Ivanhoe. 2. Le retour du croiséТекст

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«Elle vient, dit-il, de la source de Saint-Dunstan28, dans laquelle, entre deux soleils, il baptisa cinq cents païens danois. Que son nom soit béni!» Et approchant sa barbe noire de la cruche, il avala une gorgée d'eau, en quantité infiniment plus modérée qu'on ne devait s'y attendre, d'après l'éloge qu'il venait d'en faire. «Il me semble, mon révérend père, dit le chevalier, que ces pois secs, dont vous mangez si peu, et que cette eau pure, dont vous êtes si économe envers vous-même, s'accordent merveilleusement avec votre constitution. Vous me paraissez homme plus propre à gagner le prix du bélier dans une lutte à bras-le-corps, ou celui de l'anneau dans le jeu du bâton au moulinet, ou celui du bouclier au jeu de l'épée, qu'à passer votre temps dans ce désert, en disant des messes et en ne vivant que de pois secs et d'eau claire.»

«Sire chevalier, reprit l'ermite, vos pensées ressemblent à celles des laïques ignorans, elles sont selon la chair. Il a plu à la sainte Vierge et à mon saint patron de bénir la pitance à laquelle je me restreins, comme jadis furent bénis les légumes et l'eau dont se contentèrent les enfans Sidrach, Misach et Abdenago, lesquels ne voulurent pas toucher au vin ni aux viandes que leur fit servir le roi des Sarrasins.»

«Saint père, dit le chevalier, sur la figure de qui le ciel a opéré un tel miracle, permets à un humble pécheur de demander ton nom.» – «Tu peux m'appeler l'ermite Copmanhurst, répondit le cénobite; car on m'appelle ainsi. On y ajoute, il est vrai, l'épithète de saint; mais je n'y tiens pas, vu que je ne m'en trouve pas digne. Et maintenant, brave chevalier, puis-je à mon tour savoir le nom de mon hôte?» – «Certainement, dit le voyageur, certainement: On m'appelle dans ce pays le chevalier noir. Beaucoup de gens, il est vrai, ajoutent à ce nom l'épithète de fainéant; mais je ne m'en soucie guère, vu que je m'en crois peu digne.»

L'ermite put à peine s'empêcher de sourire à l'ouïe de la réponse de son hôte. «Je vois, dit-il, sire chevalier fainéant, que tu es un homme de sens et de bon conseil; je vois de plus que la simplicité de mon régime monastique ne séduit pas un voyageur comme toi, accoutumé, peut-être, à la licence des cours et des camps et au luxe des villes. Maintenant il me semble, sire fainéant, qu'à la dernière visite du charitable garde-forestier dans ma cellule, il a laissé à ma garde, outre plusieurs bottes de fourrage, quelques provisions de bouche, qui, n'étant point propres à mon usage, me sont sorties de la mémoire au milieu de mes pieuses et bien plus graves méditations.»

«J'aurais juré qu'il en était ainsi, reprit le chevalier. J'étais sûr qu'il y avait une meilleure nourriture dans votre cellule, vénérable père, du moment que vous avez ôté votre capuchon. Le garde-forestier est sans doute un jovial compagnon, et quiconque aurait vu des dents comme les tiennes broyer ces pois, et ton large gosier s'abreuver d'une si vulgaire boisson, n'aurait pu te croire nourri de mets et désaltéré par un breuvage tout au plus dignes de mon cheval.» En disant ces paroles, il désignait du doigt le service de la table; puis il ajouta: «Voyons sans délai la fine réserve du garde-forestier.»

L'ermite jeta sur le chevalier un regard pénétrant, dans lequel on remarquait une sorte d'hésitation comique; il paraissait douter s'il y aurait de sa part quelque prudence à se confier à son hôte. Cependant la contenance de celui-ci marquait assez de franchise pour dissiper toute crainte. Son sourire également avait quelque chose d'un sardonisme irrésistible et respirait tellement la loyauté, qu'il commandait en quelque sorte la sympathie. Après l'échange de deux ou trois oeillades muettes, l'ermite courut au fond de sa hutte, il ouvrit une armoire cachée avec autant d'adresse que de soin, en sortit un énorme pâté dans un plat d'étain d'une dimension peu usitée. Ce gros pâté fut mis devant le chevalier, qui, prenant son poignard, le tailla bien à l'aise et ne perdit pas de temps pour faire une ample connaissance avec le contenu.

