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Guéshé Rabten
Les états de la conscience

Traduit de l'anglais par Christine Vannaz Revu, corrigé et édité par des élèves de Guéshé Rabten sous la direction de Gonsar Rimpoché Guéshé Rabten

Edition originale anglaise : «Levels of Consciousness», Guéshé Rabten, Tharpa Choeling 1978.

Tous droits réservés – imprimé en Suisse

© Edition Rabten, Le Mont-Pèlerin / VD

e-mail: info@editionrabten.com

www.rabten.eu/xvCatalog_fr.htm

Composition et couverture : Edition Rabten

portrait en couverture et p. 13 : Gonsar Rimpoché; image en sable, effectués par Ruedi Hofstetter; Illustration p.103 : Institut Monastique Tibétain de Rikon

eBook Herstellung: Edition Rabten www.rabten.eu

ISBN 3-905497-40-9

eBook: ISBN 978-2-88925-080-6

eBook-production et livraison :

HEROLD Auslieferungs Service GmbH

www.herold-va.de

La couverture représente une lampe à beurre tibétaine ainsi qu’une série d’autres motifs traditionnels dessinés avec du sable par les moines du monastère de Ganden Shartsé dans le sud de l’Inde.

La lumière dans une coupe en or symbolise à la fois le stade de l’illumination et la lumière de la sagesse dissipant les ténèbres de l’ignorance.

La confection de dessins de sable est un art traditionnel du Bouddhisme tibétain enseigné par le Bouddha lui-même dans les grands Tantras. Il est particulièrement recommandé pour la réalisation de Mandalas et a été parfaitement préservé jusqu’à nos jours.

Avertissement de l’éditeur

Ce texte est la traduction d’un séminaire donné en juin 1977 à Rabten Choeling (Le Mont-Pèlerin) par le Vénérable Guéshé Rabten.

Dans ce cours, Guéshé explique la nature générale de l’esprit et la manière dont il fonctionne. Il montre comment s’établissent sur cette base les états subtils lors du sommeil et des rêves et comment ils peuvent être utilisés judicieusement pour atteindre un but particulier, de grande portée. Ce livre présente donc un premier aperçu fondamental qui devrait stimuler le lecteur à entreprendre une étude plus approfondie.

Guéshé Rabten est l’un des Maîtres éminents de la lignée de transmission des grands Maîtres tels que Atisha, Djé Tsong Khapa, Kyabdjé Tridjang Rimpoché grâce auxquels les enseignements authentiques du Bouddhisme ont pu être maintenus dans leur totalité et parvenir jusqu’en Occident. Nous nous sentons donc tenus de conserver le style d’enseignement traditionnel de ces Maîtres – que suit Guéshé Rabten – et de rester aussi proches que possible de l’enseignement oral d’origine afin que la clarté pénétrante, qui donnait un caractère particulier aux exposés de Guéshé Rabten, puisse être ressentie à la lecture. Les répétitions, dont la fonction est d’imprimer fermement dans la mémoire certains points précis, ont donc été très peu raccourcies ou retravaillées. L’éditeur est seul responsable des éventuelles insuffisances de fond ou de forme.

Nous souhaitons aussi exprimer au Vénérable Gonsar Rimpoché notre gratitude pour sa direction et son soutien sans lesquels cette œuvre n’aurait jamais pu voir le jour. Nous remercions également tous les amis dans le Dharma pour leur participation efficace.

Nous sommes heureux de pouvoir publier les enseignements de Guéshé Rabten sous cette forme et sommes persuadés que personne ne pourra les prendre en main sans en retirer un profit durable.

Puissent les détenteurs de ces enseignements vivre longtemps et puissent croître notre sagesse et notre compassion.

L’éditeur

Le Mont-Pèlerin, Suisse

Juillet 2001

Préface

Je suis heureux de pouvoir présenter un nouvel ouvrage dans la série des publications de l’Edition Rabten.

Le texte Les états de la conscience contient un enseignement inspirant de mon précieux Maître ­Guéshé Rabten sur l’un des sujets les plus importants du Bouddhisme. L’esprit ou conscience, n’est pas un simple thème commun aux religions et philosophies, c’est, de fait, le cœur de toutes nos expériences, la caractéristique même qui distingue les êtres sensibles du reste des phénomènes existants. C’est parce qu’ils possèdent un esprit que les êtres sensibles, quelles que soient leur taille ou leur forme, occupent le premier rang dans les enseignements du Bouddha. La loi du Karma, la réincarnation, le Samsara, le cycle des existences ainsi que le Nirvana, la libération, n’ont de sens que grâce à l’existence de ­l’esprit. Sans lui disparaissent tous les critères d’évaluation de notre monde conceptuel tels que bon/mauvais, juste/faux, important/insignifiant, car ils sont basés sur les expériences des êtres sensibles. L’esprit étant par nature clair et capable de connaître, ni visible ni tangible, les êtres ordinaires, tels que nous, ont de la peine à saisir comment il est constitué bien qu’il soit la base de toutes leurs expériences. Cependant une connaissance précise de ses fonctions et de ses caractéristiques subtiles permet d’acquérir une compréhension de ce qu’est l’esprit, sans pour autant avoir à développer des facultés de perception supérieures.

