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Ishak Balthazar Orobio de Castro
Israël vengé
Exposition naturelle des prophéties hébraïques que les chrétiens appliquent à Jésus, leur prétendu Messie

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066335670
Table des matières
PRÉFACE.
CHAPITRE I er .
CHAPITRE II.
CHAPITRE III.
CHAPITRE IV.
CHAPITRE V.
CHAPITRE VI.
CHAPITRE VII.
VERSET PREMIER.
VERSETS II ET III.
VERSETS IV ET V.
VERSET VI.
VERSET III.
VERSET IV.
VERSET V.
VERSET VI.
VERSET VIII.
VERSET IX.
VERSET X.
VERSET XI.
VERSET XII.
DISSERTATION SUR LE MESSIE.
CHAPITRE 1 er .
CHAPITRE II.
CHAPITRE III.
CHAPITRE IV.
CHAPITRE V.
CHAPITRE VI.
CHAPITRE VII.
CHAPITRE VIII.
PRÉFACE.
Table des matières
Les Chrétiens ont établi l’Histoire évangélique sur le cinquante-troisième chapitre du prophète Isaïe. Ils sont persuadés que la vie, la mort, et la passion de Jésus-Christ, qu’ils révèrent comme le véritable Messie, et qu’ils adorent comme leur sauveur et leur Dieu, y sont dépeintes si parfaitement, qu’à moins d’un entêtement et d’une opiniâtreté invincibles, les Juifs ne peuvent se dispenser de suivre le même sentiment. L’Eglise nomme ce chapitre Passional et veut qu’il serve de base fondamentale à la religion chrétienne. Tous les docteurs de cette religion assurent que le prophète Isaïe, rempli d’un esprit divin, a prédit dans ce chapitre tout ce que Jésus-Christ a souffert pour expier les péchés du genre humain, tout ce qui est contenu dans l’Évangile, et que la rédemption que Dieu avait promise, plusieurs siècles avant la venue du Messie, au peuple d’Israël par l’organe de ses Prophètes, y est évidemment annoncée; ils prétendent que ce peuple obstiné, réduit à la fin à embrasser la foi chrétienne, avouera qu’il a fait injustement mourir son sauveur, son rédempteur et son véritable Messie, qu’il admirera la glorieuse fin d’un Dieu qu’il a ignominieusement réduit au supplice et qu’il a traité comme criminel de lèse-Majesté divine; et qu’après toute la répugnance qu’il a montrée pendant tant de siècles à vouloir adopter cette vérité, il ouvrira les yeux et voudra bien la reconnaître.
Il faut examiner avec attention si le raisonnement de tant de docteurs est solide, s’ils prouvent bien ce qu’ils avancent, et si leur doctrine n’est point abusive.
L’apôtre saint Paul écrit une lettre aux Hébreux pour tâcher de les convertir, il y cite une infinité de passages de l’Ecriture bien moins propres à persuader cette nation, et plus obscurs que ce chapitre que tous les Chrétiens trouvent si clair, et saint Paul n’en fait aucune mention. Il est constant que cet apôtre le savait, puisque, de l’aveu de tous les Chrétiens, il était l’homme le plus versé dans l’Écriture-Sainte. Serait-il naturel de penser qu’il n’eût pas fait connaître aux Hébreux la vérité de sa religion en leur expliquant ce chapitre sans leur alléguer d’autres raisons qui, bien loin de les convaincre, les affermissaient dans l’observation de la Loi pure et éternelle que Moïse avait reçue de la bouche du Seigneur sur la montagne de Sinaï. Une faute si grossière, une omission si nuisible, aurait détruit toute la bonne opinion que les Chrétiens ont des grandes lumières de saint Paul; et bien loin de révérer ses écrits autant que l’on fait, l’Église en aurait supprimé une lettre qui découvre si bien son ignorance, et qui laisse à la postérité une preuve infaillible de la mauvaise interprétation que l’on donne aux paroles du Prophète, comme je le prouverai évidemment dans la suite de cet ouvrage.
CHAPITRE Ier.
Table des matières
Où l’on montre la différence qu’il y a entre les livres de ta
Loi et les Ecrits prophétiques.
Plusieurs Israélites croient que pour être plus affermis dans la Religion, ils doivent comprendre, les passages des Prophéties dont les Chrétiens se servent pour prouver la vérité de leur doctrine et pour détruire celle des Juifs. Faisons-leur voir, avant que d’expliquer le cinquante-troisième chapitre d’Isaïe, qui est la base fondamentale du Christianisme, faisons-leur voir, dis-je, que la connaissance du vrai Dieu, la vérité de la loi divine est l’éternité de sa durée ne dépendent en aucune manière des révélations prophétiques, et que quand il n’y en aurait jamais eu, le Pentateuque aurait suffisamment instruit le peuple d’Israël de la divinité de son Créateur, autant du moins que l’esprit humain le peut comprendre; ce livre l’aurait suffisamment instruit par la bonté que Dieu avait eue de le révéler à son serviteur Moïse, pour en faire part à son peuple choisi. Ce ministre de la parole de Dieu s’est acquitté avec une parfaite exactitude de cette glorieuse mission, et tout ce peuple n’a rien ignoré de ce qu’il fallait savoir pour connaître l’unité de Dieu, pour adorer cet être infini, indépendant, éternel, infaillible, tout puissant et créateur de tout ce qu’il y a de visible et d’invisible. Cette loi si sainte est aussi parfaite que la source d’où elle est sortie: cette volonté de Dieu si clairement énoncée dans le Pentateuque, les commandemens aussi absolus qu’irrévocables prononcés avec tant d’énergie et de bonté sur la montagne de Sinaï et réitérés sans la moindre altération sur celle d’Horeb, sont les règles qu’Israël doit suivre à perpétuité entre toutes les nations de l’univers pour mériter les effets des promesses de ce divin législateur. Tout ce que les Prophètes nous ont révélé depuis, n’est que pour nous confirmer dans l’observation de ces saintes lois, pour avertir ceux qui pourraient s’en écarter de la punition d’un si grand crime, et pour d’autres fins également convenables à la gloire de Dieu. Personne n’oserait présumer que les Prophètes aient rien dit pour donner au peuple d’Israël une connaissance du vrai Dieu: on ne trouve rien dans leurs Écrits qui nous fasse voir qu’ils doutaient de l’éternité de sa loi, ni qu’ils crussent qu’elle fût sujette à aucun changement, à aucune augmentation ou diminution. La toute-puissance du Seigneur produit à l’instant qu’elle agit et sans s’essayer, des ouvrages absolument parfaits. Malheur à celui qui n’en a pas cette opinion: en effet, l’on ne saurait croire sans crime que Dieu ait laissé dans le monde, pendant tant de