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Claude-Henri de Saint-Simon
Du système industriel

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066330507
Table des matières
PRÉFACE.
INTRODUCTION.
CONSIDÉRATIONS SUR LES MESURES A PRENDRE POUR TERMINER LA RÉVOLUTION.
II e LETTRE.
PREMIER FAIT.
SECOND FAIT.
TROISIEME FAIT.
QUATRIEME FAIT.
CINQUIÈME FAIT.
III e LETTRE.
PREMIÈRE OBSERVATION.
SECONDE OBSERVATION.
TROISIÈME OBSERVATION.
IV e LETTRE.
AU ROI.
AU ROI, ET A MESSIEURS LES AGRICULTEURS, NÉGOCIANS, MANUFACTURIERS ET AUTRES INDUSTRIELS QUI SONT MEMBRES DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS, SUR LES MESURES A PRENDRE POUR TERMINER LA RÉVOLUTION.
DEUXIÈME CORRESPONDANCE AVEC MESSIEURS LES INDUSTRIELS.
AVERTISSEMENT.
II e LETTRE,
III e LETTRE.
LETTRE D’ENVOI.
LETTRES SUR LES BOURBONS ADRESSÉES AU ROI ET AUX INDUSTRIELS.
PREMIÈRE LETTRE, SERVANT D’INTRODUCTION. AU ROI.
II e LETTRE. AU ROI.
III e LETTRE. A MESSIEURS LES INDUSTRIELS.
IV e LETTRE. A MESSIEURS LES INDUSTRIELS.
V e LETTRE. A MESSIEURS LES INDUSTRIELS.
VI e LETTRE. RÉSUMÉ DES LETTRES SUR LES BOURBONS.
AU ROI ET AUX INDUSTRIELS.
A MESSIEURS LES CULTIVATEURS,
ADRESSE AUX PHILANTHROPES.
PRÉFACE.
Table des matières
LA crise dans laquelle le corps politique se trouve engagé depuis trente ans, a pour cause fondamentale le changement total de système social, qui tend à s’opérer aujourd’hui, chez les nations les plus civilisées, en résultat final de toutes les modifications que l’ancien ordre politique a successivement éprouvées jusqu’à ce jour. En termes plus précis, cette crise consiste essentiellement dans le passage du système féodal et théologique au système industriel et scientifique. Elle durera, inévitablement, jusqu’à ce que la formation du nouveau système soit en pleine activité.
Ces vérités fondamentales ont été jusqu’à présent, et sont encore également ignorées des gouvernés et des gouvernails; ou plutôt elles n’ont été et ne sont senties, par les uns et par les autres, que d’une manière vague et incomplète, absolument insuffisante. Le dix-neuvième siècle est encore dominé par le caractère critique du dix-huitième; il ne s’est point encore investi du caractère organisateur qui doit lui être propre. Telle est la véritable cause première de l’effrayante prolongation de la crise, et des orages terribles dont elle a été accompagnée jusqu’ici. Mais cette crise cessera de toute nécessite, ou du moins elle se changera en un simple mouvement moral, aussitôt que nous nous serons élevés au rôle éminent que la marche de la civilisation nous assigne, aussitôt que les forces temporelles et spirituelles qui doivent entrer en activité seront sorties de leur inertie.
Le travail philosophique, dont je présente aujourd’hui au public un premier fragment, aura pour but général de développer et de prouver les importantes propositions qui viennent d’être sommairement énoncées; de fixer le plus possible l’attention générale sur le véritable caractère de la grande réorganisation sociale réservée au dix-neuvième siècle; de démontrer que cette réorganisation, graduellement préparée par tous les progrès que la civilisation a faits jusqu’à présent, est aujourd’hui parvenue à sa pleine maturité, et qu’elle ne peut être ajournée sans les plus graves inconvéniens; d’indiquer, d’une manière nette et précise, la marche à suivre pour l’opérer avec calme, avec sûreté, et avec promptitude, malgré les obstacles réels; en un mot, de concourir, autant qu’il est au pouvoir de la philosophie, a déterminer la formation du système industriel et scientifique, dont l’établissement peut seul mettre un terme à la tourmente sociale actuelle.
La doctrine industrielle, j’ose l’avancer hardiment, serait entendue avec facilité, et admise sans beaucoup d’efforts, si la plupart des esprits étaient placés au point de vue convenable pour la saisir et pour la juger. Malheureusement il n’en est point ainsi. Des habitudes d’esprit vicieuses et profondément enracinées, s’opposent à l’intelligence de cette doctrine dans presque toutes les têtes. La table rase de Bacon serait infiniment plus nécessaire pour les idées politiques que pour toutes les autres; et, par cela même, elle doit éprouver, relativement à cette classe d’idées, beaucoup plus de difficultés.
L’embarras que les savans ont éprouvé pour façonner au véritable esprit de l’astronomie et de la chimie, des têtes jusqu’alors habituées à considérer ces sciences à la manière des astrologues et des alchimistes, se manifeste aujourd’hui par rapport à la politique, à laquelle il s’agit de faire subir un changement analogue, le passage du conjectural au positif, du métaphysique au physique.
Obligé de lutter contre des habitudes opiniâtres et universellement répandues, je crois qu’il est utile d’aller au-devant d’elles, et d’anticiper un peu sur une partie de mon travail, en expliquant ici, d’une manière générale et sommaire, l’influence qu’ont obtenue et que conservent en politique les doctrines vagues et métaphysiques, l’erreur qui les fait prendre pour la politique véritable, et enfin la nécessité de les abandonner aujourd’hui.
Le système industriel et scientifique a pris naissance, et S’est développé sous la domination du système féodal et théologique. Or, ce simple rapprochement suffit pour faire sentn qu’entre deux systèmes aussi absolument antipathiques, il a dû exister une sorte de système intermédiaire et vague, uniquement destiné à modifier l’ancien système de manière à permettre le développement du système nouveau, et, plus tard, à opérer la transition. C’est le fait historique général le plus facile à deviner d’après les données que j’ai mises en regard. Aucun changement ne peut s’effectuer que par degrés au temporel comme au spirituel. Ici, le changement était tellement grand, et, d’un autre côté, le système féodal et théologique répugnait tellement par sa nature à toutes les modifications, qu’il a fallu, pour qu’elles pussent avoir lieu, l’action spéciale continuée pendant plusieurs siècles, de classes particulières dérivées de l’ancien système, mais distinctes, et jusqu’à un certain point, indépendantes de lui, et qui ont dû conséquemment, par le seul fait de leur existence politique, constituer au sein de la société ce que j’appelle par abstraction un système intermédiaire et transitif. Ces classes ont été au temporel celle des légistes, et au spirituel, celle des métaphysiciens qui se sont étroitement combinées dans leur action politique, comme la féodalité et la théologie, comme l’industrie et les sciences d’observation.
Le fait général que je viens d’indiquer est de la plus haute importance. Il est une des données fondamentales qui doivent servir de base à la théorie positive de la politique. C’est celle qu’il importe le plus aujourd’hui de bien éclaircir, parce que le vague et l’obscurité dont elle a été enveloppée jusqu’à ce jour, sont ce qui complique le plus aujourd’hui les idées politiques, ce qui cause presque toutes les divagations.