Dans le Bouddhisme l’esprit est, à juste titre, au centre des analyses et recherches. Il est décrit dans ses moindres détails dans les enseignements des Soutras aussi bien que des tantras. Ainsi, dans l’ Abidharma, l’esprit est analysé et classé selon sa nature en consciences sensorielles et conscience mentale et similaires, suivant ses fonctions telles que perception, déduction, valide/non valide et selon ses qualités en positif, négatif, neutre, etc.

Dans les Tantras l’esprit est considéré selon une autre perspective, c’est-à-dire selon ses niveaux de subtilité qui jouent un rôle important dans nos expériences, au cours de notre vie et de notre mort, ainsi que pour notre développement spirituel. C’est précisément ce point qui est présenté dans cet ouvrage, d’une façon détaillée et avec la clarté et la simplicité qui caractérisent les enseignements du Vénérable Guéshé Rabten Rimpoché.

Guéshé Rabten fut l’un des plus éminents pionniers du Bouddhisme tibétain en Europe. Dés 1968 il avait été en contact avec des disciples occidentaux en Inde. Il fut le premier Maître tibétain à qui Sa Sainteté le quatorzième Dalaï Lama avait personnellement confié la tâche d’enseigner le Dharma aux occidentaux. En 1975 Guéshé a été invité en Suisse par la communauté tibétaine de Suisse ainsi que par des disciples occidentaux. Au cours de la même année il a fondé cinq des plus importants centres d’études du Bouddhisme tibétain dans plusieurs pays européens. Jusqu’à sa mort il a consacré sa vie entière, de manière altruiste, au service des êtres en leur apportant les enseignements apaisants et inspirants du Bouddha.

Les sujets des enseignements de Guéshé étaient illimités, ils traitaient aussi bien de la logique, de la philosophie, de la psychologie, de la phénoménologie que des méthodes de méditation extrêmement vastes et profondes selon les Soutras et les Tantras ou que des conseils pratiques pour la vie quotidienne. Une partie des enseignements donnés en Occident par Guéshé a pu heureusement être conservée grâce aux techniques modernes d’enregistrement. Avec l’espoir qu’un grand nombre de personnes en retirera un bénéfice personnel, ces précieux enseignements ont été édités sous forme de livres, tels que celui-ci, grâce aux efforts communs d’élèves de Guéshé. Je leur en suis reconnaissant de tout mon cœur. Je souhaiterais attirer l’attention des lecteurs sur deux autres livres de Guéshé, The Mind and its Functions et Trésors du Dharma qui sont particulièrement appropriés pour approfondir le sujet traité dans Les états de la conscience.

J’espère que la lecture de ce livre sera un enrichissement pour chacun de ses lecteurs.

Gonsar Tulkou Rimpoché

Directeur spirituel

Rabten Choeling

Le Mont-Pèlerin, juillet 2001



Introduction

Par expérience nous savons que si nous désirons collaborer avec quelqu’un, nous devons comprendre la nature de cette personne. Nous allons donc adapter notre comportement envers elle en fonction de cette compréhension et éviterons ainsi tout conflit ou toute déception, etc. Si cette compréhension nous fait défaut, nous pourrons facilement être trompés et déçus.

Depuis notre naissance, nous avons accompli toutes nos différentes actions par les trois portes, c’est-à-dire le corps, la parole et l’esprit. Des trois, l’esprit est le plus important : il est en quelque sorte le directeur. C’est pourquoi nous devons clairement comprendre sa nature. Ainsi nous saurons comment travailler avec lui et agir sans erreur. En résumé, par la compréhension de la nature de notre esprit, nous deviendrons capables de le contrôler, ce qui nous permettra d’éviter des difficultés et des souffrances.

Lorsque l’esprit n’est pas maîtrisé, des facteurs mentaux perturbateurs surgissent, provoquant toutes sortes d’erreurs. Etant donné que l’esprit est la source de toutes les actions du corps et de la parole, il s’ensuit tout naturellement des erreurs physiques et verbales dont nous devons supporter les conséquences malgré nous.

Divers systèmes de psychologie

Bien des personnes s’en sont rendu compte et ont élaboré divers systèmes de psychologie pour tenter d’analyser l’esprit.

Certains essaient d’améliorer leur compréhension de l’esprit en analysant les expériences et les comportements des autres. Ils constatent que la conscience apparaît presque toujours en dépendance des organes des sens et en concluent que ceux-ci constituent la partie principale de l’esprit.

