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Jean Richepin
La chanson des gueux

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066317805
Table des matières
Ballade du Roi des Gueux pour servir de Prologue au présent Livre.
PREMIÈRE PARTIE Gueux des Champs.
Chansons de Mendiants.
Berceuse.
Les Petiots.
Les Grands.
Le Vieux.
L’Enfant de Bohême.
Le Fou.
Ronde.
Marche de Pluie.
Ce que dit la Pluie.
Glaneurs.
Du Cidre il faut
Pauvre Aveugle.
Bon Jour Bon An.
Les Vrais Gueux.
Les Plantes. Les Choses. Les Bêtes.
La Flûte.
La Plainte du Bois.
Vieille Statue.
Le Merle à la Glu.
Épitaphe pour un Lièvre.
Les Vieux Papillons.
Le Bouc aux Enfants.
La Gloire des Insectes.
Tristesse des Bêtes.
Oiseaux de Passage.
L’Odyssée du Vagabond.
Nativité.
Premier Départ.
Premier Retour.
Idylle de Pauvres.
Idylle Sanglante.
Sonnet Bigorne.
Autre Sonnet Bigorne.
Ballade du Rôdeur des Champs.
Le Chemin Creux.
Grand-Père sans Enfants.
Le Mort Maudit.
Un Vieux Lapin.
DEUXIÈME PARTIE Gueux de Paris
A Raoul Ponchon.
Les Quatre Saisons.
Achetez mes Belles Violettes.
Du Mouron pour les P’tits Oiseaux.
Larme d’Arsouille.
Variations de Printemps sur l’Orgue de Barbarie.
La Pêche à la Ligne.
Les Terrains Vagues.
Le Marchand de Coco.
Pleine Eau.
Soleil Couchant.
Un Vieil Habit
Vendanges.
Variations d’Automne sur l’Orgue de Barbarie.
A mon Ami Sans-Nom,
Première Gelée.
Jour des Morts.
Ballade du Dégel
Ballade de Noël.
Noël Misérable.
La Petite qui Tousse.
Ballade pour les Pauvres Petits Pierrots.
La Neige est Drôle.
La Neige est Triste.
La Neige est Belle.
Au Pays de Largonji.
Les Mômes.
Eau-Forte.
Autre Eau-Forte.
Fils de Fille.
Voyou.
Un Coup d’Bleu.
Balochard.
Pas Frileux.
Poivrot.
Sans Domicile.
Ballade des Loupeurs.
Ballade du Rôdeur de Paris.
Les Triolets de Navet.
Dab.
Dos.
Doche.
La Marseillaise des Benoits.
Blanc ou Rouge.
Un Vénérable.
TROISIÈME PARTIE Nous autres Gueux.
Nos Gaîtés.
Nos Gaîtés.
Chanson des Cloches de Baptême.
Le Nez Violet.
Ivres Morts.
Frère, il faut vivre !
Sonnet Bigorne.
Ballade de Joyeuse Vie.
Maudissons Bourget !
Fleurs de boisson.
Prologue fantaisiste.
Nos Revanches.
Sonnet consolant
Nos Tristesses
Remède féroce.
Le vin triste.
Pâle et Blonde.
Mon verre est vidé.
Polichinelle.
Bout de spleen.
Épitaphe pour n’importe qui.
Mon petit toutou.
Sonnet ivre.
Cimetière intime.
Sonnet morne.
Nos Gloires.
A Maurice Bouchor.
Ballade Villon.
Ballade Ponchon.
A Adrien Juvigny
Sonnet Orgueilleux.
Noctambules.
ÉPILOGUE La Fin des Gueux. A André Gill.
Glossaire argotique.
Avertissement.
A Raoul Ponchon.
de l’Académie Française
La Chanson des
Gueux
ÉDITION INTÉGRALE
DÉCORÉE
DE252COMPOSITIONS ORIGINALES
DE
STEINLEN

EDITIONS D’ART
EDOUARD PELLETAN
125, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 125
PARIS
1910
Ballade du Roi des Gueux pour servir de Prologue au présent Livre.
Table des matières

Venez à moi, claquepatins,
Loqueteux, joueurs de musettes,
Clampins, loupeurs, voyous, catins,
Et marmousets, et marmousettes,
Tas de traîne-cul-les-housettes,
Race d’indépendants fougueux!
Je suis du pays dont vous êtes:
Le poète est le Roi des Gueux.
Vous que la bise des matins,
Que la pluie aux âpres sagettes,
Que les gendarmes, les mâtins,
Les coups, les fièvres, les disettes
Prennent toujours pour amusettes,
Vous dont l’habit mince et fongueux
Paraît fait de vieilles gazettes,
Le poète est le Roi des Gueux.
Vous que le chaud soleil a teints,
Hurlubiers dont les peaux bisettes
Ressemblent à l’or des gratins,
Gouges au front plein de frisettes,
Momignards nus sans chemisettes,
Vieux à l’oeil cave, au nez rugueux,
Au menton en casse-noisettes,
Le poète est le Roi des Gueux.
ENVOI
O Gueux, mes sujets, mes sujettes,
Je serai votre maître queux.
Tu vivras, monde qui végètes!
Le poète est le Roi des Gueux.

