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Émile Laurent
Géographie médicale

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066320621
Table des matières
PRÉFACE
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE PREMIER
I. — Eléments d’un climat.
II — Les pluies.
III. — Les vents.
IV. — Les saisons.
V. — Classification des climats.
VI. — Climats torrides.
VII. — Climats chauds.
VIII. — Climats tempérés.
IX. — Climats froids.
X. — Climats polaires.
CHAPITRE II
I. — Malaria.
II. — Fièvres continues.
III. — Fièvres éruptives.
IV. — Maladies des organes de la digestion.
V. — Maladies des organes thoraciques.
VI. — Grippe.
VII. — Diphtérie.
VIII. Coqueluche.
IX. — Tuberculose.
X. — Maladies du système nerveux.
XI. — Tétanos.
XII. — Goître et crétinisme
XIII. — Rachitisme .
XIV. — Rhumatisme et goutte.
XV. — Diabète et albuminurie.
XVI. — Hématurie.
XVII. — Fièvre puerpérale.
XVIII. — Syphilis.
XIX. — Erysipèle.
XX. — Ulcères.
XXI. — Plique polonaise.
XXII. — Pellagre.
XXIII. — Maladies parasitaires.
XXIV. — Scrofulose.
XXV. — Scorbut.
XXVI. — Cancer.
XXVII. — Ergotisme.
XXVIII. — Lèpre.
XXIX. — Choléra.
XXX. — Fièvre jaune.
XXXI. — Peste.
XXXII. — Béribéri.
XXXIII. — Ainhum.
XXXIV. — Pied de madura.
XXXV. — Maladie du sommeil.
DEUXIÈME PARTIE
CHAPITRE PREMIER
I. — Beauté privilégiée de la France.
II. — Heureuse situation de la France.
III. — Avantages du climat de la France.
IV. — Variété des climats de la France.
V. — Le midi de la France.
VI. — Classification des climats de la France.
CHAPITRE II
I. — Climatologie générale de la région.
II. — La Meuse.
III. — L’Ardenne.
IV. — Les Vosges.
V. — Meurthe-et-Moselle.
CHAPITRE III
I. — Climatologie générale de la région.
II. — Ain.
III. — Jura .
IV. — Doubs.
V. — Belfort.
VI. — Haute-Saône.
VII. — Côte-d’Or.
VIII. — Saône-et-Loire.
IX. — Rhône.
CHAPITRE IV
I. — L’air des Alpes.
II. — Haute-Savoie.
III. — Savoie.
IV. — Isère.
V. — Drôme .
VI. — Hautes-Alpes.
VII. — Basses-Alpes.
VIII. — Vaucluse.
CHAPITRE V
I. — La côte d’azur.
II. — Alpes-Maritimes.
II. — Var.
IV. — Bouches-du-Rhône
V. — Gard.
VI. — Ardèche.
VII. — Hérault.
VIII. — Aude.
CHAPITRE VI
I. — Diversité du climat pyrénéen.
II. — Pyrénées Orientales.
III. — Ariège.
IV. — Hautes-Pyrénées.
V. — Basses-Pyrénées.
CHAPITRE VII
I. — Landes.
II. — Gironde.
III. — Lot-et-Garonne.
IV. — Tarn-et-Garonne.
V. — Gers.
VI. — Haute-Garonne.
CHAPITRE VIII
I. — La région et ses habitants.
II. — Lozère
III. — Haute-Loire.
IV. — Aveyron.
V. — Tarn.
VI. — Lot.
VII. — Cantal.
VIII. — Puy-de-Dôme.
IX. — Corrèze
X. — Dordogne
XI. — Haute- Vienne
XII. — Creuse
XIII. — Allier.
XIV. — Loire.
CHAPITRE IX
I. — Terra molle e lieta.
11. — Nièvre.
III. — Cher.
IV. — Indre.
V. — Loiret.
VI. — Loir-et-Cher
VII. — Eure-et-Loir
VIII. — Indre-et-Loire.
IX. — Maine-et-Loire
X. — Sarthe — Mayenne.
XII. — Loire-Inférieure
CHAPITRE X
I. — Climat de transition.
II. — Charente
III. — Charente-Inférieure
IV. — Vienne.
V. — Deux-Sèvres.
VI. — Vendée.
CHAPITRE XI
I. — Manche.
II. — Orne.
III. — Calvados.
IV. — Eure.
V. — Seine-Inférieure
CHAPITRE XII
I. — Douceur du climat armoricain
II. — Morbihan
III. — Finistère .
IV. — Côtes-du-nord.
V. — Ille-et- Vilaine .
CHAPITRE XIII
I. — Le cœur de la France.
II. — Aube.
III. — Yonne.
IV. — Haute-Marne.
V. — Marne.
VI. — Seine-et-Marne.
VII. — Seine.
VIII. — Seine-et-Oise.
IX. — Aisne.
X. — Oise.
CHAPITRE XIV
I. — Somme.
II. — Pas-de-Calais.
III. — Nord.
CHAPITRE XV
I. — Le climat Corse.
II. — Insalubrité de la Corse.
III. — Ajaccio.
TROISIÈME PARTIE
CHAPITRE PREMIER
CHAPITRE II
I. — Le pays de Galles.
II. — La péninsule cornique.
III. — Le bassin de la Severn.
IV. — Le versant de la Manche.
V. — Le versant de la Tamise.
V. — Bassin du Humber.
VII. — Le Chester et le Lancaster.
VIII. — Le Nord de l’Angleterre.
IX. — Ile de Man.
CHAPITRE III
I. — Le climat de l’Ecosse.
II. — Ecosse méridionale.
III. — Ecosse septentrionale.
IV. — Les archipels écossais.
CHAPITRE IV
I. — Le climat de l’Irlande.
II. — Les villes et les plages.
CHAPITRE V
I. — Tristesse et insalubrité de l’Islande.
II. — Les îles Färöer.
CHAPITRE VI
I. — Le climat belge.
II. — Le littoral belge.
III. — Le Brabant.
IV. — La Belgique méridionale.
CHAPITRE VII
I. — Douceur et humidité du climat hollandais.
II. — La malaria des Pays-Bas.
III. — La pathologie hollandaise.
IV. — Les plages hollandaises.
CHAPITRE VIII
I. — Le climat suisse.
II. — La pathologie suisse.
III. — Les stations hydro-minérales et hydro-thermales de la Suisse.
IV. — Les stations d’altitude.
CHAPITRE IX
I. — Alsace-Lorraine.
II. — Vallée du Rhin.
III. — Würtemberg.
IV. — Bavière.
V. — Hesse et Thuringe.
VI. — Hanovre et Brunswick.
VII. — Saxe.
VIII. — Prusse.
CHAPITRE X
I. — Autriche.
II. — Bohême.
III. — Hongrie.
IV. — Pologne Autrichienne.
V. — Croatie.
VI. — Adriatique Autrichien.
VII. — Bosnie et Herzégovine.
CHAPITRE XI
I. — Le climat danois.
II. — La pathologie danoise.
III. — Les sanatoria du Danemark.
CHAPITRE XII
I. — Le climat de la Scandinavie.
II. — Suède.
III. — Norvège.
IV. — Finmarken et Laponie.
V. — La pathologie scandinave.
VI. — Le Spitzberg.
CHAPITRE XIII
I. — Climatologie générale.
II. — Finlande et Laponie.
III. — Provinces baltiques.
IV. — Russie septentrionale.
V. — Russie occidentale.
VI. — Russie centrale.
VI. — Petite Russie.
VII. — Russie orientale.
VII. — Russie méridionale.
IX. — Caucasie.
CHAPITRE XIV
1. — Le climat de la Roumanie.
II. — Pathologie roumaine.
III. — Les stations hydro-minérales de la Roumanie.
CHAPITRE XV
I. — Le climat serbe.
II. — La pathologie serbe.
III. — Les villes serbes.
IV. — Les stations hydro-minérales de la Serbie.
CHAPITRE XVI
I. — Le climat monténégrin.
II. — Apreté et tristesse du Monténégro.
III. — La pathologie monténégrine.
CHAPITRE XVII
I. — Le climat de la Turquie.
II. — Constantinople et la Turquie proprement dite.
III. — Roumélie et Bulgarie.
IV. — Albanie.
V. — Les îles de la Méditerranée.
CHAPITRE XVIII
I. — Le climat de la Grèce.
II. — Athènes et l’Attique.
III. — Péloponèse.
IV. — Les îles de la mer Egée.
V. — Les îles de la mer d’Ionie.
CHAPITRE XIX
I. — Le ciel italien.
II. — Piémont.
III. — Lombardie.
IV. — Ligurie.
V. — Emilie.
VI. — Vénétie.
VII. — Toscane.
VIII. — Ombrie.
IX. — Rome et la campagne romaine.
X. — Campanie.
XI. — Sicile.
XII. — Sardaigne.
XIII. — Malte.
XIV. — Pantellaria et Lipari.
CHAPITRE XX
I. — Le ciel et les maux de l’Espagne.
II. — Castilles.
III. — Andalousie.
IV. — Murcie et Valence.
V. — Aragon.
VI. — Catalogne.
VII. — Val d’Andorre.
VIII. — Provinces basques.
IX. — Asturies et Galice.
X. — Baléares.
CHAPITRE XXI
I. — Le climat portugais.
Il. — Lusitanie du nord.
III. — Estrémadure portugaise.
IV. — Lusitanie méridionale.
QUATRIÈME PARTIE
CHAPITRE PREMIER
CHAPITRE II
I. — Le climat sibérien.
II. — Sibérie occidentale.
III. — Sibérie centrale.
IV. — Sibérie orientale.
V. — Ile de Sakhalin.
CHAPITRE III
I. — Le climat de l’isthme Ponto-Caspien.
II. — Caucasie occidentale.
III. — Caucasie centrale.
IV. — Caucasie orientale.
Y. — Transcaucasie.
VI. — Géorgie.
VII. — Arménie russe.
CHAPITRE IV
I. — Climat de l’Asie centrale.
II. — Bassin du Sir-Daria.
III. — Ferghana.
IV. — Zarafchan.
V. — Sémiretchie.
VI. — Province transcaspienne.
VI. — Oasis de Khiva.
VII. — Boukharie.
VIII. — Turkestan afghan.
CHAPITRE V
I. — Asie mineure.
II. — Les îles.
III. — Pont.
IV. — Arménie turque.
V. — Kourdistan.
VI. — Mésopotamie.
VII. — Syrie.
VIII. — Palestine.
CHAPITRE VI
I. — Climatologie générale.
II. — Pathologie.
III. — Arabie indépendante.
IV. — Arabie turque.
V. — Arabie anglaise.
CHAPITRE VII
I. — Climatologie générale.
II. — Pathologie.
III. — Azerbaïdjan.
IV. — Littoral Caspien.
V. — Plateau central.
VI. — Khorassan.
VII. — Littoral du golfe Persique.
CHAPITRE VIII
I. — Climatologie générale.
II. — Kaboulistan.
III. — Kandahar.
IV. — Hérat.
V. — Séistan.
CHAPITRE IX
CHAPITRE X
I. — Climatologie générale.
II. — Pathologie.
III. — Bengale.
IV. — Assam .
V. — Provinces du nord-ouest.
VI. — Aoudh .
VII. — Pandjab.
VIII. — Kachmir.
IX. — Provinces centrales.
X. — Présidence de Madras.
XI. — Dekkan.
XII. — Konkan .
XIII. — Goudjérate.
XIV. — Shind .
XV. — Etat d’Adjimir.
XVI. — Etat de Mhaïrwara.
XVII. — Etat de Bérar.
XVIII. — Etat de Mysore.
XIX. — Etats indigènes demi-indépendants.
XX. — Népal.
XXI. — Bhoutan.
XXII. — Inde française.
XXIII. — Inde portugaise.
XXIV. — Iles indiennes.
CHAPITRE XI
I. — Le climat de Ceylan.
II. — Pathologie cynghalaise.
III. — Les villes.
CHAPITRE XII
I. — Le climat birman.
II. — Pathologie birmane.
III. — L’isthme de Kra.
IV. — Les îles birmanes.
V. — Birmanie méridionale.
VI. — Haute Birmanie.
CHAPITRE XIII
I. — Climatologie générale.
II. — Pathologie siamoise.
III. — Bang-Kok.
CHAPITRE XIV
I. — Climatologie générale.
II. — Etablissements du détroit.
III. — Etats protégés.
IV. — Etats indépendants.
CHAPITRE XV
I. — Climatologie générale.
II. — Pathologie.
III. — Cochinchine.
IV. — Cambodge
V. — Annam.
VI. — Tong-King.
VII. — Laos.
VIII. — Yun-Nan.
CHAPITRE XVI
I. — Situation géographique et climatologique.
II. — Mongolie.
III. — Dzoungarie.
IV. — Turkestan chinois.
V. — Thibet.
VI. — Mandchourie.
VII. — Chine proprement dite.
VIII. — Iles chinoises.
CHAPITRE XVII
I. — Climat.
II. — Pathologie.
III. — Villes.
CHAPITRE XVIII
I. — Climatologie générale.
II. — Pathologie.
III. — Nippon.
IV. — Kiou-Siou .
V. — Yéso.

PRÉFACE
Table des matières
Depuis un siècle, la science médicale a subi une évolution qui l’a en quelque sorte transformée: son cadre s’est singulièrement élargi quand elle s’est affranchie de la pharmacopée et de ses stériles et empiriques formules. On a compris que l’air et la lumière devaient jouer un grand rôle dans la cure des maladies, ou tout au moins dans leur prophylaxie. Les vertus des eaux thermales et minérales ont été de plus en plus appréciées.
D’autres parts, les facilités de déplacement, l’expansion coloniale ont amené les hommes à changer fréquemment de milieu, soit temporairement, soit définitivement, les uns par sport ou plaisir, les autres par nécessité sociale, les autres enfin par raison d’hygiène et de thérapeutique.
Dans ces conditions, la géographie rentrait dans le domaine médical.
Pourtant aucun ouvrage d’ensemble n’a encore été écrit sur cette question, du moins comme nous l’entendons. Quelques auteurs, très peu nombreux, ont étudié la climatologie en général, la marche et l’aire des grandes maladies. Mais aucun jusqu’ici n’a conçu ni écrit une véritable géographie médicale.
C’est cette lacune que j’ai voulu combler.
Je me suis proposé de fournir, sous une forme aussi succincte et aussi complète que possible, au médecin comme à l’homme du monde, des renseignements médicaux précis sur chaque partie du monde.
Le médecin consulté sur un pays pourra immédiatement se renseigner sur sa climatologie et sa pathologie spéciale; le voyageur saura à quel moment il pourra le visiter avec le plus d’agréments, et, s’il doit y séjourner, s’il y souffrira du froid ou de la chaleur, quelles maladies il aura à redouter, quels avantages il pourra y trouver au point de vue des sanatoria, des eaux minérales, des stations thermales ou balnéaires, des plages, etc. Il y trouvera des renseignements médicaux non seulement sur chaque contrée en général, mais sur chaque ville en particulier.
PREMIÈRE PARTIE
Table des matières
Climatologie et nosologie générales.
CHAPITRE PREMIER
Table des matières
Climatologie générale
I. — Eléments d’un climat.
Table des matières
On entend par climat l’ensemble des conditions atmosphériques et terrestres qui agissent sur l’homme dans une région déterminée du globe.
Un climat est subordonné à un certain nombre d’éléments, et en première ligne: la température, l’humidité, la pureté de l’air. Pour l’élément température on tient compte de la température moyenne de l’année, des variations de température des jours, des mois et des saisons, des températures de l’hiver et de l’été, de la latitude, de l’altitude qui a une importance considérable, et des rapports du pays avec la mer. En théorie, la température devrait aller en diminuant régulièrement de l’équateur aux pôles. En réalité, le phénomène est bien plus complexe. Les climats ne dépendent pas exclusivement de la chaleur. La lumière et l’humidité jouent aussi un grand rôle. Et ces trois facteurs, soumis aux lois de la distribution du relief à la surface, et de la répartition des continents et des mers, occasionnent par leurs combinaisons de nombreuses causes de troubles.
Ainsi les mers et les terres se comportent différemment en présence des changements de température dans les différentes saisons. Les mers ne se refroidissent et ne s’échauffent que très lentement: leur température reste donc toujours sensiblement égale, et cette égalité de température se communique à l’atmosphère qui repose sur ces océans. Les terres, au contraire, passent rapidement d’un extrême à l’autre, et leur atmosphère obéit aux mêmes changements de température. On peut, en raison de ce phénomène, établir une distinction nettement tranchée entre les climats maritimes et les climats continentaux: les premiers sont doux et égaux, les seconds rudes et extrêmes. Aux îles Færoër la différence entre les moyennes de température extrême ne dépasse pas dix degrés, tandis qu’elle dépasse soixante degrés à lakoutsk, en Sibérie, qui se trouve cependant sous le même parallèle.
La direction des vents a aussi une grande importance. En effet, une région côtière peut avoir un climat extrême, si pour une raison quelconque elle tourne le dos à la mer, aux courants et aux vents marins. Tel est, par exemple, le cas de Pékin. D’autre part, les vents peuvent apporter aux régions intérieures les avantages du climat maritime: humidité et douceur de température.
«Les climats spéciaux dépendent donc en définitive de la position des lieux relativement à la direction générale des courants et des vents. Les vents jouent dans la nature surtout le rôle de médiateurs: c’est par leur circulation incessante que se combinent les effets de la terre et de l’eau, et c’est cette combinaison qui répand partout le mouvement, la diversité et la vie.» (L. Poirel).
II — Les pluies.
Table des matières
Comme je l’ai dit plus haut, l’humidité est, après la température, la condition atmosphérique qui contribue le plus à différencier les climats.
Si on fait abstraction des différences locales, on peut dire que la quantité d’eau contenue dans l’atmosphère décroît d’une manière assez régulière de l’équateur aux pôles; elle atteint son maximum en pleine mer et sur les côtes; elle diminue à mesure qu’on pénètre dans l’intérieur des terres, et décroît aussi lorsque l’altitude augmente. Sur les continents, elle est influencée par l’abondance des pluies, par la direction habituelle des vents, par les saisons et par la nature du sol.
C’est sous la zone torride qu’il pleut le plus abondamment. Il n’y pleut qu’à une époque de l’année, mais alors l’eau tombe à torrents, tandis que, sous les latitudes plus élevées, les pluies sont moins abondantes, mais tombent en toute saison. Il y a naturellement des exceptions à cette grande règle générale. En effet, sous la zone torride elle-même, s’étendent de grandes zones sur lesquelles il ne pleut jamais. Partout où les vents alizés soufflent constamment sur la mer, le ciel reste serein, surtout lorsque le soleil se trouve dans l’autre hémisphère; il existe des régions entières où la pluie est inconnue: tels sont le Sahara, la région de Tripoli, l’Egypte et la Syrie, les bords de la mer Rouge, la majeure partie de l’Arabie et de la Perse, le nord de la Chine, quelques provinces du Mexique, du Chili et du Pérou.
Sous la zone torride, c’est pendant que le soleil est au zénith, c’est-à-dire pendant la saison qui correspond à notre été, que les pluies sont le plus abondantes; au nord du tropique, au contraire, c’est pendant l’hiver qu’il pleut le plus. Il y a aussi à cette règle générale de nombreuses exceptions.