Il serait absolument inphilosophique de ne pas reconnaître l’utile et remarquable influence exercée par les légistes et les métaphysiciens, pour modifier le système féodal et théologique, et pour empêcher qu’il n’étouffât le système industriel et scientifique, dès ses premiers développemens. L’abolition des justices féodales, l’établissement d’une jurisprudence moins oppressive et plus régulière, sont dus aux légistes. Que de fois, en France, l’action des parlemens n’a-t-elle pas servi à garantir l’industrie contre la féodalité! Reprocher à ces corps leur ambition, c’est blâmer des effets inévitables d’une cause utile, raisonnable et nécessaire; c’est se tenir à côté de la question. Quant aux métaphysiciens, c’est à eux qu’on doit la réforme du seizième siècle, et l’établissement du principe de la liberté de conscience qui a sapé dans sa base le pouvoir théologique.
Je sortirais des bornes d’une préface en insistant davantage sur des observations que tout esprit juste développera aisément, d’après les indications précédentes. Pour moi, je déclare que je ne conçois point du tout comment l’ancien système aurait pu se modifier, et le nouveau se développer sans l’intervention des légistes et des métaphysiciens,
D’un autre côté, s’il est absurde de nier la part spéciale d’utilité des légistes et des métaphysiciens pour l’avancement de la civilisation, il est très dangereux de s’exagérer cette utilité, ou, pour mieux dire, d’en méconnaître la véritable nature. Par le fait même de sa destination, l’influence politique des légistes et des métaphysiciens était bornée à une existence passagère, puisqu’elle n’était que modificatrice et transitive, et nullement organisatrice. Elle a eu rempli toute sa fonction naturelle, du moment que l’ancien système a perdu la majeure partie de sa puissance, et que les forces du nouveau sont devenues réellement prépondérantes dans la société, au temporel et au spirituel. Close à ce point qui est complétement atteint depuis le milieu du siècle dernier, la carrière politique des légistes et des métaphysiciens n’eût pas cessé d’être utile et honorable, tandis qu’elle est effectivement devenue tout-à-fait nuisible, pour avoir dépassé sa limite naturelle.
Quand la révolution française s’est déclarée, il ne s’agissait plus de modifier le système féodal et théologique, qui avait déjà perdu presque toutes ses forces réelles. Il était question d’organiser le système industriel et scientifique, appelé par l’état de la civilisation à le remplacer. C’étaient, par conséquent, les industriels et les savans qui devaient occuper la scène politique, chacun dans leurs rôles naturels. Au lieu de cela, les légistes se sont mis à la tête de la révolution, ils l’ont dirigée avec les doctrines des métaphysiciens. Il est superflu de rappeler quelles singulières divagations en ont été la suite, et quels malheurs sont résultés de ces divagations. Mais il faut remarquer avec soin que, malgré cette immense expérience, les légistes et les métaphysiciens sont encore restés sans interruption à la tête des affaires, et qu’eux seuls aujourd’hui dirigent toutes les discussions politiques.
Cette expérience, quelque coûteuse qu’elle ait été, et quelque décisive qu’elle soit réellement, continuerait à demeurer stérile, à cause de sa complication, si on ne montrait point, par une analyse directe, la nécessité absolue de retirer aux légistes et aux métaphysiciens l’influence politique universelle qu’on leur accorde, et qui ne tient qu’à l’opinion présumée de l’excellence de leurs doctrines. Mais il est très facile de prouver que les doctrines des légistes et des métaphysiciens, sont aujourd’hui, par leur nature, tout-à-fait impropres à diriger convenablement l’action politique, soit des gouvernans, soit des gouvernés. Cet obstacle est tellement grand, qu’il fait disparaître, pour ainsi dire, l’avantage que peuvent présenter les capacités individuelles, quelque brillantes qu’elles soient.
Les esprits un peu éclairés reconnaissent bien aujourd’hui la nécessité d’une refonte générale du système social; ce besoin est devenu tellement imminent qu’il faut bien qu’il soit senti. Mais l’erreur capitale, qui est généralement commise à cet égard, consiste à croire que le nouveau système à édifier doit avoir pour base les doctrines des légistes et des métaphysiciens. Cette erreur ne se maintient que parce qu’on ne remonte point assez haut dans la série des observations politiques, et que les faits généraux ne sont point assez profondément examinés, ou, pour mieux dire, parce qu’on ne fonde point encore sur les faits historiques généraux les raisonnemens politiques. Sans cela on ne saurait se tromper au point de prendre une modification du système social, une modification qui a eu tout son effet, et qui ne peut plus jouer aucun rôle, pour un véritable changement de ce système.
Les légistes et les métaphysiciens sont sujets à prendre la forme pour le fonds, et les mots pour des choses. De là l’idée généralement admise de la multiplicité presque infinie des systèmes politiques. Mais, dans le fait, il n’y a et il ne peut y avoir que deux systèmes d’organisation sociale réellement distincts, le système féodal ou militaire, et le système industriel; et au spirituel, un système de croyances et un système de démonstrations positives. Toute la durée possible de l’espèce humaine civilisée est nécessairement partagée entre ces deux grands systèmes de société. Il n’y a en effet pour une nation, comme pour un individu, que deux buts d’activité, ou la conquête ou le travail, auxquels correspondent spirituellement ou les croyances aveugles, ou les démonstrations scientifiques, c’est-à-dire, fondées sur des observations positives. Or, il faut que le but d’activité générale soit changé pour que le système social le soit réellement. Tous les autres perfectionnemens, quelque importans qu’ils puissent être, ne sont que des modifications, c’est-à-dire, des changemens de forme et non de système. La métaphysique peut seule faire envisager les choses différemment par la malheureuse habileté qu’elle donne à confondre ce qui doit être distinct, et à distinguer ce qui doit être confondu.
La société a été organisée d’une manière nette et caractéristique, pendant que le système féodal ou militaire a été en pleine vigueur, parce qu’elle a eu alors un but d’activité clair et déterminé, celui d’exerçer une grande action guerrière, but pour lequel toutes les parties du corps politique ont été coordonnées. Elle tend aussi à s’organiser aujourd’hui d’une manière plus parfaite, et non moins nette et caractéristique, pour le but d’activité industriel, vers lequel également seront dirigées en faisceau toutes les forces sociales. Mais depuis la décadence du système féodal ou militaire jusqu’à présent, la société n’a point été réellement organisée, parce que les deux buts ayant été menés de front, l’ordre politique n’a eu qu’un caractère bâtard. Or, ce qui était utile et nécessaire même, comme état de choses transitoire et préparatoire, deviendrait évidemment absurde comme système permanent, aujourd’hui que la transition est vraiment terminée sous les rapports principaux. C’est là où conduisent néanmoins les doctrines des légistes et des métaphysiciens.
On ne saurait trop le répéter, il faut un but d’activité à une société, sans quoi il n’y a point de système politique. Or, légiférer n’est point un but, ce ne peut être qu’un moyen. Ne serait-il pas étrange qu’en résultat de tous les progrès de la civilisation, les hommes fussent arrivés aujourd’hui à se réunir en sociétés, dans le but de se faire des lois les uns aux autres? Ce serait là, sans doute, le sublime de la mystification. Ne semblerait-il pas voir des hommes qui se réuniraient gravement afin de tracer de nouvelles conventions pour les échecs, et qui se croiraient des joueurs? Une absurdité aussi manifeste est néanmoins naturelle, et conséquemment excusable dans les légistes, dont le jugement est ordinairement vicié par l’habitude de ne considérer que les formes. Mais de la part des industriels, habitués, au contraire, à ne considérer en tout que le fonds, la prolongation d’une telle erreur serait absolument inexcusable.
