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J. Allarousse
Manuel du maréchal-ferrant

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066334291
Table des matières
PRÉFACE
CHAPITRE PREMIER
A. Parties internes du pied.
B. Parties externes du pied.
CHAPITRE II
CHAPITRE III
Pieds défectueux.
CHAPITRE IV
1° Aplombs des membres.
2° Aplombs du pied.
CHAPITRE V
CHAPITRE VI
CHAPITRE VII
CHAPITRE VIII
Fabrication mécanique.
Manière de juger le fer.
CHAPITRE IX
CHAPITRE X
Ferrage des chevaux difficiles.
CHAPITRE XI
Le ferrage à chaud.
Comment il faut juger la ferrure.
CHAPITRE XII
CHAPITRE XIII
CHAPITRE XIV
1° Ferrures contre les glissades.
2° Ferrures à glace proprement dites.
CHAPITRE XV
CHAPITRE XVI
Ferrures des pieds défectueux.
Ferrures pour vices d’aplomb des membres et des défectuosités d’allures.
CHAPITRE XVII
Blessures du pied et accidents occasionnés par la ferrure.
CHAPITRE. XVIII
1° Ferrure du mulet et de l’âne.
2° Ferrure du bœuf.
CHAPITRE XIX
CHAPITRE XX
Exploration du membre boiteux.
Autres maladies du pied.
CHAPITRE XXI
1° Établissement du prix de revient.
Prix de revient d’une ferrure neuve.
2° Responsabilité professionnelle.
CHAPITRE XXII
Comment on procède à l’examen du malade.
Administration et préparation des médications les plus usuelles.

PRÉFACE
Table des matières
Tous les ouvriers intelligents, à quelque métier qu’ils appartiennent, peuvent constater chaque jour qu’il leur manque le premier et le plus indispensable des outils, celui qui apprend à manier tous les autres, le seul qui ne soit pas un serviteur inerte, mais au contraire et tout ensemble un maître accompli, un guide éprouvé, un conseiller fidèle et désintéressé. Cet outil, c’est le livre. Vous le chercherez en vain à l’heure actuelle, chez le maréchal-ferrant, chez le maçon ou le menuisier du village. A la ville même, chez la plupart des petits patrons ou des contremaîtres, il est très rare, sinon introuvable.
Cette lourde faute n’est nullement imputable à nos travailleurs, car ils aimeraient à lire et à relire des livres faits pour eux, à leur mesure, et écrits dans leur langue. On n’y a pas sonné ; non pas évidemment que nous manquions de grands savants ni d’éminents professeurs, mais leurs gros livres sont inabordables et inintelligibles pour les travailleurs manuels. L’ouvrier, l’employé le mieux doué n’est condamné que trop souvent à devenir un manœuvre routinier ou un rouage inconscient:on le confine dans un travail jalousement spécialisé, on lui interdit toute initiative, on tue en lui le goût du travail bien compris, bien vu d’ensemble, et du même coup on tarit pour lui toute source de profit légitime et rémunérateur.
Il n’y a que deux remèdes, et l’on a trop tardé à les employer: c’est le cours professionnel, et c’est le livre professionnel. D’ailleurs, ils se confondent et se complètent, car le cours est en somme un livre récité et l’expliqué à haute voix par un maître, et le livre est un cours écrit.
L’enseignement professionnel est en voie d’orgasation, mais son installation demandera beaucoup de temps et d’argent. C’est seulement une infime minorité parmi nos travailleurs qui pourra en bénéficier dans les grandes villes. Ses bienfaits ne pourront pas, d’ici longtemps, parvenir jusqu’au grand peuple des ouvriers déjà vieillis dans le métier et disséminés de tous côtés au fond de nos provinces.
Pour eux, il n’y a qu’un recours: le livre, le livre bien fait, qu’on a toujours sous la main, qui-est toujours prêt à répondre, qui a prévu toutes les difficultés et sait les résoudre d’une façon claire, le livre abondamment illustré qui montre le maniement de chaque outil, expose les tours de main, le livre qui joint à un savoir solide le savoir-faire qui est tout aussi indispensable.
C’est ce livre que la Bibliothèque professionnelle offre à tous les travailleurs.
Chacun des 150 volumes qui composent cette Encyclopédie du travail national a été écrit par un spécialiste. Mais ce spécialiste ne s’est pas borné à travailler dans son cabinet et sur les livrés: il s’honore d’avoir pratiqué lui-même et pendant de longues années le travail qu’il enseigne maintenant à ses jeunes camarades. Les ingénieurs, les chefs d’atelier, les professeurs qui ont mis dans ces petits livres le meilleur de leur expérience ont manié les outils dont ils parlent; ils ont eux-mêmes frappé sur l’enclume, charpenté ou menuisé le bois, ajusté des pièces ou conduit des machines. Quels que soient leurs titres, le nom qui leur convient le mieux, c’est encore celui de «maître-ouvrier».
Avec eux, grâce à eux, et comme eux, tout ouvrier, tout employé peut devenir, lui aussi, un maître dans sa partie. La plus belle récompense des auteurs de la Bibliothèque professionnelle sera justement d’avoir ouvert les portes de la maîtrise à tous ceux qui voudront s’en rendre dignes.
RENÉ DHOMMÉE,
Inspecteur général de l’Enseignement
technique..
CHAPITRE PREMIER
Table des matières
LE PIED DU CHEVAL
But de la maréchalerie. — C’est par la ferrure que le cheval, en tant que moteur animé, est devenu un précieux auxiliaire de l’homme dans l’agriculture, le commerce, l’industrie et l’armée.
La maréchalerie est une profession très utile, qui demande de la part de l’ouvrier, non seulement de l’habileté manuelle, mais encore des connaissances spéciales concernant l’anatomie, la physiologie et le fonctionnement du pied.
La fabrication du fer demande autant de formes différentes que la diversité des pieds le commande, et, pour atteindre ce but, le maréchal n’a recours qu’à l’usage exclusif du marteau, pour donner au métal sa forme définitive.
La pratique de la ferrure du cheval ne consiste pas uniquement à protéger le sabot contre l’usure, elle doit aussi, en assurant solidement l’appui du pied, lui conserver son intégrité fonctionnelle et prévenir sa détérioration ou sa déformation.
Notions anatomiques du pied.
En maréchalerie on désigne indistinctement par les noms de pied et de sabot l’extrémité de chaque membre revêtue d’une boîte cornée, sur laquelle le cheval fait son appui.
L’organisation du pied est parfaite pour supporter le corps au repos et en mouvement, amortir les chocs et pressions, et favoriser l’impulsion. Ses parties constituantes sont divisées en parties contenues ou internes et en parties contenantes ou externes. Le contenant est appelé sabot et le contenu est dit pied de chair.
A. Parties internes du pied.
Table des matières
Ces parties comprennent: les os du pied, l’articulation du pied, l’appareil tendineux et l’appareil d’amortissement; toutes ces parties sont recouvertes d’une enveloppe de chair.
Os du pied. — Au nombre de trois: l’os du pied ou troisième phalange, l’os naviculaire ou petit sésamoïde, et l’os de la couronne ou deuxième phalange (fig. 1).
Fig. 1. — Os du pied du cheval (Chauveau et Arloing). — B, deuxième phalange: 4, cavités de l’extrémité supérieure; 5, surface de glissement dé la face postérieure; 6, extrémité inférieure. — C, troisième phalange: 7, surface articulaire supérieure; 8. apophyse basilaire; 9, apophyse rétrossale; 10, éminence patilobe; 11, scissure pré-plantaire; 12, scissure plantaire aboutissant à l’entrée du sinus semi-lunaire. — F, Petit sésamoïde.

1° L’os DU PIED a la forme du sabot; autour de lui se groupent toutes les parties internes du pied.
Sa face antérieure, convexe d’un côté à l’autre, criblée de petits orifices vasculaires, recouverte par la chair feuilletée, correspond à la paroi du sabot.
Sa face supérieure forme avec la face inférieure de l’os de la couronne et le petit sésamoïde l’articulation du pied.
Fig. 2 — Os du pied du cheval (face inférieure). — 1, éminence pyramidale; 2, scissures plantaires; 3, trous plantaires; 4, crête demi-lunaire; 6, bord inférieur.

Sa face inférieure, encore appelée face plantaire (fig. 2), creusée en voûte, est divisée en deux parties par une crête semi-lunaire, sur laquelle vient s’insérer en s’élargissant le tendon fléchisseur profond des phalanges.
A son bord supérieur, l’os du pied présente en son milieu une saillie, l’éminence pyramidale, qui donne attache au tendon extenseur des phalanges.
Le bord inférieur, mince, tranchant, a la forme du contour du pied.
Le bord postérieur, un peu concave, présente une surface articulaire, en rapport avec l’os naviculaire.
L’os du pied présente encore deux extrémités ou prolongements latéraux, formant deux saillies dirigées en arrière, divisées chacune par une échancrure en deux parties, l’une supérieure appelée apophyse basilaire et l’inférieure apophyse rétrossale, sur lesquelles s’implantent les cartilages complémentaires de l’os du pied.
2° L’os NAVICULAIRE ou petit sésamoïde (fig. 1) est un petit os allongé, aplati de dessus en dessous en forme de navette; situé en dessous de la troisième phalange, il complète en arrière l’articulation du pied et sert aussi de surface de glissement au tendon fléchisseur profond des phalanges.
3° L’OS DE LA COURONNE, ou deuxième phalange (fig. 1) n’appartient au sabot que par sa moitié inférieure, qui contribue à former l’articulation du pied. C’est un os court, aplati d’avant en arrière; sa face antérieure donne attache au tendon extenseur des phalanges, et la postérieure, lisse dans sa partie supérieure, sert de surface de glissement au tendon fléchisseur profond.
Articulation du pied. — Formée par la face supérieure de l’os du pied, le petit sésamoïde et la face inférieure de l’os de la couronne, cette jointure est solidement assujettie par cinq ligaments: un ligament impair fixe le petit sésamoïde à la crête semi-lunaire de la troisième phalange; deux ligaments latéraux antérieurs unissent cette dernière à l’os de la couronne, et deux autres ligaments latéraux postérieurs établissent l’union de la deuxième phalange à l’os naviculaire (fig. 3).
A l’intérieur de l’articulation, une membrane synoviale, en sécrétant un liquide jaune clair, huileux, appelée synovie, lubréfie les surfaces articulaires et facilite leur glissement les unes sur les autres.
Fig. 3. — Articulation du pied.

Appareil ligamenteux et tendineux. — 11 comprend: le ligament suspenseur du boulet et 1 s tendons extenseur et fléchisseurs du pied (fig. 4).
LIGAMENT SUSPENSEUR DU BOULET. — Son rôle principal est de s’opposer à l’affaissement du boulet. Il ne participe qu’indirectement à la contention de l’articulation du pied en envoyant deux brides fibreuses de renforcement au tendon extenseur antérieur des phalanges.
Fig. 4. — Tendons et Synoviales du membre antérieur (Chauveau et Arloing). Ea, extenseur antérieur des phalanges; Ls, ligament suspenseur du boulet; Fp, fléchisseur profond des phalanges; 5, culs-de-sac dela synoviale de l’articulation du boulet; 6,7,8, culs-de-sac de la gaine grande sésamoïdienne; 9, extrémité inférieure de la même gaine.