D’autres interviennent délibérément sur le système nerveux de leurs patients et tirent ensuite des conclusions à partir des modifications subséquentes de la personnalité des individus traités. Grâce à ces méthodes, ils peuvent facilement affirmer que ­l’esprit est une partie physique subtile du corps, peut-être le système nerveux lui-même.

D’autres comparent les transformations mentales à celles que subissent les forces des éléments du corps et considèrent simplement l’esprit comme une de ces forces ou énergies.

D’autres encore affirment que, comme une activité mentale intense occasionne des maux de tête, le cerveau doit être l’esprit.

Les gens ordinaires jugent les états mentaux des autres au vu de leurs attitudes physiques et des expressions de leur visage dont ils font des interprétations hasardeuses.

Toutes ces conclusions ont été faites, après analyse, par des personnes sensées et nous ne pouvons pas dire qu’elles sont totalement fausses. Certes les investigations de ces chercheurs ont pénétré le domaine de l’esprit. Nous pourrions dire que certaines de leurs intuitions sont correctes, mais les théories et systèmes qu’ils en ont tirés sont erronés.

Dans le premier cas, ceux qui affirment que ­l’esprit est un organe des sens ont bien saisi l’étroite relation existant entre les deux phénomènes. Cependant, ils franchissent un pas sans justification en soutenant qu’ils sont d’une seule nature.

Dans le deuxième cas, ceux qui soutiennent que l’esprit est une partie physique subtile du corps, ont bien vu que l’esprit et les vents subtils1 sont inséparables, mais là aussi leur conclusion est fausse.

De la même façon, comme les éléments du corps sont extrêmement puissants, il est facile d’affirmer que l’esprit n’est qu’une force ou une énergie faisant partie de ces éléments. Cependant, si nous poursuivons notre investigation dans cette direction, nous verrons qu’il n’y a pas de raison de restreindre notre analyse aux seuls éléments du corps. Nous serons donc forcés d’attribuer un esprit à toutes sortes d’autres choses. De grandes complications vont s’ensuivre.

La relation entre la tête et l’esprit est expliquée de la façon suivante : lorsque l’esprit est engagé dans une activité intense les forces mentales doivent être rassemblées, concentrées ce qui crée une certaine pression dans les canaux où circulent les vents2 ; ces derniers peuvent ensuite monter à la tête et produire une tension physique. C’est pour cette raison que les personnes qui méditent beaucoup se plaignent souvent d’une sensation de pression ou, au contraire, de resserrement dans la tête.

Les traités de médecine bouddhiste expliquent que notre corps physique est constitué de flegme, de bile et de vent3. Le flegme se trouve plus particulièrement dans les poumons et le cerveau. Lorsque les vents montent et rencontrent le flegme dans le cerveau, il en résulte des vertiges et des maux de tête.

De plus, la pression des vents qui augmente lorsque l’esprit est concentré, affecte la pression sanguine, ce qui peut provoquer des maux de tête, des maux de dos et même des attaques cardiaques.

Notre corps comprend plusieurs centres4 : aux niveaux du nombril, du cœur, de la gorge et de la tête notamment. Ce dernier a une relation très importante avec l’esprit ainsi qu’avec les effets secondaires, occasionnels et déplaisants de la con­centration.

Pour étudier l’esprit, nous devons comprendre que rien de tout cela n’est de la nature de la conscience. Néanmoins la relation de tous ces éléments à la conscience avec laquelle ils sont interdépendants est extrêmement subtile. Observer ces phénomènes de près et comparer les diverses thèses et théories de la psychologie, pourra, si nous en sommes capables se révéler fort bénéfique.

Il y a même aujourd’hui des gens pour qui ­l’esprit est semblable à l’espace ou à quelque force cosmique fondamentalement indivisible. Mais, en réalité, chacun de nous est doté d’un continuum mental individuel, distinct de celui des autres.

La nature de l’esprit

Nous pouvons comprendre facilement que l’esprit est ce qui pense, se souvient, fait des projets, etc. Mais il nous est nettement plus difficile de comprendre clairement sa vraie nature.

Comme pour tous les phénomènes, l’esprit a deux natures : une nature conventionnelle ou relative et une nature ultime ou finale. Nous allons maintenant parler de la première5.

Sur le plan conventionnel, l’esprit est totalement dépourvu de matière ou de forme physique : il est dit «clair»6. Cependant, il est également transitoire7 car, contrairement aux phénomènes permanents tels que l’espace vide8, il est un flux, changeant constamment d’instant en instant. Nous pouvons poser notre livre et voir les changements innombrables qui se produisent dans notre propre esprit en quelques minutes seulement : maintenant nous sommes en train de regarder par la fenêtre, maintenant nous pensons au passé, maintenant nous faisons des projets. Il y a d’innombrables états d’esprit différents et tous sont transitoires : ils ne demeurent qu’un instant.