Revenons donc à la saine manière d’envisager les choses. Reconnaissons que l’influence des légistes et des métaphysiciens a été long-temps utile en modifiant le système féodal et théologique, et en facilitant par là le développement du système industriel et scientifique. Mais reconnaissons aussi que, par cela même, cette influence était destinée à s’éteindre après avoir atteint son but, et qu’elle a par conséquent perdu aujourd’hui toute son utilité, puisque la modification de l’ancien système est telle, qu’il n’a plus assez de force pour continuer à servir de base à la société, et que le système nouveau est tellement développé, qu’il n’attend plus qu’une impulsion d’activité pour se constituer à la tête du corps social. Les légistes et les métaphysiciens ont garanti le nouveau système dans son enfance contre l’action de l’ancien système dans la plénitude de l’âge; mais depuis que l’enfant est devenu adulte, et que l’homme mûr est devenu caduc, toute intervention est inutile et nuisible, et le nouvel homme doit traiter directement avec le vieillard.
Aujourd’hui, en effet, l’intérposition des légistes et des métaphysiciens entre l’ancien système et le nouveau est la cause principale de l’inextricable confusion des idées politiques; c’est elle qui nous masque l’entrée du régime industriel. Mais que cet intermédiaire soit écarté, que les rapports entre les deux systèmes opposés deviennent directs, et tout ce chaos se débrouillera comme par enchantement. On s’expliquera, on s’entendra; on ne pensera plus qu’une société puisse subsister sans but d’activité; et on reconnaîtra que, puisque l’ancien but militaire ne peut plus exister aujourd’hui, il faut s’occuper sans délai de s’organiser pour le but industriel. Les classes féodale et théologique sentiront qu’elles n’ont aucun moyen de lutter contre les industriels et les savans pour empêcher la constitution définitive du nouveau système. Les industriels et les savans sentiront à leur tour qu’ils doivent dédommager les classes anciennes de la clôture de leur carrière politique en leur facilitant l’entrée de la carrière nouvelle.
J’ai peut-être trop insisté pour ce moment sur le fait fondamental que je viens d’examiner. Mais il est d’une telle importance pour l’éclaircissement des idées politiques, que je ne saurais regretter cette extension. J’espère qu’elle facilitera l’intelligence de mon ouvrage en indiquant au lecteur le point exact d’opposition avec les idées généralement admises; car cet exposé a pour objet essentiel de préciser plus nettement que je n’aurais pu le faire de toute autre manière, le véritable caractère du système industriel, en faisant sentir la différence absolue qui le distingue du système vaguement libéral, avec lequel on est porté à le confondre. En un mot, j’ai voulu exprimer la séparation de la politique scientifique, basée sur des séries coordonnées de faits historiques généraux, d’avec la politique métaphysique, fondée sur des suppositions abstraites plus ou moins vagues et plus ou moins creuses, qui ne sont qu’une nuance de la théologie.
Je n’ai considéré, dans tout ce qui précède, le grand mouvement moral auquel la société est appelée aujourd’hui, que sous le rapport du changement fondamental à opérer dans les doctrines. Mais il est un autre point de vue que je ne dois pas négliger d’indiquer en peu de mots dans cette Préface.
Les idées et les sentimens se tiennent et se correspondent nécessairement. Tout grand mouvement dans les idées en exige un semblable dans les sentimens. Sous ce rapport, la philanthropie est l’analogue et l’auxiliaire indispensable de la philosophie. Pour déterminer le grand mouvement philosophique qui doit avoir pour objet la refonte des idées générales, il est indispensable que l’activité philanthropique se développe dans tous les hommes susceptibles de sentimens élevés et généreux. La décadence des doctrines générales anciennes a laissé développer l’égoïsme, qui envahit de jour en jour la société, et qui s’oppose éminemment à la formation des nouvelles doctrines. Il faut donc mettre en jeu la philanthropie pour le combattre et pour le terrasser. Cette action n’est pas moins nécessaire que celle de la philosophie, et même elle doit la précéder. C’est pourquoi j’ai cru devoir, dès ce premier fragment de mon travail, faire un appel aux philanthropes, c’est-à-dire, à tous les hommes doués de sentimens généreux, quelle que soit leur existence sociale: qu’ils appartiennent à l’ancien système, ou au système nouveau, ou au système transitoire, cet appel terminera ce premier écrit.
Ce volume se compose de Lettres qui ont été envoyées aux personnes à qui elles sont adressées, depuis le mois de juin1820jusqu’en janvier1821.
Cette Correspondance a pour objet de faire monter, par une pente douce, jusqu’au point de vue élevé d’où les choses sont envisagées dans l’Adresse aux Philanthropes, qui la termine.
INTRODUCTION.
Table des matières
DEUX factions qui luttent avec acharnement pour la possession exclusive des pouvoirs existans, que chacune d’elles considère, par des motifs différens, comme sa propriété naturelle; un gouvernement qui cherche à se garantir des tentatives de l’une et de l’autre, mais qui se croit néanmoins obligé de satisfaire leur avidité commune, en répartissant, d’une manière plus ou moins égale, les bénéfices de l’administration entre les deux classes rivales d’ambitieux; enfin, des industriels de tous genres, cultivateurs, fabricans et négocians, qui se lamentent de porter deux bâts, qui désirent vivement de ne plus servir de pâture aux intrigans de toute espèce, mais qui n’ont aucune idée nette, ni aucune volonté arrêtée, sur la marche à suivre pour cela, et qui, par suite, restent spectateurs passifs de la lutte, attendant avec bonhomie qu’une portion de ceux qui vivent ou qui aspirent à vivre de l’intrigue et du gaspillage, les délivre généreusement du gaspillage et de l’intrigue: tel est, en raccourci, le tableau que présente la scène politique actuelle, à tout observateur impartial et éclairé; tel a été, jusquà présent, le triste résultat d’une révolution dont le but était manifestement, dès l’origine, l’organisation d’un régime économique et libéral, ayant pour objet direct et unique de procurer la plus grande source de bien-être possible à la classe laborieuse et productrice, qui constitue, dans notre état de civilisation, la véritable société.
Quelles sont les causes qui, en détournant notre révolution de son but primitif, ont amené et retiennent la société dans le déplorable état où elle se trouve aujourd’hui? Quels sont les moyens de l’en faire sortir, d’établir l’ordre et la prospérité sur des bases solides? Telles sont les deux questions générales intimement liées entre elles, dont je présente ici un premier éclaircissement.
Le caractère essentiel de cet écrit, celui que je désire principalement avoir rendu sensible, c’est le rapprochement, ou, pour mieux dire, la communauté que j’établis partout entre les intérêts de la royauté et ceux des industriels. La combinaison de ces deux forces a été la pensée dominante qui a occupé mon esprit pendant tout le cours de ce travail: j’aurai atteint mon but le plus important, si je puis obtenir que l’attention des industriels, ainsi que celle des vrais amis de la royauté, se fixe sérieusement sur ce point fondamental.