Fig. 5. — Coupe médiane de la région digitée (H. Bouley). — 1, os du canon; 2, première phalange; 3, deuxième phalange; 4, troisième phalange; 5, os naviculaire; 6, extenseur antérieur de3 phalanges; 7, tendon perforant; 8, tendon perforé ; 9, peau; 10, bourrelet; 11, chair feuilletée; 12, insertion du coussinet plantaire sous l’os du pied; 13. enveloppe du coussinet plantaire; 14, coussinet plantaire; 15, muraille (paroi); 16, sole; 17, fourchette.

TENDONS EXTENSEUR ET FLÉCHISSEURS. — La contraction des muscles de la partie supérieure des membres assure, par l’intermédiaire des tendons qui s’attachent en avant ou en arrière des os du pied, les mouvements de flexion et d’extension du sabot. Les tendons peuvent aussi être considérés comme des ligaments supplémentaires de l’articulation du pied.
L’extenseur antérieur des phalanges s’élargit à son extrémité inférieure, en s’insérant solidement sur l’éminence pyramidale de la troisième phalange; sur les côtés il s’unit au bord des ligaments latéraux antérieurs de l’articulation.
11 existe deux tendons fléchisseurs des phalanges, mais seul le tendon du fléchisseur profond, appelé encore perforant, est intéressant en maréchalerie, parce que, après avoir passé sur la face postérieure de la deux ème phalange, il s’élargit progressivement, s’infléchit sur la surface de glissement du petit sésamoïde et vient s’insérer sur la crête semi-lunaire de l’os du pied en prenant le nom d’aponévrose plantaire.
Petite gaine sésamoïdienne. — Le pied présente, en outre de la synoviale articulaire dont il a déjà été fait mention, une petite gaine sésamoïdienne (fig. 5) qui favorise le jeu du tendon perforant. Elle est située au centre du sabot, en arrière de la troisième phalange, entre l’os naviculaire et l’aponévrose plantaire dont elle facilite le glissement sur la face inférieure du petit sésamoïde.
Appareil d’amortissement et d’élasticité. — Il se compose du coussinet plantaire et de deux fibro-cartilages complémentaires de l’os du pied.
COUSSINET PLANTAIRE (fig. 6). — Le coussinet planaire a la forme d’un gros coin de tissu fibreux mélangé de fibres élastiques, situé sous le pied et enclavé entre les deux fibro-cartilages.
Sa face supérieure, moulée sur l’aponévrose plantaire du tendon fléchisseur du pied, est séparée de ce tendon par l’enveloppe membraneuse, tunique propre, du coussinet plantaire.
Sa face inférieure, recouverte par le tissu velouté, présente en son milieu une lacune médiane limitée par deux reliefs arrondis formant, dans leur ensemble, le corps pyramidal. Autour de la lacune médiane se trouvent rassemblées des glandes sudoripares qui, lorsqu’elles sont irritées, déterminent la pourriture de la fourchette.
Ses faces latérales sont en contact avec la face interne des cartilages.
La base du coussinet plantaire recouverte par la peau est divisée en deux renflements par une dépression; ce sont les bulbes du coussinet plantaire.
Fig. 6. — 1, coussinet plantaire; 2, brides fibreuses qui unissent le coussinet plantaire au cartilage; 3, fibres élastiques; 4, brides fibreuses qui s’attachent sur l’os du paturon; 5, ligament de soutien du| tendon perforant: 6, ligament de soutien du tendon perforé ; 7, perforé ; 8,perforant; 9, suspenseur du boulet; 10, face plantaire sur laquelle vient se fixer, par des brides fibreuses, le coussinet plantaire.

Son sommet ou pointe correspond à la pointe de la fourchette et s’avance légèrement en avant de la crête semi-lunaire de l’os du pied.
FIBRO-CARTILAGE (fig. 7). — Les fibro-cartilages sont situés sur les côtés de l’os du pied et unis par leur face interne au coussinet plantaire; ils complètent en arrière l’os du pied. Ils ont été comparés à deux ressorts cartilagineux aplatis, convexes à leur face extérieure et concaves à leur face interne; par leur bord inférieur, ils se fixent sur les prolongements de la troisième phalange; le bord supérieur restant libre, le postérieur arrondi et en contact avec les bulbes du coussinet plantaire, forme les bulbes cartilagineux du talon.
Fig. 7. — Cartilage, face externe. — a, cartilage; b, bord supérieur; c, bord postérieur; e, tendons fléchisseurs; f, tendon extenseurs; g, os du pied; h, apophyse rétrossale.

Les cartilages des pieds de devant sont toujours plus forts et plus développés que ceux des pieds de derrière; ils sont aussi plus volumineux en dedans qu’en dehors.
Avec l’âge, il s’ossifient souvent pour donner naissance à la forme cartilagineuse.
Enveloppe de chair.
L’enveloppe de chair forme un manchon moelleux qui recouvre toutes les parties internes du pied, et extérieurement elle s’unit intimement à chacun des articles de l’enveloppe cornée qui constituent le sabot proprement dit. Elle doit son nom à sa couleur rouge, qui la fait ressembler à la chair. Sa fonction principale est de sécréter la corne.
Fig. 8. — Bourrelet et chair feuilletée. — 1, bourrelet périoplique; 2, bourrelet principal; 3, tissu feuilleté ; 4, villosités de l’extrémité inférieure des feuillets.

L’enveloppe de chair se divise en trois parties: bourrelet, chair feuilletée et chair veloutée.
Bourrelet. — Le bourrelet situé au bord supérieur du sabot, doit son nom à sa forme renflée et en corniche (fig. 8). Il se subdivise en bourrelet principal et bourrelet périoplique.
Le bourrelet principal, gros bourrelet, matrice de la paroi, représent) un gros renflement de chair, plus ou moins saillant, logé dans la gouttière circulaire du bord de la paroi et dont les extrémités se replient en arrière de chaque côté du coussinet plantaire pour venir se confondre avec le tissu velouté, à la terminaison des barres; son épaisseur et sa hauteur diminuent progressivement d’avant en arrière. A sa surface, on remarque une infinité de villosités, prolongements filamenteux qui pénètrent dans la gouttière de la paroi par une multitude d’orifices, origine des tubes cornés.
Le bourrelet périoplique, situé au-dessous du précédent, est un petit cordon circulaire qui sécrète le périople, sorte de vernis protecteur recouvrant extérieurement la muraille. Un petit sillon le sépare du gros bourrelet (fig. 8).
Chair feuilletée (fig. 8). — La chair feuilletée, désignée encore sous le nom de chair cannelée, podophylle, tissu podophylleux, recouvre toute la face antérieure et convexe de l’os du pied et, comme la paroi, se termine en arrière par deux pointes repliées de chaque côté du coussinet plantaire.
A sa surface sont disposés cinq à six cents feuillets parallèles qui descendent en ligne droite du bourrelet au bord inférieur de la troisième phalange. Ces feuillets ou cannelures s’engrènent intimement avec les feuillets de corne de la face interne de la paroi, et pour que leur adhérence soit encore plus grande, ils portent à leur surface une centaine de plissements qui donnent à chaque feuillet, vu au microscope, l’aspect d’une feuille de fougère (fig. 9).
Chair veloutée (fig 10). — Elle recouvre tout le dessous de l’os du pied et du coussinet plantaire; elle même est recouverte par la sole et la fourchette.
Fig. 9. — Union de la chair feuilletée avec la paroi. — 1, coupe de la paroi; 2, feuillet de corne; 3, feuillet de chair; 4, plissements des feuillets de chair; 5, tube corné de la paroi.

La chair veloutée ou encore tissu velouté, doit son nom à une multitude de fines villosités qui lui donnent l’aspect du velours; sa fonction est de sécréter la corne de la sole et de la fourchette.
Fig. 10. — Chair veloutée. — 1, chair feuilletée de la barre; 2, chair veloutée de la sole; 3, chair veloutée de la fourchette; 4, lacune médiane de la fourchette; 5. bourrelet, périoplique se réunissant à la fourchette de chair.

Vaisseaux et nerfs du pied. — L’os du pied et toute son enveloppe de chair sont desservis par d’abondants vaisseaux artériels et veineux, se divisant et se subdivisant à l’infini dans toutes les parties intérieures du sabot. C’est grâce à cette circulation extrêmement active qu’est dû l’entretien de la chaleur nécessaire à la sensibilité exquise dont le pied du cheval est doué ; de nombreux filets nerveux accompagnent les vaisseaux dans toutes leurs ramifications.
B. Parties externes du pied.
Table des matières
Sabot. — L’enveloppe de corne qui rec uvre et protège les parties vivantes et sensibles du pied forme le sabot proprement dit. Exactement modelée sur le pied de chair, elle en épouse la conformation.
La forme du sabot, envisagée dans son ensemble, ressemble à un tronc de cône à section supérieure oblique et fendu en arrière. Il est constitué par la réunion de trois parties différentes de forme: la paroi, la sole et la fourchette.
Paroi. — La paroi, encore appelée muraille, est toute la partie du sabot qui enveloppe le pourtour du pied; c’est la seule partie de corne visible, à l’appui du cheval sur le sol. Elle a la forme d’un croissant,. dont les extrémités seraient repliées en arrière et en dedans.
Extérieurement, on reconnaît au pourtour de la paroi cinq légions: la pince située dans la partie moyenne et antérieure qui a le plus de hauteur; les mamelles, du dedans et du dehors, de chaque côté de la pince; les quartiers, du dedans et du dehors correspondent aux côtés du sabot; les talons, du dedans et du dehors représentés par l’angle d’inflexion de la muraille en arrière; les barres, ou arcs-boutants, formés par les extrémités repliées de la muraille.
Fig. 11. — Région du Sabot (Delperrier). P, pince; M, mamelle; C, quartier; T, talon.

Pour déterminer exactement ces régions, on divise chaque moitié du sabot, de la partie médiane chaque talon, en huit parties égales, et on attribue à chacune d’elles une division pour la pince, deux à la mamelle quatre ou quartie et une pour le talon (fig. 11).
La face externe de la paroi est droite de son bord supérieur à son bord inférieur, convexe transversalement, lisse et brillante à sa surface.
La face interne est formée de feuillets de corne blanche et molle, parallèles, s’étendant en ligne droite de son bord supérieur à son bord inférieur; ces feuillets de corne en nombre égal à çeux de chair, s’engrènent avec ceux-ci à la façon de deux livres, dont les feuilles se pénétreraient réciproquement.
Fig. 12. — Coupe longitudinale du Sabot (H. Bouley). — M, feuillets de corne; 0, extrémité supérieure des feuillets; P, extrémité inférieure des feuillets: R, X gouttière du bord supérieur de la paroi; S, périople; T, soudure de la paroi et de la sole.