«Y a-t-il long-temps, révérend père, que l'honnête garde de la forêt n'est venu chez vous,» dit le chevalier après avoir avalé en hâte plusieurs morceaux de ce renfort ajouté à la bonne chère du cénobite. – «Environ deux mois, répondit celui-ci sans réflexion.» – «De par le ciel! reprit le chevalier, tout dans votre ermitage tient du miracle, bon père; j'aurais juré que le gros chevreuil qui a fourni cette venaison courait encore il y a huit jours dans la foret.»

L'ermite fut quelque peu déconcerté par cette remarque; et d'ailleurs il faisait une bien triste figure en regardant diminuer à vue d'oeil son pâté, où l'hôte faisait des brèches profondes; attaque militaire à laquelle sa profession antérieure d'abstinence ne lui permettait pas de s'unir. – «Mais, à propos, révérend père, j'ai été en Palestine» dit le chevalier en cessant tout à coup de manger, et je me souviens que c'est un devoir pour quiconque reçoit un convive à sa table, de l'assurer de la bonté des alimens, en les goûtant avec lui. À Dieu ne plaise que je soupçonne un si saint homme de mauvaises intentions; néanmoins, je serais charmé de vous voir suivre l'usage de l'Orient.» – «Pour mettre à l'aise vos scrupules inutiles, sire chevalier, je me départirai cette fois de ma règle,» répondit le cénobite; et comme dans ce temps-là il n'existait pas encore de fourchettes, sur-le-champ il plongea ses doigts dans les cavernes du pâté.

La glace de la cérémonie étant une fois rompue29, il s'éleva une rivalité d'appétit entre l'ermite et le chevalier; et, quoique celui-ci eût probablement jeûné plus long-temps, le cénobite le laissa bien loin derrière lui. – «Saint père, dit le chevalier lorsque sa faim fut apaisée, je parierais mon cheval contre un sequin que l'honnête garde-forestier auquel nous sommes redevables de cette venaison, t'a laissé un baril de Bordeaux, ou une pipe de Madère, ou quelque autre bagatelle analogue, en auxiliaire de son pâté. Cette circonstance, je ne l'ignore point, ne serait pas digne de rester dans la mémoire d'un cénobite aussi rigide; mais je pense que si vous vouliez chercher encore dans le fond de votre cellule, vous trouveriez que ma conjecture n'est nullement chimérique.

L'ermite ne répondit que par une grimace30; et, retournant à l'armoire où il avait pris le pâté, il en rapporta une bouteille de cuir, qui pouvait contenir environ quatre litres. Il la mit sur la table avec et, ayant ainsi fait cette provision liquide pour arroser le souper, il crut pouvoir mettre de côté toute gêne. Remplissant donc les deux coupes, il en prit une en disant en saxon: «Waes hael, à votre santé, chevalier fainéant!» et il la vida d'un trait. «Drink hael, je bois à la vôtre, ermite de Copmanhurst,» répondit le guerrier; et il lui fit raison de la même manière. «Saint personnage, ajouta le voyageur après ce premier toast, je ne saurais que m'étonner de plus en plus qu'un homme doué de qualités et de forces comme les tiennes, et qui par dessus tout se montre un excellent convive, ait songé à vivre seul dans un désert. À mon avis, vous seriez bien plutôt fait31 pour prendre d'assaut un castel ou une forteresse, en mangeant gras et buvant sec, au lieu de vous nourrir ici de légumes, et de vous abreuver d'eau claire, ou de dépendre même de la charité du garde-forestier. Du moins, si j'étais à votre place, je chasserais à mon aise les daims du roi; il en existe en abondance dans ces forêts, et on ne regretterait pas un daim tué pour le service du chapelain de saint Dunstan.»