Pour faire sentir aux deux parties intéressées toute l’importance de ce rapprochement, j’ai tâché de leur démontrer séparément: 1o. Que la principale déviation de la révolution a consisté dans la faute commise par la royauté de se séparer des communes, peu de temps après l’ouverture des états-généraux; et par les communes, de se laisser bientôt entraîner dans une direction hostile à l’égard de la royauté, au lieu de persister, des deux côtés, dans une combinaison de forces politiques dont la bonté était éprouvée, tant pour la royauté que pour les communes, par une expérience de plusieurs siècles: 2o. Que, par conséquent, le besoin le plus pressant, dans l’état actuel des choses, pour la royauté et pour les communes, est de revenir immédiatement à cette sage combinaison.
Je fais observer à la royauté, que, si le but réel de la révolution a été manqué jusqu’à présent, et précisément même parce qu’il l’a été, il n’en a pas moins continué de subsister, et il subsiste encore dans toute sa force et dans toute son étendue, excepté que les principaux obstacles à son accomplissement ont été levés; car, pour les corps politiques comme pour les individus, tout besoin réel dure nécessairement jusqu’à ce qu’il ait été satisfait, et il se prononce avec d’autant plus d’énergie, qu’on tarde plus long-temps à le satisfaire. Ainsi, la révolution est loin bien d’être terminée, et elle ne peut l’être que par l’entier accomplissement du but que la marche des choses lui a assigné, c’est-à-dire, par la formation du nouveau système politique.
Il n’est au pouvoir d’aucune force humaine de faire rétrograder ce mouvement naturel, ni même de n’y obéir qu’à demi: ce qu’il peut y avoir de plus avantageux pour la royauté, c’est de se placer à sa tête.
Considérant ensuite la question, quant à l’intérêt particulier et immédiat du pouvoir royal, je prouve que le besoin impérieux de sa conservation lui fait une loi pressante de se liguer le plus promptement et le plus complétement possible avec les industriels, qui peuvent seuls protéger efficacement la royauté contre les attaques de la féodalité napoléonienne. Je fais voir que les préventions du Gouvernement contre l’attachement des industriels à la royauté entre les mains de la dynastie actuelle, ne sont nullement fondées. Les industriels étant par position essentiellement amis de l’ordre, et n’ayant en vue, sous le rapport politique, que l’établissement d’un système d’administration économique et utile à l’industrie, il n’y aurait point de possibilité qu’il se formât en eux le moindre désir d’un changement de dynastie, aussitôt que le pouvoir royal aurait clairement prononcé l’intention de faire cause commune avec eux, et d’abandonner à elles-mêmes les deux classes de frélons qui vivent à leurs dépens. Dès ce moment, on verroit les industriels prendre une attitude qui ôterait absolument tout espoir de succès aux ambitieux qui espèrent opérer le renversement de la dynastie actuelle pour placer sur le trône un roi de leur façon.
En m’adressant, d’une autre part, aux industriels, je leur fais voir que le moment est arrivé pour eux d’entrer en activité politique, et de s’occuper directement de leurs intérêts généraux, sans prendre plus long-temps des conseils hors de leur sein, excepté parmi les savans occupés de la culture des sciences d’observation, avec lesquels ils doivent se regarder comme ne faisant qu’un seul et même corps; j’établis que tous les fléaux dont ils ont été accablés depuis le commencement de la révolution, ont eu pour cause première et générale leur inertie politique, leur obstination à confier aux légistes la conduite de leurs intérêts sociaux. Je tâche de leur faire sentir combien il est absurde, de leur part, d’attendre d’autres que deux-mêmes la formation d’un régime économique, et conçu dans l’intérêt de la culture, de la fabrication et du commerce, puisqu’ils sont les seuls qui puissent avoir à la fois et la volonté réelle, et la capacité d’établir un tel système. Je m’efforce de les convaincre que leur inertie est aujourd’hui la seule difficulté véritable qu’ils aient à surmonter, puisque leurs forces sont, sous tous les rapports, et au plus haut degré, prépondérantes.
Raisonnant d’après ces données, je conclus que, si le pouvoir royal, éclairé sur ses plus chers intérêts, se décide à prendre les mesures nécessaires pour mettre les industriels en activité politique, ils devront s’empresser de marcher avec confiance dans la route qui leur sera ouverte. Dans le cas contraire, l’intérêt de la royauté, comme le leur propre, leur fait une loi de prendre l’initiative à cet égard. Dans l’une ou l’autre supposition, le premier acte politique des industriels doit être une déclaration solennelle et énergique qu’ils veulent formellement le maintien de la royauté entre les mains des Bourbons. Cette déclaration est indispensable pour faire cesser les tentatives turbulentes des ambitieux, en leur ôtant tout espoir de succès. Je fais voir aux industriels que les préventions que les bonapartistes tendent à leur inspirer sur le désir des Bourbons de prolonger la durée des pouvoirs abusifs, sont absolument chimériques; car les Bourbons doivent évidemment tenir beaucoup plus à jouir du pouvoir avec sécurité (ce que la protection des industriels leur garantirait pleinement) qu’à l’étendre au-delà de ce qui est nécessaire dans l’état actuel de la société.
Les conclusions générales de cet écrit, relativement aux industriels et à la royauté, sont donc que ces deux puissances ont le plus grand intérêt à s’unir, et que cette combinaison ne saurait être ni trop prompte ni trop intime.
Mais ce résultat n’était point suffisant. Trop souvent on a donné, soit au gouvernement, soit aux peuples, des conseils qui, bien que justes au fond, n’ont pu être d’aucune efficacité réelle, faute d’avoir été assez précisés, et d’avoir indiqué des moyens d’exécution susceptibles d’être mis sur-le-champ en activité. J’ai donc cru devoir compléter mon travail en proposant des mesures administratives immédiatement applicables, et qui ont pour objet de commencer à former la ligue des industriels et de la royauté, pour travailler à la coordination et à l’établissement du nouveau système politique. Ces mesures peuvent, d’un côté, être mises facilement à exécution, dès ce moment, par le pouvoir royal, s’il se décide à les adopter. D’un autre côté, je prouve aux industriels qu’ils ont des moyens simples et légaux de déterminer promptement leur adoption par la royauté, au cas où celle-ci serait assez aveuglée pour n’en pas reconnaître avant eux l’efficacité.
On peut voir, par ce court aperçu, que mon travail se compose de trois sortes de considérations. J’établis d’abord la nécessité, pour les industriels et pour la royauté, de combiner leurs forces; j’expose ensuite les mesures qui peuvent commencer à mettre cette combinaison en activité; enfin, je fais voir que ces mesures sont susceptibles d’une exécution facile et immédiate.
CONSIDÉRATIONS
SUR LES MESURES A PRENDRE
POUR
TERMINER LA RÉVOLUTION.
Table des matières
A MESSIEURS
LES AGRICULTEURS, NÉGOCIANS, MANUFACTURIERS, ET AUTRES INDUSTRIELS QUI SONT MEMBRES DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS.
PREMIÈRE LETTRE.