Le bord supérieur ou biseau est creusé en dedans d’une gouttière circulaire destinée à loger le bourrelet; la hauteur et la profondeur de cette gorge diminuent progressivement de la pince aux talons où elle s’élargit à nouveau. Il présente dans toute son étendue une infinité de petites ouvertures dans lesquelles pénètrent les villosités du bourrelet.
Le bord inférieur, ou bord plantaire, se soude solidement avec le pourtour de la sole; ce point d’union est indiqué, en blanchissant le pied, par une ligne blanchâtre ou jaunâtre: c’est le cordon circulaire ou ligne blanche. Sur cette région du sabot, le fer prend une partie de son appui; c’est aussi sur elle que le maréchal implante les clous.
L’épaisseur de la paroi n’est pas uniforme dans toutes ses régions: de la pince aux talons elle diminue progressivement, et le côté interne est généralement plus mince que l’externe; considérée de haut en bas, c’est-à-dire du bourrelet au bord plantaire, l’épaisseur est sensiblement la même. Au niveau des talons, la muraille récupère la même puissance qu’en pince.
Les barres, extrémités repliées en dedans de la paroi, encadrent la fourchette et se terminent vers le milieu de cet organe; sur les jeunes chevaux, il n’est pas exceptionnel de les voir se réunir en contournant la pointe de la fourchette. L’inclinaison des barres est proportionnelle à celle de la paroi et au degré de concavité de la sole; obliques dans le pied plat, elles sont presque verticales dans le pied droit et creux. Leur face interne et supérieure présente des feuillets de corne rappelant ceux de la face interne de la muraille. La face externe limite en dehors la lacune latérale correspondante de la fourchette.
Enfin, la couleur de la corne est généralement la même que celle des poils de la couronne.
Sole. — La sole avec la fourchette forment le plancher du sabot, ou la face plantaire du pied. Elle est constituée par une plaque cornés ovalaire, fortement échancrée en arrière pour loger la fourchette et les barres (fig. 13). Par sa face supérieure, el e se moule, sur la chair veloutée, qui est sa matrice. Cette face, bombée au centre, est criblée d’orifices dans lesquels pénètrent les villosités du tissu velouté. Sa face inférieure, en contact avec le sol, est plus ou moins creuse, dure, sillonnée de crevasses et écailleuse.
Fig. 13. — Face inférieure du sabot. — (H. Bouley). P, paroi; S, sole; L, fourchette; A, cordon circulaire; B, talon; D. pointe de la sole; E, H, barres; F, face externe de la barre; G, glomes de la fourchette; I, pointe de la fourchette; K, branches de la fourchette; M, M, mamelles; P, pince; Q, lacune médiane de la fourchette; U, quartier.

La sole est intimement unie au bord plantaire de la paroi par son contour extérieur. Son bord intérieur, échancré en V, est soudé solidement à la face interne des barres et aux bords latéraux de la fourchette.
Comme la paroi, la sole présente diverses régions: on dit sole de pince, sole de quartiers, sole de talons.
La sole est mince, dans sa partie centrale, mais elle augmente progressivement d’épaisseur, jusqu’à son bord externe, où elle atteint celle de la paroi en pince. Sa corne, de couleur noire, blanche on marbrée, se laisse assez facilement attaquer par le rogne-pied et le boutoir.
Fig. 14. — Fourchette et périople. — C, C, glomes; D,S,S,périople.

Fourchette et périople (fig. 14). — La fourchette est un gros coin de corne souple, élastique. ė résistant, situé dans l’échancrure de la sole, entre les barres. Elle complète, avec la sole, la face plantaire du pied et se confond en arrière avec le périople.
La face supérieure, en rapport avec le coussinet plantaire, par l’intermédiaire de la chair veloutée, présente sur la ligne médiane un relief triangulaire appelé arête de la fourchette, des empreintes en creux et en relief correspondant aux branches de la fourchette et au fond des lacunes latérales, ainsi qu’une multitude de petits orifices dans lesquels s’enfoncent les villosités du tissu vėlouté.
La face inférieure, de forme triangulaire, est divivée en arrière par une fente, la lacune médiane; en avant est le corps terminé par la pointe; à droite et à gauche les branches, et entre celles-ci et les barres les lacunes latérales.
La base de la fourchette, formée par les extrémités postérieures des branches, constitue les glomes, qui se confondent avec le périople.
Dans son ensemble, l’épaisseur de la fourchette est variable: les parties en relief, corps et branches, atteignent le maximum; les parties latérales, glomes et lacunes, sont beaucoup plus minces.
On dit que le pied lait fourchette neuve, lorsque la corne de cette région du sabot se détache en larges lambeaux.
Enfin, la couleur de la corne de la fourchette est presque toujours plus foncée que celle de la paroi et de la sole.
Le périople, en se détachant des glomes de la fourchette, se présente sous l’aspect d’une mince bande de corne élastique et souple, qui entoure complètement la paroi à son bord supérieur; sécrété par le bourrelet périoplique, il descend sur la muraille plus ou moins bas. environ jusqu’aux deux tiers de sa hauteur.
CHAPITRE II
Table des matières
FONCTIONS DU PIED ET ROLE DE SES PARTIES CONSTITUANTES
La fonction principale du pied est d’offrir au membre un appui solide et élastique; son rôle est non moins important dans la locomotion. L’agencement de ses diverses parties constituantes se prête parfaitement à l’atténuation des pressions et chocs, qui agissent sur lui à l’appui et pendant la progression, par l’élasticité qui lui est propre et par la disposition de la face intérieure du sabot. Voyons, tout d’abord, comment s’effectue le renouvellement de la corne.
Croissance du sabot et avalure. — Le sabot s’accroît en permanence par la secretion cornée qui a lieu continuellement à la surface du bourrelet et de la chair veloutée, de telle sorte que si l’usure et la parure ne venaient compenser l’allongement du pied, celui-ci atteindrait des proportions exagérées (fig. 15).
Le gros bourrelet seul secrète la paroi, dont il est la matrice. La corne élaborée à si surface sous une forme pâteuse, chasse devant elle les couches plus anciennes, qui se durcissent progressivement sous l’influence de l’air. Au contact des villosités, elle prend la disposition tubulée, reconnaissable sur certains sabots à l’aspect fibrillaire et effiloché du bord plantaire de la muraille.
La corne, au fur et à mesure de sa production à la surface du bourrelet et des villosités, descend insensiblement en ligne droite, en glissant en quelque sorte sur la chair feuilletée; cette dernière ne participe pas à la formation de la paroi qui conserve la même épaisseur de son bord supérieur à son bord inférieur. Mais, si la chair cannelée ne forme pas les feuillets de corne de la muraille, quand elle est mise à nu accidentellement, elle se couvre rapidement d’une sécrétion cornée qui se durcit et vient combler la brèche faite; cette corne cicatricielle reste sèche, cassante, non tubulée et ne se confond jamais avec celle sécrétée par le bourrelet: elle constitue ce que l’on appelle le faux quartier.
Fig. 15. — Accroissement anormal d’un sabot.

L’avalure, en maréchalerie, désigne le mouvement de descente de la paroi, le long du pied. Il ne faut donc pas établir de confusion entre la production cornée et l’avalure; ce sont deux phénomènes distincts, agissant conjointement et en parfaite harmonie, pour assurer un accroissement régulier du sabot dans toutes ses régions; mais, s’il se produit une discordance sous l’influence d’une irritation passagère ou permanente, entre la sécrétion cornée et l’avalure, des cercles apparaissent à la surface de la paroi, en creux si la formation de la corne est ralentie, en relief dans le cas contraire (fig. 16).
L’avalure sur un pied normal se fait également aux différentes régions de la paroi. La vitesse de descente de la corne est en moyenne de 1 centimètre par mois. Pour effectuer son renouvellement complet, le sabot met en général neuf à dix me is en pince et quatre à cinq mois en talons. Les pieds de derrière croissent plus vite que ceux de devant.
Fig. 16. — Sabot avec cercles.

La chair veloutée sécrète la sole et la fourchette. La sole, solidement soudée à la muraille, pousse dans les mêmes proportions que cette dernière, sans toutefois atteindre une trop grande épaisseur, à cause des écailles qui se détachent naturellement de sa face inférieure.
Le bourrelet périoplique sécrète en permanence une corne qui fait office de vernis protecteur à la surface de la paroi.
Les barres descendent en glissant sur la chair feuilletée de la partie repliée des extrémités de la paroi; leur avalure est plus lente que celle de la muraille.
Influences modificatrices de la sécrétion cornée et de l’avalure. — De nombreuses influences peuvent modifier l’accroissement régulier du sabot par manque de concordance entre l’avalure et la sécrétion cornée. Toutes les causes agissant sur le bourrelet ont une réaction marquée sur la pousse de la corne; de même, toutes celles qui exercent une action directe sur le podophylle (chair feuilletée) ralentissent l’avalure. C’est ainsi que les pieds petits et à corne dure des chevaux de sang poussent moins vite que ceux des races communes; de même, dans une même race, les sabots de certains chevaux croissent à peine d’une ferrure à l’autre, tandis que sur d’autres ils s’accroissent d’une longueur exagérée; enfin,les pieds à corne blanche poussent moins vite que ceux à corne noire.
Le jeune âge et le bon état de santé sont favorables à la sécrétion cornée et à l’avalure. La maladie, au contraire, retarde l’avalure et l’exagère pendant la convalescence.
En hiver, le sabot pousse plus lentement que pendant la belle saison. La mise au pâturage et, en général, tout changement brusque de température amènent l’apparition de cercles à la surface de la paroi.
L’exercice active également la sécrétion cornée; le repos la ralentit. C’est ce qui permet sur le cheval qui travaille de pouvoir renouveler sa ferrure plusieurs fois dans le cours d’un mois, car on estime que le pied paré périodiquement par la ferrure de l’excédent de corne, croît autant en six à sept mois que celui qui n’éprouve aucune perte naturelle ou accidentelle en douze mois.
Certains médicaments qui activent la nutrition, tels que l’acide arsénieux, le soufre, l’huile de foie de morue, le sel marin, exercent une influence marquée sur la production cornée.
Caractères de la corne. — La corne est une matière solide, plus ou moins dure, élastique, d’apparence fibreuse à la paroi, écailleuse à la sole et filandreuse à la fourchette.
Extérieurement, la couleur du sabot est habituellement la même que celle des poils tandis que la partie profonde de la corne, en contact avec la chair feuilletée, est toujours de couleur blanche ou jaune clair, et aussi moins consistante, plus souple et plus molle qu’en dehors. Cette consistance de la corne, variant avec la profondeur, a l’avantage de former un manchon moelleux pour les parties intérieures du pied et à l’extérieur une enveloppe protectrice, résistant à l’usure. La souplesse et la mollesse des parties profondes du sabot sont dues à leur imbibition séreuse au contact de la chair.
La saison chaude, la sécheresse, les sols sablonneux ou caillouteux durcissent le pied. La saison pluvieuse, les sols humides l’assouplissent. Ces derniers effets sont la plupart du temps favorables; ils deviennent pernicieux par leur durée, en rendant la corne friable.
La corne jouit de la propriété d’être hygroscopique ou hygrométrique, mais toutes les régions du sabot ne le sont pas au même degré. Le périople est la partie, en s’imbibant d’eau, qui se gonfle le plus rapidement, ensuite la sole, la fourchette et la paroi.
En maréchalerie, la faculté que possède la corne de se ramollir sous l’influence de l’imbibition aqueuse est utile à connaître pour l’application des bains et cataplasmes.
L’eau chaude ou tiède pénètre et assouplit plus rapidement la corne que l’eau froide. Même observation pour les cataplasmes chauds.
Le goudron de bois, l’onguent de pied, les corps gras, ramollisent la corne, mais à la surface seulement. Le lysol a sur elle une action émolliente, qui permet de la tailler ou la couper avec beaucoup plus de facilité.
La potasse, la soude, l’ammoniaque, les acides dilués gonflent et dissolvent la corne. La glycérine anhydre, le carbure de calcium, au contraire, la durcissent en la desséchant.
La corne est encore flexible et élastique, et c’est grâce à cette propriété qu’il est permis de combattre, à l’aide d’un amincissement jusqu’à pellicule, la vive douleur qui accompagne toujours l’inflammation des tissus sensibles, lorsqu’ils sont comprimés dans le sabot.
Enfin, la corne conduit mal le calorique. Le fer porté au rouge sombre la ramollit en la boursouflant et en donnant une fumée jaune très odorante. Au rouge blanc, le fer l’enflamme et la fond, en formant un charbon isolateur protecteur des tissus vivants.
La mauvaise conductibilité de la chaleur de la corne permet au pied du cheval de résister non seulement sur les sables brûlants d’Afrique, mais encore aux sols gelés et couverts de neige des pays froids.
Élasticité du pied et son mécanisme. — Le pied ne fournit pas seulement un appui solide au membre, mais il possède aussi la propriété de réagir par son appareil d’amortissement et par l’agencement des parties constitutives du sabot aux pressions et chocs qu’il reçoit pendant la locomotion. On ne comprendrait pas, en effet, que le pied pourvu en arrière d’organes essentiellement élastiques, tels que le coussinet plantaire, les cartilages et la fourchette, n’ait aucune influence sur l’enveloppe cornée, elle-même élastique.
Pour neutraliser les chocs et pressions, le sabot possède la propriété de se dilater en arrière au moment de l’appui et de revenir à sa forme-primitive au moment du lever, par le jeu des organes d’amortissement. Ce mouvement alternatif d’expansion et de resserrement des talons, résultat d’une réaction réciproque du contenu et du contenant, est surtout apparent au niveau du bord supérieur de la paroi, en talon juqu’au milieu des quartiers et au niveau des glomes de la fourchette où la lacune médiane s’ouvre visiblement; cette expansion est au plus de 3 millimètres. Quant au bord inférieur de la muraille, il est inexpansible dans la plus grande partie de son étendue, parce que soudé à la sole; il ne peut s’élargir que près des talons, et encore dans de bien faibles limites, même quand la fourchette appuie sur le sol.
La sole participe aussi à l’élasticité du sabot par un léger affaissement de sa partie centrale.
L’élasticité du pied ne fait donc aucun doute, et on ne peut la paralyser sans causer une vive souffrance; il suffit d’appliquer un lien inextensible autour d’un des sabots d’un cheval pour que ce dernier se mette à boîter.
De nombreuses expériences ont, en outre, démontré que la fourchette joue un rôle important dans l’amortissement des chocs par sa participation à l’appui, et que c’est une erreur trop longtemps entretenue dans beaucoup d’ateliers de maréchalerie que de la parer à fond pour l’empêcher de porter sur le sol.
On peut se rendre compte facilement de l’écartement des talons, en pratiquant un point de repère au milieu de chacun; puis, sur le pied levé, on prend, à l’aide d’un compas, la distance séparant les deux points de repère. Le pied servant d’expérience étant mis à terre est surchargé en levant le membre opposé. On observe alors, que le pied, dont la fourchette appuie largement sur le sol, s’ouvre de 1 à 3 millimètres dans la région des talons; si la fourchette est parée à fond, les talons ne s’ouvrent pas ou peu.
Pour constater l’abaissement du dessous du pied, on se sert d’une plaque de tô e épaisse (fig. 17) percée de petits trous ronds, laquelle est fixée sur un fer à trois crampons. Dans chacun des orifices, on introduit une cheville en bois venant toucher le plancher du sabot; l’extrémité libre, qui fait saillie extérieurement à la surface de la plaque, est rasée très exactement. Après un appui plus ou moins prolongé du pied muni de cette sorte de fer à herse, le membre opposé étant levé, on constate que chaque cheville a opéré un mouvement de descente de 2 à 3 millimètres à hauteur des glomes de la fourchette, de 1 à 2 millimètres à sa pointe et au centre de la sole.
Fig. 17. — Fer à plaque de tôle avec chevilles de bois.