siècles, une loi qu’il voulait changer ou corriger dans la suite. Qu’est-ce qu’il a ordonné en la donnant à nos Pères? De la suivre à jamais avec la même pureté que son serviteur Moïse leur prescrivait; il a défendu à leurs enfans de croire à des Dieux que leurs pères n’avaient pas connus. Cette seule qualité suffisant pour éloigner tout vrai fidèle de leur culte, le peuple choisi ne saurait se méprendre dans la connaissance du vrai Dieu. Il suffit qu’il adore celui que ses Pères ont connu, c’est le seul ordre qu’il doit suivre. Pourquoi vouloir persuader aux enfans d’Israël que c’est par un mystère incompréhensible que trois Dieux ne font qu’un, que la Divinité que les Chrétiens adorent est une dans un sens et multiple dans un autre; que, quoique ce soit une seule et même essence, ce sont trois personnes, etc.? Outre que la raison répugne à cette unité et à cette pluralité de substance dans une seule personne, les enfans d’Israël sont invinciblement attachés à cet irrévocable commandement de Dieu qui leur défend d’en connaître d’autre que celui que leurs pères ont connu. On a beau leur dire que sa puissance infinie a révélé cette doctrine et cette pluralité sous des nuages obscurs, ils ne doivent connaître la divinité de leur Créateur que par la clarté lumineuse de la montagne de Sinaï, où il a voulu les instruire de sa loi et de la manière dont ils la devaient suivre. C’est en vain que les Chrétiens prétendent trouver dans les Prophéties des obscurités qu’ils éclaircissent à leur manière pour détruire l’unité de Dieu et l’observation de sa loi: l’une et l’autre ne dépendent en aucune manière de ce que les Prophètes ont prédit: les enfans d’Israël avaient le bonheur de connaître le vrai Dieu plusieurs siècles avant d’avoir des Prophètes. Il avait ordonné, par un effet de sa bonté infinie, à son peuple le culte qu’il devait rendre à sa toute-puissance, et ce culte était très indépendant de tout ce que les Prophètes pouvaient lui annoncer. Ils savaient que si quelques uns leur prêchaient une doctrine qui ne fût pas entièrement conforme à celle que leurs pères leur avaient apprise, c’étaient des faux Prophètes. Ils les auraient châtiés selon les rigueurs de la loi; mais il n’y a rien dans leurs écrits qui ne confirme cette obéissance, cette vénération et cette inaltérable observation de ce que Moïse leur avait prescrit par l’ordre du Seigneur. Des intentions perverses soutenues par des artifices affreux peuvent seules déterminer à faire des suppositions contraires à une vérité si évidente, et c’est se déclarer ouvertement le fauteur des erreurs les plus grossières, que de s’attacher ainsi à un mot vague, à une syllabe, pour prouver une opinion qui répugne au bon sens et à la raison, comme font ces disputeurs de profession qui prétendent annuler un acte authentique en prenant d’une période un mot qui convient à leur dessein, mais qui n’a ni rapport ni liaison avec ce qui précède ou ce qui suit cette période. Il est vrai qu’après s’être bien donné des mouvemens inutiles, ils n’en perdent pas moins leur cause et sont entièrement convaincus du peu de solidité de leur prétention, excepté peut-être aux yeux de quelques ignorans qui se laissent trop aisément éblouir par de faux raisonnemens, pour que leur jugement favorable ou contraire puisse être compté pour quelque chose.
Dieu a inspiré en divers temps à des hommes pieux un esprit prophétique, non pour rien altérer dans la loi qu’il a donnée sur la montagne de Sinaï, mais pour exhorter les enfans d’Israël à la suivre exactement, pour les empêcher de se laisser séduire par des discours trompeurs, par des promesses apparentes, et pour affermir ceux qui pourraient chanceler. Toutes les Prophéties ne contiennent que des exhortations à bien faire et ne sont remplies que de conseils pour abandonner le vice et la débauche; elles annoncent d’un côté tous les biens et toutes les grandeurs que nous devons infailliblement attendre de la grace du Seigneur si nous suivons ses ordres divins, et de l’autre tous les châtimens, toutes les mortifications, tous les opprobres et tous les malheurs que sa colère nous prépare si nous l’abandonnons pour courir après des dieux imaginaires, nous assurant que sa bonté divine ne pardonne jamais à ceux qui sont idolâtres.
L’Histoire Sainte est remplie des horribles châtimens que les enfans d’Israël ont soufferts dès qu’ils ont abandonné leur vrai Dieu. Ce titre de jaloux qu’il se donne si souvent dans le texte sacré ne suffit-il pas pour convaincre les plus incrédules qu’il ne saurait permettre qu’on partage son adoration sans se rendre pour jamais indigne de sa grace? Comment pourrait-il avoir inspiré aux Prophètes de prêcher une pluralité d’êtres si contraire à l’unité que Moïse nous répète si souvent? Un Dieu immortel, infini, pourrait-il se renfermer dans une chétive créature, et avoir ordonné à ses Prophètes de l’annoncer? Ces saints hommes n’ont jamais eu des pensées si criminelles et si contradictoirement opposées à la vénération qu’ils ont toujours eue pour celui qui les avait choisis pour instruire les enfans d’Israël et pour les affermir dans l’exacte observation des lois que Moïse leur avait prescrites et qu’il avait reçues de la bouche du Seigneur. Bien loin d’avoir été révérés comme des Prophètes, ce peuple, quoique plongé dans le vice, les aurait infailliblement lapidés, n’en ayant jamais souffert aucun qui ait voulu introduire de nouveaux dogmes ou une nouvelle doctrine pour lui persuader que la loi prononcée par Dieu même sur la montagne de Sinaï n’était pas éternelle. Il est bien plus naturel de suivre ce sentiment que celui que les Chrétiens s’efforcent d’introduire en interprétant les Prophéties d’une manière obscure, et qui fait tellement violence au texte, qu’ils ne peuvent convaincre par aucunes raisons solides ceux qu’ils veulent persuader. Il n’y a point d’exemple que leurs argumens aient fait la moindre impression sur un véritable Israélite, ni qu’ils l’aient pu détourner de l’observation de la loi que ses pères lui avaient apprise.
CHAPITRE II.
Table des matières
Où l’on explique la rédemption d’Israël telle que Dieu l’a
révélée dans la Loi et dans les prophéties.