PREMIÈRE PARTIE Gueux des Champs.
Table des matières

Chansons de Mendiants.
Table des matières

Berceuse.
Table des matières
Dors, mon fieux, dors,
Bercé, berçant.
Fait froid dehors,
Ça glace l’ sang.
Mais gna d’ chez soi
Qu’ pour ceux qu’a d’ quoi.
Le vent pince et la neige mouille,
Berçant, bercé.
Dans un chez-soi on a d’ la houille
Ou du bois d’automn’ ramassé,
Berçant, bercé,
Bercé grenouille.
Dors, mon fieux, dors,
Bercé, berçant.
Fait froid dehors,
Ça glace l’ sang.
Mais gna d’ chez soi
Qu’ pour ceux qu’a d’ quoi.
Not’ maison à nous, c’est ma hotte,
Berçant, bercé.
Et l’ vieux jupon qui t’emmaillotte
Jusqu’à ta chair est traversé,
Berçant, bercé,
Bercé marmotte.
Dors, mon fieux, dors,
Bercé, berçant.
Fait froid dehors,
Ça glace l’ sang.
Mais gna d’ chez soi
Qu’ pour ceux qu’a d’ quoi.
Ton bedon est vide et gargouille,
Berçant, bercé.
C’est pas pour nous qu’est la pot-bouille
Ni le bon pichet renversé,
Berçant, bercé,
Bercé grenouille.
Dors, mon fieux, dors,
Bercé, berçant.
Fait froid dehors,
Ça glace l’ sang.
Mais gna d’ chez soi
Qu’ pour ceux qu’a d’ quoi.
J’aurions seul’ment un p’tit feu d’ mottes,
Berçant, bercé,
T’y chauff’rais petons et menottes
Et ton derrièr’ d’ang’ tout gercé,
Berçant, bercé,
Bercé marmotte.
Dors, mon fieux, dors,
Bercé, berçant.
Fait froid dehors,
Ça glace l’ sang.
Mais gna d’ chez soi
Qu’ pour ceux qu’a d’ quoi.

Les Petiots.
Table des matières
Ouvrez la porte
Aux petiots qui ont bien froid.
Les petiots claquent des dents.
Ohé! ils vous écoutent!
S’il fait chaud là-dedans,
Bonnes gens,
Il fait froid sur la route.
Ouvrez la porte
Aux petiots qui ont bien faim.
Les petiots claquent des dents.
Ohé! il faut qu’ils entrent!
Vous mangez là-dedans,
Bonnes gens;
Eux n’ont rien dans le ventre.
Ouvrez la porte
Aux petiots qui ont sommeil.
Les petiots claquent des dents.
Ohé! leur faut la grange!
Vous dormez là-dedans,
Bonnes gens;
Eux, les yeux leur démangent.
Ouvrez la porte
Aux petiots qu’ont un briquet.
Les petiots grincent des dents.
Ohé! les durs d’oreille!
Nous verrons là-dedans,
Bonnes gens,
Si le feu vous réveille.


Les Grands.
Table des matières
Dans le ciel clair, à tire-d’aile,
Les hirondelles
De l’autre année
Reviennent à leurs cheminées.
Et nous, nous revenons aussi,
Et nous voici
Par les chemins,
Les va-nu-pieds tendant la main.
Après le pain et la piquette
Toujours en quête,
Nous ons la gorge
Plus rouge qu’un brûlant de forge.
Donnez du pain, donnez des sous!
Car nous sons saoûls
D’aller à pied
Sans avoir rien dans le gésier.
Du pain de son! Des sous de cuivre!
C’est pour nous vivre.
Mais va-t’-fair’ fiche!
On nous prend pour des merlifiches.
Des sous! Des sous! Ou nous volons
Les beaux p’tiots blonds,
Les beaux amours,
Qu’on les vend cher aux faiseux d’tours.


Le Vieux.
Table des matières
Mes braves bons messieurs et dames,
Par Sainte-Marie-Notre-Dame,
Voyez le pauvre vieux stropiat.
Pater noster! Ave Maria!
Ayez pitié!
Mes braves bons messieurs et dames,
La charité des bonnes âmes!
Un p’tit sou, et Dieu vous l’ rendra.
Pater noster! Ave Maria!
Ayez pitié!
Mes braves bons messieurs et dames,
Chez ceux qui ne voient pas les larmes,
Quand Dieu le veut, grêle il y a.
Pater noster! Ave Maria!
Ayez pitié!
Mes braves bons messieurs et dames,
La vache qui vêle, ou la femme,
Si je le dis, son fruit mourra.
Pater noster! Ave Maria!
Ayez pitié!
Mes braves bons messieurs et dames,
Au jeteu d’ sorts, au preneu d’âmes,
Donnez un p’tit sou, qui qu’en a.
Pater noster! Ave Maria!
Ayez pitié!