De plus, l’esprit n’est pas défini comme changeant seulement par rapport à son objet principal mais aussi en terme de sentiments différents : bonheur, chagrin, indifférence, etc. Ces derniers apparaissent constamment, se succédant les uns aux autres. Comme un drapeau sans cesse agité par le vent, notre esprit est continuellement agité par le flot des circonstances changeantes.

Outre sa clarté, l’esprit a encore une autre caractéristique : il existe dans la nature de la connaissance, ce qui signifie qu’il a la capacité d’être conscient de tout objet avec lequel il entre en contact. Par exemple, notre esprit est totalement capable de prendre conscience de tous les détails de nos mains. Il est comme un miroir qui reflète clairement tout ce qui se présente à lui.

Spécificité de l’esprit

L’une des particularités de l’esprit est sa capacité à développer un nombre illimité de qualités positives s’il est correctement orienté. Les Arhats, les Bodhisattvas et les Bouddhas ont tous réalisé leurs différents états par le développement mental. Ce dernier se fait progressivement par l’accoutumance à des états d’esprit positifs. Fondamentalement, l’esprit de ces êtres est semblable au nôtre : il est clair et connaissant. Dans leur nature, tous ces différents états d’esprit ne présentent aucune différence. Cela signifie qu’en nous efforçant au développement intérieur, nous pouvons nous aussi devenir un Arhat, un Bodhisattva ou un Bouddha. Par exemple, avant d’aller à l’école nous ne savions même pas l’alphabet, mais grâce à de bons professeurs, nous avons même pu obtenir des diplômes universitaires. Notre état d’esprit actuel, qui a acquis toutes sortes de connaissances, est le prolongement ultérieur du continuum mental ignorant de notre enfance. Ce n’est pas comme si nous avions soudainement reçu un nouvel esprit. Notre état actuel est le résultat substantiel9 de nos états d’esprit passés et il s’est développé d’une manière graduelle. Par l’emploi de méthodes appropriées, une telle évolution peut produire un esprit qui perçoit tous les phénomènes, en bref, un esprit aux possibilités infinies. De l’exemple de notre propre développement depuis l’enfance jusqu’à maintenant, nous pouvons déduire que le développement de l’esprit n’est pas compliqué. Il est au contraire facile si nous faisons les efforts appropriés.

La cause du bonheur

Puisque l’esprit est prépondérant, nous pouvons constater que son évolution influencera les actions du corps et de la parole et que les résultats en seront grandement bénéfiques. Cependant, si nous laissons notre esprit dégénérer, nous commettrons beaucoup d’erreurs qui seront sources de souffrance et de malheur tant pour nous que pour tous ceux qui nous entourent. Ainsi, le bonheur ou le chagrin que nous éprouvons aujourd’hui, de même que ceux à venir, dépendent directement d’états d’esprit positifs ou négatifs.

En résumé, que nous poursuivions des buts mondains ou religieux, notre succès repose sur un esprit civilisé10. Peu importe les progrès extérieurs, nous ne connaîtrons jamais un réel bonheur si nous n’avons aucun contrôle sur notre esprit.

Qu’est-ce qu’une personne religieuse ?

Bien des gens pensent qu’une personne n’ayant aucune foi religieuse ne peut pas faire des progrès intérieurs, mais ce n’est pas le cas. Par exemple, il se peut que nous rencontrions une personne animée par l’intention délibérée de nuire aux autres. Si nous sommes habiles, nous pouvons parvenir à lui expliquer que, tout comme elle, les êtres auxquels elle souhaite nuire n’aiment pas souffrir. Cette démarche pourrait l’amener à modifier son intention malveillante. La faire se détourner d’une telle action négative, tout en en comprenant les conséquences, devient un acte religieux, même si son auteur se considère lui-même comme athée.

Le potentiel d’une personne qui comprend11 la nature de l’esprit

Il est important pour les érudits, comme pour les méditants, de comprendre la nature et le potentiel de l’esprit. Ils seront ainsi plus facilement convaincus de l’existence des vies passées et futures. Bien que ce corps physique grossier soit une continuation des cellules qui ont commencé à croître dans le ventre de notre mère, nous verrons que notre esprit ne procède pas de cette cause matérielle, mais qu’il a sa propre origine de nature non-matérielle et sans forme.

Lorsque nous comprenons que l’esprit est sans forme et impermanent, nous sommes amenés à le voir comme un courant ininterrompu, chaque instant résultant directement du précédent et donnant naissance directement au suivant. De cette façon, nous pouvons remonter le cours de l’esprit jusqu’au moment de notre naissance et de notre conception.

Quand nous comprenons que l’esprit est sans forme et que sa cause ne peut être autre que «sans forme», alors nous sommes capables de réaliser que la cause de l’esprit ne peut pas être les cellules dans le ventre de notre mère. Si nous poursuivons ainsi sur la base d’un raisonnement correct et d’une investigation précise, nous pourrons conclure avec certitude que les vies passées ont existé.