Les Chrétiens prétendent que la rédemption si souvent promise au peuple d’Israël est contenue dans le cinquante-troisième chapitre d’Isaïe, qu’elle a été exécutée par la mort et la passion du Messie qu’ils adorent, et qu’on ne saurait sans obstination douter de cette vérité, puisque le péché d’Adam ne subsiste plus, et que tout le genre humain en est délivré. Quoique, pour mieux faire voir la fausseté de cette fiction, je veuille bien avouer pour un moment que cette rédemption est purement spirituelle, voyons si nous trouvons dans le texte sacré si elle doit être spirituelle ou temporelle, ou si les enfans d’Israël les doivent attendre et jouir de toutes les deux en même temps, ce qui doit certainement être, puisque Dieu ne promet jamais l’un sans l’autre. La rédemption spirituelle consiste dans la sanctification d’Israël, la corporelle dans les biens, dans les grandeurs, dans les rétablissemens de l’héritage de leurs pères: l’abondance, les richesses et les plaisirs sont les fruits de celle-ci, comme la circoncision des cœurs est l’effet de celle-là. Tous les maux que ce peuple infortuné a soufferts avec une constance incroyable pendant le cours d’une longue captivité sont adoucis par la confiance qu’il a de rentrer dans la grace de son Dieu, dont les promesses sont sacrées et inviolables. Cette espérance lui fait affronter tous les périls où il s’expose, toutes les persécutions qu’il souffre pour ne se point écarter du chemin que ses pères ont suivi et tous les opprobres où il est exposé dans les lieux mêmes où il jouit d’une plus grande liberté. Ce n’est point sans mystère ni sans une permission secrète de Dieu qu’il arrive que tant de preuves de son respect et de son amour inaltérable pour cet être ineffable ne suffisent pas pour convaincre le Christianisme de l’erreur où il est de penser que les Israélites croient la rédemption spirituelle comme la temporelle. On tâche de persuader aux ignorans que les enfans d’Israël font consister la rédemption dans les biens périssables et dans les plaisirs sensuels. Quelle erreur! Voici ce que Dieu dit dans le Deutéronome : «Quand vous aurez été disper-
» sés jusqu’au bout du monde, le Seigneur votre
» Dieu vous en retirera; il vous prendra avec lui
» et vous ramènera dans la terre que vous aurez
» possédée, et vous la posséderez de nouveau; et,
» vous bénissant, il vous fera croître en plus grand
» nombre que n’avaient été vos pères. Le Seigneur
» votre Dieu circoncira votre cœur et le cœur de
» vos enfans, afin que vous aimiez le Seigneur vo-
» tre Dieu de tout votre cœur et de toute votre
» ame.»
Les deux rédemptions sont si bien exprimées dans ces divines paroles qu’on ne saurait s’y méprendre. La circoncision des cœurs marque la spirituelle, comme la possession des biens et la multiplication du peuple signifie la temporelle. Cet amour et cette vénération que Dieu demande à Israël est pour le faire jouir des honneurs en ce monde et pour lui assurer la gloire et la béatitude dans l’autre. Cette certitude des deux rédemptions si évidemment promises dans le Deutéronome nous est comme attestée par les Prophètes pour nous empêcher d’en perdre la mémoire et pour nous mieux fortifier dans l’amour et dans la crainte de Dieu et dans l’observation de ses lois. Le Prophète dans toute sa prophétie prêche cette doctrine au peuple .
«J’étendrai ma main sur vous, je vous purifierai
» de toute votre écume par le feu. J’ôterai tout l’é-
» tain qui est en vous et je rétablirai vos juges
» comme ils ont été d’abord, et vos conseillers
» comme ils ont été autrefois, et après tu seras ap-
» pelé la cité de justice, la cité fidèle; Sion sera
» rachetée par un juste jugement et ceux qui re-
» viendront à elle avec justice.»
Le chapitre onzième annonce encore en termes plus exprès cette rédemption.
«La terre sera remplie de la connaissance de Dieu
» comme le fond de la mer des eaux qui le couvrent,
» et en ce jour le Seigneur étendra encore sa main
» pour acquérir le résidu de son peuple qui sera
» demeuré de reste d’Assur, d’Égypte, de Pathros
» et des îles de la mer. Il lèvera son étendard par-
» mi les nations, il réunira les fugitifs d’Israël et il
» rassemblera des quatre coins du monde ceux de
» Juda qui auront été dispersés. Les enfans d’Is-
» raël, dit le même Prophète, chantent la gloire de
» leur sauveur pour lui rendre grace de les avoir
» délivrés de l’oppression des nations et de leur avoir
» rendu son amour. Je vous louerai, Seigneur, di-
» sent-ils, de ce que vous vous êtes mis en colère
» contre moi; mais votre fureur s’est apaisée et
» vous m’avez consolé. Je sais que mon Dieu est
» mon Seigneur, j’agirai avec confiance. Je ne
» craindrai point, parce que le Seigneur est ma
» force et ma gloire. Il est devenu mon salut.»
Le douzième verset du chapitre vingt-septième n’est pas moins explicite.
«En ce temps-là le Seigneur étendra sa main
» depuis le fleuve de l’Euphrate jusqu’au torrent
» d’Égypte, et vous, enfans d’Israël, vous serez
» rassemblés un à un. En ce temps-là la trompette
» retentira avec un grand bruit, les fugitifs revien-
» dront de la terre des Assyriens, et les bannis re-
» viendront du pays d’Égypte.»
Peut-on mieux prédire la rédemption corporelle? Et voici de quoi convaincre les incrédules de la rédemption spirituelle.
«Ils adoreront Dieu sur la montagne sainte dans
» la ville de Jérusalem. Ne craignez point, car je
» suis avec vous. J’annoncerai, j’amènerai votre se-
» mence de l’Orient, et je vous rassemblerai de l’Oc-
» cident. Je dirai à l’aquilon, donne, et au midi,
» ne l’empêche point. Amenez mes fils des climats
» les plus éloignés et mes filles des extrémités de
» la terre.» — Rien ne prouve mieux la rédemption
» corporelle.
Le verset vingtième est aussi clair pour la spirituelle.
«C’est moi qui ai formé ce peuple pour moi-mê-
» me, et il publiera mes louanges; c’est moi qui
» efface vos iniquités pour l’amour de moi, et je ne
» me souviendrai plus de vos péchés, parce que
» quand le Seigneur les rassemblera des nations, il
» leur donnera une affluence de sainteté et de
» grace, il versera des eaux sur l’altéré et fera dis-
» tiller sur la sécheresse. Il versera son esprit sur
» sa semence et sa bénédiction sur ses enfans.»
C’est la même promesse que sa divine bonté fait dans le Deutéronome: Je circoncirai ton cœur et le cœur de ta semence. Toute la Prophétie d’Isaïe ne nous annonce pas autre chose. Les enfans d’Israël y sont exhortés à ne jamais perdre cette espérance consolante que Dieu les rachètera d’entre les nations; qu’il les rétablira dans leur ancienne patrie au grand étonnement de tout l’univers, et qu’il leur communiquera les trésors de sa grace, afin qu’ils se conservent purs et sans tache. L’esprit le plus obstiné sera convaincu de cette vérité en lisant le soixantième chapitre; et comme il n’y a pas de docteur parmi les chrétiens qui puisse prouver que les enfans d’Israël aient jamais joui des félicités qui leur sont annoncées dans ce chapitre, leur espérance subsiste toujours, parce que la parole de Dieu doit infailliblement s’accomplir. Il promet à son peuple’ toute sorte de prospérités dans cette vie et la suprême béatitude dans l’autre. Il l’assure que les persécutions des nations finiront pour jamais, qu’il dominera sur elles, que les portes de Sion la cité sainte seront toujours ouvertes, qu’il jouira abondamment de l’or et de l’argent au lieu du plomb et du fer qu’il recueillait auparavant; que son maître sera la justice, et son gouverneur la paix, etc. Rien n’est plus naturel que d’attendre l’effet de ces divines promesses. Le prophète Jérémie parle souvent aussi de cette rédemption, et quoiqu’il semble prédire la ruine d’Israël, ce n’est que pour le prévenir sur les consolations qu’il doit recevoir un jour.
