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Oeuvres illustrées de George Sand

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«Combien de civilisations différentes n'as-tu pas déjà vues périr! Qu'en est-il advenu? Le genre humain a-t-il cessé de vivre? Non, après une époque de langueur maladive, de vertige et d'assoupissement, revenu à lui-même, plein de vigueur et de sève, il est, poursuivant sa route éternelle, entré dans les voies d'une civilisation plus parfaite. Ces révolutions périodiques, assujetties à des lois identiques au fond avec les lois universelles du monde, offrent, en particulier, ceci de remarquable, que, s'accomplissant dans une sphère toujours plus étendue, elles ont une relation visible à l'unité vers laquelle tout tend, à laquelle tout aspire.

«Elles suscitent d'abord de vives alarmes et une tristesse profonde, parce que, de toutes parts, elles présentent des images de mort. Lorsqu'une ère, fille de celles qui l'ont précédée, naît; chose étrange! les hommes prennent le deuil et croient assister à des funérailles.

«C'est qu'en effet ce qui naît, on ne le voit pas encore; et qu'on voit ce qui s'en va, ce qui s'évanouit pour jamais.»

Si nous voulions, par curiosité, appliquer à chacune des malédictions que vous avez citées une théorie de l'espérance et de la foi, extraite de ce même livre, nous le pourrions aisément; et il se trouverait qu'à force de vouloir trop prouver contre l'amertume de l'écrivain, vous n'avez rien prouvé du tout. Mais laissons cet aride débat. Le public saura bien faire de son attention l'usage qui lui conviendra; et comme il n'aura pas les mêmes raisons que vous pour ne lire que d'un oeil et n'entendre que d'une oreille, il jugera sans se soucier de vos arrêts. La popularité, que vous haïssez tant, et pour cause, est souverainement équitable. Si, à des esprits douloureux, fatigués de souffrir en vain, les promesses d'Ormuzd semblent un peu lointaines; si, à de jeunes coeurs avides d'espoir et d'encouragement, la voix d'Ahriman, «celui qui dit non,» parait lugubre et terrible, les esprits sérieux et sincères leur répondront: Forces émoussées, ardeurs inquiètes, écoutez avec respect la voix austère de cet apôtre. Ce n'est ni pour endormir complaisamment vos souffrances ni pour flatter vos rêves dorés que l'esprit de Dieu l'agite, le trouble et le force à parler. Lui aussi a souffert, lui aussi a subi le martyre de la foi. Il a lutté contre l'envie, la calomnie, la haine aveugle, l'hypocrite intolérance. Il a cru à la sincérité des hommes, à la puissance de la vérité sur les consciences. Il a rencontré des hommes qui ne l'ont pas compris, et d'autres hommes qui ne voulaient pas le comprendre, qui taxaient son mâle courage d'ambition, sa candeur de dépit, sa généreuse indignation de basse animosité. Il a parlé, il a flétri les turpitudes du siècle, et on l'a jeté en prison. Il était vieux, débile, maladif: ils se sont réjouis, pensant qu'ils allaient le tuer, et que de la geôle, où ils l'enfermaient, ils ne verraient bientôt sortir qu'une ombre, un esprit déchu, une voix éteinte, une puissance anéantie. Et cependant il parle encore, il parle plus haut que jamais. Ils ont cru avoir affaire à un enfant timide qu'on brise avec les châtiments, qu'on abrutit avec la peur. Les pédants! ils se regardent maintenant confus, épouvantés, et se demandent quelle étincelle divine anime ce corps si frêle, cette âme si tenace. Et ceux qui, par leurs déclamations ampoulées, par leurs anathèmes de mauvaise loi, ont alarmé la conscience de quelques hommes incertains et abusés, jusqu'à leur arracher la condamnation de la victime; ces généreux anonymes, qui voudraient sans doute arracher un arrêt de mort contre lui pour en finir plus vite, se disent les uns aux autres: Nous ne l'avons pas bien tué! cette fois tâchons de mieux faire.

