ingrat pleurant la puberté
De la terre inquiète en qui couve l’Été,
Gouttes au cœur des fleurs encor si peu fleuries!
Breuvage de l’oiseau qu’altéra sa chanson,
Eau que secoue au vent la première feuillée,
Clarté des ruisselets dans de l’herbe mouillée
Et qu’un rai de soleil tiédit à sa cuisson,
Je voudrais, pluie, ô pluie odorante qui passe!
M’humecter le visage au bain de ta fraîcheur
Pour imiter les prés, l’oiseau, l’arbre, la fleur,
Et le ruisselet clair qui court dans l’herbe grasse
AVRIL
Table des matières
Aujourd’hui, le ciel gris et bleu
Du printemps des prés et des routes
Est dans les carreaux pleins de gouttes:
Tout à l’heure il pleuvait un peu.
Au jardin, la saison gonflée
Berce des lilas presque mûrs;
Et le souvenir des vieux murs,
Vit dans un brin de giroflée.
Rouge et jaune, comme on la voit
Dans le fond des bonnes faïences,
La tulipe sans nonchalances
Tient son calice haut et droit.
–L’âme ni triste ni ravie,
Descendons et promenons-nous;
Ce temps d’avril est frais et doux,
C’est un simple jour de la vie...
PAQUES
Table des matières
Pour réjouir mes pieds légers de jeune daim,
J’irai dans le soleil respirer le mystère
Du printemps, et fêter à travers le jardin
La résurrection pascale de la terre.
J’aurai l’œil et j’aurai le geste puéril
Du sylvain curieux de voir ce qui se passe,
Et je boirai la pluie à la petite tasse.
Des fleurs, comme un oiseau qui déguste l’Avril.
Les branches en passant me jetteront leur douche,
Et, quand j’aurai partout marqué mon pas égal,
Je reviendrai contente et la feuille à la bouche,
Avec une âme fraîche et simple d’animal.
JOURS CHAUDS
Table des matières
Nous aimons que l’allée étroite offre à nos doigts
Les lierres vernissés et tendres de ce mois,
L’herbe innocente, les fragiles pâquerettes,
La ronce embarrassante aux mauvaises arêtes;
Que l’ombre ample et palmée abatte sur le sol
Les marronniers au faîte inaccessible et mol;
Que plein d’oiseaux. hardis, de bourdons en tumulte,
Le jardin encombré de branches soit inculte;
Que le temps soit si lourd d’orage et de chaleur
Qu’en restant immobile on s’y sente en sueur,
Et, qu’ayant desséché leurs flores paysannes,
Les arbres aient l’odeur défunte des tisanes.
MIRAGES
Table des matières
L’ombre des arbres verts, douce à ton nonchaloir,
Figure sur le sol un paysage noir
Qui dodeline au vent avec toutes ses feuilles
Et tente tes doigts prêts à d’illusoires cueilles.
Et ces sous-bois, captifs de son miroir serein,
De l’eau contradictoire ont fait un parc marin
Où ton reflet anime une fausse sirène.
Et tu aimes mener la longueur de ta traîne
Vers ces souples jardins que tu ne peux saisir,
Mensonge naturel qui plaît à ton désir,
Soit que ton geste tende à l’ombre tes mains blanches,
Soit qu’il se noie au cœur des eaux pleines de branches...
RONDEL D’AUTOMNE
Table des matières
Les oiseaux sont comme des fruits
Sur les arbres morts de Novembre.
Leur petite pose s’y cambre
Dans la brume où meurent les bruits.
Autour d’eux, les rameaux détruits
Bercent trois feuilles couleur d’ambre;
Les oiseaux sont comme des fruits
Sur les arbres morts de Novembre.
Et nous, ayant bien clos nos huis,
Voyons, aux vitres de la chambre,
L’automne roux qui se démembre,
Où, perchés, faute de réduits,
Les oiseaux sont comme des fruits...
AU MATIN
Table des matières
Quand je chauffe mes mains au soleil du jardin
Dont l’automne a rouvert toute la perspective,
Un invisible oiseau, quelque merle anodin,
Vient siffler près de moi sa chanson inslinctive.
De même que cet humble et fragile gosier
Exalte la splendeur et l’amour de la vie,
Du plus large tilleul au plus chétif rosier
Chaque arbre ou chaque branche en plein azur dévie;
Et mon âme s’ajoute aux choses du. jardin,
A votre élan rameux, branches originales,
A toi, merle flûtiste aux multiples finales,
Pour célébrer aussi le charme du matin.
Ire DÉCEMBRALE
Table des matières
Décembre. Tout nus sous la pluie,
Les arbres balancent leurs bois
Et causent entre eux parles voix
Des oiseaux chantant sous la pluie.
Décembre. Les bourgeons aux branches
Sont fermés hermétiquement;
Un souvenir d’enterrement
Monte du sol gras sous les branches.
Décembre. La nuit tombe vite;
On n’entend plus rien au dehors.
Ola douleur des arbres morts
Dans cette nuit qui vient si vite!...
IIe DÉCEMBRALE
Table des matières
Le jardin où la terre est morte,
Sur la rougeur vive des soirs
Pour moi seule accuse l’eau-forte
De ses légers branchages noirs;
Cadre de mon âme profonde
Qui s’apprête à boire la nuit,
A l’heure où la lune, sans bruit,
Au prochain arbre, et toute ronde,
Revient se pendre comme un fruit...
IIIe DÉCEMBRALE
Table des matières
La nuit d’hiver est sombre malgré
La lune nageant dans des nuages;
Le gazon met une odeur de pré
Dans l’air mouillé dont suent les branchages;
On ne sait d’où, sur le jardin nu,
Ce souffle de tiédeur est venu...
Et, croyant le printemps lourd de baumes
Miraculeusement de retour,
Dans le noir, des chats, brisés d’amour,
Geignent avec des voix de fantômes.
IVe DÉCEMBRALE
Table des matières
Puisqu’il vient à passer, sur l’horreur décembrale
Du debors, ce frisson de tiédeur anormale,
Je hanterai tes troncs épais comme des tours,
Jardin crochu, jardin trempé des mauvais jours,
Où chaque rameau noir allonge un tentacule
Pour retenir encore le fuyant crépuscule!
Tout ce coucher, captif des arbres frémissants,
Je le posséderai jusqu’au fond de mes sens,
Et que t’importe, alors, ô ma soif éperdue
De vivre, si, dans l’air qui passe, répandue,
L’odeur morne d’un coin fraîchement labouré
Monte à moi tout à coup comme un «dies iræ»?
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