«Sire fainéant, reprit l'ermite, voilà des mots dangereux, et je vous prie de ne pas les répéter. Je suis un religieux fidèle au prince et à la loi; si je m'avisais de chasser le gibier de mon souverain, je serais sûr de la prison, et ma robe ne me sauverait même pas de la potence.» – «N'importe, si j'étais de vous, dit le chevalier, je me promènerais au clair de la lune, lorsque les gardes-forestiers se tiennent bien chaudement dans leurs lits, et tout en marmottant mes prières, je décocherais une flèche au milieu des troupeaux de daims qui paissent les clairières d'alentour. Dites-moi, mon père, n'avez-vous jamais pris un semblable passe-temps?» – «Ami fainéant, répondit l'ermite, tu as vu tout ce qui peut, dans mon ménage, intéresser les regards, et même plus que ne méritait de voir un homme qui s'y est presque établi par violence. Crois-moi, il vaut mieux jouir du bien que le ciel nous envoie, que d'être indiscrètement curieux sur la manière dont il arrive. Remplis ton verre, bois-le, et ne pousse pas plus loin, je t'en prie, tes questions impolies; car tu me forcerais à te prouver que, si tu t'émancipais davantage, il me serait facile d'y mettre un terme.»

 

«Par ma foi, continua le chevalier, tu augmentes ma curiosité! tu es l'ermite le plus mystérieux que j'aie jamais rencontré; et j'en saurai davantage de toi avant que nous nous séparions. Pour ce qui est de tes menaces, digne anachorète, tu parles à un homme dont le métier est de braver le danger partout où il se présente.» – «À ta santé, sire chevalier fainéant, reprit l'ermite, je respecte beaucoup ta valeur, mais j'ai une très mince idée de ta discrétion. Si tu veux me combattre avec des armes égales, je te donnerai de bonne amitié et fraternellement une telle pénitence et une telle absolution, que d'ici à un an tu ne pécheras plus par excès de curiosité.»

«Quelles sont tes armes, vaillant ermite?» – «Il n'y en a pas, reprit-il, depuis les ciseaux de Dalila et le clou de Jaël jusqu'au cimeterre de Goliath, avec lesquelles je ne sois prêt à me mesurer avec toi. Mais si tu me laisses maître du choix, que dis-tu, mon digne ami, de ces deux joujoux?» En parlant ainsi, il ouvrit une autre armoire dans un coin de la cellule, et en tira deux grandes épées et deux boucliers, tels qu'en portaient alors les yeomen ou archers. Le chevalier qui suivait des yeux tous ses mouvemens, vit que cette armoire contenait aussi deux ou trois longs arcs, une arquebuse, des traits et des flèches, une harpe et d'autres objets qui ne semblaient guère propres à l'usage d'un ermite.

«Brave cénobite, reprit le chevalier, je ne te ferai plus de questions indiscrètes: les articles contenus dans cette armoire y répondent d'avance; mais j'y vois une arme, ajouta-t-il, en prenant la harpe, sur laquelle j'essaierais bien plus volontiers avec toi mon adresse, qu'avec l'épée et le bouclier.» – «J'espère, sire chevalier, dit l'ermite, que tu n'as pas trop donné lieu à être surnommé le fainéant; je te soupçonne gravement à ce sujet. Néanmoins, comme tu es mon hôte, je ne veux pas mettre ton courage à l'épreuve sans ton exprès consentement. Assieds-toi donc, et remplis ta coupe; buvons, chantons et soyons heureux, si tu sais quelque bon virelai; tu seras le bien venu et admis au festin de l'ermite de Copmanhurst aussi long-temps que je desservirai la chapelle de saint Dunstan, et ce sera, s'il plaît à Dieu, jusqu'à ce que j'échange mon toit de chaume contre une couverture en gazon. Mais viens, remplis ta coupe, car il faudra quelque temps pour accorder la harpe; et rien n'enduit le gosier et n'aiguise l'ouïe comme un bon verre de vin. Pour ma part, j'aime à sentir le jus de la treille jusqu'au bout de mes doigts, avant qu'ils fassent vibrer les cordes de mon instrument32.

CHAPITRE XVII

«Le soir, dans un coin réservé à l'étude, j'ouvre mon livre au dos de cuivre, rempli d'une multitude de faits sacrés des martyrs couronnés de la récompense divine; alors, quand mon flambeau pâlit et commence à ne plus m'éclairer, je chante avant de m'endormir mon hymne cadencée. Qui ne voudrait renoncer aux vanités mondaines pour prendre mon bâton et revêtir l'amict blanc, ou préférer au bruyant théâtre du monde la paix de mon ermitage.»

WARTON.

