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Eulalie Benoît, Eugène Cortambert

Curiosités des trois règnes de la nature


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066315160

Table des matières

RÈGNE MINÉRAL.

Des Montagnes.

Des Pierres et des Terres.

Des Métaux.

Les matières minérales combustibles.

Des Fossiles.

RÈGNE VÉGÉTAL.

Plantes Phanérogames.

Plantes Cryptogames.

RÈGNE ANIMAL.

Zoophytes.

Animaux articulés.

Mollusques.

Poissons.

Reptiles.

Oiseaux.

Mammifères.


QUE de choses intéressantes et admirables la nature offre de toutes parts autour de nous! La vie entière de l’homme le plus laborieux ne suffirait pas pour étudier la millième partie de toutes les productions que la terre étale à nos regards. Mais, au milieu de tant de merveilles, choisissons les plus frappantes, les plus propres à inspirer à nos jeunes lecteurs le goût de l’histoire de la nature.

Tous les corps répandus sur la terre appartiennent à l’un des trois règnes suivans: le règne minéral, le règne végétal, et le règne animal. Le premier comprend les corps bruts et sans organes; les deux autres sont organisés; ils naissent, se nourrissent, s’accroissent, et, après une vie plus ou moins longue, périssent d’accident ou de vieillesse. Mais les végétaux et les animaux présentent aussi entre eux des différences essentielles: ceux-là sont dépourvus de sensibilité et de mouvement; ils sont fixés invariablement au lieu qui les a vus naître; ceux-ci sentent et se meuvent, ils cherchent leur nourriture et la choisissent.

Chacun de ces règnes a ses beautés et ses avantages; chacun aussi offre ses dangers et ses horreurs.

Le règne minéral nous présente l’éclat étincelant de ses cristaux, ses couleurs vives et variées; les pierres et les terres dont l’homme construit ses habitations et quelques-uns de ses meubles les plus élégans et les plus utiles; les métaux, qui s’emploient dans presque tous les arts nécessaires à la vie; les précieux combustibles enfouis dans le sol, et si importans pour notre chauffage, notre éclairage et la fusion des métaux. C’est le règne minéral, enfin, qui supporte les deux autres, et qui leur sert en quelque sorte de fondement et d’appui.

Mais ce règne menace souvent aussi l’existence des êtres organisés. Combien de fois, dans les montagnes, n’a-t-on pas vu des rochers se briser ou s’écrouler, écrasant les habitations, obstruant les rivières qu’ils font déborder! Que de malheurs ont causés les matières lancées par les volcans, les secousses redoutables des tremblemens de terre et les poisons subtils d’une foule de substances minérales!

Le règne végétal répand sur le sol un aspect riant et gracieux. Qui n’admirerait le riche tapis de verdure et de fleurs dont Dieu a orné notre globe? Les végétaux portent des feuilles qui nous ombragent, des fruits qui nous alimentent, des sucs précieux qui nous rendent la santé. Ils fournissent des bois pour nous chauffer et pour construire nos maisons et nos vaisseaux. Enfin, la plupart des animaux trouvent dans ce règne les élémens de leur vie.

Cependant, une infinité de plantes sont remplies de substances vénéneuses, et donnent une prompte mort; d’autres embarrassent tristement le sol, nuisent à l’agriculture, et étouffent, par leur multiplicité et leur importune vigueur, les végétaux utiles.

Quant au règne animal, c’est le plus admirable par son organisation, le plus varié, le plus généralement répandu, car il habite partout: à la surface du soi et dans ses profondeurs, au sein des eaux, dans l’atmosphère, dans l’intérieur des plantes, dans le corps même des autres animaux. Que de merveilles nous présentent l’intelligence et l’instinct de tous ces êtres! que de formes diverses, que de couleurs charmantes! que d’habitudes intéressantes à étudier! combien d’utiles services l’homme retire de la force, de la patience, de la docilité et de la matière même d’une foule d’animaux!

Mais, au milieu de ce règne, s’offrent aussi nos plus dangereux ennemis et les aspects les plus repoussans: il y a de hideux et redoutables reptiles, des quadrupèdes destructeurs, des oiseaux rapaces et d’innombrables insectes nuisibles.

Examinons chacun de ces règnes, et étudions-en les traits les plus saillans et les principales richesses.

RÈGNE MINÉRAL.

Table des matières

Des Montagnes.

Table des matières

LES premiers objets qui frappent ordinairement notre imagination dans l’examen des matières minérales, ce sont ces grandes masses qu’on nomme montagnes.

Tantôt élancées en aiguilles irrégulières et hardies, tantôt arrondies comme des ballons, tantôt terminées par des pics coniques, elles présentent les aspects les plus variés, les plus pittoresques. On respire sur leurs cîmes un air plus pur, plus salutaire; on y embrasse par la vue d’immenses horizons, et l’on peut souvent y contempler les nuages et le tonnerre roulant loin au-dessous de ses pieds.

Les hauts sommets sont couverts de neiges continuelles; ces neiges, en se fondant un peu et en se transformant en glace, s’accumulent dans les vallées, sur les pentes des larges hauteurs, et elles composent alors les glaciers, dont les amas resplendissans et bleuâtres sont une des curiosités les plus étonnantes des grandes chaînes de montagnes. On en voit, dans les Alpes, qui n’ont pas moins de cinq ou six lieues de longueur, sur une lieue de largeur; la mer de Glace, qui est un glacier célèbre sur le flanc du Mont-Blanc, a, dit-on, dans quelques endroits, sept ou huit cents pieds d’épaisseur. Les glaciers sont ordinairement hérissés d’aspérités extrêmement pointues, formant de petits obélisques de 30, 40 et jusqu’à 60 pieds de hauteur: de nombreuses crevasses ou fentes sillonnent la glace, et ont souvent une grande profondeur; elles offrent de grands dangers aux voyageurs qui vont visiter ces solitudes redoutables. Cependant, munis d’un long bâton qui les empêche de glisser, beaucoup de visiteurs franchissent ces amas de glace, dans lesquels des guides adroits savent tailler des escaliers avec la hache.