Enfin la direction des vents influe puissamment sur la quantité d’eau que reçoit le sol et sur l’humidité de l’atmosphère. Dans la zone tempérée, les pluies sont plus rares sur les côtes orientales que sur les côtes occidentales exposées aux vents d’ouest. Sous la zone torride et notamment en Amérique, c’est lé contraire: ce sont les côtes orientales exposées aux vents alizés qui sont le plus fortement arrosées.
III. — Les vents.
Table des matières
L’atmosphère est constamment mise en mouvement par diverses causes dont la plus importante est la différence de température dans la masse même de l’atmosphère, qui est chaude entre les tropiques et froide aux pôles. Ces courants aériens se divisent en trois catégories: les vents alizés ou généraux, les vents périodiques ou moussons, et les vents variables.
Les vents alizés soufflent dans les régions intertropicales, entre 30° latitude nord et 30° latitude sud. Leur direction est constamment de l’est à l’ouest, en sens inverse des mouvements de rotation de la terre.
Les vents périodiques ou moussons soufflent dans les mers des Indes; leur direction varie suivant les saisons: d’avril en octobre, ils soufflent du sud-ouest au nord-est et d’octobre en avril ils soufflent au contraire du nord-est au sud-ouest.
IV. — Les saisons.
Table des matières
Les saisons sont d’autant moins tranchées qu’on se rapproche davantage de l’équateur ou des pôles; c’est à égale distance de ces deux extrêmes qu’elles présentent le plus de régularité dans leur durée et de différence entre elles.
Sous l’équateur il n’y a que deux saisons: la saison pluvieuse ou hivernage et la saison sèche ou belle saison. La saison pluvieuse est un peu plus chaude que la saison sèche, mais la différence n’excède pas 5 à 6 degrés. Ces deux saisons se succèdent sans transition.
A mesure qu’on se rapproche des tropiques, les saisons intermédiaires commencent à se dessiner. Il en est ainsi aux Antilles et à la Réunion où il existe un embryon de printemps et un embryon d’automne. En Algérie, ces deux saisons sont déjà plus marquées: le printemps en particulier y est délicieux.
Dans les contrées méridionales de l’Europe, les quatre saisons se dessinent nettement, mais avec une prédominance marquée de l’été sur l’hiver. Vers le 45° degré de latitude, à égale distance, par conséquent, de l’équateur et des pôles, l’année a ses quatre saisons encore plus nettement différenciées. C’est la zone tempérée par excellence; c’est le parallèle de Bordeaux, de Grenoble, de Valence, de Turin, de Plaisance, de Mantoue, de Venise; c’est la partie la plus favorisée du globe.
«En s’élevant vers le nord, l’hiver commence à prendre le dessus; le printemps devient froid et court, l’automne pluvieux et désagréable. Dans les contrées les plus septentrionales de l’Europe, à un hiver d’une longueur démesurée succède, presque sans transition, un été court et brûlant, pendant lequel la végétation marche avec une rapidité prodigieuse et qui fait brusquement place aux pluies, aux brumes et à l’hiver. Dans les régions polaires enfin, c’est à peine si l’été lui-même se traduit par quelques belles journées, dans le cours desquelles le thermomètre s’élève au-dessus de zéro; la. couche superficielle des glaces se fond, un peu de vapeur d’eau se répand dans l’atmosphère, la vie semble animer un instant ces solitudes désolées; mais bientôt elles retombent dans leur immobilité et le perpétuel hiver de ces climats fait équilibre, aux deux extrémités du monde, à l’été perpétuel de la zone torride.» (J. Rochard).
V. — Classification des climats.
Table des matières
J. Rochard partage l’espace compris entre l’équateur en cinq zones climatériques séparées par des lignes isothermes présentant entre elles une différence de 10 degrés de température, et il admet cinq espèces de climats:
1° Les climats torrides s’étendant de l’équateur thermal à la ligne isotherme de + 25°.
2° Les climats chauds, étendus de la ligne de + 23e à celle de + 15°.
3° Les climats tempérés, compris entre celles de + 15° et de + 5°.
4° Les climats froids entre celle de + 5° et celle de − 5°.
5° Les climats polaires, entre – 5° et – 15°.
VI. — Climats torrides.
Table des matières
Limitée dans les deux hémisphères par l’isotherme de + 25°, cette zone immense comprend plus d’un tiers de la surface du globe.
Ce qui caractérise ce climat, c’est la constance et l’uniformité de la température qui est constamment élevée, le peu de variations entre les saisons qui ne diffèrent que par leur degré de sécheresse ou d’humidité, l’abondance et la périodicité des pluies, la direction constante des vents, et généralement, au point de vue hygiénique, une extrême insalubrité.
La région africaine qui appartient à la zone torride comprend: sur la côte occidentale: la Sénégambie, la Guinée et le Congo; sur la côte orientale: la Nubie, l’Abyssinie, Zanzibar, Mozambique Madagascar et les îles voisines; enfin, dans la partie centrale: le Sahara, le Fezzan et le Soudan.
Une partie de l’Asie aussi miroite sous ces cieux ardents: l’Arabie, le sud de la Perse, le Baloutchistan, l’Inde, la Birmanie, le royaume de Siam et l’empire d’Annam.
Dans la région océanienne, les îles de la Malaisie (îles de la Sonde, Philippines, Célèbes, Moluques) et la Polynésie (archipels des Carolines, des Navigateurs, îles de la Société, îles Marquises, etc.) baignent aussi dans cette atmosphère d’étuve.
Enfin l’Amérique a une partie de ses terres tantôt brûlées, tantôt détrempées par ces cieux trop chauds et trop humides de la zone torride: le sud du Mexique, l’Amérique centrale, les Antilles, la Colombie, les Guyanes, et le nord du Brésil.
Ainsi, des cinq parties du monde, l’Afrique est celle qui occupe le plus de place sous la zone torride, puisqu’elle lui appartient par les trois quarts de son étendue. L’Asie n’y appartient que par le cinquième environ de son étendue. Les contrées torrides de l’Asie sont situées presque en totalité dans l’hémisphère nord. Elles forment une bande de près de deux mille lieues de longueur, étendue de la mer Rouge à la mer de Chine, et plongeant dans l’océan indien par de grandes presqu’îles. La majorité des îles océaniennes appartiennent à cette zone ainsi que l’Amérique centrale et une bonne partie de l’Amérique méridionale.
VII. — Climats chauds.
Table des matières
Les climats chauds forment deux zones séparées par la zone torride, l’une située dans l’hémisphère nord et l’autre dans l’hémisphère sud. Leur température varie de + 25° à + 15°. Mais cette différence ne tient pas à un abaissement uniformément réparti sur toute l’année: on éprouve, dans cette zone, de véritables chaleurs torrides, mais les variations diurnes et saisonnières sont plus prononcées. L’été conserve sa prépondérance, mais l’hiver s’accompagne de froids assez vifs; le printemps et l’automne commencent à se dessiner. Les pluies tombent avec moins de régularité.
La salubrité des climats chauds laisse encore beaucoup à désirer; pourtant ils sont déjà moins dangereux à habiter que les régions torrides. «Si quelques contrées favorisées par la nature de leur sol ou assainies par la civilisation, offrent à leurs habitants des conditions irréprochables de prospérité et de bien-être, la majeure partie se ressent encore du voisinage des régions intertropicales, et présente le même cortège de maladies, à la gravité près» (J. Rochard).
La zone septentrionale des climats chauds comprend le midi de l’Europe (Espagne, littoral méditerranéen de la France, Italie maritime, Grèce), le nord de l’Afrique (Maroc, Algérie, Tunisie, Tripoli, Egypte), le centre de l’Asie, de la Méditerranée et de la mer Rouge jusqu’à l’océan pacifique (nord de l’Arabie, Turquie d’Asie, Arménie, nord de la Perse, Afghanistan, Turkestan, Pendjab, Chine méridionale), environ le quart de l’Amérique du nord (nord du Mexique et sud des Etats-Unis), et, dans la région océanienne, une petite partie de la Polynésie septentrionale (archipel des Mariannes, de Magellan, etc.). Les pays chauds situés dans la zone australe offrent une étendue beaucoup moindre que ceux situés dans l’hémisphère nord. La région africaine comprise dans cette partie de la zone australe comprend le gouvernement du Cap et le pays des Hottentots. Dans la région océanienne, elle embrasse l’Australie et la Nouvelle-Calédonie, et, en Amérique, le Pérou et le Brésil.
VIII. — Climats tempérés.
Table des matières
Ces pays ne connaissent ni les chaleurs énervantes de la zone torride, ni l’action dépressive des froids polaires. La température y subit des oscillations continuelles. Les saisons y sont bien tranchées et d’une longueur à peu près égale. L’automne et le printemps, qui ne constituent, dans les climats extrêmes, que de courtes périodes de transition, ont une durée à peu près égale à celle de l’hiver et de l’été. Les pluies sont moins abondantes et moins régulières que dans les régions équatoriales. En général, c’est en automne qu’elles présentent leur maximum de fréquence.
«Les pays tempérés, pris dans leur ensemble, sont salubres. C’est là que la race caucasienne se développe dans toute sa puissance, qu’elle subit la mortalité la plus faible, qu’elle présente l’accroissement de population le plus considérable. Le cadre nosologique y est beaucoup plus varié que sous les latitudes extrêmes, et plus immédiatement soumis à l’empire des saisons, des intempéries, des vicissitudes atmosphériques; les constitutions médicales y sont beaucoup plus nettement accusées. En un mot, tandis qu’entre les tropiques le règne pathologique est dominé par une cause constante et exclusive et se montre immuable comme elle, dans les pays tempérés il obéit aux moindres influences et partage la mobilité de leur climat capricieux» (J. Rochard).
Dans l’hémisphère nord, la zone tempérée comprend les trois quarts de l’Europe (îles Britanniques, presqu’île Scandinave, Danemark, Belgique, Hollande, France, Italie continentale, Allemagne, Suisse, Russie méridionale, Turquie d’Europe) et une partie de l’Asie (pays des Kirghiz, Dzoungarie, Mongolie, Chine septentrionale, Japon), et en Amérique les Etats-Unis du nord.
Dans l’hémisphère sud, la zone tempérée embrasse, en Océanie: la Tasmanie et la Nouvelle-Zélande, et, en Amérique: le Chili, la Plata et la Patagonie.
IX. — Climats froids.
Table des matières
Dans l’hémisphère boréal, ils embrassent de vastes contrées dont l’importance égale celle des pays les plus favorisés par le soleil; dans l’hémisphère austral, ils ne recouvrent que la mer, de vastes champs de glace et quelques terres désertes; ce qui caractérise ces régions ce sont de courts et brillants étés pendant lesquels le soleil reste 18, 20 et même 24 heures au-dessus de l’horizon; de longs et rigoureux hivers, aux nuits interminables que n’illuminent plus que les aurores boréales.
La région européenne des climats froids comprend l’Islande, le nord de la Suède, de la Norvège et de la Russie. En Asie, la Sibérie et le Kamtchatka leur appartiennent, et, en Amérique, l’Alaska, la Nouvelle-Bretagne, le Labrador, le Canada et Terre-Neuve.
Dans l’hémisphère sud, comme je viens de le dire, cette zone ne renferme que des terres à peine connues et pour la plupart inhabitées.
X. — Climats polaires.
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Ces déserts glacés, que les pêcheurs de phoque et de morue fréquentent seuls, ne sont peuplés que de quelques Esquimaux. Groupés autour des pôles, ils comprennent dans l’hémisphère nord le Spitzberg, la Nouvelle-Zemble, le nord de la Sibérie, la partie de la Nouvelle-Bretagne qui confine à l’Océan glacial, la terre de Baffin, le nord du Groenland, les îles de la mer polaires comprises sous la dénomination de terres arctiques, et, dans l’hémisphère austral, des terres inconnues.
«Rien ne peut rendre l’aspect sinistre de ces solitudes. L’œil n’y rencontre que des mers immobiles, que des glaciers surplombant les immenses champs de neige, à la surface desquels se dressent des rochers nus et dépouillés, où se dessine de loin en loin la silhouette d’un renne ou d’un ours blanc. Les rayons d’un soleil oblique, traversant avec peine un épais rideau de brume, viennent se réfléchir sur ces grandes surfaces d’un blanc uniforme et les éclairent d’un jour douteux. Cette lueur monotone remplit le ciel pendant le cours d’un long été sans nuits, et disparaît ensuite, pour faire place, pendant plusieurs mois, à la clarté blafarde de la lune, à l’éclat des aurores boréales. Au Cap nord, le soleil reste pendant deux mois de suite au-dessus de l’horizon, pendant trois mois au Spitzberg et, au pôle, un jour de six mois succède à une nuit de même durée» (J. Rochard).
CHAPITRE II
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Nosologie générale. Distribution géographique des maladies
I. — Malaria.
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La malaria existe plus ou moins dans les cinq parties du monde, mais visite plus particulièrement les régions centrales de notre globe.
En Europe, certaines régions jouissent d’une immunité presque absolue, comme l’Islande, les îles Færoër, la Norvège, les îles Britanniques, le nord de la Suède, de la Finlande et de la Russie. D’autres pays, comme le Danemark, la Belgique, les régions centrales de l’Allemagne, de la Suisse et de la France ne sont que fort peu frappées par l’endémie palustre. Elle tient, au contraire, une place importante dans la pathologie de la Hollande, des côtes occidentales et méridionales de la France, de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie, de la Corse, de la Sardaigne, de la Sicile et de Malte. Les régions orientales de l’Europe sont également très atteintes: Pologne, Russie méridionale, Hongrie, Turquie d’Europe, Roumanie, Grèce et îles de l’Archipel.
En Amérique, la malaria n’apparaît qu’aux environs du 50me degré de latitude nord et cesse complètement au delà du 20me degré de latitude sud. En réalité, elle ne commence à faire sentir son influence que dans le voisinage des grands lacs, augmentant d’intensité en s’avançant vers le sud, suivant le cours du Mississipi et les côtes du golfe mexicain.
Dans les hautes régions des montagnes Rocheuses, sur les bords de l’océan Pacifique, dans la Colombie anglaise, dans les Etats de l’Orégon et de la Californie, sur le haut plateau du Mexique, ses effets sont presque nuls.
Dans l’Amérique centrale, les côtes et les forêts sont décimées par la malaria; on peut vivre au contraire presque sans danger sur les hauteurs qui vont en s’échelonnant pour former l’arête centrale.
Les Antilles payent aussi un tribut à la malaria, ainsi que toute la côte nord de l’Amérique du sud, surtout la Guyane. Le Brésil, le Parana, le Paraguay, les régions basses de la Bolivie sont soumis à cette même influence pernicieuse qui disparaît presque complètement dans l’Urugay et dans la République Argentine qui est à peu près indemne jusqu’à son extrémité méridionale.
L’Afrique est le continent qui paie le plus lourd tribut à la malaria. La côte occidentale, la plus frappée, a été appelée le «tombeau des Européens». En effet, toutes les côtes situées depuis le Sénégal jusqu’au 20e degré de latitude sud sont meurtrières pour les colons européens. A mesure que l’on s’éloigne de la côte, le danger diminue. Le Maroc, l’Algérie, Tripoli, la Tunisie, l’Egypte, sont éminemment insalubres sur les côtes. Le Haut-Nil, les bords de la mer Rouge et les régions basses de l’Abyssinie sont également très atteints. L’intérieur du continent africain et le Sahara lui-même ne sont pas absolument à l’abri des effluves malariennes. Les côtes orientales, bien que moins insalubres que les côtes occidentales, ne sont pas à l’abri de l’endémie: les côtes des Somalis, de Zanzibar, de Mozambique jusqu’à la baie de Delagoa ont une mauvaise réputation justement méritée. Madagascar, les Comores, les Seychelles paient. aussi leur tribut, ainsi que les îles du Cap Vert, tandis que les îles situées près de la côte occidentale, comme Sainte-Hélène et les Canaries; sont indemnes.
Les deux tiers environ du continent asiatique sont presque complètement préservés de l’impaludisme: presque toute la Sibérie, la majeure partie de la Mongolie, du grand désert de Kobi, du nord de la Chine, du Thibet, des régions montagneuses du Pamir, de l’Hindou-Kouch, de l’Himalaya, de la Perse, de l’Arménie et de l’Asie Mineure. Pourtant les côtes, de l’Asie Mineure ne participent pas de la salubrité des régions de l’intérieur et du désert; il en est de même des îles de l’Archipel, comme Chypre, Crète, etc. La Syrie est également visitée sur les côtes et même dans l’intérieur; l’endémie ne s’arrête, que sur les bords du grand désert. On la retrouve en Mésopotamie, sur tout le cours de l’Euphrate et du Tigre, où elle augmente d’intensité à mesure que l’on approche du golfe Persique qui est particulièrement insalubre. Le sol des anciennes villes de Ninive et de Babylone recèle des miasmes pernicieux.
L’Arabie n’est pas non plus complètement indemne. Les côtes du golfe Persique, de la mer d’Oman, Aden, Djeddah, sont réputées pour leur insalubrité. Médine et La Mecque n’ont guère meilleure réputation. Certaines provinces de la Perse, parmi lesquelles Téhéran et Ispahan, payent leur tribu à la malaria; de même l’Hindoustan et tout l’empire des Indes. Les deltas de l’Indus et du Gange sont particulièrement redoutables. L’île de Ceylan, la Birmanie, la presqu’île de Malacca, le Siam, le Laos, la Cochinchine, certaines régions de la Chine et du Japon sont également des pays où la fièvre se fait souvent sentir.
Les grands archipels de la Sonde, des Célèbes, des Philippines, de la Papouasie ou Nouvelle-Guinée sont des terres essentiellement malariennes. Par contre, les Nouvelles-Hébrides, la Nouvelle-Bretagne, la Nouvelle-Irlande, la Nouvelle-Calédonie, les archipels de Samoa, de-Tonga, des Navigateurs, de Taïti, l’Australie, la Tasmanie et la Nouvelle-Zélande sont à peu près à l’abri du fléau.
De cette rapide esquisse il résulte que les régions malariennes occupent tout le centre et le midi de l’Amérique du Nord, le centre et le nord de l’Amérique du Sud, la presque totalité de l’Afrique, le centre, le midi et une grande partie du nord de l’Europe. Les régions méridionales de l’Asie et les grands archipels qui s’y rattachent sont également des foyers très intenses de malaria.
En sorte qu’en résumé, la totalité des pays de l’extrême nord et la plus grande portion de l’extrême sud sont tout à fait préservées de cette influence qui règne dans la majeure partie des régions centrales de notre globe, occupant ainsi la moitié de la superficie des pays habités.
Il est à noter que la race nègre jouit d’une certaine immunité à l’égard du paludisme, mais cette immunité n’est pas absolue. Les nègres sénégaliens sont sujets à la fièvre malarienne, mais il est rare qu’elle provoque chez eux des accidents graves.
II. — Fièvres continues.
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I. Synoque. — La synoque est ubiquitaire: elle se montre un peu partout; mais elle ne présente jamais de gravité.
II. Fièvre typhoïde. — Très fréquente dans tout le nord de l’Europe, on l’observe en Islande (surtout pendant l’hiver), aux îles Færoër, en Norvège, en Suède, en Finlande, dans les provinces baltiques. La Russie est moins éprouvée. Le Danemark, la Hollande, la Belgique et surtout la France lui paient un lourd tribut de léthalité. Aux îles Britanniques elle est moins fréquente. L’Allemagne, surtout l’Allemagne du nord, est souvent très éprouvée, principalement Munich.
La Suisse, l’Espagne, le Portugal, l’Italie et ses îles, l’Austro-Hongrie, la Roumanie, la Turquie et la Grèce connaissent aussi la dothienentérie.
