Читать книгу: «Histoire de Kentucke, Nouvelle Colonie»

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John Filson, Daniel Boone

Histoire de Kentucke , nouvelle colonie à l'ouest de la Virginie, contenant... la relation historique du colonel Boon,... ouvrage pour servir de suite aux "Lettres d'un cultivateur américain", traduit de l'anglais de M. John Filson, par M. Parraud


Publié par Good Press, 2021

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066331559

Table des matières

PRÉFACE DU TRADUCTEUR.

PRÉFACE DE L’AUTEUR.

HISTOIRE DE KENTUCKE.

AVENTURES DU COLONEL DANIEL BOON, CONTENANT LA RELATION DES GUERRES DE KENTCUKE .

ASSEMBLÉE DES PIANKASHAWS.

DES INDIENS OU SAUVAGES.

ARTICLE II DU TRAITÉ DEFINITIF ,

ADDITIONS.

PASSAGES De Diodore de Sicile, d’Aristote, de Platon, d’Elien&de Plutarque, qui prouvent que l’Amérique étoit connue des Anciens.

DU GOUVERNEMENT DES SAUVAGES, DE leurs Conseils, de leur Eloquence: Discours choisis.

EXTRAIT DE LA RELATION Du Capitaine ISAAC STEWART .

CERTIFICAT DONNÉ A L’AUTEUR Par trois Habitans de Kentucke.

APPROBATION.


PRÉFACE DU TRADUCTEUR.

Table des matières

IL n’y a personne, je pense, qui ne sente l’importance de la révolution qui vient de s’opérer en Amérique. Notre siecle, célebre en découvertes, sera à jamais mémorable par un événement unique dans l’Histoire, rétablissement d’une grande République, dans un Pays, qui, par son heureuse position, la richesse&la variété de ses productions, l’industrie&la sagesse de ses habitans, &plus que tout cela encore, par le systême de tolérance qui y regne,& la liberté dont l’homme y jouit, ne peut manquer de tenir un rang distingué parmi les États politiques de l’Europe,& d’intéresser tous les amis de l’humanité.

Il n’en est pas de cette République naissante, comme de ces anciennes Républiques, de Carthage&de Rome, les plus célebres que l’Histoire nous fasse connoître, qui ne parvinrent à ce degré de puissance&de grandeur, où on les vit s’élever, que successivement&en envahissant les terres de leurs voisins,&dont les Citoyens, à cette époque même, n’étoient encore que des guerriers à demi barbares, presque sans connoissance des Beaux-Arts&des Lettres. Les Anglo-Américains n’ont pris les armes, que pour se soutenir dans leur Patrie adoptive,&en fondant leur République, ils ont mis à contribution leurs propres lumieres& cesses des autres Nations, l’expérience de tous les âges,&celle de leur siecle. Tout à coup on a vu s’élever parmi eux, ou, pour mieux dire, on y voyoit déjà régner les arts&les sciences, l’industrie &les talens, les Manufactures&le Commerce. Que ne doit-on pas espérer d’un Peuple qui dès son enfance, pour ainsi dire, montre déjà la vigueur& l’énergie de la virilité?

Tout ce qui a rapport à cette naissante République, mérite sans doute l’attention du Philosophe observateur: hommes, animaux, plantes, les êtres même inanimés, tout est curieux&intéressant dans ce nouvel hémisphere, où la nature est dans toute sa force&comme dans sa fleur, malgré les assertions de quelques Auteurs célebres, qui ont prétendu que le regne animal, sans en excepter l’homme, ainsi que le végétal, y étoient dans une espece de dégénération,&fort inférieurs à ceux de l’ancien Continent.

Sous ce point de vue, j’ai cru qu’on verroit avec plaisir la traduction d’un Ouvrage sur une des Contrées les plus favorisées de ce nouveau Continent sur un Pays qui n’a voit été habité jusqu’à présent que par les Sauvages, ou les bêtes féroces,&qui, au milieu des fureurs de la derniere guerre, dont l’issue a été si heureuse pour l’Amérique, se peuploit d’hommes sages&laborieux; sur Kentucke, en un mot, dont le nom est à peine connu en Europe, mais qui ne tardera pas à exciter la curiosité des Voyageurs,&qui sera bientôt compté parmi les États de l’Amérique.

Kentucke est un vaste territoire, à l’ouest de la Virginie, borné en grande partie par l’Ohio, qu’on appelle autrement la belle Riviere,&qui lui apporte le tribut de ses eaux, dont le principal avantage est une communication facile avec toutes les parties de l’Amérique septentrionale. Son nom lui vient d’une des principales Rivieres qui l’arrosent, &qui est aussi connue sous le nom de Kuttawa. Peu de Voyageurs sont parvenus jusques-là; ceux qui ont remonté ou descendu l’Ohio, n’ont gueres vu que les parties arrosées par cette Riviere.

Notre Auteur a voulu connoître ce beau territoire, il s’est transporté sur les lieux; il les a parcourus en détail,& d’après ses propres observations,& celles de quelques Habitans, il a composé l’Ouvrage que j’annonce.

Il commence par la description topographique de Kentucke: il sait connoître les productions naturelles, le climat, le sol, le commerce,&autres objets relatifs: quoique cette partie laisse à desirer en plusieurs points; quoiqu’elle ne soit proprement qu’un essai sur la Topographie,&l’Histoire Naturelle de ce Pays, elle est néanmoins précieuse& intéressante. De-là, l’Auteur passe aux aventures du Colonel Boon, contenant une relation historique des guerres que les États-Unis ont eu à soutenir contre les Sauvages, dans ce même territoire que ces derniers avoient vendu,&dont ils avoient promis de se retirer. Car telle est la beauté, la fertilité, la douce température; tels sont les charmes de ce beau pays, que les Sauvages ne peuvent s’en éloigner,&qu’ils ne le quitteront qu’à regret, malgré tous les traités&les conventions. On ne doit pas en être surpris: attachés à la terre qui les a vu naître, qui leur fournit abondamment à leurs besoins, qui, enfin, est pour eux une véritable mere, ces peuples, que nous nommons Sauvages, aiment cette terre comme leur patrie, &ils regrettent de l’avoir cédée à des étrangers. Tout récemment encore ils viennent de faire de nouvelles incursions, principalement aux environs de l’Ohio. Si cette conduite des Sauvages n’est pas juste, au moins elle est bien pardonnable. En effet, il ne faut que jetter les yeux sur la Carte de Kentucke, pour se convaincre qu’il n’y a peut-être pas de contrée plus favorisée de la nature: qu’on se figure un vaste terrain, coupé par une infinité de rivieres&de ruisseaux de différentes grandeurs, qui arrosent une terre fertile de sa nature, où croissent sans culture diverses plantes utiles,&plusieurs sortes d’arbres chargés de fruits: qu’on se représente de jolis coteaux couverts de verdure, ou ombragés par le faîte orgueilleux d’arbres qui percent les nues: qu’on joigne à tout cela la douceur du climat, dont la température est telle, qu’à peine y connoit-on trois mois d’un hiver assez doux, l’on aura une foible idée de ce fortuné territoire, &l’on avouera que ces pauvres Sauvages n’ont pas tort de le regretter.

Cette relation du Colonel Boon, faite avec cette simplicité&cette candeur qui annoncent la vérité,&lui prêtent de nouveaux charmes, est intéressante,& peut donner matiere à réflexions. Le Lecteur ne peut s’empêcher de s’intéresser vivement à la situation d’un homme abandonné seul au milieu d’un vaste désert, à une distance très-grande de tout établissement, n’ayant pour compagnon de ses malheurs, pour témoin&pour confident de ses peines, que les hôtes féroces des bois, dont les hurlemens continuels troubloient seuls le silence&l’horreur de ces sauvages lieux, rendus plus terribles encore par la présence des Sauvages, entre les mains desquels il pouvoit tomber à tout moment. Telle fut la situation du Colonel Boon pendant trois mois qu’il demeura privé de toute société humaine.

