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Étienne Cabet

Système de fraternité


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066319298

Table des matières

SYSTEME DE FRATERNITÉ.

POINT DE MILIEU.

RÉPUBLIQUE.

FRATERNITÉ.

LIBERTÉ.

Incroyables calomnies.

Cabet accuse d’escroquerie.

ICARIE. Existe-t-elle? où est-elle?

Nos deserteurs.

Courage, Persévérance.

SYSTÈME DE FRATERNITÉ. (Extrait du POPULAIRE.) N o 2.

POUVOIR LÉGISLATIF.

ICAR E DEVANT LE MONDE.

Armes de nos adversaires.

Notre mission.

QUELQUES PROTESTATIONS En faveur du Citoyen Cabet, accusé d’escroquerie.

Société des Proscrits démocrates-socialistes à Londres.

Protestation de la Colonte Icarienne à Nauvoo.

Protestation de trois prétendus Plaignans et témoins à charge.

Membres de la première et de la deuxième Avant-Garde.

Protestation des icariens de Paris.

Les Icariens de Toulon à leur vénéré Père Cabet.

AUX FONDATEURS D’ICARIE.

LE CITOYEN CABET A LOUIS-NAPOLÉON, Président de la République française.

ROME.

DÉFENSE LÉGITIME.

INFAME CALOMNIE.

SYSTÈME DE FRATERNITÉ. N o 3.

ÉMANCIPATION DU BAS CLERGÉ.

Suffrage universel Comme une garantie de la souveraineté de chacun.

Conclusion.

Louis Blancs aux Curés de campagne.

JÉSUITISME CONFONDU.

Ce Communisme, c’est le vrai Christianisme.

La Communauté des biens obligatoire pour les vrais Chrétiens .

Que faire dans notre situation?

SYSTÈME DE FRATERNITÉ N o 4.

UNION ET FUSION.

Explication sur la fraternité. (Extrait d’une lettre de P. Bourg à un intime ami.)

Faites mieux, ou taisez-vous!

ALERTE, ICARIENS! On nous déclare la guerre.

A la rédaction de la VOIX DU PEUPLE.

Lettre du citoyen Durand.

C’est Proudhon.

Qu’est-ce que Proudhon?

Qu’est-ce que la VOIX DU PEUPLE?

SYSTÈME DE FRATERNITÉ. (Extraits du POPULAIRE.) N o 5.

PROTESTATION DU CITOYEN CABET Contre sa deuxième condamnation par défaut.

Le citoyen CABET au citoyen PROUDHON.

Réponse des Icariens de Nauvoo.

Mort aux Socialistes!

Tablettes d’un transporté.

TROIS PARTIS DANGEREUX.

Parti de la Révolution.

Parti des Assassins.

Le parti des Athées.

Conclusion.

Dette des États de l’Europe.

RÉGIME DES MAJORITÉS.

Mortalité dans les Manufactures.

Impôts en Suisse et en France.

SYSTÈME DE FRATERNITÉ. N o 6(dernier) .

AU LECTEUR.

Socialisme.

Chômage.

Californie et Icarie.

Droit de détester la République.

Géographie mensongère.

République romaine.

Malheur aux Conspirateurs.

Jugement universel du Peuple.

La Consommation.

L’Impôt.

Tu es un communiste

Je ne suis pas Communiste

Garde à nous

Catholicisme.

Souvenir historique.

Infaillibilité de l’Eglise catholique.

Plus de Maîtres

Gouvernement.

Peuple et Gouvernement.

Etat de siège.

Idée générale du Communisme.

FRATERNITÉ. Relations fraternelles.

La Nature et la Société.

Notre Evangile.

Progrès Irrésistible: notre triomphe certain.

SOUVERAINETÉ DIRECTE.

Révision par le Peuple et pour le Peuple.

Gouvernement direct et universel.

Opinion de Louis Blanc SUR LE GOUVERNEMENT DIRECT.

Opinion de Lamartine SUR LE MÊME SUJET.

Gouvernement naturel ou providentiel.

Autorité.

Unité sociale.

Quand et comment serons-nous affranchis?

Ni Constitution, ni Lois, ni Législateurs

Absurdité et danger des lois écrites.

Où allons-nous?

Règne de Dieu.

L’avenir est à nous

Démocrates! serrons nos rangs!

RÉFORME DÉFINITIVE. Projet à soumettre à la Souveraineté nationale.

I. Conseils pour l’époque préparatoire.

II. Société fraternelle.

III. Formation de la Société fraternelle.

Dernier mot.

SYSTÈME

DE

FRATERNITÉ.

(Extrais du POPULAIRE.)

No1.

Adoptons, pratiquons, proclamons, propageons

le principe chrétien de la Fraternité, tirons-en tou-

tes les conséquences, et nous arriverons à l’organi-

sation sociale la plus parfaite, et la plus capable

de réaliser complètement le salut et le bonheur de

l’Humanité. CABET.

Prix: 10cent., par la poste, 15c.

PARIS,

AU BUREAU DU POPULAIRE,

RUE J.-J. ROUSSEAU, 18,

ET CHEZ LES PRINCIPAUX LIBRAIRES.

Septembre1849.

ROUGES OU BLANCS.

Le grand Jugement universel, appelé, à cause de sa justice et de sa puissance, Jugement de Dieu, approche et nous entraîne, tous, à ne former que les deux camps évangéliques qui doivent embrasser toute l’Humanité.

Encore un moment et il n’y aura plus sur toute la terre que des Élus et des Damnés, des Rouges et des Blancs.

Nous ne pouvons pus résister; nous sommes tous forcés de nous déclarer Rouges ou Blancs: chacun selon son cœur et ses habitudes.

Quant à nous, nous sommes Rouges dans toute la force du terme. Nous acceptons la Révolution et la Répuplique avec toutes leurs conséquences.

La Révolution pour nous, c’est l’accomplissement de la destinée de l’Humanité; c’est celle grande transformation de la Société humaine, que l’Évangile appelle Jugement de Dieu, Jugement dernier.

La Révolution, suivant Robespierre, l’un de ses plus fidèles et ardens Apôtres, doit avoir pour but d’améliorer profondément le sort du Peuple, autrement elle ne serait qu’un CRIME remplaçant une autre CRIME.

Nous sommes donc, dans ce sens, Révolutionnaire au suprême degré: car nous voulons le bonheur commun de tous les Peuples. Nous abandonnons aux Blancs tous les embarras des Révolutions stériles pour le bonlnur du Peuple: à eux toute la responsabilité de leurs crimes! Voici notre programme:

Réalisation complète du VRAI CHRISTIAMISME avec toutes ses conséquences, jusqu’aux dernières limites, posées par PAUTEUR DE L’ÉVANGILE: rien de plus, rien de moins.

Nous acceptons par conséquent et nous voulons réaliser:

FRATERNITÉ.


SYSTEME DE FRATERNITÉ.

Table des matières

POINT DE MILIEU.

Table des matières

Le Communisme avec la Paix, la Fraternité et le bonheur de tous ; ou le despotisme avec la guerre, l’oppression et la misère de l’immense majorité; ce sont les deux uniques issues de la situation actuelle, les deux fameuses alternatives que Napoléon nous prophétisait, en nous assurant que dans cinquante ans toute l’Europe sera RÉPUBLICAINE ou COSAQUE. Il ne nous reste point d’autre choix. Voici comment le citoyen Billault le prouve (journal la Presse, du3juillet):

«Mais, me dit-on, pour être élu, je ne suis pas assez blanc aux yeux des uns, pas assez rouge aux yeux des autres. Je comprends bien ce que cela veut dire: entre les deux tendances extrêmes et exclusives qui se disputent le succès, il n’y a point de place en ce moment.»

Voici aussi ce qu’en dit avec beaucoup de raison et de conviction un journal monarchien, l’UNION, qui est pourtant excessivement intéressé à ne pas reconnaître cette toute puissante virtualité du Communisme, qui entraîne irrésistiblement toute l’Humanité à se constituer en une seule Famille de Frères:

«Nous le demandons à l’histoire et à la raison, aux faits acquis et au bon sens de tous, quel a été chez nous, depuis plus d’un demi-siècle, l’office des milieux révolutionnaires? En est-il un seul, dites-nous, qui ait sérieusement etd’une façon permanente, réalisé son rêve insensé trouvé ce point d’arrêt, ce tempéramment chimérique, véritable pierre philosophale de l’alchimie révolutionnaire? 93, avec sa sinistre logique, passa rapidement sur la tête des modérateurs, et la fit tomber en passant; l’orage de février dispersa à son tour d’autres modérateurs, et le parti vaincu, broyé du National, n’a pu même sauver ses débris au fond de l’urne du13mai.

Ainsi disparaîtront tous les milieux révolutionnaires; ainsi seront emportés tour à tour ces sophistes du moyen-terme, ces visionnaires du point d’arrêt, pareils à l’imprudent enfant de la ballade, qui, effrayé d’avoir déchaîné le torrent, cherchait naïvement à lui faire une digue de ses petites mains.

Cela dit, nous irons plus loin. Qu’on suppose un moment l’arrivée au pouvoir du parti montagnard. Certes, la chose est grave, la perspective assez menaçante: aussi ne faisons-nous qu’une supposition. Eh bien! dans l’hypothèse de cet avènement, le même phénomène se produit aussitôt. M. Ledru-Rollin et son parti politique passent rapidement à l’état de milieu révolutionnaire. De faction débordante, ils deviennent pouvoir débordé; d’oppresseurs de la veille, opprimés du lendemain. Ils sont menacés, ébranlés, emportés a leur tour par cette inflexible logique, qui crie, elle aussi, à la Révolution, ce que la voix du ciel répétait au maudit de Dieu: Marche incessamment, marche encore, marche, marche!

La Montagne n’est déjà plus l’expression avancée de la Révolution. Derrière son horizon apparaissent au monde des horizons plus lointains, mais qui, chaque jour, à chaque heure, se rapprochent de nous. Le Socialisme,–nous pouvons le nommer,–le Socialisme est le légataire tout prêt à recueillir la succession révolutionnaire du parti montagnard.

Mais encore qu’est-ce donc que le Socialisme? Qu’est-ce donc que la triple école de MM. Proudlion, Considérant et Pierre Leroux? Mon Dieu, rien de plus simple, et pour tout dire sur celte école à trois chaires, nous croyons pouvoir affirmer qu’elle est l’introduction au Communisme PUR du citoyen CABET.

Si donc nous poursuivons l’hypothèse posée, si nous admettons au pouvoir les chefs Socialistes, nous les voyons à leur tour devenir milieu révolutionnaire, comme l’aura été M. Ledru Rollin, comme l’auront été le parti du National et lesauires chercheurs doctrinaires du point d’arrêt en révolution.

Ainsi, le Communisme apparaît comme conséquence rigoureuse, infaillible, au fond de cet abîme qui s’est ouvert sous nos pas. C’est le terme dernier de la Révolution.»

Nous reconnaissons aussi que le Communisme est une conséquence rigoureuse, infaillible, de toutes les améliorations et de tous les progrès sociaux.

Et comme l’Humanité ne peut pas vivre sans progrès; la preuve en est que l’Europe, de cosaque qu’elle était naguère tout entière, devient irrésistiblement démocrate et socialiste; il en résulte que toutes les Nations marchent fatalement à la réalisation du Communisme, qui est le dernier terme de toutes les Révolutions.

Remarquons qu’à ce développement de l’opinion du journal légitimiste il ne manque qu’une seule conclusion, c’est que son système, comme barbare, oppressif, retrograde et matérialiste par excellence, est inévitablement destiné à périr, à tout jamais; tandis que le Communisme seul, réalisant la Fraternité avec toutes ses conséquences, accomplira la destinée de toute l’Humanité, et se perpétuera avec son bonheur impérissable, qui lui est déjà promis depuis tant de siècles par le Fondateur du Christianisme.


RÉPUBLIQUE.

Table des matières

Notre ennemi, c’est notre maître.

(LA FONTAINE).

Depuis le commencement de son existance l’ Humanité est divisée en deux classes, en oppresseurs et opprimés, en exploiteurs et exploités. Selon la judicieuse observation de Volney, il ny a aujourd’hui de milieu pour personne: il faut se ranger avec les uns ou les autres.

Suivant la tradition biblique les hommes se sont divisés dès le commencement en deux camps: celui des Abels ou des justes, dont l existance normale, providentielle, divine fut anéantie, ensevelie dans la mort par un fratricide; et celui des Coins ou des assassins, qui en vertu de leur force ou de leur ruse sont devenus maîtres et possesseurs de tout, même de la part des Abels.

Dieu notre PÈRE COMMUN ne pouvait ainsi abandonner ses enfans a la merci de la violence, de la vengeance et du crime. Il prit donc le parti des déshérités et des opprimés, et demanda compte aux Caïns de de leurs actions abominables.

Ceux-ci se montrèrent endurcis, incorrigibles, en prétendant qu’ils n’étaient obligés à aucune solidarité avec leurs Frères. Le Père éternel maudit ces individualistes et ces assassins, qui reconnurent dailleurs eux-mêmes avoir mérité d’être exterminés; mais il défendit de les tuer (Genèse ch. IV.); et il promit à l’Humanité qu’elle serait sauvée a jamais de la mort, que subissaient innocemment les Abels, par suite du mensonge, de la ruse et des promesses de ce vieux serpent symbolique, qui se présente encore aujourd’hui à nous sous la figure des diplomates et des jésuites.

Voilà l’origine, la raison et l’histoire de toutes les Sociétés individualistes, c’est-à-dire des monarchies, des fausses républiques, des aristocraties, des castes et des Peuples asservis.

Voilà la véritable question sociale, posée devant la République du24 février qui est venue avec la mission d’effacer toutes les iniquités, de réparer toutes les injustices, d’abolir tous les priviléges, de mettre fin à toutes les exploitations de l’homme par l’homme, de supprimer toutes les servitudes et la misère, de réduire les oppresseurs au rôle de serviteurs, et de réaliser enfin le Règne de Dieu sur la terre, en assurant la SOUVERAINETÉ pour chacun et pour tous et la FRATERNITÉ entre tous. Depuis des siècles, cette grande question a été déjà bien des fois agitée, principalement par un Communiste Galiléen, qui pour taire cesser le règne des Caïns, le règne du mensonge, de la ruse, de la corruption, de la violence et de la mort, cherchait à établir sur toute la terre la Solidarité universelle, et la Fraternité humanitaire.

Pour qu’on ne puisse se tromper sur la signification de sa Réforme et sur la portée de l’Association fraternelle qu’il provoquait entre tous les hommes de bonne volonté, il ne l’appela point Empire ni République, noms appliqués déjà à la Société des Caïns; mais il la qualifia de Règne ou Empire de Dieu, Eglise. Pour ne laisser aucun doute sur la nature de la Société qu’il voulait fonder, il enseignait que nous sommes tous Frères, et que nous ne devons former tous qu’une seule famille où il n’y a de privilège pour personne, où les premiers sont comme les derniers, et les Chefs comme des Serviteurs de tous, sans pouvoir jamais imposer par violence à personne leur volonté, leur commandement, ni même leur service.

Mais les Caïns, irrités comme une bête féroce a qui la proie échappe, pour anéantir l’Entreprise humanitaire de ce LIBÉRATEUR, lui firent expier sur le Golgotha son dévoûment pour ses Frères déshérités, exploités et opprimés^ Et quand ils s’aperçurent que sa mort ne pouvait empêcher la continuation de son OEuvre, ils se déclarèrent eux-mêmes Chrétiens, ses Apôtres, ses Continuateurs, avec toutes les démonstrations de régénération, d’abnégation, de saineté et de dévoûment à la Cause de l’Humanité souffrante. Mais ils ne le firent qu’en apparence, pour s’emparer du gouvernement dans son Eglise, afin de pouvoir tout commenter, expliquer, diriger et commander au profit de leur domination et de leur oppression.

Avec cette perfidie, qui les caractérise encore aujourd hui, ils se firent plus Chrétiens que tous les Chrétiens, afin de pouvoir exterminer les véritables Apôtres et Réalisateurs de la Fraternité évangélique. Ils continuent encore de jouer ce rôle ignoble, même en ce moment où le pape, l’un de leurs chefs, pousse Limpudence jusqu’à bénir le tyran sanguinaire de Naples, en le présentant comme un modèle de piété, et en maudissant toutes les populations qui cherchent à reconquérir leur dignité et qui ne demandent que la réalisation de l’Evangile.

Ce sont aussi eux qui, monarchiens dans l’âme, se font aujourd’hui passer pour de meilleurs Républicains que tous les Républicains de la veille, afin de pouvoir mieux les asservir tous ou les exterminer.

Ce sont eux qui, pharisiens, jésuites ou républicains honnêtes et modérés, sont toujours les mêmes, et qui se font tout à tous, afin de pouvoir s’emparer de tout et exploiter tout.

Ils crient: vive la République! pour pouvoir plus facilement la trahir, la vendre et l’anéantir au profit de la monarchie, qui répond le mieux à leurs vœux, et dans laquelle ils croient trouver leur salut.

Ils sont toujours disposés à accepter, même à prôner tous les programmes, toutes les constitutions, toutes les doctrines, tous les systèmes, même l’Evangile, pourvu qu’ils conservent eux seuls le pouvoir illimité avec la faculté de les expliquer, enseigner, appliquer et réaliser.

Mais quand ils s’aperçoivent que les Justes prennent une attitude ferme, et qu’ils sont bien résolus de réaliser la Fraternité évangélique, malgré eux, sans eux et même contre eux, ils cherchent par la ruse et les plus séduisantes promesses, à entortiller leurs Frères qui sont sans défiance ni arrière-pensée.

Sous le prétexte de perfectionnement, de progrès, d’ordre, de liberté ou d’autre jonglerie semblable, ils substituent adroitement leur système fratricide à celui de l’Evangile, et lorsqu’ils parviennent à le faire adopter, comme une pilule empoisonnée, sous l’enveloppe d’une constitution ou d’un code quelconque, ils proclament avec une grande solennité que la Société, la Religion, la Morale, la Propriété et la Famille sont sauvées. Et le plus souvent, le Peuple ignorant et crédule, ne s’aperçoit pas que dans toutes ces vaines parades il ne s’agit nullement de la Propriété, de la Famille, etc., instituées et sanctifiées par l’Evangile, en vue du bonheur commun de toute la Famille humaine, mais uniquement de celles des Caïns.

Au moment de leur triomphe, il se trouve malheureusement toujours des scribes, leurs valets ou compères, qui prêchent et enseignent avec emphase et une grande apparence d’autorité, que la Fraternité évangélique n’est qu’une niaiserie;–que leur doctrine est bien supérieure à toutes ces billevesées utopiques;–que la Constitution et la loi, faites par d’habiles Caïns, assurent au Peuple tout ce qu’il lui faut;–que c’est-là tout le progrès possible, toute la perfection, tout le salut social;–et que hors de là il n’y a que des illusions et des chimères.....

Ces pharisiens, pour mieux tromper le Peuple, marchent sous sa bannière, imitent même ses allures et son langage; ils poussent leur hypocrisie jusqu’à venir s’asseoir aux repas communs avec lui.