En Amérique, on rencontre la fièvre thyphoïde dans les régions septentrionales du Groenland et du Labrador, au Canada, aux Etats-Unis. Elle est plus rare au Mexique et, en général, dans toute l’Amérique du Sud.
L’Afrique n’est pas à l’abri de cette affection: on l’observe assez fréquemment en Egypte, en Algérie, au Maroc, au Sénégal, à Madère, aux îles Canaries, au Cap Vert, au Cap, en Abyssinie, à Madagascar et à la Réunion.
L’Asie est fréquemment visitée par la fièvre typhoïde: on l’observe souvent en Anatolie, en Syrie, en Mésopotamie, en Arménie, en Perse, en Asie centrale, à La Mecque, à Médine. Rare aux Indes et à Ceylan, on la retrouve en Indo-Chine et en Chine. Assez fréquente en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie, elle est presque inconnue dans les îles de la Sonde, aux Philippines, aux Moluques, en Australie et à la Nouvelle-Zélande.
III. Typhus pétéchial. — Maladie de misère autrefois véhiculée par les armées, le typhus pétéchial ne s’observe plus qu’accidentellement en Europe. Il se rencontre encore dans les hautes régions du Mexique. Il est rare en Asie et en Afrique. Il est en train de disparaître avec les guerres.
IV. Typhus récurrent. — Comme le typhus pétéchial, le typhus récurrent qu’engendraient généralement les guerres et la famine, est aussi de plus en plus rare. Ses dernières épidémies ont frappé les îles Britanniques, la Silésie, la Pologne et la Russie.
III. — Fièvres éruptives.
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I. Variole. — La variole était autrefois un fléau inévitable. Elle ne frappe plus maintenant que les peuples que l’ignorance, la superstition ou l’incurie éloignent de la vaccine. On l’a observée et on l’observe encore un peu partout. C’est en Afrique, que nombre d’auteurs considèrent comme son pays d’origine, qu’on la voit encore sévir parfois avec intensité.
II. Rougeole. — Cette fièvre éruptive est bien moins répandue que la variole. Elle est à peu près inconnue dans la plupart des régions tropicales. Elle est peu répandue en Asie. Dans les régions méridionales de l’Europe elle est plus rare et plus bénigne que dans les régions centrales.
Les épidémies de rougeole sont rares et bénignes aux Etats-Unis, au Mexique, dans l’Amérique centrale, les Guyanes et les Antilles, tandis qu’elles sont un peu plus fréquentes au Brésil, dans les régions platéennes, dans le Pérou, le Chili et la Bolivie.
III. Scarlatine. — La scarlatine est également moins grave et moins, répandue que la variole. Presque inconnue dans les régions boréales, elle est très rare en Islande et n’a jamais paru aux îles Færoër. On la rencontre dans toute la Scandinavie, en Russie, en Sibérie, en Belgique, en Hollande, en France, en Allemagne, en Suisse. Elle acquiert un certain caractère de gravité aux îles Britanniques. Elle est rare et bénigne dans toute l’Europe méridionale.
En Amérique, elle est assez fréquente et assez grave aux Etats-Unis et dans la République Argentine. Elle est très rare en Afrique et en Asie.
IV. Suette miliaire. — Cette maladie n’a pas dépassé les régions centrales et tempérées de l’Europe. C’est en France qu’on a observé les épidémies les plus graves.
IV. — Maladies des organes de la digestion.
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1. Entérite, gastrite, péritonite, gastralgie, dyspepsie. — Les inflammations aiguës du tube digestif sont plutôt l’apanage des régions tempérées, comme la Hollande, la Belgique et surtout la France. Les gastralgies et les dyspepsies acquièrent au contraire une grande fréquence dans toutes les régions chaudes, tandis qu’elles sont rares dans les pays froids ou tempérés. En effet, la dyspepsie et la gastralgie coïncident rarement avec l’hypérémie des pays froids; elles sont au contraire l’accompagnement de l’anémie tropicale et des altitudes; mais la gastralgie des pays chauds présente un caractère particulier: c’est la présence dans le duodénum de l’ankylostome qui amène aussi l’anémie par les troubles digestifs qu’il provoque.
II. Diarrhée. — La diarrhée est une maladie ubiquitaire qui se rencontre avec une fréquence et une gravité très variables suivant les saisons et les régions. La diarrhée infantile fait un grand nombre de victimes en Europe et dans l’Amérique du Nord.
Le choléra enfantile est fréquent aussi et meurtrier dans les régions tropicales, aux Antilles, au Brésil, en Chine, à Madagascar, en Mésopotamie, en Algérie, en Australie et en Polynésie.
La diarrhée des adultes est surtout une maladie des pays chauds. «On peut affirmer, écrit H.-C. Lombard, que, sauf quelques exceptions, la fréquence et la gravité de la diarrhée augmentent avec la chaleur de telle manière que les pays froids en sont moins visités et les pays chauds plus fortement atteints. C’est une maladie ubiquitaire, mais dont l’apparition est singulièrement favorisée par les extrêmes de température, par les brusques transitions du jour à la nuit et par les changements de saison. L’hypérémie boréale et hivernale n’exerce pas une influence aussi fâcheuse à cet égard que l’anémie estivale ou tropicale. C’est dans ces régions qu’elle est une maladie d’acclimatement, en même temps qu’elle précède et suit l’apparition de la dysenterie avec laquelle elle a de très nombreux points de contact, aussi bien dans ses symptômes que dans l’époque de son apparition et dans ses symptômes pour entraîner la mort ou développer une infirmité permanente.»
III. Dysenterie. — On peut observer des cas de dysenterie sporadique dans les régions froides ou tempérées, mais la dysenterie épidémique y est à peu près inconnue, tandis que, dans les pays tropicaux et dans les régions chaudes, elle est grave et fréquente. Elle coexiste presque constamment avec la malaria, et l’une de ces deux affections ne va guère sans l’autre.
Les Européens sont les plus cruellement frappés, les asiatiques résistent déjà mieux et les nègres sont presque réfractaires, sans toutefois présenter une immunité absolue.
IV. Hépatite. — L’hépatite est une conséquence et comme un satellite de la dysenterie, la suivant partout avec plus ou moins de fréquence. Aussi est-elle presque inconnue dans les pays froids et tempérés de l’Europe. Par contre elle est fréquente en Egypte, en Algérie, au Sénégal, sur les côtes orientales et occidentales d’Afrique, à Madagascar, à Maurice et à la Réunion.
Rare dans l’Amérique du Nord, l’hépatite redevient fréquente au Mexique, aux Antilles, dans les Guyanes, au Brésil, sur les côtes orientales de l’Amérique du Sud.
En Asie, les régions les plus malfamées à cet égard sont: les Indes, Ceylan, la Birmanie, les archipels de la Sonde et des Philippines, le Siam, l’Indo-Chine, la Chine méridionale. Le Japon n’est pas indemne et l’hépatite s’observe assez souvent dans les régions moyennes et méridionales.
V. Hémorrhoïdes. — Cette affection est, en général, plus répandue dans les pays froids et tempérés que dans les pays chauds; mais le genre de vie a une influence au moins égale sinon supérieure à celle du climat.
VI. Entozoaires. — Les cysticerques sont surtout fréquents en Hollande. Les trichines ont été observées surtout aux Etats-Unis, en Angleterre et en Allemagne. L’ankylostome duodénal, le trichocéphale, l’anguillule stercorale ne se rencontrent que dans les régions chaudes ou tropicales. Les ascarides lombricoïdes, les oxyures et le tænia sont ubiquitaires. Le tænia botrichocéphale est surtout répandu dans les régions méridionales de l’Europe, tandis que le taenia lata ou mediocanellata existe surtout au Nord et à l’Orient. «Il est même certaines régions où l’un des entozoaires se trouve sur la rive droite d’un fleuve et l’autre sur la rive gauche» (Lombard).
V. — Maladies des organes thoraciques.
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I. Pneumonie. — Toutes les statistiques montrent la fréquence de la pneumonie dans les pays froids, dans les régions à oscillations thermométriques brusques et étendues; elle augmente aussi graduellement de fréquence avec l’altitude. L’Europe centrale et septentrionale, l’Amérique du Nord sont les pays où on l’observe le plus fréquemment. En Afrique, elle est rare. En Asie, sa fréquence est variable, ce qui s’explique par la variété des climats et la différence d’altitude et de latitude. Ainsi, rare aux Indes, elle se montre fréquemment à Pékin pendant les froids de l’hiver, et aussi au Japon.
II. Bronchite. — Pour Lombard, la bronchite est une maladie ubiquitaire que l’on voit en tous pays, sous les formes aiguës et chroniques, endémiques ou épidémiques. On la retrouve, en effet, aux antipodes comme dans les régions boréales et les zones tempérées et tropicales, où elle s’est présentée avec tous les degrés de fréquence. Néanmoins elle est plus fréquente dans les régions froides et dans les pays d’altitude.
III. Asthme et emphysème. — Tout ce que l’on sait sur ces deux affections, au point de vue de leur distribution géographique, c’est qu’elles se montrent avec une fréquence remarquable dans les pays d’altitude, comme sur le plateau de l’Anahuac et les hautes régions du Pérou et de la Bolivie.
VI. — Grippe.
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La grippe est ubiquilaire; on l’a observée dans toutes les régions du globe. Hirsch considère sa distribution géographique comme complètement indépendante des circonstances locales du sol et du climat. De 1731 à 1737, la grippe visita l’Europe entière, en se promenant du nord-est au sud-ouest; en 1830, elle fit le tour du globe.
VII. — Diphtérie.
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Le climat, la latitude et l’altitude semblent avoir peu d’influence sur le développement de la diphtérie qu’on observe aussi bien dans les climats froids et tempérés que dans les régions tropicales, dans les plaines aussi bien que sur les montagnes.
VIII. Coqueluche.
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La coqueluche est ubiquitaire. Pourtant elle paraît être moins fréquente et moins grave dans les régions chaudes ou tropicales que dans la zone froide ou tempérée.
IX. — Tuberculose.
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La tuberculose, et particulièrement la tuberculose pulmonaire, existe sous toutes les latitudes et sous tous les climats, mais non avec la même fréquence.
En Europe, les seules régions qui en soient à peu près préservées sont l’Islande et les îles Færoër. Elle est rare également aux Hébrides, dans le nord de l’Ecosse, de la Norvège, de la Suède, de la Finlande et de la Russie, ainsi que sur les hauts plateaux des Alpes, des Pyrénées, des Apennins, des Karpathes et des monts Dinariques. La Hollande, la Sardaigne, la Sicile, certaines régions du midi de la France et de l’Espagne sont également peu éprouvées.
L’Amérique boréale, la majeure partie du Groenland, la Laponie, la Sibérie septentrionale sont à peu près indemnes de tuberculose. Il en est de même des régions centrales de l’Afrique; mais les côtes et les îles, comme Madagascar et les Seychelles, ne sont pas à l’abri du fléau.
Sauf dans les régions centrales de l’Arabie, dans quelques portions de la Perse et de l’Asie centrale, sur les hauts plateaux de l’Himalaya et des Ghats, la phtisie est répandue dans toutes les autres contrées de l’Asie et dans presque tous les archipels de la Polynésie.
X. — Maladies du système nerveux.
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L’influence du climat sur cet ordre d’affections est moins évidente que pour les maladies précédentes. Toutefois cette influence n’est pourtant pas négligeable.
L’apoplexie, ainsi qu’il résulte des statistiques, est bien plus souvent observée dans les pays tempérés que dans les régions boréales et tropicales.
L’insolation est par excellence une maladie tropicale.
La méningite cérébro-spinale épidémique est une maladie essentiellement contagieuse que l’on a surtout observée en France et en Italie.
Quant à l’aliénation mentale, elle est bien plus influencée par les mœurs que par le climat.
XI. — Tétanos.
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Le tétanos du nouveau-né existe sons toutes les latitudes, depuis les régions boréales jusqu’aux pays tropicaux, mais il est plus répandu dans ces derniers. Il en est de même pour le tétanos traumatique et spontané.
XII. — Goître et crétinisme
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Le goitre et le crétinisme sont cantonnés dans certaines vallées encaissées et humides des montagnes, là où le soleil ne luit pas assez et où l’homme ne respire pas une quantité suffisante d’oxygène.
En Europe, on rencontre des goitreux dans quelques régions de la Suède, de l’ouest et du centre de l’Angleterre, dans les hautes vallées de l’Ecosse; en France, dans les départements de haute altitude (Hautes-Alpes, Basses-Alpes, Savoie, Isère, Lozère, Ardèche, Hautes-Pyrénées, Vendée, Jura, Vosges, Aisne, Ariège); dans plusieurs cantons de la Suisse (Valais, Vaud, Berne, Argovie, Glaris, Grisons); en Allemagne on en rencontre dans les montagnes de la Thuringe, de la Saxe, de la Bohême et de la Silésie, dans les vallées Alpines du Wurtemberg, du Tyrol, de la Styrie et de la Carinthie, ainsi que sur le cours du Danube dans la Basse-Autriche. Le Piémont et la Lombardie sont les pays d’Europe où l’on rencontre le plus de goitreux et de crétins, surtout dans les vallées d’Aoste, de Coni, d’Ivrée et de Saluces. Le Tyrol italien, le Trentin et l’Istrie en comptent aussi, mais bien moins que les vallées piémontaises et lombardes. En Russie d’Europe, on en trouve dans le midi de la Finlande, aux environs du lac Ladoga, sur les versants occidentaux et orientaux de l’Oural, dans les vallées de l’Altaï, aux environs du lac Baïkal.
En Asie, on trouve des goitreux et des crétins sur les versants de l’Himalaya, au Thibet, en Mongolie, en Chine, sur le cours du Gange et du Brahmapoutre, dans la province d’Orissa, sur le haut plateau de Ceylan.
L’Afrique ne compte qu’un très petit nombre de goitreux. On en trouve, au contraire, beaucoup, dans les régions montueuses de la Colombie, du Canada, des États-Unis, sur le versant des Alleghanys et des montagnes Rocheuses, sur les versants de la haute Cordillère de l’Amérique du Sud.
XIII. — Rachitisme.
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Le rachitisme se fait surtout sentir dans les climats tempérés et humides; il est rare dans les régions froides et brûlantes. Mais la misère et les mauvaises conditions hygiéniques ont bien plus d’influence sur son développement que le climat.
XIV. — Rhumatisme et goutte.
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Si le rhumatisme est plus fréquent dans les régions froides et tempérées, on le rencontre pourtant dans les régions tropicales.
Quant à la goutte, elle prédomine dans les régions tempérées, fruit de l’aisance et du confortable; elle est rare, au contraire, sous les climats boréaux ou tropicaux
XV. — Diabète et albuminurie.
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Le diabète existe dans toutes les régions du globe, sauf peut-être à l’extrême nord; il paraît être moins fréquent sous les tropiques et dans les pays chauds.
L’albuminurie est rare dans les régions boréales, assez répandue dans les régions tempérées où l’humidité prédomine, et très rare dans les régions tropicales.
XVI. — Hématurie.
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L’hématurie est une maladie parasitaire des pays chauds. Elle est fréquente au Brésil, en Egypte, dans l’Afrique méridionale, à Madagascar, rare aux Indes et dans les archipels de la Sonde.
XVII. — Fièvre puerpérale.
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L’Europe centrale paraît être le siège principal des épidémies puerpérales que l’on observe avec une fréquence remarquable en Danemark et en Allemagne. Elles sont rares dans l’Amérique du Nord et plus rares encore dans l’Amérique du Sud. L’Afrique, l’Asie et l’Australie connaissent peu celte affection.
XVIII. — Syphilis.
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La syphilis est une maladie ubiquitaire et on la rencontre à peu près dans toutes les régions du globe. On l’observe jusque dans les régions boréales. Au Canada et à Terre-Neuve elle tient un rang nosologique honorable. En Islande elle est peu répandue et très bénigne. Elle devient plus grave et plus fréquente en Norvège, en Suède, en Danemark, en Russie. La Hollande n’est pas trop contaminée, mais les îles britanniques sont abondamment syphilisées et les autres pays d’Europe n’ont guère à lui envier à cet égard. La Roumanie, les provinces orientales de l’empire austro-hongrois, la Turquie d’Europe sont particulièrement favorisées, puisque la syphilis y est extrêmement répandue. Les Etats-Unis, si on en excepte New-York, sont peu gravement atteints par la syphilis. Mais le Mexique, les Antilles et toutes les côtes occidentales de l’Amérique du Sud connaissent la syphilis.
En Afrique, l’Egypte, l’Abyssinie, l’Algérie sont des pays particulièrement syphilisés; mais les autres régions ne sont pas exemptes de syphilis: loin de là.
En Asie on la rencontre partout. En Chine, au Japon et dans l’archipel de la Sonde elle atteint une intensité et une gravité particulières.
Comme la syphilis, et, plus encore que la syphilis, le chancre mou et la blennorrhagie sont ubiquitaires.
XIX. — Erysipèle.
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L’érysipèle est plus fréquent et plus répandu dans les pays froids; il n’attaque pas toutes les races avec la même intensité et se développe plus communément chez les Européens.
XX. — Ulcères.
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1. Le bouton d’Alep est un tubercule qui se développe très lentement, se recouvrant d’une couche suintante, et laissant une cicatrice caractéristique. On le rencontre en Syrie, dans le Kourdistan, en Perse, en Mésopotamie, dans l’Afghanistan et jusqu’en Egypte.
II. Le bouton de Biskra diffère un peu du précédent par son siège (aux membres inférieurs) et parce qu’il atteint les Européens.
III. L’ulcère de Delhi est également un tubercule auquel succèdent de profondes ulcérations.
IV. Le bouton d’Amboine commence aussi par des tubercules denses auxquels succèdent des plaies assez étendues.
V. L’ulcère de Mozambique commence par un bouton de sérosité jaunâtre auquel succède une ulcération circulaire en forme de godet qui se recouvre de fongosités saignantes. Il se montre surtout aux jambes, aux pieds et aux mains.
VI. L’ulcère de Cochinchine se comporte à peu près comme le précédent et se développe surtout aux extrémités pendant la saison des pluies.
VII. La plaie de l’Yemen règne sur le littoral arabe de la mer Rouge depuis Aden jusqu’à Yambo. Elle commence par un bouton auquel succède une ulcération qui s’étend en profondeur et en étendue.
VIII. La veruga ne se rencontre que dans les Cordillères du Pérou et du Chili. Elle consiste en boutons ou tubercules assez semblables à ceux du molluscum, s’ulcérant promptement et donnant issue à du sang. Cette maladie augmente en gravité avec l’altitude: elle guérit bien au-dessous de 300 mètres; elle entraîne presque toujours la mort au-dessus de 3.000 mètres.
IX. Le pian ou yaws ou frambœsia attaque surtout les nègres. C’est une excroissance bosselée, rouge et saignante. Il s’observe dans tous les pays où l’on trouve des nègres.
X. Le tonga commence par des papules- qui ne tardent pas à laisser suinter un liquide ichoreux. On. l’observe surtout en Polynésie.
XI. Le bouba s’observe également chez les nègres.
XXI. — Plique polonaise.
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La plique est caractérisée par un suintement ichoreux du cuir chevelu, de la peau des aisselles et du pubis, et qui agglutine les cheveux et les poils au point qu’ils ne peuvent plus être séparés. On l’observe surtout en Pologne, en Russie occidentale, en Galicie, dans les provinces baltiques de la Roumanie.