Malgré l'invitation du jovial ermite, à laquelle son hôte obéit volontiers, celui-ci reconnut que le moyen proposé n'atteignait pas aussi aisément le but, et que ce n'était pas une chose facile que d'accorder une harpe. «Il me semble, bon père, dit le chevalier, qu'il manque une corde à l'instrument, et que les autres ne sont pas des meilleures.» – «Vraiment! tu remarques cela, reprit l'ermite; tu es donc du métier! C'est la faute du vin et de la bombance, ajouta-t-il gravement en levant les yeux au ciel; c'est la faute du vin et de la bombance. J'avais dit à Allan-a-Dale, le ménestrel du Nord, qu'il dérangerait la harpe, s'il y touchait après avoir humé sa septième coupe; mais il ne souffrait pas le contrôle. Ami, je bois à ton heureux essai musical.» Disant ces mots, il vida son flacon avec un grand sérieux, en secouant la tête, comme pour blâmer l'intempérance du ménestrel du Nord.

Le chevalier cependant avait réussi à mettre les cordes un peu en harmonie, et, après un court prélude, il pria l'ermite de lui dire, s'il voulait, une sirvente dans la langue d'oc, ou un lai dans celle d'oui, ou un virelai, ou une ballade en anglais vulgaire. «Une ballade! une ballade! répondit-il, au lieu des ocs et des ouis de France. Je suis un véritable Anglais, sire chevalier, un véritable Anglais, comme l'était mon patron saint Dunstan; je me moque de tous ces ocs et de tous ces ouis, comme il se serait moqué des coups de griffes du diable. On ne chantera que de l'anglais dans cette cellule.» – «Je vais donc essayer, dit le chevalier, une ballade composée par un joyeux ménestrel saxon, que j'ai connu dans la Terre-Sainte.» Il ne fut pas difficile de s'apercevoir que si le chevalier n'excellait point dans l'art des ménestrels, son goût du moins avait été perfectionné par les maîtres les plus habiles. L'étude lui avait appris à adoucir les sons d'une voix plutôt dure que moelleuse, et il avait tout le talent propre à suppléer aux qualités que la nature lui avait refusées. Il eût donc mérité d'être applaudi par des juges plus sévères que l'ermite, d'autant plus, qu'imprimant à sa touche une sorte d'âme, et à ses accens un enthousiasme plein de mélancolie, il donnait à ses vers une vigueur entraînante. Voici quels furent ses chants:

LE RETOUR DU CROISÉ
 
«Un preux, l'honneur de la chevalerie,
Ne rapportait des rives du Jourdain
Qu'une humble croix soustraite à la furie
Des bataillons d'un nouveau Saladin.
Son bouclier montrait plus d'une empreinte
Des coups reçus en donnant le trépas.
Au seuil natal, de sa dame avec crainte
Ainsi le soir il chantait les appas.
 
 
«Salut, ma belle! objet si plein de charmes!
De l'Orient, où je semai l'effroi,
Pour tous trésors je rapporte mes armes,
Et je reviens sur mon vieux palefroi.
Mes éperons et ma lance intrépide,
Pour seul trophée en ce moment voilà
Ce qui me reste en ma course rapide;
Mais j'ai l'espoir d'un souris de Tékla.
 
 
«Joie à ma belle! en de pompeuses fêtes
Je ne rêvais que sa douce faveur;
Son nom volait sur l'aile des conquêtes,
Et son prestige allumait ma ferveur.
La harpe d'or, la trompette éclatante,
Rediront: «Gloire à qui charmait nos coeurs!
«Pour ses beaux yeux, prisme de notre attente,
«Champ d'Ascalon, tu nous rendis vainqueurs.»
 
 
«Le glaive ardent qu'éveillait son sourire,
De cent beautés moissonna les époux;
À la victoire obligé de souscrire,
Le soudan tombe, et son trône est à nous.
De ses cheveux vois les flottantes ondes
D'un cou d'ivoire effleurer le contour:
J'ai pour vous plaire, amie aux tresses blondes,
Par mille assauts signalé mon retour.
 
 
«Joie à ma belle! un nom peu mémorable,
Tous mes exploits seront ta noble part.
Ouvre à mes voeux ta porte inexorable:
Je suis mouillé, l'heure est lente, il est tard.
L'âme endurcie aux feux de l'Idumée,
Je suis glacé, je péris de langueur;
De qui t'amène un peu de renommée
Que l'amour pur fléchisse la rigueur.»
 