A l’approche du printemps, des glaciers glissent tout entiers sur les pentes des montagnes qui les portent, et c’est leur mouvement qui donne naissance à ces crevasses dont on vient de parler: alors, il se fait un grand bruit semblable à celui du tonnerre, et qui retentit au loin dans les montagnes. On calcule que, généralement, ils descendent de 12 à 25 pieds par an; plusieurs sont descendus jusqu’au fond des parties fertiles des vallées, où ils contrastent avec la verdure et les fleurs qui les environnent.

De l’extrémité inférieure d’un glacier, on voit ordinairement naître un torrent ou une rivière, que forme la partie fondue de la glace: des voûtes creusées en forme de grottes se présentent quelquefois dans ces lieux; on admire, entre autres, la grotte profonde et majestueuse creusée dans la mer de Glace, et d’où sort avec impétuosité le torrent de l’Arveiron: c’est comme un palais de cristal orné de colonnes resplendissantes, dont les reflets azurés répandent leurs teintes sur les flots qui s’échappent de la grotte avec fracas.

Un autre phénomène commun dans les hautes montagnes, ce sont les avalanches, masses de neige qui se précipitent au fond des vallées, renversant tout sur leur passage, et entraînant les arbres, les rochers, les habitations. Il suffit qu’une petite boule de neige se détache de quelque sommet pour produire une effroyable avalanche: cette boule se grossit en roulant, et elle s’accroît si fort, qu’avant d’arriver au bas de la vallée elle peut acquérir la grosseur d’une maison, quelquefois celle d’une colline, et couvrir ensuite un immense espace de terrain. Quelquefois elle se réduit en poussière à l’instant de sa chute, et cette poussière glacée s’élève à une grande hauteur et se répand au loin: c’est un spectacle à la fois magnifique et terrible. Ces masses redoutables se précipitent avec le fracas du tonnerre, et leur impétuosité est telle, qu’on a vu des hommes et des animaux privés de vie seulement par le tourbillon d’air qu’elles produisent à quelque distance de leur passage.

Le vent, le moindre bruit, un oiseau, qui se pose sur une pointe de rocher, suffit pour provoquer la chute d’une avalanche. Aussi, les voyageurs doivent-ils, dans les passages étroits et dangereux, garder le silence et marcher doucement, on pousse la précaution jusqu’à remplir les sonnettes et les grelots des chevaux et des mulets, pour que le son n’excite pas dans l’air un ébranlement funeste. En plusieurs endroits, surtout dans les Alpes, on a construit, au pied des montagnes, des voûtes maçonnées, et l’on a pratiqué dans le roc des cavités où l’on peut, en apercevant une avalanche en mouvement, se retirer pour la laisser passer par-dessus. Quand ils sont dans un lieu sûr, les voyageurs tirent quelques coups de pistolet ou de fusil pour ébranler les pelotes de neige prêtes à tomber, et, après la chute des avalanches, ils continuent leur route sans crainte.

Quelque chose de plus terrible encore, ce sont les éboulemens de montagnes, qui, en un instant, changent une contrée riante en un cahos affreux, où sont ensevelis pêle-mêle les hommes, les troupeaux et les maisons. La Suisse a été souvent le théâtre d’éboulemens de ce genre: un des plus célèbres est celui du mont Rossberg, qui, en 1806, s’écroula dans la vallée de Goldau.

Une des questions qu’on ne manque pas de se faire en voyant les montagnes, c’est comment ces masses si imposantes, si énormes, ont été formées. La plupart des savans géologues croient qu’elles ont été produites par des soulèvemens du sol. Il paraît, en effet, qu’il règne une chaleur extrême dans l’intérieur de notre globe; cette chaleur, encore plus grande et plus puissante autrefois qu’aujourd’hui a dû causer des bouleversemens effroyables dans la croûte qui l’entoure, et les montagnes sont sorties en quelque sorte du sein de la terre, dont elles ont percé violemment l’écorce.

On a même vu, dans nos temps modernes, des portions de la croûte terrestre soulevées en masse par des causes intérieures: le mont Jurullo, au Mexique, s’éleva subitement en 1759; on le vit sortir du milieu d’une plaine agréable et fertile, qu’il bouleversa entièrement; l’éruption fut si violente, que d’énormes quartiers de rochers furent lancés, au milieu des flammes et des jets de boue, à une hauteur prodigieuse, et que les maisons d’une ville située à 50 lieues de là furent couvertes de cendres. Le Monte-Nuovo, près de Pouzzole, dans le royaume de Naples, se forma tout à coup en 1538, et combla en partie le lac Lucrin. Plusieurs petites îles se sont élevées, à diverses époques, dans l’Archipel et dans le groupe des Açores. Sur la côte occidentale de l’île de Banda, dans l’Océanie, se trouvait une baie qui, en 1820, a été remplacée par un haut promontoire; en 1822, on observa que, sur une étendue de 30 lieues, la côte du Chili s’était considérablement élevée; en 1831, près de la Sicile, s’élança du sein de la mer l’île Julia, qui depuis s’est abaissée sous l’effort des flots. Enfin, la Scandinavie tout entière s’élève graduellement d’environ un mètre par siècle.

Il faut cependant convenir que toutes les hauteurs n’ont pas dû être formées par des soulèvemens; sans doute plusieurs des moins considérables ont été produites par l’action de vastes masses d’eau, qui, dans leurs grands mouvemens, ont refoulé et amoncelé les matières minérales dans certaines positions.