De la même façon, nous verrons qu’au moment de la mort, l’esprit se sépare du corps, son support physique. Puis, le corps se désintègre soit en étant brûlé, soit en se décomposant, mais il est impossible d’affirmer que l’esprit subit le même sort. En réalité, la conscience poursuit son cours transitoire mais sans fin.

Le corps et l’esprit

Le sperme et l’ovule de nos parents étant la cause substantielle12 de notre corps actuel, nous pouvons à juste titre penser que toute ressemblance physique s’explique par cette relation. Cependant, il serait faux d’expliquer ainsi toute ressemblance mentale et comportementale. Il y a certainement une relation, mais notre esprit n’est pas le résultat substantiel des cellules parentales. En fait, cette relation est tout à fait indirecte. Nous sommes donc dans l’erreur lorsque que nous pensons que notre esprit est hérité, partiellement ou intégralement, de nos parents ou de nos ancêtres. Par exemple, des frères et sœurs peuvent avoir une grande ressemblance avec leurs parents, tout en ayant des caractères très différents. Même s’ils sont élevés exactement de la même façon, nous pouvons observer des tendances contraires : l’un peut avoir un fort penchant pour la spiritualité et pas l’autre. De tels raisonnements deviennent de plus en plus convaincants lorsque nous y réfléchissons et les gardons en mémoire tout en regardant autour de nous.

Les inconvénients de ne pas comprendre l’esprit

Dans la pratique du Dharma, la compréhension correcte de l’esprit n’est pas seulement utile, elle est cruciale pour comprendre des sujets fondamentaux, tels que la réincarnation. En pensant par exemple que l’esprit est quelque chose de matériel, nous pouvons facilement soutenir des vues erronées comme la non-existence des vies passées.

Bien des personnes arrivent à cette conclusion sans appliquer aucun raisonnement. D’autres soutiennent ce point de vue en s’appuyant sur des raisonnements erronés ou peu concluants. Par exemple, elles affirment la non-existence des vies futures en supposant que l’esprit se désintègre avec le corps au moment de la mort. Il existe ainsi bien des vues erronées. Elles sont toutes dues à l’ignorance concernant la nature de l’esprit. Grâce à une compréhension correcte, l’idée que l’esprit se dissout avec le corps peut être éliminée et nous pouvons ainsi parvenir à appréhender la continuité de la conscience.

Les éléments extérieurs ont un effet puissant et affectent facilement notre esprit. Par exemple, lorsque le temps change, il se peut que notre esprit s’embrume et s’endorme. Nous pensons alors qu’il doit avoir une composition physique similaire à la leur, si notre esprit réagit ainsi aux éléments. Mais ce n’est pas le cas13.

L’esprit et les facteurs mentaux

Ce que nous appelons «esprit» est un flux continu d’actes cognitifs. Ces actes sont des consciences principales (qui appréhendent la présence fondamentale de l’objet) et des facteurs mentaux (qui surgissent en association avec une conscience principale et appréhendent les qualités spécifiques de leur objet). Un acte cognitif est une association de plusieurs facteurs ou événements mentaux secondaires.

Ces facteurs mentaux s’élèvent de l’esprit lui-même comme des rides à la surface de l’eau, puis se dissolvent à nouveau dans l’esprit. En disant que chaque acte cognitif est un agrégat de ces facteurs mentaux, je ne fais pas référence aux moments de conscience qui composent l’esprit. Je veux dire que les facteurs mentaux sont comme un assemblage de différents aspects qui apparaissent simultanément. Tout comme les parties d’une bicyclette viennent ensemble former la bicyclette elle-même, ainsi les différents facteurs mentaux forment la conscience principale. En résumé, la conscience principale n’est rien d’autre que l’amalgame de ses différents facteurs mentaux.

Chaque état de conscience est pourvu de facteurs mentaux : cinq sont omniprésents14, cinq sont dits déterminants15, onze sont positifs16, vingt-six néga­tifs17 et quatre sont changeants18. D’une manière générale, il existe un nombre incalculable de facteurs mentaux, mais ceci en est un résumé dans lequel figurent la plupart de ceux qui doivent être cultivés ou abandonnés afin de développer l’esprit.

En ce qui concerne les facteurs positifs, nous pouvons découvrir par la pratique que plus ils apparaissent dans l’esprit, mieux ils y sont établis. Ils purifient simultanément toutes nos actions mentales et physiques et s’opposent directement à l’apparition d’états d’esprit négatifs. Leur développement continu aboutit à la conduite des Bouddhas et des Bodhisattvas.

Lorsque nous permettons aux facteurs négatifs de se développer, nous accumulons des causes de souffrances. Puisque nous aspirons au bonheur, nous devons d’abord apprendre à comprendre et à reconnaître quels sont les facteurs positifs, puis faire des efforts pour les affermir. Ainsi, nous devenons plus forts et accroissons notre potentiel de bonheur. Cette transformation doit se faire à l’intérieur de nous. Nous ne pouvons pas la recevoir de l’extérieur.