MESSIEURS,
Sous les rapports les plus essentiels, ce sont les légistes et les métaphysiciens qui dirigent aujourd’hui les affaires publiques: ils occupent les places les plus importantes du Gouvernement; leur opinion est prépondérante dans le conseil d’état; ils ont la majorité dans la chambre des députés; on peut même les considérer comme étant entièrement maîtres de cette chambre, car ce sont eux qui ont fourni des chefs aux deux partis qui , la composent. En un mot, les légistes et les métaphysiciens dominent, au moment actuel, la société dans toutes ses parties et sous tous ses rapports politiques; ce sont eux qui dirigent les gouvernans; ce sont eux aussi qui dirigent les gouvernés; ce sont eux qui font les plans des ultrà; ce sont eux qui font les calculs ministériels; ce sont eux enfin qui combinent pour les libéraux les moyens de s’opposer au retour de l’ancien régime.
Messieurs, les légistes et les métaphysiciens s’occupent beaucoup plus des formes que du fond, des mots que des choses, des principes que des faits; ils ne sont point habitués à diriger leur attention et leurs travaux vers un but unique, fixe et déterminé: or, de tout cela, il doit résulter, et il résulte en effet que leur esprit s’égare souvent dans le labyrinthe des idées abstraites; et de tout cela je tire la conclusion suivante:
Tant que ce seront les légistes et les métaphysiciens qui dirigeront les affaires publiques, la révolution n’atteindra point son terme, le Roi et la Nation ne sortiront point de la position précaire dans laquelle ils vivent depuis trente ans, un ordre de choses stables ne s’établira point.
Messieurs, permettez–moi de vous faire une question que j’adresse en même temps à tous les cultivateurs, négocians et manufacturiers de France;
Je vous demande:
Io. Si c’est à un légiste que vous vous adressez, quand vous avez besoin d’un conseil relativement à une affaire de culture, de commerce, ou de fabrication;
2o. Si c’est à un légiste que vous confiez le soin de vos affaires, quand vous vous absentez de votre maison.
A cela vous me répondrez unanimement que vous regardez les légistes comme des faiseurs de phrases, qu’ils vous paraissent embrouiller tout ce qu’ils veulent éclaircir; et que, loin de chercher à les introduire dans la direction de vos entreprises, vous évitez avec le plus grand soin d’avoir avec eux d’autres rapports que ceux qui résultent des relations générales, existantes entre tous les membres de la grande société. En un mot, vous déclarez qu’une maison d’industrie vous paraît perdue quand elle se trouve forcée, par les circonstances, à placer son gouvernail dans les mains d’un légiste.
Votre réponse, Messieurs, est un aveu formel que votre conduite politique actuelle n’est pas celle que vous devriez tenir; car chacun de vous déclarant que les légistes ne sont nullement capables de diriger les intérêts particuliers des agriculteurs, des négocians et des fabricans, il résulte de la collection de vos déclarations individuelles la reconnaissance générale de la faute que vous avez commise, et que vous commettez encore journellement en vous laissant guider par les légistes dans les réclamations que vous faites pour les intérêts généraux de la culture, du commerce et de la fabrication.
Si vous voulez demander des conseils (et je crois que ce sera très bien vu de votre part), c’est aux physiciens, aux chimistes et aux physiologistes, en un mot aux savans qui composent l’Académie des Sciences, et à ceux qui méritent d’y être admis, que vous devez vous adresser. Il n’y a aucun rapport entre vos occupations et celles des légistes. Les objets sur lesquels vous fixez votre attention ne sont pas les mêmes. Les facultés intellectuelles qu’ils exercent, et celles que vous exercez, sont essentiellement différentes: c’est leur esprit qui est toujours en jeu, et ils tendent le plus ordinairement à la subtilité et à l’argutie, tandis que vous rejetez loin de vous toute opération que votre simple bon sens n’est pas en état de juger.
Cessez de vous laisser conduire par les légistes, renoncez à l’existence politique subalterne dont vous vous êtes contentés jusqu’à ce jour; élevez-vous à la hauteur des circonstances où vous vous trouvez, elles vous sont extrêmement favorables; un seul effort généreux suffira pour vous placer en première ligne; faites-vous une opinion qui vous soit propre, formez un parti qui soit le vôtre.
Examinez les précédens, c’est-à-dire, observez la marche que la civilisation a suivie jusqu’à présent, et vous reconnaîtrez qu’il résulte évidemment de notre passé politique, que la révolution française ne se terminera qu’à l’époque où l’administration des affaires nationales sera organisée de la manière la plus convenable pour assurer la prospérité de l’agriculture, du commerce et de la fabrication.
Vous reconnaîtrez aussi que cette évidence générale donne naissance à plusieurs évidences secondaires, particulièrement aux quatre suivantes:
Io. Il est clair que le parti dont l’objet direct sera de déterminer le Gouvernement à s’organiser de la manière la plus favorable pour la prospérité de l’industrie, triomphera de tous les partis, et qu’il terminera la révolution.
2o. Il est également clair que le noyau du parti qui terminera la révolution se composera principalement de cultivateurs, de négocians, d’artistes et de manufacturiers.
3o. Il est hors de doute que si la révolution, qui dure déjà depuis plus de trente années, n’est pas plus avancée, c’est par la raison qu’aucun des partis qui se sont formés ne s’est trouvé composé de la manière convenable; c’est par la raison que les industriels n’ont joué encore qu’un rôle passif en politique.
4o. Enfin, il est évident que votre position de membres de la chambre des députés vous appelle à former le noyau du parti industriel.
Cette première lettre sera suivie de plusieurs autres que j’aurai l’honneur de vous adresser avant l’ouverture de la prochaine session: je vous soumettrai, dans cette correspondance, un plan de conduite politique que j’ai conçu pour vous. Ce plan est simple; il n’a rien de métaphysique; il m’a été dicté par le bon sens, et le bon sens vous suffira pour le juger.
Son exécution, qui n’offrira pas de grandes difficultés, assurera à la maison de Bourbon la paisible jouissance de la royauté héréditaire; elle garantira aux riches le maintien de la tranquillité publique; elle assurera aux pauvres la plus grande masse de travail que la société puisse leur procurer, et elle diminuera successivement l’impôt énorme et toujours croissant que la nation supporte sans qu’il en résulte d’avantages pour elle.
J’ai l’honneur d’être, Messieurs, avec le plus entier dévouement aux intérêts politiques des industriels,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
HENRI SAINT-SIMON.
IIe LETTRE.
Table des matières
MESSIEURS,
Je vous ai annoncé, dans ma Lettre précédente, que je vous indiquerais des moyens d’un succès certain, pour déterminer le Roi à prendre les mesures les plus propres pour assurer la prospérité de la culture, du commerce et de l’industrie manufacturière;
Je vous ai déclaré que les moyens que je vous indiquerais seraient pacifiques, légaux et d’une exécution peu difficile;
Je vous ai promis de vous faire connaître la manière de vous y prendre pour forcer le Gouvernement à réformer l’administration des affaires publiques, pour le réduire à la nécessité (bien chagrinante a son gré) d’opérer la suppression des places et des dépenses inutiles;
Je vous ai dit, enfin, que je vous ferais atteindre ce but, sans vous exposer, un seul moment, au reproche d’avoir manqué au respect dû à Sa Majesté.