A ces détails géographiques&historiques, l’Auteur a ajouté d’autres morceaux non moins curieux; l’assemblée des Sauvages Piankashaws,&des réflexions sur les Indiens. Par le premier, il nous donne une idée de l’éloquence des Sauvages; dans le second, il nous fait connoître leurs mœurs, leurs coutumes, leur génie,&c. matiere intéressante pour le Philosophe qui veut méditer sur l’homme.

Tels sont les objets que notre Auteur a traités,&tel est l’Ouvrage dont je présente la traduction au Public, persuadé qu’il mérite quelqu’attention de sa part.

J’ai annoncé dans une note, page70, une Introduction, ou je comptois rassembler quelques morceaux, qui ont un rapport plus ou moins direct à l’histoire de Kentucke; mais j’ai préféré de les rejetter à la fin, comme à leur véritable place;&c’est ce que l’on trouve sous l’article d’Additions. Le premier&le plus important, est une Déclaration& une Ordonnance du Congrès, concernant l’érection de nouveaux Etats,& la maniéré dont il doit être disposé des terres à l’ouest des États-Unis. On fait que vers l’Ohio&le Mississipi il y a de grands territoires dépendans des États-Unis, lesquels sont encore déserts, ou fort peu habités. Le Congrès voulant hâter la population de ces vastes contrées, y a fait plusieurs concessions de terres aux Officiers&aux Soldats de l’Armée Continentale, qui ont servi dans la derniere guerre,&a déterminé la maniéré dont il doit être procédé à la vente des autres parties restantes: c’est ce qu’il a sait par cette Déclaration& cette Ordonnance, dont la date est assez récente,&que j’ai également traduites de l’Anglois. Ceux qui s’intéressent au sort de ces nouvelles Colonies de l’ouest, parmi lesquelles Kentucke tient le premier rang, verront sans doute avec plaisir ces actes du Congrès, d’autant plus qu’on vient d’apprendre par les Papiers publics, qu’une lettre de Danville, dans le Comté de Lincoln, annonce que les Habitans de Kentucke ont arrêté de demander à la législation de Virginie, dont ce territoire dépend, un acte de séparation, pour former un nouvel Etat, sous le nom de Communauté de Kentucke.

Je ne dirai rien des autres morceaux que j’ai ajoutés à l’Original: le lecteur décidera de leur mérite, d’après le plus ou le moins d’intérêt qu’il y prendra: mais je pense qu’il ne lira pas sans plaisir les harangues des Sauvages, chez qui on ne s’attendroit sûrement point à trouver des modèles d’éloquence. J’aurois desiré d’y opposer certains discours analogues, pris dans les Auteurs anciens &modernes: ce parallele auroit été piquant; mais il demandoit des recherches, que le temps ne m’a pas permis de faire.

Ceux qui voudront connoître plus particuliérement les mœurs&usages des Sauvages, pourront consulter, outre les Auteurs que j’ai cités dans les Notes& les Additions, les Voyages du Baron de la Hontan dans l’Amérique septentrionale; l’Histoire de l’Amérique septentrionale, de la Potherie; les mœurs des Sauvages Américains, comparées aux mœurs des premiers temps, de Lafitau; l’Histoire des Indiens Américains, par Adair; les Voyages dans l’intérieur de l’Amérique septentrionale, de Carver,&ceux de Smith: les trois derniers sont en Anglois,&le second seulement vient d’être traduit en notre Langue.

L’Auteur ayant ajouté à son Ouvrage une Carte de Kentucke, je n’ai pas cru devoir la retrancher dans ma Traduction, &je pense que le Lecteur sera charmé de trouver réunies dans un même volume, la Description&la Carte d’un Pays si peu connu. J’ai traduit les noms des Rivieres, Postes,&c. toutes les fois que cela m’a été possible. On y trouve souvent le mot crique, qui a été adopté par plusieurs Voyageurs&Traducteurs François; il signifie un grand ruisseau, ou une petite riviere,&vient du mot creek, qui a la même signification en Anglois.

PRÉFACE
DE L’AUTEUR.

Table des matières

LA plupart des Géographes qui ont donné des Cartes ou des descriptions de l’Amérique, semblent ou n’avoir pas eu connoissance de Kentucke, ou avoir dédaigné ce Pays, quoiqu’il mérite bien d’être connu. Ceux qui en ont parlé, ont induit le Public en erreur, au lieu de l’éclairer. Toutes les Cartes de Kentucke que j’ai vues jusqu’à présent sont remplies de fautes: mais je puis dire avec vérité que je n’en connois aucune dans celle que je publie ici, soit d’après mes propres observations,&ce que j’ai vu moi-même, soit d’après les instructions que j’ai reçues des personnes qui ont bien voulu me favoriser de leurs lumieres,&qui connoissent parfaitement ce qui concerne cette Colonie, depuis son premier établissement.

Quand je visitai Kentucke, je trouvai ce territoire si supérieur à l’idée que je m’en étois faite, quoique j’en eusse conçu une opinion très-avantageuse, que je ne pus m’empêcher de plaindre le Public de n’avoir pas une relation fidelle de ce Pays. J’ai donc pensé qu’une description exacte,&une Carte de Kentucke seroient des objets intéressans pour les Etats-Unis;&de peur qu’on ne m’accuse d’altérer la vérité, je dois déclarer ici que ce n’est point par des vues d’intérêt que je me suis décidé à publier cet Ouvrage, mais feulement dans l’intention de faire connoître au Public l’heureuse température,&la fertilité de cette région favorisée du Ciel. J’imagine que le Lecteur ajoutera plus de foi à mon témoignage, quand il saura que je ne suis point habitant de Kentucke; mais que j’ai parcouru avec soin ce beau territoire, &qu’y ayant pris tous les renseignemens nécessaires, je me suis mis en état d’en publier une Histoire conforme à la vérité,&qu’enfin j’ai fait tous mes efforts pour écarter jusqu’aux apparences de l’erreur,

Certain de ma bonne volonté, j’ose espérer que le Public verra mon travail avec indulgence,&qu’il pardonnera facilement les imperfections qui pourront s’y trouver. Les trois personnes estimables qui ont daigné l’honorer de leur suffrage, les Colonels Boon, Todd &Harrod ont été des premiers colons de Kentucke,&connoissent parfaitement le Pays. Je déclare qu’ils m’ont beaucoup aidé dans la composition de cet Ouvrage, auquel ils ont contribué de tout leur pouvoir, par la feule considération du bien public. Je dois sur-tout des remerciemens au Colonel Boon, qui, de tous ceux maintenant vivans, est le premier qui ait eu connoissance de Kentucke, comme on le verra par le récit de ses aventures, qui m’ont paru curieuses&intéressantes,&que, pour cette raison, je publie ici, d’après ses propres expressions. J’espere que le Lecteur retirera quelqu’utilité de ce Livre. Ceux qui voudront voyager à Kentucke, y trouveront du moins un guide fidelle,&j’ose les assurer qu’ils n’y liront rien qu’ils ne puissent vérifier sur les lieux. N’ayant pour but que l’utilité générale, je n’ai rien omis de ce que j’ai cru devoir intéresser,&je suis entré dans les plus petits détails. Je desire que le succès réponde à mon attente.

JOHN FILSON.


HISTOIRE
DE KENTUCKE.

Table des matières

Découverte&achat du territoire.

