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Edmond Du Sommerard

Commission de l'histoire du travail


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066328948

Table des matières

CHAPITRE I.

CHAPITRE II.

I. — LA GAULE AVANT L’EMPLOI DES MÉTAUX.

II, III. — LA GAULE INDÉPENDANTE. — LA GAULE SOUS LA DOMINATION ROMAINE.

IV. — LES FRANCS JUSQU’AU SACRE DE CHARLEMAGNE.

V. — LES CARLOVINGIENS.

VI. — LE MOYEN AGE.

VII. — LA RENAISSANCE.

VIII, IX, X. — DIX-SEPTIÈME ET DIX-HUITIÈME SIÈCLES.

CHAPITRE III.

CHAPITRE IV.

ROYAUME-UNI DE LA GRANDE-BRETAGNE ET D’IRLANDE.

EMPIRE D’AUTRICHE.

ROYAUME D’ESPAGNE.

ROYAUME DE WURTEMBERG.

CONFÉDÉRATION SUISSE.

ROYAUME DE DANEMARK.

ROYAUME-UNI DE SUÈDE ET DE NORWÉGE.

EMPIRE RUSSE.

ROYAUME DES PAYS-BAS.

ROYAUME D’ITALIE.

ÉTATS-PONTIFICAUX.

PRINCIPAUTÉS ROUMAINES.

ROYAUME DE PORTUGAL.

RÉPUBLIQUES DE L’AMÉRIQUE CENTRALE ET MÉRIDIONALE.

COLONIES FRANÇAISES.

PAYS DIVERS.

VICE-ROYAUTÉ D’ÉGYPTE.

CHAPITRE I.

Table des matières

ORGANISATION DE L’EXPOSITION DE L’HISTOIRE DU TRAVAIL.

La Commission impériale, en décidant, par arrêté du ministre d’État, son vice-président, en date du 8 janvier 1866, qu’une galerie spéciale serait réservée, au Champ-de-Mars, pour l’installation d’une exposition rétrospective qu’elle désignait d’avance sous le titre d’Histoire du Travail, n’a pas cédé, ainsi que quelques personnes ont paru le supposer dans le principe, à la pensée, bien légitime du reste, de donner une attraction de plus à l’Exposition universelle de 1867. Le but qu’elle se proposait était d’un caractère plus élevé, et nous le trouvons défini en quelques mots dans l’exposé sommaire qui précède l’arrêté constituant la Commission de l’Histoire du Travail:

«Faciliter, pour la pratique des arts et l’étude de leur histoire,

«la comparaison des produits du travail de l’homme aux di-

« verses époques et chez les différents peuples; fournir aux

«producteurs de toute sorte des modèles à imiter, et signaler

«à l’attention publique les personnes qui conservent les œu-

« vres remarquables des temps passés.» Tel était le programme tracé dès le premier jour à la Commission de l’Histoire du Travail, chargée, sous la présidence du comte de Nicuwerkerke, surintendant des Beaux-Arts, d’organiser et de mener à bonne fin l’exposition nouvelle à laquelle chacune des nations représentées au Champ-de-Mars allait être appelée à apporter son concours.

L’étude des temps anciens est devenue de nos jours, pour ainsi dire, un besoin général, et il est peu de personnes qui ne s’y associent d’une manière plus ou moins directe. L’indifférence dont nos antiquités nationales, celles des premiers temps de la monarchie, du moyen âge et des règnes qui l’ont suivi, étaient l’objet de la part du plus grand nombre, il y a un demi-siècle à peine, a fait place au respect le plus sincère pour les souvenirs du passé et à la recherche passionnée des œuvres d’art produites par les âges qui nous ont précédés. Cette réaction salutaire vers les époques principales de l’art et de l’industrie de nos pères s’est accomplie successivement de période en période, en commençant par le moyen âge et la renaissance, et en se terminant aujourd’hui par les œuvres primitives des temps les plus reculés, après avoir successivement remis en lumière les beaux ouvrages du XIIIe, du XIVe et du XVe siècle, ceux des règnes de François Ier et de Henri II, les éclatants produits du siècle de Louis XIV et des deux dernières périodes antérieures à la Révolution; si bien que, au temps où nous sommes, en dehors de nos collections publiques, de nos musées et de nos bibliothèques, les galeries particulières qui n’étaient qu’une rare exception au commencement de ce siècle, sont nombreuses autant que leurs éléments sont variés, et que les richesses qu’elles renferment forment un puissant appoint pour l’histoire de l’art et de l’industrie de nos aïeux.

L’exposition de l’Histoire du Travail n’était pas sans précédents; déjà à Londres en 1862, pendant la dernière exposition universelle, l’administration du Kensington Museum réunissait, dans les bâtiments dont elle a la disposition, une brillante collection de monuments de toute nature et d’objets de toute provenance appartenant aux siècles passés. Ces monuments, confiés par leurs propriétaires, venaient s’ajouter à ceux que renfermaient les galeries du musée et formaient un ensemble fort remarquable, malgré l’absence de méthode dans le classement et la confusion des nationalités. En 1865, à Paris, un premier essai du même genre était tenté par une réunion d’artistes et d’industriels éminents dont les efforts ont été couronnés par un succès justement mérité. L’exposition rétrospective de l’Union des Beaux-Arts appliqués à l’Industrie, dirigée par M. Guichard, l’actif président de cette association, avec le concours de ses collègues qui n’avaient reculé devant aucun sacrifice pour mener à bonne fin l’œuvre entreprise, avait reçu du public l’accueil le plus sympathique. Mais cette fois, au palais des Champs-Élysées, comme en 1862, au Kensington Museum, l’exposition rétrospective embrassait les objets d’art de tous les siècles et de toutes les contrées, sans distinction d’origine, d’époque et de provenance; et néanmoins, les richesses qu’elle présentait et dont la plupart, conservées dans les galeries particulières, étaient ignorées du public, ont été, nous le répétons, l’objet d’une faveur toute spéciale. Le résultat obtenu par l’Union centrale, résultat sans précédent chez nous, a été aussi complet que possible, et nous sommes heureux de pouvoir en rendre, une fois de plus, le sincère témoignage au comité organisateur de cette excellente institution.