Je m’empresse, Messieurs, de vous renouveler les engagemens que j’ai contractés à cet égard; mais je vous observe, en même temps, que ce ne sera point au début de cette correspondance que je vous exposerai l’ensemble du projet que j’ai conçu pour l’industrie française.
Si j’ajourne la communication que je dois vous donner de ce projet, ce n’est pas (comme vous pourriez le penser) parce que je ne me trouve point en mesure de m’expliquer nettement à ce sujet; mes idées à cet égard sont complétement éclaircies, car mon travail est prêt:
C’est par la raison que je ne fixerais pas suffisamment votre attention sur mon travail, si je vous le présentais trop brusquement;
C’est par la raison qu’il se trouve une condition préliminaire que je dois remplir avant d’entrer en matière: cette condition est de développer en vous le sentiment des forces, des moyens et de la capacité politique des industriels.
Je commencerai donc, Messieurs, par appeler toute votre attention sur les vérités suivantes.
PREMIER FAIT.
Table des matières
MESSIEURS,
Il y a plus de vingt-cinq millions de Français qui sont occupés de travaux relatifs à la culture, au commerce ou à la fabrication: ainsi les industriels sont en grande majorité dans la nation française.
Ainsi, le Roi ayant admis le principe politique, que la nation doit être gouvernée dans l’intérêt du plus grand nombre des Français, les cultivateurs, les négocians et les manufacturiers ont le droit de demander à Sa Majesté que l’administration des affaires publiques soit organisée de la manière la plus convenable pour assurer la prospérité de la culture, du commerce et de la fabrication.
Ainsi, d’une autre part, les cultivateurs, les négocians et les manufacturiers (leurs ouvriers compris), étant dans la proportion de plus de –cinquante contre un à l’égard des autres citoyens, ils se trouvent investis d’une force physique beaucoup plus considérable qu’il n’est nécessaire pour comprimer et même pour dissoudre entièrement toutes les factions qui ont empêché, jusqu’à ce jour, et qui empêchent encore le Roi d’adopter des principes d’administration générale qui soient conformes aux intérêts des industriels.
SECOND FAIT.
Table des matières
MESSIEURS,
Ce sont incontestablement les cultivateurs, les négocians et les manufacturiers (parmi lesquels je comprends les artistes) qui ont produit toutes les richesses qui existent en France.
Ce sont eux aussi qui possèdent la majeure partie des richesses acquises; car tous les magasins de quelque importance leur appartiennent.
Les industriels sont donc investis de la plus grande partie de la force pécuniaire possédée par la nation française.
Or, il est évident que la prépondérance pécuniaire des industriels sur les autres Français suffirait, à elle seule, pour leur donner les moyens de forcer le Gouvernement à s’organiser conformément aux intérêts des cultivateurs, des négocians et des manufacturiers.
TROISIEME FAIT.
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MESSIEURS,
Les efforts d’intelligence les plus grands, les plus positifs et les plus utiles sont faits par les cultivateurs, par les négocians, par les artistes et par les manufacturiers, ainsi que par les physiciens, parles chimistes et par les physiologistes qui font corps avec eux, et qui doivent être considérés aussi comme des industriels, puisqu’ils travaillent à découvrir et à coordonner les faits généraux propres à servir de base à toutes les combinaisons de culture, de commerce et de la fabrication.
Ainsi, les industriels ont une supériorité très prononcée et très positive d’intelligence acquise sur les autres Français.
Ils sont donc en état de faire de meilleures combinaisons qu’eux;
Ils sont donc capables de combiner la marche qu’ils doivent suivre pour déterminer le gouvernement à s’organiser dans leur intérêt, qui est l’intérêt général, c’est-à-dire l’intérêt de la majorité.
QUATRIEME FAIT.
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MESSIEURS,
Les travaux auxquels se livrent les industriels ont différens degrés de généralité, et il résulte de cette disposition fondamentale une sorte de hiérarchie entre les différentes classes qui composent cette masse énorme de citoyens actifs pour la production.
Ainsi, les industriels peuvent et doivent être considérés comme ayant une organisation et comme formant une corporation.
Et, en effet, tous les cultivateurs et les autres fabricans sont liés entre eux par la classe des commerçans, et tous les négocians ont, dans les banquiers, des agens qui leur sont communs; de manière que les banquiers peuvent et doivent être, considérés comme les agens généraux de l’industrie.
Dans cet état de choses, il est facile aux industriels de se combiner et d’agir de concert pour leurs intérêts politiques.
Dans cet état de choses, les premières maisons de banque de Paris se trouvent appelées à diriger l’action politique des industriels;
Dans cet état de choses, la morale impose aux chefs de ces maisons l’obligation de travailler à la formation du parti industriel;
Dans cet état de choses, enfin, le plus puissant et le plus actif de tous les stimulans pousse les chefs des premières maisons de banque de Paris à planter le drapeau industriel; car la carrière qui leur est ouverte, comme agens généraux des intérêts politiques de l’industrie, est celle qui peut leur procurer le plus d’estime, de considération, de bonheur et de richesses.
CINQUIÈME FAIT.
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MESSIEURS,
Dans l’état présent de la civilisation, la première capacité politique est la capacité en administration; le ministère le plus important est celui des finances, et le gouvernant qui acquerrait la plus grande réputation, serait celui qui produirait le meilleur projet de budget; c’est-à-dire le projet de ce genre le plus conforme aux intérêts des cultivateurs, des négocians et des manufacturiers.
Or, les industriels sont de tous les Français ceux qui ont fait les meilleures études en administration, parce que leurs capitaux sont toujours en activité, parce que les capitaux qu’ils font valoir sont, par l’effet de leur crédit, triples de ceux qu’ils possèdent, de manière que les fautes qu’ils commettent en administration se trouvent avoir soixante fois plus d’inconvéniens que celles dans lesquelles tombent les autres citoyens qui, dans toutes les directions publiques et privées, n’ont habituellement que des revenus à gérer.
Et il résulte évidemment du fait que les industriels sont les citoyens les plus capables en administration:
1o. Que c’est un industriel qui doit être chargé de concevoir le projet du budget;
2o. Que les industriels les plus éclairés doivent être chargés de discuter ce projet avant qu’il soit soumis à l’examen des chambres;
3o. Que tout citoyen employé dans les administrations publiques doit avoir fait son apprentissage dans les administrations industrielles.
J’ai l’honneur d’être,
MESSIEURS
Votre très humble et très
obéissant serviteur.
IIIe LETTRE.
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MESSIEUR,
Déjà depuis long-temps les industriels sont individuellement libres: ils sont entièrement indépendans des individus attaches aux autres classes de la société; mais leur corporation porte encore le joug qui lui a été imposé d’abord par les militaires, ensuite par les légistes.
Pour s’affranchir de la domination des militaires et des légistes (de ces hommes dont les travaux ne sont plus que d’une utilité passagère ou secondaire), la première chose que les industriels ont a faire, ainsi que je vous l’ai dit dans ma dernière Lettre, c’est d’acquérir conscience claire de leurs forces, de leurs moyens et de leur capacité politique.
Celui qui se croit subalterne l’est en effet.–Celui qui se sent capable de jouer le premier rôle est le s el qui donne à ses facultés tout le développement dont elles sont susceptibles.–Si vous vous faites mouton, le loup vous mangera.