ON croit que M. James Bride est le premier homme blanc qui ait eu connoissance de Kentucke. En1754, accompagne de quelques amis, il descendit l’Ohio dans des canots, aborda l’embouchure de la rivière Kentucke,&y marqua trois arbres, avec les premières lettres de son nom,&la date du jour&de l’année: ces inscriptions subsistent encore. Nos voyageurs reconnurent le pays,&retournèrent dans leurs habitations avec l’agréable nouvelle de la découverte d’une des plus belles contrées de l’Amérique septentrionale,& peut-être du monde entier. Depuis cette époque, ce pays fut négligé, jusques vers l’année1767, que M. John Frinley,& quelques autres personnes, commerçant avec les Naturels, pénétrèrent heureusement dans cette fertile région, maintenant appellée Kentucke,&connue alors des Naturels sous les noms de Terre d’Obscurité, Terre de Sang, Terre Moyenne. Ce pays frappa beaucoup M. Finley; mais il fut bientôt obligé d’en sortir, par les fuites d’une querelle qui s’éleva entre les commerçans&les Naturels;&il retourna chez lui dans la Caroline septentrionale, ou il communiqua fa découverte au colonel Daniel Boon,&a quelques personnes, qui, la regardant comme un objet très-important, résolurent en1769d’entreprendre un voyage, dans le dessein d’examiner ce pays. Après une longue&fatiguante marche, à l’ouest, dans des lieux sauvages&montueux, ils arrivèrent enfin sur les frontières de Kentucke;&du sommet d’une éminence, ils découvrirent, avec une surprise mêlée de joie, son superbe paysage. Ils y établirent un logement,&tandis que quelques-uns de la troupe allèrent chercher des provisions, qu’ils se procurèrent facilement, vu l’abondance du gibier, le colonel Boon &John Finley coururent le pays, qu’ils trouvèrent fort supérieur à leurs espérances, &ayant rejoint leurs compagnons, il les informèrent de leurs découvertes. Cependant malgré ces heureux commencemens, qui promettoient du succès, cette petite troupe n’éprouvant que des fatigues&des contre-temps, se découragea, fut pillée, dispersée&détruite par les Naturels, excepté le colonel Boon, qui continua d’habiter ces déserts jusqu’en1771, qu’il retourna chez lui.

Vers ce temps-là Kentucke attira l’attention de plusieurs personnes. Le docteur Walker de la Virginie, avec quelques compagnons, fit un voyage vers les parties occidentales pour tenter des découvertes? &tâcher de trouver l’Ohio: ensuite, lui &le Général Lewis, achetèrent au fort Stanwix, des Six Nations, les terres situées sur la rive septentrionale de Kentucke. Le colonel Dolnalson de Virginie, étant employé par l’État à tirer une ligne depuis six milles au-dessus de l’Isle-Longue, dans le Holstein, jusqu’aux montagnes de la grande Kenhawa, & y ayant trouvé une grande étendue d’excellent terrein, qu’on pourroit obtenir des Naturels, fut sollicité par les habitans de Clench&de Holstein, d’acheter des Six Nations, les terres situées sur la rive nord de Kentucke. Le colonel fit cette acquisition pour cinq cens livres sterlings en espèces. Il fut alors convenu de fixer une ligne pour servir de limites, a commencer de l’Isle-Longue, dans le Holstein, jusqu’à la source de Kentucke; de-là jusqu’à l’embouchure de cette même rivière,&de-là sur l’Ohio, jusqu’à l’embouchure de la grande Kenhawa. Mais l’État refusa de confirmer cette avantageuse acquisition.

Le colonel Henderson, de la Caroline septentrionale, informé par le colonel Boon des particularités du pays, conclut un traité avec les Cherokes à Wataga, en Mars1775,&acheta deux les terres situées sur la rive méridionale de Kentucke, pour six mille livres sterlings en espèces.

Aussi-tôt après cet achat, l’Etat de Virginie prit l’alarme, consentit a payer la somme pour laquelle le colonel Dolnalson s’étoit engagé,&contesta le droit d’achat du colonel Henderson, comme simple particulier d’un autre État,&comme ayant passé l’acte en son propre nom; néanmoins, à cause des grands services rendus à ce pays, &de l’acquisition importante que faisoit la Virginie à son occasion, cet État jugea à propos de lui céder une étendue de terrein d’environ deux cent mille acres, à l’embouchure de la rivière Verte,& de son côté l’Etat de la Caroline septentrionale lui en accorda la même quantité dans les vallées de Powel.

Depuis long-temps plusieurs tribus de Sauvages se disputoient ce pays; mais leurs titres, s’ils en avoient quelqu’un, n’étoient propres qu’à rendre douteux qui d’entr’eux devoient en être les vrais possesseurs. De-là cette fertile contrée étoit devenue un objet de dissention,&le théâtre de la guerre; d’où elle fut, avec raison, nommée Terre de Sang. Cependant leurs débats ne pouvant fixer le droit d’aucune tribu, aussi-tôt que M. Henderson&ses amis proposèrent l’achat, les Naturels consentirent à le vendre;&nonobstant les avantages considérables qu’ils en ont retirés, ils ont continué depuis à inquiéter les nouveaux Colons,

Situation&limites.

Le territoire de Kentucke est situé, dans sa partie centrale, environ vers le38e degré 30minutes de latitude septentrionale,& le85e de longitude;&sa position étant dans le cinquième climat, ses plus grands jours sont de14heures40minutes. Il est borné au nord par le grand Sandy-Creek; au nord-ouest par l’Ohio; au sud par la Caroline septentrionale; a l’est par les montagnes du Cumberland: il a environ250 milles en longueur,&200milles en largeur. Il est à présent divisé en trois comtés, Lincoln, la Fayette&Jefferson, dont les deux premiers sont bornés par l’Ohio,& la Fayette est séparé des deux autres dans sa partie septentrionale par la rivière Kentucke. On y a déja bâti huit villes, ou, pour mieux dire, bourgs,&plusieurs édifices: un plus grand nombre sont projettés.

Louisville aux chûtes de l’Ohio,&Beardstown sont dans le comté de Jefferson; Harrodsburg, Danville,&Boons-Burrow dans le comté de Lincoln; Lexington, Leestown&Greenville dans le comte de la Fayette; les deux dernières sont sur la rivière Kentucke. Dans ces villes,&dans plusieurs autres lieux, tant sur l’Ohio, que sur d’autres rivières, on a établi des magasins pour le tabac, qui peut y être cultivé avec beaucoup de succès; mais ce n’est pas le seul article de commerce que peut fournir le pays.

Rivières.

L’Ohio ou la Belle-Rivière borne Kentucke au nord-ouest dans toute son étendue. Sa largeur est d’environ un mille,& quelquefois moins. Elle peut porter de grands bateaux chargés. Son cours est au sud, 60degrés ouest,&elle reçoit nombre de grandes&petites rivières qui l’enrichissent de leurs eaux. Le seul désavantage qu’elle a, est un saut d’un mille&demi de long, d’un mille&un quart de large, appelle les Chûtes de l’Ohio. Là cette rivière coule sur un fond de rochers, dont la pente est tellement graduée, qu’elle ne paroît pas excéder en tout vingt pieds: en plusieurs endroits on peut remarquer qu’elle n’a que quelques pieds. Quand les eaux sont basses, il n’y a que de petits bateaux vuides qui puissent passer ce faut; leur cargaison doit être transportée par terre; mais quand elles sont hautes, les bateaux d’une certaine charge peuvent passer en sûreté. Excepté cet endroit, il n’y a point dans le monde de rivière plus propre à la navigation par bateaux. Outre l’Ohio, Kentucke est arrosé par huit petites rivières,&par plusieurs grands&petits ruisseaux, comme on peut le voir sur la Carte.

La rivière Licking, qui a sa source dans les montagnes avec la rivière Cumberland &la branche septentrionale de Kentucke, coule au nord-ouest l’espace de plus de cent milles,&reçoit dans son cours plusieurs ruisseaux; elle a environ mille verges de large à son embouchure.