L’Enfant de Bohême.
Table des matières
L’épine est en fleurs; à l’épine blanche,
En me promenant, j’ai pris une branche.
J’avais emporté mon petit couteau,
Oh! Oh!
Avec mon couteau
J’ai coupé la branche
Bien haut.
Je vais dans le ru pêcher à la ligne.
Beaux poissons d’argent, je vous ferai signe.
Voyez au soleil briller mon couteau,
Oh! Oh!
Avec mon couteau
Je vous ferai signe
Dans l’eau.
Quand je serai grand, pour gagner des sommes,
J’en ferai ma lance et tûrai les hommes.
Pour fer elle aura le fer du couteau,
Oh! Oh!
Avec mon couteau
Je troûrai aux hommes
La peau.
Quand je serai vieux et la barbe blanche,
Pour béquille alors je prendrai ma branche.
Pour manche elle aura le bois du couteau,
Oh! Oh!
Avec mon couteau
Finira ma branche.
Hé ho!


Le Fou.
Table des matières
Ah! qui donc m’achètera
Mon joli piège,
Mon joli piège?
Ah! qui donc m’achètera
Mon joli piège à rat?
Je suis un fieux né en Flandre,
Je ne sais où.
On m’a trouvé dans la cendre
Comme un grillou.
Ma naissance fit esclandre,
Car j’étais fou.
Ah! qui donc m’achètera
Mon joli piège,
Mon joli piège?
Ah! qui donc m’achètera
Mon joli piège à rat?
Fou, fou, en venant au monde,
Le roi des fous!
Ma mère n’étant pas blonde,
Moi je fus roux.
Et l’on me dit à la ronde:
D’où venez-vous?
Ah! qui donc m’achètera
Mon joli piège,
Mon joli piège?
Ah! qui donc m’achètera
Mon joli piège à rat?
D’où je viens, moi petit homme?
Je n’en sais rien.
Là-bas, plus haut que la Somme,
On n’est pas bien,
Car le ciel y est froid comme
Le nez d’un chien.
Ah! qui donc m’achètera
Mon joli piège,
Mon joli piège?
Ah! qui donc m’achètera
Mon joli piège à rat?
Je viens d’un lieu où l’on entre
Et d’où l’on sort.
C’est au plus creux de cet antre
Qu’est notre sort.
Quand ma mère ouvrit son ventre,
Je pris l’essor.
Ah! qui donc m’achètera
Mon joli piège,
Mon joli piège?
Ah! qui donc m’achètera
Mon joli piège à rat?
Je pris l’essor, et mes ailes
Dans le ciel bleu
Ont fondu comme chandelles
Qu’on jette au feu.
Aussi, nulle entre les belles
Ne m’aime un peu.
Ah! qui donc m’achètera
Mon joli piège,
Mon joli piège?
Ah! qui donc m’achètera
Mon joli piège à rat?
Mais à l’amant qui assiège,
En soupirant,
Leur cœur, plus léger qu’un liège
Sur un torrent,
Je vends pour deux liards un piège,
Crac! qui les prend.
Ah! qui donc m’achètera
Mon joli piège,
Mon joli piège?
Ah! qui donc m’achètera
Mon joli piège à rat?
Mon piège est un sac en serge
Noir comme un trou,
Où chante un papillon vierge
Piqué d’un clou,
Et où flambe comme un cierge
Le cœur d’un fou.
Ah! qui donc m’achètera
Mon joli piège,
Mon joli piège?
Ah! qui donc m’achètera
Mon joli piège à rat?


Ronde.
Table des matières
Où est le prunier joli?
Cherchez-le et cherchez-l’y,
Lanturli,
Le prunier que nul n’émonde,
Le prunier pour tout le monde,
Cherchez çà et cherchez ci,
C’est ainsi,
Pour les pauvres gueux aussi.
Dans ton jardin bien rempli,
Cherchez-le et cherchez-l’y,
Lanturli,
Il n’est pas, monsieur le riche,
Qui pour tous te montres chiche,
Cherchez çà et cherchez ci,
C’est ainsi,
Pour les pauvres gueux aussi.
Il est dans le bois joli,
Cherchez-le et cherchez-l’y,
Lanturli.
C’est le beau prunier sauvage.
Il est à qui le ravage.
Cherchez çà et cherchez ci,
C’est ainsi,
Pour les pauvres gueux aussi.