XXII. — Pellagre.
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La pellagre est une éruption squameuse qui occupe surtout le visage et les mains. C’est en Lombardie qu’on rencontre le plus de pellagreux. On en trouve aussi dans quelques provinces du Bolonais, de la Vénétie, du Piémont, dans le sud-ouest de la France, en Espagne, en Portugal, en Roumanie, en Turquie d’Europe, sur le haut plateau du Mexique.
XXIII. — Maladies parasitaires.
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I. La gale est de tous les pays; on la rencontre partout où l’on néglige l’hygiène et la propreté.
II. Le dragonneau ou ver de Médine est très répandu en Egypte, dans le Haut-Nil, en Algérie, au Maroc, en Arabie, sur les côtes orientales et occidentales d’Afrique, en Asie centrale, aux Indes, dans les îles de la Sonde, en Amérique, en particulier aux Antilles, dans la Guyane et au Brésil.
III. La chique ou pulex penetrans atteint surtout les nègres et se montre partout dans les pays nègres; mais elle n’épargne pas toujours les Européens.
XXIV. — Scrofulose.
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«La diathèse scrofuleuse se rencontre partout où il y a des populations agglomérées, des logements insalubres et une nourriture insuffisante et de mauvaise qualité » (Lombard). Pourtant le climat a aussi son importance: le froid et l’humidité favorisent son développement; il est, au contraire, entravé par la chaleur, la sécheresse et l’insolation. Aussi, très fréquente dans presque toute l’Europe, la scrofulose devient rare dans les régions tropicales. Elle atteint toutes les races: l’homme jaune comme l’homme noir et l’homme noir comme l’homme blanc.
XXV. — Scorbut.
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Le climat ne semble pas jouer un grand rôle dans l’étiologie de cette maladie. Il faut surtout incriminer l’alimentation et la misère physiologique.
XXVI. — Cancer.
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Le cancer se rencontre sur toute la surface du globe. Son développement est indépendant des influences climalériques. Hérédité ou contagion sont ses grands facteurs étiologiques.
XXVII. — Ergotisme.
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Cette affection semble s’être cantonnée en Europe: dans certaines régions de la France, de l’Allemagne, de la Russie, de l’Italie, de l’Espagne.
XXVIII. — Lèpre.
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L’Egypte a été considérée comme le berceau de la lèpre. Elle y existe encore à l’état endémique dans le bassin du Nil, sur les côtes de la Méditerranée et de la mer Rouge. Elle est fréquente en Abyssinie, dans le Darfour, le Soudan, en Algérie, au Maroc, en Sénégambie, sur les côtes occidentales d’Afrique. On la rencontre aussi à l’état endémique à Madagascar, à Maurice, à Bourbon, dans le Mozambique, à Sainte-Hélène, aux Açores, à Madère. En réalité, il n’existe guère de région du continent africain qui soit indemne de cette affection.
En Asie, on la retrouve en Arabie, en Syrie, en Palestine, en Perse, dans le Turkestan, dans l’Inde, en Birmanie, à Ceylan, dans certaines parties de la Chine. Elle existe aussi à Malacca, dans les îles de la Sonde et même en Australie.
En Europe, on rencontre encore quelques cas endémiques dans le sud-est et le nord, en Grèce, dans les îles Ioniennes, en Turquie, en Espagne, en Portugal, dans quelques provinces de la Scandinavie, dans la Russie occidentale.
En Amérique, on l’observe surtout aux Antilles, dans les Guyanes, au Brésil et dans presque toute l’Amérique du Sud.
XXIX. — Choléra.
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Le choléra s’est répandu à diverses reprises sur toutes les parties du globe. Il est presque endémique en Egypte, mais son véritable berceau est sur les bords du Gange et du Brahmapoutre.
XXX. — Fièvre jaune.
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Localisée d’abord sur le littoral sud des Etats-Unis, dans le golfe du Mexique, dans les grandes Antilles où elle est réellement endémiques, elle se répandit, au XVIIIesiècle, dans d’autres parties de l’Amérique, puis en Europe, et vint même former un foyer d’endémicité à la côte occidentale d’Afrique.
«A l’heure actuelle, dit E. Rochefort, la fièvre jaune comprend trois foyers d’irradiation sur l’Atlantique: les rives du golfe du Mexique, les côtes du Brésil, une petite portion de la côte occidentale d’Afrique. Elle n’en a qu’un encore sur la côte du Pacifique, la côte du Pérou; mais le littoral du grand océan se trouve menacé en outre par toutes les importations qui pourraient se faire par l’isthme de Panama.»
XXXI. — Peste.
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Le berceau de la peste semble être dans les contrées de l’extrême Orient, mais on ignore complètement quand cette grande pandémie fit irruption dans le monde d’Occident.
Selon quelques loïmographes, la peste existait en Afrique et en Syrie bien avant notre ère. La peste d’Athènes et les pestes de Constantinople sont considérées comme les premières invasions connues de la terrible maladie. Du VIIe au XVIIIe siècle il y eut un grand nombre d’épidémies meurtrières aussi bien en Orient qu’en Occident. Depuis le commencement du XIXe siècle, la peste ne s’est pas montrée en Europe: elle semble cantonnée en Asie, principalement au Bengale.
XXXII. — Béribéri.
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En Amérique on n’observe le béribéri qu’au Brésil. En Asie on le trouve aux Indes, à Ceylan, dans les iles de la Sonde, et rarement en Chine.
XXXIII. — Ainhum.
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L’aïnhum est une ulcération du petit orteil atteignant l’os et amenant le sphacèle. Cette affection frappe presque exclusivement les nègres et on la retrouve dans tous les pays où ils vivent.
XXXIV. — Pied de madura.
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Le pied de madura est une maladie parasitaire qui se développe sur la peau, y forme des pustules cupuliformes, accompagnées d’une tuméfaction considérable, qui s’étend des téguments aux parties sous-jacentes et atteint même les os. Jusqu’ici cette affection n’a été observée que chez les Hindous, principalement les Hindous de basse caste.
XXXV. — Maladie du sommeil.
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La maladie du sommeil ne s’observe que chez la race nègre; on la rencontre surtout en Afrique, sur les côtes occidentales du golfe de Guinée ainsi que dans la Sénégambie.
DEUXIÈME PARTIE
Table des matières
Géographie médicale de la France.
CHAPITRE PREMIER
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Climatologie générale de la France
I. — Beauté privilégiée de la France.
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L’auteur resté inconnu des quatre mille décasyllabes du poème épique de la «chanson de Roland» appelait noire pays «douce France» et «terre major». Si maintenant la France n’est plus la terre majeure, depuis que la Russie a dévoré le quart du vieux continent, que l’Angleterre a accaparé par ruse ou par droit de conquête un tiers du globe, que l’Allemagne a sept millions d’habitants de plus que nous, que l’Espagne a essaimé à travers les Amériques en républiques turbulentes et que “Italie a réuni ses tronçons ennemis en un seul royaume, la France est toujours «douce France». «C’est bien toujours, dit O. Reclus, la terre charmante, agréable, heureuse, admirée, l’honneur de la zone tempérée qui nulle part ailleurs ne dispense plus équitablement le soleil et la pluie; c’est le verger des meilleurs fruits, le cellier des meilleurs vins, blancs ou rouges, le grenier d’abondance, et, pour tout dire, la patrie du peuple le plus gai et le plus heureux du monde.»
II. — Heureuse situation de la France.
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Cette supériorité, la France la doit à sa situation climatologique et topographique exceptionnelle. «A la marge occidentale du territoire, dit J. Arnould, elle présente des saillies puissantes qui portent le sol à des hauteurs où le climat s’identifie avec celui des régions glaciales; elle renferme le colosse des monts européens, le mont Blanc. Si l’on jette les yeux sur une carte en relief du sol français, on remarque aisément que la masse saillante appelée massif central, sépare nettement le Nord du Midi et empêche entre les climats partiels les transitions insensibles; sans compter qu’elle brise ou dévie les vents et qu’elle condense ou précipite les vapeurs. Ici des plateaux élevés, arides, découverts, à climat âpre dans les jours chauds comme dans les hivers; là, des plaines basses, des dunes ou des plages où la terre et l’eau sont en perpétuel conflit; ailleurs, de hautes falaises où le ciel, qui se tenait élevé au-dessus de la mer, semble être en contact avec le sol et se noyer dans sa lumière.»
Elle bénéficie, en outre, de ce fait qu’un bras du Gulf-stream et les contre-alizés venus de l’Equateur réchauffent l’occident de l’Europe. Et, comme le fait encore très justement remarquer J. Arnould, «les côtes de France, à l’Ouest, sont de celles sur lesquelles les flots des mers tropicales reviennent s’étaler largement. L’immense fournaise du Sahara nous envoie, d’autre-part, ses vents un peu attiédis par-dessus le Tell algérien et la Méditerranée. La France reçoit donc de la chaleur par le Midi, l’Ouest et même le Nord; l’Est seul nous envoie parfois ses vents continentaux, secs, chauds en été, glacés en hiver. Toutefois les Alpes se dressent comme de puissantes barrières en travers de ces vents et nous en atténuent les souffles vigoureux. Notre pays bénéficie, principalement sur une large bande de territoire à l’Ouest, de ce fait invariable: l’uniformisation des climats par la mer.»
III. — Avantages du climat de la France.
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On comprend déjà quelle influence la situation géographique de la France a sur son climat, largement accolée qu’elle est aux flancs du monde européen, debout entre deux grandes mers, ouverte sur l’immensité océanique et les flots de la Méditerranée. A l’Est, dans la profondeur du pays, le climat va se fondant dans celui de la masse continentale qui est excessif; à l’Ouest, il subit le contre-coup des mouvements de l’Atlantique qui atténuent les extrêmes; au Sud, le grand lac méditerranéen influence à peine l’atmosphère, mais il est un trait d’union entre la France, l’Espagne, l’Italie et l’Afrique, réunissant un certain nombre de contrées dans un climat qui est une sorte d’intermédiaire entre les climats chauds et les climats tempérés et n’est ni l’un ni l’autre.
Ainsi, en France, la température la plus haute aurait été observée à Orange en juillet 1830 (40°2) et la plus basse à Mulhouse le 3 février de la même année ( – 28°1).
Ch. Martins fixe à 12° environ la température moyenne observée en France. Fuster l’abaisse à 10°8, la moyenne de la capitale, de Paris.
IV. — Variété des climats de la France.
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La variété climatologique de la France ne dépend pas seulement des latitudes. Il faut tenir compte de l’altitude, de la nature du sol et du sous-sol, de la prédominance de tel ou tel vent, de la présence de l’Océan ou des grands lacs, du voisinage des déserts, du passage des courants chauds ou froids venus de la mer ou des cieux, de l’indigence ou de l’abondance des pluies.
Ainsi la région française du Nord et de l’Ouest n’a pas plus froid en janvier que la région méridionale, de Valence à Marseille, à la condition de toucher à la bande littorale altantique. De même, le degré élevé de la latitude n’empêche pas les terres du Nord d’avoir des étés très chauds, du moment qu’elles sont continentales, et que, plus au Midi, l’acuité de la chaleur est atténuée par la proximité de l’Océan.
«Il ne faut pas s’imaginer, dit O. Reclus, qu’en allant droit devant soi, vers le sud, de Dunkerque à Montlouis, de Cambrai à Béziers, de Givet aux Saintes-Maries, on verra le Nord faire insensiblement place au Midi.
«Loin de là ! L’homme de Dunkerque ou de Cambrai trouvera le nord juste au moment où, venant de passer la Loire, il se croira tout près d’entrer dans les pays du soleil torride; car il lui faudra monter sur le Massif Central, qui porte de durs hivers au seuil même du brillant Midi. Et l’homme de Givet, quand il redescend le Rhône vers Montélimar, passe brusquement du septentrion au méridion, et presque d’Europe en Afrique; en quelques lieues il change de climat plus qu’il ne l’avait fait en plusieurs centaines de kilomètres.
«Dans l’autre sens, de l’ouest à l’est, de Brest à Epinal, de La Rochelle à Chamonix, de Bayonne à Menton, l’on ne reste point sous le même climat en suivant le même degré de latitude, car de l’Occident à l’Orient les climats français empirent: plus loin de l’Océan et hors de l’influence des tièdes vents du Sud-Ouest, ils sont plus froids dans la moyenne de l’année, beaucoup moins doux en hiver et plus chauds en été.»
V. — Le midi de la France.
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Les villes du Midi, à moins de conditions topographiques spéciales, d’abri plutôt que de situation côtière, sont non seulement inférieures à celles de la bande atlantique, mais même ne remportent pas sur les localités continentales. Nice et Toulon ont seules une véritable supériorité ; encore sont-elles moins favorisées que Brest, Fécamp, Lorient. Nancy, climat continental, est d’une certaine façon plus égal que Marseille et que Nice; les minima et les maxima annuels absolus, sans doute, sont plus distants, mais à Nancy la chaleur monte et décroît progressivement; le climat y est excessif sur une année entière, mais non d’un jour à l’autre.
Enfin, faisons avec J. Arnould cette dernière remarque générale que, sous notre climat à grandes alternances, le moment le plus chaud de l’année n’est pas celui où le soleil est au solstice, mais quelques semaines plus tard, et, réchauffement de l’atmosphère se faisant lentement, la décroissance de la température affecte une semblable lenteur. A égale distance de l’été, il fait plus chaud après qu’avant, ou encore le printemps est la fin de l’hiver tandis que l’automne est la fin de l’été.
VI. — Classification des climats de la France.
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L’esquisse rapide de ces grands traits de la climatologie française était nécessaire pour faire comprendre et justifier la division en climats partiels qui va suivre.
De l’inégale répartition des influences atmosphériques de l’Océan et de la Méditerranée, et de la disposition variée du sol naissent deux grands climats: l’Atlantique et le Méditerranéen, et plusieurs climats locaux, généralement comptés au nombre de sept: 1° le climat vosgien, éloigné de la mer, avec une moyenne de +9°, des hivers froids et longs, des étés chauds et courts; 2° le climat parisien ou séquanien avec une moyenne de +10°, des hivers assez froids, des étés tièdes et une atmosphère généralement fraîche; 3° le climat breton ou armoricain, égalisé par l’atmosphère marine, avec une moyenne de +11°, des hivers très doux, des étés tempérés, des pluies fréquentes; 4° le climat girondin avec une moyenne de + 12°, des hivers doux, des étés chauds, de longs automnes; 5° le climat auvergnat, avec une moyenne de + 11°, des hivers rudes, des étés chauds, des neiges fréquentes; 6° le climat lyonnais ou rhodanien avec une moyenne de + 11°, des hivers froids, de beaux étés, un ciel variable et des pluies fréquentes dans les montagnes; 7° le climat méditerrannéen avec une moyenne de +14°, des hivers doux, des étés secs, un ciel bleu, de grands vents du Nord, des pluies subites et courtes.
CHAPITRE II
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La région des Vosges.
I. — Climatologie générale de la région.
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La région des Vosges jouit d’un climat continental qui est surtout sous la dépendance des vents de l’Est et du Nord-Est venus de la Russie et même de la Sibérie par-dessus les plaines de l’Allemagne septentrionale. Comme nous l’avons déjà dit, la moyenne de la température est de + 9° dans les villes. La différence moyenne entre l’hiver et l’été est de + 18°. Le nombre des jours de gelée est de 70, la quantité moyenne de pluie de 669 millimètres et le nombre des jours de pluie de 137, d’après Martins.
La neige tombe en abondance pendant l’hiver. Epinal, Nancy, Mézières, Rocroi ont, pendant l’hiver, des jours de soleil sur la candeur vierge des neiges. «La glace, dit O. Reclus, les flocons tombant d’un ciel blafard, les rayons éclatants qui égaient la neige et ne la fondent pas, la pluie qui la troue, qui la déchire et qui l’emporte, elle si blanche, en noirâtres ruisseaux; de nouveaux flocons, de nouvelles glaces, un nouveau givre, de nouvelles pluies, gel et dégel, ainsi se passe l’hiver. C’est ce qu’on est convenu d’appeler de «beaux froids.»
Le printemps vient très vite et imprime à la végétation une puissance singulière. Le dernier dégel a à peine séché ses dernières fanges que «les arbres ont leurs fleurs et les champs leurs promesses».
Les étés sont en général superbes, les automnes fort beaux et le ciel presque toujours clair, sans brumes ni brouillards.
Le pays est sain en général et les massifs de granit, de schiste et de grès rouge des Vosges sont presque partout revêtus d’une livrée sylvestre où dominent les sapins, les pins, les épicéas, les mélèzes, les hêtres, les chênes et les châtaigniers. Si les hauts sommets sont dépouillés de grande végétation, au moins ils sont revêtus d’un fin gazon émaillé de gentianes, d’euphraises, d’anémones dont les fleurs, au printemps, jettent un manteau de neige rose sur les points culminants, les hauts chaumes.
A l’Ouest, vers Luxeuil, au milieu des collines qui rejoignent les Vosges aux Faucilles, des vasques, où s’enchâssent les anciens glaciers, renferment des lacs minuscules, gracieusement entourés de gazons ou assombris par le reflet des noirs sapins qui s’y mirent. Les lacs de Gérardmer et de Retournemer sont les plus grandes de ces coupes d’azur et ils contribuent à faire de cette région l’une des plus aimables des Vosges.
A l’Est, la «sombre et formidable Ardenne» a perdu en grande partie ses forêts que peuplaient autrefois les sangliers et les bêtes fauves. Si les paysans conquièrent lentement le sol des vallées, le plateau proprement dit est encore presque entièrement inhabité. Avec ses coupes schisteuses où stagnent les eaux aux reflets noirâtres, il a l’aspect le plus mélancolique.
II. — La Meuse.
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Après cette vue d’ensemble, reprenons un peu chaque région en particulier en suivant dans une certaine mesure la délimitation des départements.
Le département de la Meuse, presque tout entier assis sur un sol de craies et de grès verts, ne présente que des variations de climat insignifiantes, malgré qu’on y distingue l’Argonne ou montagne de la Woëvre ou plaine. En effet, la différence d’altitude entre l’une et l’autre n’est guère que de trois cents et quelques mètres. De grands bois couvrent encore les crêtes, notamment dans les deux Argonnes, qui bordent à droite et à gauche la vallée de la Meuse descendue du plateau de Langres.
A Bar-le-Duc, à Verdun, la moyenne annuelle de la température est à peu près celle de Paris (soit + 10°,6 à + 10°,8), mais à Commercy elle n’est plus que de 9°. En général les étés sont plus chauds et les hivers plus rudes que dans la région séquanienne. Il gèle une cinquantaine de jours par an.
Les vallées sont souvent enveloppées de brouillards, les plateaux balayés par des courants d’air vifs, très froids en hiver.
Si les médecins envoient peu leurs malades dans la Meuse qui est pourtant une région fort saine, c’est le pays d’où nous viennent les «délicatesses de bouche», une foule de gourmandises très appréciées des estomacs délicats: les confitures de groseilles blanches et de framboises de Bar-le-Duc, les madeleines de Commercy, les dragées et les liqueurs de Verdun, les biscuits et les macarons de Stenay. Tout cela vaut bien une source minérale ou thermale.
III. — L’Ardenne.
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Sur les plateaux schisteux et froids de l’Ardenne, les différences de climat ne sont pas non plus bien sensibles, malgré ses trois régions disparates: au sud, les plaines champenoises reposant sur un terrain crétacé ; au centre, les hauteurs jurassiques de l’Argonne qui se replient en demi-cercle jusque dans le haut bassin de l’Oise; au nord, les plateaux de schiste de l’Ardenne qui domine la gorge de la Meuse. Mais, du point le plus haut du territoire au point le plus bas, il n’y a que 446 mètres de différence de niveau.