«Je les regarderai d’un œil favorable, dit-il, et
» et je les ramènerai dans ce pays; je les édifierai
» et je ne les détruirai point; je les planterai et je
» ne les arracherai point» C’est la rédemption temporelle. Voici la spirituelle: «Je leur donnerai un
» cœur docile, afin qu’ils me connaissent et qu’ils
» sachent que je suis le Seigneur. Ils seront mon
» peuple et je serai leur Dieu, parce qu’ils retour-
» neront à moi de tout leur cœur.»
Ce que le même prophète répète au chapitre trentième ne la prouve pas moins.
«Le temps vient, dit le Seigneur, que je ferai
» venir les captifs de mon peuple d’Israël et de
» Juda, que je les ferai revenir dans la terre que
» j’ai donnée à leurs pères; ils la posséderont de
» nouveau dans ce temps, dit le Seigneur. Je vous
» ôterai du col le joug de vos ennemis et je le bri-
» serai; je romprai vos chaînes, vous ne servirez
» plus de dieux étrangers; c’est votre Dieu seul
» que vous servirez, et David votre roi que je leur
» susciterai. Ne craignez donc point, ô Jacob, mon
» serviteur, dit Dieu; n’ayez point de peur, ô Is-
» raël, car je vous délivrerai de ces pays éloignés
» où vous êtes, et je retirerai vos enfans de la terre
» où ils sont captifs; Jacob reviendra: il jouira du
» repos et de l’abondance de toute sorte de biens,
» sans qu’il ait plus d’ennemis à craindre, car j’ex-
» terminerai tous les peuples parmi lesquels je vous
» ai dispersés, et pour vous, je ne vous perdrai
» pas entièrement, mais je vous châtierai selon ma
» justice, afin que vous ne vous croyiez point in-
» nocens. Un jour tous ceux qui vous dévorent se-
» ront dévorés, tous vos ennemis qui étaient dans
» les tentes de Jacob seront amenés captifs; j’aurai
» compassion de ses maisons; la ville sera rétablie
» sur la montagne, et le temple sera fondé tout de
» nouveau comme il était auparavant. Je les mul-
» tiplierai et leur nombre ne diminuera pas; je
» les mettrai en honneur et ils ne tomberont plus
» dans l’indigence. Vous serez mon peuple et je se-
» rai votre Dieu. En ce temps-là, dit le Seigneur,
» je serai le Dieu de tous les enfans d’Israël et ils
» seront mon peuple; je vous édifierai encore et
» vous serez édifiée, vierge d’Israël. Car voici ce
» que dit le Seigneur: Jacob, tressaillez de joie,
» nations, faites grand bruit, chantez des cantiques
» et dites: Seigneur, sauvez votre peuple, sauvez
» le reste d’Israël; car je les amènerai de la terre
» d’aquilon, je les assemblerai des extrémités du
» monde; l’aveugle et le boiteux, la femme grosse
» et celle qui enfante seront parmi eux et revien-
» dront ici en grande foule; ils reviendront pleu-
» rant de joie et je les ramènerai dans ma miséri-
» corde; je les ferai passer à travers des torrens
» d’eau par un chemin droit où ils ne feront aucun
» faux pas, parce que je suis devenu le père d’Is-
» raël et qu’Ephraïm est mon premier né. Nations,
» écoutez la parole du Seigneur, annoncez ceci aux
» îles les plus reculées et dites-leur: Celui qui a
» dispersé Israël le rassemblera, il le gardera com-
» me un pasteur garde son troupeau. Voyez l’al-
» liance que je ferai avec la maison d’Israël après
» que ce temps sera venu, dit le Seigneur: j’impri-
» merai ma loi dans leurs entrailles et je l’écrirai
» dans leur cœur; je serai leur Dieu et ils seront
» mon peuple; pas un d’eux n’aura plus besoin de
» dire à son prochain ou à son frère: connaissez le
» Seigneur, parce que tous me connaitront, du plus
» petit jusqu’au plus grand, dit le Seigneur, car je
» leur pardonnerai leurs iniquités et ne me souvien-
» drai plus de leurs péchés.»
Ne trouve-t-on pas dans les divines écritures de quoi fonder incontestablement l’espérance qu’ont les enfans d’Iraël de cette heureuse rédemption? L’amour de Dieu, qui y est si vivement exprimé, ne les console-t-il pas de tous les maux qu’ils ont soufferts et qu’ils pourront souffrir jusqu’à ce que ce temps fortuné soit arrivé ? Rien n’échappe à la révélation du Prophète, la connaissance du vrai Dieu, l’observation de sa loi, l’expiation de nos crimes, la rémission et l’oubli de nos péchés, notre retour à la grace du Seigneur, l’abondance des biens, la liberté après un si long et si rude esclavage, une domination sur toutes les nations qui ne doit jamais finir, et pour tout dire en un mot, tout ce qui peut être compris dans les deux rédemptions, comme le chante fort bien le Prophète-roi: «Louez
» le Seigneur, parce qu’il est bon, parce que sa
» miséricorde s’étend dans tous les siècles.» Quoique tant de témoignages si authentiques prouvent évidemment cette vérité, la chose est trop importante pour ne point l’éclaircir de manière qu’il ne soit plus permis au cœur le plus obstiné d’en douter: rapportons ce que dit pour cet effet le même Prophète:
«Je rassemblerai les habitans de toutes les terres
» où je les aurai chassés dans l’effusion de ma fu-
» reur, de ma colère et de mon indignation. Je les
» ramènerai dans ce lieu et je les y ferai rester
» dans toute sûreté. Ils seront mon peuple et je se-
» rai leur Dieu; je leur donnerai à tous un même
» cœur et je les ferai marcher dans la même voie,
» afin qu’ils me craignent tous les jours de leur vie
» et qu’ils soient heureux eux et leurs enfans. Je
» ferai avec eux une alliance, je ne cesserai point
» de les combler de mes bienfaits et j’imprimerai
» ma crainte dans leur cœur. Je ferai avec eux une
» alliance, afin qu’ils ne se retirent point de moi.
» Je trouverai ma joie dans eux lorsque je leur aurai
» fait du bien. Je les établirai dans cette terre dans
» la vérité, avec l’effusion de mon cœur et de mon
» ame.»