De la même façon, il est important de reconnaître clairement la nature et les caractéristiques des facteurs négatifs de l’esprit. Puis, en les soumettant pour finir par les éliminer totalement, on peut abandonner la souffrance.

Ainsi, en sachant ce qui doit être appliqué et abandonné, nous prenons la responsabilité de pratiquer la religion. Nous n’avons besoin ni d’outils, ni de machines, ni d’aide extérieure d’aucune sorte. Nous devons tendre autant que possible à une transformation intérieure. Même si tout le monde est très gentil avec nous et souhaite vraiment nous aider, toutes ces personnes ne peuvent pas résoudre le problème fondamental de notre ­esprit incontrôlé.

Il y a beaucoup d’écrits sur le Bouddhisme mais nous ne devons pas lire n’importe quoi. Nous devons vraiment étudier attentivement des explications détaillées sur l’esprit et les facteurs mentaux.

La cause de la souffrance

Il y a des moments où lorsque nous essayons de méditer, il n’apparaît dans notre esprit qu’un état d’obscurité et d’endormissement. Nous allons ainsi découvrir que cet état provient de l’esprit lui-même. Il s’agit d’un facteur mental négatif appelé «opacité mentale». Des émotions telles que l’attachement, la haine, la jalousie, etc. sont des facteurs mentaux négatifs. Ces états d’esprit sont la véritable cause de toute l’agitation, des conflits et des souffrances que nous rencontrons. Nous sommes semblables à de minuscules bateaux ballottés par des vagues violentes, impuissants et incapables de trouver un instant de paix. Ainsi en est-il dans l’océan de notre ­esprit balayé par les vagues violentes et incessantes des conceptions perturbatrices.

Mais malgré cela, nous rejetons toujours la responsabilité de nos problèmes sur les autres comme s’ils en étaient la cause substantielle. Néanmoins, même s’il se peut qu’il y ait une relation entre ces personnes et nos souffrances, nous devons apprendre à reconnaître que la cause principale de nos problèmes réside dans notre propre esprit. Il n’est pas rare lorsque nous rencontrons des souffrances, que nous soyons bouleversés et dépressifs. Nous gémissons et nous nous plaignons. Quelques personnes vont même jusqu’à se suicider. Le fait de comprendre la nature de l’esprit et d’y voir la cause principale de nos problèmes et de la souffrance nous évitera d’être traumatisé et de réagir de façon démesurée. En voyant que cette cause existe aussi bien à l’intérieur de notre esprit que dans celui des autres personnes, nous ne serons plus surpris lorsqu’un événement déplaisant surviendra.

Grâce à cette attitude face à nos problèmes, nous allons réaliser que tant que la cause intérieure de souffrance n’est pas éliminée, quelle que soit la personne avec laquelle nous nous trouvons, où que nous allions, quelle que soit la position que nous obtenons, nous ne pourrons jamais éprouver un bonheur réel et durable. En mettant fin à nos attentes vaines nous développerons un esprit beaucoup plus ouvert et souple et lorsqu’un problème surviendra, nous pourrons facilement y faire face. Simultanément, nous verrons apparaître en nous la compassion et la compréhension à l’égard des autres et notre aspiration à la pratique religieuse va augmenter.

La cause de la souffrance, qui réside dans notre esprit, ne peut être éliminée que par l’esprit lui-même. Pour ce faire, nous devons accroître le pouvoir de l’esprit et plus il deviendra subtil, plus il sera puissant. Nous devons savoir exactement comment l’utiliser sinon nous allons rencontrer des difficultés. Chaque action de l’esprit dépend donc des différents facteurs mentaux. Si l’esprit est sous le contrôle de facteurs vertueux, il sera guidé dans une bonne direction. Au contraire, s’il est sous le contrôle de facteurs non-vertueux, il en prendra une mauvaise. Nous pouvons comparer l’esprit à un enfant innocent qui peut être influencé négativement par des mauvais amis, ou positivement par de bons amis, son comportement dépendant, pour une bonne part, de la nature de ses compagnons.

L’attachement et la compassion

L’attachement se développe non seulement envers des personnes et des objets des sens mais aussi envers des notions abstraites comme la réputation, la gloire, la religion ou l’idéologie.

Bien des gens pensent qu’abandonner l’attachement signifie délaisser toute affection ou penchant pour des objets plaisants. Ils pensent que le fait de considérer un objet comme étant attirant est totalement faux. C’est méconnaître les enseignements du Bouddha car, si nous n’avions aucune attirance pour notre propre bonheur et celui des autres ainsi que pour l’illumination, comment pourrions-nous parcourir le chemin qui nous y conduit ? Si nous n’avons aucune envie d’aller quelque part, nous ne ferons même pas le premier pas dans cette direction et il sera encore moins question d’y arriver. L’amour et la compassion dépendent respectivement du désir de rendre les autres heureux et de les libérer des souffrances. Il est alors nécessaire de les voir comme des objets plaisants. Il se peut qu’ici un doute s’élève en nous : n’est ce pas la même chose que d’éprouver de l’attachement envers les autres êtres ? Ce n’est pas pareil : l’amour et la compassion sont des états mentaux exacts et fondés dans leur façon d’appréhender leur objet. L’attachement, lui, a pour caractéristique d’exagérer les qualités positives de l’objet et d’en méconnaître la vraie nature. Il appréhende son objet de façon incorrecte19.