La rivière Rouge prend sa source peu loin de la branche principale de la Licking, court au sud-ouest&va se jetter dans la rivière Kentucke; son étendue est d’environ six milles,&sa largeur de six verges, à son embouchure.

La rivière Kentucke naît de trois sources dans la partie montueuse du pays. Elle coule d’abord à l’ouest,&parvenue a la moitié de sa course elle se détourne au nord-ouest. Son cours est fort tortueux. Sa longueur est d’environ deux cent milles, &sa largeur de cent six verges.

L’Elkhorn est une petite rivière qui se jette dans la Kentucke; elle coule au nord-ouest-quart-ouest. Sa longueur est de six milles&sa largeur de six verges à son embouchure.

La rivière Dick se jette dans la Kentucke; elle coule au nord-ouest. Sa longueur est de six milles, de sa largeur de quarante-cinq verges à son embouchure.

La rivière Salée a quatre sources différentes, peu éloignées l’une de l’autre. Les sinuosités de cette rivière sont vraiment curieuses; ses diverses branches arrosent une grande étendue d’excellente terre,& se réunissent six milles avant de se décharger dans l’Ohio,&vingt milles au-dessous des Chûtes. Sa longueur est d’environ quatre-vingt-dix milles,&sa largeur à son embouchure, est de huit verges.

La rivière Verte coule à l’ouest,&son cours est d’environ cent six milles,&fort tortueux. Sa largeur est de huit milles à son embouchure, oui est deux cent trente nulles au-dessous des Chûtes.

La rivière Cumberland prend sa source peu loin de la branche nord de la rivière Kentucke, roule ses eaux autour des autres branches de la même rivière, à travers les montagnes, l’espace d’environ cent milles au sud; delà elle se détourne au sud-ouest où elle court environ cent milles, puis au sud&au sud-ouest deux cent six milles,&se jette dans l’Ohio, quatre cent treize milles environ au-dessous des Chûtes. Elle a deux cent verges de large dans toute son étendue,&trois cent à son embouchure. Elle traverse la Caroline septentrionale environ dans la moitié de son cours.

La grande Kenhawa, ou Nouvelle Rivière, naît dans la Caroline septentrionale, coule au nord&au nord-ouest environ cent milles,&se jette dana l’Ohio cent milles au-dessus des Chûtes. Sa largeur est de cent verges à son embouchure. Ces deux rivières sont, avec raison, regardées comme servant de limites aux Etats-Unis. Elles coulent dans un sens contraire, sont extrêmement larges;&il est a remarquer que la Clench, l’Holstein, la Nolachuckey &la French-Broad ont leur source entre ces deux rivières, ou plutôt à l’ouest de la grande Kenhawa,&que leur réunion forme la rivière Tenèse ou la Cherokee, qui coule à l’ouest&se jette dans l’Ohio, douze milles au-dessous de la Cumberland. Elle est très-large&arrose une grande étendue d’excellent terrein.

Ces rivières n’ont point de sauts,&elles sont navigables pour des bateaux presque à leur source, la plus grande partie de l’année. Le pays en général est uni,&l’on y trouve abondamment de la terre a chaux qui est ordinairement à six pieds de profondeur, excepté dans les endroits bas où coulent les rivières,&où l’on trouve un fond de roches.

Les sources&les rivières diminuent en Juin,&restent basses&non navigables, jusqu’en Novembre, où les pluies d’Automne ouvrent bientôt la navigation,& couvrent d’eau tout le pays; mais quoique les rivières diminuent, elles suffisent toujours pour les besoins ordinaires. Il y a plusieurs belles sources qui ne tarissent jamais; chaque Cultivateur en a une bonne au moins,&l’on peut aisément creuser d’excellents puits.

Nature du sol.

Le Pays est presqu’uni en quelques parties,&moins dans d’autres; ici l’on trouve des hauteurs, la des eaux en quantité. Les plaines ne sont point uniformes, mais coupées de plusieurs petites sources&de douces pentes, ce qui forme le plus beau coup-d’œil. Une grande partie du sol est extrêmement fertile, une autre l’est moins; il en est peu qui ne le soit point du tout. Les habitans distinguent ces divers terreins par les noms de terres de la première, seconde&troisième qualité;&à peine y rencontre-t-on un marais. Vers la source de la rivière Kentucke, il y a une hauteur ou un coteau à peu près de la grandeur d’une montagne, comme nous l’avons représenté sur la Carte.

Tout le terrein au-dessous de la grande Kenhawa jusqu’à la Licking, est mauvais, montueux,&en général peu fertile, excepté dans quelques vallées& sur les bords du petit&du grand Sandy-Creek, où il y a quelque terrein de la première qualité, mais plus encore de la seconde&de la troisième. On dit que près de cette rivière on voit un roc de sel pur. Sur la branche nord de la Licking on trouve une grande quantité de terrein de la première qualité. Cette branche coule presque parallèlement avec l’Ohio, dans une étendue considérable,&elle est éloignée d’environ sept milles de l’embouchure de Limestone-Creek, où il y a un excellent port pour les bateaux qui descendent l’Ohio. Il est à soixante-cinq milles de Lexington, où conduit une grande route assez belle. La principale branche de la Licking est à vingt-deux milles de Limestone; dans la partie du terrein qu’elle arrose, on y trouve des terres de la première qualité, mais beaucoup plus de la seconde&de la troisième, &vers sa source quelques hauteurs; c’est-là qu’on voit les Salines Bleues, deux belles sources salées, où l’on peut faire une grande quantité de sel,&aux environs desquelles le sol est pauvre jusqu’à une certaine distance, étant trop imprégné de ce minéral.

La branche méridionale de la Licking, ainsi que toutes les autres, arrose une grande quantité de terre de la première qualité, peu de la seconde, où il y a beaucoup de canes,&quelques salines& sources salées. Sur ces diverses branches de la Licking, il y a de fort bons emplacemens pour des moulins,&la navigation est facile depuis le point de leur réunion jusqu’à l’Ohio. La terre y est montueuse, en général pauvre, quoiqu’on trouve d’excellent terrein le long des eaux, &dans les vallées.

Les terres qu’arrose l’Elkhorn sont plus estimées, étant situées dans un vaste coude de la rivière Kentucke, où naît cette petite rivière, ou plutôt ce grand ruisseau. Il y a beaucoup de terrein de la première qualité aux environs de l’Elkhorn,&beaucoup de la seconde&troisième près de la rivière Kentucke. Toute cette étendue de pays est parfaitement bien située, couverte de canes, de seigle&de treffle. Une grande quantité de ruisseaux fournit de bons emplacemens pour des moulins.

Les terres au-dessous de l’embouchure de l’Elkhorn, sur Eagle Creek,&vers l’Ohio, sont montueuses&pauvres, excepté celles contenues dans le grand coude de l’Ohio, vis-à-vis la grande Miami, qui sont coupés par Big-bone Creek,&Bank-lick Creek, qui courent dans une direction opposée. Il y a dans cette partie beaucoup d’excellentes terres,&quelques hauteurs.

On trouve le long de la rivière Kentucke,&sur-tout vers fa source, plusieurs vallées fertiles. La terre est également bonne sur la rivière Rouge; mais à sa source, ainsi qu’à celle de la rivière Kentucke, le sol est inégal; cependant on y voit dans les vallées,&le long des eaux, une grande quantité de riche terrein. En général, le sol, dans l’espace d’un ou deux milles, de la rivière Kentucke, est de la troisième&quatrième qualité: à mesure qu’on s’en éloigne d’un côté ou de l’autre, on rencontre de meilleures terres. Le terrein à travers lequel passe cette rivière, doit être considéré, pour la plus grande partie, comme de niveau avec ses bords, ou plutôt ses précipices, dont la hauteur est de trois, &, & en quelques lieux, de quatre cent pieds: le spectateur placé sur leur sommet, croit voir un vaste canal. Nous renvoyons a l’article des curiosités de Kentucke, pour un plus grand détail à ce sujet.