Le Prophète dit en premier lieu qu’il rassemblera Israël d’entre toutes les nations de la terre, et qu’il les fera rentrer dans la Terre Sainte. En second lieu qu’il les y fortifiera contre toutes les nations, qu’il les empêchera d’être insultés et les en fera jouir paisiblement. En troisième lieu, qu’alors il les remplira de son amour, afin qu’ils l’aiment et le craignent à perpétuité, sans qu’ils puissent à l’avenir eux ni leurs enfans, profaner les saintes lois ni rien faire qui puisse déplaire à leur Dieu. En quatrième lieu, pour rendre cette promesse plus authentique et plus solennelle, Dieu dit qu’il fera un accord et un contrat avec les enfans d’Israël, par lequel il s’obligera de ne les jamais priver de sa grace, de les combler pour toujours de son amour et de ses bénédictions et de les conserver à perpétuité. Ce qui ne pourrait arriver si les hommes violaient par leurs péchés les clauses de ce sacré contrat: le Seigneur toujours infiniment bon leur donnera les dispositions nécessaires pour jouir de cette divine félicité. Il répandra dans leur cœur son amour et sa crainte, et dès qu’ils en seront remplis, rien ne pourra les ébranler. La justice et la vérité conduiront toutes leurs actions; et considérant que c’est à eux seuls qu’un bonheur si incomparable est promis, toutes les actions de leur vie seront aussi pures que Dieu le leur prédit par la bouche de ce Prophète. Ce n’est pas même parmi les autres nations qu’ils doivent être comblés de tant de félicités, mais dans la Terre-Sainte, où ils seront rassemblés des quatre coins du monde; c’est là que le Seigneur dit qu’il les plantera, pour exprimer par ce terme qu’ils n’en seront jamais chassés et que leur cœur n’aura plus rien à craindre. Voilà la manière dont cette rédemption doit se faire; le Prophète en marque jusqu’aux moindres circonstances, afin que les enfans d’Israël ne puissent s’y méprendre et qu’ils ne puissent se lassser séduire par d’autres rédemptions fantastiques, inventées pour l’éloigner du culte de son Dieu. Tant de preuves si évidentes, tant de passages si authentiques et si clairs ne devraient-ils pas suffire, sans qu’il fût nécessaire d’en citer de nouveaux? Voyons néanmoins ce que dit le Prophète Ezéchiel.
Voici ce que dit le Seigneur notre Dieu: «Je
» vais prendre les enfans d’Israël du milieu des
» nations où ils étaient allés, je les rassemblerai
» de toutes parts, je les ramènerai dans leur pays,
» et je n’en ferai qu’un seul peuple dans les terres
» et sur les montagnes d’Israël. Il n’y aura plus
» qu’un seul Roi, qui les commandera tous, et à
» l’avenir ils ne seront plus divisés en deux peu-
» ples et en deux royaumes ils ne se souille-
» ront plus à l’avenir par leurs idoles, par leurs
» abominations et par leurs iniquités. Je les retirerai
» de tous les lieux où ils avaient péché et je les pu-
» rifierai. Ils seront mon peuple et je serai leur
» Dieu; mon serviteur David régnera sur eux; ils
» n’auront plus qu’un seul Pasteur, ils marcheront
» dans la voie de mes ordonnances, ils garderont
» mes commandemens et les pratiqueront. Ils ha-
» biteront dans la terre que j’ai donnée à mon ser-
» viteur Jacob, que leurs pères ont habitée; ils y
» habiteront eux, leurs enfans et les enfans de leurs
» enfans à jamais; je ferai avec eux une alliance
» de paix qui sera éternelle; je les établirai sur
» un ferme fondement; je les multiplierai et réta-
» blirai pour jamais mon sanctuaire parmi eux.
» Mon Tabernacle sera dans eux, je serai leur
» Dieu et ils seront mon peuple, et les nations
» sauront que c’est moi qui suis le Seigneur et le
» sanctificateur d’Israël, lorsque mon sanctuaire
» se conservera pour jamais au milieu d’eux.»
Voilà tout au long ce qu’Ezéchiel annonce. Il suffirait d’en avoir rapporté une partie; mais peut-on se déterminer à retrancher des endroits qui sont si pleins de consolation, des gages si infaillibles de notre espérance, des preuves si convaincantes de notre sainte foi, et des actes si authentiques pour nous engager à persévérer dans la pureté de notre religion et pour nous faire connaître que tous les autres raisonnemens sont autant de piéges qu’on nous tend pour nous écarter du droit chemin et pour nous empêcher de parvenir à la fin glorieuse et au bonheur ineffable que nous promet Ezéchiel. Le prophète Osée finit le chapitre quatorzième de sa révélation par ces paroles si douces et si agréables pour tous les enfans d’Israël: «Je les aimerai
» par une pure bonté, parce que j’aurai détourné
» ma face de dessus eux. Je serai à l’égard d’Is-
» raël comme une rosée, il germera comme les lys,
» et sa racine poussera avec force comme les plan-
» tes du Liban. Ses branches s’étendront; sa gloire
» sera semblable à l’olivier, et elle répandra une
» odeur comme l’encens. Ils reviendront et se re-
» poseront sur l’ombre du Seigneur. Ils vivront du
» plus pur froment; son nom répandra une bonne
» odeur comme les vins du Liban.» Si le style de
ce prophète est un peu champêtre, il n’en est ni moins naturel ni moins significatif. Les deux rédemptions qu’Israël doit attendre y sont clairement spécifiées, et ce saint homme se sert de ces comparaisons rustiques pour les mieux graver dans le cœur des Israélites,
Le prophète Joël nous annonce ces deux rédemptions d’une manière pathétique et convaincante, «et alors, dit-il, je verserai mon esprit sur
» toutes les créatures, et vos fils et vos filles pro-
» phétiseront. Vos vieillards songeront des songes,
» et vos jeunes gens verront des visions; car dans
» ce jour-là, et à cette heure, je ferai venir les cap-
» tifs de Juda et de Jérusalem. J’assemblerai tous
» les peuples et les amènerai dans la vallée de Jo-
» saphat où j’entrerai en jugement avec eux tou-
» chant Israël, mon peuple, et mon héritage qu’ils
» ont dispersé parmi les nations, et touchant ma
» terre qu’ils ont portagée entre eux. Je vendrai
» vos fils et vos filles aux enfans de Juda, qui les
» vendront aux Arabes et à des nations éloignées,
» car le Seigneur a parlé.» Comment des Docteurs chrétiens peuvent-ils appliquer ces circonstances à la rédemption dont ils prétendent jouir? Oseraient-ils assurer que, par la mort du Messie qu’ils adorent, Juda ait joui de cette exaltation? Les nations sont-elles opprimées de la manière que l’annonce ce Prophète?