Pendant que le chevalier noir chantait ainsi, l'ermite se démenait comme un critique de profession qui de nos jours assisterait à la représentation d'un nouvel opéra. Il rejetait sa tête en arrière sur l'escabelle où il était assis, les yeux à demi fermés; tantôt joignant les mains et se tordant les doigts, il semblait absorbé dans une attention soutenue; et tantôt balançant ses bras, il leur faisait battre la mesure, en même temps qu'il la marquait du pied. À deux ou trois cadences favorites, lorsque la voix du chevalier ne s'élevait point aussi haut que le chant le prescrivait, il y joignait la discrète assistance de la sienne. Quand la romance fut terminée, le cénobite avec emphase déclara qu'elle était bonne et bien exécutée. «Cependant, dit-il, je pense que mon compatriote saxon avait vécu assez long-temps avec les Normands pour tomber dans le défaut du langage langoureux. Que cherchait-il loin de son pays! ou que pouvait-il espérer autre chose à son retour que de trouver sa belle, agréablement consolée par un rival plus assidu! ne devait-il pas appréhender qu'elle n'écouterait pas plus sa sérénade, comme on l'appelle, que le miaulement du chat dans la gouttière? Néanmoins, sire chevalier, je bois à ta santé et au succès de tous les vrais amans. Je crains que vous ne le soyez pas,» ajouta-t-il en observant le chevalier dont le cerveau commençait à s'échauffer par des libations fréquentes, et qui, par méprise, dans cette situation équivoque, remplissait d'eau sa coupe au lieu de bière.

«Pourquoi, dit le chevalier, ne m'avez-vous pas prévenu que ceci était de l'eau de la fontaine de votre bienheureux patron saint Dunstan?» – «Sans doute, reprit l'ermite, il y baptisa des centaines de païens, mais je n'ai jamais appris qu'il en ait bu. Chaque chose dans ce bas monde a une destination qui lui est propre33. Saint Dunstan connaissait aussi bien que tout autre les priviléges d'un joyeux frère.» En prononçant ces mots, il s'empara de la harpe, et entonna les couplets suivans, sur un ancien air anglais qui se chante avec un refrain34.

LE MOINE DÉCHAUSSÉ
 
Mon ami, je vous donne un an et d'avantage
Pour chercher de l'Araxe aux bords féconds du Tage:
Vous ne verrez jamais, de vos courses lassé,
Nul vivant plus heureux qu'un moine déchaussé.
 
 
Pour sa dame un guerrier dans les combats s'élance;
Il revient traversé par le fer d'une lance.
Près de sa belle en pleurs vite il est confessé:
Et qui donc la console? un moine déchaussé.
 
 
On vit plus d'un monarque échanger sa couronne
Contre le froc poudreux dont son corps s'environne;
Mais a-t-on jamais vu qu'un homme ait balancé
Entre un sceptre et l'habit du moine déchaussé?
 
 
S'il voyage, partout il est sûr d'un asile;
Toute riche maison devient son domicile;
Au gré de son caprice, et toujours caressé,
Se berce dans la joie un moine déchaussé.
 
 
Midi sonne, on l'attend: l'hôte le plus avide
Laisse intact le potage et le grand siége vide;
Car au meilleur des mets, au fauteuil avancé
A seul droit de prétendre un moine déchaussé.
 
 
S'il arrive le soir, le souper se prépare,
Et d'un broc plein de bière aussitôt il s'empare.
Par sa moitié l'époux de son lit est chassé,
Avant qu'un bon lit manque au moine déchaussé.
 
 
Oh! vivent la sandale, et la corde, et la chape!
Triple effroi du démon, sécurité du pape!
Semer de fleurs la vie, et de nul trait blessé,
Fut toujours le destin du moine déchaussé35.
 