Pour mesurer l’écartement des talons à l’appui, on peut appliquer le même principe, en se servant d’un fer à herse modifié, portant sur chaque extrémité de ses branches un dispositif en conséquence.
En résumé, pour que l’appareil d’amortissement des pressions et chocs du pied puisse fonctionner normalement, il est indispensable que la fourchette participe à l’appui sur le sol; le coussinet plantaire fortement comprimé entre elle et le tendonfléch sseur profond de la troisième phalange fait effort latéralement sur les cartilages et la paroi, soulevant davantage cette dernière à son bord supérieur qu’à l’inférieur qui est fixé à la sole et aux barres. u contraire, si la fourchette a été parée à fond et qu’elle n’appuie pas sur le sol, la dilatation des talons ne s’effectue plus que partiellement, le dessous du pied s’affaisse légèrement en arrière, la neutralisation des chocs n’a lieu que par un très faible glissement, les uns sur les autres, des feuillets de corne de la face interne de la paroi et des feuillets de chair du podophylle.
Sensibilité générale et tactile du pied. — L’enveloppe cornée est absolument insensible, ce qui permet la parure du sabot et l’application du fer. Mais les tissus vivants qu’elle recouvre et protège reçoivent de nombreuses ramifications nerveuses qui, se subdivisant à l’infini, pénètrent en fins, filaments dans les feuillets de chair, les villosités du bourrelet et du tissu velouté, et font du pied un organe de-plus délicats du sens du toucher, en même temps q e doué d’une grande sensibilité, lors de blessures ou lésions inflammatoires comprimées dans le sabot.
C’est cette faculté de perception du pied qui renseigne le cheval sur la nature du terrain sur lequel il se meut, sa consistance, ses inégalités et les obstacles dont il est hérissé. Sur un terrain glissant, gelé, grâce à sa sensibilité tactile, le cheval ralentit son allure et marche avec précaution; aveugle, il lève haut les membres de devant et semble sonder l’espace, comme le ferait un homme atteint de cécité avec son bâton, quand il l’appuie sur le sol.
En maréchalerie, le siège de la douleur ressentie par le pied a une grande importance, l’attitude du cheval boiteux étant variable suivant la région sensible: serré par un clou au quartier externe, il écarte le membre en dehors, pour faire son appui en dedans et inversement si la compression existe au quartier interne; la région de la pince est elle douloureuse l’appui se fait en talons. Si la lésion est étendue, grave, et que la sensibilité soit générale, l’appui du pied sur le sol n’a lieu qu’en pince, il peut même être supprimé entièrement.
Il importe donc beaucoup que l’ouvrier ne transforme pas la ferrure en une intervention douloureuse et qu’il sauvegarde au mieux la sensibilité tactile du pied du cheval.
Transpiration du pied. — L’enveloppe de chair, intermédiaire entre les parties internes du pied et le sabot, laisse exhaler a sa surface un liquide séreux, qui, en imprégnant la corne, la maintient dans un état d’humidité constant et assure ainsi la conservation de sa souplesse. En s’imbibant d’eau en permanence, la paroi, la sole et la fourchette sont d’autant plus souples que leurs couches profondes sont plus rapprochées de la source d’humidité représentée par l’enveloppe de chair.
La transpiration du pied est donc un acte naturel, qui, en neutralisant la dessiccation de l’enveloppe cornée, conserve au sabot les propriétés élastiques qui lui sont indispensables pour assurer le libre mouvement d’expansion des talons. L’eau exhalée pénètre la corne de dedans en dehors et s’évapore à la surface extérieure du pied, au fur et à mesure qu’elle se renouvelle en profondeur. Il suffit d’entourer le sabot d’une enveloppe imperméable, le mettant à l’abri du contact de l’air, pour voir peu après la muraille recouverte d’une humidité provenant des vapeurs qui s’y sont condensées
Au niveau de la lacune médiane de la fourchette existent de véritables glandes sudoripares, entretenant en permanence une abondante sécrétion, qui, lorsqu’elle s’exagère sous l’influence d’une cause irritante, provoque réchauffement et la pourriture de cette partie du pied.
CHAPITRE III
Table des matières
LE BEAU PIED. PIEDS DÉFECTUEUX
La conformation du sabot sur un cheval adulte subit des variations de forme suivant les sujets, sous l’influence de l’hérédité, de l’alimentation et de la nature du sol; mais, ces déformations sont surtout appréciables avec l’âge, le travail et la ferrure.
L’âge amène l’atrophie du sabot. Le travail produit la déformation du pied quand existe une prédisposition héréditaire ou lorsque exagéré il dépasse les limites de résistance des parties constituantes. La ferrure défectueuse, mal pratiquée ou mal appliquée, altère aussi la forme du sabot.
Aussi, afin de juger de la conformation d’un pied, il convient de prendre pour type de comparaison, celui qui répond à une forme régulière, à des proportions déterminées, donnant l’impression de la force et de la solidité. Le pied, qui réunit ces qualités, est qualifié de beau pied ou de pied bien conformé. On ne le trouve guère que sur les jeunes chevaux, élevés en liberté dans la prairie et n’ayant pas encore été ferrés. Il faut, en outre, que ce pied présente un développement en rapport avec le poids et la taille du sujet et qu’il soit bien d’aplomb.
Vu de face, le beau pied est moins large en haut qu’en bas; les quartiers ont la même hauteur et leur obliquité légèrement plus grande en dehors qu’en dedans (fig. 18).
Vu de profil, la ligne de pince est inclinée à 50 degrés environ sur les pieds de devant, un peu plus sur ceux de derrière et elle se prolonge avec celle du paturon. La direction de la pince est aussi parallèle à l’axe du pied et du paturon. Quant au bourrelet, il se dirige obliquement, en ligne droite, d’avant en arrière.
Vu par derrière, les talons sont largement écartés et également élevés, la fourchette bien développée, appuyant sur le sol. Le talon du dehors est un peu plus oblique que celui du dedans (fig. 19).
Fig. 18. — Pied de devant bien conformé, vu de face et de profil (Thary).

Vu en dessous, le contour plantaire est régulier; la ligne médiane ou axe longitudinal du pied coupe la face plantaire en deux parties sensiblement égales, celle du dehors étant toujours un peu plus évasée.
La ligne des talons coupe à angle droit l’axe du pied; la sole est moyennement creuse, la fourchette est forte, saine et souple; les barres rectilignes et un peu inclinées; les talons forts et arrondis.
Enfin, la muraille et la sole sont pourvues d’une bonne épaisseur de corne de nature résistante (fig. 20).
Le beau pied, avec les proportions et la conformation qui viennent d’être exposées, ne se présente pas sur la majorité des chevaux; toutes les formes qui s’en éloignent à différents degrés sont considérées comme des pieds défectueux.
Différence entre les pieds de devant et de derrière. — D’une manière générale, les sabots de devant sont plus grands que ceux de derrière; la face plantaire des premiers est arrondie et sur les seconds ovalaire.
Fig. 20. — Pied de devant bien conformé, vu en derrière (Thary).

Fig. 19. — Pied de devant bien conformé, vu de dessous (Thary).