La rivière Dick arrose une grande étendue de terrein de la première qualité, abondant par-tout en canes,&l’on trouve sur ses bords des lieux propres a des moulins. On y en a déjà construit plusieurs, dont quelques-uns sont représentés sur la Carte, &qui ne manquent point d’eau dans les faisons les plus sèches. Les bords de cette rivière, près de son embouchure, sont semblables à ceux de la rivière Kentucke. Sur les diverses branches de la rivière Salée, il y a aussi plusieurs lieux propres à des moulins. Elles se répandent à travers une grande étendue d’excellent terrein; mais le pays, depuis leur réunion en une seule branche, & quelques milles au-dessus vers l’Ohio espace qui peut être d’environ vingt-cinq milles, est uni&pauvre,&contient une grande quantité d’étangs. A une distance considérable de la source de cette rivière, la terre est de la première qualité, bien exposée,&abondante en canes. C’est sur cette rivière& sur la Dick que les habitans sont principalement établis, parce que c’est la partie la plus sûre contre les incursions des Sauvages.

La rivière Verte fournit de très-bons emplacemens pour des moulins; ses eaux ne tarissent jamais,&le terrein qu’elle parcourt est regardé comme le mieux arrosé de Kentucke. Sur ses bords on trouve des enfoncemens fertiles, quelques terres de la première qualité, mais beaucoup plus de la seconde&de la troisième; &à quelque distance, des élévations, des hauteurs,&des terres inégales&stériles. Au-dessous d’un ruisseau nommé Sinking, qui se jette dans cette rivière, à cinquante milles de l’Ohio, vers la rivière Salée, commence une vaste plaine, appelée les Déserts de la rivière Verte, laquelle s’étend jusqu’à l’Ohio. La plus grande partie de cette plaine est une terre fort bonne&unie: il n’y a point de bois, très peu d’eau, mais beaucoup de pâturages. Dans quelques parties de la rivière Verte il y a une grande quantité de canes, quelques salines,&des sources sulfureuses &bitumineuses. Au sud de la même rivière, dans les terres réservées pour les troupes continentales de l’état de Virginie, on a découvert depuis peu une mine de plomb très-riche. On trouve une mine de fer près de Rough Creeck, qui se jette dans cette rivière. Cette partie de la rivière Cumberland, qui est dans le territoire de Kentucke, arrose un terrein montueux&peu fertile, quoiqu’on trouve sur ses bords quelques endroits où le sol est assez bon. Les autres rivières dont j’ai parlé, savoir la grande Kenhawa,&la Tenese, ne sont point dans le territoire de Kentucke,& n’entrent point par conséquent dans mon plan.

Le lecteur, en jettant les yeux sur la Carte,&en considérant les sources de Licking, celles de la Kentucke, de la Dick, de la rivière Verte, les pays que ces rivières parcourent jusqu’à l’Ohio, peut voir, dans cette grande étendue d’environ cent milles quarrés, le territoire le plus extraordinaire que le soleil éclaire de ses rayons.

Le long des bords de l’Ohio, le grand réservoir de ces nombreuses rivières qui viennent des deux côtés lui apporter leurs eaux, l’on voit plusieurs belles vallées; &on observe qu’à chacune de ces vallées. correspond une montagne du côté opposé, les angles saillans&les angles rentrans des montagnes étant alternatifs des deux côtés.

Il ne me reste plus que deux mots à dire sur la nature du sol; savoir, qu’il y a près des Chûtes une grande quantité de terrein de la première qualité, qu’on nomme Bare-grass;&il suffira de remarquer que la terre au nord-ouest de l’Ohio, dont j’ai représenté sur la Carte quelques-uns des ruisseaux, est regardée par tous les voyageurs, comme très-fertile, unie,&bien arrosée.

Air&climat.

Cette contrée est plus tempérée&plus saine que les autres parties habitées de l’Amérique. En été on n’y restent point ces chaleurs brûlantes qu’éprouvent la Virginie&la Caroline,&les diverses rivières qui l’arrosent procurent un air rafraîchissant. Pendant l’hiver, qui dure au plus trois mois, communément deux,&qui est rarement rude, les habitans sont à l’abri du froid dans les maisons les plus mauvaises;&les bestiaux ont de quoi suppléer au fourrage. L’hiver commence ordinairement à la Noël,&finit le premier de Mars, mais ne s’étend pas au-delà, du milieu de ce mois. Rarement la neige tombe en grande quantité, ou dure long-temps. Les vents d’ouest apportent souvent des orages, que les vents d’est dissipent; mais il n’y a pas de règle fixe pour le temps à cet égard, comme dans les Etats du nord. Les vents d’ouest sont quelquefois nitreux&froids. Comme l’Ohio court dans cette direction (à l’ouest),&qu’il y a plusieurs montagnes dans ce canton, les vents d’ouest en soufflant le long de leur sommet, à travers les régions froides de l’air,&d’une longue étendue d’eau glacée, rassemblent le froid dans leur course,& l’amènent sur le territoire de Kentucke: néanmoins le temps n’y est pas aussi rude par l’effet de ces vents, que dans la Pensylvanie, lorsque ces mêmes vents y soufflent. La température de l’air&les saisons dépendent beaucoup des vents, quant au chaud&au froid, à la sécheresse&à l’humidité.

Sol&productions.

Le sol de Kentucke est un terreau léger, &très-noir, sans mélange de sable, d’environ deux ou trois pieds de profondeur dans les terres de la première qualité,&très-abondant dans toutes ses productions. En quelques endroits le terreau tire sur le brun. Dans d’autres les bois sont de peu de valeur, fuite naturelle d’un trop riche sol,&ressemblent à ces forêts depuis peu éclaircies, où l’on ne voit que quelques troncs épars. Ces endroits, au reste, ne sont pas considérables;&le territoire en général peut être regardé comme bien boisé, produisant de grands arbres de plusieurs genres,&ne le cédant a aucun autre par leur variété. Nous allons donner une idée des végétaux particuliers a Kentucke.

La cane à sucre vient par-tout en abondance,&fournit d’excellent sucre à toutes les familles.

Le gleditsia (honcy-locust est hérissé de grandes pointes aiguës; il porte de longues&larges gousses en forme de pois, qui ont une saveur douce,&servent à faire de la bière.

Le casier ressemble beaucoup au chêne noir (black oak); il est touffu,&porte aussi une gousse qui contient le café, dont la qualité est excellente.

Le pappa-tree est un arbrisseau qui porte un excellent fruit, très-semblable au concombre, pour la forme&la grosseur,& d’une saveur douce.

Le concombre (cucumber tree) est une plante basse, dont les feuilles sont remarquables: il porte un fruit très-ressemblant au concombre, dont il a pris le nom,

Il y a un grand nombre de mûriers noirs.

Le cerisier sauvage y est très-abondant, d’une hauteur considérable,&fournit aux habitans le bois de charpente pour tous leurs bâtimens.

Il y a aussi du buce-kye, petit arbrisseau, qui porte un fruit noir remarquable,& quelques autres espèces non communes.

On voit une grande quantité d’excellentes canes, au milieu desquelles le bétail paît, &s’engraisse. Cette plante en général parvient à la hauteur de trois à douze pieds: elle est d’une substance dure, avec des nœuds à huit ou dix pouces de distance le long de la tige, d’où s’élèvent des feuilles semblables à celles du saule. Il y a plusieurs bois de cette plante, si épais&si hauts, qu’il est difficile d’y passer à travers.

Dans les endroits où il ne vient point de canes, il y a du seigle, du trefle&de l’herbe à bison (buffalo-grass) qui couvrent une vaste étendue de pays,&procurent un excellent pâturage pour le bétail.