Parmi les montagnes, il en est qui, plus voisines que d’autres du foyer intérieur de la terre, et communiquant plus directement avec ce foyer, vomissement des pierres calcinées, des flammes, de la fumée, des cendres, des sables, quelquefois de l’eau et de la boue: ce sont les volcans. On compte sur le globe plus de 200 de ces terribles montagnes, qui épouvantent de leurs éruptions les pays d’alentour; il en existe un bien plus grand nombre qui sont éteints aujourd’hui, mais qui ont causé jadis d’immenses bouleversemens. Les plus remarquables volcans d’Europe sont le Vésuve en Italie, l’Etna en Sicile, le Stromboli dans les îles Lipari, et l’Hekla en Islande. Le Cotopaxi, en Amérique, dans la Cordillière des Andes, est le plus redoutable et le plus haut de tous les volcans: parmi ses éruptions, une des plus fameuses est celle de 1742, dans laquelle la colonne de flammes et de matières embrasées s’éleva à 3,000 pieds au-dessus du cractère; en 1744, le mugissement du volcan fut entendu jusqu’à 170 lieues de distance; le 4 avril 1768, l’immense quantité de cendres qu’il vomit plongea dans l’obscurité, durant la plus grande partie du jour, les vallées du voisinage. Les éruptions du volcan s’annoncent d’une manière effrayante par la fonte subite des neiges qui le couvrent, et qui se précipitent alors en torrens impétueux dans les campagnes d’alentour.

Les minéraux fondus que les volcans rejettent, descendent et coulent le long des flancs de la montagne, et forment ce qu’on appelle les laves: lorsque ces coulées sont encore chaudes, elles brillent pendant les ténèbres et ressemblent à des fleuves de feu. Des blocs considérables sortent souvent des cractères et s’élèvent à des hauteurs prodigieuses; on les prendrait pour des globes lumineux: on a vu de ces blocs lancés à plus de cent lieues du volcan.

Il y a des volcans qui ne vomissent que de l’eau et de la boue: on en voit plusieurs de ce genre en Italie, en Sicile et en Amérique. Le Maccaluba, en Sicile, offre une trentaine de petits cratères, d’où s’échappe une eau boueuse et saline.

Les anciens mouvemens volcaniques ont produit des résultats bien plus grands et plus étonnans encore que ceux dés volcans actuels: telles sont les colonnes prismatiques de basalte, qui forment quelqus-unes des plus intéressantes merveilles de la nature. La Chaussée ou le Pavé des Géants, sur la côte N. E. de l’Irlande, est un assemblage étrange et grandiose de plusieurs milliers de colonnes de ce genre, rangées avec un ordre et une symétrie admirable; elle forme le cap Bengore, qui s’avance majestueusement dans la mer et offre un escarpement de 300. pieds de hauteur. La surface de ce cap, présentant la tranche de toutes ces colonnes, ressemble à un plancher carrelé avec des pierres hexagonales d’une grande régularité. La grotte de Fingal, dans l’île de Staffa, près de la côte occidentale de l’Écosse, forme un enfoncement de 250 pieds de longueur, de 90 pieds de largeur et de 60 de hauteur: la mer y pénètre, et permet de l’aller visiter en bateau. Les murs en sont formés de prismes verticaux de la plus grande régularité, et, en y entrant, on dirait une majestueuse nef d’église. Non loin de cette île, on remarque, dans celle de Mull, un cirque basaltique extrêmement curieux. Dans les parties centrales de la France nous avons aussi des basaltes disposés d’une manière remarquable. Ils forment, en quelques endroits, des masses assez semblables aux tuyaux d’un orgue: on connaît, entre autres, les orgues de Bort, dans le département de la Corrèze, et les orgues d’Expailly dans la Haute-Loire. Dans le N. O. de la Nouvelle-Ecosse, en Amérique, se trouvent les gigantesques escarpemens basaltiques de la montagne du Nord, auprès desquels, disent les voyageurs, les colonnes de Staffa et de la Chaussée des Géants ne sont que d’élégantes miniatures.

Les tremblemens de terre présentent des phénomènes qui ne sont pas moins redoutables que ceux des volcans: ils sont dus aussi à l’action de la chaleur intérieure du globe: ce sont des gaz qui cherchent une issue, mais ne rencontrent pas de soupiraux par lesquels ils puissent s’exhaler; alors ils agitent violemment la surface de la terre. Ces terribles convulsions de la nature s’annoncent par des sifflemens, des craquemens souterrains, des bruits que l’on compare à celui du canon ou au fracas des voitures roulant sur le pavé. Quelquefois, au contraire, un calme profond et funèbre règne dans toute la contrée. Les animaux donnent des signes de frayeur; les oiseaux fuient vers leurs retraites, les quadrupèdes poussent des cris plaintifs. Bientôt la surface du sol s’agite comme la mer soulevée par les vents; de la fumée, des flammes mêmes s’échappent par les crevasses qui s’ouvrent et se referment à chaque instant; on a vu, durant ces secousses, des rivières cesser de couler, des montagnes disparaître et laisser des lacs à leur place. La mer, aussi, roule avec fureur; ses eaux s’élèvent sur les côtes à des hauteurs considérables. Un même tremblement de terre se fait sentir souvent à des distances immenses: le bouleversement qui, en 1755, détruisit Lisbonne dans l’espace de deux secondes, agita aussi les eaux de la Suisse et celles des côtes de Suède et des Antilles.

Les gaz sortis du sein de la terre ont produit sans doute la plupart des cavernes ou grottes, profondeurs curieuses, qui se trouvent ordinairement dans les montagnes. Les gaz auront soulevé et écarté certaines couches de terrain, et y auront formé des cavités, comme les gaz renfermés dans la pâte mise au four y créent de toutes parts des espèces de cavernes, qu’on observe facilement quand le pain est cuit. Les eaux peuvent aussi former des grottes: supposons, en effet, qu’un ruisseau rencontre un banc de rochers qui l’empêche de couler plus loin sur la surface du sol; que ce ruisseau trouve devant ce banc un terrain meuble et tendre; il ronge ce terrain, il y pénètre, il passe sous le banc de rochers, en emportant les matières minérales faciles à entraîner; il augmente peu à peu le passage souterrain qu’il s’est frayé et la grotte est formée.

On voit, dans beaucoup de cavernes, des jeux de la nature du plus grand intérêt: les eaux qui suintent de leurs voûtes entraînent souvent certaines substances minérales, qui s’agglomèrent à la longue, et pendent de ces voûtes en grands cônes qu’on appelle stalactites. Les eaux, en tombant sur le sol de la grotte, y déposent aussi de ces mêmes matières minérales, qui finissent par former d’autres cônes; on nomme ceux-ci stalagmites. Quelquefois ces cônes d’en haut et ces cônes d’en bas se joignent, et constituent, en s’accroissant, d’énormes colonnes qui décorent majestueusement ces salles souterraines.