Par exemple, si nous allons dans un parc et que nous y voyons de magnifiques fleurs, l’attachement peut apparaître. Nous exagérons les qualités de ces fleurs et cherchant à nous faire plaisir nous nous attachons à notre conception déformée. Cependant, nous pouvons renoncer à l’attachement sans avoir à renoncer au plaisir, simplement en offrant immédiatement aux Bouddhas tout ce qui nous semble attrayant. De cette manière, l’esprit égoïste d’attachement ne peut plus se manifester et nous sommes capables de voir les fleurs avec relativement peu de conceptions erronées. Ces deux états d’esprit ont en commun une attirance, mais l’attachement est perverti et entraîne des conséquences fâcheuses alors que l’amour et la compassion sont réalistes et causes de bonheur.

La colère

La colère est, quant à elle, sans détour. Lorsque nous sommes sous l’influence de ce facteur mental, nous sommes immédiatement agités et nous éprouvons des souffrances mentales, voire physiques, ainsi qu’un certain malaise. L’esprit, sous cette influence, se trompe également sur la nature de l’objet. Que cet objet soit plaisant ou déplaisant, il le saisit comme étant totalement déplaisant, comme une chose haïssable.

L’attachement et la colère sont comme une paire d’amis, malhonnêtes et rusés. Ils troublent en permanence notre esprit provoquant l’apparition de facteurs mentaux négatifs qui entraînent des actions erronées.

Reconnaître notre véritable ennemi

Nous recherchons toujours notre ennemi, la cause de nos souffrances, à l’extérieur de nous. Mais nos ennemis réels ne sont ni les autres, ni les conditions. La nocivité de nos ennemis est variable : ils peuvent même devenir nos meilleurs amis et nous prodiguer de grands bienfaits. Néanmoins, cela ne signifie pas qu’il n’y ait nulle cause réelle à tous nos problèmes. Ce sont ces mêmes conceptions perturbatrices qui sont nos vrais ennemis. Tant qu’elles existent, elles nous nuisent concrètement et ne changent jamais de nature. Quiconque souhaite s’engager dans une pratique religieuse identifie au préalable ces conceptions perturbatrices. Après avoir réalisé que ce sont là des ennemis implacables, il consacre toutes ses forces et son énergie à leur totale destruction.

Idées étranges et conceptions erronées fréquentes

Aujourd’hui, certains pensent que ces conceptions perturbatrices ne doivent être ni combattues, ni détruites mais qu’il faut les considérer avec gentillesse et passivité. Cependant, en examinant la situation, nous verrons que si ces perturbations sont toujours présentes en nous, toujours avec la même force, c’est parce que nous leur avons toujours été soumis et avons accepté qu’elles nous dirigent. Le résultat c’est que nous demeurons enchaînés au cycle des existences, éprouvant constamment des souffrances. En suivant les conseils de ces personnes, nous serions comme un alcoolique qui écoute celui qui lui recommande de continuer à boire. Etant donné que ces raisonnements sont dénués de fondement, nous pouvons nous demander pourquoi certains les soutiennent. Ceci est dû à notre penchant naturel pour la facilité. Combattre les conceptions perturbatrices est un travail difficile et déplaisant alors que les suivre peut sembler bien plus confortable. Cependant, après avoir clairement vu ce qu’étaient ces conceptions perturbatrices, nous pouvons les identifier comme étant le vrai grand problème. Mais il n’est pas facile de les éliminer. Ce travail demande beaucoup d’efforts. En fait, pour pouvoir réaliser notre but, nous devons apprendre à cultiver et à utiliser nos états de conscience les plus puissants.

Sommeil et rêve

Tous les êtres ont, en plus des cinq consciences sensorielles, une conscience mentale dont la transformation fait l’objet de notre pratique et dont le potentiel est de loin le plus important. Chez les êtres ordinaires tels que nous, cette conscience mentale suit les consciences sensorielles et (ou) est dirigée par la force de ces dernières. Elle a, cependant, un aspect plus concentré et plus intériorisé qui est le plus puissant.