Marche de Pluie.
Table des matières
Il tomb’ dè l’eau, plic, ploc, plac,
Il tomb’ dè l’eau plein mon sac.
Il pleut, ça mouille,
Et pas du vin!
Quel temps divin
Pour la guernouille!
Il tomb’ dè l’eau, plic, ploc, plac,
Il tomb’ dè l’eau plein mon sac.
Cochon, patauge!
Mais le cochon
Trouve du son
Au fond de l’auge.
Il tomb’ dè l’eau, plic, ploc, plac,
Il tomb’ dè l’eau plein mon sac.
Le cochon bouffe;
Toi, vieux clampin,
C’est pas le pain,
Vrai, qui t’étouffe.
Il tomb’ dè l’eau, plic, ploc, plac,
Il tomb’ dè l’eau plein mon sac.
Bah! sur la route
Allons plus loin.
Cherche un bon coin,
Truche une croûte.
Il tomb’ dè l’eau, plic, ploc, plac,
Il tomb’ dè l’eau plein mon sac.
Après la pluie
Viendra le vent.
En arrivant
Il vous essuie.
Il tomb’ dè l’eau, plic, ploc, plac,
Il tomb’ dè l’eau plein mon sac!

Ce que dit la Pluie.
Table des matières
M’a dit la pluie: Écoute
Ce que chante ma goutte,
Ma goutte au chant perlé.
Et la goutte qui chante
M’a dit ce chant perlé:
Je ne suis pas méchante,
Je fais mûrir le blé.
Ne sois pas triste mine!
J’en veux à la famine.
Si tu tiens à ta chair,
Bénis l’eau qui t’ennuie
Et qui glace ta chair;
Car c’est grâce à la pluie
Que le pain n’est pas cher.
Le ciel toujours superbe
Serait la soif à l’herbe
Et la mort aux épis.
Quand la moisson est rare
Et le blé sans épis,
Le paysan avare
Te dit: Crève, eh! tant pis!
Mais quand avril se brouille,
Que son ciel est de rouille,
Et qu’il pleut comme il faut,
Le paysan bonasse
Dit à sa femme: il faut
Lui remplir sa besace,
Lui remplir jusqu’en haut.
M’a dit la pluie: Écoute
Ce que chante ma goutte,
Ma goutte au chant perlé.
Et la goutte qui chante
M’a dit ce chant perlé:
Je ne suis pas méchante,
Je fais mûrir le blé.

Glaneurs.
Table des matières
Les blés coupés sont en buriots.
Eh! hue! oh! dia! les chariots
Prendront d’main la part la meilleure.
C’est l’ tour des glaneurs
A c’t’ heure,
C’est l’ tour des glaneurs.
Hardi! la mère et les morveux,
Battons l’ chaum’ qu’est dru comm’ nos ch’veux,
Et qu’ pas un seul épi n’y d’meure.
C’est l’ tour des glaneurs
A c’t’ heure,
C’est l’ tour des glaneurs.
L’année est bonn’, les grains sont gros.
Fourrez-moi-z-en un sous vos crocs.
C’est-il plein, dur, et comm’ ça fleure!
C’est l’ tour des glaneurs
A c’t’ heure,
C’est l’ tour des glaneurs.
Il en reste au ras du sillon
D’ quoi remplir plus d’un corbillon,
Assez pour empêcher qu’on n’ meure.
C’est l’ tour des glaneurs
A c’t’ heure,
C’est l’ tour des glaneurs.
Si j’en pouvions vend’ pour queuq’ sous,
J’irions boire à la branch’ de houx
Un pichet d’vin qui sent la meure.
C’est l’ tour des glaneurs
A c’t’ heure,
C’est l’ tour des glaneurs.
En passant auprès des buriots,
Volez un peu les proprios.
Faut du pain à ceux qu’a pas d’beurre.
C’est l’ tour des glaneurs
A c’t’ heure,
C’est l’ tour des glaneurs.