Au lieu d’être en forme de salles, les cavités sont parfois sous des massifs étroits de rochers, et ne présentent que des passages sans obscurité : ce sont alors des ponts naturels: le pont d’Are, sous lequel passe l’Ardèche, est, en France, une des plus remarquables curiosités de ce genre.

C’est encore dans les montagnes qu’on rencontre ces torrens rapides, ces cascades bruyantes et majestueuses qui sont les plus intéressans spectacles de la nature. On admire, dans les Pyrénées, la cascade de Gavarnie, magnifique nappe de près de 1,300 pieds, qui tombe du mont Perdu dans un immense cirque de rochers. En Suisse, on va visiter, dans les Alpes Bernoises, la cascade du Staubbach, haute de 900 pieds, et une foule d’autres cascades curieuses.

Dans l’archiduché d’Autriche, vers la frontière du Tyrol, la petite rivière Achen tombe avec fracas d’une hauteur de 2,000 pieds.

Quand la chute est produite par un fleuve ou une grande rivière, on lui donne le nom de cataracte, plutôt que celui de cascade; la plus belle cataracte de l’Europe est sans doute le Riukan-Fossen, en Norwége: elle est formée par le Maanelv, qui va se jeter près de là dans le lac Miœsen; trois chutes distinctes la composent: les deux premières ont lieu sur des plans inclinés, et offrent, chacune, une nappe admirable; la dernière les surpasse encore, et se précipite perpendiculairement de 800 pieds de haut; lorsqu’on est convenablement placé pour voir à la fois ces trois chutes, dont la masse d’eau est immense, c’est un spectacle sublime que rien ne peut rendre.

La plus remarquable ensuite parait être la cataracte du Lulea, en Suède: ce fleuve a, lorsqu’il se précipite, 1,600 pieds de largeur, et il tombe, suivant quelques auteurs, d’une élévation de 600 pieds. Son mugissement est terrible, et se fait entendre à une grande distance; du fond du précipice, ses eaux s’élancent comme réduites en poudre et couvrent les blocs des rochers voisins. En hiver, les froids rigoureux forment d’abord, à quelque distance de la base de la cataracte, une voûté de glace qui repose sur les deux rives; cette voûte, croissant à chaque instant, atteint enfin la cîme de la chute, et la recouvre d’une arcade majestueuse qui va rejoindre la superficie de la glace sur le fleuve, au-dessus de la cataracte. Au printemps, cette couverture naturelle s’écroule avec un bruit effrayant. On a vu des lièvres s’y placer assez fréquemment; et voilà pourquoi on a donné à cette chute le nom de Niaumelsaskas ( saut du lièvre ).

Celle du Rhin, à Schaffhouse, est fort belle aussi, mais n’a que 70 pieds.

C’est en Amérique que se trouvent les plus nombreuses et les plus belles cataractes. Celles de la grande rivière Missouri offrent une réunion de plusieurs chutes, qui ont ensemble une hauteur de près de 400 pieds. Le Niagara, qui porte les eaux du lac Érié au lac Ontario, tombe de moins haut, mais a une masse plus imposante encore. «A l’endroit de sa chute, le fleuve est

«partagé en deux bras inégaux par l’île de la

«Chèvre. Le plus petit, du côté des Etats-

«Unis, a environ 200 mètres de large; l’autre

«peut avoir une largeur de 1;000 mètres, en

«suivant le contour profond que décrit la chute.

«Un quart de lieue avant d’arriver au précipi-

«ce, le Niagara commence à former des rapides

«furieux: il déroule sur les rochers sa nappe

«écumante. La chute perpendiculaire a de 140

«à 160 pieds. On ne peut apercevoir le niveau

«que loin du lieu où l’eau tombe; un chaos

«d’écume, d’eau rejaillissante, de vapeurs où

«l’arc-en-ciel se joue, voile la partie inférieure

«des cataractes. On a construit, du côté du

«Canada, une espèce de tour en bois avec un

«escalier tournant pour descendre au bord du

«fleuve, au-dessous de la chute. On se munit

«de vêtement en toile cirée pour approcher du

«gouffre. A l’admiration succède la terreur; la

«clarté du ciel est voilée. Des masses énormes

«de rochers sont suspendues sur ma tête. J’a-

«vance entre la muraille de roc et la nappe

«d’eau. Je ne vois plus rien; je n’entends plus,

«je ne me décide à battre en retraite que quand

«il ne m’est plus possible de respirer.»

Des Pierres et des Terres.

Table des matières

Ce sont les pierres et les terres qui composen les plus grandes masses minérales du globe: nous les voyons partout répandues en abondance autour de nous, et servir à chaque instant à nos usages les plus ordinaires. Examinons les principales de ces matières.

Le calcaire est une des pierres les plus communes et les plus utiles: lorsqu’on le chauffe fortement, il s’en dégage un gaz qu’on appelle acide carbonique, et il ne reste plus alors que ce qu’on nomme la chaux vive. Si l’on verse de l’eau sur cette chaux, il se produit un phénomène intéressant: comme l’eau se combine très-facilement avec la chaux, elle devient solide dans cette combinaison, et abandonne par conséquent beaucoup de chaleur; cette chaleur agit sur une autre partie de l’eau, et la convertit en vapeur: celle-ci s’échappe en faisant entendre une espèce de sifflement, et en brisant les morceaux de chaux dans lesquels elle se forme. Réduite en pâte, la chaux devient extrêmement utile pour unir et solidifier les matériaux des édifices.

C’est le calcaire qui forme ces belles colonnes des stalactites et des stalagmites, qui décorent si magnifiquement plusieurs grottes; et c’est dans les stalactites et les stalagmites qu’on trouve l’albâtre calcaire. Cet albâtre n’est pas blanc comme l’albâtre ordinaire, mais agréablement nuancé de couleurs jaunâtres et rougeâtres. Il y en a qu’on nomme albâtre oriental et qui est d’un blanc jaunâtre, avec des veines d’un blanc laiteux; une autre sorte s’appelle albâtre veiné ou marbre-agate, et il est composé de couches parallèles bien distinctes. Le plus estimé est jaune de miel, et offre des bandes ondulées de couleurs diverses et vivement tranchées. On en fait de fort beaux vases et des objets de curiosité et d’ornement.