Amos, après avoir annoncé dans le dernier chapitre de sa prophétie aux enfans d’Israël que leurs péchés causeront leur ruine, leur promet de les rétablir dans leur patrie. «La maison d’Israël, dit-il,
» sera agitée parmi les nations comme le blé est
» vanné dans le crible, sans que néanmoins aucun
» grain tombe sur la terre. Je ferai mourir par
» l’épée tous ceux de mon peuple qui s’abandon-
» neront au péché, tous ceux qui ne croient pas
» que ces maux qu’ils nous prédisent doivent ar-
» river. Après cela, je relèverai la maison de David
» qui est ruinée. Je boucherai les ouvertures de ses
» maisons et de ses murailles, je rebâtirai tout ce
» qui était tombé et le rétablirai comme il était
» autrefois, afin que mon peuple possède les restes
» de l’Idumée et toutes les nations du monde, parce
» qu’il a été appelé de mon nom; c’est le Seigneur
» qui le dit et c’est lui qui le fera. Je ferai revenir
» les captifs de mon peuple d’Israël; ils rebâtiront
» les villes désertes et ils les habiteront. Je les
» planterai dans leur pays, et je ne les arracherai
» plus à l’avenir de la terre que je leur ai donnée,
» dit le Seigneur votre Dieu.»
Le prophète Michée, suivant les mêmes traces, dit que «chaque peuple marche sous la protection
» de son Dieu; mais pour nous, nous marcherons
» sous la protection du Seigneur notre Dieu jus-
» qu’à l’éternité. En ce temps-là, dit le Seigneur,
» je recevrai la boiteuse et je réunirai ensemble
«celle qui avait été chassée et affligée. Je réserve-
» rai les restes de celle qui était boiteuse et je for-
» merai un peuple puissant de celle qui avait été
» affligée, et le Seigneur régnera sur eux dans la
» montagne de Sion, depuis ce temps jusqu’à l’éter-
» nité.» Le prophète Sophonie annonce de même la liberté d’Israël; il assure que ceux qui resteront ne commettront point d’iniquité et ne diront point de mensonge. «Il n’y aura point dans leur bouche
» de langue trompeuse, parce qu’ils seront comme
» des brebis qui paissent et qui se reposent sans
» qu’il y ait personne qui les épouvante. Filles de
» Sion, chantez des cantiques de louanges! Israël,
» poussez des cris d’allégresse! Filles de Jérusa-
» lem, soyez transportées de joie et tressaillez de
» tout votre cœur! Le Seigneur a effacé l’arrêt de
» votre condamnation, il a éloigné de vous vos en-
» nemis; le Seigneur, le roi d’Israël, est au milieu
» de vous; le Dieu fort qui vous sauvera, il mettra
» sa joie en vous. En ce temps-là, je ferai mourir
» tous ceux qui vous ont affligé, je sauverai celle
» qui bottait, je ferai revenir celle qui était exilée,
». et je rendrai le nom de ce peuple célèbre dans
» tous les endroits où il avait été en opprobre. En
» ce temps-là auquel je vous ferai venir et auquel
» je vous rassemblerai tous, je vous établirai en
» honneur et en gloire devant tous les peuples de
» la terre, lorsque j’aurai fait venir devant vous
» toute la troupe des captifs, dit le Seigneur.» Malachie dit dans le dernier chapitre de ses révélations: «Le soleil de justice vous éclairera, vous
» qui avez une crainte respectueuse pour mon
» nom, et vous trouverez votre salut sous ses ailes
» Vous sortirez alors et vous tressaillirez de joie
» comme les jeunes bœufs d’un troupeau bondis-
» sant sur l’herbe. Vous foulerez aux pieds les im-
» pies lorsqu’ils seront devenus comme de la cen-
dre» sous la plante de vos pieds, en ce jour au-
» quel j’agirai moi-même, dit le Seigneur des ar
» mées. Souvenez-vous de la loi de Moïse, mon
» serviteur, que je lui ai donnée sur la montagne
» d’Oreb, afin qu’il portât au peuple d’Israël mes
» préceptes et mes ordonnances. Je vous enverrai
» le prophète Elie avant que le grand et épouvan-
» table jour arrive, et il réunira le cœur des pères
» avec leurs enfans et le cœur des enfans avec leurs
«pères.» Dieu, en fermant la bouche aux Prophètes, et nous privant des divines révélations qu’il avait la bonté de nous faire annoncer, nous promet six choses dans cette prophétie, en attendant le temps fortuné qu’il veuille de nouveau les communiquer à son peuple: la première, qu’il répandra sa grace sur les enfans d’Israël qui l’ont constamment adoré pendant tout le temps de sa captivité ; la seconde, qu’il leur servira de médecin et les guérira de la maladie spirituelle qu’ils ont contractée par leurs péchés et de la corporelle qu’ils ont ressentie dans tous les maux que les nations leur ont fait souffrir; la troisième, qu’ils sortiront d’entre toutes les nations, que leur postérité multipliera dans la pureté et dans la sainteté ; la quatrième, qu’il les fera dominer sur les nations, et leur donnera le pouvoir de détruire les méchans d’entre eux, comme les Israélites qui seront obstinés dans le péché, surtout dans celui de l’idolâtrie qu’ils auront malheureusement contracté chez les nations parmi lesquelles ils auront vécu; la cinquième, le Seigneur assure par un divin décret le temps heureux de cette rédemption, afin qu’Israël persévère dans l’observation de la sainte loi et ne se laisse point surprendre par les autres nations qui tâcheront de lui persuader que ces rédemptions auront leur effet, quand même on n’observerait pas la loi de Moïse. Pour prévenir toute sorte de méprise, Dieu fait annoncer aux Prophètes que ce n’est qu’en observant exactement la loi qu’il a eu la bonté de donner à son peuple lui-même, sur la montagne d’Oreb, qu’il doit jouir de ces rédemptions; et par une prévoyance toute particulière, il veut qu’on soit aussi exact à garder ses préceptes et ses ordonnances, de crainte que, par la succession des temps, quelque esprit malin ne veuille lui insinuer qu’il lui suffit d’observer le décalogue. Il n’y a point de temps fixé par le Prophète; c’est à perpétuité que l’on doit suivre tout ce qui nous est ordonné par Moïse. La sixième, enfin, est pour ôter toute sorte de prétexte à d’autres rédemptions inventées par d’autres religions ou par quelques séditieux d’entre le peuple. Le Prophète nous donne une marque évidente et infaillible, un signal auquel on ne peut se méprendre; c’est qu’avant que les enfans d’Israël jouissent de ces rédemptions, le Seigneur enverra le prophète Elie, afin que par son exemple, par ses salutaires exhortations et par son retour miraculeux, ils se retirent du péché, s’affermissent dans la vertu et puissent se montrer à leur créateur sans tache, sans inimitiés entre les pères et leurs enfans, et dans une parfaite union, pour jouir avec tranquillité de tout le bonheur que la loi leur promet et qui leur est annoncé par les Prophètes. Si cet avant-coureur ne les avertit pas de leur félicité, rien ne doit les convaincre de leur rédemption; c’est un piége pour les précipiter dans l’abîme du péché et pour les détourner du chemin qu’ils doivent suivre avec une constance et une fermeté inébranlables. Je ne sache pas de docteur chrétien qui puisse prouver qu’on se soit aperçu d’aucune de ces éclatantes marques à la venue de Jésus-Christ, qu’aucune de ces Prophéties se soit accomplie, que les enfans d’Israël soient délivrés du dur esclavage que la juste colère de Dieu leur a fait souffrir pour l’expiation de leurs péchés, en un mot, que cet heureux jour où ils pourront jouir tranquillement de tous les biens qui leur sont promis sur la terre et de la béatitude qui est le sceau de cette divine alliance, soit encore arrivé.