La pince du pied antérieur est large; au pied postérieur, elle est étroite et saillante. Les mamelles et la partie avoisinante des quartiers sont arrondies devant; derrière elles sont effacées et droites. Les talons des sabots antérieurs sont généralement moins écartés et plus hauts que ceux des sabots postérieurs; les pieds de derrière ont aussi la pince plus oblique, la fourchette plus large, la sole plus creuse et les barres plus droites qu’aux pieds de devant.
Pieds défectueux.
Table des matières
Toutes les défectuosités du pied sont congénitales ou acquises. Quelle que soit leur origine, si une intervention intelligente du maréchal ne parvient pas toujours.à les guérir, le plus souvent elle peut pallier les défauts et augmenter l’aptitude au travail.
On divise les pieds défectueux en quatre groupes:

PIED GRAND. — Le pied grand est celui qui est trop volumineux par rapport au corps qu’il supporte et à la taille du sujet. Il se rencontre surtout sur les chevaux du Nord. Sa forme est généralement bien arrondie, avec une sole creuse et une fourchette forte; la corne manque surtout de résistance.
Le cheval est maladroit, lourd dans ses allures, exposé à buter et à se couper.
PIED PETIT. — Se rencontre principalement chez les chevaux de race fine et méridionale. Il est étroit, creux, insuffisamment développé par rapport aux autres parties du corps; il est souvent sensible, délicat, exposé aux boiteries; la corne pousse lentement, est souvent mince, sèche, cassante.
PIEDS INÉGAUX. — Cette défectuosité est assez rare, mais souvent héréditaire et généralement grave. Elle indique que le pied le plus petit a peut-être été trop paré ; ce qui semble plus certain, c’est que le cheval a déjà boité de ce pied, boite ou boitera probablement.
PIED PLAT. — Le pied plat n’a pas le creux du beau pied; il est grand, la sole plane et peu épaisse, la paroi évasée, les talons bas et souvent écartés, les barres inclinées et la fourchette développée (fig. 21).
Fig. 21. — Pied plat.

Fig. 22. — Pied comble.

Le pied est dit plein lorsque la concavité de la sole a disparu entièrement.
Il devient comble (fig. 22) quand la sole se bombe, s’amincit et dépasse le bord plantaire de la murai le. Il peut aussi arriver que la sole présente des saillies bien circonscrites, véritables bosses, d’où la désignation de pied à oignons.
Les pieds plats, pleins, combles, à oignons, sont souvent sensibles, délicats, sujets à la bleime, à la foulure de la sole et à la boiterie; ils exposent le cheval à se faire des atteintes.
PIED HAUT. — Appelé encore mulage, en raison de sa forme qui rappelle celle du pied de mulet; il a la paroi haute, les quartiers aplatis et verticaux, la muraille et la sole peu épaisses. Le maréchal doit éviter de confondre le pied long et le pied haut, ce dernier ayant toujours peu de corne à enlever.
Le pied bas, au contraire, est celui qui manque de hauteur dans toutes les parties de la paroi; il est souvent sensible et mérite de ne pas être confondu avec un pied trop court, parce que trop paré ou trop usé.
PIED A PINCE LONGUE. — Cette région du sabot est allongée; le pied est aplati et mince en quartiers, les talons souvent fuyants et la sole généralement très mince dans la région de la pince. Il expose le cheval à buter.
PIED A TALONS HAUTS. — Les talons ont une hauteur disproportionnée avec celle de la pince; la sole est creuse, la fourchette élevée, souvent la paroi manque d’obliquité et parfois les talons sont inclinés et fuyants. On désigne encore ce pied défectueux sous le nom de pied de bouc (fig. 23).
PIED A TALONS BAS. — Plus commun que le précédent, il a pour caractéristique d’avoir les talons bas — moins de la moitié de la hauteur de la pince — la pince longue et inclinée, la sole plate, la corne faible et poussant peu. Il est exposé aux bleimes (fig. 24).
Le pied à talons fuyants est celui dont les talons sont plus inclinés d’arrière en avant que la pince et trop inclinés également de dehors en dedans, de sorte qu’ils rentrent pour ainsi dire sous le pied; c’est l’exagération du défaut des pieds à talons bas avec plus d’inconvénients encore, car il arrive quelquefois que les talons portent plus ou moins par la face externe de la muraille, ce que les maréchaux appellent talons roulés ou renversés, défectuosilé très grave.
Fig. 23. — Pied à talons hauts.

Fig. 24. — Pied à talons bas.

Fig. 25. — Pied à talons serrés.

PIED A TALONS SERRÉS ET PIED ENCASTELÉ. — Ces déformations se remarquent principalement sur les pieds de devant, et elles sont souvent le résultat de la mauvaise ferrure ou du repos prolongé à l’écurie (fig. 25).
Fig. 26. — Pied encastelé.

Le pied à talons serrés est généralement petit, avec les talons plus ou moins rentrés, se portant l’un vers l’autre, la fourchette un peu amaigrie et étranglée dans la région des glomes. Mais, lorsque la déformation des parties postérieures du sabot s’étend jusqu’aux quartiers, le bourrelet s’aplatit, la sole se creuse, les barres se redressent, la fourchette diminue de volume en laissant suinter un liquide fétide et le lacunes disparaissent: c’est le pied encastelé, affection toujours grave, qui fait souvent boiter, et dont la cause initiale est presque toujours une atrophie du coussinet plantaire, conséquence de l’inaction de cet organe important de l’amortissement des chocs et de l’élasticité du pied (fig. 26).
Il existe plusieurs variétés de pieds à talons serrés ou encastelés. Ils peuvent être serrés sur toute leur hauteur, plus serrés en haut qu’en bas, ou, au contraire, plus serrés en bas qu’en haut; d’autres fois il n’y qu’un talon serré, ordinairement l’interne. Lorsqu’un des talons est plus serré que l’autre, il remonte parfois sur ce dernier en haut et en arrière. On dit alors le pied à un talon chevauché.
Fig. 27. — Pied panard.

Les pieds à talons serrés ou encastelés poussent peu, la corne est dure et cassante; ils sont prédisposés aux bleimes et aux seimes.
PIED DE TRAVERS. — Ce pied a un aplomb défectueux parce qu’il a été trop paré par le maréchal sur un côté ou que, déferré, l’usure de la corne s’est faite irrégulièrement. Le pied, en penchant du côté le plus bas, surcharge le quartier, qui se resserre et finit par chevaucher le talon opposé.
PIED PANARD ET PIED CAGNEUX. — Le pied panard a la pince tournée en dehors; le quartier du dehors est fort et évasé ; celui du dedans plus faible est exposé à se resserrer et souvent le talon de ce côté chevauche celui du dehors (fig. 27).
A un membre panard doit toujours correspondre un pied panard et, dans ce cas, ce n’est pas un défaut. Il n’en serait pas de même si, a l’extrémité d’un membre d’aplomb ou cagneux existait un pied panard. Ce grave défaut devrait immédiatement être combattu par une parure et une ferrure rationnelles.
Le pied cagneux, plus rare que le précédent, a la pince tournée en dedans; le quartier du dedans est fort et un peu évasé ; celui du dehors est plus faible et resserré. Il ne peut être considéré comme une défectuosité qu’au bout d’un membre droit ou panard. Le cheval cagneux est moins Exposé à se couper avec la mamelle ou la partie antérieure du quartier que celui qui est panard.
Fig. 28 — Pied pinçard.

Fig. 29. — Pied rampin.

PIED PINÇARD ET PIED RAMPIN. — Le pied pinçard a la pince courte et droite; les talons, hauts et écartés, ne posent pas sur h sol, l’appui s’effectuant principalement en pince. Ce défaut est commun aux pieds de derrière, exceptionnel aux pieds de devant; il est plus fréquent sur l’âne et le mulet que sur le cheval. Il expose aux seimes en pince et prédispose à la fatigue et à l’usure prématurée (fig. 28).
Le pied rampin beaucoup plus rare, n’est autre chose que l’exagération du pinçard; la pince est non seulement droite, mais renversée en avant, de telle manière que pendant la marche, le devant de la paroi s’use en traînant sur le sol, en rampant si l’on peut dire; les talons sont généralement très hauts (fig. 29).
PIED GRAS ET PIED MAIGRE. — Le pied gras, habituellement de couleur blanche, a la corne molle, sans consistance, facile à entamer avec le rogne-pied. L’épaisseur de la sole et de la paroi, souvent forte, peut cependant varier beaucoup. La paroi se dérobe facilement, les clous tiennent mal, ce qui rend la ferrure peu solide.
Fig. 30. — Pied cerclé.

Le pied maigre a la corne mince, sèche et cassante, la fourchette petite et remontée; il pousse peu et se dérobe fréquemment. Toujours délicat à ferrer parce que souvent sensible.
PIED CERCLÉ. — Le pied cerclé est celui qui présente à la surface de la paroi des saillies et des sillons étagés, la contournant d’un talon à l’autre (fig. 30). Les sillons sont plus ou moins accusés et n’ont pas toujours la même signification: quand ils sont petits, peu accusés et régulièrement espacés sur les quatre sabots, ils indiquent un changement dans l’alimentation, dans l’état de santé général ou le service; si les cercles sont forts, nombreux, irréguliers, ils accusent un état maladif des parties sensibles du pied qui en est porteur, la fourbure ou l’encastelure généralement.
PIED DÉROBÉ. — Le pied dérobé a le bord inférieur de la paroi irrégulier, déchiqueté, éclaté par places.
De bons pieds peuvent se dérober quand ils restent trop longtemps déferrés, ou que la ferrure est trop souvent renouvelée; de même les clous brochés trop bas, l’emploi de clous à lame forte, l’abus de fers portant un trop grand nombre d’étampures et l’arrachement accidentel du fer sont susceptibles de dérober le pied. Cette défectuosité se rencontre surtout sur les pieds à mauvaise qualité de la corne; pieds gras, maigres, à paroi séparée de la sole, à corne blanche, etc.
PIED A PAROI SÉPARÉE DE LA SOLE. — Ce défaut consiste en une désunion de la paroi et de la sole, tantôt limitée, tantôt existant sur toute la périphérie de la région plantaire, quelquefois assez profonde pour qu’il y ait séparation complête entre ces deux parties du sabot. Le pied devient dans ce dernier cas sensible, et cette défectuosité acquiert une certaine gravité.
CHAPITRE IV
Table des matières
APLOMBS DES MEMBRES ET DU PIED
La connaissance des aplombs des membres et du pied a une très grande importance en maréchalerie, car elle seule permet de fixer la meilleure direction à donner à la face inférieure du sabot, pour assurer à l’assiette du pied un aplomb régulier.
Un membre d’aplomb peut avoir un pied de travers, et un membre ayant une mauvaise direction avoir le pied d’aplomb. L’aplomb du membre et celui du pied ont en quelque sorte, l’un sur l’autre, une influence réciproque; le plus souvent c’est l’aplomb du pied qui commande l’aplomb du membre.
Un bon ouvrier ne peut donc ignorer cette partie essentielle de sa profession, sur laquelle reposent les principes de la ferrure normale, véritablement conservatrice de l’intégrité du pied.
1° Aplombs des membres.
Table des matières
Le cheval étant au repos, sur un terrain horizontal, on juge de la régularité ou de l’irrégularité des aplombs, en abaissant par la pensée certaines lignes verticales, partant de différents points du corps jusqu’ au sol.
MEMBRES ANTÉRIEURS, VUS DE PROFIL. — Deux lignes verticales servent à déterminer les aplombs: l’une, A, abaissée par la pensée de la pointe des épaules jusqu’au sol doit tomber à environ 10 centimètres en avant de la pince; la seconde, B, partant du tiers postérieur du sommet de la face externe de l’avant-bras, doit partager également le genou, le canon et le boulet et tomber à quelques travers de doigt en arrière des talons (fig. 31).
Quand ces deux conditions sont réunies, le cheval a un aplomb régulier, normal: le paturon a une bonne inclinaison; le poids du corps supporté par l’articulation du pied est réparti dans une juste proportion entre le ligament suspenseur du boulet et les tendons fléchisseurs du pied d’une part et les rayons osseux d’autre part; il y a équilibre de soutien entre ces deux parties du membre.
Le cheval est dit campé du devant, si la ligne A (fig. 32) tombe près du sabot. Ce défaut expose à la foulure des talons et aux tiraillements des tendons; il dénote aussi des talons sensibles, l’animal cherchant à soulager ses pieds souffrants en reportant une partie du poids sur les membres postérieurs.
Fig. 31. — Aplomb normal.