Mais heureusement le Peuple commence à apprécier ses véritables amis et à connaître ses ennemis. Quand ceux-ci, dans un baiser de Judas, répètent son cri: Vive la République! le Peuple croit s’être trompé, se défie, et se met à crier: Vive la République démocratique! Quand ceux-ci continuent à reproduire son prorgamme, le Peuple se reprend et crie: Vive la République démocratique et sociale! ou tout simplement: Vive la Sociale!...

Ces sortes de Républiques s’usent et passent bien vite; carie Peuple, trompé par leurs apparences et leurs promesses fallacieuses, n’en veut plus. Il s’aperçoit qu’il ne cesse d’être joué et asservi, le plus souvent par ceux-là même qui lui promettaient la meilleure République possible. Il se fortifie de plus en plus dans cette conviction que, sans la réalisation de la Fraternité évangélique, il n’a rien de bon à espérer de tous les systèmes, de toutes les réformes politiques et de toutes les institutions sociales. Il veut et cherche avant tout la RÉPUBLIQUE FRATERNELLE, dont le triomphe amènera toutes les améliorations, tous les perfectionnemens, comblera de bonheur tous les Hommes, et réalisera le Règne de Dieu sur la terre.

On ne peut pas suivre à la fois deux routes opposées. On ne peut pas accepter la République fraternelle et continuer le règne des Caïns, la monarchie, l’aristocratie, l’exploitation de l’homme par l’homme. Il faut opter.

Le grand jour de la vérité envahit déjà toutes les régions naguère plongées dans des ténèbres séculaires. Les deux camps se dessinent de mieux en mieux. Le jour du GRAND JUGEMENT approche. La volonté de Dieu, qui est notre unique constitution et notre invariable loi, sera accomplie, sa Justice sera faite, son Règne sera réalisé; tous les hommes, en devenant Souverains et Frères, seront sauvés!...

Ne nous laissons donc point tromper par ces Escobards qui, au nom du Socialisme, nous promettent tout, et qui cependant, loin de poursuivre la réalisation de la Fraternité avec toutes ses conséquences, ne cherchent qu’à perpétuer l’Individualisme et la Concurrence, sans lesquels le règne des Caïns ne pourrait jamais subsister.

Pénétrons-nous bien de ce principe évangélique que nous sommes tous Frères, et que nous ne devons jamais établir ni souffrir d’autres relations avec nos semblables, que celles qui sont fraternelles. En vertu de notre dignité d’Enfans de Dieu, nous sommes au-dessus de tous les Rois et Archi prêtres, qui n’ont d’autre litre que le privilège et la force. Dans notre République fraternelle, il n’y a pas un seul maître, pas un seul exploiteur, pas un seul privilégié: tous au contraire sont Souverains, et personne ne peut être soumis à un commandement qui lui serait imposé par la violence des autres.

Tous les membres de notre Société sont Travailleurs; tous les Travailleurs sont Fonctionnaires; tous les Fonctionnaires sont nos Elus, et tous nos Chefs ne sont que nos Serviteurs.

En vertu de notre Souveraineté, nous changeons nos Fonctionnaires, nos Serviteurs, quand nous le voulons, sans aucune permission ni autorisation de personne. Et celui qui voudrait nous ravir celle Souveraineté, ou qui tenterait de s’imposer à nous, ou de nous imposer un chef, un directeur ou même un serviteur quelconque, serait regardé par tous comme un audacieux violateur de la CONSTITUTION ÉTERNELLE de l’Humanité.

Cette Souveraineté, qui n’a d’autre limite ni regle que la Fraternité entre tous, c’est le premier point de départ de notre politique, c’est notre premier droit de citoyen, c’est la première condition de l’existence de notre République, qui était inaugurée en Février par l’engagement solennel de réaliser en France la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.

Nous sommes tous Enfans do Dieu, donc nous sommes tous Souverains et Frères.

C’est de la volonté de Dieu, de la destinée de l’Humanité, de la Constitution éternelle de la Famille humaine, que tirent leur origine et leur sanction la SOUVERAINETÉ de tous et la FRATERNITÉ entre tous. Il ne peut y avoir au monde de constitution ni de lois contre elles.

Celui qui attente à cette Constitution génératrice de toute dignité et de tout droit humain, qui est antérieure et supérieure à toutes les autorités et à toutes les lois humaines, se révolte contre Dieu lui-même, commet un crime de lèse-Humanité, et se met lui-même hors la loi.

La première conséquence d’une proclamation-sincère de la République, c’est la Souveraineté de tous et la Fraternité entre tous. C’est donc l’abolition complète de tous les priviléges, de toute domination de de l’homme sur l’homme et de toute exploitation de l’homme par l’homme. Entre de véritables Frères il ne peut y avoir de maîtres ni d’exploiteurs.

Un maître quel qu’il soit dans une vraie République, c est une anomalie; c’est une monstruosité qui doit disparaître; c’est un ennemi de la République qui doit être vaincu et désarmé. C’est un ennemi dautant plus dangereux qu’il se trouve dans l’intérieur de la Famille nationale; il faut donc s’en atfranchir avant tout et à tout prix.

En effet, tous les ennemis extérieurs, et toutes les coalitions du monde, fussent-elles mille fois mieux armées qu’elles ne le sont, seraient complétement impuissantes contre nous, si nous n’étions point divisés par ces arrogans exploiteurs du Peuple, qui veulent rester à tout prix nos maîtres.

Supposons un instant que notre Gouvernement provisoire eût provoqué et protégé une organisation sociale vraiment fraternelle, sans exploiteurs sans maîtres; eût-il jamais été possible que nous ayons éprouvé tant de malheurs, attiré tant de calamités sur tous les Peuples de l’Europe, sans aucun autre résultat que l’affreuse misère, des haines implacables, et une guerre civile d’extermination en perspective?...

A l’œuvre donc Frères! Il est toujours temps de faire le bien. Ne craignons plus de nous compromettre par la Vérité, la Justice et la Perfection. Ne laissons plus de place à cette sauvagerie et à cette lâche barbarie qui ravagent les plus belles villes de l’Europe, et exterminent les populations les plus généreuses! Réalisons l’Evangile avec toutes ses conséquences, ou cessons de jouer le rôle d’hypocrites et abjurons à jamais le litre de Chrétiens!...

Les vrais Chrétiens savent très bien qu’ils sont tous appelés dans le Royaume éternel des BIENHEUREUX, oû il n’y a de place que pour des ELUS. Ce Royaume c’est notre RÉPUBLIQUE FRATERNELLE. N’admettons donc dans notre Société républicaine, et même dans nos relations fraternelles, que ceux qui sont nos élus.

Ne nous laissons imposer à aucun titre, par aucune raison, ni sous aucun prétexte nos chefs, nos commandans, nos administrateurs, nos serviteurs, ni même nos compagnons et camarades! Nous sommes tous SOUVERAINS et nous ne devons nous laisser autrement traiter par personne qu’en FRÈRES.

Si on nous fait la guerre, parce que nous voulons sincèrement et loyalement la réalisation de la Fraternité avec toutes ses conséquences, même au profit de nos éternels ennemis; acceptons la guerre, même la guerre à mort; car il vaut mieux en subir tous les malheurs, que de consentir encore à la prolongation du règne de l’injustice et de l’iniquité.

Arrière donc toute violence, toute astuce, tout mensonge, toute corruption, et tous privilèges de quelque nature qu’ils soient!... Arrière tout pouvoir, tout commandement et toute direction, dont les organes ne sont pas élus par le Peuple, ou ne peuvent être, au besoin à tout moment, changés par le Peuple!

Arrière toute exploitation de l’homme par l’homme, et toute domination de l’homme sur l’homme.

Le moment solennel pour toute l’Humanité est déjà venu, où tous les obstacles doivent céder et toutes les barrières disparaître devant l’action toute puissante de la Vérité, de la Justice et de la Fraternité!

Arrière tous les Caïns; vous ne savez que tuer pour pouvoir plus facilement vous approprier tout le pouvoir et toutes les richesses! Si vous ne voulez que de l’or, prenez-le tout. Nous vous l’abandonnons de très bon cœur, avec tous les trésors de la France. Nous nous obligeons même, au besoin, à vous envoyer à nos frais dans la riche Californie, afin que vous puissiez en recueillir davantage et vous y enrichir à satiété. Mais quant au sol de la France, à tous les instrumens de travail et à la direction de nos affaires, vous ne les aurez plus jamais!.... Devant Dieu et dans notre conscience, votre règne est fini sans retour, à tout jamais! Car il ne reste plus le moindre doute, pour le Peuple, que la Francene sera jamais grande, glorieuse, puissante ni heureuse, tant que vous serez à la tête des affaires publiques et tant que vous ne serez réduits à la position évangélique, où vous ne pourrez plus disposer d’aucun instrument de travail sans travailler vous-mêmes, d’aucune faveur, d’aucune place, d’aucun pouvoir, pas même de celui de garde-champêtre ou de simple caporal!...

Tant que vous pourrez arbitrairement disposer en maître de ces choses-là, vous serez toujours nos ennemis, et des ennemis beaucoup plus dangereux pour nous que les Russes vos amis; car ceux-ci ne peuvent au moins, comme vous, disposer de nos personnes ni des fruits de notre travail. ?

Et sachez le bien, nous vous condamnons et vous repoussons non point comme propriétaires, riches ou capitalistes; mais uniquement comme nos oppresseurs, exploiteurs, maîtres ou dominatéurô. Nous ne vous envions nullement vos propriétés et vos richesses. A l’exemple des Chrétiens primitifs, nous ne recherchons que vos personne s, pour fraterniser et nous associer librement avec vous.

Si vous nous repoussez et que vous préfériez vivre dans l’isolement et dans votre individualisme, nous vous laissons et garantissons la disposition complète de toute la valeur de vos propriétés et de vos richesses, mobilières et immobilières, bien ou mal acquises. Si vous êtes assez fous d’y chercher votre bonheur, nous sommes disposés, par compassion pour vous, à vous assister au besoin et à vous secourir. Nous pouvons même nous engager à vous donner tout notre argent, jusqu’au dernier centime, et à nous en passer complètement. Mais nous voulons à tout prix conserver vis-à-vis de vous notre position de SOUVERAINS et de FRÈRES; de manière que personne de vous, même pour tous le s trésors du monde, ne puisse jamais asservir, corrompre, louer, engager ni même obliger aucun de nos Frères, à vous prostituer ses services ou ses complaisances à quelque titre que ce soit.

Qu’avons-nous besoin de vos trésors et de vos richesses, nous qui produisons tout? Puisque dans notre République fraternelle chacun reçoit de tout suivant ses besoins, que pourriez vous nous donner ou nous assurer au-delà de ce que la Société nous donne et assure? Fussiez-vous même les plus riches au monde, n’êtes-vous pas toujours plus pauvres que tous nos Frères associés solidairement, qui, selon la promesse évangélique, sont Rois de l’Avenir et à qui toute la terre appartient?... A quel titre oseriez-vous prendre envers nous, SOUVERAINS comme vous et vos FRÈRES, le titre, l’autorité ou les airs arrogans de magnanimes protecteurs, ou de généreux bienfaiteurs? Ne sommes nous pas, devant Dieu et dans notre conscience, membres d’une Société qui nous protége mieux que les meilleurs pères, mères, frères, sœurs, amis et bienfaiteurs?...

Réfléchissez donc, ô Frères égarés! Ne poussez pas plus loin votre aveuglement! Ne vous endurcissez pas plus longtemps dans votre iniquité, qui a couvert déjà toute l’Europe de ruines, de deuil et de misère! Revenez à nous avec cette confiance que donnent l’Amour, la Justice et la Vertu! Nous vous tendons affectueusement nos bras! Nous invoquons encore, malgré vos cris de colère et de menace, vos sentimens d’humanité, que nous supposons ne pas être tout à fait éteints dans vos cœurs! Cessez donc à jamais d’être nos oppresseurs, nos exploiteurs et nos maîtres!.... Ne formons tous désormais qu’une seule Famille de Frères!...

Paris, le13mai1849.

FRATERNITÉ.

Table des matières

Adoptons, pratiquons, proclamons, propageons le principe chrétien de la Fraternité, tirons-en toutes les conséquences, cl nous arriverons à l’organisation sociale la plus parfaite, et la plus capable de réaliser complètement le salut et le bonheur de l’Humanité.

CABET.

Comme il n’y a au monde qu’un seul Dieu et qu’une seule Vérité, de même il n’y a qu’un seul principe générateur de toute Justice, de toute Science sociale, de toute Morale et de toute Religion; c’est la FRATERNITÉ.

En dehors de la Fraternité, la Justice, la Science sociale, la Morale et la Religion ne sont que des préjugés, des erreurs, des mensonges et des iniquités traduites en paroles ou en actions.

Cherchez quel était le principe de ces Philosophes, dont les préceptes, la science et l’exemple ont imprimé la plus forte impulsion au progrès de l’Humanité, et vous reconnaîtrez avec étonnement que tous, sans exception, ne pouvaient trouver un autre point d’appui que la Fraternité, de mieux en mieux sentie, de mieux en mieux définie et mise en pratique.

Depuis l’antique précepte de la Philosophie chinoise: ne fais pas à autrui, etc.; fais aux autres, etc.;–depuis le précepte de Moïse: aime ton Dieu de toute ton âme.... et ton prochain comme toi-même; –jusqu’au CRUCIFIÉ que les Pharisiens, non moins habiles que nos honnêtes et modérés, ont su faire, passer, aux yeux du Peuple trompé, pour un plus grand scélérat que l’assassin Barabas; tous les Réformateurs ont uniquement prêché la Fraternité, sous diverses formes, et n’ont cherché que sa réalisation plus ou moins complète.

Jésus-Christ n’a-t-il pas prêché la Fraternité, quand il répétait a ses disciples: Je vous donne un NOUVEAU commandement: aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. Personne ne peut avoir un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. C’est par là qu’on reconnaîtra que vous êtes mes Disciples, quand vous vous aimerez les uns les autres?

N’est-ce pas prêcher la Fraternité que d’enseigner: Si vous n aimez pas votre Frère que vous voyez, comment pouvez-vous aimer Dieu que vous ne voyez pas? Celui qui n’aime point, demeure dans la mort. Si nous nous entre aimons, Dieu demeure véritablement en nous, et noire amour pour lui est parfait?

Notre divin. Législateur ne voulait-il pas introduire dans l’ordre politique et dans la vie sociale une réforme radicale, basée sur la Fraternité, quand il recommandait instamment à ses Fidèles de chercher AVANT TOUT une organisation sociale où Dieu seul serait l’unique Roi, Seigneur, Maître et Père de tous les Hommes?

Ne nous a t-il pas fait connaître, ce Prince de l’Avenir, que la réalisation de la Fraternité était d’une importance beaucoup plus grande pour l’Humanité que tous les progrès des Sciences et de l’Industrie, et toutes les conquêtes de la Politique, quand il nous enseignait, que la Fraternité, appliquée à toutes les relations sociales, réaliserait le Règne de Dieu sur la terre, qui comblerait les hommes de tous les biens, et leur amènerait inévitablement un bonheur que l’œil n’a jamais vu, que l’oreille n’a jamais entendu, et que la pensée humaine n’a jamais conçu?

Ce grand Prophète du salut impérissable de l’Humanité, ne nous a-t-il pas montré de la manière la plus évidente, que la Fraternité doit être notre unique règle sociale, quand il voulait, même aux dépens de sa vie, amener tous les Peuples à ne former qu’une seule Famille de Frères, dont les chefs de tous degrés ne seraient que des serviteurs, sans autres privilèges que ceux qui seraient accordés aux plus petits et aux plus faibles?

Le principe trinaire de notre République: Liberté, Égalité........ n’est qu’une amplification du principe unitaire: la Fraternité. C’est tout simplement l’affirmation de cette vérité que la Fraternité sans Liberté et sans Egalité est inconcevable, et qu’elle se manifeste inévitablement, entre ceux qui la pratiquent, par la Liberté de tous, sans aucun privilége pour personne. En effet, de véritables Frères ne songent même point à mettre en question leur Liberté ou leur Égalité mutuelle: ils s’aiment, ils s’entraident, ils se dévouent les uns aux autres jusqu’à la mort.

Les termes de Liberté et d’Égalité sont essentiellement négatifs: on s’en sert pour protester contre l’oppression, et l’exploitation de l’homme par l’homme. Si vous admettez le contraire, vous êtes obligé de reconnaître qu’ils ne sont affirmatifs que dans la bouche d’un esclave, révolté contre son maître.

Ces deux prétendus principes sont essentiellement individualistes, égoïstes: ils n’impliquent ni le dévoûment, ni l’amour, qui sont de leur nature les plus énergiques mobiles de la sociabilité, et qui se traduisent toujours par le sacrifice volontaire et spontané de notre Liberté, de nos plaisirs, de notre vie même, pour le salut et le bonheur de nos Frères.

Tous ces systèmes prétendus sociaux, exclusivement basés sur une de ces deux aspirations favorites des esclaves, ne cessent cependant d’être prônés depuis des siècles par les Républicains non-socialistes. Il n’est donc point étonnant, que tous les efforts, toutes les conquêtes et tous les sacrifices, de ces payens de nos jours, aboutissent toujours aux déceptions amères; parce qu’ils n’entrent pas franchement dans la réalisation de la Fraternité: leurs systèmes sont bâtards, stériles, toujours individualistes et marchands. C’est pourquoi toutes leurs élucubrations, mêmes celles qui ont l’apparence de la science, aux yeux de vrais Chrétiens, hommes pénétrés du principe de la Fraternité, passent toujours pour des doctrines des Pharisiens, des escobarderies plus ou moins savantes.

Il est des gens, graves et fraternels en apparence, qui, par leur calcul égoïste, réduisent tout au culte de leur personnalité. Ces gens prétendent que la Fraternité n’est point un principe, mais un fait, résultat d’un principe métaphysique supérieur, qui nous enseigne pourquoi nous sommes Frères et comment nous devons pratiquer la Fraternité... Pauvres gens! Ce sont des doctrinaires, qui ne vivent que par leur doctrine et pour leur doctrine!... Si vous examinez bien leur vie et leur prétendu principe, qu’ils disent supérieur à la Fraternié, vous trouverez facilement qu’ils ne cherchent, ne reconnaissent, n’aiment et ne prêchent que leur personnalité,–qu’ils se croient au-dessus des autres,–qu’ils n’ont point de Frères,–et que s’ils en cherchent, c’est uniquement pour se faire valoir, pour être admirés, prônés pour leur Doctrine.