L’exposition de l’Histoire du Travail de 1867, partant d’un point de départ tout autre, avait pour première base le principe absolu des divisions de nationalités adoptées pour les industries modernes; la galerie qui lui était affectée devait bien recevoir les produits de tous les pays et les œuvres appartenant aux différentes contrées depuis les temps les plus reculés jusqu’à la fin du dix-huitième siècle, mais aux termes du règlement, les objets se rattachant à l’industrie de chaque nation devaient être placés dans une portion distincte de cette galerie et disposés de manière à caractériser les époques principales de l’histoire de chaque peuple.

La Commission chargée de la section de l’Histoire du Travail avait dès lors une double tâche à remplir: elle devait d’abord faire appel à toutes les puissances étrangères pour les convier à prendre part à cette exposition dont l’intérêt ne pouvait que s’accroitre par la comparaison des produits exposés, en raison directe du nombre des contrées qui y seraient représentées; elle avait en outre à arrêter les bases d’une classification générale qui pût s’appliquer à chaque pays, tout en laissant aux Commissions étrangères le soin d’organiser leur participation à l’œuvre commune. Quant à la section française, le but que la Commission se proposait d’atteindre, et qui se trouve exactement défini dans une de ses circulaires, était d’organiser cette exposition de manière à faire connaître par la vue des monuments qu’elles nous ont laissés, les époques principales de l’art et de l’industrie de nos pères, de donner l’idée exacte de l’importance de nos arts industriels à toutes les périodes de notre histoire; elle voulait faire saisir en outre par un classement méthodique la succession chronologique des progrès, des transformations el même des défaillances du travail national.

Ce classement, adopté pour la section française en même temps qu’il était indiqué comme pouvant servir de base à toutes les contrées étrangères, divisait la galerie de l’Histoire du Travail en dix époques bien tranchées. Ces divisions sont les suivantes:

1° La Gaule avant l’emploi des métaux; — Comprenant les ustensiles d’os et de pierre, avec les ossements des animaux aujourd’hui disparus du sol de la France, mais trouvés avec ces objets et pouvant indiquer la période à laquelle ceux-ci appartiennent; — 2° La Gaule indépendante; — Armes et ustensiles de bronze, de pierre; objets de terre cuite; — 3° La Gaule pendant la domination romaine; — Bronzes, armes, monnaies gauloises, orfèvrerie, bijoux, poteries rouges et noires, émaux incrustés, etc.; — 4° Les Francs jusqu’au sacre de Charlemagne (800); — Bronzes, monnaies, orfèvrerie, bijoux, armes, poteries, manuscrits, chartes, etc.; — 5° Les Carlovingiens, du commencement du IXe à la fin du XIe siècle; — Sculpture, ivoires, bronzes, monnaies, sceaux, orfévrerie, bijoux, armes, manuscrits, chartes, etc.; — 6° Le Moyen Age, du commencement du XIIe siècle au règne de Louis XI, inclusivement (1483); — Statuaire, sculpture en ivoire, bois, meubles, bronzes, monnaies, sceaux, orfèvrerie, bijoux, armes et armures, manuscrits, miniatures, émaux incrustés et champlevés, poteries, tapisseries, tissus, broderies, vêtements, etc.; — 7° La Renaissance, depuis Charles VIII jusqu’à Henri IV (1610); — Comprenant, comme la période précédente, les produits de la sculpture, ceux de l’orfévrerie, de l’armurerie et de la coutellerie; puis les émaux peints, les faïences vernissées, celles dites de Henri II, les ouvrages de Bernard Palissy et de ses continuateurs, les verreries, les tapisseries, les tissus, les broderies, les reliures, etc.; — 8° Les règnes de Louis XIII et de Louis XIV, de 1610 à 1715, dans lesquels se trouvent, outre les produits des siècles précédents ci-dessus désignés, les ameublements en bois sculpté et doré, les marqueteries rehaussées de bronzes, les faïences de Nevers et de Rouen, ainsi que les porcelaines de Rouen et de Saint-Cloud; — 9° Le règne de Louis XV, de 1715 à 1775, présentant, outre tous les objets énumérés ci-dessus, les vernis Martin, les porcelaines de Chantilly, de Mennecy, de Vincennes et de Sèvres; les faïences de Moustiers, de Marseille, de l’Alsace, de la Lorraine, de la Picardie, etc.; — 10° Le règne de Louis XVI et la Révolution française, de l’année 1775 à 1800.

L’appel adressé par la Commission à toutes les contrées étrangères a reçu l’accueil le plus sympathique, et, sauf de rares exceptions, déterminées par des causes toutes spéciales, la plupart des pays de l’Europe ont pris place à l’exposition de l’Histoire du Travail; l’Angleterre, l’Autriche, les Principautés Roumaines, le Portugal, les Pays-Bas, la Russie, la Suède et la Norwége ont envoyé de nombreuses et intéressantes collections classées avec méthode; d’autres pays de l’Europe, tels que l’Italie, la Bavière, le Wurtemberg, la Suisse, le Danemark, les États-Pontificaux, ont exposé, les uns des séries entières, les autres quelques ouvrages détachés; les Républiques américaines ont fait elles-mêmes acte de présence, et enfin l’Égypte a envoyé ses trésors du musée de Boulaq, déjà exposés en partie à Londres en 1862, et qui se retrouvent aujourd’hui dans le petit temple de Philœ, copie réduite de l’original et que le gouvernement égyptien a fait construire à leur intention dans le parc du Champ-de-Mars.

Lors de l’exposition rétrospective ouverte à Londres en 1862, la grande cour du Kensington Museum renfermait non-seulement les objets confiés par les principaux collectionneurs du Royaume-Uni et par les trésors des corporations et des compagnies, mais elle comprenait en outre un nombre considérable d’œuvres d’art de toute nature empruntées aux musées de l’État, aux bibliothèques publiques, aux palais de la Reine. Il ne pouvait en être ainsi en France, en vertu de la loi qui régit nos établissements publics et assure la conservation de nos collections nationales en interdisant la sortie des richesses qu’elles renferment.