Du Cidre il faut
Table des matières
Au cidre! au cidre! il fait chaud.
J’ons l’ feu dans la boule.
Au cidre! au cidre! il fait chaud.
Faut que l’ cidre coule.
Du cidre il faut
Dans la goule.
Du cidre il faut
Dans l’ goulot.
Au cidre! au cidre! il fait chaud.
Verse dru, la mère.
Au cidre! au cidre! il fait chaud.
J’ons ein’ rou’ d’ derrière.
Du cidre il faut
A grand verre.
Du cidre il faut
A grand pot.
Au cidre! au cidre! il fait chaud.
Qué qu’on a qu’on jase?
Au cidre! au cidre! il fait chaud.
C’est d’l’argent d’occase.
Du cidre il faut
Jusqu’au rase.
Du cidre il faut
Jusqu’en haut.
Au cidre! au cidre! il fait chaud.
J’ons ben l’ droit d’êt’ riche.
Au cidre! au cidre! il fait chaud.
J’ pai’: qué qu’ ça vous fiche?
Du cidre il faut
Pou’ l’ vieux Miche.
Du cidre il faut
Pour Michaud
Au cidre! au cidre! il fait chaud.
Vous avez beau dire.
Au cidre! au cidre! il fait chaud.
J’m’emplis la tir’lire.
Du cidre il faut,
Tire, tire,
Du cidre il faut,
Larigot.
Au cidre! au cidre! il fait chaud.
J’ons soif comm’ ein’ rave.
Au cidre! au cidre! il fait chaud.
Va encore à l’cave!
Du cidre il faut
Plein la gave,
Du cidre il faut
Plein l’gaviot.
Au cidre! au cidre! il fait chaud.
Tant mieux si je m’soûle.
Au cidre! au cidre! il fait chaud.
J’sons plus rond qu’ein’ boule.
Du cidre il faut
Dans la goule.
Du cidre il faut
Dans l’goulot.

Pauvre Aveugle.
Table des matières
J’suis ben vieux, j’ai p’us d’z yeux.
Si jmourais, ça vaudrait mieux.
Si jmourais, j’s’rais content
Un p’tit sou en attendant!
Quoi qu’ça f’rait, c’qu’on m’donn’rait?
Ça n’pourrait m’donner qu’du r’gret.
J’ai p’us b’soin, et c’pendant
Un p’tit sou en attendant!
Du pain sec, rien avec,
Ça n’pass’ p’us dans mon pauvr’ bec.
C’est trop dur. J’ai qu’ein’ dent.
Un p’tit sou en attendant!
J’vas mouri, que j’vous dis.
J’vas monter en paradis.
J’vas mouri dans l’instant.
Un p’tit sou en attendant!


Bon Jour Bon An.
Table des matières
Bon jour bon an, les bonn’s gens,
Que l’bon Dieu vous console!
Bon jour bon an, les bonn’s gens,
V’là les mangeux d’fav’rolle.
V’là les mendigots, les indigents.
Bon jour bon an, les bonn’s gens,
Que l’bon Dieu vous console!
Bon jour bon an, les bonn’s gens,
V’là les mangeux d’fav’rolle.
Bon jour bon an, les bonn’s gens,
J’allons pas en carriole.
V’là les mendigots, les indigents.
Bon jour bon an, les bonn’s gens,
V’là les mangeux d’fav’rolle.
Bon jour bon an, les bonn’s gens,
J’allons pas en carriole.
Bon jour bon an, les bonn’s gens,
J’ons d’la chance d’traviole.
V’là les mendigots, les indigents.
Bon jour bon an, les bonn’s gens.
J’allons pas en carriole.
Bon jour bon an, les bonn’s gens,
J’ons d’la chance d’traviole.
Bon jour bon an, les bonn’s gens,
Faut-il un air de viole?
V’là les mendigots, les indigents.
Bon jour bon an, les bonn’s gens,
J’ons d’la chance d’traviole.
Bon jour bon an, les bonn’s gens,
Faut-il un air de viole?
Bon jour bon an, les bonn’s gens,
Que l’diab’ vous patafiole!
V’là les mendigots, les indigents.
Bon jour bon an, les bonn’s gens,
Faut-il un air de viole?
Bon jour bon an, les bonn’s gens,
Que l’diab’ vous patafiole!
Bon jour bon an, les bonn’s gens,
Quand on n’me donn’ pas, j’vole.
V’là les mendigots, les indigents.
Bon jour bon an, les bonn’s gens,
Que l’diab’ vous patafiole!