Du moment que vous ne venez à moi qu’avec votre doctrine et pour votre doctrine, que vous ne voulez de moi qu’autant que j’accepte votre doctrine, vous cherchez à devenir mon exploiteur. Vous ne venez point vous unir à moi comme Frère, mais vous vous attachez à moi comme Procuste. Vous cherchez à faire de moi une image et une ressemblance de vous-même; vous voulez me confisquer au profit de voire individualité; vous ne reconnaissez rien au-dessus de vous; vous n’êtes qu’un orgueilleux, un impie, un athée! Et quand vous me parlez de Dieu, de Religion et d’Amour, vous ne le faites que pour trouver un véhicule à votre petite doctrine. Vous faites du jésuitisme à votre manière. La vraie Fraternité n’a après Dieu, notre Père commun, d’autre cause, d’autre condition qu’elle-même: elle ne dépend d’aucun système, d’aucune doctrine. Elle est tout à la fois principe, moyen et but: prétendre le contraire, c’est nier et anéantir la Fraternité elle-même.

Toute l’histoire de l’Humanité nous prouve que les doctrines et les systèmes, loin de produire la Fraternité et la Religion, en reliant tous les hommes en une seule Famille de Frères, n’ont jamais servi qu’à les désunir, à les diviser en sectes, à susciter dos hérésies et les plus violens déchiremens.

C’est pourquoi Jésus-Christ n’a point cherché à formuler un système ou une doctrine, n’a rien même écrit à ce sujet, et il a concentré toute sa science et tous ses préceptes, dans un seul commandement, la Fraternité évangélique, qui, sans la Solidarité et la Communauté n’est qu’un mensonge et une jonglerie.

Ainsi, prétendre qu’une doctrine ou un système peut produire la Fraternité, c’est soutenir qu’on ne peut aimer, si on ne comprend, si on n’accepte tel ou tel dogme, ou si on ne s’élève à la hauteur de telle ou telle théologie; c’est soutenir que les plus savans sont les plus dévoués au Peuple; c’est soutenir enfin qu’on ne peut vivre qu’après s’être pénétré de certaines conceptions à la mode.

Vouloir, savoir et pouvoir sont sans doute les trois conditions de tout acte humain complet; mais le vouloir ou l’amour en est le générateur principal, sans lequel l’homme ne peut jamais acquérir le savoir ni le pouvoir.

En vérité, en vérité, les Chrétiens d’aujourd’hui, bien qu’ils n’aient rien de commun avec le Fondateur du Vrai Christianisme et ses Apôtres, bien qu’ils soient disposés à haïr, à calomnier, à persécuter, à exterminer même les Apôtres et les Réalisateurs de la Fraternité, sont encore moins égarés, touchant les vrais principes de la VIE so-CIALE, que de prétendus Socialistes qui n’admettent rien au-delà de leur doctrine, qui réduisent tout leur système à la LIBERTÉ, OU l’ÉGALITÉ seule; car les Chrétiens n’enseignent jamais que leur Dieu ne soit que Liberté ou Égalité; mais ils soutiennent envers et contre tous leurs adversaires, que leur DIEU, PÈRE de tous les Hommes, c’est l’AMOUR, qui ne peut avoir de principe supérieur à lui, et qui se révèle et se manifeste parmi les Hommes sous la forme de la FRATERNITÉ.

Attachons-nous donc à ce principe divin comme à un rocher contre lequel les flots les plus impétueux de l’individualisme vont se briser! Attachons-nous à ce principe générateur, d’autant plus qu’il est encore méconnu, même par ceux qui en devraient être les plus ardens Apôtres! Ne cherchons plus en vain et n’espérons rien en dehors de la Réalisation de la Fraternité, qui nous amènera le Règne de Dieu sur la Terre, avec tous les biens nécessaires au bonheur de l’Humanité par surcroît!

LIBERTÉ.

Table des matières

La liberté, à nous, c’est la faculté de vivre en Frères sans aucun empêchement.

Les nations et les hommes invoquent souvent cette divinité qu’on honore sous le nom de Liberté. On se dévoue volontiers à la servir, on s’enthousiasme pour elle, on ne recule devant aucun sacrifice, pas même les sacrifices humains, pour gagner ses faveurs. Voyons donc ce que c’est que la Liberté.

Pour un Malthusien.

Si vous demandez à un Malthusien ce qu’il entend par la Liberté, il vous dit: «Laissez faire, laissez passer; chacun chez soi, chacun pour soi; c’est la vraie liberté que j’aime et que je pratique, Mon champ, ma boutique, c’est moi. Je me procure tout ce qu’il me faut en payant. Je n’ai besoin de personne; je ne dois rien à personne. Tout va au mieux dans ce meilleur monde possible, quand mes affaires vont bien.»

Nous lui répondons:–Oui, homme sans cœur et sans entrailles, la liberté à toi, c’est ton isolement et ta sécurité dans les plaisirs du frère de Lazare! Ta vraie liberté, c’est celle de la concurrence et de l’anarchie à ton profit et aux dépens de tes Feères. C’est la vraie liberté de s’entr’exploiter, s’entredéchirer et de s’entretuer pour la plus grande gloire et le bonheur des plus forts, des plus riches, des plus instruits, des plus habiles et des plus effrontés, comme nous en voyons tant parmi les républicains honnêtes et modérés. Arrière, parasite!

Pour un Constitutioniste.

Celui-ci, aveuglé par son idolâtrie pour les lois faites par les hommes, répète: «Ma liberté à moi, c’est de ne pas violer la loi, concourir à sa confection, ne dépendre de personne, avoir la plus grande part dans le gouvernement, émarger le budget, jouir de rentes, posséder des actions de banque et de chemin de fer, et ne jamais me laisser surprendre pour un acte qui pourrait entraîner ma condamnation juridique. Je suis honnête et modéré, je ne demande que de ne pas être troublé dans mes jouissances, dont je crois ne pouvoir trouver la garantie que sous l’ORDRE d’une monarchie constitutionnelle ou sous une république honnête et modérée, gouvernée par des généraux et des banquiers, conseillée par des avocats et d’autres hommes pratiques, qui savent diriger de grandes exploitations et qui cherchent à faire marcher leur commerce.»

Oui, vous monarchiens, républicains du lendemain, républicains jésuites, nous ne pouvons ignorer que vous savez à propos crier vive la République, faire parade officielle de votre républicanisme, nous devons plutôt dire de votre cynisme, pour nous mieux tromper, afin de nous écraser, supprimer, anéantir et exterminer au profit de votre système, que vous voyez s’écrouler sous le poids de vos iniquités. Votre république honnête et modérée, c’est celle de Guizot et de Metternich, sous un autre nom, ornée des sanglans trophées de Transnonain, du Dahra, de Tarnow, de Rouen, de Lyon et de Juin. Votre république, à vous, c’est une insulte permanente à l’Humanité, c’est un outrage perpétuel au Peuple, c’est son esclavage, sa dégradation, son avilissement et sa misère éternelle, pour assurer vos iniques priviléges, vos richesses et votre règne; vous ne savez qu’opprimer et tuer, vous ne pouvez que méditer des spoliations et des assassinats: vous êtes des Malthusiens. Arrière, Caïns!

Pour un Catholique.

Tout rétrograde et superstitieux qu’il est, un Catholique, se détournant des impies et des infâmes, et en élevant les yeux vers le ciel, s’écrie avec l’abbé Gerson, auteur de l’Imitation de Jésus-Christ: «O aimable et douce servitude de Dieu: c’est toi qui nous rends libres et nous sanctifie!»

–Oui, Frère, lui disons-nous, tu as raison d’aimer la servitude de Dieu; car c’est la conséquence du règne de Dieu, notre Père, que nous cherchons avant tout, et qui doit réaliser la plus parfaite liberté et le plus complet bonheur pour tous. Mais pourquoi préfères-tu invoquer plutôt la servitude que le règne? As-tu donc déjà oublié que nous sommes tous appelés à RÉGNER avec notre Père, et non point à être esclaves? Ne resie-t-il donc plus dans ton âme qu’on sentiment de servilisme, pour ainsi dédaigner la souveraineté de l’Enfant de Dieu? Ne veux-tu donc plus savoir que notre Dieu, c’est notre PÈRE,–que nous sommes tous Frères,–que nous ne devons jamais reconnaître aucun homme pour notre Roi ni notre Maître,–que nous ne devons jamais nous laisser opprimer ni exploiter par personne,–et que nous ne devons accepter pour notre Chefque celui dont nous sommes sûrs qu’il ne pour a se faire valoir plus qu’un serviteur?... Tu as l’air de ne louer que la servitude rie Dieu, pourquoi supportes-tu donc la servitude de l’homme? Pourquoi te laisses-tu imposer sous divers prétextes des maîtres, des pasteurs, des directeurs, des gouverneurs, des préfets et des curés même, qui, loin d’être tes serviteurs, suivant le précepte positif de l’Évangile, ne sont que tes maîtres, tes exploiteurs, tes oppresseurs ou valets d’oppresseurs? Comment oses-tu te soumettre à eux et leur obéir? Ne sais-tu donc plus qu’on ne peut pas servir deux maîtres à la fois?

Délivre-toi donc auparavant de toute servitude envers les hommes,– cesse de faire leur volonté,–déclare toutes leurs lois impies et sacrilèges,–et tu pourras après servir parfaitement ton Dieu, et jouir de la dignité et de la liberté de son Enfant, souverain par sa nature: autrement tu auras beau te dévouer et aimer la servitude parée du nom de piété; tu ne seras jamais qu’un misérable esclave. Arrière donc, rétrograde! Quitte notre République, va vivre dans l’empire du tsar de Rome, si tu le trouves encore sur la terre!

Pour un Philosophe.

Avec un air composé et grave, le philosophe nous enseigne avec Bacon, que nous ne pouvons être souverains ni libres qu’en obéissant à la Nature. Soyez-donc, nous dit-il, ses esclaves, et vous jouirez d’une parfaite liberté.

–Tu as raison, brave combattant des préjugés, lui repondons-nous. Tu es cependant complètement d’accord avec le Catholique qui soutient, lui aussi, que pour être libre, il faut faire la volonté de Dieu, et être son fidèle esclave. Seulement tu n’oses t’exprimer en mêmes termes que lui, et tu évites les apparences qui pourraient t’assimiler a l’apôtre du servilisme, qui condamne et repousse la liberté, même pour sa propre pensée et sa conscience. Mais au fond tu n’es pas du tout plus avancé que lui; car pour obéir à Dieu ou à la Nature, il faut toujours connaître préalablement ses volontés, et avoir tous les moyens et toutes les facilités nécessaires de les remplir fidèlement: sans quoi, comme lu le reconnais toi-même, point de liberté pour personne. Tout le problème reste donc pour vous deux également irrésolu. On vous reconnaît d’ailleurs tous les deux à vos œuvres. Arrière donc protestant: tu n’es pour nous qu’un jésuite déguisé!

Pour un Démocrate individualiste.

Un des plus fameux Démocrates INDIVIDUALISTES de nos jours, avec cette assurance qu’on lui connaît, proclame que: la Liberté, c’est le nom propre de la CONSCIENCE et du MOI. Il aurait été beaucoup plus clair, s’il avait dit: la Liberté, c’est la plus parfaite expression de l’individualisme et de l’égoïsme.que les Malthusiens savent au reste le mieux définir et pratiquer. Il aurait pu dire encore, avec non moins de raison: la Liberté, c’est une huître renfermée dans sa coquille qui n’est unie par aucun lien de Solidarité ni de Fraternité avec ses semblables, et que la première forte vague emporte. Toutefois nous nous empressons de reconnaître que le moi de notre Individualiste définit assez bien sa Liberté dans son but et son étendue.

Quant à la conscience, nous ne doutons point qu’elle est le foyer principal de lumière, de volonté et d’activité dans l’homme, et que par conséquent l’idée de spontanéité et de liberté est inséparable d’elle. Mais nous ne croyons point qu’il faille pour cela confondre et identifier ces deux idées fort distinctes. En admettant même le contraire, nous ne serions pas fort avancés; car nous savons qu’un fou, avec toute sa liberté, n’est fou que parce qu’il a une très forte conscience d’une idée fixe qui le rend fou, et qu’il accorde trop de confiance à sa conscience et à son moi. Ce qui devrait prouver à tout bon logicien que les individualistes et les égoïstes sont les plus fous de tous les hommes, ou au moins le plus disposés à le devenir.

Ne parlons donc point de Solidarité, de Fraternité, de Société ni de Socialisme même, si nous aimons tant l’individualisme que nous ne savons ni ne voulons point mettre notre conscience et notre moi à l’unisson de nos Frères.

Un sauvage même, dans son désert, n’est maître ni de ses pensées ni de ses actions: elles lui sont inspirées et commandées par le monde extérieur, par la Nature. Il ne peut être maître de lui-même qu’autant qu’il sait et peut la gouverner en souverain et se faire servir par toute sa puissance. Or, s’il vit isolé, sans le secours de ses semblables, son savoir et son pouvoir sont le plus souvent au-dessous de ceux des animaux: s’il ne s’associe avec ses frères, pour produire un puissant foyer de savoir et de pouvoir, nécessaire pour assurer sa souveraineté et son règne, il devient esclave de tous les élémens et de tous les animaux.

Qu’est-ce que s’associer, si ce n’est d’entrer dans les rangs d’un corps organisé, et de confondre son existence avec la sienne? Ainsi donc, la première condition de l’exercice raisonnable et utile de notre liberté, c’est l’Association, la pratique de la Fraternité.

Celui qui ne veut se servir de sa liberté que pour pratiquer son individualisme est un imbécile ou un sauvage qui croit avoir le droit de pousser l’exercice de la concurrence jusqu’à dépouiller et même tuer le premier homme qu’il rencontre.

Aujourd’hui, il n’y a plus d’autres sauvages ni barbares que ceux qui veulent à tout prix rester eux-mêmes dans l’individualisme et l’imposer aux autres. Nous savons où ils se trouvent, nous les connaissons déjà suffisamment à leurs œuvres.

Pour un Socialiste Icarien.

Pour, tout Socialiste sincère et éclairé, la Liberté c’est la faculté de parler et d’agir selon sa conscience, en accord et en harmonie avec ses Frères.

Mais pour conformer nos idées, nos discours et nos actions a celles de nos Frères, il faut déjà avoir des Frères, il faut déjà se trouver dans une Société de Frères, pratiquer la République fraternelle; tandis qu’aujourd’hui nous ne trouvons partout que des agglomérations d’oppresseurs et d’opprimés, de maîtres et d’esclaves, d’exploiteurs et d’exploités, de voleurs et de volés, de filous et de dupes;– des agglomérations, qui n’ont d’autres cohésions que le mensonge, la ruse, la corruption et la violence.

Voilà pourquoi tous les efforts des vrais Socialistes sont diriges a créer des noyaux de Sociétés ou Républiques fraternelles. Dans l’une de ces Républiques en germe, les Icariens mettent dès aujourd’hui en pratique le vrai Socialisme, et nous donnent des preuves irrécusables qu’ils comprennent toute la portée de notre devise républicaine: Liberté, Égalité, Fraternité. Voici ce qu’un de ces intrépides Pionniers de l’Humanité a écrit dans son journal de voyage sur la Liberté, telle qu’il sait la propager, la défendre et la mettre en pratique:

«Il est un droit généralement mal compris, et dont l’interprétation plus ou moins exagérée cause des déceptions même parmi les dévoués à la Communauté: c’est le droit de LIBERTÉ. Plusieurs ne comprennent pas, par exemple, que la liberté individuelle poussée à l’excès n’est que de la sauvagerie. En effet, quels sont les êtres les plus libres sur la terre? Ne sont-ce pas les sauvages isolés, dont aucune loi, aucun droit commun n’entravent les actions? Qui de nous voudrait de celte farouche liberté? Plus les Sociétés se rapprochent de la perfection et moins les institutions semblent laisser de liberté a l’individu: la raison en est toute simple, c’est qu’à mesure que l’homme se civilise, il sent que, dans son propre intérêt, il doit s’astreindre à plus de devoirs soit envers la Société, soit envers chacun de ses membres.

Cette gêne sociale, basée sur les’deux maximes évangébques si connues et si peu pratiquées: «Ne fais pas à autrui, etc.,» peut sembler un esclavage soit à l’égoïste ou à l’orgueilleux, trouvant tout ttalurel de demander ou recevoir, mais s’étonnant qu’on exige d’eux; soit au riche ou au travailleur ignorant, croyant ne rien devoir aux autres, parce qu’ils ne demandent rien que contre écus ou travail. Mais pour les hommes de progrès, pour les Icariens surtout, qui comprennent la Fraternité, la Solidarité humaine; cette gêne, loin d’être un esclavage, n’est que l’accomplis-ement de devoirs réciproques, lesquels étant volontairement et librement consentis, sont pour tous et pour chacun une source de sécurité, de bien-être et d’affectueux rapports. C’est ainsi que doit se comprendre, je crois, la liberté, soumise à la Fraternité.»

(Extrait du journal de voyage de Bourg.)

Voilà une appréciation juste et véritable de la Liberté sociale, telle que la Fraternité l’inspire à tous les hommes de cœur, et que les partisans de la Liberté individualiste ne peuvent encore supporter à cause de leurs préjugés et de leur faiblesse. Charité donc et pitié pour eux!...

Incroyables calomnies.

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Le départ du citoyen Cabet pour lcarie a été un signal, pour tous les ennemis du Socialisme, d’une attaque générale contre lui, comme personnifiant le plus aujourd’hui l’idée de la réalisation de la Fraternité avec toutes ses conséquences. Ils n’ont négligé aucune arme, et ils ont employé tous les moyens que peuvent fournir le mensonge, la perfidie et la calomnie.

Tous les journaux jésuitiques, légitimistes, financiers et bourgeois ont lait chorus de calomnies. C’était une émulation entre eux pour montrer du zèle et de l’ardeur à mentir, à calomnier et à renchérir sur les mensonges et les calomnies des autres. On aurait dit qu’on assistait à une comédie infernale, jouée au profit du MAL, pour railler et outrager tout ce qu’il y a de plus beau dans l’idéal, de plus moral dans le sentiment, de plus généreux dans l’aspiration, de plus vrai dans la pensée, et de plus consolant dans l’espérance de l’Humanité.

Tous les journaux, depuis le National jusqu’à l’Univers, depuis le Siècle jusqu’à l’Assemblée Nationale, et depuis le soi-disant Républicain de Vasconie et le Censeur de Lyon jusqu’à la Revue du Havre, tous, sous la conduite du grand patriarche des menteurs et des calomniateurs, du même qui, au jour du déchirement et du deuil de la France, pour fomenter et exalter la guerre fratricide, calomniait impudemment jusqu’aux femmes du Peuple, en les accusant mensongèrement qu’elles coupaient les têtes aux gardes mobiles, qu’elles sciaient leurs corps et qu’elles les mutilaient; tous ces journaux poursuivaient partout le Gérant de l’Icarie de leurs sarcasmes, de leurs injures et de leurs accusations les plus perfides, en le représentant comme un homme sans honneur, sans probité et sans foi, qui ne cherche qu’à spolier ses concitoyens et à en faire dès victimes.

Cabet accuse d’escroquerie.

Table des matières

Le6janvier1848.

Très cher frère Cabet,

La nouvelle de ton arrestation m’a pénétré d’une douleur inexprimable; le premier mouvement de mon âme était de courir à toi pour l’offrir tout ce que je possède avec ma vie, pour la défense rie la cause dont tu te fais l’Apôtre en continuant l’œuvre divine de Jésus-Christ. Mais comme je ne puis facilement parvenir jusqu’à toi, je te transmets cette offre par écrit.