Le concours des musées du Louvre, de ceux de l’Hôtel de Cluny, de Saint-Thomas d’Aquin, du cabinet des Médailles et Antiques, des Bibliothèques impériales et nationales eût considérablement simplifié les opérations de la Commission de l’Histoire du Travail, comme nous le disions dans une récente notice sur le même sujet; mais en dehors des règlements qu’elle avait pour première mission de faire respecter, il y avait un puissant intérêt à conserver leur physionomie complète et intégrale à nos collections publiques, à nos musées, à nos bibliothèques, au moment où Paris devenait le centre sur lequel l’Europe entière allait se trouver appelée par l’Exposition universelle de 1867. La galerie de l’Histoire du Travail français devait donc, tout en ne comprenant que des objets d’origine nationale, se composer uniquement d’œuvres extraites des collections particulières de Paris, des départements, quelquefois même de l’étranger, des musées municipaux et des trésors des églises, à l’exclusion absolue des produits appartenant à l’État aussi bien qu’à la Couronne.

L’appel adressé par la Commission et par les correspondants qu’elle s’était constitués dans les départements, à nos plus célèbres collectionneurs, au haut clergé de France, aux administrations municipales, a rencontré de toute part l’accueil le plus bienveillant et le plus actif. Et cependant, il ne s’agissait plus d’obtenir, comme antérieurement, des collections entières, dont l’exhibition fait toujours honneur à l’amateur érudit qui a mis tous ses soins à en opérer la laborieuse réunion; il fallait faire choix de certains objets désignés comme étant d’origine française, les détacher des collections auxquelles ils appartiennent, des œuvres de provenance étrangère qui les entourent, et les faire rentrer, suivant la date qui leur était assignée, dans les exigences du classement général. Ainsi, comme l’annonçait la Commission, non-seulement elle ne pouvait admettre dans la section française que les ouvrages se rattachant à l’art et à l’industrie des populations qui ont vécu sur le sol de la France, mais aucune collection de nature, de nationalité et d’âges différents ne pouvait motiver une exposition particulière; chaque pièce devait être classée à son rang, suivant le système adopté, tout en portant le nom de son propriétaire, français ou étranger.

Malgré ces conditions imposées par la nature même de l’exposition, l’empressement des principaux amateurs des œuvres d’art des temps anciens à répondre à l’appel qui leur était adressé a dépassé toute attente; le concours du clergé de France, celui des administrations municipales, a été pour ainsi dire unanime, et l’espoir qu’exprimait la Commission dans sa première circulaire, que tous tiendraient à honneur de concourir à cette manifestation nouvelle de la gloire traditionnelle de notre pays dans les arts, s’est promptement réalisé.

En présence des envois considérables faits de tous les points du pays, un sérieux contrôle et un choix sévère devenaient indispensables, et un Jury spécial fut constitué afin de procéder à l’examen de toutes les œuvres destinées à la section française. Ce Jury composé des collectionneurs les plus éminents de Paris et des départements, dont les noms vont se retrouver fréquemment dans ce rapport, ainsi que des savants chargés de la direction de nos musées et de la conservation de nos bibliothèques et de nos collections publiques, était divisé en cinq sections présidées chacune par un des membres de la Commission de l’Histoire du Travail, et avait pour mission de renvoyer aux contrées auxquelles elles revenaient les pièces reconnues comme étant d’origine étrangère, en mettant de côté toute œuvre indigne de figurer dans une collection destinée à retracer à l’aide des monuments les mieux choisis l’histoire de nos arts industriels à ses diverses époques.

La Commission impériale avait d’ailleurs pris à sa charge les frais de transport, aller et retour, dans les départements, ainsi que toutes les dépenses d’installation, d’arrangement et de réexpédition, en acceptant d’avance la responsabilité de chacun des objets confiés à la Commission de l’Histoire du Travail pour la valeur dont cette dernière aurait agréé la déclaration préalable.

Nous avons dit que, en dehors des collections particulières dont les propriétaires ont gracieusement consenti à se dessaisir en partie pendant près de neuf mois, les cathédrales et les églises de France avaient bien voulu ouvrir leurs trésors, en même temps que les principales villes de l’empire mettaient à la disposition de la Commission tous les objets précieux, d’origine nationale, renfermés dans leurs musées et dans leurs bibliothèques. Ajoutons que bien des collectionneurs étrangers, en tête desquels nous citerons un des princes les plus éclairés de l’Allemagne, n’ont pas hésité, sans même y avoir été conviés, à envoyer à la Commission de l’Histoire du Travail des suites complètes de précieux ouvrages français réunis par leurs soins, montrant ainsi leur sympathie pour l’œuvre entreprise et l’intérêt qu’ils attachaient à son heureuse réussite. Le nombre des collections dont les envois figurent dans la section française atteint le chiffre de cinq cent trente-deux, tant galeries particulières que musées municipaux, trésors d’églises, sociétés archéologiques, bibliothèques; et le catalogue ne comprend pas moins de sept mille numéros dont la plupart se rattachent à des séries tout entières d’objets réunis sous le même chiffre. Les précautions les plus minutieuses devaient présider à la réception de toutes ces richesses ainsi qu’à leur installation et à la rédaction des inventaires. Tous ces travaux ont été exécutés en temps utile, et dès le 1er avril, jour de l’inauguration de l’Exposition universelle, la Commission de l’Histoire du Travail ouvrait au public les galeries de la section française, complétement installées pour la plupart, constituant dans leur ensemble la collection nationale par excellence, collection dont l’étude ne saurait être sans effet pour le développement des arts industriels de notre temps.

Nous voudrions pouvoir examiner un à un chacun des objets confiés à nos soins; mais un pareil travail dépasserait de beaucoup les limites imposées à ce rapport; nous nous bornerons donc à présenter d’une manière aussi succincte que possible les œuvres les plus importantes qui représentent l’art de chacune des grandes époques, en suivant l’ordre du classement général et en insistant sur les ouvrages qui les caractérisent d’une manière plus spéciale; ce sera signaler en même temps, en les mettant de nouveau sous les yeux du public, les noms des collectionneurs à la bienveillance desquels sont dus les résultats obtenus, ceux des membres du haut clergé français qui nous ont prêté un si efficace et si précieux concours, ceux, enfin, de nos zélés correspondants et des savants chargés de la conservation des collections municipales dans nos départements, dont l’empressement à seconder l’œuvre entreprise par la Commission n’a pas peu contribué à en déterminer le succès.

CHAPITRE II.

Table des matières

SECTION FRANÇAISE.