En 1879 le thermomètre est descendu à – 28° à Charleville et à – 32° à Poix.
IV. — Les Vosges.
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Recouvert de forêts dans plus du quart de son étendue, le département des Vosges est un pays froid, même dans les basses vallées. La différence d’altitude étant de plus de 1.100 mètres, le climat subit des variations considérables suivant les régions. Si l’air est tempéré dans les vallées profondes, l’hiver est rude et souvent neigeux sur les plateaux et les dômes.
La température moyenne annuelle est de + 9°,5 à Epinal et à Saint-Dié ; elle n’est plus que de + 7°,4 à Gérardmer et de + 4°,5 au col de la Schlucht. La plus basse température observée à Epinal a été de – 26°,6 en décembre 1879 et la plus haute en + 38°,3 en août 1875. A Epinal, le jour le plus froid est en moyenne le 18 janvier et le plus chaud le 18 juillet. Dans cette ville, l’hiver est de 7 degrés plus froid qu’à Paris, mais l’été n’est inférieur en chaleur à celui de la capitale que de 4 dixièmes de degré.
Tout au nord, presque à la limite du département de la Haute-Marne, sur un plateau abrité par des collines, Martigny verse par trois sources des eaux limpides, légèrement gazeuses, sulfatées, calciques, aux vieillards dont les voies urinaires sont détériorées ou irritées, aux apathiques que la gravelle ou la goutte tourmentent.
Pourtant le véritable rendez-vous des goutteux et des urinaires est un peu plus au sud, dans l’étroite vallée du Vair qui s’ouvre du sud au nord sur le flanc septentrional des monts Faucilles; c’est là qu’ils viennent éliminer leur excès d’acide urique en buvant les eaux bicarbonatées sulfatées de Contrexéville et de Vittel.
Le village de Contrexéville jouit d’un climat tempéré, mais assez variable en raison du voisinage des montagnes. L’air y est pur et fortifiant, et ceux qui y viennent pour y boire de l’eau après avoir souvent trop bu de vin, y trouvent des eaux limpides, fraîches, légèrement gazeuses ou acidulées, avec un faible goût de fer, eaux qui lavent leur muqueuse urinaire et vésicale, entraînent l’acide urique, le sable et les graviers, dans leur course diurétique à travers l’économie surchauffée.
A trois kilomètres plus loin, dans la même vallée du Vair, sur le même versant septentrional des monts Faucilles, Vittel dont le climat est pareillement tempéré et variable aussi, offre à ses malades des eaux limpides, sans odeur, d’une saveur légèrement atramentaire ou salée, et qui ont des propriétés thérapeutiques à peu près semblables à celles de Contrexéville.
En descendant au sud vers Remiremont, on rencontre dans un vallon boisé, sur le versant occidental des Vosges, la petite ville de Bains. Les rhumatisants, les névropathes, les paralytiques viennent se plonger dans ses eaux thermales dont la température varie de 30° à 50°.
Descendons encore au sud-est: voici la petite ville sous-préfectorale de Remiremont située en aval de la plaine verdoyante où s’unissent les hauts affluents de la Moselle. C’est, dit E. Reclus, «une des villes de France autour desquelles on peut faire des promenades charmantes: eaux rapides et claires, cascades veinées d’écume, prairies alternant avec les vergers et les bois, fraîches vallées, coteaux gracieux et abruptes, blocs glaciaires couverts de mousse, voilà ce que montrent tous les paysages des alentours. Les plus célèbres sont ceux de la vallée d’Hérival, çà et là noire de sapins, et du val d’Ajol, tout parsemé de hameaux».
Tout près est la petite ville de Gérardmer, dans un site charmant où les forêts alternent avec les prairies et les bruyères, au bord d’un lac qui ressemble à une coupe d’émeraude. On y envoie les surmenés, les fatigués et les énervés, les fourbus et les convalescents, les anémiques et les névropathes. Ils trouvent là, à une altitude moyenne, au voisinage des forêts, un climat tonique, une température régulière, un air d’une pureté exceptionnelle. La moyenne de la température est de 10°,5 en mai, de 13°,7 en juin, de 16°,6 en juillet, de 15°,1 en août et de 12°,4 en septembre.
Un peu plus bas, les eaux thermales de Plombières, qui s’étage sur les deux versants de l’étroite vallée de l’Argonne, attirent les rhumatisants et les névrosés, les gastriques et les gastralgiques, tous les déséquilibrés du ventre et du bas-ventre. Pourtant le climat est loin d’être parfait: il y pleut souvent et à des journées fort chaudes succèdent souvent des soirées très fraîches.
Enfin, tout à fait à la limite est du département, presque à la frontière, dans une vallée de la chaîne des Vosges, au pied de montagnes boisées, est Bussang où l’on respire un air pur, tonique, frais et sec, sans être trop excitant, et qui envoie ses eaux ferrugineuses bicarbonatées aux anémiques et aux chlorotiques des grandes villes.
V. — Meurthe-et-Moselle.
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Le département de la Meurthe-et-Moselle, malgré la cime des Vosges, jouit d’un climat assez égal. Comme je l’ai déjà dit, à Nancy le climat peut être excessif sur une année entière, mais non d’un jour à l’autre; la chaleur monte et décroît progressivement.
La température moyenne annuelle est d’environ + 9°, celle de l’hiver de + 1°,3, celle de l’été de + 17°,6, celle du printemps de + 9°, celle de l’automne de + 9°,5. La moyenne est inférieure de un degré à celle de Paris. C’est généralement en été et en automne qu’il pleut le plus. Le vent du Nord-Ouest ou vent des Ardennes est particulièrement dur en hiver.
Cette région est saine. Nancy, bâtie sur les terres marécageuses où périt Charles-le-Téméraire, s’est assainie à grands frais; ses rues larges et droites se coupent presque aussi régulièrement que celles des cités américaines.
Quant au goitre que l’on rencontrait autrefois assez fréquemment dans cette région, il en a presque totalement disparu surtout depuis qu’on a mis en exploitation les mines de sel gemme, principalement à Arth-sur-Meuse, à Varangéville, à Rosière-aux-Salines.
CHAPITRE III
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La région du Jura et le bassin de la Saône.
I. — Climatologie générale de la région.
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«Le Nord et le Midi, dit E. Reclus, contrastent l’un avec l’autre dans cette contrée où les deux moitiés de la France entremêlent leurs climats et leurs aspects: tel paysage du Jura, assombri par la noire verdure des sapins, est d’un caractère tout septentrional, et précisément en face, les roches blanchâtres de la Côte-d’Or font songer aux coteaux avancés des Cévennes et des Basses-Alpes. Les bords de la Saône, frais comme ceux de la France occidentale, éclairés par une lumière presque aussi franche que celle du Midi, unissent harmonieusement les traits divers de ces deux natures.»
Pourtant presque toute cette région appartient au climat rhodanien où la température moyenne annuelle oscille entre 11° et 12°. Si les étés y sont chauds, les hivers y sont parfois très rigoureux, surtout lorsqu’on s’élève sur les pentes du Jura. A Lyon, la moyenne de la température est de 11°,8; la moyenne de l’hiver est de 2°,3 et celle de l’été de 21°, 11. On y compte annuellement 120 jours de pluie.
Si le Jura est moins boisé que les Vosges, la forêt de Chaux est pourtant encore l’une des plus considérables de la France. Sur les hauteurs et les croupes, le vert sombre des sapins, des chênes et des hêtres alterne avec le vert tendre des pelouses. Des eaux froides et limpides glissent dans les ravins.
Les plateaux calcaires du Jura sont salubres pour les indigènes puisqu’on y voit des hommes robustes et de haute stature; mais ils sont trop froids pour les étrangers non acclimatés qui ont à y redouter les affections inflammatoires des organes de la respiration.
Les plaines de la Dombes et de la Bresse étaient autrefois parsemées de marais et d’eaux dormantes, au-dessus desquels s’élevaient des brouillards qui portaient la fièvre malarienne avec leur haleine humide. La moyenne de la vie était de moins d’un quart de siècle. Mais, depuis une cinquantaine d’années, le pays s’est assaini; on a curé les ruisseaux, desséché les marais, habillé de bois et de prairies ces plaines spongieuses imbibées d’eau croupie et sillonnées d’indolents ruisseaux. «Le sang du pêcheur d’étang charriait la faiblesse, la mort avant l’âge; celui du laboureur roulera l’ardeur et la force.»
Cette région comprend sept départements, plus l’arrondissement de Belfort.
II. — Ain.
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Le département de l’Ain peut être divisé en deux régions distinctes: les hauteurs où le Jura étage ses croupes parallèles et les plaines où autrefois miroitaient les lacs, la Dombes et la Bresse où bien des étangs encore laissent croupir leurs eaux saumâtres. La cime supérieure de tous les monts du Jura, le Creit de la neige s’élève à 1,723 mètres, alors que dans les gorges du Rhône l’altitude n’est plus que de 166 mètres. Il en résulte une différence de climat fort sensible. Si la température est douce et le ciel clément sur les bords de la Saône, il est âpre et froid sur les hauts plateaux du Jura.
Ainsi, Trévoux, assis à un détour de la Saône qui l’expose au midi, jouit d’hivers moins rigoureux que le reste de la Dombes et de la Bresse, et le printemps y est bien plus hâtif. En général, les brouillards sont fréquents dans la Bresse et surtout dans la Dombes, à cause de la grande surface occupée par les étangs; là, on peut dire que la véritable caractéristique du climat c’est la permanence de l’humidité.
Près d’un tiers des jours de l’année sont pluvieux dans la partie basse du département, et, de plus, ils se partagent plus également entre les diverses saisons que dans la partie élevée. Dans celle-ci, par contre, la précipitation atmosphérique est de beaucoup plus forte en hiver; les jours de pluie ou de neige appartiennent en majeure partie à cette saison; l’automne vient ensuite; le printemps et l’été forment une véritable saison sèche et l’année se divise ainsi en deux parties opposées. En somme, à l’Est, un long hivernage, et, sans transition, un été que va tout d’une venue aux premières neiges; à l’Ouest une humidité, répandue sur les quatre saisons, laisse subsister leur gradation sans leur permettre de s’écarter beaucoup de la température moyenne.
Tout au nord du département, sur la route de Nyon, dans une plaine élevée au-dessus du lac Léman, sur un vaste gradin qui s’adosse aux premières pentes du Jura, est le village de Divonne. Quatre sources y versent une eau froide et diurétique. Son climat est tempéré, rafraîchi à l’aurore et au crépuscule par les brises venues des proches montagnes. Tout près est le bleu Léman, «avec ses golfes et ses promontoires, les villes grises et blanches de ses bords, la verdure des plaines et des coteaux, l’éclat des grandes neiges resplendissant à l’horizon, et les ombres des nuées cheminant sur les campagnes» (E. Reclus).
Toutefois le paludisme existe toujours à l’état latent en Dombes. Le Dr F. Penet, dans un hameau de cinq maisons, situé entre deux étangs, a trouvé deux personnes seulement n’ayant jamais eu la fièvre sur vingt-huit, et c’étaient deux étrangers fixés là depuis peu d’années.
III. — Jura.
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Le département du Jura comprend les chaînes calcaires du Jura avec leurs mornes et froids plateaux, des collines peu élevées où croissent les vignes, un peu de la marécageuse Bresse, région d’étangs qu’on appelle le Finage.
A la limite nord du département, dans une vallée étroite qu’encadrent des coteaux élevés et où coule le torrent bien nommé La Furieuse, sous un ciel tempéré dont les nuits sont rafraîchies par les brises venues des gorges du Jura et surtout par le vent du nord-est, le Joran, Salins distille par le «Puits à mire» des eaux limpides, inodores, froides, toniques, chlorurées, sodiques, que viennent boire les scrofuleux, les lymphatiques, les rachitiques et surtout les chlorotiques des grandes villes, frêles lys que la leucorrhée pâlit et que la puberté décolore.
IV. — Doubs.
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Le département du Doubs dont les différences d’altitude dépassent 1.200 mètres, est un de nos départements les plus froids. Les hauts plateaux sont en effet nombreux; aussi, dans une bonne partie de la région, l’hiver est précoce, long et rigoureux. La température moyenne de l’hiver est de + 2°, celle de l’été de + 20°.
L’automne et l’été sont les deux plus belles saisons.
V. — Belfort.
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Le territoire de Belfort est une toute petite contrée que domine le ballon d’Alsace, mais en raison de la nature variée du sol et des altitudes, le climat n’est pas uniforme. Toute la région Nord est caractérisée par un hiver long et rigoureux, de brusques variations de température et une grande humidité. On a vu le thermomètre descendre en hiver à – 26° et monter en été à + 32°. La région Sud a un climat plus doux qui participe du climat rhodanien: il est caractérisé par la beauté de l’automne.
VI. — Haute-Saône.
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Le département de la Haute-Saône peut se diviser en deux parties: une région faite de collines sinueuses, de petits lacs solitaires entourés de bois; une région plus basse où les rivières coulent au milieu des prairies. De là résulte le contraste des végétations et des climats. En raison de l’éloignement de la mer et de la proximité des Vosges, le climat est surtout continental, avec excès de froid et de chaleur. A Vesoul et dans les environs, à Gray aussi, il est un peu moins rude que dans le reste de la région.
Au nord de la région, dans l’arrondissement de Lure, Luxeuil, au pied des derniers contreforts des Vosges, non loin de grandes forêts, a des eaux thermales simples et des eaux ferrugineuses qui attirent les rhumatisants, les dyspeptiques et les gastralgiques, les névropathes et les constipés, les anémiques et les chlorotiques. En outre de ses eaux bienfaisantes, Luxeuil a un climat tempéré, abritée qu’elle est au nord par les montagnes, des collines vêtues de sapins, des sites gracieux et un musée d’antiquités gallo-romaines recueillies dans ses anciens thermes. Tout près est le grand village de Fougerolles entouré d’une magnifique ceinture de cerisiers.
VII. — Côte-d’Or.
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Le département de la Côte-d’Or comprend «les coteaux qui donnent aux Bourguignons leurs vins aussi précieux que l’or liquide». Le climat est plutôt sec qu’humide; l’air est vif et pur, très sain, et il ne souffle dans la région aucun vent dangereux. La température varie beaucoup avec le relief du sol: sur les hauteurs de la Côte-d’Or elle est plutôt froide, ainsi que sur les collines du plateau de Langres, de l’Auxois et du Châtillonais, et surtout sur les hauteurs du Morvan, tantôt déboisées, tantôt humides à cause des étangs. La température, au contraire, est assez douce dans les vallées abritées du vent et dans les plaines de la Saône, au bord de l’eau. Dijon, sa capitale, où la température moyenne annuelle est d’environ + 11°, vante sa moutarde, son pain d’épices, son cassis et ses confitures bien autrement célèbres que les eaux chlorurées sodiques lithinées du village de Santenay où viennent pourtant s’abreuver de mai à octobre quelques goutteux.
VIII. — Saône-et-Loire.
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Le département de Saône-et-Loire, qui lui aussi produit des vins clairs et joyeux, est froid sur les hauteurs du Morvan et dans les pâturages du Charolais, un peu plus tempéré, mais peu salubre dans les plaines de la Bresse, à l’est de la Saône, au pied du Jura. A Mâcon, la température moyenne de l’année est de 11°,3, presque un degré de plus que la moyenne de Paris, avec des froids plus intenses et des chaleurs plus fortes, le climat y étant plus nettement continental.
Au nord, dans le Charolais, dans le voisinage de la Loire, Bourbon-Lancy est une ville de bains. Située à l’est de Moulins, sur le flanc oriental d’une colline, au pied de hauts rochers granitiques, la petite ville regarde au midi une plaine qui s’étend jusqu’à la Loire, alors qu’au nord-est s’élèvent les premiers contreforts des monts du Morvan. Le climat y est doux et tempéré, uniforme; la chaleur n’y est pas excessive. Ses eaux chlorurées sodiques chaudes que versent cinq sources abondantes sont appréciées des rhumatisants, des lymphatiques, des scrofuleux, des débilités et des névropathes.
IX. — Rhône.
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Enfin, le département du Rhône est à la limite des deux climats auvergnat et rhodanien. Lyon, «le cœur de la Gaule», au confluent de deux grands fleuves, voit entremêler à ses portes deux zones de climats et de végétation. La moyenne annuelle de la température y est de +11°,8. Le thermomètre peut y descendre à – 20°,2, et monter à + 38°. Si la ville est saine en général, on voit souvent encore de lourds et épais brouillards peser sur les nouveaux quartiers de Perrache bâtis sur les îles basses et les fonds marécageux qui formaient autrefois le confluent des deux fleuves.
CHAPITRE IV
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La Région des Alpes.
I. — L’air des Alpes.
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Ce que la Savoie nous offre partout, c’est la pureté de l’air des plus remarquables, écrit le Dr Ch. Linarix, un admirateur enthousiaste de nos Alpes. Pour lui, les départements de la Haute-Savoie et de la Savoie peuvent rivaliser, au point de vue des qualités de l’air, avec les contrées les plus renommées de l’Europe. Il vante la cure d’altitude dans ces régions et il prétend même qu’il n’est guère de malade atteint d’une affection chronique qui ne puisse retirer des avantages d’un séjour dans ces montagnes.
Pourtant il faut bien reconnaître que la température y est extrêmement variable d’un point à l’autre, et il suffit souvent de quelques heures pour se transporter d’un climat chaud ou tempéré dans un climat relativement froid.
II. — Haute-Savoie.
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Le département de la Haute-Savoie, en particulier, voit s’étager tous les climats, depuis la zône des mousses élémentaires, des nobles edelweiss et des rhododendrons jusqu’à celle où croissent les fruits et les vins généreux. Le mont Blanc qui domine toute la région a son front dans l’éternel hiver. La crinière éblouissante de glaçons qu’il porte sur ses épaules rafraîchit toute la région environnante. Si, à Chamonix, les hivers sont. d’une rigueur excessive, les étés y sont d’une fraîcheur délicieuse.
Tout à l’extrémité nord du département, Thonon, située sur une terrasse verdoyante, élevée de 60 mètres environ au-dessus du niveau de l’eau, commande un vaste horizon qui embrasse le lac de Genève, le Jura et les montagnes de la Suisse. Par sa situation au bord du Léman, Thonon a une température relativement constante malgré son altitude. L’été les grandes chaleurs sont tempérées par les brises du lac, et les froids de l’hiver, subissant eux aussi l’heureuse influence lacustre, ont une durée et une intensité moindres. Il y pleut moins que dans les ports du grand lac. Enfin l’air y est pur. C’est donc une situation climatologique de premier ordre. On y a amené et emprisonné dans un établissement hydrothérapique des eaux faiblement minéralisées, mais contenant des substances organiques et résineuses peut-être empruntées à des résines fossiles.