Quelle mauvaise foi, quelle perfidie de ces pharisiens qui osent t’accuser d’escroquerie!.....

Si tu es escroc, Jésus-Christ, que la multitude suivait et a qui lés femmes apportaient leur avoir, l’était également aussi!.....

Si tu es escroc, tous les Apôtres du Christ, à qui les fidèles apportaient tout ce qu’il possédaient pour le mettre en commun, l’étaient également aussi!.....

Nous savons où l’on rencontre facilement des escrocs!

Nous sommes victimes des escrocs!.....

On nous escroque la Vérité, quand on veut nous maintenir à jamais dans l’ignorance et les préjugés!.....

On nous escroque la Justice, quand on cherche à maintenir pour toujours les privilèges et la domination des privilégiés.

On nous escroque la Liberté, quand, sous prétexte d’ordre et de devoir, on nous impose l’immobilité et l’esclavage!

On nous escroque la Fraternité, quand, par une manœuvre infernale, on nous divise, et quand, au nom de la science, de la capacité, du mérite ou de la justice, on établit des privilèges et impose la domination des uns sur les autres!.....

On nous escroque les fruits de nos labeurs, quand on nous laisse languir pendant toute notre vie dans les privations et la misère;– quand on nous laisse mourir de faim, nous qui produisons et préparons tous lesalimens;–quand on nous laisse sans vêtemens, nousqui vêtis-sons tout le monde;–quand on nous laisse sans abris, nous qui construisons les palais et toutes les maisons!.....

On nous escroque même notre vie, quand on nous regarde comme des machines ou comme de la chair à canon, et quand on se sert de nous au profit exclusif d’un petit nombre de privilégiés!......

On nous escroque encore la Religion, quand, tout en reconnaissant Jésus-Christ pour Dieu, on repou se ses préceptes les plus essentiels, et quand on refuse d’appliquer à l’ordre social sa loi, qui est la Fraternité et la Communauté!......

Et on ne cherche point à garantir notre vie et notre propriété contre toutes ces escroqueries; on ne poursuit pas les escrocs dont nous sommes victimes; au contraire, on les protège le plus souvent!.....

Il s’est trouvé un Ami sincère du Peuple, un Frère des déshérités et des pauvres, un défenseur des spoliés et des opprimés, et les pharisiens, pleins de fureur, le traitent comme ils ont traité Jésus-Christ et ses Apôtres!

0! très cher Frère! on veut l’escroquer à nous, avec l’Icarie que ta nous prépares. On veut nous exploiter éternellement, au profit des passions les plus égoïstes et les plus impies!..... Et quand nous nous défendons de la manière la plus résignée, la plus fraternelle et la plus pacifique, on nous calomnie et on nous traite comme des voleurs et des brigands!.....

Courage, bien aimé Frère! ta cause est celle de l’Humanité: ton danger est celui de tous les Pauvres! Nous ne devons pas et nous ne pouvons l’abandonner à la haine des pharisiens et des idolâtres! Tu ne seras pas seul!

Si tu n’étais pas Frère du Pauvre, tu ne pourrais jamais être plus qu’un juge, un procureur du roi, un député, un ministre, ou un prince. Tu serais toujours isolé et abandonné dans ta propre conscience, au milieu de plus nombreux complices et courtisans. Tu n’aurais jamais de Frères! Mais, puisque tu t’identifies avec nous et que tu ne vis que pour nous, il est de notre devoir de donner notre vie, dans là mesure évangélique. pour te défendre et pour seconder tes nobles efforts.

Du moment que tu as commencé à vivre pour nous et à nous apprendre à pratiquer entre nous la divine Fraternité, ton existence n’est plus isolée ni séparée de la nôtre. Nous sommes tous UN, et nous sommes prêts à donner notre vie les uns pour les autres.

Si une telle unité, dont tu es le principal auteur parmi nous, constitue une association illicite, à l’exemple des Chrétiens primitif, loin de la nier, nous l’avouons hautement et nous nous en lorifions! Même sans nous fréquenter ni nous connaître, du moment que nous sommes avec toi, pénétrés de tes sentimens et éclairés de la doctrine de Jésus-Christ, dont tu le fais l’Apôtre, nous sommes tous UN, et il n’y a pas de puissance au monde qui puisse nous diviser ou nous séparer. Les bastilles sont impuissantes contre nous; car nous ne sommes plus révolutionnaires portés à la violence. Ce n’est plus la force brutale qui nous donne de la confiance, mais c’est la Fraternité; et notre triomphe, c’est la pratique sociale la plus complète et la plus parfaite de ce principe divin.

Nous ne sommes pas encore aussi nombreux que nous le désirons, mais nous sommes plus puissans que tous les rois avec leurs armées; car il passeront comme toute la grandeur de l’ancienne Rome a passé; et nous finirons par triompher comme les Apôtres de Jésus-Christ.

Il n’y a pas de juge ni de puissance contre une cause aussi humanitaire que la nôtre! Il peut bien se trouver contre nous des Judas, des sbires, des assassins, des bourreaux et des valets de bourreau, mais des juges jamais! Comme Jésus et ses Apôtres ne pouvaient être jugés par le monde, et ils jugeaient eux-mêmes tous les Pharisiens, tous les prêtres et tous les princes; de même la justice humaine ne peut rien contre nos doctrines, si nous sommes véritablement Chrétiens; c’est-a-dire si nous acceptons de tout notre cœur la Fraternité avec toutes ses conséquences, et que nous la pratiquions parfaitement entre nous dans toutes nos relations sociales.

Courage donc, très cher Frère! Hâte le moment de notre départ pour Icarie! Comme les Chrétiens primitifs, séparons-nous et retirons-nous de ces idolâtres qui nous imputent à crime de vouloir vivre avec eux en frères, et PAS AUTREMENT! Laissons-les à leur aveuglement et à leur impuissance, en faisant cependant toujours des vœux pour que leurs yeux s’ouvrent à la lumière, et leur cœur à la Fraternité!.....

Ton fidèle et dévoué Frère.

ICARIE. Existe-t-elle? où est-elle?

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Quand Jésus trahi, renié et abandonné par ses Disciples mourait sur la croix, et quand ses fidèles Amis haïs et persécutés jusqu’au martyre étaient obligés de chercher leur asile jusque dans des catacombes et dans des déserts, leur Empire, dans l’avenir, devant l’Humanité, était plus beau, plus vaste et plus assuré que tous les autres, les plus vastes et les plus puissans Empires de la terre. Nous reprenons leur œuvre et nous sommes résolus, aujourd’hui plus que jamais, à poursuivre la réalisation la plus complète de leur principe divin, la Fraternité. Aucune difficulté ni aucun obstacle ne sauront nous arrêter; car nous savons que notre Icarie est plus belle que tous les Empires du monde actuel, et qu’elle est capable de produire ce bonheur auquel toute l’Humanité aspire depuis tant de siècles!

Dussions nous succomber clans nos tentatives mille lois, nous nous relèverons encore pour re commencer et pour combattre les obstacles jusqu’à la victoire définitive et complète.

A nous donc, tous les Frères de tous les pays qui partagez notre foi et nos espérances! Nous ne formons tous qu’une seule famille, et nous devons tous partager les efforts de nos frères, soldats d’Icarie, soldats de l’Humanité! Soutenons-les donc de toutes nos forces et de tous nos moyens! Ils cherchent l’Icarie, ils la fondent, ils ne l’ont point abandonnée et ils ne l’abandonneront jamais!...

Que dis-je! l’Icarie existe déjà, puisque nous la portons nous mêmes dans nos cœurs; puisqu’elle s’est élargie dans nos consciences jusqu’à envelopper toute Humanité en une seule Famille; puisque nous l’embrassons de tout notre amour de la Vérité, de la Justice, de la Liberté, de l’Égalité, de la Fraternité et de l’Unité. Toutes les puissances du monde ne sauraient la détruire!...

Nos deserteurs.

Table des matières

li arrive très souvent aux hommes les mieux intentionnés, de ne pas assez mesurer leurs forces à la grandeur de la tâche qu’ils s’imposent. C’est souvent une faute grave, une grande déception, un malheur irréparable, et quelquefois, par l’enchaînement des circonstances et par suite de la sobdarité inévitable entre les hommes de la même société, c’est une calamité, un désastre qui est toujours regardé comme un véritable crime, si le manque de bonne volonté est constaté.

Que le malheur nous vienne de la méchanceté de nos ennemis, ou de l’inexpérience de nos amis, ou du dévoûment même de nos frères ignorans et présomptueux, l’effet est toujours le même; et notre douleur est d’autant plus grande, si le mal nous vient de la mauvaise volonté de ceux qui passaient pour nos meilleurs frères, et qui s’étaient engagés à vivre en solidarité avec nous et à se dévouer à la Cause commune jusqu’à la mort.

Parmi les Icariens, engagés de la manière la plus sacrée dans la Société qui se propose de réaliser la République fraternelle, comme l’expérience le prouve malheureusement, il s’est glissé des hommes qui, tout en acceptant fièrement le titre glorieux de Soldats de l’Humanité, n’appréciaient point la grandeur de leur entreprise, ni la difficulté de leur tâche, et encore moins tous les périls de leur expédition héroïque. Au moment de leur engagement ils par laient bien tous de leur dévoûment à la plus belle Cause du Monde qui est celle des Icariens; ils se disaient tons être forts et prêts à br avec tout et à supporter tout dans l’intérêt de la réalisation d’icarie; mais en action, même là où tout dépendait de leur propre prudence, de leur intelligence, de leur choix et de leur dévoûment, à la première difficulté rencontrée, ils se découragent, abandonnent leurs Frères, au moment le plus difficile, trahissent la Cause commune elle-même, et reviennent ignominieusement croupir dans la fange de l’Individualisme, d’où ils étaient à peine sortis. Horreur! ils s’en est même trouvé qui ont passé au camp de l’ennemi éternel de l’Humanité, pour faire cause commune avec les dominateurs elles exploiteurs de leurs Frères!

Que dire de tels hommes, d’une telle déception, d’une telle trahison?... Malheureux! c’est, la société individualiste qui les a ainsi formés et façonnés; ils sont à son image. Ils ne peuvent nous donner que ce qu’ils ont; et chez plusieurs on ne trouve que de la lâcheté, de la perfidie et des vices qu’ils emportaient avec eux en venant réaliser la Solidarité fraternelle avec nous.

La position de tous nos déserteurs est telle que, s’ils ne nous font pas plus de mal, ils sont réduits à mentir pour nous calomnier et nous défigurer, afin de justifier leur désertion. S’ils disaient sur nous et notre en treprise la vérité, rien que la vérité, ils annonceraient eux-mêmes à tout le monde leur condamnation, qui serait d’autant plus grande et inexorable qu’on leur reconnaîtrait plus de ressources de to ute nature; car ils se sont engagés à servir la Cause commune et à nous aider suivant tous leurs moyens, jusqu’à la mort.

Oh! s’ils avaient de la bonne volonté, ou s’il germait dans leur cœur le plus petit grain de fraternité, ou s’ils pouvaient au moins apprécier la grandeur du tort qu’ils faisaient à leurs Frères restés fidèles au drapeau d’Icarie, ou s’ils avaient la conscience de la honte ineffaçable qui s’attache à leur front et dont ils se stigmatisent eux-mêmes, ils auraient certainement préféré plutôt mourir que de se séparer de leurs Frères et d’abandonner la plus belle Cause du monde.

Quelle excuse peuvent-ils trouver de leur désertion? Comment peuvent-ils oser même ouvrir la bouche pour justifier leur conduite? Y a-t-il des circonstances où un soldat ordinaire puisse déserter son drapeau, par les mêmes raisons dont ils cherchent à se justifier? Un Soldat de l’Humanité, n’est-il pas obligé d’avoir plus de courage, de dévouaient et de persévérance, que tous les autres soldas du monde?...

Dans notre cause, il n’y a point de choix pour personne; il faut, même au prix de notre vie, persé vérer jusqu’à la fin dans la réalisation de la Fraternité et vaincre tous les obstacles. Ce n’est qu’à ce prix que nous pouvons espérer d’arriver au Salut impérissable de tous, même de nos ennemis.

Il n’y a que ceux dont la santé ne permet pas de supporter les fatigues et les privations, inséparables de notre premier établissement, qui sont excusables en nous quittant momentanément pour soigner leur santé, comme des soldats blessés dans une bataille, avec l’intention de revenir après à leur drapeau quand ils sont guéris. Ceux-là ne doivent jamais être regardés comme déserteurs et encore moins comme renégats, s’ils continuent toujours de professer la même foi et la même espérance sur la réalisation de la Fraternité en Icarie.

Mais tous les autres qui se séparent de nous, dans aucun cas et sous aucun prétexte, ne peuvent être excusés; car, de deux choses l’une: ou ils ont plus de dévoûment, d’intelligence et de connaissances que nous tous, ou c’est le contraire. Dans le premier cas, pour ne pas nous priver de leurs qualités si précieuses, pour les appliquer à la réalisation de la plus belle et la plus utile entreprise au monde, il était de leur devoir de rester avec nous, quand même ils n’en auraient pris aucun engagement: surtout lorsqu’ils ne peuvent trouver nulle autre part des soldats plus courageux et plus dévoués, ou au moins mieux disposés que nous, qui ne demandons qu’à être enseignés, conseillés, guidés, commandés et dirigés dans l’intérêt du Salut de tous.

Dans le cas contraire, malheureux aveugles! comment peuvent-ils se séparer de nous, sans se priver du secours le plus utile dont ils ont tant besoin? Où peuvent-ils trouver un concours plus fraternel, plus dévoué, et surtout plus utile à eux-mêmes et à toute l’Humanité?

Dans les deux cas, où peuvent-ils trouver un champ plus vaste et plus libre à la fois, pour l’exercice de leurs facultés et de leurs vertus?...

Que tous les hommes de cœur prononcent donc, s’il y a quelque chose au monde de meilleur, pour tous les citoyens courageux et dévoués, que de s’unir solidairement à nous, rester avec nous et faire cause commune pour travailler ensemble à la réalisation de la République fraternelle.

Cette vérité est tellement sentie par tous les Icariens sincères, qu’une de nos sœurs dévouées dont le fils est parti pour Icarie, en apportant au Correspondant du Populaire, deux cents francs pour le Secours Icarien, et en causant avec lui sur l’infamie de tous ceux qui abandonnent notre drapeau, s’est écriée qu’elle aimerait mieux apprendre la mort de son fils que sa désertion!...

Que ces malheurs servent du moins à notre enseignement! Que le triste tableau de la désertion de nos frères, que nous avions tout lieu de croire remplis de bonne volonté et de dévouement, nous apprenne à mieux juger nos forces et nous pénètre bien de l’absolue nécessité d’une courageuse persévérance, qui est une vertu inséparable de la divine Fraternité!...

Persévérance! Persévérance jusqu’à la mort, malgré et contre tous les obstacles, c’est notre devise et notre devoir! La République fraternelle et universelle, dont l’Icarie n’est qu’un essai et qu’un germe, est la plus grande nécessité dans la destinée de toute l’Humanité-Nous ne pouvons rien y changer, ni ajouter, ni retrancher! Nous sommes appelés depuis des siècles à la connaître, à l’aimer, à nous dévouer pour elle et à la réaliser le plus complètement possible. Nous n’avons point de choix. Nous devons l’accepter telle que la Fraternité parfaite la définit, et nous devons la servir de tout notre cœur et de toutes nos forces, jusqu’au dernier souffle de notre vie. Et quand même notre aveuglement nous empêcherait de la réaliser (car en cela, pour tout Peuple, il n’y a point d’autre empêchement que son aveuglement); quand même toute la génération actuelle manquerait à sa mission; les générations futures seraient obligées de revenir à la charge et de reprendre notre OEuvre, comme nous reprenons celle des Chrétiens primitifs.

Courage, Persévérance.

Table des matières

Malheur à nous, malheur à toute l’Humanité, si les Apôtres qui cherchent à réaliser le Vrai Christianisme, ou la Communauté fraternelle faiblissent jamais et reculent devant les difficultés et les persécutions qu’ils rencontrent!.....

Ce cri se presse dans notre poitrine à la lecture d’une lettre que vient de recevoir un de nos frères, dans laquelle nous trouvons:

«La propagande active que j’ai faite m’a valu ce qui suit: Sacrifice de temps et d’argent, toutes sortes de calomnies, la haine et le mépris d’un grand nombre de personnes, l’ingratitude même de beaucoup qui m’ont compris et qui ont renié leurs idées, et la perte de mon ouvrage. Aujourd’hui, je ne sais de quel côté tourner; car je ne puis rester dans mon pays; et pas d’espoir d’aller en Icarie, par rapport à ma femme. Obligé de vivre au milieu de tout d’ennemis qui me poursuivent de leur haine, n’importe où j’irai. Quelle triste existence!.....»

Qu’est-ce que tout cela prouve pour nous Icariens, sinon que nous sommes exposés, dans ce vieux monde pharisien et bourgeois, à la haine et à la persécution?

Mais l’Apôtre Paul apprécie admirablement les Si-positions des privilégiés et des dominateurs, quand il enseigne que tous ceux qui voudront vivre selon Jésus-Christ seront persécutés par eux.

Pour nous, qui cherchons à réaliser tous le-préceptes, toutes les espérances et toutes les perfections du Vrai Christianisme, peut-il être étonnant que les persécutions nous vienneut?

L’œuvre commencée par les Chrétiens primitifs n’est pas encore achevée, et nous entrons dans la carrière glorieuse de son accomplissement. Il faut donc que nous en subissions toutes les conséquences, et que nous acceptions courageusement et résolument leur position apostolique et militante.

Ne savons-nous pas que pour récolter il faut commencer par labourer et semer, et que pour jouir de la victoire il faut lutter et vaincre auparavant? Ne savons-nous pas que pour arriver à l’Eglise triomphante, il faut nécessairement passer par l’Eglise militante et souffrante?

Reculer devant les difficultés inséparables de notre mission bumanitaire, ou seulement faiblir dans notre Apostolat, ce serait renier l’Hu inanité et la trahir.

Ne savons-nous pas que faute d’un seul pas on peut manquer d’atteindre le but de sa course? Les Chrétiens primitifs ont faibli et fléchi devant les persécutions atroces de la part des dominateurs du monde païen, et ils’est passé bien plus de dix-huit siècles sans qu’on atteigne la réalisation du règne de Dieu sur la terre: tandis que Jésus ne lui assignait qu’une seule génération, et qu’il assurait même qu’avant que ses disciples fissent le tour des villes de la Judée, ce règne serait déjà arrivé dans toute sa splendeur et dans toute sa puissance.

Et Jésus devait être bien sûr de ce qu’il avançait, quand il ajoutait, que le ciel et la terre passeraient plutôt que sa promesse. Et réellement il ne faut pas plus de temps pour celte Réalisation; mais il faut s’y prendre convenablement, et y employer toutes ses forces et tous ses moyens.