Les champs sont couverts d’un grand nombre de plantes sauvages, qu’on ne voit point ailleurs. On y trouve la salade shawanèse, la laitue sauvage, le poivre en herbe (pepper-grass),&plusieurs autres, non connues des habitans, mais qui sans doute ont de grandes vertus.

On y voit la plus belle couronne impériale (crown-impérial) qu’il y ait dans le monde, la fleur du cardinal, (cardinal flower, ) si vantée par sa couleur écarlate. Pendant toute l’année, excepté les trois mois de l’hiver, les plaines&les vallées sont ornées d’une variété de fleurs de la plus grande beauté. On y trouve encore le laurier à tulipe (tulip-bearing laurel-tree) ou magnolia, dont le parfum est délicieux,&qui porte des fleurs&des graines plusieurs mois de suite.

Ce territoire est très-riche dans ses terres hautes,&surpasse les plus excellens terreins bas du continent. Quand il est cultivé, il produit communément cinquante &soixante boisseaux par acre;&j’ai entendu dire par des personnes très-dignes de foi, que, dans une saison, une acre de terre a voit produit plus de cent boisseaux de bon grain. Les terres de la première qualité sont aussi riches en froment; mais elles perdent un peu de leur fertilité après quatre ou cinq ans de culture.

Le colonel Harrod, habitant distingué de Kentucke,&très-digne de foi, a fait depuis peu des essais sur la production des petits grains,&il assure qu’il a eu trente-cinq boisseaux de froment,&cinquante boisseaux de seigle par acre.

D’après une évaluation modérée, je crois qu’en général la terre peut produire environ trente boisseaux de froment&de seigle par acre;&c’est-là l’opinion générale des habitans. On peut supposer que l’orge&l’avoine y croîtroient abondamment, quoiqu’on n’en ait pas fait des épreuves suffisantes. Le fol est très-favorable au lin&au chanvre, à la navette, a la patate&au coton, qui y viennent en abondance;&les terres de seconde, troisième&quatrième qualité, sont tout aussi propres pour le petit grain. Ce que nous venons de dire sur une fertilité aussi étonnante pourra paroître incroyable à quelques personnes; mais c’est la pure vérité. Chaque cultivateur peut avoir un bon jardin ou un pré, sans arrosage ou engrais, dans l’endroit qui lui convient le plus. Le sol, qui n’est pas aride de sa nature, est communément bien arrosé par les eaux du ciel.

On trouve beaucoup de mines de fer &de plomb; mais nous ne savons pas qu’on en ait découvert aucune d’argent ou d’or.

Les rivières de l’ouest abondent en poissons&en oiseaux. Les poissons que fournissent les eaux de l’Ohio, sont le poisson-bison (buffalo-fish), d’une grandeur assez considérable,&le poisson-chat (cat-fish), qui pèse quelquefois plus de cent livres. On a pris à Kentucke des saumons pesant trente livres. Le mulet, le rochet, (rock), la perche, (perch), le gar-fish, l’anguille, y sont en abondance. On dit qu’il n’y a point de truites dans les rivières de l’ouest. Il y a quantité de suceurs (suckers), de poissons-soleil (sun-fish),& autres poissons a crochets (hook-fish); mais il n’y a ni alose, ni hareng. On peut supposer avec un certain degré de certitude, qu’il y a dans ce territoire de grands aquéducs souterrains, garnis de poissons, &d’où sortent en divers lieux de belles sources, qui abondent en diverses espèces de poissons a crochet (hook-fish). Sur ces sources,&spécialement sur l’Ohio, on trouve un nombre surprenant d’oies&de canards.

Les oiseaux de terre sont le coq d’inde (turkey), qui est très-commun; le faisan, la perdrix,&le corbeau; la perruche, (perraquet), oiseau qui ressemble beaucoup à un perroquet, (parrot), mais qui est plus petit; la bécasses à bec d’ivoire (the ivory-bill wood-cock), d’une couleur blanchâtre, avec un plumet blanc,&qui vole en poussant des cris très-aigus. On assure que le bec de cet oiseau est de pur ivoire, particularité remarquable dans la race volatile. Le grand chat-huant ressemble à celui des autres climats; mais il en diffère singulièrement par sa voix; car souvent il pousse un cri étrange&surprenant, comme un homme dans le plus grand péril.

Les serpens n’y sont pas nombreux,& ressemblent à ceux des autres parties du continent, excepté trois espèces particulières. Les marais y sont rares,& par conséquent les grenouilles&autres reptiles, si communs où il y a des eaux stagnantes. Il n’y a d’autres essaims d’abeilles, que ceux introduits par les habitans actuels, encore sont-ils en petit nombre.

Quadrupèdes.

Parmi les animaux naturels a Kentucke on trouve l’urus, ou zorax, décrit par César, que nous nommons bison, (buffalo). Il ressemble beaucoup au bœuf: sa tête est fort grande, ses cornes épaisses, courtes &recourbée, il est plus gros devant que derrière. Sur ses épaules est une grande masse de chair, couverte d’une tousse fort épaisse, d’une longue laine&de poils frisés, d’un brun foncé. Cet animal ne marche pas comme notre bétail; mais il saute tout d’un coup sur ses pieds: le devant de sa tête est large, son extérieur grossier, ses jambes courtes; mais il court fort vîte,&ne se détourne jamais quand il est poursuivi, excepté pour éviter les arbres. Il pèse depuis cinq cens jusqu’à mille livres: sa chair fournit une excellente nourriture,&supplée en plusieurs endroits au bœuf: sa peau forme un fort bon cuir. J’ai entendu un chasseur assurer avoir vu plus de mille bisons en troupe aux Salines Blues, tant ils étoient nombreux avant que les premiers Colons eussent été à la chasse de ces animaux. Il y en reste encore un grand nombre dans les parties éloignées de cet établissement. Ils paissent sur les canes& l’herbage, comme les autres bêtes à cornes, & sont fort paisibles&point méchans.

On trouve plusieurs bêtes fauves, élans &ours, dans le territoire, mais beaucoup plus encore vers les frontières. Il y a aussi des panthères, des chats sauvages,&des loups.

Les rivières abondent en castors, (beavers) loutres, (otters, ) minks,&rats à musc, (muskrats). Les animaux communs aux autres parties du continent s’y trouvent aussi, tels que le renard, le lapin, l’écureuil, le racoon, l’hérisson, (groun-dhog), le putois, (pole-cate),&l’opposum. Plusieurs espèces d’animaux domestiques ont été introduits par les nouveaux Colons, tels que le cheval, le bœuf, le mouton,&le cochon, lesquels ont prodigieusement multiplié, ayant la liberté de courir à travers les bois, sans gardien,&n’étant amenés aux habitations que quand on en a besoin.

Habitans.

On tient un registre exact de tous les habitans mâles depuis l’âge de seize ans, qui sont taxés pour fournir aux dépenses du Gouvernement, sous le nom de Décimables: d’après ce registre, en supposant que ceux ainsi enrôlés forment la quatrième partie de tous les habitans, nous pouvons conclure que Kentucke contient à présent environ trente mille ames; tant a été rapide la formation de cet établissement en peu d’années. Le nombre en augmente journellement par l’arrivée de nouveaux Colons,&plusieurs sont attendus cette automne; ce qui donne des espérances bien fondées que ce territoire sera extrêmement peuplé en fort peu de temps.

Les habitans n’ont pas à présent de très-belles maisons, comme c’est l’ordinaire dans un pays nouvellement habité. En général ils sont polis, humains, hospitaliers,&fort complaisans. Venant de diverses parties du continent, ils ont une diversité de mœurs, de coutumes&de religions, qui pourront un jour devenir uniformes. Néanmoins comme unis à l’Etat de Virginie, ils sont gouvernés par ses sages loix, qui y sont observées avec beaucoup d’exactitude&de dignité. Il y a des écoles pour l’éducation des enfans,&un collège établi par un acte de l’Assemblée de Virginie, sous la direction de commissaires ou curateurs, avec des terres pour fournir à son entretien. Le ministre Jean Iodd de Virginie a fait présent à ce collège d’une belle bibliothèque.