Tout à l’Est est la vallée de la Drance, puis une plaine d’alluvions, couverte de peupliers et de saules. En deça de cette plaine, se montre le village d’Amphion, au climat tempéré, rafraîchi en été par les brises venues du Léman et où une source verse une eau ferrugineuse froide qu’on conseille aux dyspeptiques et aux lymphatiques. Tout près, étagée sur les pentes escarpées de la rive méridionale du lac Léman, à l’ombre des chataîgniers et des noyers, qui y portent des chevelures aussi vastes et aussi touffues qu’à Interlaken, la petite ville d’Evian se peuple en été de nombreux étrangers attirés par la vertu de ses sources gazeuses et la beauté de ses ombrages. Non loin du lac, au pied d’une moraine glaciaire, plusieurs sources versent une eau froide, limpide, agréable à boire, très légèrement minéralisée (un peu de bicarbonate de soude, de chaux et de magnésie) et qui jouit d’un pouvoir diurétique incontestable. Evian est en outre un séjour d’été ravissant, rafraîchi par le voisinage du Léman. On n’a pas à y redouter la rosée et les refroidissements brusques du soir. A quelques kilomètres sont les rochers de la Meillerie qu’ont chanté et illustré les poëtes.
Descendons maintenant la grande vallée de l’Arve, qui traverse le département dans toute sa longueur, du sud-est au nord-ouest, nous ne trouvons guère de grande ville. Mais, au pied du géant des Alpes, du «pâtre blanc des monts tumultueux» que l’immensité baise et prend pour amant, est le bourg de Chamonix qui, lorsqu’il sera pourvu d’un chemin de fer, sera, selon M. Regnard, la première station du monde entier. Le climat y est doux, chaud à midi et en plein été, mais tempéré par les forêts de sapins. Quoique l’altitude soit faible, le voisinage des grands glaciers lui donne un climat de haute montagne, garanti des vents du nord et du sud. Il convient aux nerveux, aux convalescents, aux anémiques, aux candidats à la tuberculose. C’est déjà une ville d’hôtels et, en été, c’est le rendez-vous de tous ceux qui ont soif d’air pur et de spectacles grandioses.
Tout près de Chamonix, à 1.921 mètres d’altitude, se trouve le Montanvert, la seule station de grande altitude existant en France. Je me rappelle y être monté par une claire matinée d’été. La route! se fait d’abord sous bois. On rencontre des petites fraises sauvages parfumées comme des fleurs, des campanules aux clochettes bleues, des rhododendrons aux panaches roses, et parfois une blanche edelweiss dont la corolle duvetée semble frissonner, frileuse sous la rosée du matin. Du sommet le panorama est grandiose, sublime: des coupoles de neige, des aiguilles de granit, la Mer de glace dont Widham disait aux Génevois: «Imaginez votre lac agité par un vent violent et gelé tout d’un coup», et le roi des Alpes dressant majestueusement dans le ciel bleu son front glacé, nimbé de neige. Et quel air pur et sec on respire, vierge de bactéries, à peine imprégné de résine et du parfum discret des bruyères! Du jour où la municipalité de Chamonix comprendra ses intérêts, dit encore M. Regnard, elle fera établir une ligne à crémaillère qui pourra transporter les voyageurs en moins d’une heure de Chamonix à cette station. On y construira des hôtels qu’on exposera au midi et qu’on aura soin de protéger contre les vents du nord. Alors on pourra y envoyer sans crainte les anémiques, les chlorotiques, les convalescents, les neurasthéniques. Mais ce séjour sera interdit aux bronchitiques et aux arthritiques.
Ajoutons qu’il existe au hameau des Mouilles, tout près de Chamonix, une source sulfureuse alcaline, froide. Cette eau, selon le Dr Linarix, est utile dans les maladies de la peau, de l’appareil respiratoire, du tube digestif, et surtout dans le rhumatisme chronique et les plaies osseuses. Malheureusement on n’a pas encore songé à y installer un établissement hydrothérapique sérieux.
Parmi les autres villages situés à la base du colosse, il faut citer Cormayeur et surtout Saint-Gervais dont les quatre sources versent une eau ferrugineuse, à peine sulfureuse, et contenant six milligrammes d’oxyde de fer. Malgré la beauté des sites qui l’environnent, les voyageurs l’avaient un peu déserté après une catastrophe épouvantable dont quelques épaves lamentables attestent encore le souvenir. Mais un nouvel établissement a été reconstruit dans une situation plus favorable et surtout à l’abri des ravages du Torrent. Les eaux de Saint-Gervais s’administrent en boisson, bains, douches, étuves et pulvérisations. On les emploie dans les maladies de la peau, le rhumatisme, les dyspepsies, la scrofule, l’anémie, les maladies utérines, laryngiennes et bronchiques.
Sallanches d’où l’on a une vue incomparable du massif du Mont-Blanc, a un climat sec, chaud pendant le jour, tempéré la nuit. Il est rare que les brouillards troublent la pureté de son ciel, et les orages d’été éclatent haut au-dessus de sa tête, au milieu des montagnes. Le vent du nord vient régulièrement de dix heures du matin à quatres du soir renouveler l’air.
Annecy, la capitale de la Haute-Savoie, se mire dans un lac qui miroite à 446 mètres au-dessus du niveau des mers, et que surveille à l’occident le Semnoz du sommet duquel la vue embrasse toute la chaîne des Alpes aux 1200 glaciers étincelants, et la nappe bleue du Léman. La moyenne annuelle de la température y est de + 9°,25, avec une moyenne de + 0°,70 pour l’hiver, de + 8°,43 pour le printemps, de +17°,98 pour l’été et de + 9°,88 pour l’automne.
III. — Savoie.
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Comme la Haute-Savoie, la Savoie a tous les climats, depuis ceux des coteaux où croît la vigne jusqu’aux frimas éternels des cimes couronnées de neige. Son point le plus bas, le confluent du Rhône et du Guiers, n’est qu’à 212 mètres d’altitude, tandis que l’aiguille de la Vanoise porte ses plus hautes neiges à 3.861 mètres. Cela fait donc une différence de niveau de 3.649 mètres.
La capitale de la Savoie, Chambéry a un climat doux et généralement sec, avec un ciel épargné par les brouillards. A sa porte, elle a un lac ravissant qu’un poëte a chanté en strophes immortelles: le lac du Bourget. A cinq kilomètres de Chambéry, dans la belle vallée qui sépare le Grésivaudan du lac du Bourget, au pied de hautes et pittoresques montagnes qui l’abritent contre les vents du nord, le petit village de Challes, où l’on respire un air tiède, peu humide, possède une eau riche en iode et en brome, qui, facile à digérer, améliore l’appétit et la digestion, excite le système circulatoire. On la recommande spécialement aux scrofuleux, aux lympathiques, aux syphilitiques, à tous ceux en un mot dont les muqueuses respiratoires ou génitales suppurent, aux catarrheux et aux mollardeurs, aux femmes que souille l’abominable leucorrhée.
Mais, d’autres sources, bien autrement célèbres, coulent à l’est du lac du Bourget. Ce sont les sources d’eaux hydrosulfurées calciques chaudes d’Aix-les-Bains ou d’Aix en Savoie, la ville d’eau la plus fréquentée de toutes les Alpes françaises. Située à deux kilomètres de la rive droite du lac du Bourget, au milieu d’une nature montagneuse et pittoresque, la petite ville a un climat sédatif et doux, agréable surtout de juin à septembre, époque à laquelle accourent, attirés par la vertu des eaux, les rhumatisants, les goutteux, les arthritiques, tous ceux dont le sang ou la peau ne sont pas propres, et qui ont un excès d’urée ou d’acide urique à éliminer.
Au nord-est, la Tarantaise, formée par la vallée de la haute Isère, ne compte guère que deux grosses bourgades: Albertville où l’été est raffraîchi chaque soir par les brises qui se sont refroidies sur les épaules du Mont-Blanc, et Moutiers qui possède des sources salines jusqu’ici peu utilisées en thérapeutique.
Malheureusement la Tarentaise est pleine de goitreux et de crétins, particulièrement dans les districts de Bozel et Villard-Goitreux. «Les derniers des humains, dit O. Reclus, comme par une ironie du sort, vivent dans les vallons les plus beaux sur terre; mais ces vallons-là sont froids dans un air peu courant, peu vivant; et, par l’ombre excessive des hautes montagnes, le soleil, père des hommes, n’y regarde pas assez ses enfants. En 1866, ils formaient en France une lamentable armée de près de 59.000 hommes et femmes, à divers degrés d’innocence ou de méchanceté bestiales; et de ces 59.000 crétins, les deux départements de la Savoie en renfermaient 11.372, c’est-à-dire près du cinquième. » Par suite d’une meilleure hygiène et d’une meilleure entente de la vie, le nombre de ces malheureux diminue d’une façon très sensible et on peut espérer que, dans un avenir prochain, ils auront à peu près complètement disparu.
La Maurienne qui s’allonge dans la vallée de l’Arc, le grand affluent de l’Isère, est une âpre contrée, au ciel glacé, qui ne permet pas aux céréales de mûrir. Dans la basse Maurienne, le climat est un peu moins barbare, mais les fièvres paludéennes empoisonnent les rives de l’Arc. Aussi, «le manque d’air pur, dit E. Reclus, le froid de l’interminable hiver, l’ombre immense qui pèse sur les vallées contribuent sans aucun doute à faire d’un si grand nombre de villageois des crétins et des goitreux». Le Dr Grange évalue les goitreux de la Maurienne à 30 pour 100 de la population totale. Pour lui, la cause principale du fléau serait la roche magnésifère de ces contrées.
Saint-Jean de Maurienne n’est qu’une morne bourgade où l’on peut à peine séjourner en été. Les eaux voisines de l’Echaillon sont chlorurées, sodiques magnésiennes, et légèrement purgatives. Quelques voyageurs en boivent en passant dans une modeste buvette récemment installée.
IV. — Isère.
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Si le département de l’Isère ne s’avance pas jusqu’à la zone de l’olivier, il s’élève jusque dans la glace éternelle. Si le climat y est doux et tempéré à Vienne, il est rigoureux sur les cimes supérieures. La partie la plus chaude du département est, en effet, la plaine du Rhône; à Vienne la température moyenne de l’été est de + 22°,1, celle de l’hiver de + 3°,8.
A la place de la Gratianopolis des Allobroges, Grenoble découvre un vaste horizon de montagnes et contemple à ses pieds deux stations thermales très fréquentées: Allevard et Uriage.
Dans une vallée qu’arrose la Bréda et qu’encadrent de hautes montagnes, sous un ciel pur où la pluie et les vents sont rares, Allevard a une source qui verse une eau hydrosulfurée calcique froide, claire, alcaline, avant l’odeur et la saveur des œufs pourris. On l’emploie principalement en inhalations contre les catarrhes du larynx et du pharynx, et aussi en bains contre certaines dermatoses (eczéma, lichen, psoriasis).
Uriage qu’un tramway à vapeur réunit à Grenoble, a en été de délicieuses et fraîches soirées. Ses eaux hydrosulfurées, chlorurées, sont utilisées contre les affections cutanées, les paraplégies essentielles, les affections lymphatiques et scrofuleuses et contre certaines affections des yeux.
Sur la ligne de Grenoble à la Mure, dans une vallée entourée de hautes montagnes et ouverte seulement à l’ouest, Lamotte-les-Bains a des sources chlorurées sodiques, sources qu’on conseille principalement contre le rhumatisme et la scrofule, les engorgements de l’utérus et de ses annexes. On y respire un air de montagne pur et tonique, pas trop chargé d’humidité.
Enfin Grenoble a encore à ses portes la grande Chartreuse où l’on fabrique une liqueur, d’or meilleure que toutes les eaux minérales du monde.
V. — Drôme.
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Le département de la Drôme qui est formé presque partout de craies ou de calcaires, a une température plutôt chaude. Pourtant les massifs des Alpes de la Drôme sont souvent froids et obstrués de neiges.
La région occidentale du département est très froide; mais la plaine, au sud de Montélimar, est très chaude: l’olivier, le figuier, le laurier-rose y poussent.
Valence, dans une heureuse situation, regarde couler le Rhône à ses pieds.
Dans une large plaine, à l’issue d’un long et obscur défilé, où l’on éprouve souvent la nuit la fureur du froid «pontias», Montélimar a les eaux minérales acidulées de Condillac qu’on boit peu et d’excellents berlingots qu’on mange beaucoup.
VI. — Hautes-Alpes.
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Le département des Hautes-Alpes est un des plus pauvres, des plus désolés et des moins peuplés de la France. C’est aussi celui où la vie moyenne est la plus courte; on y meurt plus qu’ailleurs à cause de la rudesse du climat, de la misère et du manque d’hygiène. On y rencontre en effet une grande variété de climats, depuis les glaces du Pelvoux jusqu’aux gorges de la Durance moyenne sur lesquelles rayonne un soleil éclatant.
Les hivers sont longs et rigoureux; pendant l’été la chaleur est excessive dans le fond des vallées, surtout des vallées méridionales. De plus, «les vallées ouvertes dans toutes les directions tracent leur chemin à tous les vents; ainsi la vallée du Drac et celle du Grand-Buech sont parcourues par le vent du nord, la bise, généralement très sèche, très dangereuse pour la végétation, quand elle survient après les premières chaleurs; la vallée de la Durance est la route naturelle du «Lombard », le vent du nord-est, qui apporte des masses d’air glacé au contact des Alpes cottiennes et des glaces du Grand-Paradis; c’est le vent le plus froid de l’hiver. La basse vallée du Buech est exposée par son flanc oc-dental aux vents d’ouest qui viennent de la vallée du Rhône et du plateau central. La partie la mieux abritée du département est le val Godemar, profondément enfoui au milieu des masses du Pelvoux, du Champsaur et du Dévoluy; l’hiver y dure sept mois de l’année, mais les saisons y sont beaucoup plus régulières que partout ailleurs dans le département.» (P. Dupuy).
Briançon qui voit les cimes des grande Alpes du Pelvoux et du Queyras denteler l’horizon, est la ville la la plus élevée et la plus froide des Alpes françaises. La vie y est rien moins qu’agréable. Gap n’est pas non plus dans une situation des plus heureuses, à 800 mètres d’altitude, au milieu d’un cirque, peu ou point abritée contre les vents du nord.
VII. — Basses-Alpes.
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Les Basses-Alpes ont encore des pics qui approchent des neiges éternelles et si l’olivier croît dans certaines vallées où luit déjà le soleil de la Provence, il est des hauteurs glacées, blanches de neige presque toute l’année, et où rien ne croît. C’est le département le moins peuplé de toute la France.
Barcelonnette «n’est qu’une longue rue entourée en partie de champs de pierres où les eaux débordées roulent avec fracas après les grandes pluies». Sisteron, adossée à un rocher, a un climat moins rude: aussi elle est déjà moins déserte. Par contre, Manosque, au pied d’une colline qui se vet du feuillage sombre des oliviers, a presque le ciel de la Provence, alors qu’un peu plus loin Forcalquier étage ses maisons en amphithéâtre sur un âpre coteau, à 639 mètres d’altitude, sous des cieux incléments. On pourrait presque dire que la gracieuse Manosque est la seule ville habitable du département, car Digne elle-même, au milieu de ses remparts de montagnes, est un séjour peu enviable. Elle a pourtant des eaux sulfurées calciques qu’on prone dans le traitement des rhumatismes torpides et des maladies atoniques de la peau. On leur préfère en général celles de Gréoulx qui jouit d’un climat plus doux. Ce sont des eaux hydrosulfurées chlorurées chaudes. On les emploie surtout en bains et en douches et quelquefois aussi en boisson contre les formes torpides du rhumatisme et des dermatoses, contre les catarrhes chroniques du larynx et du pharynx. En raison de la douceur de son climat, Gréoulx est assez souvent conseillé comme station entre le Midi et les pays du Nord.
VIII. — Vaucluse.
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Le département de Vaucluse qui porte le mont Ventoux est une région méditerranéenne. Il connaît les ardeurs du soleil du midi et les ardeurs du mistral. Les rues d’Avignon sont étroites, tortueuses pour mieux résister au «magistraou» quand il souffle en ouragan. On disait d’elle: «Avenio ventosa, cum vento fastidiosa, sine vento venenosa». En effet, si le mistral est redoutable, il n’en est pas moins souvent le bienvenu, car c’est lui qui purifie et assainit les villes du midi. Autrefois Avignon était la ville aimée du typhus et la patrie des écrouelles. Ce n’est plus maintenant qu’un souvenir. Car, si c’est encore une ville éminemment pittoresque avec sa ceinture presque intacte de vieilles murailles, son jardin des Doms d’où l’on aperçoit la massse bleuâtre du Ventoux, avec la formidable citadelle de ses papes, c’est maintenant une ville saine et bien tenue, mais où il vente trop au printemps et où il fait trop chaud en été.
A Orange la moyenne annuelle de la température est de 13°,7 et à Avignon de 14°,42.
A quelques kilomètres d’Orange, sur les derniers contreforts du mont Ventoux, à proximité de grands bois, à Montmirail, suinte, à travers des rochers imprégnés de sel, «l’eau verte», une eau sulfatée magnésienne, limpide, un peu amère, qui est laxative à la dose d’un verre et purgative à celle de trois à quatre verres.
CHAPITRE V
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Le littoral de la Méditerranée.
I. — La côte d’azur.
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La douceur du climat et l’uniformité de la température ont fait la réputation de la «côte d’azur».
Certes le soleil y brille avec un éclat incomparable dans un ciel presque toujours bleu. Pourtant il y a des ombres à ce tableau. D’abord il faut bien reconnaître que la malaria règne sur presque tout le littoral méditerranéen. Aussi, comme le fait justement remarquer J. Arnoult, l’influence physiologique ou thérapeutique du climat des localités méditerranéennes est d’un maniement délicat, entre les mains des médecins; c’est ce que l’on peut appeler une arme à deux tranchants. Il peut être bon, dans des cas particuliers, que l’individu vive dans une atmosphère où le thermomètre ne descend jamais à un degré absolument bas; mais, à côté de ce bénéfice, se trouve peut-être le danger d’une grande oscillation thermométrique rapide, quoi que sans sortir des limites du climat tempéré ou chaud. Fonssagrives qui a remarqué le même fait, déclare «qu’on ne saurait pallier cet inconvénient par une attention trop assidue à sortir aux heures les plus favorables et à compenser ces vicissitudes thermologiques par des modifications apportées dans le costume». Ajoutons à cela que le midi, et particulièrement tout le pays situé au sud de la Loire, est le royaume du vent. «Il faut avoir habité ces contrées, dit M. M. de Langenhagen, pour se faire une idée de la fréquence et de l’intensité de ces vents qui prennent des noms différents suivant les régions, mistral dans la vallée du Rhône et les pays voisins, vent d’autan dans la plaine de Toulouse, etc... Sur le littoral, il y a lutte entre deux vents principaux, le mistral qui balaie les nuages et donne une pureté particulière au ciel, et le vent d’est qui, au contraire, amène les nuages et la pluie.»
Le mistral, né dans la vallée du Rhône, un peu au-dessous de Lyon, parcourt le couloir étroit compris entre les Cévennes et les Alpes du Dauphiné jusqu’à Avignon où il se divise en trois courants secondaires: l’un qui se précipite sur Marseille et la Méditerranée, l’autre qui court sur Nîmes et Montpellier, et le troisième qui vient balayer les vallées et les gorges des Alpes du Dauphiné jusqu’à Toulon. L’Estérel et les Alpes-Maritimes forment une barrière puissante contre le mistral qui ne depasse guère Toulon, souffle rarement jusqu’à Cannes et à Nice et tout à fait exceptionnellement jusquà Menton et Monaco qui sont, en somme, les stations les mieux abritées.
Sec, fort, régulier, portant sur ses ailes une poussière ténue, le mistral coïncide toujours avec un ciel pur, un soleil radieux et chaud, une coloration bleu foncé de la mer, une transparence excessive de l’atmosphère. J’ai dit que si le mistral souffle souvent en ouragan, culbutant tout sur son passage, c’est aussi un vent sain qui purifie l’atmosphère et balaie les miasmes.