Souvent le calcaire roulé par les eaux enveloppe différens corps organiques, tels que des branches, des feuilles, des fruits, et, s’y attachant avec force, il en conserve exactement les formes. Il existe un grand nombre de sources qui jouissent ainsi de la propriété de donner l’apparence de pierre aux objets qu’on expose à l’action de leurs eaux. La fontaine de Saint-Allyre, à Clermont-Ferrand, est une des plus célèbres: si l’on y place un petit panier de châtaignes, de noisettes, de raisins, un nid garni d’œufs, etc., on les trouve, au bout de peu de jours, couverts d’une couche fort dure de calcaire. Ce calcaire s’appelle incrustant ou concrétionné.

Le marbre statuaire blanc, qui a la blancheur et l’apparence du sucre, et les marbres colorés, si abondamment répandus et dont l’usage est si fréquent, appartiennent aussi aux pierres calcaires. Il faut encore y comprendre la pierre lithographique, qui se polit parfaitement, et sur laquelle on trace, avec un crayon gras, des dessins qu’on multiplie ensuite par l’impression. Enfin, on trouve également dans les calcaires la craie, cette matière ordinairement blanche, qui, triturée et délayée avec de l’eau, fournit la pâte appelée blanc d’Espagne ou blanc de Troyes. On s’en sert, comme on sait, pour en faire des espèces de crayons avec lesquels on dessine sur les tableaux noirs ou sur du papier de couleur; on l’emploie à nettoyer et à polir les métaux, etc.

C’est dans les matières pierreuses que l’on place le sel, nommé plus exactement muriate de soude, sel marin ou sel de cuisine, pour le distinguer d’une grande quantité d’autres sels qu’on trouve dans la nature, ou qu’on obtient par la combinaison artificielle de diverses substances. Le sel ordinaire se rencontre ou dans le sol, sous la forme de véritables rochers, ou bien dans les eaux de la mer et dans celles de certaines sources, d’où on l’extrait par l’évaporation.

Lorsqu’il s’agit du sel de la mer, on a ordinairement des marais salans, espèces de bassins, qui reçoivent le eaux salées quand les marées sont hautes, ou dans lesquels on l’introduit au moyen de pompes; là, la chaleur fait évaporer l’eau, et permet au sel de se cristalliser. Dans le nord de l’Europe, on profite du froid pour retirer le sel des eaux de la mer, comme on se sert de la chaleur dans le midi: on introduit de l’eau marine dans les bassins; il s’y forme une couche de glace, qui n’est pas salée; on a soin de l’enlever tous les jours, de sorte que ce n’est réellement que de l’eau qu’on enlève, et le sel reste. Lorsque l’eau a été ainsi congelée plusieurs fois, on achève l’évaporation dans des chaudières.

Quand ce sont des sources qui fournissent cette matière, on fait descendre l’eau salée du haut de grands édifices: elle tombe en pluie à travers des branchages et des épines qui en retardent la chute, et l’air la fait évaporer pendant ce trajet. De là on la porte dans des chaudières, où l’évaporation s’achève. Dans plusieurs pays, et principalement dans la Normandie, on traite l’eau de mer, pour en extraire le sel, de la même manière que l’eau des sources salées.

Le sel qui se trouve en roches dans le sol se nomme sel gemme. Nous en avons quelques mines dans l’est de la France, surtout dans le département de la Meurthe; mais la plus grande de l’Europe est certainement celle de Wieliczka, dans la Galicie. Elle est à l’immense profondeur de 740 pieds au-dessous de la ville; la partie exploitée a 1,100 pieds de large et environ 6,700 de longueur. C’est un vaste souterrain, avec de grandes chambres voûtées, supportées par des colonnes de sel. Il renferme une population de 600 habitants, avec les logemens nécessaires à chacun, et des écuries pour 80 chevaux. On y tient toujours allumées un grand nombre de lumières, dont la flamme, réfléchie de toutes parts sur la mine, la fait paraître tantôt claire et brillante comme le cristal, tantôt teinte des plus belles couleurs: ce qui présente un coup-d’œil enchanteur. On y voit de vastes édifices pour l’administration, des chapelles et des autels, dont les ornemens sont en sel; plusieurs galeries plus élevées et plus larges que des églises; enfin des lacs dont la grandeur exige des bateaux pour les visiter. Plusieurs centaines de mineurs et leurs familles y naissent et y finissent leurs jours.

Il est heureux que le sel soit une des matières les plus répandues dans la nature, car c’est aussi l’une des plus utiles. Il sert d’assaisonnement à nos mets frais, il préserve de la putréfaction les chairs que nous mettons en réserve pour nous nourrir; on l’emploie pour l’amendement des terres; on en consomme une grande quantité pour fabriquer l’acide hydrochlorique et la soude artificielle; on en fait le vernis de certaines poteries, on en donne souvent aux bestiaux, qui en sont très-avides, et auxquels il est salutaire.

Cependant l’usage du sel est inconnu chez quelques peuples; il est un objet de luxe chez d’autres, comme dans l’intérieur de l’Afrique: là les seules familles riches en ont la jouissance, et un enfant suce un morceau de sel, comme si c’était du sucre. Cette matière sert même de monnaie dans plusieurs pays: chez les Mandingues, un morceau de sel, long de 2 pieds et demi, large d’environ 1 pied 2 pouces, et épais de 2 pouces, vaut de 25 à 50 francs, et il est des contrées où le sel est échangé contre un poids égal d’or.

Le muriate d’ammoniaque, ou sel ammoniac, est employé pour nettoyer les vases de cuivre qu’on veut étamer, et pour en retirer l’ammoniac (ou alcali volatil), substance d’une odeur très-forte et très-pénétrante, propre à enlever les taches, etc. Il est ordinairement le produit de l’art, et s’obtient par la distillation des animaux morts. Cependant on le rencontre aussi dans la nature, au milieu des matières lancées par les volcans. Autrefois, tout celui qu’on employait dans les arts et la médecine était envoyé de l’oasis d’Ammon, en Afrique, où on le retirait de la fiente des chameaux; et c’est de ce pays qu’il a pris son nom.