I. — LA GAULE AVANT L’EMPLOI DES MÉTAUX.

Table des matières

La Gaule ayant l’emploi des métaux, point de départ de l’exposition française de l’Histoire du Travail, occupe la première salle, celle qui s’ouvre sur le grand vestibule du palais; c’est là que sont placés, comme le titre l’indique, les ouvrages produits par l’homme à une époque à laquelle l’usage du fer, du bronze, de l’or et de l’argent était encore inconnu dans nos contrées; c’est là que se trouvent les curieux instruments en silex taillé, les ustensiles en bois de cerf et en bois de renne découverts dans plusieurs régions de la France et appartenant aux premiers âges de la pierre, aux époques des cavernes, à celles des constructions lacustres et jusqu’aux temps de transition dans lesquels les travaux en métal commencent à apparaître.

Les collections de MM. Lartet et Christy, de M. le marquis de Vibrayc, de l’abbé Bourgeois, de M. Peccadeau de l’Isle, celles de MM. Reboux, Bailleau et Feningre, Brun, Filhol de Toulouse, de M. Louis Leguay et du comte de Galbert, ont été largement mises à contribution; de nombreux envois ont été faits par M. le docteur Garrigou, M. Hébert, le comte de Beaulaincourt, le docteur Eugène Robert, l’abbé Delaunay, MM. de Rochebrune, de Lavauld, Martin, Cartailhac, Gréau de Troyes, par MM. Ancessy, l’abbé Cochet et par M. le comte Josselin Costa de Beauregard, à qui cette section est également redevable des vases provenant des stations lacustres du lac du Bourget et du lac de Genève, en Haute-Savoie.

Les musées départementaux ont adressé un important contingent à cette première série, et les collections publiques de Poitiers, de Saint-Lô, de Narbonne, d’Auxerre, ainsi que le collège de Vervins, ont envoyé à la Commission de notables échantillons de ces époques primitives, parmi lesquels se trouve la précieuse découverte du dolmen de Manné-er-H’ roeck, de la commune de Locmariaquer, dans le Morbihan, collection unique de haches en pierre polie, d’anneaux en jadéite, de colliers et de perles trouvés dans la même fouille, recueillie par le musée de Vannes et mise par cet établissement à la disposition de la Commission de l’Histoire du Travail.

En présence de ces produits de toutes formes, sur l’origine et l’emploi desquels le public n’a pas jusqu’à ce jour de données bien précises, dont la recherche et l’étude constituent une science encore nouvelle, à laquelle de nombreux érudits se sont livrés avec une ardeur digne de l’intérêt qu’inspirent ces monuments, une classification parfaitement méthodique était nécessaire pour faire bien saisir l’enchaînement des travaux de l’homme dans ces premiers temps. Le classement adopté par la Commission répondait à ce besoin, et l’ordre chronologique observé dans la disposition des vitrines ne pouvait laisser aucune indécision pour l’appréciation des produits exposés. Cette première partie de l’exposition rétrospective a été, du reste, parfaitement accueillie; car les objets qu’elle renferme présentent un intérêt tout spécial, au moment où la science se tourne vers ces époques primitives et cherche à percer complétement le voile qui les couvrait encore naguère.

En dehors des silex taillés, des haches et des ustensiles de même nature, il était une série dans laquelle l’art, s’il est permis d’appliquer ce mot à des essais aussi peu avancés, commence à jouer un rôle; c’est celle des pièces gravées et sculptées qui se rapportent au premier âge de la pierre, et que la Commission avait eu soin de réunir dans une même vitrine placée au milieu de la salle. L’éléphant, le grand ours des cavernes, le cerf, le renne et l’auroch se retrouvent là gravés au trait ou sculptés en ronde bosse sur des os ou des bois de renne, sur des défenses d’éléphant, sur des pierres informes. L’homme y est lui-même représenté, et dans la plupart de ces reproductions, le caractère dominant est toujours celui de la vérité dans l’attitude et dans le mouvement des figures. La plupart de ces précieux souvenirs ont été recueillis dans la Dordogne, le Tarn-et-Garonne, l’Ariége, par les soins de MM. Lartet et Christy, du marquis de Vibraye, de MM. Peccadeau de l’Isle, Brun, de l’abbé Bourgeois et le docteur Garrigou. Ils forment un ensemble important pour l’étude de ces époques dites antéhistoriques, et la Commission, en les mettant sous les yeux du public, est heureuse de rendre hommage aux recherches de ces savants distingués et à l’excellent concours qu’ils ont bien voulu lui prêter; de même que c’est aux soins de M. Lartet, de MM. Mortillet et Jules Desnoyers, du marquis de Vibraye, de MM. Bertran et Colomb qu’elle doit l’excellente classification qui a permis d’apprécier à leur juste valeur ces monuments qui peuvent être considérés comme les essais élémentaires de l’homme, et qui constituent le premier échelon de l’Histoire du Travail.

II, III. — LA GAULE INDÉPENDANTE. — LA GAULE SOUS LA DOMINATION ROMAINE.

Table des matières

Les époques celtique et gallo-romaine se présentent immédiatement après, et leur réunion forme une nombreuse collection, grâce au concours de la plupart de nos musées départementaux et des principales galeries particulières de Paris et de la province. Cette double période, qui comprend la Gaule indépendante et la Gaule sous la domination romaine, et à laquelle commence, à vrai dire, l’examen des produits du travail national, embrasse un nombre infini d’œuvres de toute sorte dont le classement, confié aux soins de notre savant collègue M. Adrien de Longpérier, fait ressortir toute l’importance pour l’étude de notre histoire.

La série des ouvrages en marbre et en pierre ne comprend qu’un nombre assez restreint de numéros, la Commission de l’Histoire du Travail ayant dû renoncer à l’envoi de monuments d’un poids considérable et d’une nature encombrante pour se borner à ceux dont le transport et le déplacement ne présentaient pas les mêmes difficultés. Quelques cippes trouvés à Reims et à Melun, des stèles en pierre du musée d’Autun, des bustes et des statuettes en marbre blanc, des urnes funéraires conservées dans le musée d’Aix, quelques bas-reliefs et de nombreux fragments envoyés par les mêmes collections suffisent, du reste, à constituer un ensemble d’un sérieux intérêt.