Comme un voyageur qui se laisserait arrêter dans son chemin par le mauvais temps, ou effrayer par des brigands, pourrait ne jamais arriver à son terme, nous aussi, même après des sacrifices mille fois plus grands que ceux que nous faisons, et après des conquêtes mille fois plus grandes que celles dont nous nous réjouissons, si nous faiblissons et nous reposons, nous pouvons manquer notre but, et même perdre l’avantage de notre position actuelle.

Il pourrait nous arriver ce qui est arrivé aux Chrétiens primitifs. Par des persécutions inouïes jusqu’alors, entravés continuellement pendant trois siècles dans leur propagande pacifique et dans leurs efforts pour réaliser la Communauté fraternelle, ils ont faibli, ils ont voulu se reposer, gagner seulement du temps, et ils ont perdu tout, même leur position appostolique: car, par ce moyen, sous l’action puissante et incessante des oppresseurs, ils se sont paganisés partout, cessant d’être de Vrais Chrétiens, à tel point qu’aujourd’hui même encore ils ne pourraient nulle part supporter Jésus-Christ ni ses vrais Apôtres: ils les persécuteraient cl même il les tueraient.

Nous, plus que tous les autres, nous pouvons apprécier le mieux ce que toute l’Humanité a perdu par cette temporisation et par cette pactisation des Chrétiens primitifs avec le monde païen. Nous rie voulons point déprécier leur courage et leur dévoûment; mais nous cherchons uniquement à éviter leur faute la plus grave.

Jésus Christ nous dit: «Qui aura persévéré jusqu’à la fin et qui aura vaincu, héritera de tout, et régnera sur la terre avec le Père céleste, dans le royaume qui lui est préparé depuis le commencement du monde.»

Persévérons donc, frères, persévérons jusqu’à la mort, jusqu’au martyre! Ne reculons jamais devant aucune des conséquences de notre principe divin: Communauté fraternelle! Ne faiblissons jamais, ne nous reposons jamais, ni ne nous arrêtons jamais jusqu’à la réalisation la plus complète et la plus parfaite de ce principe en dehors duquel il n’y a point de salut pour personne!

Les difficultés sont naturelles: les persécutions sont inévitables! Il faut vaincre pour en être complètement affranchi!

Si nous ne soulevons pas ce fardeau qui pèse sur l’Humanité, si nous succombons à-notre tâche, nos descendans, même après mille siècles, seront obligés d’y revenir, de recommencer, et de faire ce que nous aurons abandonné. La même obligation pèse aujourd’hui sur nous par rapport à l’œuvre que les Chrétiens primitifs ont laissé inachevée. Courage donc, Frères, et persévérance jusqu’à la fin!

Nous faut-il de l’encouragement, des modèles et des exemples? La vie des Chrétiens primitifs nous en fournit surabondamment. Nous n’avons qu’à les imiter dans leur courage, dans leur dévoûment et dans leur persévérance, en évitant les fautes qu’ils ont commises à cause de l’inexpérience de l’Humanité dans l’ORGANISATION SOCIALE.

Voyez quelle était leur position et leur vie sous l’oppression des dominateurs toujours féroces! Nous allons vous en soumettre quelques traits seulement que nous trouvons dans le Vrai Christianisme, p.569. Voici comment s’écriait l’Apôtre le plus ardent:

«Il me semble que Dieu nous traite, nous autres Apôtres, comme les derniers des hommes, comme ceux qui sont condamnés à la mort, nous faisant servir de spectacle au monde.

Nous sommes à toute heure livrés à la mort pour Jésus, afin que la vie de Jésus paraisse aussi dans notre chair mortelle.

Mais qui nous séparera de l’amour de Jésus? Sera-ce l’affliction, ou les déplaisirs, ou la persécution, ou la faim, ou les périls, ou le fer et la violence?

On nous égorge pour l’amour de vous, Seigneur, on nous regarde comme des brebis destinées à la boucherie: mais, parmi tous ces maux, nous demeurons VICTORIEUX par celui qui nous a aimés; car je suis assuré que ni la Mort, ni la Vie, ni les Anges, ni les Principautés, ni les Puissances, ni le Présent, ni l’Avenir, ni la Force, ni ce qu’il y a de plus Grand et de plus Bas, ni aucune Créature ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu en Jésus-Christ Notre-Seigneur.»

Et Jésus Christ lui-même ne fut-il pas en but à toutes les haines, à toutes les calomnies et à toutes les persécutions, puisqu’il subit le martyre de la croix, et qu’il put s’écrier de lui-même, comme l’atteste saint Clément, disciple et compagnon de l’Apôtre Paul:

«Pour moi, je suis un ver de terre et non un homme! Je suis l’opprobre des hommes et le rebut du Peuple? Tous ceux qui me voient m’insultent!......»

Courage donc, frères, et persévérance! Car ceux qui auront perséveré jusqu’à la lin seront VAINQUEURS, pour le salut de l’Humanité tout entière!....

SYSTÈME
DE
FRATERNITÉ.
(Extrait du POPULAIRE.)
No 2.

Table des matières

Adoptons, pratiquons, proclamons, propageons

le principe chrétien de la Fraternité, tirons-en tou-

tes les conséquences, et nous arriverons à l’organi-

sation sociale la plus parfaite, et la plus capable

de réaliser complètement le salut et le bonheur de

l’Humanité. CABET.

Prix: 10cent., par la poste15c.

PARIS,

AU BUREAU DU POPULAIRE,

RUE J.-J. ROUSSEAU, 18,

ET CHEZ LES PRINCIPAUX LIBRAIRES.

Novembre1849.

ROUGES OU BLANCS.

Le grand Jugement universel, appelé, à cause de sa justice et de sa puissance, Jugement de Dieu, approche et nous entraîne, tous, à ne former que les deux camps évangéliques qui doivent embrass er toute l’Humanité.

Encore un moment et il n’y aura plus sur toute la terre que des Élus et des Damnés, des Rouges et des Blancs.

Nous ne pouvons plus résister; nous sommes tous forcés de nous déclarer Rouges ou Blancs: chacun selon son cœur et ses habitudes.

Quant à nous, nous sommes Rouges dans toute la force du terme. Nous acceptons la Révolution et la Répuplique avec toutes leurs conséquences.

La Révolution pour nous, c’est l’accomplissement de la destinée de l’Humanité; c’est celle grande transformation de la Société humaine, que l’Évangile appelle Jugement de Dieu, Jugement dernier.

La Révolution, suivant Robespierre, l’un de ses plus fidèles et ardens Apôtres, doit avoir pour but d’améliorer profondément le sort du Peuple, autrement elle ne serait qu’un CRIME remplaçant une autre CRIME.

Nous sommes donc, dans ce sens, Révolutionnaire au suprême degré: car nous voulons le bonheur commun de tous les Peuples Nous abandonnons aux Blancs tous les embarras des Révolutions stérile-pour le bonheur du Peuple: à eux toute la responsabilité de leurs crimes!..... Voici notre programme:

Réalisation complète du VRAI CHRISTIANISME avec toutes ses conséquences, jusqu’aux dernières limites, posées par l’AUTEUR DE L’EVANGILE: rien de plus, rien de moins.

Nous acceptons par conséquent et nous voulons réaliser:


POUVOIR LÉGISLATIF.

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Qui est celui d’entre vous qui puisse avec tous ses soins ajouier un pouce à sa taille?

(Evang. de MAT. VI, 27.)

Un astronome peut-il faire des lois pour les corps célestes? Un physicien peut-il faire des lois pour les êtres de son domaine? Un chimiste peut-il faite des lois pour les corps qu’il analyse ou qu’il compose? Un médecin peut-il faire des lois pour l’organisme humain? Ne sont-ils pas, au contraire, tous obligés de rechercher les lois de la Nature, toutes faites, et de s’appliquer à les connaître et à leur obéir? Toute leur sagesse, toute leur science, toute leur autorité et toute leur puissance ne consistent elles pas uniquement en étude, travail, courage, persévérance, et surtout eu obéissance? Leur activité et leur volonté peuvent-elles s’appliquer à autre chose?....

Par quelle exception ou par quelle raison donc certains hommes peuvent-ils prétendre posséder une autorité, un pouvoir, une souveraineté absolue pour faire des lois, d’après lesquelles les hommes, les Peuples et toute l’Humanité même doivent régler les actes de leur vie? N’est-ce pas du charlatanisme ou de la folie; ou plutôt n’est-ce pas une impiété et un sacrilège que de vouloir substituer sa volonté à celle de Dieu, qui est notre unique Législateur, qui nous a dotés d’une constitution éternelle, qui nous a fait des lois inaltérables et fixé les règles invariables de la vie?....

La volonté unanime et les efforts, même de l’Humanité tout entière, peuven-ils changer les qualités d’un seul atome ou lui ajouter une propriété qu’il n’a pas? Est-il plus facile ou plus possible de changer la nature humaine, de la modifier ou de lui prescrire des lois auxquelles Dieu ne l’a pas soumise?

Si nos législateurs se bornent à rechercher uniquement les lois éternelles et à leur donner un pieux témoignage; si nous ne sommes soumis qu’à des lois éternelles et invariables; pourquoi nos prétendues lois varient-elles d’un peuple à l’autre? Pourquoi sont-elles méconnaissables d’une génération à l’autre, quelquefois même d’une année à l’autre? Pourquoi tous ces débats, discussions, intrigues, cabales, votes et prescriptions des peines, comme sanction indispensable, si la volonté d’aucun homme ni d’aucune assemblée ne peut pas faire la loi, ni anéantir, changer ou modifier la loi de Dieu

Si la force et la violence doivent ou peuvent faire la loi pour les bommes, pourquoi lie respecterions-nous pas les les habiles exploiteurs des grands chemins qui, eux aussi, font la loi aux voyageurs faibles et sans armes? Ne donnent-ils pas souvent, eux aussi, des preuves rie courage, de valeur personnelle, et même de loyauté et quelquefois de générosité qu’on rencontre rarement a leurs?

Il lie nous convient donc point de prétendre qu’il puisse exister une autorité législative quelconque, et nous ne devons reconnaître qu’un seul pouvoir, le pouvoir exécutif des lois éternelles de Dieu, il n’y a d’ailleurs d’autorités que celles qui viennent de Dieu. Les pouvoirs qui ne viennent que des hommes ne sont nullement des pouvoirs, mais des instruirions abominables et sataniques d’usurpation, de sacrilége et d’oppression.

Ne devons-nous pas écouter plutôt Dieu que des hommes, et obéir plutôt à notre Père éternel qu’à des oppresseurs sans cœur, sans conscience, sans charité, sans foi ni loi?

N’avons-nous pas déjà, depuis des siècles, la ICI SOCIALE, ÉTERNELLE, SUPRÊME, révélée par Jésus-Christ, attestée par la conscience de l’Humanité, celle de là FRATERNITÉ?..... Cette loi n’est-elle pas déjà inscrite sur tous les monumens publics?.... Pourquoi chercherions-nous, ou nous laisserions-nous imposer une autre loi quelconque, opposée à cette loi éternelle, que rien ne peut effacer de notre conscience?.... Cette loi ne suffit-elle pas complètement à déterminer et à régler toutes nos relations sociales?....

Ce programme, cette proposition qu’on nous somme audneieusement et impudemment de produire, c’est notre trinaire sacré: Liberté, Égalité, Fraternité!.... N’est-il pas déjà inscrit partout? Ne frappe-t-il pas, à tout moment, la vue de nos Représentons pour leur rappeler leur mission?... N’est il pasdéjà accepté et proclamé par tous les Peuples où l’on peut librement manifester son opinion?... Tous des gouvernemens, tous les sauveurs des Nations ne sont-ils pas sommés, par la Providence et par la conscience de l’Humanité, de l’exécuter sans délai et de le réaliser dans toutes les institutions nationales.

Ne les voyons-nous pas à l’œuvre, tous ces grands sauveurs?.... Nous les laissons faire. Ils ne pourront jamais se plaindre des obstacles qu’on aurait opposés à leur volonté. Rien ne contrarie leur omnipotence, lis agissent seuls et en souverains: les Peuples sont patiéns comme Dieu, qui est éternel. Ils seront obligés d’exécuter la loi étemelle, ou ils passeront comme un souffle du simoun, produit d’une infection, à laquelle les hommes n’ont pas encore remédié.

Malheur aux serviteurs inutiles; car, selon l’arrêt irrévocable de l’Evangile, ils seront jetés dans les ténèbres extérieurs, où il y aura les pleurs et des grincement des dents (Evang. de Mat. 25; 30)!...


ICAR E DEVANT LE MONDE.

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Vous aurez à souffrir des afflictions dans le monde; niais ayez confiance j’ai vaincu le monde,

(EVANG. DE JEAN, XVI; 33.)

Ne craignez point, petit troupeau; car il a plu à votre Père de vous donner le RÈGNE.

(EVANG. DE LUC, XII, 32.)

Le règne des ténèbres et d’iniquités n’est pas encore complètement vaincu. La Liberté, l’Egalité et la Fraternité, que nous ne cessons d’invoquer et de proclamer, sont encore bien loin d’être réalisées.

Chez tous les Peuples, de petites minorités factieuses, fortes de leur position acquise par le privilége, le mensonge, la ruse, l’imposture, la corruption et la violence, oppriment aqdacieiisement les majorités simples, crédules et désarmées, en les exploitant sans miséricorde, comme des troupeaux de bêtes de somme.

Ces bandes d’oppresseurs armés et organisés ont changé le monde en une vaste caverne de larrons où, pour les justes, il n’y a qu’injure, outrage, calomnie, spoliation et martyre.

On pousse le crime jusqu’à voler et assassiner des Nations tout entières; on a l’impudence de pousser l’impiété jusqu’à se faire rendre publiquement des honneurs presque divins, sous prétexte d’autorité, de dignité et de mérite; et, pour comble d’imposture, on nous envoie au-delà du tombeau et de la terre pour y chercher le règne de Dieu et sa justice.

Tel est le monde actuel dans son essence! Tels sont ses gouverneurs, ses administrateurs, ses héros et ses sauveurs!....

Faut-il donc s’étonner que le règne de Jésus-Christ n’est pas de ce monde, et que tous les Réalisateurs de l’Evangile sont par lui honnis, calomniés, outragés et persécutés?

Tous les martyrs dont l’histoire nous transmet le swvenif, et l’état des neuf dixièmes de l’Humanité qui depuis des siècles ne cesse d’être lamentable et désespérant, ne prouvent-ils pas jusqu’à l’évidence que ce monde, inspiré, gouverné et audacieusement exploité par une poignée d’usurpateurs et d’oppresseurs, pour nous imposer son joug et sa misère, ne sait et ne fait que persécuter, supprimer et exterminer les meilleurs Apôtres de la vérité, les plus tidèies Serviteurs de Dieu et les plus dévoués Défenseurs du Peuple?....

Faut-il s’étonner que ce grand menteur, spoliateur et homicide ne respecte pas plus aucun juste qu’il n’a respecté Socrate, Jésus-Christ, et leurs disciples et imitateurs?

Faut-il s’étonner qu’il ne respecte pas la PROPRIETE matérielle des Travailleurs qui produisent tout et qui manquent de tout, lui, cet insigne larron, qui ne respecte point même cette autre propriété, bien plus importante et plus sainte, la vérité, injustice, la conscience et la dignité humaiqe?

Faut-il s’étonner qu’il ne respecte pas la FAMILLE, lui assassin par excellence, qui à tout propos outrage et extermine des millions de familles par la misère, quand il cherche à les exploiter, et par les armes, quand il veut les asservir et les soumettre à la domination de ses favoris?

Faut-il s’étonner qu’il n’ait aucune RELIGION et qu’il n’en respecte aucune, lui le plus grand imposteur et impie, qui ne respecte en rien la Vérité et la Justice,–qui les abhorre comme son plus grand danger,– et qui se jette avec rage et fureur, pour le tuer, sur tout homme qui manifeste le désir de suivre les traces du Communiste Gahléen, auteur du Christianisme?

Faut-il s’étonner qu’il ne puisse supporter aucune vraie SOCIÉTÉ, ni germe d’aucune Société fraternelle, lui destructeur insolent de toute Société, qui ne cherche que des complices et des esclaves pour ses amis et ses adorateurs.

Faut-il s’étonner que cet incorrigible pervers ne veuille accepter ni tolérer notre Icarie, laquelle, pour mettre fin à toute misère, à toute oppression et à toute injustice, cherche à réaliser la Fraternité avec toutes ses conséquences et le règne de Dieu sur la terre?

N’avons-nous pas la mesure de sa haine et de son audacieuse déloyauté sur cette République romaine qu’il vient d’assassiner, et qui cependant de tontes les Républiques était, dans son origine, la plus légitime, la plus régulière et la plus sainte? Quel motif pourrait-il avoir pour respecter notre Icarie, qui surpasse de beaucoup toutes les Républiques connues jusqu’à ce jour, qui cherche à réaliser toutes les promesses évangéliques, et tous les progrès nécessaires au bonheur le plus parfait de l’Humanité entière?

Quelle loi, quel droit, quel principe a-t-il respecté dans sa conduite infâme envers la République romaine, qui était pourtant très modeste dans ses prétentions, qui se renfermait rigoureusement dans sou indépendance nationale, et qui n’osait franchir les limites étroites des promesses formulées par l’individualisme?

Que peut-il y avoir de commun entre ce Monde et l’Icarie, qui est destinée, non à lui ressembler ni à le servir, mais à l’entraîner pas son exemple, à l’absorber par sa justice distribuée, à le vaincre par son dévouement et sa fraternité, et même à l’écraser par sa toute puissance sociale, s’il persiste dans la voie de l’injustice et dans l’emploi de ses manœuvres infâmes?

Nous n’avons donc rien de bon à espérer de ce monde ni de ses institutions iniques, et nous n’avons à lui offrir que la Fraternité évangéliques, avec tontes ses conséquences.

Nous acceptons donc avec résignation, vis-à-vis de lui, cette position, qui convient à de vrais Chrétiens; nous la soutiendrons avec courage et persévérance, et nous ne l’abandonnerons jamais!..

Paix aux hommes de bonne volonté; à chacun suivant ses besoins; de chacun suivant ses moyens!....

Armes de nos adversaires.

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Il n’y a qu’une vérité et une justice au monde, qui déterminent et règlent la vraie vie de l’Humanité. Tout ce que les Peuples supportent de contraire à ces deux régulateurs éternels, n’appartient point à leur vie et doit immanquablement disparaître, malgré tous les artifices du mensonge, de la ruse, de la corruption et de la violence.

Nous ne voulons nous appuyer que sur la Fraternité, qui est la suprême expression sociale de la vérité et de la justice. Par cette raison nous participons à la vie impérissable de l’Humanité, et nous sommes sûrs que tous ces fantômes de puissance et de grandeur, qui s’élèvent contre la réalisation de la Fraternité et qui cherchent à nous anéantir, disparaîtront à jamais devant la manifestation majestueuse de notre République fraternelle.

Celui qui est dans la vérité et la justice, quand même il se dirait notre adversaire, marche dans noire voie, avec nous, ou vient inévitablement à nous.