Le vent d’est souffle aussi par rafales sur le littoral méditerranéen. Venu du golfe de Gênes, la ville aux palais de marbre, il se charge d’humidité sur la large nappe d’eau marine qu’il traverse et il apporte ordinairement les nuages et quelquefois la pluie.
«Outre ces vents dominants, dit encore M. M. de Langenhagen, il faut tenir compte aussi des brises de mer et de terre, courants aériens qui, comme dans tous les pays maritimes, s’échangent entre la terre et la mer. Ils sont tout à fait indépendants des vents, et se superposent à eux à certaines heures régulières de la journée. Le matin, vers onze heures et demie, il s’élève une brise de la mer vers la terre; elle souffle jusque vers deux heures, puis s’atténue et disparaît. De même, après le coucher du soleil, apparaît un courant en sens inverse, de la terre vers la mer. Il faut bien connaître toutes ces particularités, de manière à régler en consèquence les sorties des malades».
II. — Alpes-Maritimes.
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«C’est, dit O. Reclus, un fortuné littoral que celui qui va de Marseille à la borne de l’Italie; la mer y entre dans les terres par des anses, des calanques, de gracieux golfes abrités du nord, et la terre dans la mer par des promontoires qu’on dirait détachés de la Sicile ou de la claire Ionie. Là, le plus clair soleil de France attiédit l’air, l’oranger l’embaume, et, à l’est de Toulon, le palmier balance des palmes. Sous un ciel gris, la vague armoricaine tonne avec plus de fureur contre ses falaises, mais la vague bleue de Provence murmure sur de plus riants rivages et les caps qu’elle froisse dans ses jours de rage s’élancent bien plus haut que les promontoires du Finistère».
Le département des Alpes-Maritimes fait partie de ce littoral fortuné. Si un hiver presque éternel règne sur quelques-uns de ses sommets, il a dans certains points de son littoral un perpétuel printemps. Aussi c’est le rendez-vous de tous les désœuvrés, de tous les fourbus, de tous les fatigués, de tous les propres à rien, fabriqués avec des viandes veules, de tous ces êtres lamentables que vomit la pourriture bourgeoise et qui, avides d’air pur et de lumière, viennent étaler leurs carcasses de dégénérés au soleil qui a honte, sans doute, de verser la pluie d’or de ses veines sur de pareils enfants faits pour la nuit de la mort et qui insultent à la lumière du jour.
«Au point de vue de l’air et de la lumière, dit M. P. L. Camous, la ville de Nice ne laisse rien à désirer. Le soleil lui prodigue ses rayons les plus lumineux. Jamais de brouillards, jamais une atmosphère obscurcie par les fumées épaisses des cheminées d’usine: un perpétuel sourire du ciel».
En effet, entourée de tous côtés par de hautes montagnes, admirablement située dans la baie des Anges, en face d’une mer d’azur qui reflète un ciel presque toujours bleu, Nice jouit d’un climat heureux entre tous. Le thermomètre marque en hiver 5 à 8 degrés de plus qu’à Paris, en été 2 à 5 de moins; il ne descend que rarement au-dessous de zéro.
Les montagnes du Var et de l’Estérel protègent la ville contre le vent du nord-ouest, le mistral si redouté en Provence. Toutefois, il ne faut pas oublier qu’il y souffle en mars et avril un vent d’est très désavantageux pour les gens qui souffrent de la poitrine. En outre, au mois d’octobre, commence la saison des pluies qui dure cinq à six semaines.
Les vents d’est et d’ouest soufflent souvent sur la plage et leur haleine trop vive ne convient pas toujours aux personnes qui souffrent de maladies de poitrine.
Assez souvent, quand le soleil se couche, on éprouve à Nice une sensation analogue à celle que provoquerait le contact d’un manteau humide placé sur les épaules, phénomène qui cesse une ou deux heures plus tard.
Station peu recommandable en outre parce qu’on n’y trouve pas le calme et le repos; les plaisirs y sont trop faciles et il faut redouter le voisinage dangereux de Monaco.
Enfin, ajoutons, avec M. P. S. Camous lui-même, que les eaux de la Vésubie et de Sainte-Thècle qu’on distribue à ses habitants sont impropres à la consommation et même dangereuses.
Autrefois le vent d’ouest apportait à Nice les miasmes paludéens des bords du Var. Depuis que le fleuve a été endigué, ce danger a disparu. En outre, un rideau d’eucalyptus protège la ville.
A l’est de Nice, est d’abord la charmante rade de Villefranche, et, sur le rocher de la Turbie, Monaco où règne un prince qui se range encore au nombre des souverains de l’Europe et qui n’est guère qu’un tenancier de maison de jeu; enfin Menton, «la perle de la France», abritée contre les vents froids du nord par de hauts rochers. La température y est en général de 1 à2 degrés supérieure à celle de Nice.
La brume ne trouble que bien rarement l’azur du ciel de Menton qu’abrite un hémicycle de montagnes, mais la brise de mer agite assez fréquemment l’atmosphère vers le milieu du jour et le soir il n’est pas rare de voir une froide rosée.
Mieux encore que Nice, Menton convient aux bronchitiques et aux tuberculeux. M. Malibran leur recommande surtout les promenades du matin, alors que «la mer, les montagnes, le ciel, les vallées présentent avec le maximum d’éclat et de fraîcheur, cet aspect de décor féerique qui ravit l’œil et l’âme du promeneur le plus blasé, s’il n’est pas dépourvu de tout sens artistique. Quel plaisir, quel enchantement pour le convalescent d’errer à loisir dans les sentiers qui gravissent les collines ou bien dans les chemins qui serpentent le long des vallées! Quoi de plus sain et réconfortant que cette marche lente, cette flânerie fortifiant le corps pendant que l’esprit, livré à lui-même, rêve au hasard et se délecte à la vue des trésors naturels que rencontrent ses regards: ciel d’un bleu intense et velouté ; collines aux flancs pittoresquement boisés, montagnes aux contours à la fois majestueux et riants, dont les pics arides, rocheux, bizarrement découpés et tranchant par leur gris clair sur l’azur intense, portent à leur flanc de coquets villages, véritables nids d’aigles, morceaux de France découpés dans le Maroc ou la Kabylie.
«Avec sa longue route longeant le bord de la mer, du cap Martin à Gararan, permettant au promeneur de se diriger vers Monaco ou vers Vintimille en peu de temps; avec ses quatre vallées perpendiculaires au littoral, ses montagnes, etc., Menton offre au tuberculeux valide une variété inépuisable de sites qui empêche la monotonie du séjour, inséparable du plus beau site lorsque l’horizon est limité. Heureux celui qui habite cette contrée s’il aime la nature et sait la parcourir.»
Tournons maintenant le dos à l’Italie et, revenant à Nice, marchons vers l’ouest. Voici Antibes, puis Cannes où croissent l’aloès d’Afrique et l’eucalyptus d’Australie. La température moyenne hivernale y est de 9°7. Elle est abritée contre le vent du nord par les monts Estérel, ce qui la fait rechercher comme un séjour d’hiver par les gens qui souffrent de la poitrine.
A une dizaine de kilomètres dans l’intérieur du pays, sur le versant méridional de la grande montagne calcaire de Rocavignon, exposée au sud et abritée contre les vents froids, Grasse est une station d’hiver excellente pour les malades qui ne peuvent s’accommoder du voisinage de la mer. La magnifique ceinture de fleurs qui l’environne et dont elle tire les parfums qu’elle répand dans le monde entier, témoigne assez de la douceur ravissante de son climat.
II. — Var.
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Le Var est un département dont la population est encore clairsemée, bien que ce soit un des plus beaux de la France. Son littoral a un climat aussi doux et aussi tempéré que celui des Alpes-Maritimes. «Ce beau, soleilleux, chaleureux et gai climat du rivage de la Méditerranée est dû à l’influence de cette Méditerranée elle-même et à l’influence bienfaisante de la montagne qui écarte les vents froids du Nord: aussi partout où n’importe quelle fente laisse passer le furieux et glacial mistral, il y a des heures, des jours, des semaines pénibles; la sérénité du ciel, l’absence de nuage, amènent aussi, la nuit, le matin, des froideurs très désagréables, et, en somme, si le climat est ici bien plus brillant que celui de nos rivages de l’Atlantique, il est réellement moins tempéré » (E. GRAND).
Le climat est aussi doux à Toulon que sur les côtes de Ligurie; mais Toulon est un port militaire, un arsenal maritime et en même temps un pénitencier. De plus, Toulon fut autrefois une des principales portes d’entrée des grandes pandémies asiatiques: peste et choléra. C’est peut-être pour ces différentes raisons que cette ville, assise dans un site admirable, n’attire que fort peu les promeneurs et les valétudinaires. «La mode européenne, dit E. Reclus, ne permet pas encore aux malades de s’arrêter en cet endroit du littoral de la Provence. Ils doivent dépasser Toulon, comme ils ont déjà dépassé, en revenant de Marseille, tant d’autres villes charmantes, si bien situées entre leurs calanques, entre de hauts promontoires.»
Bien qu’incomplètement abritée contre le mistral, Hyères est une des plus anciennes stations d’hiver de la Méditerranée. Le climat y est sec et d’une douceur exceptionnelle, mais suffisamment variable pour y voir des froids rigoureux compromettre la magnifique végétation de ses jardins plantés d’oliviers, d’orangers, de palmiers., de lauriers roses. Malheureusement les marais voisins lui envoient souvent leurs fièvres et leurs moustiques.
«Quant aux îles d’Hyères, Porquerolles, Port-Gros, le Titan, dit encore E. Reclus, elles ne sont que faiblement peuplées, et rarement un voyageur s’égare dans leurs vallons, quoique les paysages de ces «îles d’or» soient parmi les plus beaux du midi.»
La capitale du département, l’industrieuse Draguignan n’attire guère les malades, et Fréjus est une ville à l’agonie que n’épargne pas toujours la malaria. Pourtant on a voulu faire du village de Saint-Raphaël une station d’hiver pour les anémiques et les lymphatiques. Si Saint-Raphaël est protégé par l’Estérel des vents d’est, le mistral y souffle en toute liberté par la vallée de l’Arques. La température hivernale moyenne y est de 11° 8. Les villages voisins de Boulouris et Valescure possèdent un climat plus chaud, plus sec et moins excitant. Les goutteux, les rhumatisants et les nerveux s’y trouvent mieux qu’à Saint-Raphaël.
IV. — Bouches-du-Rhône
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Le département des Bouches-du-Rhône, tout en étant un des plus peuplés de la France, comprend pourtant encore de vastes régions inhabitées et presque inhabitables, formées d’étangs, de marécages, de plaines pierreuses et incultes, de collines rocheuses. La plaine de la Crau n’est qu’un désert de cailloux, de pierres sans herbe. Toute la région alluviale du bas Rhône forme l’île de la Camargue, «poudreuse en été, à demi noyée en hiver.» Une partie de cette île de la Camargue n’est qu’étangs et marais que bordent des tamaris et des roseaux et d’où s’échappent les moustiques et la malaria. La plus importante et aussi la plus insalubre de ces napes d’eau dormante est l’étang de Vaccarès qui se déverse à la mer à travers les dunes. «Trente mille hectares, dit O. Reclus, sont aux étangs, à la boue que piétinent des flamants, aux joncs, aux roseaux, et il en sort des miasmes; la fièvre, heureusement, y heurte à peu de portes, car le delta du Rhône est désert; sa seule et triste bourgade, les Saintes-Maries-de-la-Mer, n’a pas 1,000 habitants: marins, douaniers, fonctionnaires, que séparent du monde la mer, deux fleuves sans ponts, et la Camargue elle-même à ses divers degrés d’inconsistance. »
La puissante métropole du Midi rhodanien, Marseille, qui s’intitule encore «fille de Phocée», a vu son état sanitaire s’améliorer considérablement. Pourtant, c’est encore, d’après M. Genis, la ville qui tient le record de la mortalité en France. On y compterait plus de trois décès pour cent alors que Londres n’en a qu’un peu. moins de deux. C’est aussi le pays de France où l’on meurt le plus de variole. En 1895 on comptait 130 décès par variole et par mois, alors que Paris n’avait que 17 décès pour toute l’année. Du reste, la municipalité marseillaise ne paraît avoir qu’un médiocre respect de la vie humaine. Ainsi, on a fait de superbes égouts, mais tout récemment encore on n’avait pris aucune mesure pour utiliser ce gigantesque travail qui aura coûté trente millions. Les maisons ne peuvent, à l’heure actuelle, être raccordées à l’égout et les vidanges continueront à se déverser, en partie du moins, dans le sous-sol transformé en puisard, pendant que les 122 kilomètres d’égouts recevront simplement l’eau de pluie. Presque au centre de Marseille, tout près de la Cannebière, le port et le canal continuent à être un vaste dépotoir, un lac de m..., comme disent les marins.
A Marseille la moyenne annuelle de la température est de 14°,8, avec une moyenne de 7°,4 pour l’hiver, de 12°,8, pour le printemps, de 21°,11 pour l’été et de 14°,96 pour l’automne. La chaleur s’y soutient en été entre 25° et 39°, mais de dix heures du matin à six heures du soir la brise de mer, dite le «garbin», rafraîchit un peu l’atmosphère.
A 30 kilomètres au nord de Marseille, Aix-en-Provence a des sources thermales légèrement minéralisées dont les eaux sédatives sont employées contre les névroses, la neurasthénie, le rhumatisme, les névralgies, les dermatoses et les affections de l’utérus. Mais Aix est peu fréquentée par les malades. A ses rues poudreuses, à ses campagnes nues, à ses collines pelées, ils préfèrent les frais ombrages des Alpes ou des Pyrénées.
Le séjour d’Arles, la «Rome gauloise», et l’ancienne capitale des Gaules, n’est pas non plus un séjour des plus agréables en été. Ses rues pittoresques, aux ruines grandioses, et les sourires de ses filles aux yeux fendus en amande ne suffisent pas toujours à faire oublier les ardeurs du soleil de Provence.
V. — Gard.
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«Du bord de la Méditerrannée, du niveau des mers, dit O. Reclus, le Gard monte jusqu’à 1,567 mètres, hauteur de l’Aigoual, au nord du Vigan, sur les frontières de la Lozère: d’où plusieurs climats, tellement que dans les Garrigues de Nimes on a le ciel d’Alger, et dans l’Aigoual celui de la Scandinavie.» En somme, exception faite pour les Hautes-Cévennes, le climat est caractérisé par un ciel pur, une température élevée, des saisons peu tranchées et réduites à deux: un hiver plu-veux et frais; un été sec et chaud, absorbant le printemps et l’automne. La plaine et les collines inférieures pourraient porter des orangers en pleine terre, si le terrible mistral qui descend des Cévennes n’altérait la douceur du climat.
D’antiques cités s’y étalent sous le soleil: Nimes, au milieu d’une campagne aride et sans eau où la moyenne annuelle de la température est de + 16° ; Baucaire où sonne le parler provençal; Aigues-Mortes, une ville à l’agonieque n’épargne pas toujours la malaria.
VI. — Ardèche.
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Le département de l’Ardèche porte au sud le mûrier et l’olivier, alors qu’au nord son climat se rapproche de celui du Lyonnais.
A six kilomètres au nord du promontoire où est bâtie la charmante Aubenas, entre deux coteaux élevés dans l’étroite vallée de la Volane qui s’ouvre au midi, est le bourg de Vals qu’on vante pour la douceur de son climat, mais où il fait vraiment trop chaud en été. De nombreuses sources laissent jaillir des eaux bicarbonatées sodiques, limpides, mousseuses, d’un goût piquant qui en masque la saveur alcaline, et qu’on emploie surtout contre les affections du tube digestif et ses annexes. Aux environs de Vals se dressent les colonnades basaltiques et les Chaussées des Géants des volcans du Vivarais.
VII. — Hérault.
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Si le département de l’Hérault laisse couleur de ses collines rocheuses et brûlées un véritable fleuve de vin, il a des régions faites d’étangs où la fièvre règne en maîtresse et où la moitié des habitants meurent avant dix ans, comme à Vie, à Capestan, à Villeneuve-les-Maguelone, à Vias, à Mireval. Dès qu’un étranger vient habiter ces malheureux villages, au bout de quelques jours la fièvre le fait grelotter et le casse comme un vieillard. Par contre, lorsque les étangs, comme celui de Thau, acquièrent une certaine profondeur, les débris des bas-fonds ne sont plus exposés à l’air et l’insalubrité disparaît en partie. Ainsi Balaruc, Bouzigues, Mèze, Marseillan, bourgades riveraines de l’étang de Thau, sont presque saines.
En raison de son inclinaison de la cime de l’Espinousse au bord de la Méditerranée, l’Hérault étage trois climats: un climat presque africain dans les plaines basses; un climat tempéré, chaud, sur les hautes collines, et un climat tempéré, froid, sur les Cévennes et le plateau du Larzac.
Non loin de Cette, sur les bords de l’étang de Thau, Balaruc a un climat chaud en été, mais que tempèrent des brises régulières soufflant de la mer pendant le jour, et de la terre pendant la nuit. On y vient de mai à octobre pour ses eaux chlorurées sodiques chaudes qui excitent les fonctions digestives et circulatoires, favorisent la cataphorèse. «Balaruc, dit le Dr de la Harpe, a une spécialité fort ancienne dans le traitement des affections nerveuses, sans sympômes d’éréthisme ou de congestion: hémiplégies, paraplégies essentielles, conséquence de la diathèse rhumatismale, syphilitique, de la chlorose, d’une intoxication. Quant aux paralysies d’origine organique, le traitement par les eaux chaudes de Balaruc, classique autrefois, doit être fait avec prudence, longtemps après l’accident primitif, et seulement chez les sujets qui ne sont ni congestifs, ni artérioscléreux ».
Sur le versant méridional des Cévennes, dans une vallée profondément encaissée, sous un ciel brillant que rafraîchissent les vents de la montagne et les vents de la mer, Lamalou, qu’ombragent de beaux arbres, compte trois sources bicarbonatées ferrugineuses qu’on emploie surtout contre les affections organiques du système nerveux.
Enfin, au sud de Montpellier, d’où la vue porte des Cévennes à la mer, le village de Palavas a une plage qui devient fort animée pendant la saison des bains.
VIII. — Aude.
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En raison de son sol accidenté, le département a un climat assez variable, c’est-à-dire des froids excessifs, des chaleurs extrêmes, des jours très pluvieux et accompagnés d’orages et des sécheresses parfois très prolongées. Dans la haute vallée de l’Aude, le printemps est humide, l’hiver pluvieux ou froid, l’été orageux. Dans la région comprise entre Carcassonne et la mer, il pleut beaucoup en automne, peu en hiver, moins en été. Les vents dominants sont celui du nord-ouest qu’on appelle le «cers», salubre, mais parfois très violent, et le vent du sud-est que l’on nomme le «marin», humide et chaud. Ordinairement, dans le département, et surtout dans la vallée de l’Aude, le ciel est sans nuages pendant environ 190 jours de chaque année.
Le littoral méridéterranéen du département de l’Aude est encore semé d’étangs d’où s’exhalent les miasmes paludéens. Si, Carcassonne, à l’ombre de ses grands platanes, avec sa cité qui se dresse en plein soleil sur une colline, est une ville saine, il n’en est pas de même de Narbonne où la fièvre est encore à redouter.