Les Vrais Gueux.
Table des matières
Qui qu’est gueux?
C’est-il nous
Ou ben ceux
Qu’a des sous?
Pour les avoir, quell’ misère!
Ah! les pauv’s gens, que j’les plains!
Souvent c’est nous que j’sons pleins
Et c’est eux qu’leu vent’ se serre.
Qui qu’est gueux?
C’est-il nous
Ou ben ceux
Qu’a des sous?
Quel travail à grand orchestre!
C’est pas fait pour les envier.
Ça va d’puis l’premier d’janvier
Jusqu’au soir de Saint-Sylvestre.
Qui qu’est gueux?
C’est-il nous
Ou ben ceux
Qu’a des sous?
V’là la charrue et la herse.
La glèbe est dure à r’tourner.
On gagn’ rud’ment son dîner
A fair’ ce cochon d’commerce.
Qui qu’est gueux?
C’est-il nous
Ou ben ceux
Qu’a des sous?
Puis vient l’dur moment des s’mailles;
Et l’bon grain qu’on jette au vent
Ne s’rait pas d’trop l’p’us souvent
Pour la mère et les marmailles.
Qui qu’est gueux?
C’est-il nous
Ou ben ceux
Qu’a des sous?
Si l’ beau temps est en déroute,
S’il pleut fort ou s’il n’ pleut pas,
L’ blé reste enterré là-bas
Et n’ rend pas l’ quart de c’ qu’il coûte.
Qui qu’est gueux?
C’est-il nous
Ou ben ceux
Qu’a des sous?
Puis c’est la moisson qu’arrive.
On n’ dort p’us qu’ein’ heur’ par nuit.
Et c’tapendant l’ bon temps fuit,
L’ bon temps fuit p’us vit’ qu’ein’ grive.
Qui qu’est gueux?
C’est-il nous
Ou ben ceux
Qu’a des sous?
On espère un peu d’ clémence,
On va rire, on a du gain.
J’ t’en fich’! V’là d’jà l’an prochain!
Pas d’ repos: faut qu’on r’commence.
Qui qu’est gueux?
C’est-il nous
Ou ben ceux
Qu’a des sous?
C’est pas comm’ ça pour nous autres.
Les champs noyés ou roussis,
J’ m’en moquons; j’ons pas d’ soucis,
Car j’ons pas d’ foins ni d’épeautres.
Qui qu’est gueux?
C’est-il nous
Ou ben ceux
Qu’a des sous?
Puis j’ons pas l’échin’ bossue
A forç’ d’ nous plier en deux,
Et c’est vraiment hasardeux
Quand y en a-z-un d’ nous qui sue.
Qui qu’est gueux?
C’est-il nous
Ou ben ceux
Qu’a des sous?
Allez, allez, la canaille,
Trimez dur, ferme, et longtemps!
A vous r’luquer j’ sons contents.
C’est pour nous qu’ tout ça travaille.
Qui qu’est gueux?
C’est-il nous
Ou ben ceux
Qu’a des sous?
Allez, allez, dans la terre
J’tez vot’ blé! Mais quel guignon!
Faudra m’ couper mon quignon
Dans vot’ pain d’ propriétaire.
Qui qu’est gueux?
C’est-il nous
Ou ben ceux
Qu’a des sous?
Allez, allez, fait’s vot’ meule!
Moi, c’t hiver j’y f’rai mon pieu,
Et p’t’-êt’ que j’y foutrai l’ feu
En allumant mon brûl’-gueule.
Qui qu’est gueux?
C’est pas nous.
C’est ben ceux
Qu’a des sous.

Les Plantes. Les Choses. Les Bêtes.
Table des matières

La Flûte.
Table des matières
Je n’étais qu’une plante inutile, un roseau.
Aussi je végétais, si frêle, qu’un oiseau
En se posant sur moi pouvait briser ma vie.
Maintenant je suis flûte et l’on me porte envie.
Car un vieux vagabond, voyant que je pleurais,
Un matin en passant m’arracha du marais,
De mon cœur qu’il vida fit un tuyau sonore,
Le mit sécher un an, puis, le perçant encore,
Il y fixa la gamme avec huit trous égaux;
Et depuis, quand sa lèvre aux souffles musicaux
Éveille les chansons au creux de mon silence,
Je tressaille, je vibre, et la note s’élance;
Le chapelet des sons va s’égrenant dans l’air;
On dirait le babil d’une source au flot clair;
Et dans ce flot chantant qu’un vague écho répète
Je sais noyer le cœur de l’homme et de la bête.