Nos adversaires de bonne foi, égarés par l’ignorance ou par la calomnie, comme l’expérience journalière le prouve, tout en nous combattant font des progrès dans la connaissance de la vérité et de la justice, se perfectionnent, se convertissent eux-mêmes et viennent fraterniser avec nous.

Deux camps sont impossibles dans la vie normale de l’Humanité; car elle est une dans son origine et dans sa destinée. L’union et l’unité sont le critérium infaillible de la vérité et de la justice de tout système social. Notre système de fraternité appelle tous les hommes de bonne volonté, les concilie, les relie, les stimule, et les réunit en une seule famille.

Il n’y a parmi nous ni sectes, ni castes, ni classes; nous sommes tous également libres et frères, tous également Souverains pour réaliser notre République fraternelle.

lisait de là que tout homme de cœur, fût-il notre plus cruel persécuteur, s’il est, comme Paul l’Apôtre, de bonne foi et de bonne volonté, se convertit bientôt comme lui, rend homm-ge à la Vérité et, au péril même de sa vie, vient s’unir à la grande Famille de ses frères. Aussi croyons-nous qu’il est de notre devoir d’être in Ijilgens, patien-et pleins de-compassion envers les hommes de bonne foi et de boune volonté, qui peuvent quelquefois s’égarer jusqu’à nous combattre et nous persécuter. Nous ne cessons de les plaindre et de les aimer comme nos propres frères malades et malheureux; et la Vérité éternelle, plus puissante que toutes les erreurs, tous les préjugés et toutes les manœuvres du tnoude, leur vient bientôt en aide et les amène sur la voie du salut, où nous nous rencontrons avec joie et bonheur.

Mais les hommes pour qui la Vérité et la Justice éternelles ne sont rien, qui ne veulent point de Fraternité eu pratique et qui s’en moquent en principe; qui n’ont d’autre conscience que celle de leurs intérêts factices et de leurs passions dépravées; qui n’admettent d’autre règle sociale que les dispositions impies et sacriléges des dominateurs et des exploiteurs, peuvent-ils jamais venir à nous par la Vérité et la Justice, qu’ils n’avaient point, qu’ils ne cherchent jamais, qu’ils ne veulent point pratiquer, et qu’ils trouvent en opposition avec to’etes leurs habitudes et toute leur vie?

Oh! ces hommes là sont nos adversaires incorrigibles, nos ennemis implacables. Ils ne peuvent même rester indijtérens envers nous; car notre existence seule est une critique pour eux et une condamnation. Depuis des siècles, depuis le Communiste crucifié sur le Golgotha jusqu’aujourd’hui, ils se conduisent toujours envers nous comme nos calomniateurs et nos assassins.

En effet peuvent-ils jamais nous combattre par la Vérité et la Justice éternelles, qu’ils ne connaissent point eux-mêmes, dont ils ne se soucient nullement, et qu’ils regardent toujours, à cause de leurs vices et de leur dépravation, comme un danger imminent, qui les menace sans cesse de les dépouiller de tous les privilèges uniques sur lesquels sont basés leur grandeur, leur autorité, leur domination et leur exploitation? Et quelles autres armes peuvent-ils nous opposer ou trouver à leur disposition, si ce n’est le mensonge, la calomnie, la corruption, et la violence? Demandez leur quels sont les mobiles et les liens de toutes les sociétés civiles et politiques actuelles, et quels sont les moyens de leurs gouvernemens, et ils ne manqueront pas de vous répondre eux-mêmes qu’il n’y en a point d’autres, et que c’est une illusion, une utopie et une chimère que d’espérer pouvoir jamais s’en passer. Otez aux sociétés actuelles et à leurs gouvernemens tous les moyens que le mensonge, la calomnie, la ruse, la corruption et la violence mettent a leur disposition, et ils ne pourront pas subsister même pendant vingt-quatre heures. Tant la Vérité et la Justice leur sont dangereuses et les tuent vite!...

Quand les gouvernemens eux-mêmes des sociétés actuelles ne peuvent s’appuyer que sur le mensonge, la ruse, la calomnie, la corruption et la violence; les dominateurs et les exploiteurs de toutes sortes, peuvent-ils s’appuyer sur autre chose, ou défendre leurs intérêts égoïstes avec d’autres armes?

Ne voyons-nous pas toujours et partout les habiletés elles grandeurs politiques ne s’élever, ne se maintenir et ne régner sur les immenses majorités des Nations, que par ces moyens-là? Otez-leurces leviers et vous les réduisez à leur néant, où laissés à eux-mêmes, selon la mesure évangélique, des premiers ils deviendront bientôt les derniers, sans prouver même dans leur conscience la douce consolation de mériter d’être traités par les autres en frères.

SPces’gens habiles voulaient essayer de nous combattre avec les armes loyales de la vérité et de la justice, loin de nous nuire, ils ne pourraient que dévoiler leurs erreurs à notre égard; ils nous aideraient, sans le savoir même, à faire triompher notre cause; ils seraient obligés d’entrer dans la voie de la réalisation de la Fraternité; et il ne leur resteraitqu’un seul moyen pour nous confondreet nous vaincre, ce serait de nous surpasser en tout et de réaliser la République fraternelle mieux et plus tôt que nous.

O vous, puissans par le mensonge, vous puissans par la ruse, vous puissans par la calomnie, vous puissans par la corruption, vous puissans par les privilèges et vous puissans par la violence, pourquoi ne cherchez-vous pas à devenir puissans par la vérité, par la justice, et par votre dévouaient à la réalisation de la Fraternité?

Vous tous, dominateurs et exploiteurs des ignorons, des faibles, des crédules et des pauvres, ne seriez-vous pas mille fois plus heureux, dans une Société organisée selon la vérité, la justice et la fraternité, que vous ne l’êtes actuellement dans une société organisée selon le mensonge, la rose, la calomnie, le privilège, la corruption et la violence? Par toutes vos manœuvres et par toutes vos cruautés les plus atroces, pendant tant de siècles, qu’est-ce que vous avez gagné? Votre situation d’aujourd’hui est-elle plus assurée que celle avant le martyre de Jésus et de ses disciples et imitateurs? Toute votre Impiété et tous vos efforts ont-ils pu produire autre chose que la misère et des souffrances affreuses et inutiles de tant de générations? Pendant tant de siècles de travail constant et persévérant, qu’ont-elles produit, votre sagesse et votre habilité? Où sont aujourd’hui vos sages et vos habiles?... Eles-vous sûrs au moins de votre lendemain?... Quand les rois et le pape lui-même ne le sont point, combien moins, ô insensés pouvez-vous l’être vous-mêmes?.....

Quand même vous réussiriez à nous exterminer tous jusqu’au dernier, les générations futures reviendraient immanquablement a la charge, contre votre injustice, votre orgueil, votre domination et votre exploitation, comme nous revenons aujourd’hui après les Chrétiens primitifs; car il faut que la volonté de Dieu se fasse, et que les destinées de l’Humanité s’accomplissent!.... Pourquoi ce travail, ces peines et ces malheurs inutiles?.... Vous est-il si difficile de fraterniser avec vos semblables? Nous ne vous demandons pas autre chose. Nous ne cherchons pas même à vous imposer notre Fraternité; nous voulons seulement ne plus être opprimés, ni dominés, ni exploités: nous voulons seulement jouir d’une liberté complète de pouvoir réaliser le Règne de Dieu entre nous-mêmes.

Tous les malheurs de l’Humanité viennent uniquement de votre aveuglement, de votre dureté et de votre refus opiniâtre de fraterniser avec ceux que vous dédaignez, repoussez, exploitez, dominez et opprimez, et que vous empêchez de toutes vos forces de fraterniser entre eux.

Ne savez vous point que toute domination, tout privilége et toute exploitation de l’homme par l’homme sont irrévocablement destinés à pértr, et que nulle puissance et nulle sagesse ne pourront empêcher leur destruction complète?...

Vous et nous, venons plaider notre cause devant Dieu et l’Humanité! venons exposer ce que nous sommes et ce que nous voulons; que le jugement de Dieu prononce entre nous et vous, et qu’il décide de notre sort!

Nous avons pour témoins et compagnons Abel, Socrpte, Jésus et tous leurs Imitateurs; vous êtes escortés par Caïn, par tous les princes et leurs serviteurs, et par tous les juges et les bourreaux des martyrs. Nous sommes pauvres, et, comme le Fils de l’Homme, nous n’avons souvent où reposer notre tête; vous possédez, au contraire, tout avec le pouvoir. Nous n’héritons que des peines, des privations, de l’abnégation, du dévoûment et du martyre; vous gardez tous les droits et tous les privilèges pour vous, usant et abusant de tout ce dont nous sommes dépouillés. Nous n’avons d’autre prétention que la réalisation de la Fraternité avec toutes ses conséquences, pour le Salut social et éternel de tous, même de vous; vous voulez, au contraire, perpétuer l’esclavage, la misère de tous les Peuples avec vos privilèges et votre domination. Nous vous invitons avec instance à fraterniser avec nous et, selon lepreeepte évangéiique, nous vous offrons tout avec notre vie; vous nous insultez, outragez, calomniez, et vous profitez du moindre prétexte pour nous persécuter et nous anéantir même. Nous condamnons toutes sortes de violences et demandons l’abolition de la peine de mort, d’abord pour vous et puis pour les autres moins coupables que vous; vous nous imposez, au contraire, voire autorité par la violence et la terreur, vous faites alliance éternelle avec la MORT et vous cherchez a perpétuer à jamais son règne sur la terre. Nous sommes doux et pacifiques, comme notre Maître qui nous commande du Golgotha, et nous n’avons d’autres armes que la Vérité, la Justice et la Fraternité; vous êtes partout, au contraire, tous seuls armés, insolans, arrogans, menaçans et oppresseurs, eu vous attribuant les honneurs de bienfaiteurs et de sauveurs des Nations!... O impies!...

Vous vous troublez, ô frères égarés et malheureux!... Le jugement de Dieu s’annonce donc pour vous comme de la terreur! .. Vous parraissez être surpris comme un voleur en flagrant délit! Au milieu de toute l’Humanité, vous et les vôtres, vous êtes les seuls armés du glaive, vous vous êtes entourés de bastilles, vous proclamez partout que vous avez pour vous l’immense majorité, et pourtant vous tremblez! C’est parce que vous n’avez point pour vous la vérité et la justice, et que vous méconnaissez et blasphémez la Fraternité; c’est que vous n’avez d’autre science que le mensonge, ni d’autre connaissance que la ruse et la corruption, ni d’autre espoir, droit, raison et soutien que votre glaive que vous suspendez sur nos têtes. O malheureux!... Ne savez-vous pas que cette attitude, que vous cherchez à rendre de plus en plus menaçante, vous condamne, et donne le témoignage évangélique que vous êtes destinés tous à périr par le glaive?

Mais tranquillisez-vous, ô Frères égarés, il ne s’agit pas encore du Jugement dernier, du terrible jugement de Dieu! Ce n’est qu’un appel à votre conscience et à votre Iraternilé!...

Qui de vous ou de nous fait la Volonté de Dieu et accomplit les destinées de l’Humanité? Pourquoi donc nous attaquer avec tant de déloyauté, tant de perfidie et tant de violence? Que ne nous indiquez-vous pas plutôt quelque chose de mieux et de plus parfait que la réal sation de l’Evangile qui est notre vœu? Pourquoi ne faites-vous vous-mêmes rien de mieux ni de plus efficace pour détruire à jamais l’ignorance et la misère, et pour réaliser la Fraternité universelle, avec le bonheur de toute l’Humanité?

Mais vous n’êtes pas encore dans la Vérité et la Justice, et vous ne voulez pas de Fraternité ni pour vous ni pour les autres: voilà pourquoi vous êtes forcément réduits au rôle ignoble de menteurs, de calomniateurs, de persécuteurs et de cruels oppresseurs!...

Notre mission.

Table des matières

Il y a des gens qui s’imaginent facilement qu’on peut récolter avant d’avoir semé, et cueillir de doux fruits de la Communauté Fraternelle ayant de i’avoir réalisée. Pour ces malheureux la déception est inévitable. Nous comprenons les motifs de leurs plaintes amères; nous compatissons à leurs souffrances; leur haine même et leurs calomnies ne nous surprennent point. Mais ceux qui paraissent le plus dévoués à la Communauté, et qui, comme Pepin et Chaise, voulaient toujours passer pour tels, viennent, par un abus de confiance, d’une manière sacrilège, cent fois plus coupables qu’Ananie, nous soustraire dan un moment le plus difficile, une somme de8.700fr., cela surpassa toute idée.

Et si nos amis nous fonrtant de mal, devons nous nous étonner que nos ennemis cherchent à nous supprimer, séquestrer, anéantir, etc.?

Que faire?–Il faut nous résigner. Nous ne pouvons commencer la réalisation de la Fraternité qu’au milieu et qu’avec de tels hommes que la Société actuelle forme et nous donne. Notre Religion nous impose l’obligation de persévérer dans notre mission jusqu’à la fin. Nous ne devons, pas ni ne pouvons reculer devant aucune difficulté, obstacle ou persécution. Notre Avant-Garde Humanitaire est obligée (l’avoir plus de courage et de persévérance que toutes lés Avant Gardes militaires du monde. Nous savons que l’Armée de Dieu qui nous suit ne peut manquer de triompher. Nous ne devons pas la trahir. Notre victoire amènera immanquablement le règne Je Dieu sur la terre, pour toute l’Humanité.

QUELQUES PROTESTATIONS
En faveur du Citoyen Cabet, accusé d’escroquerie.

Table des matières

Notre procès a été l’occasion de nombreux témoignages de sympathie pour le Citoyen Cabet, qui ont naturellement redouble depuis sa condamnation par défaut.

Nous avons été particulièrement touchés d’une lettre des exilés de Londres, qui revendiquent noblement pour tous les Socialistes la solidarité de l’arrêt rendu contre Cabet. Nous soinmes jaflligés, sans être surpris de la saisie pratiquée à ce sujet contre les journaux la République et la Démocratie pacifique. Nous espérons bien qu’un jury ne pourra jamais voir «l’apologie d’un fait qualifié crime,» c’est-a-dire l’éloge de l’escroquerie, dans le cri d’indigatibh excité par un jugement qui inflige à un citoyen vertueux et dévoué à l’Humanité la qualification d’escroc.

Comme nous ne voulons fournir aucun prétexte à d’inutiles persécutions, nous ne répéterons pas cette lettre, que nos amis pourront lire accompagnée d’injures dans l’Ami de la Religion du24octobre1869, et dans l’Uinion du même jour. Le texte en sera d’ailleurs lu à l’audience lors du procès qui aura lieu devant le jury, et il sera ainsi publié dans tous les journaux.

En attendant, voici une nouvelle lettre de cette Société, qui a été adressée à la République et à la Démocratie Pacifique:

Société des Proscrits démocrates-socialistes à Londres.

Table des matières

«Cher concitoyen,

En apprenant que votre journal avait été saisi pour avoir publié noire protestation en faveur du citoyen Cabet, nous avons éprouvé un vif sentiment de surprise et de chagrin. Pourquoi faut-il que l’auteur d’un article incriminé ne puisse pas en revendiquer pour lui seul la responsabilité judiciaire et en affranchir le gérant? Jamais nous n’avons mieux senti combien cette .législation de la presse est dure, et nous nous reprocherions amèrement de vous avoir exposé à une saisie, s’il nous était possible d’apercevoir dans notre lettre la moindre trace de délit.

Comment! voici un homme qui a toujours fidèlement servi la démocratie; pour réaliser des idées qu’il croit vraies, et sous l’empire d’un sentiment incontestable de dévôument et de foi, il entreprend un essai de colonisation; à l’âge de soixante-quatre ans, il traverse les mers, affrontant les mille fatigues et les mille dangers d’une expédition lointaine, jouant son repos, sacrifiant sa santé; et parce qu’à la suite d’une adhésion toute volontaire, il y a eu chez quelques-uns des illusions déçues, parce que des plantes, habilement encouragées peut-être, se sont fait entendre, cet homme est tout à coup, après une longue vie honorable, présenté au public comme un malfaiteur du plus bas ordre, cet homme qui, candidat aux élections, a obtenu près de cent mille suffrages, est tout-à coup dénoncé....

Nous rougissons d’avoir à écrire un mot semblable: comme un escroc! C’est peu. On s’empare de l’accusation, on la commente on l’envenime, on la généralise; une grande partie de la presse anglaise s’en autorise pour dire des socialistes français qu’ils sont un ramas de brigands, et en présence de pareils faits, nous devions nous taire, nous qui avons écrit le mot fraternité sur notre bannière, , nous, contre qui l’on s’arme des colères triomphantes du parquet; nous, qui savons trop, hélas! ce que la calomnie pèse dans la balance des sentimens humains

Si le citoyen Cabet avait été condamné après avoir été entendu, passe encore. Quoique Injustice, des hommes soit faillible, nous savons qu’il est d’un haut intérêt social que les décisions des tribunaux soient respectées. Mais le citoyen Cabet n’a-l-il pas été condamné ABSENT? Le jugement qui l’atteint n’est-il pas un jugement par défaut? Un jugement de cette, ature ne laisse-t-il pas tout entier le droit de la défense?

Nous n’avons par attaqué la CHOSE JUGÉE, et cela est tellement manifeste, que le parquet n’a pas osé baser là-dessus ses poursuites.

Mais voilà que, chose étrange, chose à peine croyable! on saisit la lettre comme présentant «Papologie de faits qualifiés crimes ou délits par la loi! Est-ce que nous avons bien lu? Quoi! nous avons fait Papologie de l’escroquerie! Assez! assez! nous aurions honte d’insister. La lettre est là: qu’on la lise!

Salut et fraternité.

Les membres du comité:

Signé: Louis BLANC, président; CAZAVANT, secrétaire; CAUSSIDIÈRE, Louis MÉNARD, A. WATRIPON, A. DUBOIS, ouvrier menuisier; Martin BERNARD, DELEAU, A. BOURA, J.P. H. BERJEAU.»

Les autres protestations ne sont pas moins significatives, car elles viennent: des Icariens de Nauvoo,–des Icariens de France,–des membres des deux Avant-Gardes,–des témoins même à charge entendus au procès.

Protestation de la Colonte Icarienne à Nauvoo.

Table des matières

Une de ces grandes iniquités, qui suffirait pour déshonorer un siècle, va peut-être s’accomplir en France. D’ignobles calomnies veulent flétrir le nom de Cabet, du Philosophe chrétien qui a consacré toute une longue vie à l’éducation morale des Peuples; du Régénérateur, de l’intrépide Apôtre qui. abandonnant Patrie, famille et fortune, prépare, en de lointains Climats, au milieu des dangers et des privations, le bonheur de l’Humanité.

Nous, témoins et objets de son amour et de son dévoûment; nous, jouissant déjà du fruit et de ses sacrifices et de notre persévérance, nous protestons contre des accusations aussi absurdes qu’infâmes, dont le triomphe serait une nouvelle honte pour notre infortunée Patrie.

Nauvoo, 9août1849.