La collection des bronzes est d’un éclat exceptionnel, et il a été permis à la Commission de pouvoir réunir en un seul groupe bien des richesses disséminées dans un grand nombre de nos galeries départementales. Les statues, statuettes et figurines gauloises et gallo-romaines sont au nombre de cent vingt-cinq et comprennent des œuvres capitales, telles que le grand Jupiter, de Lyon, les belles figures trouvées au Vieil-Evreux, celles des musées d’Aix dans les Bouches-du-Rhône, de Beaune dans la Côte-d’Or, de Rennes, de Nîmes, de Saint-Omer, de Moulins et du Mans; les statuettes envoyées par M. Ed. Barry, de Toulouse, qui a bien voulu mettre à la disposition de la Commission tous les précieux objets renfermés dans sa belle et nombreuse collection; celles de M. Julien Gréau, de Troyes, du commandant Oppermann, de M. Sutterlin, de Strasbourg; du baron de Girardot, de M. Duquenelle, de Reims; de MM. Charvet, Auguste Commez, de Toulouse, et Jules Chevrier, de Châlon-sur-Saône.

Les ouvrages en métaux précieux, en or ou en argent, offrent un intérêt tout spécial, et les vitrines de la salle gallo-romaine présentent les plus beaux spécimens en ce genre; ce sont d’abord, pour n’en citer que quelques-uns, les deux celliers d’or trouvés à Plouharnel, dans le Morbihan, composés tous deux d’une large lame de métal, et appartenant l’un à M. le comte Costa de Beauregard, l’autre à Mme Lebail de Plouharnel; les bracelets d’or découverts au même lieu et qu’il a été possible d’exposer auprès des fragments des vases en terre dans lesquels les deux colliers ont été retrouvés, avec toute une série de haches en pierre et quelques pièces en bronze extraites des mêmes fouilles; et surtout les six magnifiques colliers d’or massif découverts à Fenouillet, dans la Haute-Garonne, et conservés aujourd’hui dans les collections du musée de Toulouse, monuments aussi remarquables par la perfection du travail que par l’élégance de l’ornementation, qui rappellent les plus beaux trésors des temps antiques, et dans lesquels on ne sait qu’apprécier le plus, le précieux de la matière, la conservation sans égale ou l’habileté des moyens d’exécution employés par les orfèvres du temps.

D’autres bracelets en or, des torques en bronze, des colliers de toutes dimensions remplissent les vitrines de cette salle et proviennent des collections que nous avons déjà citées, ainsi que les fibules, agrafes et ornements divers, attributs du costume et de l’équipement de ces époques.

Parmi les armes défensives nous devons signaler le beau casque de forme conique trouvé à Falaise et appartenant à M. de Glanville de Rouen, celui de provenance analogue conservé par le musée de Falaise, le casque à bombe trouvé dans la Saône, près de Lyon, et qui fait aujourd’hui partie de la collection de M. de Billy. Les armes offensives sont nombreuses: les épées, les poignards, les couteaux de diverses formes, les lances, les traits, les haches en bronze ont été envoyés par toutes les collections publiques et particulières et forment une partie essentielle des ouvrages de cette période avec de précieux fragments des chars conservés au musée de Toulouse et trouvés à Fa dans le département de l’Aube, et à Besançon dans celui du Doubs.

Il faudrait citer également les vases en métal, les poteries de toutes fabriques, les coupes, les plats d’argent de Soissons et de Lillebonne, les casserolles de bronze poinçonnées au nom du fabricant, les gourdes et les amphores, les bassins, les cassolettes et les urnes funéraires, avant d’arriver au monnaies d’or, d’argent et de bronze, aux sceaux et aux estampilles réunis par M. Barry de Toulouse, et enfin aux ustensiles de tout genre qui constituent une des séries importantes de cette collection.

C’est dans cette dernière partie que sont classés le beau foyer en bronze du musée de Lyon, trouvé à Vienne en 1839, le trépied de Giberville, découvert en 1812 et conservé au musée de Caen, les miroirs de bronze découverts à Arlès et à Reims, les strigiles, les lampes, les poids, les agrafes, les clochettes, les pièces de serrurerie, les clefs en bronze et les objets usuels qui se retrouvent dans toutes les provinces de la France avec la même variété et la même élégance de formes.

Les fouilles de Toulon-sur-Allier ont amené la mise au jour d’ateliers de mouleurs en terre blanche et d’une collection considérable de figurines, de vases et d’ustensiles usuels ainsi que des moules servant à leur fabrication.

Ces objets sont aujourd’hui la propriété de MM. Esmonnot et Bertrand, de Moulins, ainsi que du musée de cette ville qui ont bien voulu adresser à la Commission de nombreux et intéressants spécimens de cette industrie. M. le commandant Oppermann y a joint plusieurs bustes trouvés à Vichy, à Arpajon dans le Cantal et quelques figurines découvertes sur d’autres points du pays.

Les vases de terre provenant de la collection de M. Charvet, des musées d’Aix, d’Auxerre, d’Arles et d’Avignon, des cabinets de M. Duquenelle de Reims et de quelques autres collectionneurs, sont au nombre de deux cent cinquante et représentent la plupart des fabriques dont on a retrouvé la trace sur le sol de la France; ce n’est pas là une des séries les moins intéressantes des époques gauloise et gallo-romaine, et c’est en même temps le point de départ de cette belle industrie céramique dont nous rencontrons les brillants produits au moyen âge et à la renaissance.

Le concours des musées départementaux a été unanime, nous l’avons dit plus haut, pour assurer la réussite de cette partie de l’exposition de l’Histoire du Travail; qu’il nous soit permis, indépendamment des collections publiques que nous avons déjà citées, de mentionner les musées d’Annecy, d’Arles, d’Autun, de Caen, de Chartres, d’Évreux, du Mans, de Narbonne, de Nîmes, de Poitiers, de Provins, celui de Rouen, ceux de Saint-Lô, de Saint-Omer, de Saverne et de Soissons; le comité archéologique de Senlis, la Société pour la conservation des monuments historiques de l’Alsace et le collége de Vervins; nous voudrions donner ici les noms de toutes les collections particulières qui ont contribué à compléter cette période de notre exposition; on en trouvera au catalogue la liste in extenso; signalons seulement, en dehors de celles que nous avons déjà mentionnées, les galeries de M. Peigné Delacourt, du baron de Girardot, de MM. Cotteau d’Auxerre, Bouillet de Clermont, Danjou de Fougères, de Glanville de Rouen, ainsi que celles de MM. de Soland, Rollin et Feuardent, Félix Bourqueclot, Louis Revon d’Annecy, Édouard Fould, celles de l’abbé Tourneux, du colonel de Morlet, de l’abbé Cochet, de M. Bulliot d’Autun et de madame Hortense de Cazaux.