La Plainte du Bois.
Table des matières
Dans l’âtre flamboyant le feu siffle et détone,
Et le vieux bois gémit d’une voix monotone.
Il dit qu’il était né pour vivre dans l’air pur,
Pour se nourrir de terre et s’abreuver d’azur,
Pour grandir lentement et pousser chaque année
Plus haut, toujours plus haut, sa tête couronnée,
Pour parfumer avril de ses grappes de fleurs,
Pour abriter les nids et les oiseaux siffleurs,
Pour jeter dans le vent mille chansons joyeuses,
Pour vêtir tour à tour ses robes merveilleuses,
Son manteau de printemps de fins bourgeons couvert,
Et la pourpre en automne, et l’hermine en hiver.
Il dit que l’homme est dur, avare et sans entrailles,
D’avoir à coups de hache et par d’âpres entailles
Tué l’arbre; car l’arbre est un être vivant.
Il dit comme il fut bon pour l’homme bien souvent,
Qu’à nos jeunes amours et nos baisers sans nombre
Il a prêté l’alcôve obscure de son ombre,
Qu’il nous couvrait le jour de ses frais parasols
Et nous berçait la nuit aux chants des rossignols,
Et qu’ingrats, oubliant notre amour, notre enfance,
Nous coupons sans pitié le géant sans défense.
Et dans l’âtre en brasier le bois geint et se tord.
O bois, tu n’es pas sage et tu te plains à tort.
Nos mains en te coupant ne sont pas assassines.
Enchaîné, subissant l’entrave des racines,
Tu végétais au même endroit, sans mouvement.
Et conjoint à la terre inséparablement.
Toi qui veux être libre et qui proclames l’arbre
Vivant, tu demeurais planté là comme un marbre,
Captif en ton écorce ainsi qu’en un réseau,
Et tu ne devinais l’essor que par l’oiseau.
Nous t’avons délivré du sol où tu te rives,
Et te voilà flottant sur l’eau, voyant des rives
Avec leurs bateliers, leurs maisons, leurs chevaux.
O les cieux différents! les horizons nouveaux!
Que de biens inconnus tu vas enfin connaître!
Quel souffle d’aventure étrange te pénètre!
Mais tout cela n’est rien. Car tu rampes encor.
Qu’on le fende et le brûle, et qu’il prenne l’essor!
Et le feu furieux te dévore la fibre.
Ah! tu vis maintenant, tu vis, te voilà libre!
Plus haut que les parfums printaniers de tes fleurs,
Plus haut que les chansons de tes oiseaux siffleurs,
Plus haut que tes soupirs, plus haut que mes paroles,
Dans la nue et l’espace infini tu t’envoles!
Vers ces roses vapeurs où le soleil du soir
S’éteint comme une braise au fond d’un encensoir,
Vers ce firmament bleu dont la gloire allumée
Absorbe avec amour ton âme de fumée,
Vers ce mystérieux et sublime lointain
Où viendra s’éveiller demain le frais matin,
Où luiront cette nuit les splendeurs sidérales,
Monte, monte toujours, déroule tes spirales,
Monte, évanouis-toi, fuis, disparais! Voici
Que ton dernier flocon flotte seul, aminci,
Et se fond, se dissout, s’en va. Tu perds ton être;
Aucun œil à présent ne peut te reconnaître;
Et toi qui regrettais le grand ciel et l’air pur,
O vieux bois, tu deviens un morceau de l’azur.


Vieille Statue.
Table des matières
Oubliée en un coin du parc, seule, abattue,
Sous le lierre qui ronge une vieille statue
Gisait. Pauvre statue! Elle me fit pitié.
Je suis de ces rêveurs qui dans leur amitié
Donnent aussi sa part à l’inerte matière
Et partagent leur cœur à la nature entière.
Je relevai le mort, et pour qu’il fut content,
Pour qu’il eût le bonheur de revivre un instant
Comme si nous étions aux époques anciennes
Où parmi les chansons il avait eu les siennes,
Je fis semblant de croire à sa divinité,
Et je lui dis ces vers où son los est chanté:
O Pan, gardien sacré de cette grotte obscure
D’où sort le ruisseau clair qui sous tes pieds murmure,
Toi qu’un lierre, en festons à l’entour de ton flanc,
De son feuillage noir fait paraître plus blanc,
Toi qui ris d’un air bon dans ta barbe de pierre,
Et regardes, clignant un œil sous ta paupière,
Si quelque blonde enfant vient par le bois profond,
Portant de ses bras nus une urne sur son front,
O Pan, je poserai mes lèvres arrondies
Sur la flûte dorée aux douces mélodies
Et je te chanterai ma plus belle chanson,
Et, comme à Jupiter le divin échanson
Verse le saint nectar qui parfume les lèvres,
Je verserai pour toi le lait pur de mes chèvres,
Et mon bouc t’offrira, sous le couteau sacré,
De sa gorge velue un flot de sang pourpré,
Si tu veux bien remplir à la saison nouvelle
De mon troupeau bêlant la traînante mamelle,
Si tu fais que mon mâle aux amoureux travaux
Donne à chaque femelle un couple de chevreaux,
O Pan, dieu des bergers, dieu revêtu de lierre,
Toi qui ris d’un air bon dans ta barbe de pierre.


Le Merle à la Glu.
Table des matières
Merle, merle, joyeux merle,
Ton bec jaune est une fleur,
Ton œil noir est une perle,
Merle, merle, oiseau siffieur.
Hier tu vins dans ce chêne,
Parce qu’hier il a plu.
Reste, reste dans la plaine.
Pluie ou vent vaut mieux que glu.
Hier vint dans le bocage
Le petit vaurien d’Éloi
Qui voudrait te mettre en cage.
Prends garde, prends garde à toi!
Il va t’attraper peut-être.
Iras-tu dans sa maison,
Prisonnier à sa fenêtre,
Chanter pour lui ta chanson?
Mais tandis que je m’indigne,
O merle, merle goulu,
Tu mords à ses grains de vigne,
Ses grains de vigne à la glu.
Voici que ton aile est prise,
Voici le petit Eloi!
Siffle, siffle ta bêtise,
Dans ta prison siffle-toi!
Adieu, merle, joyeux merle,
Dont le bec jaune est en fleur,
Dont l’oeil noir est une perle,
Merle, merle, oiseau siffileur.