Eh bien! vous pour qui il a souffert, pour qui il est prêt, vous le voyez, à souffrir encore, souvenez-vous que sa tête est sacrée. Si sa voix est douloureuse, si sa prédication est rude et menaçante, s'il met parfois des reproches amers et des plaintes effrayantes sur les lèvres des anges que sa fiction invoque, songez qu'un divin transport a ému ses entrailles, et que sa mission en ce siècle malheureux n'était pas une mission de complaisance, de convenance et de politesse, comme ses ennemis voudraient le lui imposer. C'est à lui de gourmander votre paresse, votre incertitude et vos langueurs. C'est là le spectacle qui le frappe, et, s'abusât-il quelquefois sur l'excès et la cause de vos misères, il a bien assez chèrement acquis, en souffrant pour vous tous les genres de persécution, le droit d'être sévère et de se faire religieusement écouter. Quand les enfants de l'Italie voyaient passer le Dante, ils disaient en le suivant des veux avec respect: Voilà celui qui revient de l'enfer! Eh bien! dans votre siècle de scepticisme et de moquerie, vous avez parmi vous un homme dont l'ardente imagination s'est abîmée dans ces mystères de la poésie, dont l'âme religieuse et apostolique s'est envolée dans l'empirée où s'éleva le Dante, dont la plume toujours énergique vient de vous tracer un enfer et un ciel mystiques d'où s'échappent des cris et des remontrances dont nul autre après lui n'aura l'antique vigueur d'expression et le ravissement extatique. Il est le dernier prêtre, le dernier apôtre du Christianisme de nos pères, le dernier réformateur de l'Église qui viendra faire entendre à vos oreilles étonnées cette voix de la prédication, cette parole accentuée et magnifique des Augustin et des Bossuet, qui ne retentit plus, qui ne pourra plus jamais retentir sous les voûtes affaissées de l'Église; car l'Église a chassé de son sein ce serviteur trop sincère, trop fort et trop logicien pour être contenu en elle. Il ne vous explique point encore la religion nouvelle, mais il vous l'annonce. Sa mission était de détruire tout ce qui était mauvais dans l'ancienne: il l'a fait selon ses forces et ses lumières; – d'en conserver, d'en ranimer tout ce qui était vraiment pur, vraiment évangélique: il l'a fait de toute son âme. Le peuple était voltairien comme les hautes classes. Depuis les Paroles d'un Croyant, une grande partie du peuple est redevenue évangélique. Il a travaillé dans l'Église et hors de l'Église, dans ce même but et avec ce même sentiment d'évangéliser le peuple et de combattre le matérialisme par une philosophie religieuse, par une prédication philosophiquement spiritualiste. Son oeuvre est grande. Il y a donné toutes ses forces, tout son amour, toute sa colère, toute sa persévérance, tout son génie. Il y a tout sacrifié, repos, aisance, sécurité, réputation (puisque quelques-uns lui ont fait un crime de son courage et de sa foi), amitiés heureuses, amitiés sincères même. Il a tout brisé, amis et ennemis, tout ce qui devait ou lui semblait devoir entraver son élan. Il y a tout perdu, jusqu'à la santé et la liberté, ces conditions inappréciables, et indispensables en apparence, de la fraîcheur des idées et de la puissance de l'esprit. Dieu, par une admirable compensation, lui a conservé pourtant son génie, sa foi et la jeunesse de son courage. Et après tant de sacrifices, de luttes, de souffrances et de désastres, l'admiration et la vénération des âmes sincères ne lui resteraient pas fidèles? Voulût-il les repousser, non, cent fois non, elles ne déserteraient pas sa cause! Non, messieurs les journalistes du gouvernement, la république, aucun type, aucun idéal de la république ne commence à s'ennuyer des jérémiades démocratiques de son illustre adepte. On ne s'en lassera pas plus que la poésie ne se lasse de Jérémie lui-même, ce prophète impoli et inconvenant, qui parlait comme M. La Mennais de la corruption des vivants et des vers du sépulcre. Des âmes faibles, ombrageuses et froissées dans leur vanité (il en est peut-être parmi vous) lui feront un vice de coeur de cette facilité miraculeuse avec laquelle il s'est détaché des personnes, quand, les personnes représentant des idées qui n'étaient pas les siennes, il a su les arracher de son sein. Mais il en est d'autres qui, ayant aimé en lui avant tout la sincérité et la foi, ses divins mobiles, se laisseraient froisser et brûler par sa course enflammée (dût-il prendre, en passant, une ronce pour un appui, un fruit pour une épine), plutôt que de l'arrêter par de mesquines susceptibilités et de l'étourdir par de puérils reproches. Déjà ce trop célèbre abbé, comme vous l'appelez naïvement, appartient à l'histoire. Il a assez fait pour y prendre place de son vivant; et la postérité le contemple déjà par les yeux de nos enfants, ces petits enfants qui, suivant sa belle parole, sourient dans leurs berceaux; car ils ont aperçu le règne de Dieu dans leurs songes prophétiques. Ceux-là lui marqueront, dans l'histoire des religions et des philosophies, une place que l'anonyme ne vous procurera jamais. Ceux-là comprendront qu'il a dû peu s'alarmer du bruit que vous faites autour de son oeuvre, car ce bruit n'aura pas laissé d'échos. Ceux-là ne s'inquiéteront guère de savoir si, dans le secret de sa pensée, il a deviné juste la forme que doit prendre leur société et leur religion. Ils verront seulement les effets de sa prédication dans les âmes, et ils en cueilleront les fruits sous la forme de vertus et de forces régénératrices que le souffle glacé de vos discours académiques et la froide étreinte de vos murailles pénitentiaires n'auront pu détruire dans leur germe.