IV. — LES FRANCS JUSQU’AU SACRE DE CHARLEMAGNE.

Table des matières

La quatrième époque, comprenant les Francs jusqu’au sacre de Charlemagne, nous présente en grande partie les mêmes noms; les ivoires des musées de Boulogne et de Rouen, un grand nombre d’ustensiles en bronze, des armes en fer, des scramasaxes, des couteaux de toutes formes, des épées et des francisques ouvrent cette section dans laquelle les armes montées en or, trouvées à Pouan dans le département de l’Aube et données par l’Empereur au musée de Troyes, tiennent une place considérable. Il faudrait également citer ici les mille objets de forme et d’usage multiples retrouvés dans les cimetières du Boulonnais, les collections de monnaies des rois mérovingiens, de M. le vicomte de Ponton d’Amécourt, les fibules, bagues, pendants d’oreilles d’or, d’argent et de bronze, envoyés par nos musées de province et recueillis de tous côtés en France, la collection des poteries et des pièces de verrerie des mêmes époques dont le musée de Boulogne conserve tant de remarquables spécimens, et enfin quelques manuscrits précieux confiés par M. Firmin Didot, la bibliothèque de Troyes et celle du séminaire d’Autun.

V. — LES CARLOVINGIENS.

Table des matières

Les monuments en ivoire occupent un des premiers rangs dans les industries d’art de l’ère carlovingienne, et il était réservé à la Commission de l’Histoire du Travail de pouvoir mettre pour la première fois sous les yeux du public quelques-uns des plus beaux ouvrages de ce genre, religieusement conservés depuis longues années dans des collections particulières d’un accès difficile, et dont on ne pouvait juger que par des reproductions graphiques plus ou moins exactes.

Le flabellum de l’abbaye de Tournus peut, à juste titre, être considéré comme une des pièces les plus rares et les plus précieuses en ce genre; conservé jadis à l’abbaye de Saint-Philibert à Tournus, cet objet qui remonte au IXe siècle se compose d’une boîte en ivoire, ou plutôt en os de narval, supportée par un long manche de même matière richçment orné de rinceaux et d’ornements en relief et portant l’inscription: Johel me scœ fecit in honore Mariæ. La boîte, en s’ouvrant, développe le flabellum ou écran, de forme circulaire, orné sur ses deux faces de sujets à figures, de rinceaux et d’inscriptions en vers latins tracées en lettres d’or sur fond de pourpre, sorte de dédicace indiquant l’usage du flabellum, destiné à être porté près de l’officiant au service divin, à écarter les mouches et à mitiger les ardeurs du soleil: Infestas abigit muscas et mitigat estus.

La boîte elle-même est chargée de sculptures, et le chapiteau qui la retient au manche porte sur chacun de ses angles la figùre d’un apôtre. Le parchemin qui constitue plus spécialement le flabellum est plissé de manière à pouvoir sortir de la boîte et y rentrer à volonté, rappelant ainsi par sa forme et sa disposition ces écrans rapportés de l’Inde et de la Chine et que l’industrie parisienne imite de nos jours.

Le flabellum de l’abbaye de Saint-Philibert est dans un état de conservation extraordinaire et appartient au savant M. Carrand, de Lyon; les peintures sur vélin ont encore toute leur fraîcheur primitive, et le temps n’a fait que leur donner une plus complète harmonie. Les sculptures exécutées pour la plupart en haut relief, tant sur la boîte que sur le manche dont les diverses parties sont reliées entre elles par des nœuds en ivoire ou en os de narval teints en vert, témoignent d’une grande habileté et donnent à ce précieux objet, unique en son genre, un caractère d’élégance et de richesse tout à fait remarquable et justement approprié à l’emploi pour lequel il était destiné.

Trois grands oliphants, de la même époque, occupent la vitrine centrale: ce sont, celui du musée de Toulouse couvert de figures et d’animaux fantastiques sculptés ou gravés, l’oliphant du trésor de Saint-Trophime d’Arles, relevé de fleurons et de figures, et enfin celui de l’église de Saint-Orens à Auch, dans lequel les divisions géométriques alternent avec des entrelacs et des animaux chimériques. Il convient de citer également le peigne de saint Loup portant son inscription en lettres onciales, monté au XIIe siècle en argent doré, décoré de cabochons et appartenant au trésor de la cathédrale de Sens; celui du XIe siècle de la collection de M. l’abbé Caneto, vicaire général à Auch; la boîte à hosties de l’histoire de Joseph, conservée dans la collection du baron de Théis; le cylindre de l’église de la Major à Arles; le tau à double volute envoyé par le musée départemental des antiquités de Rouen; les crosses à figures de l’église Saint-Trophime d’Arles et du musée de Narbonne; le coffre à couvercle dont les bas-reliefs représentent des cavaliers vêtus de mailles et des hommes de guerre, extrait de la galerie de M. de Basilewski; celui du musée de Reims, décoré des figures d’Adam et d’Ève, d’hommes armés et de guerriers en costumes du Xe siècle; une statuette de même époque provenant du musée de Lille, quelques bas-reliefs, des plaques d’évangéliaires et divers objets appartenant à MM. Quenson de Lille, Arondel, Ed. Barry de Toulouse, et remontant aux Xe et XIe siècles.