Au nord-est du département, presque à la base des petites Pyrénées, jaillissent des sources médicales plus ou moins fréquentées: au fond d’un ravissant vallon, les fontaines sulfurées calciques de Ginoles; au bord de l’Aude, les fontaines sulfureuses de Coniza; dans l’âpre vallée de Sais, les sources ferrugineuses, diurétiques et toniques de Rennes-les-bains, qu’on recommande contre la scrofule, le rhumatisme, l’anémie; enfin, à 36 kilomètres de Carcassonne, dans l’étroite vallée de l’Aude, les sources thermales simples d’Allet qui sont utilisées contre les dermatoses et les affections utérines.
CHAPITRE VI
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La région des Pyrénées.
I. — Diversité du climat pyrénéen.
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De l’Océan à la Méditerranée, les Pyrénées étagent sur leurs épaules une grande diversité de climats. Aussi, il est presque impossible de fixer une météorologie générale de cette région.
II. — Pyrénées Orientales.
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Le département des Pyrénées-Orientales, un des plus petits et des moins peuplés de la France, s’élève à 2,921 mètres au Puy-de-Carlitte qui porte des neiges pérennes et descend jusqu’aux plaines tièdes où croit le frileux olivier. Par son climat, ses productions, son sonore langage catalan, il est presque espagnol.
Presque au centre de l’ancien Roussillon, sous un ciel d’un bleu ardent que tempère l’ombre de magni- fiques platanes, est la morne Perpignan qu’entourent des haies de grenadiers, d’agaves et de cactus. La moyenne annuelle de la température y est de + 15°,5. Là, comme dans toute la plaine du Roussillon, souffle souvent le Tramontane qui vient de Narbonne, vent impétueux, incisif et froid, qui, disait déjà Strabon, «se déchaîne violent et redoutable, renversant les hommes et leurs chars, et les dépouillant de leurs armes et de leurs vêlements». Il est fils, en somme, du mistral de Provence. Vers le milieu du jour, souffle fréquemment aussi le Mitgzorn, le vent du midi, chaud et plus ou moins sec, mais toujours pénible et dangereux en été. Celui-là est le frère du Siroco, venu des plaines sablonneuses d’Afrique par-dessus la Méditerranée.
Le Vallespir, l’âpre vallée du Tech, aux paysages gracieux ou sauvages, laisse jaillir les eaux sulfurées sodiques de la Preste qu’on vante contre les affections des muqueuses et particulièrement des muqueuses urinaires. Sédatives et diurétiques, elles sont bues par ceux que tourmentent leur vessie ou leur prostate, par les femmes que supplicie l’utérus. Dans un air pur et tonique la Preste s’élève à 1,200 mètres. On pourrait en faire partant une station d’altitude.
Sur un affluent du Tech, dans une vallée entourée de hautes montagnes que couronne au nord-ouest le Canigou dont la masse arrête les vents, Amélie-les-Bains a un climat doux, dont la moyenne d’hiver est de 7° à 8°. Des eaux sulfurées sodiques chaudes qu’on recommande spécialement contre les affections des organes respiratoires, remplissent son antique «lavacrum» où, de l’antiquité à nos jours, ont dû se laver et se régénérer bien des peaux sales, maculées par la syphilis, les dermatoses ou les écrouelles.
Un peu au sud de Port-Vendres, l’antique «Port de Vénus», s’étale, sur une plage charmante, sous un climat délicieux, la bourgade de Banyuls-sur-Mer où l’on laisse vieillir le capiteux «rancio». Les vents marins qui soufflent de l’est y sont moins froids et moins secs que dans les plaines fauves et ardentes du Roussillon; ceux du nord et du nord-ouest moins violents, et ceux du sud moins brûlants. La température moyenne annuelle y est de 15°,4. Le thermomètre y descend rarement au-dessous de zéro, et les plus fortes chaleurs à l’ombre ne dépassent pas 35°. Aussi les cactus, les aloès, les térébinthes, les arbousiers, les lauriers-roses, les myrtes, les grenadiers, et même les palmiers croissent librement sur ces rivages qu’un heureux soleil baise. En effet, s’il se voile de brume 24 à 25 jours par an, son disque luit encore assez pour percer les nuages de ses rayons. Pourtant le mistral s’y fait sentir assez fréquemment; s’il balaie les nuages et rassérène l’atmosphère, son haleine enflammée n’en est pas moins désagréable.
Dans cette même vallée, sur la rive gauche du Tech, tout près de la frontière espagnole, Le Boulou a des eaux bicarbonatées sodiques froides qui pourraient remplacer celles de Vichy dans certains cas.
La vallée de la Têt que garde, à 1,600 mètres d’altitude, la forteresse de Montlouis, sans cesse balayée par le «carcanet», le vent des carcaniers, laisse suinter de tous côtés des eaux minérales, principalement des sources sulfureuses riches en silice. D’abord les sources de Las Escaldas qui jaillissent dans un vallon du massif de Carlitte qui domine toute la Cerdagne française. Elles sont encore peu visitées par les malades. On pourrait pourtant les utiliser avec avantage dans les affections des voies urinaires et contre le rhumatisme. Par contre, les eaux sulfurées sodiques chaudes de Molitg attirent les rhumatisants et les surexcités. La station est située au bord du ruisseau La Castellane, au fond d’une gorge étroite que de hautes montagnes environnent. Le climat y est doux même en hiver.
La station d’Olette, située dans une vallée étroite, entre la Têt et la montagne, n’est guère plus visitée des valétudinaires, malgré l’efficacité de ses eaux sulfurées sodiques chaudes qui pourraient pourtant trouver de nombreuses indications: rhumatismes, dermatoses, affections catarrhales des voies respiratoires, digestives et urinaires.
Dans une vallée couverte de prairies et plantée de châtaigniers et qui domine au sud-est la passe du Canigou, le Vernet, dont les journées d’hiver sont claires, et tièdes, rarement pluvieuses, verse par une dizaine de sources des eaux sulfurées sodiques chaudes qu’on recommande surtout contre les affections catarrhales chroniques des voies respiratoires et principalement dans la phtisie pulmonaire.
III. — Ariège.
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On classe généralement le département de l’Ariège dans le climat girondin. Mais les différences de niveau y sont considérables et si, dans ses basses vallées, il a un soleil tiède, ami des fruits et des fleurs, il a des sommets, parmi lesquels on compte le Saint-Vallier, que la neige recouvre presque toute l’année et qui jettent sur les paysages qui les environnent un manteau de froidure.
Le vent du midi se fait peu sentir dans la région ariégeoise, mais l’autan, venu des plaines du Languedoc et des parages méditerranéens, y souffle souvent avec bruit, chaud et sec, brûlant les plantes, énervant les bêtes et les hommes, fréquemment messager annonciateur de la pluie, car un proverbe dit:
Le vent d’autan
Passe en chantant,
Et il revient en pleurant.
Outre les eaux sulfurées sodiques de Carcanières et celles d’Audinac, que les malades visitent peu, le département de l’Ariège compte trois stations célèbres: Ax, Ussat et Aulus. On peut dire d’Ax, avec E. Reclus, qu’elle «repose sur un réservoir d’eau bouillante; la neige reste moins longtemps sur le sol que dans les autres endroits de la vallée, et le torrent est légèrement chauffé par l’eau surabondante des soixante-dix sources qui s’y déversent et que les habitants utilisent pour leurs usages domestiques; attirés par l’efficacité des eaux sulfureuses, les étrangers sont retenus en outre par la beauté du pays et la facilité des excursions, soit en Andorre par les divers cols de la Crête, soit en Cerdagne par la route de Puymaurens, soit vers le massif de Carlitte par la vallée de l’Orlu»
A 23 kilomètres en aval, dans une étroite vallée, au pied de montagnes abruptes et nues, Ussat a des eaux thermales simples, sédatives, que l’on recommande contre le cortège des névroses féminines, aux femmes que l’utérus tourmente, dont les nerfs se détraquent, misérables fantoches, aux ressorts usés ou faussés, insupportables aux autres, insupportables à elles-mêmes. Il serait à souhaiter qu’on en trempât beaucoup dans les vasques d’Ussat: on verrait moins de maris malheureux ou imbéciles.
A 30 kilomètres de Saint-Girons et à une altitude de 776 mètres, dans une des hautes vallées tributaires du Salat, au milieu de montagnes au climat tonique et fortifiant, Aulus a des eaux sulfatées calciques froides qu’on emploie en bains et en boisson contre les affections du tube digestif et aussi contre les affections des voies urinaires. «Aulus, dit encore E. Reclus, est une des stations pyrénéennes où la nature se présente sous le plus bel aspect: cascades, lacs, défilés, forêts, pâturages, grandes montagnes neigeuses, rien ne manque dans les environs immédiats du village des bains.»
IV. — Hautes-Pyrénées.
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Le département des Hautes-Pyrénées est recouvert sur une largeur de 35 kilomètres par les contre-forts pyrénéens. S’il a de tièdes vallées où fleurit la vigne, il a des hauteurs que la neige blanchit presque jusqu’au cœur de l’été.
La riante et lumineuse vallée d’Aure est une des plus belles qui soit au monde, «par la grâce des vallons et la noble élégance des perspectives».
La vallée de Campan où l’on compte encore un assez grand nombre de goitreux et de crétins, a, au bord de l’Adour, à la base des derniers promontoires pyrénéens, à 579 mètres d’altitude, la station thermale de Bagnères de Bigorre, célèbre par ses eaux sulfatées calciques et quelques-unes aussi ferrugineuses. Elles sont prisées des rhumatisants, des femmes névropathes, détraquées et déséquilibrées de l’utérus, des dyspeptiques. Celles de Labassère sont plus particulièrement réservées aux affections des organes respiratoires. Bagnères n’est ni la plaine ni la montagne, et son climat, plutôt agréable, participe de l’une et de l’autre. La moyenne annuelle de la température est de 11°.
Partons maintenant de Tarbes d’où l’on embrasse un magnifique panorama de vallées verdoyantes et de montagnes bleues; remontons le cours du Gave; voici d’abord un établissement balnéaire religieux: Lourdes où des millions de pèlerins viennent chaque année demander la guérison de leurs maux à des eaux miraculeuses.
A 30 kilomètres à l’est de Tarbes, Capvern a également des eaux sulfatées calciques qui sont spécialement utilisées dans la goutte, la gravelle, les affections catarrhales des voies urinaires.
Puis, à une altitude de 466 mètres, dans une vallée qu’abritent de hautes montagnes, Argelès Cazost, dont les eaux sulfurées sodiques froides conviennent aux scrofuleux, aux lymphatiques, aux sujets qui souffrent d’affections chroniques des voies respiratoires, et dont le climat sédatif réussit aux cardiaques, aux tuberculeux et aux névropathes.
Plus avant dans les montagnes, à une altitude de près de 1,000 mètres, dans une vallée encaissée entre deux hautes chaînes de montagnes, encadrée de paysages grandioses et pittoresques, Cauterets voit tous les ans près de 20,000 dolents venir boire à ses fontaines la santé que distillent des eaux sulfurées sodiques chaudes qu’on recommande surtout contre les affections des voies respiratoires. Le climat y est doux, mais sujet à des variations rapides, car la ville est mal protégée par les vents. L’air y est assez humide et sédatif, la pluie fréquente. Aussi Cauterets est une station peu recommandable pour les tuberculeux, et pour tous les sujets en général qui souffrent d’affections inflammatoires et congestives. Il en est à peu près de même de Barèges dont les eaux sulfurées sodiques chaudes ne conviennent guère que dans la scrofule, et surtout dans les affections profondes des os et des articulations. Echelonné le long de la rive d’un gave, le village est refroidi par la couronne de neiges éternelles que portent les hauts sommets qui l’environnent. Aussi le climat y est-il rude et soumis à de grandes variations de température même pendant l’été. Le thermomètre dépasse rarement 25°.
Enfin, non loin de Luz, au bord d’un défilé du Gave, comme suspendu aux flancs de la montagne, à 770 mètres d’altitude, le village de Saint-Sauveur a également des eaux sulfurées sodiques chaudes, sédatives, qui conviennent aux surmenés et aux surexcités, aux affaiblis et aux névrosés, aux femmes dont le bas-ventre est congestionné par la dysménorrhée. On y respire un air à la fois tonique, fortifiant et sédatif, grâce à la douceur de la température et à l’absence des vents qui sont brisés par les montagnes. Dès que mai fond les neiges de l’hiver, les touristes accourent attirés par ses fontaines de Jouvence et aussi par l’incomparable beauté des cirques voisins, «colisées calcaires», «ouls» fréquentés par les izards, les aigles et les vautours.
V. — Basses-Pyrénées.
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Avec ses 35 kilomètres de côtes pitttoresques, ses montagnes qui s’étagent en amphithéâtres, ses glaciers, ses forêts, ses coteaux couverts de vignes, ses plaines fertiles, ses landes, ses populations qui parlent français, béarnais et basque, ses plages, ses établissements thermaux, ses stations hivernales, son doux climat, ses pêcheries, ses gaves mugissants, le département des Basses-Pyrénées est un des plus pittoresques et des plus curieux de la France. On le classe généralement dans le climat girondin; il n’a ni grandes chaleurs, ni hivers rigoureux. La moyenne thermométrique de la plaine est d’environ 13° :
Sa capitale, Pau, est un des paradis de l’Europe. «L’ancienne capitale du Béarn, dit E. Reclus, n’est pas bâtie dans la plaine du Gave; elle s’élève au-dessus du torrent, sur le bord d’une terrasse d’où l’on contemple ce magnifique horizon des Pyrénées, qui n’a pas moins contribué que le climat à faire de Pau un lieu de rendez-vous et de séjour pour les valétudinaires et les étrangers. Pau est en effet, comme Nice, Pise et Alger, une de ces villes de guérison où les malades accourent de l’Angleterre, du fond de la Russie et même de l’Amérique. Le climat de Pau est surtout remarquable par ses qualités sédatives; les vents y soufflent rarement avec violence; les excès de froid et de chaud, de sécheresse et d’humidité surabondante ne s’y font guère sentir; nulle ville ne peut être mieux choisie pour servir de lieu d’attente aux étrangers qui doivent se rendre aux eaux thermales des Pyrénées». Pau est, en effet, à l’abri du vent du nord, grâce aux collines qui s’étagent derrière elle. Le vent du sud est également détourné par la grande chaîne des Pyrénées qui forment au devant d’elle une sorte d’écran. La température moyenne de l’hiver est de 7°, celle du printemps de 15°, celle de l’été de 22° et celle de l’automne de 14°.
Dans la haute région montagneuse du département, dans la vallée d’Ossau, à plus de quarante kilomètres au sud de Tarbes. le village des Eaux-Bonnes, perché sur une terrasse, adossé à une paroi de rochers, bien protégé contre les vents, a une température chaude et assez constante en été, mais qui fraîchit toujours d’une feçon assez prononcée à l’aurore et au crépuscule. Ses eaux sulfurées sodiques trouvent leur indication dans les affections catarrhales ou granuleuses des voies respiratoires, et contre la phtisie peu avancée. Dans le prolongement de cette même vallée qu’encaissent et étranglent des montagnes vêtues de sapins et de hêtres, le village des Eaux-Chaudes a un climat de montagne plus rude, sujet à des variations étendues, avec des brises qui raffraîchissent et renouvellent l’air. Ses eaux sulfurées sodiques chaudes, sédatives, sont bien supportées par les éréthiques, les femmes stériles ou que les affections utérines affolent.
A l’entrée de l’étroite vallée d’Aspe qui s’enfonce du nord au sud dans le massif pyrénéen, Saint-Christau qui n’est plus qu’à 300 mètres d’altitude, a cinq sources qui versent une eau oligo-métallique froide contenant des traces de cuivre et dont l’efficacité contre les affections cutanées est incontestable.
Revenons maintenant du côté de Bayonne. Voici d’abord dans la vallée du Saleys avec sa ceinture de collines, Salies de Béarn, aux tièdes hivers, dont les eaux fortement chargées de chlorures et surtout de chlorure de sodium, sont particulièrement efficaces contre la scrofule et les affections profondes des os et des articulations. Puis, dans la vallée de la Nive, le joli village de Cambo où les automnes sont d’une douceur ravissante et dont les eaux hydrosulfurées calciques peuvent rendre des services contre le lymphatisme, la scrofule, la chloroanémie et les dermatoses.
Bayonne, grâce à sa situation à l’est de l’Atlantique dont elle reçoit les fraîcheurs et l’humidité en été et les influences chaudes dues au courant marin du Gulf-Stream en hiver, a un climat éminemment tempéré. L’hiver y est particulièrement doux et le thermomètre descend rarement au-dessous de zéro. La neige tombe rarement, vile fondue par les vents chauds du sud et de l’ouest, couronnant pendant quelques jours seulement les cîmes voisines. La moyenne de l’hiver y serait de 8°, 6, celle du printemps de 11°,7, celle de l’été de 19°, 7 et celle de l’automne de 14°. «Il est des jours, dit M. E. Trutat, où le thermomètre peut monter jusqu’à 30° ; mais l’humidité de l’air, la fraîcheur de la brise atténuent bien vite ce que ces chaleurs exceptionnelles pourraient avoir de désagréable pour l’organisme».
A quelques kilomètres de Bayonne, la station cosmopolite de Biarritz, plage de sable fin qu’apporte et emporte l’orageux Atlantique. Le climat de Biarritz est assez doux pour qu’on en fasse une station d’hiver, malgré ses vents violents du large. Car la mer y est «sujette aux lubies, dit O. Reclus, aux transports, aux colères; et la tiède Occitanie, près de la lumineuse Espagne, a des tempêtes inexorables comme celles qui font trembler la brumeuse Armorique».
Enfin, presque en Espagne, Saint-Jean-de-Luz, «conque où le phosphorescent Atlantique tonne», regarde la noble Fontarabie.
CHAPITRE VII
Table des matières
Les Landes et le bassin de la Garonne
I. — Landes.
Table des matières
Si le département des Landes est un des plus grands en superficie, c’est aussi un des moins peuplés. La raison en est que, entre la Gascogne, l’Adour et la Gironde, sur plus de 14.000 hectares, s’étendent les Landes, solitudes qu’égaient quelques napes d’ajoncs et de genêts aux fleurs d’or, jetés comme un voile éclatant sur ces mornes aridités où des bouquets de sapins pourtant commencent à percer le sol réfractaire, drainant de leurs puissantes racines le terrain qu’ils préparent pour les semailles prochaines. Malgré que le pins, secoués par le vent, exhalent leurs parfums ravivants et résineux, bien des hameaux sont encore assiégés par la fièvre intermittente et la laide maladie qu’on appelle la pellagre.
Le climat est à peu près le même dans toute l’étendue du département, doux et assez égal, avec des chaleurs marquées en juin, juillet et août, des froids de janvier à mars, presque jamais de neige, des gelées rares, mais tardives, des brouillards près des étangs et dans les vallées durant l’hiver, des orages et des chutes de grêle en été. La température moyenne annuelle est de + 12°.
Sur la rive gauche de l’Adour, au milieu des pins, sous un climat doux et sédatif, avec des hivers plus tièdes encore que ceux de Pau, Dax a des sources d’eaux sulfureuses chaudes et des boues, composées d’un limon à la fois végétal et minéral, qu’on vante fort contre les affections rhumatismales et les désordres de l’utérus. En outre, quelques villages de cette région, Pouillon, Tercis, Préchacq, la Gamarde, abondent en sources thermales dont on dit aussi les vertus.
Enfin, Cap-Breton est une des plages landaises les plus fréquentées pendant l’été.
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