«Vraiment, dit le noir fainéant, tu as fort bien, et même vigoureusement chanté, surtout à la louange de ton ordre. Mais en parlant ainsi du diable, dites-moi, révérend père, ne craignez-vous pas qu'il ne vous rende visite dans un de vos passe-temps non canoniques?» – «Non canoniques! répondit le solitaire, je méprise cette accusation injuste et je la foule sous mes talons. Je remplis bien et dûment les obligations de mon ermitage; je dis deux messes par jour, matin et soir; prime, tierce, sexte, none, vêpres, ave, credo, pater.» – «Excepté, dit l'hôte, pendant le clair de lune dans la saison du gibier,» – «Exceptis excipiendis, excepté les cas à excepter, répondit le moine, comme notre vieil abbé m'a enseigné qu'il fallait dire lorsque d'impertinens laïques me demanderaient si j'accomplissais tous les devoirs les plus minutieux de mon ordre.»

 

«À merveille, bon père, dit le chevalier; mais le diable est homme à tenir l'oeil ouvert sur toutes les exceptions; il rôde autour de nous, tu le sais, comme un lion rugissant.» – «Qu'il rôde et rugisse autour de moi, s'il l'ose: un coup de la corde qui me sert de ceinture le fera hurler aussi fort que les pincettes de saint Dunstan le firent beugler jadis. Je n'ai jamais craint homme qui vive, et je redoute encore moins le diable et tous ses diablotins. Saint Dunstan, saint Dubric, saint Winibold, saint Winifred, saint Swebert, saint Willick, sans oublier saint Thomas-d'Aquin et mes faibles mérites, me mettent en mesure de le défier, lui, sa queue et ses cornes. Mais pour vous initier dans un de mes secrets, je ne m'entretiens jamais de pareilles choses, mon ami, qu'après matines.»

Il changea de conversation, et tous les deux alors se remirent à boire, à rire et à chanter; joyeuse récréation qui se prolongeait de mieux en mieux, lorsque soudain elle fut interrompue par un grand bruit à la porte de l'ermitage. La cause de ce bruit ne sera expliquée qu'en reprenant les aventures d'un de nos autres personnages; car, non plus que le vieil Arioste, nous ne nous piquons pas de tenir uniformément compagnie aux caractères moraux de notre drame et de les faire marcher de front.

28C'est ce fameux Dunstan qui un jour saisit le diable par le nez avec une paire de pincettes rougies au feu, et lui fit faire ainsi trois fois le tour de sa chambre.A. M.
29The icy of ceremony being once broken, phrase que le premier interprète de Walter-Scott rend par la glace étant ainsi rompue, comme si ce n'était pas une métaphore; elle serait plus exactement reproduite par cet équivalent: toute cérémonie étant mise de coté. Nous hasardons la forme anglaise, en reconnaissant le néologisme.
30By a grin, dit le texte, et non pas un sourire, comme le dit le premier traducteur.A. M.
31L'auteur anglais passe alternativement du vous au tu, afin de varier sans doute le ton de la conversation à la fois noble et familière de ses interlocuteurs. Nous avons fréquemment reproduit ces formes d'élocution, pour mieux encore nous rapprocher des intentions et du style de l'écrivain britannique.A. M.
32Le précèdent traducteur n'avait pas sans doute enduit, c'est-à-dire humecté son gosier de nectar bachique, puisqu'il n'a pas rendu la naïve expression de l'ermite.A. M.
33Every thing should be put to its proper use in this world, chaque chose doit être appropriée à son usage ici-bas.
34L'auteur anglais suppose que le refrain derrydown, équivalant à notre lan, la, remonte non seulement à la période de l'heptarchie, mais même aux temps des druides, et qu'il avait servi de chorus aux hymnes de ces prêtres lorsqu'ils allaient cueillir le gui et le consacrer solennellement sur leurs autels de pierre.A. M.
35Il faut admirer la bonhomie de l'éditeur ou précèdent traducteur, lorsqu'il dit dans une note à la suite de ce passage, «qu'il n'a point reproduit le Barefooted friar c'est-à-dire, le moine déchaussé, qu'il a remplacé par le joyeux frère,» expression vague et indéterminée; tandis qu'il est ici question d'un moine fainéant; ce qui tronque en tous points la lettre et le sens du texte. Il ajoute: «qu'il serait difficile de traduire avec plus de bonheur qu'il ne l'a fait ce joyeux canon, et qu'il serait surpris qu'on fît mieux;» enfin, conclut-il, «on pourrait être plus exact, mais non pas plus fidèle.» Malgré la bonne opinion que l'éditeur a de son travail, nous avons cru devoir reproduire ici vers pour vers les paroles et le rhythme de l'original: le lecteur jugera. A. M.
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