La figurine équestre de Charlemagne, que conservait jadis le trésor de la cathédrale de Metz, avait sa place toute indiquée au centre de la salle consacrée aux monuments de l’ère carlovingienne. Recueilli par les soins du chevalier Alexandre Lenoir, ce bronze, qui a conservé en partie, malgré de sérieuses restaurations, la patine d’or qui le recouvrait, est devenu la propriété de Mme Éwans Lombe. L’empéreur est à cheval, la tête ceinte de la couronne, les épaules couvertes d’un manteau court et drapé, et porte en mains le globe et l’épée. Ce petit monument est remarquable par le caractère de gravité qui distingue la figure, la simplicité de la pose et les détails du costume. Quelques pièces d’orfèvrerie, quelques bijoux, des bronzes, des monnaies et des armes envoyés par M. B. Fillon de Fontenay, MM. de Marguerie, Charvet et le comte de Kergariou, par l’église de Saint-Benoist-sur-Loire, les musées de Chartres et du Mans, M. le vicomte P. d’Amécourt et l’église de Sainte-Paule des Côtes-du-Nord, complètent cette cinquième série, avec des chartes et diplômes, extraits des archives du Bas-Rhin et de la Vienne, des évangéliaires et des manuscrits, empruntés à la cathédrale et à la bibliothèque de Troyes, au séminaire d’Autun, à l’église Saint-Andoche de Saulieu dans la Côte-d’Or, au comte de Kergariou et à M. A. Firmin Didot.

VI. — LE MOYEN AGE.

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La galerie du Moyen Age comprend, nous l’avons dit, tous les produits des XIIe, XIIIe, XIVe et XVe siècles, depuis l’année 1100 jusqu’à 1483, fin du règne de Louis XI; les objets destinés au culte religieux y abondent, et c’est pour l’installation de cette partie de l’exposition rétrospective que la Commission de l’Histoire du Travail a été secondée avec le zèle le plus louable parle haut clergé français et les administrations municipales. Le contingent fourni par les trésors des églises et par les musées des départements est considérable, et, grâce au bienveillant concours prêté à la Commission par les églises et les établissements publics qui se trouvent aujourd’hui en possession de ces précieux souvenirs, il lui a été possible de rassembler une collection d’objets du moyen âge tout à fait hors ligne et du plus haut intérêt pour l’étude de l’histoire nationale. La Commission est heureuse d’exprimer ici publiquement sa gratitude au clergé français qui a bien voulu lui confier pendant plusieurs mois ces monuments, objets de la vénération des populations, ainsi qu’à MM. les directeurs des musées de province qui n’ont pas hésité à dépouiller les collections qui leur sont confiées de plusieurs de leurs plus beaux fleurons, assurant ainsi le succès d’une œuvre toute nationale dont le moindre résultat n’a pas été de montrer la prééminence de nos arts et de l’industrie française aux diverses époques de notre histoire.

Nous voudrions pouvoir rendre à chacun le témoignage qui lui est dû ; malheureusement, les limites imposées à ce rapport sont bien restreintes; qu’il nous soit permis cependant de citer ici les cathédrales de Chartres, de Reims, de Limoges, de Troyes, d’Angers, de Sens, l’église Notre-Dame de Strasbourg, celles de Neuviller, de Brioude, Saint-Andoche de Saulieu, Saint-Nicolas d’Arras, Saint-Taurin d’Évreux, Saint-Marcel, puis celles de Germiny-les-Prés, de Billanger, de Château-Ponsat, de Noyon, de Bousbecque, de Mauzac; les Dames Ursulines d’Arras et les Bénédictines de Verneuil; les Hôtels-Dieu d’Auxerre, de Reims, l’hôpital général de Limoges, celui de Tonnerre et l’hospice de Villeneuve-lez-Avignon; le séminaire de Nîmes, ceux de Reims, d’Yvetot; le collège de Billom; NN. SS. les évêques de Bourges, de Coutances et de Saint-Brieuc, ainsi que M. le curé d’Arles.

Parmi les collections publiques des départements nous ne saurions omettre de signaler le concours empressé des musées d’Angers, d’Auxerre, de Beauvais, de Bordeaux, de Chartres, de Lille, de Limoges, de Lyon; de ceux du Mans, de Narbonne, de Nîmes, d’Orléans, de Rouen, de Rennes, de Reims, de Senlis, de Saint-Omer, de Saint-Lô, de Soissons, de Toulouse et de Troyes; de la bibliothèque de Laon, de la Société archéologique de Seine-et-Marne, ainsi que de celle des Antiquaires de Normandie.

Quant aux collections particulières, il. faudrait pouvoir les mentionner toutes; indiquons au moins les noms de MM. Barry de Toulouse, Basilewski, Dutuit de Rouen, baron de Théis, que nous retrouvons à chacune des périodes de l’Histoire du Travail, ceux de l’abbé Jouen, du vicomte d’Amécourt, de la comtesse Dialynska, du baron de Girardot ainsi que ceux de MM. Delaherche de Beauvais, Carrand de Lyon, de Glanville de Rouen, Gielen de Maeseyck, Hucher du Mans, B. Fillon, Ramé de Rennes, Le Brun d’Albanne et Julien Gréau de Troyes, x Benvignat de Lille, du Puis Vaillant de Poitiers.

La statuaire en marbre du moyen âge est représentée par la Vierge du XIVe siècle de M. Barry de Toulouse, par les figures du tombeau de Jehan duc de Berry, mort en 1416, appartenant au musée de Bourges, et par les bas-reliefs du XVe siècle de MM. Lecointre Dupont de Poitiers et Cliquot de Reims.

La sculpture en ivoire, en grand honneur au moyen âge, devait occuper une place importante parmi les ouvrages de cette époque. La grande Vierge formant triptyque, du musée de Lyon, de la fin du XIIe siècle; celle aux carnations peintes avec rehauts d’or, du XIIe siècle, conservée à Villeneuve-lez-Avignon, peuvent être considérées comme des œuvres exceptionnelles justement appréciées des archéologues; nous en dirons autant des beaux diptyques extraits des collections de MM. de Basilewski et Bellaigue de Bughas, du baron de Théis, de M. Dutuit de Rouen, et qui datent tous du XIIIe au XIVe siècle.

Les meubles sont peu nombreux en raison des exigences de la distribution des galeries; nous citerons cependant le bahut de M. Alf. Gerente, couvert de chevaliers vêtus de mailles et remontant à la belle époque du XIVe siècle; la crédence à l’écu de France et la chaire à dosseret envoyés par M. Barry de Toulouse, celle de M. du Puis Vaillant de Poitiers, et le bahut du XVe siècle appartenant au musée d’Orléans.