Épitaphe pour un Lièvre.
Table des matières
Au temps où les buissons flambent de fleurs vermeilles,
Quand déjà le bout noir de mes longues oreilles
Se voyait par-dessus les seigles encor verts
Dont je broutais les brins en jouant au travers,
Un jour que, fatigué, je dormais dans mon gîte,
La petite Margot me surprit. Je m’agite,
Je veux fuir. Mais j’étais si faible, si craintif!
Elle me tint dans ses deux bras: je fus captif.
Certe elle m’aimait bien, la gentille maîtresse.
Quelle bonté pour moi, que de soins, de tendresse!
Comme elle me prenait sur ses petits genoux
Et me baisait! Combien ses baisers m’étaient doux!
Je me rappelle encor la mignonne cachette
Qu’elle m’avait bâtie auprès de sa couchette,
Pleine d’herbes, de fleurs, de soleil, de printemps,
Pour me faire oublier les champs, les libres champs.
Mais quoi! l’herbe coupée, est-ce donc l’herbe fraîche?
Mieux vaut l’épine au bois que les fleurs dans la crèche;
Mieux vaut l’indépendance et l’incessant péril
Que l’esclavage avec un éternel avril.
Le vague souvenir de ma première vie
M’obsédant, je sentais je ne sais quelle envie;
J’étais triste; et, malgré Margot et sa bonté,
Je suis mort dans ses bras, faute de liberté.


Les Vieux Papillons.
Table des matières
Un mois s’ensauve, un autre arrive.
Le temps court comme un lévrier.
Déjà le roux genévrier
A grisé la première grive.
Bon soleil, laissez-vous prier,
Faites l’aumône!
Donnez pour un sou de rayons.
Faites l’aumône
A deux pauvres vieux papillons.
La poudre d’or qui nous décore
N’a pas perdu toutes couleurs,
Et malgré l’averse et ses pleurs
Nous aimerions à faire encore
Un petit tour parmi les fleurs.
Faites l’aumône!
Donnez pour un sou de rayons.
Faites l’aumône
A deux pauvres vieux papillons.
Qu’un bout de soleil aiguillonne
Et chauffe notre corps tremblant,
On verra le papillon blanc
Baiser sa blanche papillonne,
Papillonner papillolant.
Faites l’aumône!
Donnez pour un sou de rayons.
Faites l’aumône
A deux pauvres vieux papillons.
Mais, hélas! les vents ironiques
Emportent notre aile en lambeaux.
Ah! du moins, loin des escarbots,
O violettes véroniques,
Servez à nos cœurs de tombeaux.
Faites l’aumône!
Gardez-nous des vers, des grillons.
Faites l’aumône
A deux pauvres vieux papillons.

Le Bouc aux Enfants.
Table des matières
Sous bois, dans le pré vert dont il a brouté l’herbe,
Un grand bouc est couché, pacifique et superbe.
De ses cornes en pointe, aux nœuds superposés,
La base est forte et large et les bouts sont usés;
Car le combat jadis était son habitude.
Le poil, soyeux à l’œil, mais au toucher plus rude,
Noir tout le long du dos, blanc au ventre, à flots gris
Couvre sans les cacher les deux flancs amaigris.
Et les genoux calleux et la jambe tortue,
La croupe en pente abrupte et l’échiné pointue,
La barbe raide et blanche et les grands cils des yeux,
Et le nez long, font voir que ce bouc est très vieux.
Aussi, connaissant bien que la vieillesse est douce,
Deux petits mendiants s’approchent, sur la mousse,
Du dormeur qui, l’oeil clos, semble ne pas les voir.
Des cornes doucement ils touchent le bout noir.
Puis, bientôt enhardis et certains qu’il sommeille,
Ils lui tirent la barbe en riant. Lui, s’éveille,
Se dresse lentement sur ses jarrets noueux,
Et les regarde rire, et rit presque avec eux.
De feuilles et de fleurs ornant sa tête blanche,
Ils lui mettent un mors taillé dans une branche,
Et chassent devant eux à grands coups de rameau
Le vénérable chef des chèvres du hameau.
Avec les sarments verts d’une vigne sauvage
Ils ajustent au mors des rênes de feuillage.
Puis, non contents, malgré les pointes de ses os,
Ils montent tous les deux à cheval sur son dos,
Et se tiennent aux poils, et de leurs jambes nues
Font sonner les talons sur ses côtes velues.
On entend dans le bois, de plus en plus lointains,
Les voix, les cris peureux, les rires argentins;
Et l’on voit, quand ils vont passer sous une branche,
Vers la tête du bouc leur tête qui se penche,
Tandis que, sous leurs coups et sans presser son pas,
Lui va tout doucement pour qu’ils ne tombent pas.


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