CHAPITRE III.
Table des matières
Où l’on réfute les explications des commentateurs
chrétiens sur les Prophéties alléguées.
Quand la volonté s’obstine à réfuter la vérité, il importe peu que l’entendement en soit convaincu. Toutes les raisons bonnes ou mauvaises sont confondues; l’imagination remplie d’une erreur que l’éducation, l’habitude et l’intérêt ont établie, ne s’occupe que de cette pensée, et les raisonnemens les mieux fondés, les preuves les plus démonstratives, ne peuvent plus faire impression sur elle, ni dissiper les nuages qui lui cachent la vérité. Il parait d’abord impossible que la promesse de Dieu exprimée dans la loi, annoncée par les Prophètes en termes si clairs et si évidens, ne suffise pas pour convaincre les chrétiens qu’ils sont dans. l’erreur, et que les enfans d’Israël qui persévèrent avec une constance surprenante dans l’observation de la loi et des Prophètes, suivent le véritable chemin et méritent seuls l’effet des promesses du Seigneur. Mais comme la volonté s’oppose à cette vérité, l’entendement ne saurait agir; il s’abandonne aux impressions qu’il reçoit de cette volonté corrompue, et se laisse entraîner par des sophismes plus subtils que solides vers les idées dont il s’est d’abord préoccupé. Comment peut-on croire que le Messie que les chrétiens adorent a accompli les Prophéties et les fait jouir de cette miraculeuse rédemption? Ils en sont néanmoins si fortement persuadés qu’ils ne se donnent pas la peine de réfuter nos raisons par d’autres plus convaincantes. Ils se contentent de les éluder et se reposent sur ce qu’ils sont les plus forts et leur religion la dominante, trop heureux encore qu’ils nous permettent de suivre la nôtre et de ce que, par une grâce spéciale, ils nous permettent quelquefois de leur montrer que c’est avec justice que nous attendons la fin de notre esclavage, de nos peines et de notre misère.
Plusieurs pères de l’Eglise ne pouvant nous convaincre, parce qu’ils n’osent nier la vérité de tant de prophéties, disent qu’il est vrai que les enfans d’Israël devraient jouir de tous les biens qui y sont annoncés, mais que par leur obstination à ne point croire la venue du Messie, et par la mort qu’ils lui ont fait souffrir, ils ont perdu pour jamais la grace du Seigneur et sont condamnés à expier par des châtimens un crime si énorme. N’est-ce pas plutôt éluder que répondre aux preuves convaincantes qu’on leur fait pour ainsi dire toucher au doigt? La promesse de Dieu est absolue, sans aucune clause ou condition quelconque. Les péchés d’Israël sont punis partout de châtimens, et par une si longue captivité que sans sa confiance dans la miséricorde de Dieu et sans la certitude qu’il a de rentrer absolument en grace avec lui, tout ce peuple serait déjà confondu parmi les nations où il a été dispersé, et en aurait embrassé la religion comme les manières. La circoncision des cœurs doit produire l’amour de Dieu envers nous, et la crainte que nous avons de l’offenser en nous éloignant de ses divines ordonnances, inspire cette fermeté et cette constance à les suivre à perpétuité. Ce n’est pas même pour nous que le Seigneur exécutera ses promesses, c’est pour la gloire de son saint nom; il est donc inutile de dire que si nous avions voulu croire au Messie qu’ils adorent, nous jouirions des biens annoncés par sa venue. Cette condition si nécessaire pour y ajouter foi aurait été stipulée expressément par les Prophètes; c’est pour les enfans d’Israël qu’ils rendaient ces divins oracles, c’est pour eux que le Messie devait venir, et eux seuls ne l’ont pu ni voulu reconnaître, parce qu’il n’avait aucune des marques qu’il devait avoir. Etrange obstination, ou, pour mieux dire, merveilleux effet de la Providence divine, qui a conservé Israël dans la purefé de ses sentimens sans que les opprobres où il est exposé et toutes les calamités qu’il souffre aient pu le détourner du culte de soir Dieu! Il n’y a pas un seul endroit dans tout le Pentateuque où il soit parlé du Messie, et je défie le plus savant de tous les docteurs chrétiens de me faire voir que Dieu, pour racheter les enfans d’Israël, dise qu ils doivent adorer le Messie; il était même impossible, pour ainsi dire, que le Seigneur leur eût imposé cette condition, puisqu’il leur avait promis qu’il les comblerait à perpétuité de son amour et de sa grace, avant que de leur faire annoncer par les Prophètes la venue du Messie. Comment pouvaient-ils donc jouir de ces grands avantages après avoir commis un prime aussi énorme que celui de lui avoir fait souffrir la mort? Au lieu de le reconnaître et de s’humilier devant lui, le traiter avec tant d’indignité et de mépris, c’était vouloir perdre pour jamais tant de bienfaits et de félicités qu’il était venu leur annoncer. Mais quelle apparence y a-t-il que Dieu ait permis que son peuple se soit souillé d’un si exécrable forfait? Et si, nonobstant sa volonté, il en fût venu à l’exécution, il était infailliblement assuré de sa ruine totale. Le prophète Ezéchiel assure bien positivement le contraire. «Je
» vous donnerai, dit-il, un cœur nouveau; je vous
» ferai observer mes préceptes et mes ordonnances,
» et je vous sauverai de toutes vos impuretés. Je
» verserai sur vous des eaux nettes qui vous lave-
» ront de toutes vos taches.» Comment cette purification que le Prophète nous prédit peut-elle se vérifier? Ce sincère repentir, cette pénitence d’Israël est-elle compatible avec le supplice infâme auquel il a condamné son rédempteur et son Messie? Mais plutôt, comment pouvait-il le faire mourir si le Seigneur dit expressément le contraire par la bouche du prophète Jérémie? «Car en ce temps-
» là, dit le Seigneur, je vous ôterai du col le joug
» de vos ennemis, et je le briserai; je romprai vos
» chaînes, et les étrangers ne vous domineront plus.
» Mais ceux qui seront alors serviront le Seigneur
» et David leur roi que je leur susciterai.» Si donc les enfans d’Israël doivent servir leur Dieu, s’ils doivent obéir à leur roi, à leur Messie, fils de David, quelles raisons auraient-ils eue d’être infidèles à leur Dieu? Quelle obéissance auraient-ils montré à leur Messie eu le faisant mourir? Leurs actions sont absolument contradictoires à cette prophétie, à moins qu’on ne veuille dire que Dieu exigeait d’eux cette mort abominable comme une preuve indubitable de leur zèle.