Les Anabaptistes les premiers ont établi un culte public a Kentucke,&les Presbytériens ont formé trois grandes congrégations près le fort d’Harrod,&ont engagé le ministre David Rice, de Virginie, à être leur Pasteur. A Lexington, qui est a trente-cinq milles du fort d’Harrod, ils ont formé une autre grande congrégation,&invité le ministre Rankin de Virginie, à venir exercer parmi eux la même fonction. Il n’y a point d’autre société religieuse, quoique diverses sectes aient de nombreux partisans. Mais de ces premiers mouvemens, on peut espérer que Kentucke un jour brillera éminemment en science&en piété,&c’est-là l’objet des vœux de tous les citoyens vertueux.

Curiosités.

Parmi les curiosités naturelles de ce territoire, les bords tortueux, ou plutôt, les précipices de Kentucke,&de la rivière Dick, méritent le premier rang. Les yeux étonnés y voient presque par-tout trois ou quatre cent pieds d’une roche calcaire, coupée à pic; dans quelques endroits, un beau marbre blanc, curieusement façonné en arches, ou en colonnes, ou entassé sur une belle pierre à bâtir. Ces précipices, comme je l’ai déjà observé, ressemblent aux côtés d’une tranchée profonde, ou d’un canal; la terre au-dessus étant unie, excepté aux endroits où les ruisseaux se jettent,&couronnée de bosquets de cèdres rouges. On ne peut traverser cette rivière que dans certains lieux, l’un desquels est digne d’admiration: c’est un grand chemin pratiqué par les bisons,& assez large pour des charriots, d’une pente douce, depuis le sommet jusqu’au bas d’une éminence très-grande&escarpée, fort près de la rivière, au-dessus de Lees-Town.

On y trouve des grotes prodigieusement grandes, dans quelques-unes desquelles on peut avancer plusieurs milles sous une belle roche calcaire, soutenue par des arches&des piliers très-curieux. Presque toutes ces grotes ont quelque source d’eau.

Peu loin de la source de la rivière Salée, on a depuis peu découvert un grand lac souterrain. Le Colonel Bowman dit qu’accompagné d’un curieux, il en a parcouru un semblable pendant quatre heures, &qu’il en a fait le tour. Le même Colonel parle d’un autre lac qui ressemble à une fournaise,&contient beaucoup de soufre. Un voyageur pourroit prendre dans quelqu’un de ces souterrains une idée de l’antique Cahos.

Il paroît qu’il y a une grande quantité de soufre&de sel dans ce pays. On voit a Boonsburrow une source qui jette constamment des particules sulfureuses;&près du même lieu est une source salée. Il y a une autre source sulfureuse sur Four Mile Creek, une troisième sur la rivière Verte, &d’autres ailleurs, lesquelles fournissent abondamment cet utile minéral.

Il y a trois sources ou étangs de bitume près de la rivière Verte, lesquels ne forment point de courant, mais se jettent dans un réservoir commun: quand on se sert de ce bitume dans les lampes, il fait le même effet que la meilleure huile.

Plusieurs lieux fournissent du vitriol, qu’on peut se procurer facilement,&qui dans son état naturel suffit pour l’usage des habitans; quand il est épuré, il égale le plus beau qu’on puisse trouver dans le monde.

Il y a un banc d’alun au sud de la rivière Cumberland, situé au bas d’un rocher projetté sur cette rivière. Dans son état actuel il a l’apparence&possède les vertus de ce minéral,&quand il est purifié, c’est un alun parfait.

Il y a plusieurs sources salées, dont la situation est marquée sur la Carte, qui jettent continuellement une eau, dont on fait une grande quantité de beau sel. Jusqu’à présent il n’y en a qu’une qui soit fréquentée: on la nomme Saline de Bullet: elle fournit assez de sel pour tout Kentucke &même pour en exporter une partie aux Illinois. Le sel se vend à présent douze shelings le boisseau: mais comme on a commencé à exploiter quelques autres salines, il n’est pas douteux que cet article de nécessité ne soit bientôt à meilleur marché. Les salines de Drenne, de Bigbone, &les salines Bleues fournissent des ruisseaux d’eau salée. La saline Nob,&plusieurs autres ne fournissent point d’eau,&ne sont autre chose que de la terre glaise, mêlée avec des particules salines. Le bétail vient brouter sur ces salines,&réduit les hauteurs en vallées. D’innombrables troupeaux de bisons qui s’y rassemblent, remplissent le voyageur d’étonnement&de crainte, sur-tout quand il voit les chemins immenses qu’ils ont tracés de tout côté, chemins qu’on croiroit devoir conduire à de grandes villes. Le terrein qui, est autour de ces salines est tout dévasté, comme s’il avoit été ravagé par l’ennemi, &les hauteurs, dont il est rempli, sont enfin applanies par les dégâts continuels de ces énormes troupeaux. Ce sont-là de vraies curiosités, que les yeux ne peuvent se rassasier de contempler.

On trouve peu loin de la saline de Bigbone une source d’eau minérale, qui guérit parfaitement la gale par un seul bain: l’expérience pourra dans la fuite y découvrir d’autres vertus. Il y en a une autre de même nature près de la saline de Drennen.

On voit près de Lexington des tombeaux très-curieux, pleins de squelettes humains. Voici de quelle manière ils sont disposés. Un plan de pierres longues& larges sert de base à l’édifice: sur ce premier plan horisontal sont placés les corps, séparés l’un de l’autre par un rang de pierres perpendiculaire,&recouverts par un autre plan horisontal, qui sert de base pour un nouveau rang de corps. Telle est la construction de ces tombeaux, où il n’entre point de mortier,&qui deviennent toujours plus étroits jusqu’à hauteur d’un homme. Cette méthode d’enterrer les morts paroît totalement différente de celle pratiquée aujourd’hui par les Sauvages. Quant à nos conjectures sur ce sujet, nous renvoyons le Lecteur à l’endroit où nous parlerons des Indiens.