Dans notre état actuel, nous voyons que nous sommes contrôlés par nos désirs : ils nous entraînent irrésistiblement vers des objets des sens attrayants. En raison de cette forte sollicitation de l’esprit par les objets des cinq sens, nous avons fait de grands progrès dans les affaires extérieures ce qui a abouti à un âge de grande avancée technologique. Cependant, comme nous n’avons effectué aucun changement intérieur en parallèle, une sorte de déséquilibre est apparu et notre vie intérieure reste pauvre. Les grands Arhats et les Bodhisattvas, peu ou nullement engagés à des activités extérieures, ont éliminé toutes les difficultés et les souffrances par la force du développement mental. Dès lors, puisque nous souhaitons tous le bonheur et cherchons à être libérés des souffrances et comme la racine de toutes ces souffrances est en nous, nous devons nous efforcer de progresser sur le chemin de la transformation intérieure. Cela va nous permettre de trouver la paix intérieure et de vaincre les problèmes extérieurs. Pour y arriver, il faut concentrer l’esprit et ceci est accompli par la méditation.

En plus de la méditation, il y a plusieurs façons naturelles de rassembler l’esprit vers l’intérieur, l’une d’entre elles étant le sommeil. Bien que nous soyons tous très habitués au sommeil, nous ne savons pas comment en tirer profit et nous perdons ainsi l’occasion de l’utiliser à bon escient.

Le sommeil

Le sommeil est un facteur mental20 qui peut être utilisé de façon très efficace, mais pour y parvenir, nous devons, lorsque nous y sommes plongés, maintenir notre clarté d’esprit. Ceci est contraire à nos habitudes, à tel point que, pour nous, être endormi ou être conscient sont normalement deux états totalement différents.

Etant donné que le sommeil est un facteur mental, son apparition dépend de certaines conditions. La lourdeur physique et la fatigue mentale en sont deux. Lorsque nous ne pouvons pas dormir, nous plaçons parfois quelque chose sur notre tête de façon à faire venir le sommeil. En d’autres termes, nous tentons de réunir les conditions qui le produisent.

Le sommeil est donc un état de conscience qui, s’il est utilisé de façon appropriée, peut devenir très bénéfique et fructueux. Cependant, il est d’ordinaire nuisible car l’une de ses caractéristiques est la perte d’activité.

Le sommeil en tant que méditation

Pour le moment, il nous est difficile de demeurer conscients tout en dormant, mais dans la pratique de la méditation liée aux vents subtils, il y a des méthodes pour y parvenir.

Lorsque nous sommes réveillés, nos consciences sensorielles sont habituellement attirées vers l’extérieur par les objets des sens. Le sommeil est juste l’opposé : lorsque nous nous endormons, les consciences sensorielles se rassemblent graduellement à l’intérieur. Si nous prenons précisément conscience de ce processus, nous allons connaître les expériences générales du processus de la mort : la vision semblable à un mirage, la vision semblable à de la fumée, la vision semblable à des étincelles et la vision semblable à une lampe à beurre21. Bien que les expériences de l’endormissement et de la mort soient semblables de ce point de vue, leurs causes réelles sont totalement différentes. Le sommeil est le résultat de la résorption des consciences sensorielles alors que la mort est le résultat de la dissolution des quatre éléments, terre, air, feu et eau. C’est pour cette raison que la clarté de ces deux expériences est différente, celle de la mort étant très vive et celle du sommeil n’étant généralement pas reconnue ; s’il arrive qu’elle le soit, elle est de toutes façons moins claire. Néanmoins, ces processus sont similaires. Ces expériences peuvent également apparaître à la conscience22 d’une personne lorsqu’elle est anesthésiée avant une intervention chirurgicale.

Un être avancé dans la méthode de transformation du sommeil reconnaît clairement ces étapes, l’une après l’autre. Après la quatrième, il génère l’état de claire lumière du sommeil, état d’esprit très subtil que les yogis intègrent à la méditation sur la vacuité. Cette méditation devient alors très bénéfique.

Milarepa a dit :

Lorsque je dors, je médite,

Et tout mon sommeil devient claire lumière.

Nul autre à part moi ne détient cet enseignement essentiel,

Mais si tous le possédaient, comme cela réjouirait

mon cœur!

Cela ne veut pas dire que Milarepa est le seul détenteur de cette méthode et que personne d’autre ne peut la pratiquer. Il chante ces vers car la plupart des êtres ne connaissent simplement pas cette méthode et ne peuvent pas mettre à profit leur sommeil.

Il est donc important pour nous de comprendre tout au moins qu’il est possible de transformer le sommeil et de ne pas toujours le considérer comme une simple perte de temps car il peut se révéler très bénéfique.

Même les êtres ordinaires comme nous peuvent, par une pratique graduelle, progresser dans cette direction. Chaque fois que nous nous endormons, au lieu de nous abandonner complètement à l’inconscience, nous devons essayer de devenir conscients du processus d’absorption. Au début, nous perdrons le fil après un bref instant et ce dont nous aurons conscience ensuite sera le réveil, au matin. Cependant, si nous développons régulièrement cette habitude, nous deviendrons, nuit après nuit, plus conscients et nous apprendrons à reconnaître ce processus de plus en plus clairement.

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113 стр. 6 иллюстраций
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9782889250806
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