En attendant, vous lui ferez un grand crime de sa tristesse; et vous, qui avez des pensées noires, vous lui reprocherez aigrement d'avoir des idées sombres. Quant à nous, quoique son espérance de rénovation sociale nous paraisse trop vague; quoique nous concevions des réformes plus hardies; quoique nous trouvions qu'il a gardé, dans ses vues et dans ses instincts d'avenir, quelque chose de trop ecclésiastique; quoiqu'il ne nous semble pas avoir assez compris la mission de la femme et le sort futur de la famille; quoique, enfin, sur d'autres points encore, nous ne soyons pas ses disciples, nous serons à jamais ses amis et ses admirateurs jusqu'au dévouement, jusqu'au martyre, s'il le fallait, plutôt que d'insulter à la souffrance d'une si noble destinée. Nous savons qu'il croit ce qu'il professe; et, dans ce qu'il professe, nous trouvons bien assez de grandes vérités et de grands sentiments pour l'absoudre de ce qui, à certains égards, ne nous semble pas complet et concluant. Mais vous autres, qui cherchez à l'outrager dans ce que sa vie a de plus touchant et de plus respectable, vous qui l'appelez monsieur l'abbé (avec une pauvre ironie, il faut le dire); vous qui lui reprochez d'être prêtre et de ne pas savoir mentir; vous qui, cependant, raillez le clergé, et qui vous vantez de l'embaumer comme une vieille momie, avec force génuflexions et sarcasmes; vous qui traitez le Catholicisme et le christianisme comme on traite, en Chine, les mandarins condamnés à mort: un coussin sous le patient, un argousin prosterné devant lui, et un bourreau, le sabre levé, derrière; vous qui flattez les prélats pour que leurs curés ne fassent point de propagande contre vos élections; vous qui, ne croyant à rien, voulez que le peuple croie, de par le Catholicisme, à la sainteté de vos pouvoirs et à la légitimité de vos droits; vous, enfin, qui reprochez à un prêtre réformateur d'avoir quitté cette Église où vous n'entrez qu'en riant sous votre masque, et qui feignez d'être scandalisés de son langage rude et affligé: ne voyez-vous donc pas que s'il est trop effrayé du spectacle qu'offre le monde, s'il est irrité de tout le mal qu'il y voit et défiant de tout le bien qu'on n'y voit pas, c'est parce qu'il est prêtre, et plus prêtre que tous vos prêtres? c'est parce qu'il a été nourri dans la cage, qu'il y a pris des habitudes de mortification et de renoncement, qui font de lui, encore, et plus que jamais, au milieu des audaces de sa révolte, un auguste fanatique? Oui, c'est parce qu'il a vieilli sans famille, sans postérité, sans lien personnel avec la famille humaine, qu'il est triste souvent et injuste quelquefois. Quelques-uns parmi nous peut-être trouvent qu'il respecte encore trop, selon eux, les formes du passé; et nous, nous le trouvons aussi. Car ce n'est pas de l'hypocrisie de parti et de l'intérêt de coterie que nous faisons ici: c'est de la justice dans toute la volonté de notre âme, dans toute la force de nos instincts; et nous sentons que, malgré l'infériorité de nos lumières et de nos mérites, nous avons, devant Dieu et devant les hommes, le droit de dire toute notre pensée sur cet homme illustre. Eh bien! nous lui faisons un malheur d'être prêtre; à d'autres la honte de lui en faire un reproche! Nous blâmons profondément les athées qui outragent, en feignant de la respecter ailleurs, la cause de sa dureté apparente. Nous blâmerions aussi ceux qui, au nom d'une croyance opposée à la sienne, lui reprocheraient de n'avoir pas assez dépouillé le prêtre en quittant l'Eglise. Que vouliez-vous qu'il fît? Ce n'est pas le cas de répondre: Qu'il mourut! car il était mort déjà à la vie de l'humanité; il s'était suicidé en ce sens, en prononçant des voeux. Et il est resté dans cette tombe avec un héroïsme qui ne donne pas prise à la moindre des calomnies de l'ennemi. Que dis-je? il s'est suicidé une seconde fois. Car il était redevenu libre; il pouvait secouer le joug; et si l'anathème des dévots l'eût accablé encore plus pour cela, des masses entières auraient applaudi ou pardonné à tous ses actes personnels d'indépendance. Ce n'est donc pas la crainte de l'opinion qui l'a retenu, et il n'eût pas été plus abominable à la postérité pour s'être affranchi de l'inaction, que ne l'est Luther, accepté comme le premier après Jésus par la moitié de l'Europe civilisée. Mais le caractère de cet homme-ci est grand dans un autre sens. Il est moins grand réformateur, il est plus grand saint. Plus prudent pour les autres, il ne pousserait pas le monde dans des voies aussi hardies. Plus courageux envers lui-même, il ne fuirait pas devant ses bourreaux. Il s'offrirait à la torture, dans la crainte de s'être abusé sur les droits généraux en vue de son droit individuel. Vous appellerez cela de l'orgueil, vous qui ne croyez pas aux mâles vertus, et pour cause. Ne l'appelez pas timidité, vous qui avez l'amour du vrai. Croyez-vous donc qu'il n'eût pas pu faire un schisme et bouleverser, peut-être renverser l'Eglise? Oh! que l'Eglise sait bien le contraire! Et que ne l'a-t-il fait! disent tous ces jeunes lévites qui dévorent les écrits de La Mennais dans le trouble des séminaires et dans le silence des campagnes. Il ne l'a pas fait, je crois pouvoir le proclamer ici sans me tromper, parce qu'il manquait des passions qui font les grands schismatiques. Il avait bien la charité, le courage, la conviction: il n'avait pas l'orgueil de soi, l'ambition de la renommée, la soif de la vengeance, des richesses, des plaisirs et des enivrements de la vie. Il était façonné aux vertus chrétiennes; il ne pouvait pas les perdre. Voilà tout son crime: amis et ennemis, condamnez-le si vous l'osez. Il aimait le sacrifice; c'est dans l'habitude du sacrifice qu'il avait puisé son enthousiasme, sa force, son ardeur de sincérité, son génie. Eût-il perdu tout cela en renonçant au sacrifice? Je ne sais. Mais il y a une volonté divine qui l'a poussé dans sa voie, et cette volonté a seule le droit de le juger.