Fig. 32. — Camp du devant.

Fig. 33. — Sous lui du devant.

Il est sous lui du devant, si la ligne A (fig. 33) touche le sol à une distance supérieure à 10 centimètres de la place. Cette direction défectueuse surcharge les membres antérieurs et expose le cheval à buter et à forger.
Fig. 34. — Brassicourt, arqué.

Fig. 35. — Genou creux.

Si le genou est trop en avant de la ligne B et que cette conformation soit d’origine congénitale, le cheval est dit brassicourt (fig. 34). Au contraire, lorsqu’elle résulte de l’usure, on dit qu’il est arqué.
Fig. 36. — Court-jointé.

Fig. 37. — Long-jointé.

Le genou peut encore être trop en arrière de cette même ligne verticale, on l’appelle dans ce cas, effacé, creux, de mouton (fig. 35). Ce défaut expose l’animal à buter et à se couronner.
Quand la ligne B tombe trop près des talons, le cheval est court et droit-jointé (fig. 36). Ce redressement des paturons reporte le poids du corps sur les parties osseuses de la région, en soulageant les tendons fléchisseurs du pied et le suspenseur du boulet; il prédispose aussi à porter le boulet en avant; on dit que le cheval est bouleté dans ce dernier cas.
Si la ligne verticale tombe trop en arrière des talons, le membre est long et bas-jointé (fig. 37). Ce défaut est grave parce que, contrairement au cas précédent, les tendons recevant un excès de pression se fatiguent rapidement, ce qui amène promptement une ruine des extrémités du membre.
Fig. 38. — Membres d’aplomb.

Fig. 39. — Trop ouvert du devant.

Fig. 40. — Serré du devant.

MEMBRES ANTÉRIEURS, VUS DE FACE. — L’aplomb est régulier, normal, quand une verticale abaissée de la pointe de l’épaule partage le membre en deux parties égales (fig. 38).
Les membres, tout en ayant une direction verticale, peuvent être en dehors de la ligne d’aplomb; eu odit que le cheval est trop ouvert du devant. Cet conformation n’est pas un défaut puisqu’elle est l’indice d’une grande largeur de la poitrine.
Mais, l’animal est dit trop ouvert par en bas, si les membres, tout en étant en dehors de la ligne d’aplomb, sont en même temps plus écartés à leur extrémité inférieure que supérieure. Cette défectuosité indique une poitrine étroite; en outre, le quartier interne de chaque pied est d’autant plus surchargé que l’obliquité des membres est plus grande (fig. 39).
Quand les membres sont en dedans de la ligne d’aplomb, le cheval est serré du devant. Il peut aussi être serré du devant par en bas, défaut habituellement lié à une poitrine étroite (fig. 40).
Le cheval est panard des membres, lorsque ceux-ci sont tournés en dehors et les coudes rapprochés de la poitrine. La déviation, au lieu d’intéresser les membres dans toute leur hauteur, peut ne commencer qu’à partir du genou et du boulet; mais, dans tous les cas, elle entraîne toujours avec elle le paturon et le pied. C’est pourquoi il doit toujours exister un pied panard à l’extrémité d’un membre panard (fig. 41).
Un ouvrier maréchal ferait preuve d’ignorance si, à l’aide d’une parure défectueuse du pied, il croyait pouvoir corriger l’aplomb des membres; il ne peut que pallier le défaut.
Si le genou est en dedans de la ligne d’aplomb et en même temps convexe du côté interne, on l’appelle genou de bœuf. Cette conformation vicieuse détermine une déviation du pied en dehors. Le cheval billarde, se fatigue vite, est exposé à se contusionner et à se couper.
Le cheval est dit cagneux des membres, quand ces derniers sont tournés en dedans, la pince des pieds légèrement rapprochée, les coudes écartés de la poitrine. Comme pour l’animal panard, la déviation peut s’étendre à tout le membre ou seulement ne commencer qu’à partir du genou ou du boulet (fig. 42). Toujours à l’extrémité d’un membre cagneux doit se trouver un pied cagneux, qu’il ne faut pas songer à redresser.
Lorsque le genou est en dehors de la ligne d’aplomb et qu’il est convexe du côté externe, on le dit genou cambré ; il a les mêmes inconvénients que le genou de bœuf, par son manque de solidité à l’appui.
Fig. 41. — Panard des membres.

Fig.42 — Cagneux des membres.

MEMBRES POSTÉRIEURS, VUS DE PROFIL. — Les membres de derrière sont bien d’aplomb, quand une verticale abaissée de la pointe de la fesse rencontre la pointe du jarret et longe la face postérieure du canon avant d’arriver au sol (fig. 43).
Si les membres sont inclinés en avant et que la ligne tombe en arrière, le cheval est sous lui du derrière. Cette fausse direction, correspondant généralement à des jarrets coudés, est une cause de surchage pour les membres postérieurs, de fatigue et de tares pour les jarrets et les boulets; de plus, elle diminue les allures et expose au forger (fig. 44).
Quand, au contraire, la même ligne d’aplomb tombe en avant du jarret et du canon, l’animal est campé du derrière. Cette déviation du membre en arrière, qui coïncide avec le jarret droit, a l’inconvénient de reporter un excès de poids sur l’avant-main (fig. 45).
Fig. 43. Aplomb normal.

Fig. 44. Sous lui de derrière.

Fig. 45. Campé du derrière.

Les aplombs des paturons postérieurs peuvent être, comme ceux de devant, longs et bas-jointés, courts et droit-jointés; mais, ces défauts sont moins fréquents et moins graves que sur les membres antérieurs.
MEMBRES POSTÉRIEURS, VUS DE DERRIÈRE. — Une verticale abaissée de la pointe de la fesse doit diviser la partie inférieure de chaque membre, à partir du jarret, en deux parties égales.
Si le membre, dans son ensemble, se porte en dehors de cette ligne d’aplomb, le cheval est trop ouvert du derrière.
Lorsque le membre est en dedans, le sujet est serré du derrière, défectuosité qui prédispose le cheval à se croiser, à se couper et à faire des fautes pendant la marche, par suite du manque de solidité de l’appui.
Fig. 46. Panard du derrière.

Fig. 47. Crochu ou jarretier.

Fig. 48. Cagneux du derrière, bancal.

Enfin, les membres postérieurs peuvent être aussi panards et cagneux. On dit que le cheval est panard du derrière (fig. 46) quand les membres sont tournés en dehors et les pointes des jarrets plus ou moins rapprochées; si ce vice de conformation est très accusé, le sujet est qualifié clos, jarretier ou croehu du derrière (fig. 47).
Il est dit cagneux du derrière lorsque les membres sont déviés en dedans et la pointe des jarrets en dehors (fig. 48).
La panardise, comme la cagnardise peuvent s’étendre à tout le membre, ou ne commencer qu’à partir du jarret ou du boulet. Le cheval panard du derrière se berce en marchant, commet des fautes et ne peut soutenir un travail fatigant, sans voir apparaître des tares précoces aux jarrets. Quant à celui qui est cagneux, son pied pivote sur le sol, ses jarrets vacillent et l’appui est irrégulier.
2° Aplombs du pied.
Table des matières
En maréchalerie, la connaissance des aplombs du pied du cheval est de première importance: c’est elle qui sert de base aux principes sur lesquels repose la ferrure normale, rationnelle, conservatrice du pied.
Sur un pied déferré ou sur un pied vierge de ferrure, l’usure naturelle de la corne maintient le sabot dans ses aplombs réguliers et l’assiette du pied a toujours la base qui lui convient. On peut dire aussi que l’aplomb du membre commande l’aplomb du pied, et qu’à l’extrémité d’un membre bien d’aplomb, panard ou cagneux, il doit nécessairement se trouver un pied bien conformé, panard ou cagneux, dont la surface d’usure de chacun est toujours horizontale.
Mais, sur un pied ferré, les conditions ne sont plus les mêmes; c’est l’ouvrier qui, armé du rogne-pied, dispose à son gré de l’aplomb du pied. En parant périodiquement le sabot, au moment du renouvellement de la ferrure, il peut, s’il est habile, maintenir au sabot son appui normal, le rectifier ou le redresser s’il a été faussé au cours d’une ferrure précédente. S’il est routinier et maladroit, il y a tout à craindre de lui, même de mettre un pied de travers à l’extrémité d’un membre bien d’aplomb.
L’influence que le maréchal exerce sur la conservation ou la déformation du sabot est donc importante. On sait, en effet, que sur un pied normal et d’aplomb, le poids supporté se distribue également sur toute la surface d’appui et que la corne du sabot pousse régulièrement, uniformément, en parfaite harmonie avec l’avalure; au contraire, que par ignorance l’ouvrier détruise l’aplomb régulier, la répartition du poids sur l’assiette du pied devient inégale et la pousse de la corne est d’autant plus ralentie que les régions du pied qui assurent son renouvellement sont elles-mêmes plus surchargées.
En conséquence, l’aplomb normal existe toutes les fois que la semelle de corne, représentée par le plancher du sabot, est d’égale épaisseur à tous les points saillants du bord plantaire, de la pince aux talons. Quand ces conditions sont réunies, le plan passant par la surface d’appui du pied est parallèle à celui du pied de chair, c’est-à-dire à la face inférieure de la troisième phalange.
L’aplomb du pied se juge au poser et au lever, dans le sens transversal et longitudinal.
APLOMB TRANSVERSAL. — Vu de face, le cheval placé sur un sol horizontal et uni, le pied est d’aplomb lorsque la surface d’appui est, elle aussi, naturellement horizontale; dans ce cas, l’axe du sabot et du paturon sont dans le prolongement l’un de l’autre, et si le membre est vertical, les rayons osseux sont aussi dans le prolongement rectiligne l’un de l’autre (fig. 49).
Dans le cas où le membre serait cagneux ou panard dans toute sa longueur ou seulement à partir du boulet, le pied est encore d’aplomb si le prolongement de son axe se confond avec celui de la partie déviée ou du membre tout entier. Pour s’en rendre compte, il faut se placer en face de la région de la pince et non en face de la tete.
Mais si l’axe du pied est dévié en dehors ou en dedans de l’axe du paturon, l’un des côtés du sabot est plus haut que l’autre; le pied n’est pas d’aplomb parce que son assiette n’est plus horizontale (fig. 50 et 51).
Vu de derrière, le pied est d’aplomb, quand sa fente postérieure a la même direction que celle du paturon. Cette règle souffre cependant de nombreuses exceptions. On peut observer quelquefois, sur un pied déformé par l’encastelure, la déviation de la fente postérieure du sabot, sans que pour cela l’aplomb naturel du pied soit faussé. Dans la pratique l’ouvrier apprend rapidement à discerner les différents cas qui se présentent à lui, en prêtant un peu d’attention.
Fig. 50. — Pied panard (oblique en dehors).