Le salpêtre est une autre sorte de sel, qu’on retire des plâtras des vieilles murailles, ou de la terre qui forme le sol des caves, des étables, etc. On l’emploie dans la fabrication de la poudre, en le mêlant au soufre et au charbon; il sert à préparer l’acide nitrique (eau forte) et l’acide sulfurique (huile de vitriol); quelquefois il peut être usité comme le sel pour conserver la viande, et la pharmacie le fait entrer dans la composition de plusieurs remèdes.

Le gypse ou sulfate de chaux, qu’on appelle vulgairement pierre à plâtre, est une pierre naturellement brillante, mais qui, soumise au feu, perd l’eau qu’elle contenait, et devient blanche et terne: c’est ce qu’on appelle alors du plâtre. On bat cette matière, on la passe à travers une claie pour séparer les morceaux qui ne sont pas cuits, et on la tamise; le plus fin et le plus blanc est employé pour les objets de sculpture; le plâtre grossier, susceptible de plus de dureté, sert à sceller les ferrures dans la pierre, à enduire l’extérieur des maisons, à faire les plafonds. On le répand avec succès sur les prairies artificielles pour les amender. Benjamin Franklin, savant Américain, voulant démontrer combien le plâtre était bon comme engrais, fit ensemencer un vaste champ, et traça avec du plâtre, en lettres gigantesques, les mots suivans: Ceci a été mis à l’engrais avec du plâtre. La végétation devint si forte et si serrée aux endroits figurant des lettres, qu’il fut facile à tous les concitoyens du grand homme de lire ce précepte.

C’est encore le gypse qui donne cet albâtre d’un beau blanc de lait, qu’il ne faut pas confondre avec l’albâtre calcaire, et qui sert, comme celui-ci, à la confection d’une foule d’ornement.

Le quartz est remarquable par son extrême abondance, et par les usages multipliés auxquels il se prête. On calcule qu’il forme presque un tiers de la masse totale de la croûte solide du globe.

Il comprend, parmi ses plus jolies pierres, le cristal de roche, qui a la limpidité de l’eau la plus pure. Le cristal de roche violet prend le nom d’améthyste: c’est une charmante pierre, susceptible d’un beau poli, et fréquemmént employée dans la bijouterie; on la place presque toujours à l’anneau pastoral des évêques: aussi l’appelle-t-on souvent pierre d’évêque. Les anciens attribuaient à l’améthyste la propriété de préserver de l’ivresse; c’est pourquoi ils s’en mettaient aux, doigts, ou s’en suspendaient au cou, lorsqu’ils faisaient de trop abondantes libations. Les améthystes les plus estimées viennent du Brésil et de la Sibérie. Le cristal de roche rose s’appelle rubis de Bohème.

La variété du quartz la plus répandue est le sable siliceux, composé de petits grains, tantôt isolés, tantôt agrégés; dans le premier cas, c’est le sable proprement dit, qui forme les dunes mouvantes des bords de la mer, le fond du lit d’un grand nombre de rivières, et le sol de la plupart des plaines arides, par exemple des déserts de l’Afrique; c’est là le sable qu’on emploie pour la fabrication du verre, en le fondant avec de la soude ou de la potasse; en le mêlant avec de la chaux, on en compose les mortiers propres à solidifier les constructions de maçonnerie; son aridité même le rend utile pour l’agrément de nos jardins, où répandu dans les allées et dans les autres lieux destinés à la promenade, il forme une sorte de pavé doux, et s’oppose à la croissance des mauvaises plantes. Lorsque les grains de sable sont agrégés et fortement unis entre eux, ils composent des grès dont on fait des pierres de taille, des pavés, des meules à aiguiser, des plaques minces pour filtrer les eaux.

L’agate est une sorte de quartz qu’on trouve dans certaines roches sous la forme d’amande. On distingue les agates fines et les agates grossières: les premières ont des couleurs vives et diverses; elles comprennent les calcédoines, qui varient du blanc laiteux au blanc roussâtre ou bleuâtre, et dont les plus belles, dites orientales, présentent des ondes ou de petits nuages pommelés qui font un assez bel effet. Elles comprennent aussi les cornalines, beaucoup plus estimées que les calcédoines. Les cornalines viennent généralement de l’Asie, et sont particulièrement employées pour la gravure et la sculpture; les Grecs et les Romains ont beaucoup gravé sur cette pierre. Il faut encore distinguer les agates-onyx, ou agates-ongles, qui présentent plusieurs couleurs différentes, disposées en bandes, et ressemblant un peu quelquefois à celles qu’on observe sur les ongles de l’homme. Enfin on recherche certaines agates qui montrent dans leur intérieur des dessins noirs ou rouges, représentant de petits arbres, des mousses ou d’autres plantes: on les appelle agates arborisées ou herborisées.

Les agates grossières sont les silex: tel est le silex pyromaque, ou la pierre à fusil, qui, frappée avec l’acier, donne lieu à de vives étincelles. La seule carrière de France où l’on exploite en grand cette matière est celle du canton de Saint-Aignan (Loir-et-Cher): on y prépare environ 40 millions de pierres à fusil par an.

Il faut aussi connaître le silex molaire ou la pierre meulière, criblée de cavités, et qu’on emploie pour faire des meules de moulins et les pierres de maçonnerie nommées moellons.

Le quartz comprend encore le jaspe, qui est tout à fait opaque, mais doué de couleurs vives très-variées et susceptible d’un beau poli.

L’opale est un quartz assez fragile, d’un éclat résineux: l’opale irisée et l’opale de feu sont fort belles.