Dans la série des bronzes du moyen âge, l’attention se porte, de prime abord, sur la statuette équestre de Jehanne d’Arc en armes, précieux souvenir du XVe siècle, conservé par les soins de M. Carrand de Lyon; viennent ensuite la clochette du petit séminaire de Reims, les fragments du grand candélabre de saint Remy, les anneaux de porte du XIe siècle de l’église de Brioude, les pièces d’équipement appartenant à M. Victor Gay, les crosses des musées d’Angers et de Senlis, les chandeliers du baron de Girardot et du musée de Rouen, la grosse cloche du musée de Melun, avec son inscription en relief, et une foule d’objets de nature analogue appartenant aux mêmes temps.

Les sceaux sont nombreux, et la plus grande partie revient aux musées d’Auxerre, d’Angers, de Rennes, de Saint-Omer, de Troyes et de Lyon, à MM. J. Gréau de Troyes, Cinot de la Société de Seine-et-Marne, E. Hucher du Mans, et B. Fillon. Citons aussi la collection des poids en bronze des villes du midi de la France et des mesures de capacité, réunis par M. Barry de Toulouse, collection qui occupe trois vitrines tout entières; les jetons des corporations et les enseignes de pèlerinage de MM. Arthur Forgeais et de la Herche de Beauvais, ainsi que les moules qui servaient à la fabrication de ces bijoux en plomb ou en étain.

L’orfèvrerie religieuse tient un rang considérable dans cette galerie du moyen âge; quel que soit l’intérêt qui s’attache à la réunion momentanée de ces monuments précieux appartenant pour la plupart aux trésors des églises de France, il nous est impossible de les désigner tous, et nous nous bornerons à indiquer les plus saillants et les plus dignes de l’intérêt des archéologues: tels sont l’autel portatif en porphyre rouge avec monture en argent; l’A de Charlemagne; l’autel portatif en albâtre et les reliquaires du trésor de l’église de Conques; la statuette d’ange et le reliquaire de Saint-Etienne de Muret, du trésor de Grandmont; le calice de saint Remy, précieux ouvrage du XIIe siècle, appartenant aujourd’hui à la cathédrale de Reims; les deux belles crosses en cristal de roche conservées à la bibliothèque de Versailles et provenant des anciennes abbayes du Lys et de Maubuisson; la châsse de saint Romain, du trésor de la cathédrale de Rouen; le charmant reliquaire de la sainte épine, de l’abbaye d’Oisy-le-Verger, aux Dames Augustines d’Arras; la grande châsse de Saint-Taurin d’Evreux, véritable monument de l’orfévrerie française de la fin du XIIIe siècle, couvert de figures et d’ornements en argent repoussé et doré ; le reliquaire de Château-Ponsat; le beau vase en cristal de roche monté en argent doré et relevé de pierres fines, ouvrage du XIIe siècle, appartenant à la Société des Antiquaires de Normandie; le chef de saint Féréol, à l’église de Nexon; le ciboire de la cathédrale de Sens; la grande croix reliquaire en filigrane d’or du musée de Rouen; la châsse de saint Romain, empruntée au trésor de la cathédrale de Rouen; le reliquaire de saint Pierre et de saint Paul à la cathédrale de Reims, ainsi que des collections entières de croix, crosses, monstrances, bagues, anneaux et fibules en orfèvrerie des mêmes siècles.

Parmi les émaux champlevés, et en première ligne, se placent le beau tabernacle de la cathédrale de Chartres, œuvre capitale des émailleurs limousins au XIIe siècle; la grande châsse de saint Calmine de l’église de Mauzac, dans le Puy-de-Dôme; celle du collége de Billom; la grande plaque de Geoffroy Plantagenet, magnifique émail du XIIe siècle, conservé au musée du Mans; la châsse de Saint-Marcel (Indre). Puis viennent les reliquaires conservés par les musées du Mans, de Toulouse, la cathédrale de Troyes, par l’église de Bousbecque; le pied de la croix de saint Bertin, ouvrage du XIIe siècle, appartenant au musée de Saint-Omer; les crosses de Poitiers, de Limoges et de Troyes; les bassins à laver, les croix, les pyxides et tous les intéressants travaux des émailleurs français des XIIIe, XIVe et XVe siècles.

Le musée de Chartres a envoyé l’armure attribuée à Philippe le Bel et le pourpoint de Charles le Bel qui, suivant la tradition, auraient été donnés à la cathédrale de Chartres après la bataille de Mons-en-Puelle en 1304; le musée du Mans expose le couteau aux armes de Bourgogne de Charles le Téméraire et une précieuse épée du XIIe siècle avec incrustations d’or et d’argent. D’autres armes, dont quelques-unes ne sont pas moins remarquables, ont été confiées à la Commission par la Société de statistique des Deux-Sèvres, par MM. Carrand de Lyon, Rochebrune de Fontenay, Benjamin Fillon et de Basilewski.

Les archives de l’Yonne, celles de la Vienne, celles du séminaire protestant de Strasbourg exposent des chartes et diplômes, et la collection sans rivale des manuscrits de M. A. Firmin Didot complète cette importante série, dans laquelle nous retrouvons le beau livre d’heures in-4° de Charles de Bourgueville, au XVe siècle; la consolation de Boëce, manuscrit grand in-80 exécuté vers 1410; le livre des Trois-Ages, composé sous le règne de Louis XI, par Étienne Porchyer; les heures de Marguerite de Rohan, aux armes d’Orléans et de Rohan, sans oublier quelques beaux ouvrages sur vélin de la bibliothèque de Laon, de M. Dutuit de Rouen et de M. Ramé de Rennes.

Les tapisseries qui couvrent les murs dans toute leur longueur appartiennent à la cathédrale d’Angers et font partie de l’importante tenture de l’Apocalypse, léguée par Réné d’Anjou et marquée aux chiffres de Louis 1er et de Marie de Bretagne, ainsi qu’à ceux d’Yolande d’Aragon, mère de Réné, morte en 1442. Signalons également, avant de quitter la galerie consacrée aux œuvres du moyen âge, la figure d’ange debout tenant la croix, retrouvée dans la chapelle du château du Lude, par M. le marquis de Talhouet, et portant sur ses ailes l’inscription en caractères gothiques indiquant la date du 27 mars 1475, et le nom de Jehan Barbet, dit de Lion «qui fist cest angelot.»

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16 января 2025
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141 стр. 2 иллюстрации
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4064066328948
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