Fig. 49. — Aplomb normal.

Fig. 51. — Pied cagneux (oblique en dedans).

Vu au lever, un membre d’aplomb a toujours sa surface d’appui perpendiculaire à la direction de ce membre. C’est sur ce principe que repose l’examen de l’aplomb transversal du pied au lever. Les renseigments qu’il donne permettent, par leur exactitude, de formuler une conclusion avec toute la précision nécessaire. C’est le procédé de choix, qui, devenu classique, est appliqué dans tous les ateliers.
Fig. 52. — Aplomb tranversal.

Pour l’employer, on fait lever et soutenir au canon le membre en demi-flexion, le boulet, le paturon et le sabot tombant naturellement (fig. 52). On se place ensuite près du cheval, bien en face du pied, le corps incliné en avant, et saisissant le sabot avec les deux mains, un pouce sur chaque talon, on place la face plantaire verticalement au sol. Si la surface d’appui coupe à angle droit le plan vertical passant par l’axe de la partie inférieure du membre, le pied est d’aplomb. L’aplomb est défectueux si ces deux plans ne se coupent pas à angle droit.
A ce procède, on préfère le suivant; plus simple parce qu’il ne nécessite pas l’assistance d’un aide. L’opérateur, placé à hauteur de l’épaule du cheval, soulève le membre et, faisant face en arrière, il soutient horizontalement le canon par son milieu, l’avant-. bras restant, vertical. Dans cette position, la face plantaire du sabot étant verticale, le maréchal regarde si la surface d’appui coupe à angle droit le plan vertical partageant en deux parties égales la partie inférieure du membre.
Fig. 53. — Examen de l’aplomb sans aide.

Dans la pratique, l’ouvrier juge encore rapidement l’aplomb du pied à l’aide de deux ligues: l’une passant par la lacune médiane et la pointe de la fourchette, l’autre tangente aux talons. Si ces deux lignes se croisent à angle droit, l’aplomb transversal du pied est bon (fig. 54).
Ce procédé ne donne de bons résultats que sur les pieds bien conformés. Sur les sabots déformés, il donne lieu à des erreurs.
Fig. 54. — Examen de l’aplomb avec deux lignes.

Enfin, il convient de signaler que sur les pieds à talons chevauchés, ce n’est pas le talon chevauchant qui doit être abaissé et paré, mais son voisin, le chevauché. Par suite de vieux errements encore très répandus, le maréchal est souvent enclin à opérer d’une façon contraire; il doit donc être mis en garde contre cette méprise.
APLOMB LONGITUDINAL. — Encore appelé antéropostérieur, l’aplomb longitudinal est celui qui sert à déterminer la hauteur respective de la pince et des talons.
Vu de profil, le pied est d’aplomb (fig. 55) quand la ligne de pince est dans le prolongement de la ligne du paturon. Si la ligne de pince est brisée et forme un angle au niveau de la couronne, le pied n’est pas d’aplomb; le paturon se redresse ou s’abaisse sur le sabot.
Fig. 55. Aplomb normal.

Fig. 56. — Pince trop longue ou talons trop bas.

Fig. 57. — Pince trop courte ou talons trop hauts.

Si l’angle est ouvert en avant, les talons sont trop bas ou la pince trop longue (fig. 56).
Si l’angle est ouvert en arrière, les talons sont trop hauts ou la pince trop courte (fig. 57).
L’examen de l’aplomb de profil fournit à l’ouvrier des indications sur la quantité de corne qu’il doit enlever pour donner à la pince et aux talons les hauteurs respectives qu’ils doivent avoir.
Il semble à première vue que l’examen de l’aplomb longitudinal du pied ne présente aucune difficulté. Il demande cependant de la part de l’ouvrier beaucoup d’attention et un coup d’œil qui ne s’acquiert qu’avec le temps. Il n’existe, en effet, qu’un rapport variable entre la hauteur des talons et la longueur de la pince, car ces deux régions du sabot restent subordonnées à la direction du paturon; d’autre part, aux pieds ayant naturellement la pince inclinée et les talons bas, on la pince droite et les talons hauts, il est interdit tout redressement pour éviter des tiraillements ligamenteux, tendineux et articulaires douloureux.
Répartition de la pression d’appui. — Cette répartition doit être envisagée dans l’ensemble des pieds et dans chaque pied en particulier.
Les quatre pieds reçoivent, en outre du poids qu’ils supportent normalement, une certaine somme de pression variable suivant les attitudes et les allures, pression qui augmente en raison de la charge et de la vitesse.
Les sabots de devant supportent toujours une plus forte pression que ceux de derrière, le centre de gravité du corps Étant plus rapproché des membres antérieurs que des postérieurs. C’est ce qui explique pourquoi ceux-là sont construits en colonne de soutien et ceux-ci destinés à donner l’impulsion sont formés d’articulations anguleuses, plus favorables à chasser le corps en avant qu’à le soutenir.
L’expérimentation et l’observation apprennent aussi que pour le pied dont l’appui est normal, les régions antérieures du sabot sont plus surchargées que les postérieures. Il suffit d’examiner des empreintes en terrain mou, pour constater qu’elles sont toujours plus profondes en pince qu’en talons. Cette particularité trouve son explication dans la conformation naturelle du sabot, qui à sa muraille plus épaisse, plus résistante en pince et en mamelles qu’en quartiers et, toute proportion gardée, le quartier externe plus fort que l’interne parce que plus chargé.
Sur les pieds bien conformés, la résultante des pressions supportées par le pied passerait, en un point qui a été situé un peu en dehors du croisement des axes transversal et longitudinal de la face plantaire du sabot et de la pointe de la fourchette (fig. 58).
Fig. 58. — Axes longitudinal et transversal du pied.

Mais, si ce mode de répartition des pressions de l’appui vient à être modifié, certaines régions du sabot sont surchargées proportionnellement au déplacement du centre de pression pendant que d’autres sont allégées d’autant; il y a rupture de l’équilibre, avec pour conséquence une cause de fatigue et de maladie des membres et du pied.
De ces considérations, il découle la nécessité de conserver au pied son aplomb régulier, ainsi que toute l’étendue de sa surface d’appui. Toute modification brusque, irraisonnée de l’aplomb du sabot amène des changements dans la répartition des pressions supportées, et il est évident que la pression sur une région du pied est d’autant plus grande que la surface d’appui est plus réduite.
Il est donc indispensable de toujours maintenir au contact du fer ou du sol toutes les parties du sabot qui normalement servent à l’appui: fourchette, barres et muraille.
Pendant les diverses allures, les pressions ressenties dans les diverses régions du sabot donnent aussi d’utiles indications pour l’exécution d’une bonne ferrure. Aux allures modérées, la pince et les mamelles, surtout celle du dehors, font tout d’abord leur appui et ensuite les quartiers et les talons. Au contraire, aux allures vives, ce sont les talons qui arrivent les premiers au contact du sol et, recevant une plus forte pression, ils laissent une empreinte plus profonde sur le terrain (fig. 59).
L’examen des aplombs en marche, surtout pour les pieds défectueux, donnent des indications précieuses au maréchal pour expliquer l’usure irrégulière du fer. Toute dénivellation de l’appui normal du sabot retentit sur les allures et ralentit la marche par la douleur plus ou moins vive des régions du pied, supportant un excès de pression.
Fig. 59. — Empreintes du pied du cheval sur le sol.

En règle générale, lorsque l’aplomb est faussé dans un sens ou dans un autre, le cheval réagit par un mouvement spécial de ses membres, toujours préjudiciable à la répartition uniforme des pressions; l’usure prématurée de l’animal en est souvent la conséquence, telle est la conclusion qu’il faut retenir.
CHAPITRE V
Table des matières
LA FORGE
L’atelier de maréchalerie est habituellement divisé en deux parties: la forge en tant qu’atelier, et le hangar à ferrer.
La forge. — Elle doit réunir certaines conditions: être bien aérée et éclairée, sans courant d’air, suffisamment spacieuse pour que les ouvriers puissent travailler avec aisance, sans se gêner.
Le plafond, formé par la couverture du bâtiment, doit être élevé et pourvu de châssis à tabatière, pour permettre l’évacuation de l’air chaud et de la fumée. Le sol sera uni, pavé, bétonné ou cimenté, sauf autour des enclumes où une aire circulaire en terre argileuse battue est ordinairement aménagée, pour amortir les secousses et les vibrations ressenties par le frappeur et diminuer aussi sa fatigue. Les fenêtres vitrées pourront être protégées contre les éclats à l’aide d’un grillage.
Le hangar à ferrer. — Il communique avec la forge par une ou plusieurs ouvertures suivant son étendue. En principe, il n’est jamais trop vaste. On estime nécessaire que deux chevaux par foyer puissent y être attachés, et qu’autour de chacun d’eux soit ménagé un espace suffisant pour que les ouvriers circulent librement, sans être exposés aux ruades.
A titre de renseignements, on peut fixer les dimensions suivantes du hangar à ferrer: dans le sens de la longueur, 4 mètres par cheval et 6 mètres pour la profondeur. Les anneaux mobiles, pour attacher les chevaux, seront scellés dans le mur à une distance approximative de 1m,50 les uns des antres et à une hauteur de 2 mètres au-dessus du sol.
Le sol doit être uni, horizontal, ni trop dur, ni trop lisse, pour eviter que les chevaux ne se détériorent les sabots lorsqu’ils sont déferrés ou ne glissent; trop tendre et friable, il ne résisterait pas à l’action des animaux qui ont la mauvaise habitude de gratter avec leurs pieds.
Le sol argileux battu est bon, quand il est bien entretenu; celui en ciment est trop glissant. Le pavage en bois est solide et élastique, mais il a le défaut d’être glissant dès qu’il est mouillé. La brique sur champ paraît réunir les meilleures conditions; elle est peu glissante et à l’usure se remplace facilement.
Matériel de la forge. — Il comprend: la forge qui sert au maréchal à forger et à ajuster les fers. Elle est dite simple ou double suivant qu’elle est à un ou deux foyers. Les forges doubles sont installées le long des murs ou dans les angles (fig. 60). La disposition des lieux commande ordinairement l’emplacement des forges. Dans les ateliers importants, la forge est à multiples foyers et occupe le centre du bâtiment; tout autour d’une volumineuse cheminée sont groupés les foyers.
La forge se compose d’un bâti en maçonnerie ou en fonte terminé à sa partie supérieure par une surface horizontale qui supporte le foyer, sur le côté duquel est une auge qui sert à mouiller la houille; en dessous existe une fosse destinée à recevoir le combustible.
Dans les villes, les maréchaux adoptent de plus en plus la forge métallique, parce que moins encombrante et d’un entretien moins coûteux.
Le foyer est constitué par un tronc de pyramide régulier à section carrée; la plus grande base étant supérieure et entièrement ouverte, la plus petite, inférieure, est percée d’une ouverture destinée au passage de la tuyère.
La tuyère sert de conduite d’amenée et de distribution de l’air sous pression; elle est dite verticale ou horizontale suivant que la direction de l’arrivée d’air au foyer a lieu horizontalement ou verticalement.
Fig. 60. — Forge double, d’angle.