Le feldspat est à peu près aussi dur que le quartz. Ses plus intéressantes variétés sont le feldspath pétunzé et le feldspath décomposé ou le kaolin: tous deux sont blancs, mais le kaolin est friable, tandis que le pétunzé se trouve en lames et en cristaux. Le kaolin a la propriété de résister à un feu très-vif, et l’autre est fusible; en les mélangeant, et en faisant une pâte qu’on triture et qu’on bat, ou obtient cette matière précieuse qui se nomme porcelaine.

Le mica forme des lames minces et élastiques; quelquefois il compose de grandes feuilles transparentes, qui peuvent remplacer le verre à vitre. Les Russes l’emploient beaucoup pour vitrer les vaisseaux de guerre, car il a l’avantage de ne pas se briser par l’explosion de l’artillerie: ils s’en servent aussi pour garnir les lanternes, et souvent même pour les croisées des maisons; on en exploite en Sibérie d’immenses quantités. Le mica lamelliforme ou pulvérulent se divise en petites paillettes brillantes, qui ont la couleur de l’argent ou de l’or; la poudre qu’on répand sur l’écriture pour la sécher est souvent de la poudre de mica.

La magnésie ou magnésite est une terre blanche, légère, douce au toucher: l’écume de mer, avec laquelle on fait les belles pipes blanches du Levant, est une sorte de magnésie.

Le talc offre, comme le mica, des feuillettes faciles à détacher; mais ils sont mous et non élastiques. Un des talcs les plus utiles est la craie de Briançon, qui est la base des crayons de pastel, et qui, réduite en poudre fine, s’emploie pour la préparation du fard destiné à la toilette des dames, pour diminuer le frottement des machines, pour faciliter l’introduction des pieds dans les bottes, etc. Une autre sorte de talc est la pierre de lard, qui peut se couper comme du savon, et dont les tailleurs se servent pour tracer les coupes sur le drap.

L’asbeste ou amiante est une pierre fort singulière composée de filaments minces et flexibles, qui peuvent se filer comme le chanvre ou le coton. On en fait des tissus qui ont la précieuse propriété d’être incombustibles. Les Chinois en fabriquent des pièces entières d’étoffes; on en obtient aussi du papier, et il existe, dans la bibliothèque de l’Institut, un ouvrage imprimé sur cette matière. On en fait des mèches incombustibles, et qui n’ont conséquemment pas besoin d’être mouchées. En Corse, les potiers mêlent l’amiante à l’argile pour en fabriquer des poteries légères, fort solides, et qui résistent à l’action d’un grand feu. Dès la plus haute antiquité, on employait les tissus d’amiante à brûler les corps, ce qui rendait facile la conservation des cendres des morts; mais les riches seuls pouvaient s’en servir, parce que ces tissus étaient d’un prix excessif. Son usage actuel le plus vulgaire s’applique aux briquets: on met de l’amiante dans une petite bouteille, et on l’imbibe d’acide sulfurique; il suffit alors, pour avoir du feu, de frotter contre cette amiante des allumettes oxygénées, c’est-à-dire des allumettes dont le bout est empâté avec une petite boulette de chlorate de potasse et de soufre.

Le tripoli est une matière d’une teinte rose ou blanche, qui, réduite en poudre, sert à polir les métaux.

Les schistes sont des roches qui se divisent en feuillets minces: un des plus précieux est l’ardoise, dont les feuillets sont solides, droits et sonores; généralement elle est grise: cependant on en trouve aussi de verdâtre, de rougeâtre, de violette. En France, les plus importantes ardoisières (carrières d’ardoise ) sont celles d’Angers et des Ardennes. L’ardoise sert à couvrir les maisons, à faire des tablettes pour écrire, et des crayons pour tracer les caractères sur ces mêmes tablettes; quelques variétés font de bonnes pierres à aiguiser, surtout des pierres à rasoir.

On nomme argiles des substances terreuses, tendres et douces, qui ont été généralement charriées, broyées et réduites en limon par les eaux; elles jouissent de la propriété de se délayer dans l’eau et d’y faire une pâte onctueuse, tenace; susceptible de se mouler, et d’acquérir au feu une grande dureté. Celles qu’on appelle argile plastique et argile figuline. ou terre glaise sont les plus intéressantes par leurs usages variés et importans: on en fait les poteries communes, les faïences, les briques, les tuiles. La nature a répandu avec profusion ces matières si utiles.

L’argile smectique, ou terre à foulon, a une pâte fine et savonneuse, employée pour enlever aux draps les parties huileuses mêlées à la laine.

L’argile calcarifère qui se nomme aussi marne, est extrêmement commune. Elle est souvent employée à faire des vases et des briques; la marne verdâtre de Montmartre est une bonne pierre à détacher; mais l’un des usages les plus importans de la marne, c’est de pouvoir être mêlée aux terres pour les amender.

Nommons encore l’argile ferrugineuse, dont une variété colorante, appelée ocre, sert à faire les crayons rouges.

Le granite est une pierre composée de grains de feldspath, de quartz et de mica, étroitement unis et entrelacés. Généralement le granite est grisâtre, cependant il y en a de rouge, de rose, etc.; un des plus beaux est le granite rouge d’Egypte, dont on a fait des obélisques et d’autres monumens célèbres: l’obélisque de Louqsor, qu’on voit sur la place de la Concorde à Paris, est une seule pierre de granite. Cette matière est très-dure, et constitue le noyau de la plupart des principales chaînes de montagnes; elle forme, en quelque sorte, les vieux ossemens du monde. Cependant elle ne présente pas dans les constructions autant de solidité qu’on pourrait le penser, parce qu’elle se décompose facilement à l’air, c’est-à-dire que ses grains se détachent les uns des autres et tombent.

La syénite, qui tire son nom de la ville de Syène, en Egypte, s’appelle encore granite noir antique ou basalte oriental: c’est une belle pierre, avec laquelle les Egyptiens ont fait des statues et de petits obélisques.

La ponce est une substance lancée jadis par les volcans, très-poreuse et fort légère; elle est âpre au toucher, et raie des corps très-durs, quoiqu’elle soit elle-même assez facile à briser: aussi, l’emploie-t-on pour donner le poli à différens corps. On la tire des îles de Ponce et de Lipari, dans la mer Tyrrhénienne.