(Suivent cent quatre-vingt quatorze signatures, publiées dans la brochure: RÉALISATION DICAHIE, No4)

Protestation de trois prétendus Plaignans et témoins à charge.

Table des matières

Au Citoyen Rédacteur du POPULAIRE.

«Citoyen.

Entraînés par des circonstances indépendantes de notre volonté, et surtoui à cause de l’état de notre santé qui était fort mauvaise, nous avons quitté la Société Icarienne à la Nouvelle-Orléans après son retour du Texas, et nous en sommes partis sans demander du secours à la Société. Ce qui prouve assez que nous ne croyons pas avoir le droit de réciamer et de nous plaindre, ni surtout de porter contre le citoyen Cabet une accusation aussi monstrueuse que celle d’escroquerie.

Nous n’avons nullement renié ni abandonné nos principes et notre but; il n’est pas non plus dans notre caractère de méconnaître nos engagemens envers lui, que nous considérons comme l’un des plus détones défenseurs de la Démocratie.

Nous so âmes indignés de cette perfide manœuvre qui, dans les journaux officiels des Tribunaux nous a fait jouer le rôle si odieux de plaignans envers le Gérant d’Icarie et nous a portés comme ses principaux accusateurs.

Pourtant à notre interrogatoire, nous avons déclaré devant la Justice, d’une manière non équivoque, que nous n’avions point à nous plaindre du citoyen Cabet ni rien à lui réciamer.

Nous venons donc protester hautement contre cet artifice infernal, par lequel, en cherchant à avilir et à flétrir d’une manière aussi infâme un citoyen intègre et éprouvé, on flétrit notre nom et l’on nous voue au mépris de tous les Républicains sincères.

Nous vous prions, citoyen rédacteur, de nous réserver une place dans le plus prochain numéro de votre journal, afin d’y publier notre protestation.

Recevez, citoyen, nos salutations fraternelles et l’assurance de notre haute considération.

Paris, ce6octobre1849.

L. TEYSSIF. R, de la première Avant-Garde,

J. ROUSSEAU, de la deuxième Avant-Garde.

POIRET, de la deuxième Avant-Garde. »

Membres de la première et de la deuxième Avant-Garde.

Table des matières

Paris, le1er octobre1849.

Nous soussignés, membres de la1er et2e Avant-Garde Icarienne pour la colonisation au Texas, présens actuellement à Paris, nous avons lieu de nous étonner et de nous indigner de n’avoir pas été appelés à produire notre témoignage vrai et désintéressé dans l’affaire de cette colonisation, jugée récemment par la7e chambre du tribunal correctionnel de la Seine. Nous avons donné des preuves non-équivoques de notre dévoûment; nous n’avons jamais renié nos principes; nous sommes loin de celte triste position où l’on est obligé de mentir pour se justifier; notre séjour à Paris était bien connu; si l’on a su trouver les autres pour en obtenir quelques dépositions favorables à l’accusation, on aurait dû, dans l’intérêt de la justice et de la vérité, nous entendre aussi, afin de pouvoir juger i’aflaire en toute connaissance de cause.

Nous protestons contre un tel procédé; nous protestons de notre estime inaltérable pour le citoyen Cabet; nous protestons contre toutes les accusations dirigées contre lui, à cause des revers produits par des causes indépendantes de sa volonté; nous protestons enfin contre toutes ces pauvres arguties, contre tous ces sophismes débités sur la concession des terrains de la compagnie Peters, sur laquelle nous n’avons nullement été trompe’s et sur laquelle tout ce qui a été publié dans le Populaire était vrai.

Tout en allant coloniser au Texas, nous n’avons jamais subordonné dans notre pensée, la réalisation d’icane à la prise en possession des terrains sus-mentionnés, auxquels nous étions libres de préférer d’autres terrains et même une autre contrée.

Le citoyen Cabet, par sa présence, aurait facilement mis à néant tous les argumens avancés contre lui; il le fera plus tard, c’est là notre conviction intime.

A nos yeux, la cause principale des désastres de l’expédition icarienne au Texas, rie peut être attribuée qu’à la Révolution inattendue de février. Cette explosion politique a produit des perturbations sociales trop graves, pour qu’il fût possible aux Icariens de France de venir efficacement à notre secours.

Quoi qu’il en soit, rien ne saurait justifier la conduite inqualifiable des dissidens hostiles envers le citoyen Cabet. Il était évident qu’après l’engagement solennel signé par eux, ils n’étaient plus tu droit de réclamer quoi que ce fût. Un avide égoïsme, pour ne rien dire de plus, était seul capable de les porter à de tels excès: ils se sont bénévolement rendus les aveugles instrumens d’une mystification policière, que ce soit là désormais une bonne leçon pour ceux qui tenteraient de suivie leur exemple.

PAQUOT, doyen-d’âge de la première Avant-Garde; MAURICE, membre de la première Avant-Garde; BOUÉ, membre de la première Avant-Garde; COCHARD, membre de la première Avant-Garde; DUTHY (Auguste), membre de l’a deuxième Avant-Garde; CROMBEZ, membre de la première Avant-Garde.

Protestation des icariens de Paris.

Table des matières

Le Gérant d’Icarie est condamné pour escroquerie: on n’y saurait penser sans se rappeler la condamnation inique de Socrate et de Jésus-Christ!....

Si Jésus venait encore aujourd’hui avec ses Disciples renouveler au milieu de nous son divin Apostolat, les Pharisiens modernes ne pouvant plus le crucifier le dénonceraient comme un Rouge, un Communiste, un Rebelle ou un Escroc.

La vie des Chrétiens primitifs se renouvelle. Comme du temps des Apôtres, chacun vend ce qu’il possède et en apporte le prix pour en faire un fonds commun, afin qu’il n’y plus de Pauvres,–qu’il n’y ait qu’une seule propriété commune, à jamais indivise, celle de la Société ou de l’Église,–et que chacun, en vrai co-héritier et co-propriétaire, puisse en jouir selon ses besoins.

Les Païens d’aujourd’hui, furieux contre cette tentative.de régénération sociale, déchaînent la persécution. Lespvrais Chrétiens cherchent une nouvelle Thébaïde pour se retirer dans un désert.

Mais les Pharis; ens„ les Publicains et leurs valets s’effraient de la puissance d’un tel exemple, et tremblent pour leurs positions, acquises par tant de servilité, tant de lâcheté, tant d’injustice et tant d’iniquité.

Ils poursuivent donc avec rage ces Rénovateurs, et cherchent, avant tout, à se défaire de leur chef, Cabet. Ils y attachent le salut de leurs priviléges et dé leur infamie.

Pour atteindre leur but homicide, ces persécuteurs reconnussent la nécessité de tuer d’abord moralement leur victime, afin de pouvoir impunément et facilement consommer leur crime.

Jésus-Christ fut accusé et condamné comme Rebelle; il faut donc représenter Cabet comme un Révolutionnaire qui ne médite que des coups de fusils.

Jésus Christ fut accusé et condamné comme un ambitieux qui voulait devenir Roi des Juifs; il faut donc faire passer Cabet comme un intrigant, qui fait tout pour arriver au Pouvoir, et qui veut au moins être Dictateur dans un désert, quand il ne peut devenir ministre en France.

Jésus-Christ fut vendu et livré par son Disciple; on le jugea et condamna en vertu des dépositions de faux témoins; il faut donc séduire et ameuter quelques Disciples de Cabet,–chercher dans leur nombre de faux témoins, et se débarrasser ainsi de la canaille par la canaille. (Historique.)

Jésus-Christ fut pendu entre deux voleurs; il faut donc attacher au front de Cabet le stigmate flétrissant d’escroc et de voleur.

Nous dévoilons et dénonçons ces manœuvres.à tous les hommes de bien. Nous connaissons Cabet par sa vie politique et sociale de quarante ans, et son persévérant dévoûment à la cause des prolétaires. Ses actes ne lui sont nullement individuels. Il n’a tien fait, il n’a rien entrepris pour la réalisation d’Icarie, sans préalablement demander avis, au moins à plusieurs d’entre nous, sans se concerter avec nous, et sans être sûr de l’assentiment, au moins de la grande majorité de ses Associés. Telle a toujours été, et telle est encore sa règle de conduite au milieu des Icariens.

Nous nous déclarons donc solidaires avec lui, et s’il faut que nous soyons flétris avec lui comme escrocs, à l’exemple des Chrétiens primitifs qui se marquaient de la croix, nous acceptons cette glorieuse flétrissure, et nous serons mille fois plus tiers de nous trouver flétris avec Cabet, que si nous étions décorés, honorés et glorifiés avec tous les princes du monde qui ne cessent de spolier les Peuples,–de leur escroquer ce qu’ils ont de plus cher,–de voler des Nations,–et de les assassiner pendant des générations entières.

Paris, le30septembre1849.

(Suivent les signatures.)

Les Icariens de Toulon à leur vénéré Père Cabet.

Table des matières

Père,

Nous saisissons avec un indicible plaisir l’occasion que nous présente un de nos Frères qui, plus heureux que nous, part pour le Nouveau-Monde, pour le monde de la Fraternité, pour vous adresser l’expression de nos sentiments respectueux et des vœux ardent que nous formons pour le triomphe définitif de notre chère lcarie.

Malgré les lâches persécutions des Barrot, des Falloux et des Btroche de tous les étages, croyez, bien aimé Père, que noire dévoûment et notre amour pour vous, seront toujours inébranlables. Puissent-ils vous dédommager un peu de tant de soufliauces et de privations!

Notre reconnaissance est immense comme les services que vous avez rendus et que vous rendez encore au Peuple, dont nous vous avons proclamé le Père. Tandis que les aveugles et les médians abreuvent votre cœur du fiel delà médisance et de l’injure, nous, nous vous offrons avec bonheur tout ce que nos âmes possèdent de sincère gratitude. de profond respect et de sympathique admiration.

A la vue de toutes les cruelles épreuves auxquelles vous êtes en butte, si nous ne savions tout ce que vous possédez d’énergie, de confiance et de fraternité, nous vous crierions, de cette terre de souffrance et de malheur: «Courage, espérance, persévérance, car nos principes sont éternels!» Et, en effet, la vérité, la justice et le droit peuvent-ils jamais périr? Mais, nous vous savons convaincu et dévoué.

Tous les systèmes politiques, toutes les théories de réorganisation sociale auront leur temps, mais elles périront: le Communisme seul n’aura pas de fin!... La royauté a fait place à la présidence, la présidence fera place à la République démocratique; celle-ci, sera remplacée par la République sociale qui, à son tour, le sera par la République Icarienne, c’est-à-direla pure Communauté!!!

Nous sommes profondément convaincus de cette vérité, car le Christ l’a prêchée; les premiers Chrétiens l’ont mise en pratique; les philosophes de tous les siècles et de tous les pays l’ont enseignée. Et même, de nos jours, Lamartine, en parlant de l’immortel Robespierre, ne vous en démontre-t-il pas l’excellence et la vérité? Ecoutons-le;

« Robespierre, dit-il, demandait une taxe des pauvres au moyen de laquelle les communes entretiendraient les vieillards et les infirmes indigents. Le riche, dépouillé graduellement de son superflu, le pauvre, gratuitement élevé à l’instruction, à la faculté du travail, à la profession d’un métier; tout, dans ce plan de Robespierre, tendait évidemment à la Communauté des biens et à l’égalité des conditions. C’était l’esprit du Communisme primitif, idéal des premiers Chrétiens, redevenu l’idéal des philosophes.

Ce partage égal des lumières, des facultés et des dons de la Nature, st évidemment la tendance légitime du cœur humain. Les révéateurs, les poètes et les sages, ont roulé éternellement cette pensée ans leur âme, et l’ont perpétuellement montrée dans leur ciel, dans eurs rêves ou dans leurs lois, comme la perspective de l’Humanité. ’est donc un instinct de la justice dans l’homme, par conséquent un lan divin que Dieu fait entrevoir à ses créatures. Tout ce qui conrarie ce plan, c’est-à-dire, tout ce qui tend à constituer des inégalités e lumières, de rang, de conditions de fortune parmi les hommes, est mpie. Tout ce qui tend à niveler graduellement ces inégalités, qui ont des injustices, et à répartir le plus équiîablemenl l’héritage ommun entre tous les hommes, est divin. Toute politique peut être ugée à ce signe, comme tout arbre est jugé à ses fruits: l’idéal n’est que la vérité à distance. »

Républicains et Démocrates exclusifs, qui prenez Robespierre pour modèle, imitez-le et suivez-le dans la route qu’il a tracée. Aristocrates et égoïstes qui vénérez Lamartine, mettez à profit son éloquente leçon. Pour nous, qui voyons la vérité, nous n’avons qu’à persévérer, à pratiquer et à propager les sentimens d’amour qui seuls doivent conduire l’Humanité là où tous les progrès aboutissent; et bientôt, nous aurons la joie de voir poindre à l’horizon l’aurore du bonheur universel, nous annonçant l’avènement du règne de Dieu sur la terre.

Très illustre Maître, conformément aux sublimes principes que vous nous avez appris à connaître, nous tendons une main fraternelle à nos ennemis, car ceux qui, aujourd’hui, calomnient le Communisme, seront Communistes demain.

La veille, Saül persécutait les Chrétiens, le lendemain, il fut Chrétien lui-même: aujourd’hui, il est Saint Paul.

La tête du Christ, fut couronnée d’épines avant d’être ceinte de la divine ’auréolé. Bien-aimé Père, en vue du triomphe prochain de vos principes, réjouissez-vous: le laurier des martyrs couronne votre front.

Vénérable Père, avec le désir sincère d’aller vous rejoindre un jour, recevez l’accolade filiale et respectueuse que vous envoient de tout cœur vos enfans, les Icariens de Toulon.

Toulon, le15septembre1849.

Pour les Icariens de Toulon.

(Suivent quarante et une signatures.)

AUX FONDATEURS D’ICARIE.

Table des matières

Honneur à vous, ô soldats magnanimes

De la sainte fraternité!

Gloire immortelle à vous, ombres sublimes

Qui dormez dans l’éternité!

Les chants sacrés d’innombrables phalanges,

En longs échos à nos accords unis,

Pour célébrer avec nous vos louanges,

Répéteront: Frères, soyez bénis.

Honneur à vous, etc.

Ouvrez, martyrs, les portiques célestes:

Nos messagers vers Dieu prennent l’essor,

ils vont du peuple offrir les vœuxmodestes;

Recevez-les au son des harpes d’or.

Honneur à vous, etc.

Enfans du Christ, dans un antre Hémisphère,

De l’avenir préparant les autels,

Ils sont morités à la divine sphère, ...

Frères, chantons: ils sont morts immortels!

Honneur à vous, etc.

Séchons nos pleurs, et qu’un mâle courage

Rende la force aux faibles abattus:

Allons, amis, recueillir l’héritage

De leurs dangers, de leurs nobles vertus.

Honneur à vous, etc.

Ils ont scellé la nouvelle alliance,

Non par le glaive, et le sang, et les pleurs,

Mais par la foi, l’amour et l’espérance.

Semant pour tous des moissons et des fleurs.

Honneur à vous, etc.

En foudroyant les trônes de ce monde,

Le Peuple voit briller l’Egalité;

Mais le bonheur des Nations se fonde

Sur la justice et sur la charité.

Honneur à vous, etc.

Ainsi qu’au ciel, la commune Patrie,

Quand verrons-nous tous les hommes s’unir?

O fondateurs de l’heureuse Icarie, .

Vous seuls tenez les clefs de l’Avenir.

Honneur à vous, etc.

Lorsque la France, et grande et triomphante, .

Jetait ce cri: Vive la Liberté!

Vous répondiez d’une voix frémissante:

Républicains, sauvez l’Humanité?

Honneur à vous, etc.

Mais vos accents n’ont pu se faire entendre;

Et la discorde, accourant des enfers,

Couvrait Paris et de deuil et de cendre...

Beaucoup sont morts, beaucoup sont dans les fers!

Honneur à vous, etc.

Mânes chéris des modernes Apôtres,

Daignez sourire à l’hymne fraternel

Que nous offrons au ciel avec les vôtres.

Soyez bénis. Loué soit l’Eternel.

Honneur à vous, ô soldats magnanimes

De la sainte fraternité!

Gloire immortelle à vous, ombres sublimes

Qui dormez dans l’éternité!

(L’auteur de Chynine Icarien.)

15novembre1848.

LE CITOYEN CABET A LOUIS-NAPOLÉON,
Président de la République française.

Table des matières

CITOYEN PRÉSIDENT,

Lorsque, quelques mois avant la Révolution de Février, les agens de Louis-Philippe me poursuivirent devant le tribunal de Saint Quentin, et m’accusèrent de soutirer l’argent du Peuple, soit pour préparer une armée, des vaisseaux et des armes, afin de renverser le Gouvernement, soit pour m’enrichir des dépouilles des pauvres travailleurs, quelque contradictoire, absurde, déloyale et infâme que fût cette accusation, elle n’avait rien de bien étonnant, puisqu’elle était lancée au nom d’une monarchie qui s’efforçait de se rendre absolue et qui se montrait ennemie systématique de toute réforme et de tout progrès; mais que la même accusation d’escroquerie soit renouvelée par les agens de Louis-Napoléon, au nom d’une République qui se dit honnête et modérée, n’est-ce pas une monstruosité?

Que l’accusateur monarchiste ait osé soutenir, avant le premier départ Icarien, que le projet d’émigration et de colonisation n’était qu’un mensonge et une ruse, on peut le concevoir, quand les ennemis du Communisme Icarien affirmaient sans cesse que je ne partirais jamais moi-même; mais qu’un accusateur républicain ose douter encore et m’accuser après huit expéditions d’émigrans Icariens, quand je suis parti moi-même, firavant toutes les fatigues, toutes les souffrances et tous les périls pour venir à3000lieues partager le sort de mes Frères, réparer un premier désastre et dévorer là douleur d’entendre les regrets et les plaintes de ceux que le revers rendait injustes jusqu’à la folie; qu’on m’accuse encore dis-je, dans ces circonstances, n’est-ce pas incroyable?

Cependant, pourquoi l’absurdité et l’iniquité dans l’accusation seraient-elles incroyables, surtout pour vous? Est-ce que toutes les accusations contre le Communisme et contre moi, qu’on désigne comme son chef ne sont pas des mesures politiques, et la politique n’emploie-t-elle pas les coups d’état de toute espèce pour satisfaire ses passions et ses intérêts? N’avez-vous pas été accusé, condamné, prisonnier, sacrifié par la politique?..... Et quand nous nous sommes rencontrés à Londres, tous deux exilés, n’est-ce pas la politique qui nous avait envoyés en exil?

Pour moi, rien n’est incroyable en fait de violence et de mensonge politique, quand je considère que le Gouvernement provisoire, M. de Lamartine et la Garde nationale ont fait crier et ont crié à bas les Communistes! mort à Cabet! et quand je me rappelle que les journaux réactionnaires m’ont dénoncé comme étant sur un cheval blanc à la tête de200,000insurgés le16avril, comme envahissant l’Assemblée à la tête du Peuple le15mai, comme dirigeant et commandant les barricades du faubourg Saint-Antoine le24juin, tandis que j’étais complètement étranger à tous ces mouvemens.