On abandonne de plus en plus la tuyère horizontale en fonte, qui résiste peu de temps à l’action destructive du feu et qui, en outre, ne permet pas de régler l’arrivée de l’air dans les conditions les plus économiques et les plus favorables au chauffage. On préfère la tuyère anglaise, à vent central et à régulateur d’air, dont la zone de combustion la plus parfaite se trouve plus éloignée de l’orifice d’arrivée de l’air.
La hotte, destinée à activer le tirage et faciliter l’évacuation de la fumée, est en brique et plus souvent en tôle galvanisée; sa forme varie suivant la disposition des foyers; ce qui importe c’est qu’elle recouvre la partie supérieure de la forge à une hauteur qui ne saurait dépasser 80 centimètres.
Le soufflet est destiné à fournir au foyer la quantité d’air nécessaire à la combustion. L’ancien soufflet en cuir et bois a l’inconvénient d’être encombrant, coûteux d’achat et d’entretien. Les préférences actuelles vont au soufflet en tôle, à double vent, peu volumineux, plus solide et d’un prix moins élevé que le précédent. Il existe de nombreux modèles perfectionnés, qui ont leur place marquée dans un atelier moderne de maréchalerie.
Le ventilateur à ailettes est aussi utilisé comme appareil de soufflage. Il est placé à portée de la main de l’ouvrier chargé de le mettre en action. Cet appareil est surtout employé pour les fours à réchauffer.
L’enclume maréchale est différente de celle des forgerons et serruriers, par sa table supérieure légèrement bombée au lieu d’être plate, et par l’extrémité de la table, appelée talon, coupée d’équerre; l’extrémité opposée est conique: c’est la bigorne (fig. 61).
La mortaise ou œil de l’enclume est le petit trou carré de la table, qui sert à contre-percer les fers et à recevoir le tranchet. Le poids de l’enclume est d’environ 150 kilogrammes.
Le billot sur lequel repose l’enclume est généralement en bois debout; on attribue à son élasticité la grande résonance des enclumes, sous le choc du marteau, si gênante pour l’entourage. Aussi, en vue d’atténuer cet inconvénient, on a songé à remplacer le bois par la fonte. Le billot en fonte, creux intérieurement, a une très longue durée; son emploi ne s’est pas généralisé parce que les ouvriers se plaignent qu’une enclume qui n’a pas de son fatigue et «coupe les bras».
Fig. 61. — Enclume maréchale.

La hauteur de la table de l’enclume doit atteindre le poignet de l’ouvrier, celui-ci se tenant droit et laissant tomber naturellement ses bras.
La bigorne est une petite enclume portative, à table plane, présentant à la place du talon une pyramide quadrangulaire qui fait pendant à la bigorne du côté opposé ; elle sert à ajuster et à rectifier les fers. On estime qu’une bigorne suffit pour deux ou trois feux.
L’établi est une longue et forte table, de 60 centimètres environ de largeur, fixée le long du mur le mieux éclairé de la forge, notamment celui portant une ou plusieurs baies. Destiné à porter les étaux, la hauteur de l’établi doit être telle que leurs mâchoires arrivent à la hauteur du coude de l’ouvrier placé devant elles (fig. 62).
Fig. 62. — Hauteur d’un étau.

Les étaux servent à déboucher et à limer les fers. Le modèle ordinaire est celui employé en maréchalerie. Un étau suffit pour deux feux. Pour en assurer la conservation, il faut éviter de placer entre les mors des fers trop chauds.
Le billot à contre-percer est un tronc de bois dur placé debout, sur lequel le maréchal ouvre avec un poinçon les étampures du fer. Il sert aussi, si l’on n’utilise pas l’étau, à déboucher les contre-perçures. Pour procéder plus commodément à cette dernière opération, on fixe de champ, sur la table du billot, deux ou trois râpes hors d’usage parallèlement et à 1 ou 2 centimètres les unes aux autres; on peut aussi adopter une disposition en V. Pour déboucher le fer, on le place au-dessus de ce petit appareil, les étampures en dessus.
Outillage mobile de la forge. — Chaque foyer et enclume doivent être pourvus d’instruments pour l’allumage et l’entretien du feu et aussi pour forger.
Une pelle (fig. 63) servant à alimenter le foyer en charbon et à enlever les résidus de la combustion.
Un tisonnier, tige en fer rond, repliée en œil à une de ses extrémités, terminée en pointe à l’autre, cette dernière destinée à pratiquer une petite ouverture dans la voûte du foyer, pour permettre de suivre la chauffe du lopin (fig. 63).
Un pique-feu, sorte de tisonnier dont l’extrémité est recourbée en crochet pour retirer le mâchefer du feu (fig. 63).
Une mouillette ou écouvette, tige en fer rond, qui porte emprisonnés à une de ses extrémités quelques chiffons ou autres matières propres à arroser le charbon du foyer (fig. 64).
Les lopinières ou tenailles à mettre au feu ont les mors épais et allongés, parce que s’usant rapidement en maintenant et retournant le lopin dans le foyer.
Pour permettre au chauffeur de surveiller le feu sans trop s’en approcher, ces tenailles doivent avoir environ un mètre de longueur.
Les tenailles à main sont de deux sortes: les enailles justes (fig. 66), et les tenailles goulues (fig. 67); les premières servent forger la deuxième branche du fer et à l’ajuster; les autres à mors plus ou moins ouverts sont employées pour le forgeage des lopins.
Fig. 63. — Pelle; tisonnier pointu; tisonnier à crochet.

Fig. 64. Mouillette.

Fig. 65. Lopinière.

Fig. 66. Tenaille juste.

Fig. 67. Tenaille goulue.

Un ferretier (fig. 68), marteau de forme lenticulaire servant à forger et à étirer les lopins. Pour ajuster les fers on emploie un ferretier plus petit.
Dans quelques ateliers des villes, on utilise le ferretier-bibouche, marteau qui présente deux bouches: l’une de forme ovale, semblable à celle du ferretier ordinaire et l’autre rectangulaire, plate comme celle du marteau à main. L’ouvrier peut ainsi allonger les lopins, bigorner, étamper et planer le fer, en se servant de l’une ou l’autre face, ce qui lui fait gagner du temps.
Fig. 68. — Ferretier.

Fig. 69. — Etampe.

Deux marteaux: celui à frapper devant, à panne et à bouche carrée, que le frappeur tient à deux mains; l’autre, dit marteau à main, pour faire les lopins, bigorner et finir le fer.
Fig. 70. — Four à lopins (Barrio).

Les étampes (fig. 69), à section carrée ou rectangulaire, servent à étamper; leurs dimensions varient suivant la couverture et l’épaisseur du fer à forger. Pour que les étampes correspondent exactement à la tête des clous, on utilise des matrices qui donnent le calibre désiré.
Les grands poinçons sont nécessaires pour contre-percer le fond des étampures.
Les tranches à froid et à chaud diffèrent l’une de l’autre parleur angle de coupe, plus grand pour la première que pour la seconde; elles servent à couper le fer.
Enfin, le seau à refroidir, placé près de chaque enclume, sert à refroidir les étampes, les poinçons et la tranche à chaud, pour éviter que ces outils ne se détrempent.
Le petit outillage de l’établi se compose de limes ordinaires demi-rondes, de petits poinçons pour déboucher à froid le fer, de petits marteaux à main, dits rivoirs, et d’un affiloir, toute petite enclume destinée à redresser les clous.
Modernisation de l’outillage de la forge. — Dans les ateliers de maréchalerie d’une certaine importance, on a introduit depuis quelques années, en vue d’obtenir une économie de combustible et de temps, un outillage nouveau qui marque un progrès.
Les fours à lopins et fours à réchauffer sont de plusieurs modèles. Tous permettent de chauffer facilement les lopins en barre; mais, lorsqu’il s’agit des lopins bourrus, la conduite du feu présente un peu plus de difficultés.
Le four Bario (fig. 70), un des plus perfectionnés, est à tirage continu et porte à sa partie supérieure une cuve en fonte avec robinet, permettant d’avoir de l’eau chaude en permanence. Il jouit des avan tages suivants: chauffage rapide des lopins en barre; même avantage pour l’ajustage des fers et la confection des lopins; son fonctionnement est aisé et il fait réaliser des économies de charbon.
La cisaille-guillotine destinée à couper les barres de fer.
La poinçonneuse à chaud à double action, pour mortaises à crampons à vis et pour sectionner les éponges.
La machine à percer à froid pour mortaiser les fers.
La machine à tarauder les mortaises qui donne un filetage rapide.
Le martinet à ressort servant à l’étirage des lopins bourrus, pour lesquels souvent deux frappeurs devant sont nécessaires, procure une économie de main-d’œuvre et supprime un travail exténuant.
Instruments de ferrure. — Les instruments dont se sert le maréchal pour le ferrage des animaux, sont contenus dans la boîte à ferrer divisée en trois compartiments: le plus grand reçoit les instruments et les vieux fers retirés du pied du cheval; les plus petits sont destinés, l’un aux clous neufs et l’autre aux caboches, clous usés provenant des déferres.
Les instruments se composent:
La mailloche, M et le brochoir, Br, sont deux petits marteaux de forme spéciale qui servent indistinctement à l’ouvrier pour l’implantation des clous dans la paroi, au moment de fixer le fer au sabot. La mailloche convient mieux pour parer le pied; le brochoir, au contraire, avec sa panne recourbée et fendue, permet l’arrachement des clous coudés ou mal implantés, sans le secours des tricoises.
Le rogne-pied, Ro, sorte de couteau en forme de lame de sabre, de 0m,30 environ de longueur, affûté en tranchant à une de ses extrémités, émoussé à l’autre, sert à parer le pied, à dériver les clous et aussi de repoussoir.
Fig. 71. — Instruments de ferrure.

Le boutoir, Bo, est un instrument tranchant employé au nivellement du bord plantaire de la paroi et à la toilette de la fourchette; il agit à la façon du rabot. Entre des mains inhabiles, il est aussi dangereux pour le teneur de pied que pour le cheval, en raison des blessures qu’il peut occasionner. Cet instrument est de moins en moins utilisé, parce que trop souvent employé abusivement à parer à fond la sole et la fourchette.
Les tricoises, T, fortes pinces à mors recourbés et tranchants, servant à enlever les vieux fers du pied, à arracher les souches, à retirer, couper et river les clous et à faire porter le fer.
La râpe du maréchal, Ra, est une lime à gros grains avec ses deux surfaces planes; elle sert pour dresser et niveler la face plantaire du pied et arrondir le contour du sabot. La râpe-lime, râpe d’un côté et lime de l’autre; elle est utilisée à deux fins.
Le repoussoir, petit poinçon rectangulaire destiné à chasser les vieilles souches qui sont cassées dans la muraille, ou à repousser les clous dont on ne peut saisir la tête avec les tricoises.
Le chevalet, espèce de trépied en bois ou en fer, sur lequel on fait reposer le pied du cheval pour râper le bord de la paroi.
Le tablier de forge ou basane sert à protéger le maréchal contre les brûlures en forgeant et pendant le ferrage.
Il convient de signaler aussi le phare-casquette (Barbe), ingénieux petit appareil d’éclairage à l’acétylène, s’adaptant à la coiffure du ferreur et lui permettant de ferrer en hiver dans les ateliers dépourvus de lumière ou ne disposant que d’un mauvais éclairage de fortune.
Enfin, dans tout atelier bien tenu, on ne saurait trop recommander d’installer un vestiaire et un lavabo, pour que les ouvriers puissent y déposer leurs vêtements et faire leur toilette après le travail.
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