On trouve sur une source salée, près de l’Ohio, de grands os, excédant de beaucoup la grandeur de toutes les espèces d’animaux actuellement existant en Amérique. Les têtes paroissent avoir eu environ trois pieds de long, les côtes sept,&les os de la cuisse environ quatre; l’un de ces os est déposé dans la bibliothèque de Philadelphie,&pèse, dit-on, soixante &dix-huit livres. Les défenses ont plus de trois pieds de long, les dents environ cinq pouces de large,&huit de long. Ces os ont également excité l’admiration de l’ignorant,&fixé l’attention du philosophe. On en a envoyé des échantillons en France&en Angleterre, ou on les a examinés avec le plus grand soin,&décidé, par la comparaison qu’on en a faite, qu’ils appartiennent à la même espèce d’animaux qui a produit ces autres os fossiles qu’on a découverts dans la Tartarie, le Chili,&autres lieux, soit de l’ancien, soit du nouveau Monde. Mais quel est cet animal; pourquoi trouve-t-on ses restes dans des régions si éloignées l’une de l’autre,&en existe-t-il l’analogue à présent? Ce sont-là des questions dont la solution est de la plus grande difficulté. L’ignorant&superstitieux Tartare les attribue à un monstre qu’ils nomment Maimon, qui, disent-ils, habite ordinairement au fond des rivières,&sur lequel ils rapportent mille histoires merveilleuses. Mais comme c’est-là une assertion totalement dénuée de preuves,&même de probabilité, elle a été avec raison rejettée par les savans. D’un autre côté, il est certain que de tels quadrupèdes amphibies n’existent pas dans notre Amérique. Ces os ressemblent beaucoup à ceux de l’éléphant. Il n’y a point d’autre animal terrestre maintenant connu assez grand pour les fournir. Les défenses dont ils sont également pourvus, donnent également de véritable ivoire, comme celles de l’éléphant. Ces ressemblances extérieures ont généralement fait conclure aux observateurs superficiels, qu’ils ne peuvent appartenir qu’à ce roi des quadrupèdes; & quand ils attirèrent l’attention des philosophes, ceux-ci parurent souscrire à cette opinion. Mais si la chose étoit ainsi, d’où vient que l’espèce entière a disparu de l’Amérique? L’industrie des Péruviens n’auroit-elle pas civilisé l’éléphant, animal si laborieux&si docile, s’il s’en fût trouvé dans leur pays, eux qui réduisirent en servitude&soumirent à une éducation des espèces très-inférieures, telles que le Lama &le Paca? D’où vient que l’on trouve ces os dans des climats où l’éléphant, naturel à la zone torride, ne peut même subsister dans son état sauvage,&où il ne propagera jamais dans un état de servitude? Ces difficultés sont assez fortes pour ébranler la crédulité même,&à la fin ont excité le docteur Hunter à faire de nouvelles recherches. Ce célèbre anatomiste s’étant procuré des échantillons trouvés près de l’Ohio, les examina avec cette attention scrupuleuse qui le caractérise. Il découvrit une différence considérable entre la forme&la structure de ces os,&ceux de l’éléphant. Considérant la forme des dents, il observa qu’elles doivent avoir appartenu a un animal carnivore. Or la constitution de l’éléphant est étrangère à une telle nourriture,&ses machoires sont totalement dépourvues de dents pour cet usage. Il conclut de tout cela, à la satisfaction des naturalistes, que ces os appartiennent à un quadrupède inconnu,&dont l’espèce est probablement éteinte, à moins qu’on ne puisse la trouver dans le vaste continent de la nouvelle Hollande, dont l’intérieur n’a point encore été visité par la curiosité ou l’avidité des hommes civivilisés. Mais quoi! un aussi grand chaînon de la chaîne qui unit tous les êtres de la nature, a donc pu disparoître de la surface du globe? Heureux l’homme qui tient encore à cette chaîne! Quel ennemi formidable à l’espèce humaine devoit être un animai aussi grand que l’éléphant,&qui étoit certainement le tyran des forêts,& dévoroit peut-être l’homme même! Les Nations de cette partie du nouveau Monde qui nourrissoit ces monstres, ont dû être dans des alarmes perpétuelles. Sans doute les diverses Tribus, suspendant leurs animosités, auront réuni leurs forces, jusqu’à ce qu’elles soient parvenues à exterminer entièrement cet ennemi commun qui menaçoit leur vie. Nous devons probablement à cette réunion de forces, un fait, qui est peut-être unique dans son espèce, l’extinction totale d’une race d’animaux dans le systême de la nature.

Droits de terre.

Les propriétaires des terres de Kentucke obtiennent leurs patentes de Virginie,& leurs droits sont de trois espèces: ils viennent ou du service militaire, ou d’établissement&de préemption, ou des lettres du trésor. Les droits militaires appartiennent aux officiers, ou à leurs représentans, comme une récompense de leurs services rendus dans l’une des deux dernieres guerres. Les droits d’établissement&de préemption viennent d’occupation. Tout homme qui, avant Mars1780, avoit demeuré un an dans le pays, ou fait une récolte de blé, étoit regardé comme ayant un établissement de quatre cent acres,&une préemption attenante de mille acres. Tout homme qui avoit seulement bâti une cabane, ou sait quelque amélioration, soit par lui-même, soit par d’autres, étoit revêtu des titres de préemption de mille acres, à l’endroit où cette amélioration avoit été faite.

En Mars1780, les droits d’établissement &de préemption cessèrent,&ceux des lettres du trésor furent établies, lesquels autorisent le possesseur à prendre à titre de ferme une quantité de terre déterminée, en quelque lieu de la Virginie qu’il en trouve de vacante.

La manière de procéder dans ce cas pouvant être utile au lecteur, nous l’exposerons ici. L’acquéreur va au bureau des terres, (il y en a un dans chaque Comté) prend une copie de l’acte d’acquisition,& arpente son terrein. L’acte&le certificat de cet arpentage doit être déposé au bureau, où trois mois après il est enregistré: il prend copie de l’enregistrement deux mois après,&la dépose entre les mains du greffier du bureau des terres de Kentucke, où elle reste six mois, afin que les premiers fermiers puissent avoir le temps &la facilité de mettre empêchement,& prouver leurs droits, s’ils en ont de légitimes. S’il n’y a nul empêchement durant cet intervale, l’acte&le certificat sont envoyés au bureau des terres à Richemond, dans la Virginie,&on accorde trois mois au propriétaire pour retirer ses patentes.

La validité du droit de la Virginie sur ce grand territoire occidental a été disputée par quelques-uns, mais sans raisons. Les limites occidentales de cet Etat, d’après la charte, modifiée par le traité de Paris de 1763, sont fixées à l’Ohio. C’est la Virginie qui a acheté le sol des Naturels,&y a établi des loix sages pour la conduite&le gouvernement des habitans; d’où il faut conclure que le droit de la Virginie sur Kentucke est aussi permanent que l’indépendance de l’Amérique.

Commerce de Kentucke.

Une situation favorable pour le commerce est le grand point, d’où dépendent principalement la population, les richesses &le bonheur d’un État. Je suis persuadé que plusieurs regarderont la situation de Kentucke comme peu propre au commerce. J’avoue même que la première fois que je visitai ce pays, j’étois dans l’opinion des gens mal informés, qui pensent qu’il n’y a pas de meilleure voie pour le transport des marchandises à Kentuche, que celle de Philadelphie ou de Baltimore à Pittsburg&delà par l’Ohio en suivant son cours;&qu’à raison des difficultés&des dépenses inévitables de cette route, les denrées seroient toujours cheres. Depuis j’ai rejeté cette opinion, comme l’effet de l’ignorance du commerce par le Mississipi, à partir de la Nouvelle-Orléans, ou de Mantchac, près de la rivière ou ruisseau d’Iberville.

Ceux qui connoissent l’Amérique, savent que le Mississipi&l’Ohio sont les clefs des parties septentrionales de ce nouveau Continent. Ce sont les deux principaux canaux par lesquels cette vaste région, arrosée de leurs eaux,&enrichie par les différentes branches qu’ils reçoivent, communique avec la mer,&ils peuvent véritablement être considérés comme le grand passage fait par la main de la Nature, pour une infinité d’objets utiles&propres sur-tout à contribuer au bonheur&aux commodités du genre humain, parmi lesquels assurément, le transport des productions de cette immense&fertile contrée, située a l’ouest des États-Unis, n’est pas le moindre. Pour donner une juste idée de l’heureuse situation de cet important territoire pour le commerce, nous allons mettre sous les yeux du Lecteur, une description succincte de ces rivières,&de quelques autres qu’elles reçoivent.

L’Ohio commence à Pittsburg, 320 milles à l’ouest de Philadelphie: cette rivière est formée par la réunion de l’Alleghany& la Monangahela;&après avoir roulé ses eaux dans la direction du sud, 60dégrés ouest, elle se jette dans le Mississipi, 1074 milles au-dessous de Pittsburg, a cause des divers détours qu’elle fait. Le seul endroit ou la navigation est empêchée sur cette rivière, c’est aux Chûtes, ainsi qu’on l’a expliqué plus haut: mais on les passe sans danger quand les eaux sont hautes.

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16 января 2025
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150 стр. 1 иллюстрация
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4064066331559
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