Ce n’est sans doute pas le défaut de succès dans la première tentative de colonisation Icarienne au Texas qui légitime à vos yeux l’accusation dirigée contre moi; car, que de milliers d’autres désastres bien autrement funestes n’ont été suivis d’aucune accusation! Et que diriez-vous si on accusait votre famille pour les désastres de Jaffa, de Moscou, de Waterloo, et vous même, pour ceux de Strasbourg et de Boulogne, et maintenant de votre colonie Algérienne?

Vos agens ne craignent pas de lancer contre moi, en votre nom, l’ignoble accusation d’escroquerie dans une des plus grandes entreprises sociales et politiques dont fasse mention l’histoire de l’Humanité, quand une longue vie d’abnégation, la notoriété publique et le dévouement le plus manifeste se réunissent pour protester contre une si infâme calomnie; mais dans une accusation si grave, l’impartialité, vous n’en disconviendrez pas, est un impérieux devoir de la part des officiers de la justice. Hé bien! quand l’immense majorité des colons Icariens proteste contre l’accusation, on reçoit les dénonciations occultes de quelques déserteurs traîtres et parjures; on profite de mon absence à3000lieues pour exploiter la calomnie contre moi; on m’enlève mes registres et mes papiers; on essaie d’expulser de France l’ami, dépositaire de ma confiance et de mon mandat, qui seul peut me représenter et me défendre, on l’emprisonne sous le prétexte le plus évidemment faux; on le met au secret; on le tient deux mois prisonnier; en un mot, on rend toute défense impossible pour moi; n’est-ce pas, je vous le demande, de la partialité et de la partialité la plus révoltante?

Mais d’ailleurs, comment avez-vous pu souffrir que, en votre nom, vos agens se permissent contre moi une accusation si odieuse? Avez-vous donc oublié que, en 1839, quand vous étiez comme moi exilé en Angleterre, vos amis, les généraux Vandrey et Montauban me pressèrent longtemps ide consentir à recevoir votre visite, que vous vîntes enfin trois ou quatre fois me visiter, dans le désir de m’attacher à votre cause; et que si j’avais eu la moindre ambition et la moindre cupidité, je n’aurais pas eu la peine de m’avilir et de me déshonorer pour arriver avec vous au pouvoir, aux honneurs et à la fortune?

Oui, comme beaucoup d’autres, vous devez en être convaincu, il n’y a pas de trésor sur la terre qui ait pu m’engager à sacrifier ma conscience; et dire que, avec ma, vie tout entière, avec mon caractère, avec mes études et mes travaux, j’ai pu, par une insatiable soif de l’or, dépouiller des malheureux pour m’enrichir, en m’exposant infailliblement à leurs cris unanimes, c’est une absurdité en même temps qu’une abominable calomnie.

Cependant, quoique le tribunal de Louis-Philippe, a Saint-Quentin, n’ait pas même voulu autoriser la poursuite, les juges de la République ou les vôtres l’ont autorisée, et quand cette lettre arrivera à Paris, dans la première quinzaine d’octobre, j’aurai été condamné sans avoir été entendu.

Je me résigne, mais je proteste.

Je proteste contre la dénonciation, contre les calomnies, contre la partialité, contre l’erreur et l’injustice.

Je ne sais pas si, persévérant dans mou œuvre de dévouement, il me sera donné de revoir ma Patrie et de m’y faire rendre enfin justice; mais je ne cesserai de protester que ma condamnation, comme les cris de mort poussés contre moi le16avril, seront quelque jour une honte pour la République et pour la France.

Du reste, pendant le procès de Saint-Quentin, je voulus écrire à Louis-Philippe une lettre dans laquelle je lui aurais dit que toutes les persécutions de la Monarchie contre le Communisme n’arrêteraient pas ses progrès; et je puis vous dire à vous aujourd’hui: que malgré toutes les calomnies et toutes les persécutions, le Communisme a plus de chances que l’Empire.

CABET.

Nauvoo, 10septembre1849.

ROME.

Table des matières

TOUS ceux qui sont venus sont des voleurs et des larrons; et LES BREBIS NE LES ONT POINT ÉCOUTÉS. Le voleur ne vient que pour voler, pour égorger et pour perdre Mais le bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis (Évang. de saint Jean, X).

Après la Révolution de Février, les Romains ont fait tout ce qu’ils ont pu pour s’affranchir du joug odieux que leur imposait, depuis des siècles, le gouvernement des prêtres. Et ils avaient grandement droit et raison de le faire; car tin tel gouvernement est le plus abominable et le plus insupportable de toutes les oppressions, parce qu’il s’arroge le pouvoir sur votre pensée et votre conscience même.

Le pape, froissé dans son orgueil et dans ses habitudes tsariennes, a spontanément quitté Rome et s’est rendu à Gaëte, pour fraterniser avec le bourreau couronné de Naples et bénir sa piété.

Les Romains n’ont rien négligé pour le faire revenir. Ils lui assuraient tous ses revenus avec la plus parfaite liberté de l’exercice de son pouvoir spirituel. Mais pour un tsar, un tel pouvoir ne suffit pas. Il a arrogamment et outrageusement refusé de traiter avec ses sujets rebelles. Il n’a pas même reçu la Délégation romaine qui était allée le prier de revenir à son poste de vicaire de Jésus-Christ. Et comme il sentait dans sa conscience qu’il n’avait d’autre titre ni qualité pour régner sur les Romains, que la force, il a préféré se liguer avec les despotes de l’Europe, pour regagner, par leur intervention, son pouvoir absolu. Notre République démocratique, sous l’inspiration du saint Falloux et compagnie, et sous la direction de l’intègre Barrot, y a prêté son concours avec un empressement orthodoxe et catholique. L’armée française a bombardé Rome et l’a prise d’assaut.

Les horreurs de cette guerre, la plus injuste et la plus infâme dans ses motifs, et la plus atroce dans ses détails, ont soulevé l’indignation de tous les hommes pieux contre le pape, principal auteur de ce crime de lèse-humanité.

Voici quelques extraits d’une correspondance à ce sujet, publiée par plusieurs journaux, que nos organes officiels du mensonge et de la calomttic sa sont bien gardés do reproduire. Cette correspondance est attribuée au père Ventura, ancien ami du pape actuel:

«Civita-Vecchia, 12juin1849.

Mon très cher ami et frère,

C’est les larmes aux yeux, c’est le cœur brisé par la douleur que je vous écris cette fois. Pendant que je trace ces lignes, les soldats français bombardent Rome, détruisent ses monutnens, mitraillent ses citoyens, et le sang, de part et d’autre, coule par torrent. Les ruines s’accumulent sur les ruines, et Dieu sait quelle sera l’issue de cette lamentable lutte!.....

Mais ce qui désole bien davantage toute âme catholique, c’est que cette restauration, si elle a lieu, sans arriver à rétablir solidement le pouvoir du prince, frappera et détruira peut-être l’autorité du pontife: c’est que chaque coup de canon, en endommageant les murs de Rome, détruira peu à peu la foi catholique dans le cœur des Romains.....

Le Peuple romain voit que les Autrichiens, avec un prélat du pape au milieu d’eux, ravagent les légations, bombardent les villes, frappent de contributions énormes les plus paisibles citoyens, exilent, fusillent les plus ardens patriotes, et rétablissent partout l’absolutisme clérical. Il voit que les Français, au nom du pape, font couler le sang romain et détruisent la ville de Rome. Il voit que c’est le pape qui a lancé quatre puissances, armées de tous les moyens de destruction, contre l’état romain, comme une meute sur une bête féroce; et dès lors il n’entend plus rien, il se lève contre le pape et l’Eglise, au nom et dans l’intérêt de laquelle le pape proclame qu il est de son devoir de reconquérir parla force le pouvoir temporel...

On vient de lire la dernière allocution du pape aux cardinaux. Quelle imprudence, quelle sottise d’avoir mis dans la bouche du saint-père les éloges pompeux de FAutrithe et du roi de Naples, les plus grands ennemis de l’indépendance d’Italie, dont le nom seul fait borreur à tout Italien.

Quelle imprudence d’avoir fait dire au pape que c’est lui-même qui a fait appel aux puissances pour être rétabli sur le trône qu’il avait lui-même abandonné! c’était dire: «Je veux faire à mon Peuple cette guerre que l’année passée j’avais déclaré ne pas vouloir faire aux Croates, aux Autrichiens oppresseurs de l’Italie!–Les femmes mêmes font ce rapprochement. Et maintenant, en voyant les effets de cette guerre brutale et sauvage de quatre puissances contre un petit état, en voyant leurs maris, leurs enfans tués ou blessés, vous ne pouvez vous faire une idée de la rage de ces femmes, des sentimens énergiques qu’elles manifestent, des cris de fureur qu’elles poussent contre le pape, les cardinaux et les prêtres en masse!

Dès lors vous comprendrez bien qu’on ait dévasté les églises. ne veut pi as ni se Confesser, ni communier, ni assister à la messe, ni entendre la parole de Dieu, On ne prêche plus à Rome faute d’auditeurs. On ne veut plus rien de ce qui est’présenté par le prêtre, de ce qui sent le prêtre....

Mes amis d’ici me cachent tout ce qui se fait et se dit à Rome dans ce déplorable sens. Ils veulent m’épargnèr l’immense douleur que cela, me causerait. Malgré ces soins délicats, je viens d’apprendre qu’à Rome toute la jeunesse, tous les hommes de quelque instruction en sont à ce raisonnement: «Le pape veut régner par la force sur nous. Il veut pour l’Eglise ou pour les prêtres la souveraineté qui n’appartient qu’au Peuple, et il croit, il dit qu’il est de son devoir d’agir ainsi, parce que nous sommes catholiques, parce que Rome est le centre du catholicisme, Eh bien! qui nous empêche d’en finir avec le catholicisme, de nous faire protestaus s’il le faut, et alors quel droit politi-que pourra t-il réclamer sur nous? car n’est-ce pas horrible à penser que, parce que nous sommes catholiques et fils de l’Eglise, il faille être maîtrisés par l’Eglise, abjurer tous nos droits, attendre de la libéralité des prêtres, comme une concession, ce qui nous est dû par justice, et être condamnés au sort du plus misérable des Peuples.

» J’apprends aussi que ces seutimens sont devenus plus communs qu’on ne pense, qu’ils ont pénétré même dans le cœur des femmes. Ainsi, vingt ans de travaux apostoliques que j’ai supportés pour unir de plus en plus le Peuple romain à l’Eglise, les voilà perdus en quelques jours!.....

» Ah! mon cher ami, l’idée d’un évêque qui fait mitrailler ses diocésains, d’un pasteur qui fait égorger ses brebis, d’un père qui envoie à la mort ses en fans, d’un pape qui vent régner, s’imposer à trois raillions de Chrétiens par la force, qui veut rétablir sou trône, sur des ruines, des cadavres et le sang, cette idée, dis-jè, est si étrange, si absurde, si scandaleuse, si hôriiblé, si contraire à l’esprit et à la lettre de l’Evangile. qu’il n’y a pas de conscience qui n’en soit révoltée, qu’il n’y a pas de foi qui puisse y tenir, pas de cœur, qui n’en frémisse, pas de langue qui ne se soute poussée à la malédiction, au blasphème! Ah! mieux valait mille fois perdre le temporel, le monde entier s’il le fallait, que de donner un pareil scandale à son Peuple!.....

» Pie IX, conseillé de provoquer l’intervention armée des puissances, aurait dû répondre: «Ce qui est indifférent pour un prince, est scandaleux pour un pape. Il ne sera pas dit que Pie IX a fait la guerre à son Peuple. Je ne veux pas reconquérir par la force ce que je ne puis posséder que par ’amour. Je ne veux pas qu’on verse une seule goutte du sang de mes enfans; l’exil, mille fois l’exil, et pour toute ma vie, plutôt que d’en appeler aux baïonnettes, aux canons, qui, en m’assiujétissant mon Peuple, me feraient perdre son amour et l’éloigueraient de l’Eglise et de la Religion!»

» Il est probable que Rome succombera sous l’attaque des troupes françaises. Comment résister à la France! Il est possible que le pape rentre à Rome portant à ta uiainle glaive au lieu de là croix, précédé de soldats, suivi par le bourreau, comme si Rome était la Mecque et l’Evangile le Coran; mais il ne régnera jamais sur le cœur des Romains. Sous ce rapport son règne est détruit, fini pour toujours.; il ne sera plus pape que d’un petit nombre de fidèles.

» L’immense majorité restera protestante de fait, car elle ne pratiquera plus la religion, tant sera grande sa baine pour le prêtre. Nos prédications ne pourront plus rien. Il nous sera impossible de faire aimer et même tolérer l’Eglise catholique par un Peuple qui aura appris à la haïr, à la mépriser dans un chef imposé par la force et dans un clergé dépendant de ce chef. Il nous sera impossible de persuader que la religion catholique est la mère, la tutrice de la liberté des Peuples et la garantie de leur bonheur. Les plus beaux argumens, les plus sensibles aujourd’hui, les seuls qui soient goûtés par les Peuples, les plus efficaces, ces argumens de fait, à l’aide desquels, il y a deux ans, nous faisions triompher la Religion des esprits les plus rebelles, des cœurs les plus durs, ces argumens nous seront à jamais enlevés. Notre ministère deviendra stérile, et nous seront hués, méprisés, quand nous ne seront pas poursuivis ou massacrés!

» Remerciez donc, au nom de l’église de Rome, vos soi-disant catholiques, vos journaux prétendus religieux. Oh! ils peuvqnt s’applaudir d’avoir encouragé, soutenu le gouvernement actuel de France dans cette guerre fratricide..................................... . . . . . . . . . . . . . . qui ne laissera dans l’histoire qu’une de ces pages sanglantes que devront expier, pendant de longs siècles, et l’Humanité et la Religion. Ils ont réussi à éteindre la foi catholique dans son centre, à frapper le pape en s’acharnant à restaurer le souverain. Quel mal immense ils ont fait! Ils le comprendront un jour; mais il sera trop tard.

» Faites de cette lettre l’usage que vous voudrez. Si vous la publiez, elle aura l’avantage de prêcher à un clergé étourdi, à l’aide d’un terrible exemple, que nous ne devons point nous laisser dominer par l’intérêt du temporel; sans quoi, semblables aux Juifs, non seulement nous ne pourrons sauvegarder le temporel, mais encore nous arriverons à perdre les biens éternels; que le clergé doit prendre sérieusement à cœur la cause du Peuple et non celle du pouvoir; qu’il doit se faire le tuteur ries libertés publiques: qu’il ne doit point invoquer la forcé du pouvoir pour s’assâjétir les Peuples, mais s’unir aux Peuples pour, ramener le pouvoir dans les voies de la justice et de la charité de l’Evangile.– Il est temps aus i qu’en France le clergé ne se mette pas à combattre imprudemment et systématiquement tour ce que l’on désigne sous le nom de SOCIALISME. Il y a du bon, du juste dans tous les systèmes. –C’est pour cela que saint Paul nous dit: Probute omnem spiritum, et quod rectum est relinate. (Examinez toutes les idées et admettez celles qui sont bonnes). Autrement, la question socialiste, livrée a elle-même ou persécutée par le clergé, tuera la foi catholique en France, comme la question de la liberté et de l’indépendance italienne, abandonnée et combattue par le clergé romain et par son chef, a tué la foi catholique en Italie et à Rome même.....»

Nous lisons aussi sur le même sujet dans le Progressif de la Corse, l’article suivant:

» Dès le13de ce mois, le journal de Coni, (royaume de Sardaigrie), avec un ton respectueux mais ferme, adressait les paroles suivantes à Pie IX:

«Ce n’est point la glorification de l’Evangile que recherchent les » cardinaux de votre cour, c’est la satisfaction de leur cupidité.»

» En effet, le concile de Latran de1514(sex. IX), défend aux cardinaux d’avoir rien dans leurs demeures, dans leurs meubles, dans leur table, qui se ressente des pompes du siècle; et leurs maisons sont des palais dont ils ne sortent eue pour s’asseoir dans des voitures dorées, et la simonie est leur seule ressource pour subvenir à tout ce faste.

» Le journal de Coni, revenant sur l’affaire de Rome, dit:

«Ce n’est ni un incrédule, ni un athée, qui vous condamne, Saint-» Père; c’est le Christ lui-même qui a dit que celui qui aura dégainé » l’épée mourra par l’épée.

«Quelle confiance pourrons-nous désormais avoir dans votre morale? L’anuce passée vous ne vouliez pas répandre du sang contre les Autrichiens, parce que la Religion le défendait, et aujourd’hui vous bénissez les armes appelées à égorger les Romains.»

» Le23, le même journal, sans sortir encore des termes d’une respectueuse confiance, parle ainsi:

«Ce trône que l’Evangile vous refuse, vaut-il une seule goutte du sang que vous faites répandre?–Vicaire d’un Dieu de paix, de charité et d’amour, ne devriez-vous pas vous jeter entre les combattans pour faire cesser le carnage? Quand vous ne suiviez pas les conseils de nos ennemis, nous vous bénissions, Saint-Père, ah! veuillez n’écouter que les mouvemens de votre cœur.»

« Mais le27, a la lecture des termes injurieux employés par S.S. contre tes braves défendeurs de Rome, les journaux italiens perdent patience et l’un d’eux s’exprime de la sorte.

Pourrait-on imaginer qu’au XIXe siecle, à la face de l’Europe civilisée, un pape eût jamais osé emoloyer ce langage insultant et sauvage? Et ce pape ose encore s’appeler le vicaire du Christ?

Hola, faites nous voir quand cet agneau de mansuétude a appelé traîtres, infâmes, loups, monstres, ceux-là mêmes qui l’ont mis sur la croix.–Il n’est sorti que deux fois de sa mansuétude, et ce fut pour apostropher ces ministres de l’autel qui, sous prétexte de longues prières, dévorent le bien de la veuve, et pour chasser les vendeurs du temple. Le vicaire du Christ, vous? Et qu’y a-t-il de commun entre vous et le Christ? Jésus nu;.... Vous couvert de pourpre.–Jésus sur la croix;.... Vous assis sur le trône.–Jésus couronné d’épines;.... Vous la tiare des despotes orientaux sur le front.–Jésus les pieds et les mains mains percés de clous;... Vous l’anneau du pêcheur au doigt, et aux pieds la mule que les chefs des nations baisèrent à genoux.

Là, Jésus qui prie pour ceux qui l’ont crucifié,

Vous, appelant l’étranger à venger les blessures faites à votre orgueil. Enfin, Dieu qui se fait homme pour faire de tous les hommes des frères; et vous, Mastaï, vous homme, vous faisant Dieu pour que les Italiens, les Espagnols et les Français, pour que des Peuples Frères se détestent à jamais.... Plus d’intermédiaire désormais entre nous et le ciel!.... Quand nous aurons soif de Dieu, nous irons boire à la source, et devant Celui qui est partout nous dirons: Notre Père qui êtes aux cieux.»

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17 января 2025
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467 стр. 12 иллюстраций
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4064066319298
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