La première chose que les industriels ont a faire, c’est de se convaincre, par quelques bonnes réflexions faites le matin, la tête sur leur oreiller, que ce sont les cultivateurs, les négocians, ainsi que les manufacturiers, qui sont appelés, exclusivement a tous autres citoyens, à concevoir et à combiner les moyens de faire prospérer d’une manière générale la culture, le commerce et la fabrication.
Cest lignorance dans laquelle ils ont été jusqu’à ce jour de ce fait important, qui les a empêchés jusqu’a présent de faire la démarche simple et qui leur était dictée par le sens commun, de dire au Roi: «Si vous désirez sincèrement que la culture, que le commerce et que la fabrication prospèrent dans vos états, le seul et unique moyen consiste à placer ladministration des affaires publiques dans les mains des industriels.
Enfin, Messieurs, la première chose que les industriels ont a faire, c’est de s’approprier l’opinion quil nexiste aucune force qui puisse s’opposer efficacement a ladmission des mesures qui seront jugées convenables par les cultivateurs, par les négocians et par les manufacturiers, pour faire prospérer la culture, le commerce et la fabrication. En un mot, la première chose que les industriels ont à faire, est de se bien persuader que les difficultés politiques qu’ils ont à vaincre ne sont point au dehors, mais qu’elles existent au dedans même de leur corporation.
La seconde chose dont les industriels doivent s’occuper, c’est de se familiariser avec les observations suivantes, parce que ces faits, quand ils se les seront appropriés, accroîtront en eux le sentiment du droit qu’ils ont de jouir du premier degré d’importance politique et sociale.
PREMIÈRE OBSERVATION.
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MESSIEURS,
L’existence politique générale de la maison de Bourbon en France, et celle des industriels, ont commencé à la même époque.
C’est dans le onzième siècle que les ancêtres des Bourbons ont placé la couronne de France sur leur tête, et c’est aussi dans le onzième siècle que l’affranchissement des industriels est devenu une mesure de politique générale dans notre pays.
Un chose importante à remarquer, et qui est l’objet de cette première observation, c’est que, depuis cette époque jusques et compris le commencement de la révolution actuelle, les Bourbons et les industriels se sont prêté un mutuel appui.
Que les Bourbons comparent leur existence politique présente avec celle des premiers rois de leur dynastie, avec celle de Hugues-Capet et de ses premiers descendons, qui n’étaient à l’égard des grands barons que primi inter pares;
Que les Bourbons réfléchissent sur la manière dont s’est passée la lutte qui s’est engagée entre eux et la noblesse, lutte en résultat de laquelle ils sont parvenus à obtenir la totalité du pouvoir exécutif et la presque totalité du pouvoir législatif qui s’exerce dans toute la France,
Et les Bourbons reconnaîtront que leurs prétentions ont toujours été chaudement soutenues par les industriels, et que c’est à l’appui qu’ils ont continuellement reçu d’eux qu’ils sont redevables du haut degré de puissance auquel ils sont parvenus.
La maison de Bourbon doit donc beaucoup de reconnaissance aux industriels.
Que, de leur côté, les industriels fixent leur attention sur la position civile et politique de leurs devanciers, au commencement de la troisième race, ils seront forcés de s’avouer que leurs pères étaient dans l’esclavage.
Qu’ils descendent ensuite, par la pensée, dans les siècles qui se sont écoulés depuis cette époque, en observant l’amélioration successive de leur existence sociale, et en remarquant les causes qui ont principalement déterminé l’accroissement de leur importance civile et politique,
Et ils acquerront la conviction que c’est en partie a la protection continue qui leur a été accordée par la maison de Bourbon contre les seigneurs qui s’étaient constitués leurs maîtres, qu’ils doivent attribuer les succès qu’ils ont obtenus.
Ainsi les industriels doivent éprouver un sentiment de reconnaissance pour la maison de Bourbon; ils doivent lui être attachés, ils doivent lui donner des preuves de leur attachement.
Messieurs, d’après ce qui vient d’être dit, il est parfaitement clair que les Bourbons et les industriels se doivent réciproquement de la reconnaissance, et qu’ils doivent par conséquent éprouver de l’affection les uns pour les autres;
Et il est également clair qu’ils doivent partager entre eux les avantages qui sont résultés des conquêtes qu’ils ont faites en commun sur le clergé et sur la noblesse.
SECONDE OBSERVATION.
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MESSIEURS,
En mettant de côté les rapports qui ont existé jusqu’à ce moment entre les Bourbons et les industriels, en ne considérant que leur position présente, on s’aperçoit facilement qu’ils ont un grand intérêt à s’unir et même à se liguer complétement ensemble; car c’est le seul moyen pour eux d’obtenir ce qui peut faire l’objet de leurs désirs raisonnables en politique.
Et, en effet, la maison de Bourbon désire nécessairement de donner le plus promptement possible la plus grande solidité imaginable à son nouveau trône, à son trône constitutionnel.
Or, il est évidentquelle n’a pas encore pris les bons moyens pour atteindre ce but; il est évident qu’elle n’a point encore analysé sa position actuelle; il est évident, enfin, qu’elle n’a encore écouté que des conseillers ignorans, incapables, ou perfides.
Que le Roi prenne la peine d’examiner lui-même le fond des choses, et cet examen lui prouvera que l’ancienne noblesse ainsi que la nouvelle, que l’ordre judiciaire ainsi que le clergé, ne sont point des alliés assez puissans pour mettre les Bourbons à l’abri des entreprises des factieux; et qu’ils peuvent d’autant moins garantir la famille royale des factions, qu’ils sont eux-mêmes les factieux les plus dangereux pour elle.
Le Roi reconnaîtra que les industriels, possédant a eux seuls, ainsi que je l’ai prouvé dans une Lettre précédente, plus des neuf dixièmes de la capacité administrative, de la force physique, de la force pécuniaire, et de la force d’intelligence acquise qui existe dans la nation, lindustrie est le seul arcboutant suffisamment solide pour que le trône des Bourbons puisse y être adossé avec sécurité.
Et Sa Majesté conclura nécessairement que, pour exercer sans inquiétude le pouvoir royal en France, le seul moyen consiste à gouverner pour les industriels et par les industriels.
Passons à l’examen de ce qui concerne l’industrie.
Depuis plus de trente ans que la révolution est commencée, les industriels ont été constamment le jouet des intrigans. Cela est provenu évidemment de ce qu’ils n’ont pas pris la peine de faire une combinaison politique ayant pour objet direct la prospérité de la culture, du commerce et de la fabrication. Cela est provenu de ce qu’ils n’ont point formé un parti qui fût le leur, c’est-à-dire un parti qui ne fût composé que de cultivateurs, de négocians et de manufacturiers; un parti qui eût pour chefs des cultivateurs, des négocians et des fabricans.
Les industriels reconnaîtront, dès le moment qu’ils auront pris la peine de réfléchir sur leur position actuelle, qu’ils doivent, sans perdre un seul instant, entrer en activité politique sous deux rapports, et prendre les deux partis suivans:
Ils reconnaîtront qu’ils doivent, d’une part, se déclarer franchement les amis, les partisans, les défenseurs de la maison de Bourbon, afin d’ôter tout espoir à la faction qui désire un changement de dynastie, afin aussi d’ôter tout prétexte au ministère pour prolonger la durée des lois d’exception.