Les docteurs chrétiens seront encore bien plus embarrassés d’accommoder à leur doctrine la prophétie d’Osée quand il décrit la captivité, la rédemption et l’obéissance au Seigneur et à son Messie. «Les enfans d’Israël, dit-il, seront plusieurs
» jours sans roi, sans Seigneur et sans sacrifice,
» sans demeure stable, sans Ephod et sans Thera-
» phim. Mais après cela les enfans d’Israël revien-
» dront et rechercheront l’Eternel leur Dieu et
» David leur roi, et, dans les derniers jours, ils rece-
» vront avec une frayeur respectueuse le Seigneur
» et les graces qu’il leur doit faire.»
La réponse qu’on fait à une objection si claire est curieuse et mérite d’être rapportée. Israël, dit-on, au lieu de chercher son Dieu et son Roi, l’a évité, l’a fui; il a offensé l’un par la rébellion, et l’autre par une action sacrilège. Si cela est vrai, le Prophète s’est malheureusement trompé. Pour vérifier une opinion si absurde et si fort éloignée du bon sens et de la vérité, il devait dire: «et ensuite les
» enfans d’Israël fuiront leur Dieu comme des criminels
» de lèse Majesté divine, et ils feront mourir
» David leur roi.» Ce n’est pas par la frayeur dont parle le Prophète, qu’ils doivent recevoir la grâce de Dieu dans les derniers jours, mais par une désobéissance, par un manque de respect qui est tout-à-fait opposé à ce que le Prophète annonce. En un mot ce n’est qu’après une longue et austère pénitence que les enfans d’Israël rentreront en grace avec le Seigneur, qu’il verra leur cœur entièrement soumis à sa volonté et que cette rédemption doit s’accomplir. D’où peut-on raisonnablement inférer qu’ils commettront le plus affreux de tous les crimes au moment qu’ils doivent jouir du bonheur le plus parfait? L’alliance que le Seigneur a contractée avec leurs pères de protéger leurs semences est encore un obstacle à la condition que le Christianisme veut mettre à la promesse que Dieu fait de les rétablir et de les racheter.
Les docteurs modernes ne peuvent rien opposer de solide à des vérités si claires. Ils avouent que tout ce que Dieu a promis aux enfans d’Israël dans la Loi et dans les Prophètes doit s’accomplir à la fin du monde au temps du dernier jugement, qu’alors ils se convertiront et renonceront à cette incrédulité obstinée qu’ils ont défendue avec tant d’opiniâtreté, qu’ils embrasseront la religion chrétienne, qu’ils rentreront dans le sein de l’Église et pleureront amèrement le crime qu’ils ont commis en faisant mourir leur rédempteur et leur sauveur, et que cette confession solennelle est exprimée dans le trente-troisième chapitre d’Isaïe.
Ce raisonnement n’est à proprement parler qu’un expédient et un vain subterfuge pour éluder la vérité dont ils sont convaincus intérieurement, parce qu’il n’y a pas un seul endroit dans tous les Prophètes qui sépare le temps de la venue du Messie de celui de la rédemption. L’un et l’autre doivent arriver en même temps avec cette différence que Dieu assure qu’il rassemblera premièrement les enfans d’Israël d’entre les nations, qu’il les conduira à l’héritage de leurs pères, qu’il les sanctifiera et fera plusieurs miracles en leur faveur et ensuite leur donnera pour roi, pour pasteur et pour juge le fils de David. Ainsi la distance du temps marqué est pour nous apprendre que la rédemption sera accomplie quand le Messie arrivera: ce qui détruit tout-à-fait le raisonnement des docteurs modernes, à moins qu’ils ne veuillent suivre la secte des millénaires qui soutiennent que le Messie déjà venu et mis à mort par les enfans d’Israël reviendra dans plusieurs siècles pour monter sur le trône de David et les gouverner corporellement. Il était tout-à-fait inutile de retirer les enfans d’Isaël d’entre les nations pour les faire devenir chrétiens, et de les rassembler tous à l’héritage de leurs pères, à cette Terre Sainte qui leur était réservée; ce n’est que parmi les peuples qui ont embrassé le Christianisme qu’ils pouvaient se convertir; quelle apparence y a-t-il qu’après avoir souffert tant de tourmens, qu’après avoir gémi si long-temps sous le joug d’une si dure captivité pour ne point s’éloigner des ordonnances de leur Dieu, qu’après avoir vécu, dis-je, pendant tant de siècles dans l’opprobre des nations et qu’après avoir exposé leur vie avec une fermeté inébranlable pour ne pas servir d’autre Dieu que celui que leurs pères avaient connu, ils l’abandonnent quand ils auront la liberté de l’adorer, qu’ils paient de la plus noire ingratitude tant d’honneurs et tant de bienfaits dont il les comble, qu’ils rejettent avec mépris la grace qu’il leur accorde avec tant de bonté ? Enfin si dans ce temps-là les enfans d’Israël doivent suivre la même religion que professent les autres nations, s’ils doivent obéir au même roi, comment les Prophéties qui les assurent qu’ils domineront sur toutes les nations peuvent-elles s’accomplir? Il y a une grande distance entre dominer et obéir, et leur sort ne changerait tout au plus qu’en ce qu’ils se seraient écartés du droit chemin pour en prendre un tout opposé à la volonté de Dieu qui les assure que dans le temps heureux où leur rédemption s’accomplira, les nations ressentiront les effets de sa colère, parce qu’elles ont injustement persécuté Israël, c’est ce que leur promet Isaïe. «Réveillez-vous, réveillez-vous, levez-vous,
» Jérusalem qui avez bu de la main du Seigneur la
» coupe de sa colère, qui avez bu la lie du vase de
» venin; une double affliction va fondre sur vous;
» qui compatira à votre douleur? le ravage et la
» désolation, la faim et l’épée vont vous exterminer;
» qui vous consolera de tant de maux? Écoutez
» donc maintenant, pauvre, enivrée de maux et
» non pas de vin, voici ce que dit votre Seigneur
» et votre Dieu qui combattra pour son peuple. Je
» vais vous ôter de la main cette coupe de venin où
» vous avez bu de mon indignation jusqu’à la lie.
» Vous n’en boirez plus à l’avenir, mais je la met-
» trai dans la main de ceux qui vous ont chagriné,
» qui ont dit à votre ame: prosterne-toi afin que
» nous passions; et vous avez rendu votre corps
» comme une terre qu’on foule aux pieds et comme
» le chemin des passans.» Le Prophète Jérémie prédit à peu près les mêmes choses. Je ne le détruirai point, mais je le châtirai. Les docteurs chétiens ne peuvent donc alléguer aucune raison qui prouve que le Messie a déjà racheté les enfans d’Israël, et qui puisse les persuader qu’à la fin du monde ils embrasseront la religion chrétienne. Ils boivent, en attendant ce jour bienheureux, la coupe d’amertume; ils sont opprimés par les nations, et le premier effet qu’ils éprouvent de la promesse de Dieu leur fait attendre le second avec une espérance certaine qui ne saurait leur manquer.
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