 

Pour moi, artiste (je ne prétends pas être autre chose, et cela me suffit pour croire, aimer et comprendre ce dont mon âme a besoin pour vivre sans défaillir), je l'aime ainsi. J'aime cette figure qui conserve la poésie des saints du moyen âge, et qui à la jeunesse rénovatrice de notre époque unit la sévérité persévérante des antiques vertus. Nous ne sommes pas assez loin du Christianisme pour ne pas aimer encore nos saints et nos martyrs. Nous les cherchons en vain parmi ces prêtres du siècle qui font de leurs églises des salons pour les dames, de leur ministère un marchepied pour l'ambition, de leurs principes religieux un compromis avec les puissances temporelles. Et La Mennais nous parait si magnanime, si généreux, si naïf dans son oeuvre, que, n'en déplaise à monsieur l'anonyme du Journal des Débats, nous irions volontiers le tirer par sa soutane (la seule soutane qui nous inspire encore du respect), pour lui dire: «Père, grondez-nous tant que vous voudrez, nous aimons mieux vos reproches que votre silence; et puissiez-vous nous gronder encore bien fort et bien longtemps! Le peuple ne raisonne ni mieux ni plus mal que nous à cet égard. Il vous aime; donc vous ne pouvez pas avoir tort avec lui. Moquez-vous, tonnez, menacez: tout cela est beau venant de vous, et vous ne blesserez jamais une âme sincère. Que qui se sent coupable se fâche!»

GEORGE SAND

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