Ils reconnaîtront, d’une autre part, qu’ils peuvent demander hardiment au Roi de confier le soin de former le projet de budget à un comité composé d’industriels de profession, puisque cette disposition sera également utile à la royauté et à la nation.
TROISIÈME OBSERVATION.
Table des matières
MESSIEURS,
Les Bourbons et les industriels se sont prêté un mutuel appui depuis le onzième siècle jusqu’à l’époque de la révolution, et ils ont prospéré pendant tout ce long espace de temps.
La ligue entre les Bourbons et les industriels contre les prétentions du clergé et de la noblesse ne s’est point rétablie lors de la rentrée du Roi; et il est résulté de cette désunion le mal pour les Bourbons qu’ils ont eu, et qu’ils ont encore, à combattre une faction puissante, qui travaille avec activité à opérer un changement de dynastie;
L’inconvénient pour les industriels, 1o. d’être écrasés d’impositions; 2o. que les impositions énorde recombiner leurs forces politiques, et de se d’une manière utile pour la culture, pour le commerce et pour la fabrication.
Il est de l’intérêt des Bourbons et des industriels de recombiner leurs forces politiques, et de se liguer de nouveau contre les prétentions du clergé, et contre celles de la noblesse, tant ancienne que nouvelle.
Les Bourbons et les industriels ont, dans le moment présent, tous les moyens nécessaires pour se prêter mutuellement un solide appui; et, en employant convenablement leurs forces, ils assureront leur commune prospérité.
Voilà, Messieurs, trois vérités incontestables, et que je crois avoir suffisamment établies dans les deux observations précédentes; maintenant il est de mon devoir, comme publiciste, de proclamer une quatrième vérité qui mérite de fixer l’attention des vrais amis de la maison de Bourbon.
Cette quatrième vérité est qu’il existe, sous un rapport très important, une grande différence entre la position des industriels et celle des Bourbons.
Les industriels sont certains d’atteindre leurbu un peu plus tôt ou un peu plus tard; c’est-à-dire, ils sont certains d’obtenir que l’administration des affaires publiques soit organisée de la manière la plus convenable pour la culture, pour le commerce et la fabrication.
Mais les Bourbons n’ont pas un moment à perdre pour donner de la solidité à leur trône,
J’ai l’honneur d’être,
MESSIEURS,
Votre très humble et très
obéissant serviteur.
IVe LETTRE.
Table des matières
MESSIEURS,
En résumant mes Lettres précédentes, je vous dirai que, depuis le commencement de la révolution, vous n’avez pas fait un seul moment ce que vous auriez dû faire, et que la royauté n’a pas agi plus sensément que vous; car elle n’a pas tenu la conduite qu’elle aurait dû tenir.
Pendant toute la révolution, la royauté et l’industrie se sont laissé diriger tantôt par les sabreurs et tantôt par les parleurs; aujourd’hui encore la magistrature suprême, ainsi que toute la classe occupée de travaux utiles, porte le joug des légistes.
La maison de Bourbon ne s’est point occupée de se faire une opinion qui lui fût propre, ni d’organiser un parti qui fût le sien; et les industriels ont commis, de leur côté, la même faute que les Bourbons. Ces deux puissances ont oublié qu’elles avaient toujours été alliées depuis l’origine de leur existence politique, et que leur grandeur acquise était le résultat de la combinaison de leurs forces.
Les Bourbons et les industriels se sont désunis, et c’est leur désunion qui a donné au clergé et a la noblesse le moyen de se refaire une existence politique; c’est elle qui a donné naissance au parti anti-royal et anti-national qui s’est formé dans ces derniers temps, et qui s’oppose de tout son pouvoir à l’établissement d’un ordre de choses stable.
Si la maison de Bourbon, d’une part, si l’industrie, de son côté, ont suivi une mauvaise route, c’est par la raison qu’elles nont pas développé l’énergie qu’exigeaient les circonstances, etquelles ont pris des guides, tandis qu’elles devaient choisir elles-mêmes le chemin qu’il leur convenait de suivre pour atteindre une position avantageuse et solide.
Il a existé une époque à laquelle les militaires ont dû dominer la société; et ils ont, en effet, exercé sur elle un grand empire. Cette époque a été celle de l’ignorance.
Les métaphysiciens et les légistes ont dû jouer ensuite le premier rôle; car ce sont eux qui ont mis en évidence les vices de la féodalité, et ils ont, en effet, fixé la principale attention de la société sur leurs discours et sur leurs écrits. Cette époque a été celle de la demi-science.
Mais, Messieurs, le progrès des lumières a enfin amené le régime du sens commun, et le sens commun n’est ni violent, ni bavard; il n’est ni militaire, ni légiste.
Les organes naturels, les seuls véritables organes du sens commun, ou de l’intérêt commun, sont les industriels, par la raison que la force des choses contraint les cultivateurs, les négocians, ainsi que les fabricans, à mener de front la combinaison de l’intérêt général avec les calculs relatifs a leurs intérêts particuliers.
Ainsi, le Roi doit placer définitivement sa confiance dans les industriels; il doit les charger de la direction générale de ladministration publique.
Maintenant, Messieurs, c’est au Roi que je vais m’adresser. Dans un écrit que je vais faire imprimer, et que j’aurai l’honneur de vous envoyer, je démontrerai clairement à Sa Majesté que son intérêt, que l’intérêt de sa dynastie, et même que l’intérêt de la royauté, exigent que l’administration des affaires publiques soit dirigée par des industriels de profession.
A la suite de ce travail, j’exposerai, tant à Sa Majesté qu’à vous, Messieurs, les mesures à prendre pour terminer immédiatement la révolution, en commençant l’organisation du régime le plus favorable à la prospérité de la culture, du commerce et de la fabrication.
Je prouverai à Sa Majesté:
Io. Que l’adoption de ces mesures est le meilleur et même le seul moyen qu’elle puisse employer pour donner de la solidité à son trône;
2o. Que l’adoption de ces mesures n’éprouvera de la part de la nation aucune difficulté, et que ces mesures seront même accueillies par elle avec enthousiasme.
Et à vous, Messieurs, je vous prouverai:
Io. Que l’adoption de ces mesures satisfera tous les désirs politiques raisonnables des cultivateurs. des négocians et des manufacturiers;
2o. Qu’il vous sera facile, par des moyens pacifiques et légaux, de déterminer Sa Majesté à adopter ces mesures, dans le cas où elle en serait détournée par des personnes ignorantes ou mal intentionnées.
J’ai dû faire précéder l’exposition des moyens à employer pour terminer la révolution, d’une part, des considérations préliminaires que je vous ai présentées; et, d’une autre part, de celles que je vais soumettre à Sa Majesté; parce que, sans cette précaution, le plan que j’ai conçu n’aurait pas suffisamment fixé votre attention, ni celle du Roi.
Les choses les plus simples sont, Messieurs, celles qu’on trouve les dernières. Vous serez, j’ose le dire, étonné de la simplicité des moyens que je vous présenterai pour terminer la révolution: le seul bon sens suffira pour les apprécier; le seul bon sens suffira également pour les mettre à exécution; et cependant le succès en sera parfaitement certain.
J’ai l’honneur d’être,
MESSIEURS,
Votre très humble et très
obéissant serviteur.
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