L’obsidienne est une matière également volcanique et qui ressemble à du verre; elle est ordinairement noire. Les peuples de l’antiquité et les Péruviens en ont fait des miroirs et des instrumens tranchans.

Le porphyre se compose d’un mélange de feldspath et de quartz; il est généralement fort dur, orné de couleurs variées, et peut recevoir un beau poli. On distingue le porphyre rouge antique, souvent employé par les Égyptiens pour faire des sépulcres, des statues, des obélisques; il y a aussi le porphyre noir, le porphyre vert.

La serpentine est une sorte de roche dans la composition de laquelle il entre beaucoup de talc, elle est tendre et douce au toucher, et la surface en est souvent veinée de vert, de jaunâtre ou de rougeâtre: on a comparé ces taches à celles que présente la peau des serpens, et c’est de là que vient le nom de cette pierre. Avec la serpentine noble, on fait divers ornemens Dans plusieurs pays, la serpentine commune sert à la fabrication de certaines poteries: on l’appelle alors pierre ollaire .

Le basalte est un ancien produit volcanique, qui abonde en Auvergne et dans les autres pays où se trouvent des volcans éteints. Nous avons déjà parlé des admirables colonnades naturelles qu’il forme en beaucoup d’endroits. Il est fort dur, et on l’emploie pour la construction des maisons, pour l’empierrement des routes, pour divers objets d’ornement. Les Anciens s’en sont servis dans un grand nombre de monumens; les Egyptiens en ont fait des statues, des vases et une foule d’autres ouvrages interessans dont nous décorons nos musées.

La pouzzolane est une espèce de sable volcanique, précieux dans l’art de bâtir: en le mêlant à la chaux, on en fait un excellent ciment hydraulique, c’est-à-dire un ciment propre aux ouvrages qui doivent rester sous l’eau.

Nous avons vu dans les quartz quelques pierres précieuses; c’est-à-dire de ces pierres que le lapidaire taille comme objets de parure, mais qui sont dans le fait, moins précieuses que beaucoup d’autres; il y a encore plusieurs pierres qui portent ce nom: les principales sont la topaze, la turquoise, le spath-fluor, l’émeraude, le zircon, le corindon, le spinelle. On y place communément aussi le diamant; mais, dans la réalité, il n’est pas une pierre, comme nous le verrons par la suite.

La topaze est fort dure, ordinairement jaune; souvent, cependant, elle est d’un bleu céleste, et quelquefois elle est incolore et limpide; on en trouve fréquemment au Brésil. La Saxe et la Sibérie sont les autres contrées où l’on rencontre le plus de topazes.

Les turquoises sont opaques et compactes, d’un bleu céleste ou d’un vert pâle: les plus estimées sont les turquoises orientales, qui viennent de l’Asie, et particulièrement de la Perse.

Le spath-fluor offre des cristaux ornés de teintes très-diverses: une des variétés les plus recherchées est celle que l’on trouve en Angleterre, et qui est composée de couches successives, alternativement blanches et violettes; on en fait des vases et des plaques d’ornement.

L’émeraude comprend plusieurs variétés intéressantes: l’émeraude proprement dite est d’un vert pur; on la trouve dans la Colombie et en Egypte. Il y a des émeraudes d’un bleu verdâtre, avec la teinte de l’eau de mer: on les appelle aigues-marines; c’est surtout en Sibérie qu’on les rencontre. — Les jaunes et les incolores se nomment bérils; celles-ci sont assez communes, et l’on en trouve près de Limoges.

Les grenats sont ordinairement transparens et d’un beau rouge; cependant il y en a de verts, de bruns et de noirs. Ce sont des pierres peu rares, par conséquent de peu de valeur dans la bijouterie; on estime toutefois les grenats d’un rouge violet ou pourprés qu’on nomme grenats syriens, et ceux d’un rouge orangé qu’on appelle vermeilles

Le lapis ou lapis-lazuli est une pierre opaque d’un bleu d’azur; lorsqu’il offre un bleu très-vif et qu’il est exempt de taches, les artistes le recherchent beaucoup et le travaillent en forme de plaques. Mais le principal usage du lapis est de fournir à la peinture cette belle couleur bleue, presque inaltérable, connue sous le nom d’outremer.

Le zircon est fort dur, et c’est la plus pesante des pierres précieuses: tantôt il est orangé brunâtre, et se nomme alors hyacinthe; tantôt il est incolore ou jaune verdâtre, et on lui donne dans ce cas le nom de jargon.

Le corindon est le minéral le plus dur après le diamant. La variété la plus précieuse de cette pierre est le corindon hyalin, dont les couleurs sont vives et variées, et que sa dureté et l’intensité de son éclat font estimer quelquefois presque à l’égal du diamant lui-même: le rouge cramoisi s’appelle rubis oriental, le jaune pur est la topaze orientale; le bleu d’azur, le saphir, le violet pur, l’améthyste orientale, enfin le vert est l’émeraude orientale. C’est principalement dans l’Inde que se trouve le corindon hyalin; on en a découvert en France dans le ruisseau d’Expailly (Haute-Loire) et an mont Dor (Puy-de-Dôme).

Quelquefois le corindon se présente mélangé de fer, et sa couleur est alors brune, gris bleuâtre ou rougeâtre; dans cet état, il n’a rien qui flatte la vue, rien qui le fasse rechercher comme objet de luxe; mais il a l’avantage d’être réellement utile: sous le nom d’émeril, il sert, réduit en poudre, à polir les métaux, les glaces, etc. on en trouve particulièrement en Saxe et dans l’île de Naxos.

Les spinelles sont presque aussi durs que les corindons, et leur vif éclat les place parmi les pierres les plus recherchées. Leur couleur générale est rouge, et on leur donne aussi le nom de rubis. Le spinelle rouge ponceau se nomme rubis spinelle; celui dont le rouge approche du rose intense ou du violâtre est le rubis-balais. C’est l’Asie, ce pays si riche en autres pierres précieuses, qui fournit aussi les plus beaux spinelles.

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Дата выхода на Литрес:
16 января 2025
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191 стр. 2 иллюстрации
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4064066315160
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